Un Artiste Chrétien, Joseph AUBERT (1849-1924) - Par J. CALVET, Abbé. - 1926.

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Message  Roger Boivin Mar 14 Fév 2023, 8:32 am


Comme il marouflait son triomphe de la Vierge sur la voûte de l'abside de Notre-Dame des Champs, les échafaudages restèrent longtemps dressés et Aubert travaillait entre le ciel et la terre avec la méticuleuse patience qui lui était coutumière ; lorsqu'il sentait la fatigue, il descendait et allait se reposer quelques instants sur un banc du boulevard Montparnasse. Un jour Henner (1) entra dans l'église et s'arrêta longuement à considérer le travail de l'artiste, puis comme Aubert allait s'assoir sur son banc familier, Henner le rejoignit.

- '' Alors, mon ami, lui dit-il brusquement, vous croyez réellement à ce que vous faites ?
- Mais certainement, maître, et de tout mon âme.
- Alors vous croyez, ce qui s'appelle croire, aux scènes que vous racontez ?
- Mais certainement, maître, et de tout mon cœur ''

Henner resta songeur ; puis se levant, il serra la main d'Aubert et lui dit :

- '' Eh bien je vous félicite ; ce n'est pas commun... et c'est très beau. ''

Quand  on travaille de tout près à une composition qui doit être vue de loin et d'en bas, quelles que soient l'attention et la sûreté de la technique, il n'est pas rare que l'on commette de ces erreurs de détail que le public distrait ne remarque pas et que les artistes en général dédaignent de corriger. Joseph Aubert, au contraire, était consciencieux jusqu'au scrupule ; mais il trouva plus scrupuleux que lui.

''Quand il eut terminé Notre-Dame des Champs, quelques jours avant l'inauguration, quand les immenses échafaudages eurent été enlevés, il invita Bouguereau à voir son œuvre. Arrivé au chœur, Bouguereau s'arrête effaré : '' Oh! mon cher, votre Père Eternel pique du nez ! '' Et c'était vrai : les échafaudages avaient caché cette faute. Mais à quinze mètres de haut ! et à quelques jours de l'inauguration ! '' Tant pis, on ne remarquera pas... impossible de remonter là-haut ! '' - ''Non, mon cher, sur mille visiteurs, un seul remarquera la faute, c'est assez pour compromettre votre œuvre : il faut corriger cela. '' Et Aubert fit dresser des échelles avec une sorte de trapèze qui branlait ; il travailla longtemps pour redresser le Père Eternel, et la veille de la solennité, Bouguereau put dire : '' Ça y est '' (2)

______

(1) Joseph Aubert, en racontant cette anecdote attribuait cette démarche à Baudry ou à Henner ... je ne me rappelle plus lequel des deux .. disait-il. Baudry était mort en 1886, je crois qu'il s'agit d'Henner.

(2) F. Guyot. Notice sur Joseph Aubert, Bulletin des anciens élèves de Notre-Dame de Consolation. Besançon 1925.

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Message  Roger Boivin Mer 15 Fév 2023, 7:19 am


Le R. P. Sertillanges a noté en artiste les difficultés techniques de l'entreprise. '' Le premier souci du peintre était de sauver autant que possible, l'intérêt dramatique des tableaux. D'autre part, l'effet décoratif et architectural imposait des conditions spéciales. Pour obéir à celles-ci, on a restreint le nombre des figures, qui facilement, en de tels sujet, fussent devenues encombrantes. On a supprimé les personnages de second plan ; on a évité les perspectives qui auraient creusé la muraille. Dans une pensée décorative encore, on a équilibré les compositions, soit quant au nombre des figurants, soit quant au caractère.

'' La lumière et l'ombre ne pouvaient que difficilement se distribuer. Il y a là des matins, des midis et des soirs ; des scènes d'intérieur et des scènes de plein air. On a dû tempérer les effets. On écartait ainsi les tableaux de genre ; on évitait surtout les transitions brusques. Enfin le coloris a été maintenu clair sous l'empire d'une préoccupation toute semblable. Notez que le temps achèvera ici le travail d'unification ; la dorure enveloppant la toile et les pierres, harmonisera mieux que nul art les tons discrets de ces grandes compositions aux données simples.

'' Ce n'est pas à dire d'ailleurs que dès le début on n'ait pas songé quelque peu aux conditions de l'édition actuelle. (1) Des peintures placées haut et loin peuvent être dessinées à large traits, brossés en touches rapides ; des gravures qu'on feuillette exigent plus. Il y avait toute raison de ne pas négliger cette considération. Qu'en pouvait-il résulter de fâcheux ? Les maîtres de la Renaissance étaient là pour montrer que l'effet décoratif et le poussé du dessin ou du modelé ne sont pas inconciliables. Je ne sache pas que les ''Chambres'' de Raphaël, la ''Sixtine'' ou la ''Farnésine'' soient moins décoratives pour avoir été exécutées d'une main aussi précise que puissante '' (2)

De cet ensemble décoratif et de tous les tableaux qui le composent, Marie est le centre. Et nous avons ici - il le fallait - deux images très différentes de la Vierge Immaculée. A la voûte du chœur, Marie triomphe dans le ciel, reçoit la couronne de Reine du Paradis et monte pour prendre place au-dessus de toutes les créatures. Comment représenter cet être céleste que nul regard d'artiste n'a pu observer et qui ne se révèle qu'au cœur du croyant ? Toute préoccupation réaliste du type juif ou du costume oriental serait ici plus qu'une faute de goût. La Vierge d'Aubert est une créature angélique environnée d'une lumière paradisiaque dont elle semble revêtue ; de ses mains jointes sur son corps aux lignes effacées tombent des guirlandes de roses ; elle flotte plus qu'elle ne marche sur un croissant de lune au-dessus des nuages ; son regard profond, habitué au divin, ne trahit aucun trouble ; elle entre sans étonnement dans la gloire. La Vierge de la nef qui déroule les jours de sa vie terrestre est plus humaine : c'est une femme de Galilée, qui est vêtue de la robe brodée que l'on porte encore aujourd'hui à Ramalla, du voile et du bandeau des Bethlémitaines ; elle est belle puisque la tradition affirme sa beauté ; elle est touchée d'un rayon divin puisque dès sa naissance elle se meut dans le miracle et dans le surnaturel ; mais petite fille qui écoute les leçons maternelle et suit d'un doigt hésitant sur le Livre les lettres qu'il faut épeler, jeune fiancée inclinée et tendre, jeune mère attentive, mère douloureuse au pied de la Croix, mère anéantie qui rentre seule dans sa maison vide après le dramatique sacrifice, mère transfigurée qui reçoit dans la communion, des mains de saint Jean, le corps de son Fils, elle reste toujours humaine et humblement touchante. Nous pouvons l'approcher et nous voyons par quels sentiments connus des cœurs mortels nous pouvons l'aborder. D'un côté la Reine des Anges, de l'autre la femme bénie entre toutes les femmes : admirable conception de peintre et de chrétien.

______


(1) Il s'agit de la publication en héliogravures de la décoration entière de Notre-dame des Champs. (Lethielleux, édit.)

(2) R. P. Sertillanges. La Vie de la Sainte Vierge. (Lethielleux, édit.)

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Message  Roger Boivin Mer 15 Fév 2023, 4:23 pm


Parmi les tableaux de l'abside, il y en a quatre que l'on regarde comme les meilleurs de Joseph Aubert ; ils eurent aux salon où il les exposa le plus franc succès et ils furent achetés par des amateurs américains ; nous en avons ici les répliques. C'est le Bon Samaritain et le Retour de l'Enfant Prodigue deux œuvres sobres, concentrées, pénétrantes, d'une humanité si tendre, en qui revit pleinement l'esprit des paraboles du Fils de l'Homme. C'est la Cène et la Vocation des Apôtres. tenter le thème de la Cène après Léonard qui l'a comme fixée, après tant d'autres artistes qui en ont comme épuisé la richesse, était d'une audace périlleuse ; Aubert n'a pas voulu copier ni répéter ; au lieu de concevoir la Cène comme un repas que le peintre réaliste peut rendre naturel et vivant, il se l'est représentée comme la première communion des Apôtres, ce qui lui a permis de mettre Jésus à part, le calice entre les mains, et de distribuer les apôtres d'une manière nouvelle, debout, inclinés ou à genoux, pour recevoir la participation du sang divin. Le souci d'exactitude se marque dans le décor de la salle, les accessoires du repas, les costumes des convives ; la composition elle-même ne procède que d'une conception mystique. On peut résister, on peut discuter, on ne peut pas nier l'originalité de l’œuvre.

Tout aussi original et d'une composition plus sûre est le tableau qui représente la mission des Apôtres. Dressé sur la colline des Béatitudes avec derrière lui la splendeur du lac de Génésareth, Jésus ressuscité embrasse du regard et du geste le monde qu'Il vient de racheter et qu'Il veut maintenant conquérir ; c'est une création extraordinaire de majesté et de lumière, hors de l'espace et du temps, dominant le temps et l'espace. Les Apôtres qu'Il envoie ne sont éclairés que par le jour qui émane de Lui ; ils le contemplent avec une ferveur émue, et la mission qu'Il leur confie, ils la reçoivent avec une sérénité grave. Un prestige immatériel enveloppe ce tableau ; c'est une ère nouvelle qui commence pour le monde, l'ère de la chrétienté.

Les épreuves de la France catholique, la guerre, la faveur des écoles nouvelles ont modifié profondément l'art de la décoration de nos églises ; on a changé le goût du public, on l'a disposé à d'autres réactions. Mais ce qui fut beau, reste beau. Il faut voir les fresques de Notre-dame des Champs, comme il faut voir celles de Saint-Vincent-de-Paul, celles du Panthéon ; elles représentent une de nos manières de faire prier la pierre, elles s'inscrivent dans les annales de notre art religieux et elles n'en sont pas la page la moins glorieuse.

Surtout elles ont gardé leur vertu d'édification. Quel cadre que cette église de Notre-Dame des Champs, pour des leçons de catéchisme ! Les murs sont vivants et offrent aux yeux émerveillés de l'enfant la réalité à la fois humaine et divine qu'on lui raconte ; les leçons abstraites du livre, l'enseignement du prêtre lui apparaissent comme projetées et en mouvement dans la fresque : la pieuse enfance de  Marie, la naissance miraculeuse de Jésus à Bethléem, Jésus enfant allant chercher de l'eau à la fontaine, maniant les outils du charpentier, Jésus au Cénacle distribuant la première communion aux Apôtres, Marie au Calvaire, marie revenant dans sa maison solitaire après le douloureux sacrifice, Jésus ressuscité envoyant aux quatre coins de la terre les prêtres qui auront mission de l'instruire un jour, l'enfant du catéchisme voit toutes ces choses vivre sous ses yeux et il se laisse pénétrer par l'atmosphère surnaturelle qui s'en dégage. Ces fresques sont belles de toute la joie chrétienne qu'elles donnent aux petits enfants.

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Message  Roger Boivin Jeu 16 Fév 2023, 3:13 pm

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Le Cortège de la Vierge - Les Prophètes.

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La Fuite en Egypte.

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Le Repos en Egypte.

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Marie et Jésus à la Fontaine.

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Message  Roger Boivin Jeu 16 Fév 2023, 3:14 pm


VI

Notre-Dame de Besançon
(1)


L'Eglise Notre-Dame de Besançon, que Joseph Aubert a décorée, est un des plus anciens édifices religieux de Franche-Comté. Bâtie au VIIe siècle, elle fut d'abord dédiée à saint Marcellin ; détruite par les Sarrasins, elle fut réédifiée, mais sous la forme de chapelle, au XIe siècle, et fit partie de l'abbaye bénédictine de Saint-Vincent. Jusqu'à la Révolution, l'église paroissiale de Saint-Marcellin fut desservie par un religieux de l'abbaye de Saint-Vincent ; d'abord modeste et pauvre, elle connut, après la conquête française, la prospérité et l'éclat, en même temps que les Confréries établies par les religieux y donnaient l'exemple des vertus chrétiennes. Après le Concordat, en 1807, une nouvelle paroisse fut érigée qui comprenait l'ancienne paroisse Saint-Marcellin et des débris des communautés voisines ; elle prit le nom de Notre-dame ; elle eut pour église paroissiale l'ancienne chapelle des Bénédictins qui fut restaurée.

'' L'église Notre-Dame, qui date du XIe siècle, est en somme un édifice lourd, dont la voûte est soutenue par des pilastres disgracieux. Ses basses nefs sont séparées de la nef principale par des piliers ronds dont les chapiteaux romans accusent l'architecture du XIe siècle. Les bases de ces colonnes sont aujourd'hui enterrées dans le sol '' (2). M. Maire, nommé curé de Notre-Dame en 1855, entreprit une restauration d'ensemble de son église. '' Au fond de l'hémicycle du chœur, sur des plans de M. A. Ducat, M. Maire a fait pratiquer une chapelle absidiale qui offre, dès l'entrée de l'église, une gracieuse perspective. On aperçoit, au centre de cet édicule, une belle statue de la Vierge en marbrer blanc... ; la lumière, tamisée par les fenêtres de la coupole, tombe sur la statue et répand une douce lumière dans cette chapelle. La voûte du chœur, décorée avec profusion, est ornée de peintures représentant divers symboles religieux. Le chœur est éclairé de quatre riches verrières qui adoucissent la lumière, tout en la laissant suffisamment pénétrer dans l'enceinte. ''

C'est le successeur de M. Maire, M. Jeannin, qui eut l'idée de confier à Joseph Aubert la décoration de la nef principale. Ce travail commencé en 1892 n'a été terminé qu'en 1910 ; avec les fresques de Notre-Dame des Champs, il représente donc le grand effort de la vie de l'artiste, et les connaisseurs y voient son chef-d’œuvre.

Pour composer sa décoration, Joseph Aubert s'est inspiré des lignes générales de l'édifice, et de la pensée de M. Maire qui, en établissant dans l'abside la statue de la Vierge en pleine lumière, avait voulu faire converger vers Notre-Dame tous les regards et tous les sentiments. Au-dessus des fidèles qui prient Marie, des deux côtés de la nef, Joseph Aubert a dressé les patriarches, les prophètes, les saints et les saintes, qui regardent tous la Vierge de marbre blanc et marchent vers elle avec allégresse. C'est le cortège de la Vierge.

Hippolyte Flandrin, en traitant un sujet analogue à Saint-Vincent-de-Paul, avait fondé une tradition qui semble devoir s'imposer comme règle : les personnages se détachent sur un fond d'or ; ils ont une pose hiératique et uniforme ; leur mouvement est commandé par la liturgie dont ils font partie ; ils s'étudient à ne vivre que pour la pensée surnaturelle que symbolise la cérémonie dont ils sont les acteurs ; ce sont des morts glorieux, entrevus par l'artiste dans l'au-delà et comme dépouillés de leur humanité. Cette vision paradisiaque a une grandeur émouvante.

Joseph Aubert a suivi pour partie la tradition de Flandrin. Ses personnages sont peints sur un fond d'or et ils ont l'auréole ; ils apparaissent donc au premier regard comme des bienheureux déjà détachés de la terre.  Mais à l'uniformité et à la raideur hiératique, le peintre a préféré la variété et le mouvement. Les morts qu'il évoque, il les ramène à la vie ; il les conçoit et il les interprète comme des vivants ; il cherche accentuer leur caractère individuel et il ne craint pas de donner à leurs traits une expression moderne. Ils accomplissent leur pèlerinage terrestre et c'est au cours de ce voyage, qui ressemble au voyage de chacun de nous, qu'ils marchent vers marie en fixant sur son image un regard plein d'amour. Les fidèles qui prient dans l'église ne les aperçoivent pas au ciel dans une gloire, mais à mi-côte, entre le ciel et la terre, entraînant à les suivre quiconque les regarde.

_____

(1) Pour ce chapitre, j'ai repris quelques-unes des pages que j'ai écrites pour le Cortège de la Vierge (Lethielleux, édit.) et j'ai utilisé les précieuses notes de M. Léon Cathin publiées dans la Revue des Lettres.

(2) Chronique de la paroisse de Notre-Dame de Besançon, par M. le Chanoine Suchet. Besançon, 1899.

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Message  Roger Boivin Ven 17 Fév 2023, 10:26 am


Pour dresser ce cortège et en organiser les groupes, Joseph Aubert a suivi les Litanies de la Sainte Vierge, qui évoquent bien l'idée d'un cortège triomphal. Regina Patriarcharum, Regina Prophetarum, Regina Apostolorum, Regina Virginum, Regina Confessorum, Regina Martyrum... Le peintre a groupé des deux côtés de la nef les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Vierges, les Confesseurs et les Martyrs. Quant aux invocations, Refugium peccatorum et Auxilium Christianorum, il a essayé de les interpréter en représentant d'un côté les grands pénitents qui se tournent vers marie, de l'autre les fondateurs des grandes œuvres de miséricorde qui demandent à Marie une inspiration.

Cet ensemble est vraiment imposant. Quand on entre dans l'église Notre-Dame, vers le milieu de l'après-midi, à l'heure où le soleil déjà incliné éclaire à plein les vitraux, on éprouve d'abord comme un éblouissement. Les peintures murales et les vitraux forment à l'église comme une double ceinture, et les tons des tableaux sont aussi chauds que ceux des verrières. Quand on s'est habitué à l'éclat des ors sous le soleil coloré par le bleu et le rouge des vitraux, on est saisi et entraîné par le mouvement des personnages qui se hâtent vers le sanctuaire. Enfin, peu à peu, en les regardant, on est pénétré par un grand sentiment de paix chrétienne, tellement est intense la sérénité joyeuse de leurs visages. Et avant qu'il ait songé à étudier les détails de cette composition harmonieuse et à les admirer, le chrétien est comme contraint à se mettre à l'unisson et à prier la Vierge toute blanche qui brille dans l'abside. Salve Regina, c'est le premier commentaire qu'impose l’œuvre de Joseph Aubert.

La prière terminée, il faut regarder et analyser. Chacun s'arrête selon les sollicitations de son goût ou de sa piété devant tel panneau, plus longuement que devant tel autre. Celui qui appelle d'abord l'attention est le premier à gauche de la nef, du côté de l'Evangile, à l'entrée du sanctuaire. Il commente l'invocation Regina Patriarcharum, Reine des Patriarches. Depuis Adam jusqu'à Jacob et Juda, les Patriarches se dressent sortant des ténèbres du temps ; ils sont tels sur la toile que dans notre imagination, où le récit biblique a fixé leur image. Personnages de légende qui vivaient jusqu'à neuf siècles, premiers fils de l'homme qui avait été créé pour ne pas mourir, ils sont mystérieux et vagues ; personnages historiques de chair et de sang, ils sont accompagnés de quelque détail réaliste qui les individualise, Abel et ses agneaux, Noé de sa colombe, Abraham du fils de sa vieillesse, Joseph de ses gerbes, Juda de son sceptre. D'un trait sûr, l'artiste a fait revivre ce double caractère, remplissant ainsi entièrement notre attente. L'évocation est saisissante : les patriarches dont la Genèse a raconté l'extraordinaire destinée défilent devant nous.

Ils apparaissent sur deux lignes lumineuses. En haut Adam, Mathusalem, Enoch, Noé, Sara, Abraham, Melchisédec, Jacob, Joseph, Juda, ceux qui dominent ; plus bas, Eve humiliée, Abel et Isaac qui sont des enfants, Rachel qui s'incline pour faire boire ses troupeaux. Cette disposition originale brise la monotonie d'un défilé hiératique et donne à l'ensemble de la composition un mouvement souple comme la vie elle-même.

Même variété dans les visages : la vieillesse abattue qui n'a plus d'âge à côté de la tendre et douce enfance, Mathusalem et Abel, Abraham et Isaac, Melchisédec et Rachel. Ce contraste très étudié donne à la vieillesse un caractère plus définitif et à l'enfance une fraîcheur plus fleurie. On a remarqué que Joseph Aubert excelle à représenter la vie qui commence et la vie quo s'achève, les deux extrêmes où l'espérance met toute sa poésie, l'espérance de vivre chez ceux qui ignorent la vie, l'espérance de mourir chez ceux qui la connaissent trop.

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Message  Roger Boivin Sam 18 Fév 2023, 8:45 am


Pour dresser ce cortège et en organiser les groupes, Joseph Aubert a suivi les Litanies de la Sainte Vierge, qui évoquent bien l'idée d'un cortège triomphal. Regina Patriarcharum, Regina Prophetarum, Regina Apostolorum, Regina Virginum, Regina Confessorum, Regina Martyrum... Le peintre a groupé des deux côtés de la nef les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Vierges, les Confesseurs et les Martyrs. Quant aux invocations, Refugium peccatorum et Auxilium Christianorum, il a essayé de les interpréter en représentant d'un côté les grands pénitents qui se tournent vers marie, de l'autre les fondateurs des grandes œuvres de miséricorde qui demandent à Marie une inspiration.

Cet ensemble est vraiment imposant. Quand on entre dans l'église Notre-Dame, vers le milieu de l'après-midi, à l'heure où le soleil déjà incliné éclaire à plein les vitraux, on éprouve d'abord comme un éblouissement. Les peintures murales et les vitraux forment à l'église comme une double ceinture, et les tons des tableaux sont aussi chauds que ceux des verrières. Quand on s'est habitué à l'éclat des ors sous le soleil coloré par le bleu et le rouge des vitraux, on est saisi et entraîné par le mouvement des personnages qui se hâtent vers le sanctuaire. Enfin, peu à peu, en les regardant, on est pénétré par un grand sentiment de paix chrétienne, tellement est intense la sérénité joyeuse de leurs visages. Et avant qu'il ait songé à étudier les détails de cette composition harmonieuse et à les admirer, le chrétien est comme contraint à se mettre à l'unisson et à prier la Vierge toute blanche qui brille dans l'abside. Salve Regina, c'est le premier commentaire qu'impose l’œuvre de Joseph Aubert.

La prière terminée, il faut regarder et analyser. Chacun s'arrête selon les sollicitations de son goût ou de sa piété devant tel panneau, plus longuement que devant tel autre. Celui qui appelle d'abord l'attention est le premier à gauche de la nef, du côté de l'Evangile, à l'entrée du sanctuaire. Il commente l'invocation Regina Patriarcharum, Reine des Patriarches. Depuis Adam jusqu'à Jacob et Juda, les Patriarches se dressent sortant des ténèbres du temps ; ils sont tels sur la toile que dans notre imagination, où le récit biblique a fixé leur image. Personnages de légende qui vivaient jusqu'à neuf siècles, premiers fils de l'homme qui avait été créé pour ne pas mourir, ils sont mystérieux et vagues ; personnages historiques de chair et de sang, ils sont accompagnés de quelque détail réaliste qui les individualise, Abel et ses agneaux, Noé de sa colombe, Abraham du fils de sa vieillesse, Joseph de ses gerbes, Juda de son sceptre. D'un trait sûr, l'artiste a fait revivre ce double caractère, remplissant ainsi entièrement notre attente. L'évocation est saisissante : les patriarches dont la Genèse a raconté l'extraordinaire destinée défilent devant nous.

Ils apparaissent sur deux lignes lumineuses. En haut Adam, Mathusalem, Enoch, Noé, Sara, Abraham, Melchisédec, Jacob, Joseph, Juda, ceux qui dominent ; plus bas, Eve humiliée, Abel et Isaac qui sont des enfants, Rachel qui s'incline pour faire boire ses troupeaux. Cette disposition originale brise la monotonie d'un défilé hiératique et donne à l'ensemble de la composition un mouvement souple comme la vie elle-même.

Même variété dans les visages : la vieillesse abattue qui n'a plus d'âge à côté de la tendre et douce enfance, Mathusalem et Abel, Abraham et Isaac, Melchisédec et Rachel. Ce contraste très étudié donne à la vieillesse un caractère plus définitif et à l'enfance une fraîcheur plus fleurie. On a remarqué que Joseph Aubert excelle à représenter la vie qui commence et la vie quo s'achève, les deux extrêmes où l'espérance met toute sa poésie, l'espérance de vivre chez ceux qui ignorent la vie, l'espérance de mourir chez ceux qui la connaissent trop.

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Message  Roger Boivin Dim 19 Fév 2023, 7:52 am


Le caractère commun de tous ces patriarches est l'attente pensive. Ils ont entendu la promesse faite par le Tout-Puissant à la mère des vivants : une seconde Eve doit venir qui brisera la tête du serpent, celui qui a flétri l'innocence d'Eden, détruit la jeunesse du monde et semé l'existence d'une amertume que rien ne peut guérir. Ils attendent la victorieuse qui vengera l'homme déchu. Quoiqu'ils aient vu plusieurs siècles, leur espérance n'est point lassée, et ils regardent déjà, comme si elle apparaissait à leurs yeux la Vierge qui doit venir.

A mesure que nous allons d'Adam à Juda on dirait que la confiance dans la venue de Marie développe plus de clarté. Adam accablé de confusion a eu de la peine à entendre la divine promesse. Eve l'A mieux comprise en s'abaissant davantage. Noé, favorisé par Dieu, a été choisi pour perpétuer la race et il a été appelé à l'honneur de conclure un pacte avec le Tout-Puissant. Avec Abraham la réconciliation de Dieu et de l'humanité s'affirme et la promesse se précise. Melchisédec offre déjà un sacrifice qui annonce celui du Messie. Jacob a dans ses yeux d'enfant la lumière qui éclaire l'avenir et lui fera entrevoir et annoncer celui qui doit arriver. Juda, par la volonté de Jacob, interprète de la volonté de Dieu, conserve ce sceptre qui ne doit pas sortir de sa race jusqu'à ce que le Roi attendu, le fils de la Vierge, soit arrivé pour régner. Ainsi l'espérance de plus en plus lumineuse baigne le visage des patriarches, et leurs yeux contemplent celle que les générations attendent et qui viendra pour être la seconde mère des vivants.

Et face des patriarches les prophètes. Ce panneau peut surprendre tout d'abord parce qu'on n'y retrouve pas la liste traditionnelle des prophètes ; l'idée qui a présidé à sa composition est une idée générale qui dépasse l'histoire consignée en détail dans des documents précis. Le peintre a bien vu ce qu'étaient les prophètes, non pas des devins qui savent et qui annoncent l'avenir, mais des sages suscités par Dieu pour être auprès de son peuple les interprètes de sa pensée ; ils étaient de grands patriotes qui avaient pour mission de conserver la nationalité juive sans cesse menacée par les infiltrations étrangères et la pureté de la religion juive qui risquait de s'adultérer par le mélange des cultes païens ; par-dessus tout, ils étaient les gardiens de la tradition messianique, chargés de conserver l'esprit d'attente et de foi, en révélant chaque jour un peu plus clairement le Rédempteur promis à Israël. En somme, les prophètes sont les grands hommes d’Israël, les hommes représentatifs de la nationalité juive et de l'âme juive. Nous le voyons plein de grandeur et de majesté. C'est ce caractère que l'artiste a parfaitement saisi et qu'il a rendu sensible ; de Moïse à Daniel, il se dégage de cet ensemble une impression unique et c'est une impression de grandeur ; ici se trouve concentrée l'âme juive qui fut sublimée par un contact permanent avec Jéhovah et ici se trouvent les inspirés qui maintinrent la pérennité de ce contact. Le peintre a mis les prophètes en marche vers Marie parce qu'annonçant la venu du Messie, ils ne séparent pas le fils de la mère. Isaïe, le plus grands d'entre eux, arrive à dire avec une netteté définitive : '' Ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitur nomen ejus Emmanuel '', voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Ce mystère proclamé par Isaïe éclaire de sa lumière tout le groupe des prophètes : ils regardent l'étoile qui doit sortir de Jacob et conduire les rois et les pasteurs vers l'humble demeure où la Vierge a mis au monde l'Emmanuel. Les patriarches attendent ; plus heureux, contemporains de l'avenir par le don prophétique, les prophètes voient.

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Un Artiste Chrétien, Joseph AUBERT (1849-1924) -  Par J. CALVET, Abbé. - 1926. - Page 2 Empty Re: Un Artiste Chrétien, Joseph AUBERT (1849-1924) - Par J. CALVET, Abbé. - 1926.

Message  Roger Boivin Lun 20 Fév 2023, 8:15 am


Je ne puis m'attarder à décrire en détail chaque groupe. Le second panneau du côté de l'Evangile représente les Apôtres. Le choix des personnages qui devaient le composer était difficile, tant les apôtres ont été nombreux qui ont porté à travers le monde la bonne nouvelle. Aubert s'est d'abord arrêté aux grands chefs qui concentrent en eux l'esprit apostolique : Pierre, Jean, jacques, André et Paul. Puis, par une pensée très heureuse, il a réuni sur sa toile les apôtres les plus célèbres de la Gaule : Lazare, martial, Denis, saturnin, martin, Trophime et les apôtres particuliers de la Franche-Comté, Ferréol, Ferjeux, Hilaire et Maximin. Nous avons ainsi un ensemble qui s'harmonise à ravir avec une église bisontine (de Besançon). C'est dans ce panneau que Joseph Aubert a montré une audace d'interprétation qu'on lui a parfois reprochée : son saint Jean et son saint Paul sont des créations originales qui s'éloignent totalement du type consacré par la tradition picturale, et saint Lazare est représenté au moment où, obéissant à la voix de Jésus, il desserre les liens de la mort, se dresse dans son tombeau et revient, stupéfait, à la lumière de la vie.

Quelle fraîcheur et quelle grâce dans le second tableau du côté de l'Epitre qui représente la théorie des vierges en marche vers leur souveraine ! Le sol sur lequel elles posent leurs pieds nus est semé de lis, comme si leur virginale présence suffisait à faire éclore des fleurs. Toutes uniformément, elles sont couronnées de roses blanches. Leur robe, qu'elle soit toute blanche comme celle d'Agnès ou brune comme celle de Colette, tombe en plis gracieux dans leur austérité. Leur visage est calme, doux d'un profil très pur, d'une beauté touchante, qu'elles soient toutes petites filles comme Agnès ou Imelde, d'âge mûr comme Thérèse ou vieille femme comme Claire ; Agnès tient un agneau et germaine qui porte des fleurs dans son tablier conduit une brebis. On voit dans le ciel des vols de colombes qui accourent vers Colette. Nous sommes ici dans le jardin mystique de l'Epoux, dont seule la pureté peut franchir la clôture et où s'épanouissent les fleurs inconnues à la terre. Créer cette atmosphère mystique par des touches pieuses, donner la sensation de cette beauté plus qu'humaine que l’œil de la foi seul perçoit toute entière, c'est le fait d'un grand peintre religieux.

Dans les deux derniers panneaux le cortège de la Vierge change de caractère et d'aspect.

Pour interpréter les deux invocations, Refugium Peccatorum, Consolatrix afflictorum, le peintre a représenté du côté de l'Evangile les pénitents célèbres et du côté de l'Epitre les Saints à l'âme miséricordieuse qui se dévouèrent aux œuvres de charité. Ces deux panneaux sont plus petits que les autres parce que la place réservée à l'artiste était plus étroite. Ils manque de cette unité intime qui fait pour une part la beauté des autres ; et soit qu'ils ne répondent pas directement à une invocation des Litanies, soit parce que leurs proportions sont réduites, ils ne donnent pas au spectateur la pleine satisfaction artistique qu'il avait éprouvée jusqu'alors. Mais ils nous touchent par un autre endroit : les Saints qu'ils représentent sont plus près de nous, plus terrestres et plus et plus accessibles, les uns parce qu'ils furent pécheurs, les autres parce qu'ils s'inclinent sur la misère humaine pour la soulager. Ils sont bien placés à l'entrée de l'édifice, pour accueillir le fidèle qui vient de la rue et l'amener par une gradation de sentiments spirituels, peu à peu, jusqu'à l'Immaculée.

Si on considère l'ensemble de cette œuvre décorative, on reste frappé de l'intensité du travail et de la durée de l'effort d'où elle est sortie. Chaque personnage a été étudié longuement dans son histoire humaine et dans la tradition des peintres qui est comme son histoire artistique ; puis il a été traité à part, comme s'il devait figurer seul dans un tableau ; Aubert a ainsi exécuté près de cent portraits. Mais ces portraits n'étaient pour lui pour ainsi dire que des documents ; avec une science de l'art décoratif qu'il avait appris à fond à Notre-dame des Champs, il posait l'ensemble, puis reprenait chaque personnage, le retouchait pour l'insérer dans cet ensemble et le faire concourir harmonieusement à l'impression générale qu'il voulait produire.

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Message  Roger Boivin Mar 21 Fév 2023, 7:26 am


Au salon de 1914, les huit panneaux du Cortège de la Vierge remplissaient la grande salle du rez-de-chaussée. Bien que la critique se préoccupe surtout de suivre la mode et la flatter, les connaisseurs furent frappés par la beauté et par la grandeur de cet ensemble. Je pourrais enrichir cette biographie de coupures de presse et, en choisissant bien, donner l'impression d'un concert d'éloges ; il y eut aussi le persiflage du distrait qui passe sans regarder, le dédain acidulé du fanatique qui est ''à la page''. A quoi bon remuer tout ce papier mort ? Deux ou trois traits cependant sont à retenir.

Paul Jousset écrit : '' Le Cortège de la Vierge vaut qu'on le cherche ; non pas qu'il apporte une note bien extraordinairement neuve, mais parce que tout au moins, c'est de la peinture religieuse traitée religieusement, ce  qui est de plus en plus rare. '' Maurice Hamel ajoute : '' Joseph Aubert est parvenu à donner à ses fresques le ton de la vie, l'abondance de lumière, d'émotion et de force qui conviennent à de semblables travaux. Il a  rendu, si je puis dire, tangibles les félicités et les angoisses de la Légende religieuse ''. Henri Welschinger admire l'exactitude de chaque figure prise en particulier et l'art de la composition décorative. Charles Ponsonailhe consacre à cette exposition un article copieux, très étudié et très nuancé : '' Joseph Aubert, dit-il, peintre classique et sage, a su élargir sa manière accoutumée, viriliser sa facture, appuyer son dessin sur des études de nature observées de très près, réalistes même, sans pour cela diminuer le style et le beau souffle qui caractérisent, animent cette sainte assemblée. Il a eu aussi des trouvailles de noblesse, de charme, de jeunesse. Cette décoration n'est nulle part veule ou creuse... Je le félicite de son Jacob. Cette figure d'élégance florentine, si elle eut été exécutée sous Davis ou ses élèves, serait devenue un type classique mille fois répété ''.

De l'article si exacte et si fin écrit par Léon Cathlin, je ne retiendrai que ce mot qui tend à placer les panneaux décoratifs de Joseph Aubert dans la grande série des œuvres classiques ; il appelle cette théorie de saints et de saintes en marche vers la Vierge Immaculée, ''Les Panathénées Chrétiennes'' (1). Le mot doit rester.

Ces approbations et ces admirations choisies furent pour Joseph Aubert une vraie joie ; l'immense effort de sa vie ne s'était pas employé en vain et les rêves de sa vingtième année étaient dépassés. Il avait écrit dans une minute de découragement et d'humilité : '' je peindrai, mais je ne serai pas un peintre ''. Les Panathénées Chrétiennes lui donnaient un démenti.

______


(1) Le mot avait été dit par Théophile Gautier à propos des fresques de Flandrin à St Vincent de Paul.


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Message  Roger Boivin Mer 22 Fév 2023, 6:40 am


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Le Cortège de la Vierge - Les Apôtres.

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VIe Station
Jésus et sainte Véronique

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Marie au Pied de la Croix.

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Portrait du Général Niox.

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Marie Reçoit le Corps de Jésus.

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La Cène.
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Message  Roger Boivin Mer 22 Fév 2023, 6:41 am


VII

Une Œuvre variée

Les fresques décoratives de Notre-Dame des Champs et de Notre-Dame de Besançon représentent le grand effort artistique de Joseph Aubert ; mais, au moment même où il les composait, il se délassait en s'occupant à d'autres travaux. Un grand nombre d'églises de Franche-Comté s'ornèrent de ses tableaux : j'ai cité la Mort de Saint-Claude de l'église de Noël-Cerneux, qui serait  son premier essai décoratif ; il conviendrait de ne pas oublier le triptyque de Saint-François d'Assise de l'église du Bélieu. Il représente les fiançailles de Saint-François et de Dame Pauvreté, la prédication de Saint-François aux animaux, et la stigmatisation de Saint-François ; œuvre intensément franciscaine par la douceur des âmes, qui se manifeste dans les attitudes et dans les physionomies et par la paix de la nature qui pénètre les créatures de Dieu, hommes et animaux. Le dessin reste net et ferme ; et cette exactitude de ligne s'harmonise fort bien avec la naïveté des gestes et avec les teintes indécises où ils s'enveloppent ; ce sont de beaux rêves pacifiques du Poverello qui ont renouvelé le monde, parce que loin d'être des aegri somnia, ils reposaient sur une pensée claire et sur une vue exacte de la réalité.

L'église de la Villette à Paris s'orne de panneaux qui retracent la vie des patrons de la paroisse, saint Jean, saint Jacques et saint Christophe ; l'église Saint-Etienne à Jérusalem  est décorée de huit panneaux qui racontent la vie des saints patrons de l'ordre de saint Dominique. Dans l'église de Charenton, à Paris, deux tableaux sont consacrés à saint Pierre et représentent l'un La pêche miraculeuse, l'autre l'Investiture de l'Apôtre. Cette figure de saint Pierre attirait Joseph Aubert et ici, comme dans le Cortège de la Vierge, il a su l'imposer à nos regards dans un relief saisissant. Pierre, c'est l'homme du peuple, aux idées courtes mais claires, au sang chaud, à l'âme ardente, prompt à s'exécuter et à dépasser sa pensée, prompt à se décourager et à tomber au-dessous de lui-même, mais têtu au fond parce que toujours il se reprend et recommence ; voilà l'homme naturel, dont l'Esprit transfigure les dons, sans rien ne leur enlever de leur valeur ; Pierre n'est ni un intellectuel, ni un mystique, c'est pour cela qu'il sera un chef qui saura utiliser les intellectuels et les mystiques en les soumettant aux règles du bon sens, à la loi de la vie et au commandement divin.  Tel il apparait dans l'histoire et tel nous le voyons dans les compositions de Joseph Aubert. '' Comme il porte bien les clefs ! '' murmurait à part lui un homme du peuple ; ce mot suffit, il dit tout.

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Message  Roger Boivin Jeu 23 Fév 2023, 7:36 am


Aubert a laissé un grand nombre de portraits de valeur inégale. Un peintre comme lui, attaché au réel, habitué à la méditation qui s,efforce de pénétrer les âmes, scrupuleusement attentif à tous les détails de l'exécution, devait exceller dans le portrait. Mais sa sincérité le gênait ; quand l'original ne lui ''disait rien'', quand il se sentait impuissant à deviner l'âme dans le regard, il renonçait à peindre ou il jetait sur la toile une photographie correcte et glacée ; il s,est toujours senti incapable de masquer le vide, qui pour lui était l'absence de signification spirituelle, par l'éclat des couleurs ou les jeux de la lumière et de l'ombre ; que de succès il a manqués, et dans tous les genres, par ses scrupules d'homme et d'artiste ! Mais quand l'original, vivant et parlant devant lui, laissait vibrer une âme qui mettait l'âme de l'artiste en vibration, le portrait était une fête. Regardez le général Niox dont l'énergie, la finesse et l'esprit éclatent sur la toile, le Cardinal Richard, figure émouvante de simplicité et de sainteté, le Cardinal Amette, le Cardinal Dubois, les grands chefs de la grande guerre, Foch, Pétain, Joffre et Casteleau.

Il faudrait s'attarder longtemps devant le portrait de la Mère Marie-Thérèse Couderc, fondatrice des religieuses de Notre-Dame du Cénacle. Je dirais que c'est un chef-d’œuvre, si le mot n'avait pas perdu à peu près toute sa signification historique. Joseph Aubert n'a pas vu son modèle, il n'a eu à sa disposition que des documents, des photographies, des dépositions religieuses qui avaient connu leur fondatrice, des récits de sa vie, des anecdotes, et son œuvre entière de piété et de bonté ; de quoi alimenter une méditation d'où devait sortir pour l'artiste une vision claire, plus vraie peut-être que la réalité elle-même. Avec quelle puissance, dans ce décor de simplicité monastique, sur ce fond noir de costume, s'enlève ce visage lumineux, d'une si grande distinction humaine et si intensément spiritualisé par la pensée et par l'amour !

Ces yeux profonds ont vu et jugé la vie et cependant ils sont restés candides, parce qu'ils ont pris l'habitude de regarder d'autres spectacles qui expliquent et éclairent la vie ; s'ils traduisent par l'intensité de leur lumière un drame intérieur, c'est un drame qui est clos aujourd'hui, ses agitations ayant fait place pour toujours à la sérénité de la confiance : la mère Couderc, vivant encore encore de la vie de ce monde, paraît déjà établie en Dieu. Bonnat admirait fort l'équilibre éloquent de cette   physionomie et il plaçait le tableau d'Aubert au-dessus d'un autre portrait, qui fut célèbre dans son temps, le portrait de la Mère Marie Jugand, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres, le chef-d’œuvre de Cabanel portraitiste ; l'élève avait dépassé le maître.

Je ne m'étendrai pas sur l’œuvre profane de Joseph Aubert, bien que certains de ses tableaux comme la Cueillette du Gui, la Lutte des Hommes des Cavernes contre les Ours, Ursus renversant le taureau de Lygie soient intéressants par la sûreté de la composition et pas l'éclat du coloris. Je préfère insister sur ses derniers travaux, empruntés à l'Histoire chrétienne et à la liturgie, St-Loup arrêtant Attila et le Chemin de la Croix. Cet épisode de l'histoire de St Loup l'occupa et le préoccupa longtemps ; il fallait reconstituer le milieu historique et Aubert se méfiait des documents sommaires qui portent à la déclamation ; puis il fallut dresser la composition, après quels tâtonnements et quelles hésitations ! Saint Loup tout lumineux dans son habit blanc, le visage éclatant d'un feu surnaturel, se dresse gigantesque, devant Attila qui s'arrête : l'armée du barbare reste baignée dans une ombre tragique et, derrière le Saint, la foule chrétienne, qui a confiance dans son intervention toute puissante, se dresse, éclairée par la blancheur de son manteau.

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Message  Roger Boivin Ven 24 Fév 2023, 7:48 am


Le chemin de la croix fut la dernière pensée de Joseph Aubert. Il jugeait le sujet redoutable pour l'artiste, mais attirant pour le chrétien qui a vécu et qui sait que le secret de toute chose se trouve dans la douleur rédemptrice. Il hésitait à l'entreprendre, par respect pour l'Homme-Dieu dont il fallait raconter le sacrifice ; et quand il l'eut entrepris dans un élan de foi, il ne demandait à Dieu que d'avoir la force de le terminer.

Le Chemin de la Croix fut exposé au Salon de 1922. J'écrivais alors : '' Le Chemin de la Croix de Joseph Aubert est une méditation chrétienne, et dans la basilique qu'il doit décorer, il soutiendra la méditation chrétienne et provoquera les âmes à la douleur réparatrice et à la prière qui purifie et console. Je pourrais m'arrêter là ; c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire. Il n'est pas inutile cependant d'indiquer les caractères principaux d'une œuvre qui tout en respectant les grandes lignes de la tradition apporte une note originale.

Joseph Aubert s'est privé volontairement d'un élément pictural qui aurait donné à ses tableaux une vie accessible au regard ; il a renoncé à la couleur, et sur un fond d'or il a peint en camaïeu. Le résultat est un effet d'austérité religieuse que l'on pourra trouver excessif. Mais les intentions générales de l'artiste, qui nous apparaîtront sous d'autres formes, expliquent cette sévérité de la facture. Sans doute, les personnages du Chemin de la Croix appartiennent à l'histoire ; mais le grand drame qu'ils ont vécu se déroule maintenant sur un plan autre que le plan humain ; nous sommes ici dans le monde surnaturel. Joseph Aubert n'a pas voulu, comme un peintre d'histoire, reconstituer une scène de la rue, il a voulu donner une représentation, une transposition religieuse du plus émouvant des mystères surnaturel, de celui d'où est sorti le salut de l'humanité.

Dans les chapelles de Notre-Dame de la Délivrance, éclairées d'une lumière estompée, les personnages vêtus de blanc se détachent du fond d'or comme des apparitions divines.

C'est probablement pour le même motif que l'artiste a supprimé la foule. Un peintre qui ne serait que peintre se réjouirait de jeter sur la toile une foule grouillante et bariolée ; il amuserait ainsi nos regards et donnerait à nos imaginations le plaisir d'une résurrection historique. Joseph Aubert, je l'ai dit, a un tout autre but ; il simplifie, il synthétise, il écarte la foule afin que notre attention et notre piété se concentrent sur Jésus souffrant. A côté de lui, un ou deux personnages tout au plus, les personnages essentiels. Les passions et les rancunes qui ont préparé la mort du Sauveur sont représentées par ce juif qui nous apparaît à la première station : dès que Pilate, d'une lèvre dédaigneuse, a prononcé la condamnation, le juif met la main sur le Sauveur qui devient la chose, le jouet d’Israël ; nous le retrouvons à la deuxième station où, d'un geste impérieux et ironique, il montre au condamné le chemin à parcourir ; à la neuvième station, quand Jésus tombe accablé, il maudit le vaincu et ordonne au soldat de le frapper pour le relever ; à la dixième station, il arrache lui-même les habits à la victime ; à la onzième, il prend le marteau et les clous pour devenir l'auxiliaire du bourreau. Ce juif sinistre, accompagné du soldat imbécile et cruel qui exécute ses ordres, suffit à nos yeux et évoque toute une foule hostile.

Cette simplification qui étonne d'abord et qui, peu à peu, séduit quand on s'abandonne à ses suggestions, produit parfois des effets dramatiques d'une étonnante intensité. Quand Jésus rencontre sa Mère, il est seul avec elle ; nous pouvons supposer que la foule respectueuse s'est écartée, et nous pouvons donner toute notre piété attentive à la grande tendresse et à la grande douleur, isolées sous nos yeux dans une émouvante confrontation. Véronique accomplissant son geste de maternelle piété est seule en face du grand souffrant ; Marie et Jean sont seuls au pied de la croix où un Dieu agonise ; Jésus, quand il tombe accablé sur la route, est seul en face de la brutalité qui ne peut pas comprendre, et cette solitude est le symbole très amer de l'abandon où le laissent les cours humains. Ici encore, grâce à ce procédé, nous avons oublié la scène historique, et nous sommes transportés dans un autre plan, dans le drame surnaturel.

Le même parti-pris apparaît dans la conception du personnage central, de Jésus. dans la Passion, et en particulier sur la route du Calvaire, il est l'homme des douleurs en qui il n'existe plus une fibre qui n'ait été froissée. Partant de cette idée, certains artistes ont accumulé sur Jésus toute la misère humaine, et ils nous ont présenté une loque sordide en qui la divinité ne transparaît plus. Vérité artistique peut-être, et encore il faudrait voir ; mais erreur religieuse certaine. Défiguré par la souffrance, Jésus garda certainement dans la beauté de son corps l'éclat de la divinité, et tout en subissant les derniers outrages d'une humanité qui s,abandonnait, il conserva la maîtrise de lui-même et il domina l'épreuve. Si l'artiste ne nous fait pas sentir cette victoire de Dieu, il commet une erreur théologique. Joseph Aubert, ici encore, renonce à une vérité qui serait tout humaine pour atteindre une vérité supérieure. Son Jésus reste beau jusque dans la chute et jusque dans la mort ; son corps demeure intact et éclatant ; les tortures de la Passion et de l'agonie n'apparaissent que dans son visage. Et encore son visage n'est ni contorsionné ni grimaçant, mais il est pénétré d'une angoisse indicible ; cette tête de la crucifixion et de la déposition, on ne peut plus l'oublier quand on l'a regardée en chrétien.

On voit donc l'unité de conception de ce Chemin de la Croix. Et le danger d'un pareil plan est évident ; le peintre qui veut nous jeter en plein surnaturel risque de nous faire oublier totalement la réalité et l'humanité, ce qui serait plus qu'une erreur artistique, je veux dire une erreur religieuse. Aussi, constamment, Joseph Aubert nous ramène au réel par des touches discrètes, mais d'une précision évocatrice. Nous sommes en Palestine ; le paysage a été vu ; il est rendu ; il est vrai. A tous les détours du douloureux chemin, Jérusalem apparaît, non pas une Jérusalem de convention, mais Jérusalem reconstituée dans sa vérité historique et reproduite dans la couleur de son immuable lumière. Au-dessus des coupoles des palais, le temple de Salomon dresse sa masse sombre, et l'Ancien Testament assiste à la mort du juste, qui établit l'alliance nouvelle. Voici de véritables maisons orientales et de vrais arbres palestiniens au bord de la route ; au-dessus de Jésus tombé pour la seconde fois, c'est un seyal qui tort son branchage de rêve et semble associer la nature au grand drame de désolation. Tout cela est au second plan, dans une lumière atténuée, indiquée, non accusée ; mais le regard s'y arrête comme à un cadre qui fixe la Passion du Christ dans la réalité.

Le contact avec l'humanité n'est jamais perdu. J'ai dit le rôle du Juif et du soldat ; Pilate, le front plissé, les lèvres avancées dans une moue dédaigneuse, exprime tout l'ennui du fonctionnaire qui a horreur des ''affaires'' et le scepticisme du philosophe qui prend en pitié les héros et les systèmes. Les femmes de Jérusalem, groupe agité et désolé, manifestent par des gestes impuissants et des yeux pleins de larmes le déchirement des cœurs qui sentent qu'un grand crime va s'accomplir. Combien est grand et touchant le Cyrénéen de la cinquième station ! On l'a invité à porter la croix ; il l'a prise sur ses épaules solides, il l'a embrassée de ses mains de travailleur et il marche d'un pas souple sous le fardeau. Il ne comprend pas, il ne sait pas, mais il devine qu'il est mêlé à des choses qui le dépassent ; en tout cas, il fait son travail, celui qu'il doit faire, avec sérénité, heureux de soulager un homme qui souffre et disposé à se prêter à toute œuvre bonne qu'on réclameras de lui. Admirable symbole de cette foule des simples que la spéculation savante n'atteint pas, mais que Dieu aime tant parce qu'ils ne se refusent jamais à Dieu.

C'est surtout dans la quatorzième station qu'apparaît ce caractère de tendre humanité. Joseph Aubert a fait ici une œuvre originale d'une très haute signification ; au lieu de représenter cette mise au tombeau qui a été pour tant d,artistes l'occasion d'étaler des muscles contorsionnés et des gestes excessifs, il suppose l'ensevelissement terminé. Jésus est étendu dans son tombeau de pierre que Joseph d'Arimathie va fermer et sceller ; c'est l'heure du dernier adieu : Saint Jean debout contemple son maître mort ; Marie est tombée à genoux ; une immense lassitude l'a envahie qui se traduit par ce bras gauche abandonné le long de son corps ; le geste d'adieu est fait par sa main droite qui se pose maternelle et respectueuse, comme pour une caresse et pour une adoration, sur la plaie du Crucifié. Rarement un artiste est arrivé à donner une plus définitive impression de tristesse déchirante. ''

Dans une étude très savoureuse et parfois un peu décevante sur '' les aspects des Salons de 1922 '', Robert de la Sizeranne écrit sans crier gare : '' Les peintres religieux doivent offrir aux générations qui peinent, qui souffrent, qui prient aujourd'hui et cherchent, en levant les yeux vers les murs du sanctuaire, une image consolatrice que les maîtres d'autrefois savaient fort bien leur donner. Si à la place de telles figures, d'une beauté régulière et d'une expression sereine, qui la mettent en un état d'admiration favorable à la prière, on aperçoit des guignols frénétiques ou nigauds qui excitent son rire ou son dégoût, croit-on que le but de l'art religieux soit rempli, et qu'il suffise, pour qu'il le soit, de satisfaire les curiosités de quelques riches dilettanti, ou de ces touristes qui n'entrent à l'église que pour s'y promener ? Elle serait bien près de sa fin la religion qui ne serait plus qu'une aristocratie de penseurs ou un prétexte à subtilités esthétiques. '' (1)

Je n'aurais pas osé écrire ces phrases si dures ; je me contente de dire que le Chemin de la Croix de Joseph Aubert est une œuvre religieuse et qui fait prier.

____


(1). Revue des Deux Mondes, 1 juin 1922.

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Message  Roger Boivin Sam 25 Fév 2023, 7:49 am

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Le Cortège de la Vierge - Les Martyrs.

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Marie Revient du Calvaire.

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La Mission des Apôtres.
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Jésus tombe pour la troisième fois.

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Message  Roger Boivin Sam 25 Fév 2023, 7:51 am



VIII

Des Idées


Joseph Aubert s'est toujours défendu d'être un théoricien et un homme à système : '' retiré au fond de mon atelier, disait-il, je n'appartiens à aucune école ou plutôt à aucune chapelle '' ; il a subi les inconvénients de l'isolement et il a joui des avantages de l'indépendance.

Ce dédain des systèmes ne signifie pas qu'il manquât d'idées. Dans sa conversation, si nuancée et si vivante, il touchait sans pédanterie et sans prétention aucune aux questions d'art les plus délicates et les plus débattues. Il est regrettable qu'il n'ait jamais écrit ce qu'il disait si bien. Peut-être comprenait-il qu'il était peintre, mais non écrivain ; il rendait ses idées avec des lignes et des couleurs et, la plume à la main, faute d'expérience ou de don, il ne trouvait pas les mots qui les auraient exprimées pleinement.

Une seule fois, il s'est risqué à publier quelques pages, le canevas d'une conférence faite quelques mois avant sa mort sur les tendances de la peinture moderne. Il y rappelle quelques lois essentielles, trop oubliées des jeunes artistes d'aujourd'hui, et d'abord la nécessité de l'étude du dessin.

'' Un préjugé très répandu dans les milieux où l'on se flatte de diriger l'art vers le progrès, consiste à éloigner l'élève de l'école, sous prétexte que les modèles mis sous ses yeux sont des modèles de convention qu'il n'aura pas à représenter plus tard, s'il veut reproduire fidèlement la nature telle qu'elle est. Vous entendrez des critiques d'art qui font autorité vous dire : jeune homme, au lieu de vous atrophier dans les ateliers de l'Ecole des Beaux-Arts, allez directement devant la nature placer votre chevalet ; si vous voulez peindre un homme de la campagne, faites poser un paysan dans son champ, comme un ouvrier dans son usine ou un chêne dans la forêt. Une grave erreur est renfermée dans cette théorie, c'est de supposer la science acquise chez l'élève qui travaille à l'acquérir.

'' Pour faire l'image de son paysan, de son ouvrier ou de son chêne, il faut que l'élève sache dessiner. S'il veut quand même s'exercer dans ces conditions, il fera une figure plus ou moins informe dont les erreurs ne pourront pas lui être signalées devant le modèle par un maître expérimenté. L'élève se contentera nécessairement d'un à peu près, et au bout d'un certain temps le souci de l'exactitude du dessin sera perdu pour jamais. Dans l'atelier, au contraire, son attention est toute entière dirigée sans distraction sur un modèles isolé, sous un aspect invariable. Par une observation continuelle du même objet, il apprend à l'analyser aussi bien qu'à en comparer l'ensemble et les parties. La moindre erreur lui est signalée devant le modèle par un maître habile. Après des études ainsi comprises, le bon élève pourra très avantageusement quitter l'atelier et copier la libre nature. S'il veut alors dessiner un chêne, l'image qu'il en fera, fût-elle la première de ce genre, sera infiniment plus fidèle que ne serait la centième copie qu'il eût faite de cet arbre sans avoir préalablement étudié le dessin sur les bancs de l'école.

'' On raconte que Michel-Ange, âgé de 80 ans, après une longue vie d'un labeur infatigable consacrée toute entière à l'étude et à la création de chefs-d’œuvre, est rencontré un carton à dessin sous le bras, se dirigeant vers son atelier. - Où allez-vous ainsi, père Michel-Ange ?

- Je vais à l'école apprendre à dessiner. - Ce génie avait raison ; jamais un peintre ou un sculpteur, s'il est un véritable artiste, ne devra cesser de tendre ses efforts pour se surpasser dans la science sans limite du dessin (1). ''

Aubert insiste ensuite sur la composition et il rappelle le mot de Daubigny : '' Il ne m'est jamais arrivé de rencontrer un paysage tout composé, que j'aie pu copier servilement, sans rien déplacer, ajouter ou supprimer, pour en faire un tableau. '' Puis il examine quelques-une des conquêtes des écoles modernes, en particulier ce fameux mélange optique dont on a fait tant de bruit, dont il ne conteste pas l'utilité dans les grandes compositions décoratives, mais où il se refuse à voir autre chose qu'un procédé, qui donnera de bons résultats quand il sera manié par des peintres qui sont capables de peindre autrement.

Au suffrage de la critique qui admire et flatte les peintres d'aujourd'hui dans leurs pires audaces, Aubert oppose le jugement candide de l'enfance. Il racontait volontiers - et il la racontait avec saveur - l'anecdote de l'institutrice qui avait conduit ses élèves au Salon d'Automne. '' Elle s'était dit évidemment : Je dois former le goût des enfants confiés à mes soins : il y a bien un Musée qui s'appelle le Louvre ; mais il faut être de son temps ; les peintres d'autrefois sont vieux jeu ! je conduirai mes enfants à l'exposition des peintres de l'avenir. Or, je remarquai que ces petites filles s'avançant en longue colonne, deux par deux, se tordaient de rire à la vue de certains tableaux ; et lorsque la pension parvint près de moi dans la salle où je demeurais immobile et rêveur, j'entendis distinctement des exclamations telles que celle-ci : Oh ! regarde donc ! pourquoi ces arbres sont-ils bleus et le ciel tout vert ? - ou encore : Comme cette dame est drôle dans ce portrait, elle est de la couleur de l'arc-en-ciel (1). '' Et il est assez piquant de voir un peintre classique opposer l'ingénuité de l'enfance ignorante à la science des professionnels !

Aubert n'hésitait pas à parler de décadence ; cette décadence, il la voyait s'étendant à toutes les manifestations du goût national ; et, en moraliste, il y trouvait la preuve d'un véritable affaissement moral. '' Ces observations et ces manies de l'art bolcheviste, ajoutait-il, seront efficacement combattues bien moins par des leçons d'esthétique que par la lutte contre les vices de la société. Il faut remettre en honneur les principes éternels du beau, qui sont la vérité, la sincérité, la convenance la fin poursuivie. Ces principes de saine philosophie ne seront jamais mieux défendus et fortifiés que par l'esprit religieux enraciné dans des convictions profondes et raisonnées. Les ennemis de ces principes sont la vanité, l'horreur de l'effort, l'amour du succès facile, en un mot la faiblesse du caractère (1). ''

_____

(1). Le ''Xavier'', septembre 1924.

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Message  Roger Boivin Dim 26 Fév 2023, 7:42 am


Une des grandes tristesse d'Aubert a été de voir les modes anarchiques contaminer l'art religieux lui-même. Non certes qu'il fût ennemi de toute nouveauté celui qui affirmait que le peintre religieux doit être de son temps ; non certes qu'il contestât la valeur de certains artistes des nouvelles écoles ou la grandeur chrétienne de leurs œuvres. Il était assez détaché des formules pour admirer et aimer partout. Mais le lâché, le laid, le faux, le contorsionné, le badigeonnage puéril, dans un tableau pieux, destiné à une église, l'exaspérait ; et ce qui l'exaspérait peut-être plus encore, c'était l’affectation du primitivisme. Je me rappelle avoir résumé ailleurs ses observations à ce sujet et j'en reprendrai ici les termes :

'' L'engouement pour les primitifs est devenu une mode distinguée et comme le privilège d'une catégorie de connaisseurs ; puis, ainsi qu'il arrive toujours, le snobisme aidant, il s'est avili ; il est aujourd'hui à la portée des ignorants et des médiocres. Ce ne serait qu'un ridicule de plus, si, de cette mode, n'était pas née une école de peinture religieuse qui a choisi les primitifs pour maîtres et les a limités en tout avec un talent qui aurait pu prétendre plus haut. On oublie trop que le primitif est un incomplet : il est beau par l'idée, par l'inspiration qu'il porte en lui, par les tentatives répétées et maladroites où il s'applique pour exprimer totalement son rêve. Mais ces maladresses touchantes qui nous émeuvent restent des maladresses ; l'art a progressé rapidement, la technique s'est modifiée, et s'est enrichie. Quand la perfection du métier a été atteinte, les âmes n'ont plus été au niveau de l'art : l'idée s'était alourdie, l'inspiration s'était dissipée ; mais cet art n'en restait pas moins supérieur par ses moyens d'expression à celui des primitifs. Vouloir faire aujourd'hui, après tous les progrès de la technique,  et dans notre civilisation raffinée, vouloir faire du primitif d'imitation, c'est commettre un vrai contre-sens, c'est vouloir balbutier quand on peut parler. Le balbutiement est exquis, mais chez les enfants ; les adultes qui en ont essayé, dans la poésie, dans la musique ou dans la peinture, ont soulevé l'étonnement et le rire ; ceux qui avaient du talent n'ont pas persévéré.

'' Un peintre de métier qui copie les primitifs doit s'efforcer d'oublier son métier, éviter de finir, affecter la négligence. Or cette affectation du ''lâché'' est particulièrement insupportable dans l'art religieux. Nous avons cette idée préconçue que l'artiste chrétien est d'abord un homme consciencieux, qui fait du bon travail, qui rend cet hommage à la vérité de la chercher par tous les moyens, et qui met au service de la vie spirituelle le maximum de science technique qu'il a pu acquérir. S'il n'est pas un ''bon ouvrier'', il n'est pas digne de toucher au surnaturel. Assurément ces connaissances et ces habilités d'atelier ne suffisent pas ; l'art est une création ; et c'est l'intensité de la vie intérieure de l'artiste, c'est la vigueur de son imagination, c'est la chaleur de son âme qui donneront à son œuvre, parfaite d'exécution, la vie qui tient à je ne sais quoi, mais qui ne saurait se passer de cette perfection technique.

'' Et il n'est pas indifférent que l'artiste connaisse par expérience les émotions qu'il veut exprimer, et pour faire de la peinture chrétienne qu'il soit chrétien. S'il est un bon ouvrier, s'il a le feu sacré, et si en regardant son œuvre nous sentons qu'il croit tout ce que son pinceau raconte, il sera bien près d'avoir réalisé l'idéal de l'artiste religieux (1). ''

Le tapage organisé autour de l'art nouveau par une presse peu avertie qui confond le beau et le laid dans une commune faveur et admire tout ce qui est à la mode, faisait craindre à Aubert que l'Eglise elle-même, au lieu de rester au-dessus et en dehors des écoles, ne s'engageât dans une voie périlleuse pour la liturgie et pour la piété. Aussi sa joie fut grande lorsque le Souverain Pontife, Benoît XV, à qui il avait envoyé en hommage le Cortège de la Vierge, lui fit répondre par une lettre qui n'était pas un vulgaire remerciement et contenait une affirmation capitale qui allait rejoindre et confirmer ses convictions personnelles. '' Vous avez mis une technique savante au service d'une inspiration chrétienne éclairée. L'Ange de l'Ecole voulait trouver en toute œuvre belle, avec l'intégrité des formes, la proportion et la clarté des moyens d'expression. Ce sont précisément les caractéristiques de la vôtre. '' Une pareille approbation peut consoler de bien des dédains.

'' In domo Patris mansiones multae sunt. '' Saint François de Sales, songeant sans doute aux peintres, traduit ainsi : '' dans la maison du Père sont beaucoup de logettes. '' Chacun décore à sa guise la loge qui lui est échue ;  aucun n'arrive à la rendre entièrement digne de la splendeur des demeures divines ; mais l'artiste se rapprochera d'autant plus l'idéal qu'il poursuit, qu'il se gardera mieux des snobismes mondains, des tentations de la vanité et de la paresse et des insinuations de la pâle envie qui voudrait chasser du temple les confrères afin qu'il restât plus de place à décorer.

_____

(1). Le Cortège de la Vierge (Lethielleux, éditeur).

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Message  Roger Boivin Dim 26 Fév 2023, 2:05 pm


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Le Cortège de la Vierge - Les Confesseurs.

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Jésus Attaché à la Croix.

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Jésus est mis au Tombeau.

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Message  Roger Boivin Lun 27 Fév 2023, 6:39 am



IX

L'Homme et le Chrétien


C'était un Breton ; il avait de sa race la patience lente, le doux entêtement et l'habitude de regarder en dedans pour y prendre conseil de soi-même. Rien ne lui était resté des brouillards armoricains où naissent les songes obscurs ; il faisait clair dans son cœur et dans sa tête, une clarté d,aurore qui donne aux ombres des lignes définies et les pénètre même de lumière. C'est de cette clarté intérieure que venait la candeur de son regard et la limpidité de son sourire ; à soixante-dix ans, il avait un sourire d'enfant et il regardait les choses belles avec autant de fraîcheur que s'il les avait vues la première fois.

A la suite de revers de fortune, il avait dû quitter Beauregard, la maison de sa jeunesse et la Bretagne ; exil douloureux qu'il supporta sans se plaindre mais qui laissait une plaie dans son cœur. Quand il y revint après trente ans, c'est avec une émotion indicible qu'il renoua les liens d'autrefois ; à chaque carrefour, à chaque accident de la lande, il retrouvait son enfance qui l'attendait. La Bretagne immobile avait le même visage et le même cœur ; lui aussi ; ils se reconnurent.

En quittant la Bretagne, il avait adopté pour patrie, la patrie de sa femme, la Franche-Comté. Tout lui agréait dans cette rude province : les montagnes noires des sapins qui les escaladent, les gorges profondes animées par les eaux courantes, la franchise, la foi et les vertus familiales des habitants. Il s'habitua, il prit racine, au Bélieu d'abord, puis à l'Ermitage, près de Maîche.

L'Ermitage (1) était un couvent de Carmes qui se trouva vacant par suite du départ des religieux pour l'exil. Le monastère avait été bâti par des hommes qui, en renonçant au monde et à ses enchantements factices, savaient choisir pour leurs méditations le cadre de nature le plus prestigieux : un rocher habillé de verdure, une solitude '' où les bruits lointains expirent en arrivant '', un horizon de montagne solennelles, et au pied du rocher, la brusque déchirure de la vallée du Dessoubre. Il s'agissait de soustraire le couvent à l'avidité de l'industrie qui en aurait gâté le silence pacifique. Joseph Aubert l'acheta et pendant vingt il s'attacha à le restaurer et à l'orner avec cette application patiente qu'il mettait à toute chose, avec ici l'entrain particulier de l'artiste qui a découvert dans la création un lieu de beauté et qui s'exalte à la pensée qu'il est le possesseur d'un joyau rare. Tout en conservant autant que possible le caractère primitif de l'édifice, il le transforma en une maison d'habitation agréable et souriante dans sa sévérité monacale. La chapelle au centre, restait comme autrefois le cœur de la maison. La chapelle, le salon, la galerie, il les décorait d'études rapportées de Terre Sainte, d'esquisses de toute sorte, de tableaux originaux qui retracent les légendes locales. '' je donnerais tout pour le plaisir de mes yeux '', disait-il.

Dans cette résidence, où il revenait tous les étés, il aimait recevoir ses nombreux parents et ses amis et peupler pour quelques mois la solitude claustrale de groupes joyeux. Inaccessible durant toute la matinée qu'il consacrait scrupuleusement à son travail, l'après-midi il appartenait à ses hôtes ; il les conduisait à travers les beautés de la province, dans les bois, au bord du Dessoubre et au bord du Doubs, au cher Séminaire de Notre-Dame de Consolation, expliquant toutes choses, les accidents du sol, les plantes, les légendes et l'histoire avec une bonhomie jamais lassée. Au retour, traînant sa jambe qui le faisait parfois souffrir, il restait le plus allègre de la bande ; et le plaisir de l'excursion se prolongeait dans la conversation.


_____

(1). Château de l'Ermitage (Mancenans-Lizerne) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_l%27Ermitage_(Mancenans-Lizerne)





Dernière édition par Roger Boivin le Ven 03 Mar 2023, 9:29 am, édité 1 fois
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Message  Roger Boivin Mar 28 Fév 2023, 8:29 am


J'ai connu peu d'homme qui sachent causer comme Joseph Aubert, pour le plaisir de leur interlocuteur. Il écoutait avec une évidente sympathie ; il entrait dans le propos de ceux qui lui parlaient et relevait leurs mots avec une pointe de malice joyeuse. Surtout, en causant, il se donnait ; il racontait les mille incidents de sa vie et de ses voyages et il savait donner aux plus menus une couleur qui en relevait l'importance ; l'anecdote venait, plaisante, savoureuse, bien en relief. Et dans tout cela aucune recherche, aucune pose ; la spontanéité d'une belle nature. Il aimait la discussion, surtout quand elle portait sur un cas de conscience ; il pouvait y manifester à l'aise cette rigueur de conviction et cette belle intransigeance que la vie courante ne lui permettait pas de laisser paraître. Il avait le triomphe aimable, quand il triomphait ; et quand il était battu, il savait le reconnaître avec une formule qui sauvait toutes les positions : vous avez certainement raison, mais je crois que je n'ai pas entièrement tort.

Son indulgence inépuisable n'était pas aveugle ; il savait les misères de la nature humaine et, s'il les excusait toujours, c'était pour les guérir. Il pouvait s'accommoder de tous les caractères et de toutes les natures d'esprit, mais il supportait mal les étourdis qui parlent avant d'avoir pensé et qui prétendent juger en quelques mots des choses graves qu'ils ignorent ; on rencontre quelques-uns de ces évaporés parmi les critiques d'art et, pour les remettre à leur place, il citait volontiers le mot du peintre Baudry. Baudry fit à Aubert, tout jeune alors, l'honneur de monter dans son atelier pour y voir son Tobie ou son Ange Déchu, je ne sais lequel des deux.  En face du tableau, Baudry resta au moins dix minutes sans rien dire ; Aubert anxieux, prenant ce silence pour une sévérité qui cherche longuement des mots atténués, se hasarda à prononcer le timide : Eh ! bien maître ? Baudry se retourna vivement et lui dit : '' Comment, mon petit, vous voudriez qu'après l'avoir regardé quelques minutes, je juge, comme ça, en trois mots, un tableau qui vous a coûté six mois d'efforts, où vous avez mis cent intentions que j'ignore et toute votre âme que je ne connais pas ! '' Quelle leçon pour les critiques ! ajoutait Joseph Aubert.

Avec un pareil souci de la charité et de la justice, Aubert était peu fait pour la politique et pour les luttes électorales ; il s'y mêla cependant, au moins deux fois, non par goût certes, mais par devoir. Scandalisé par des fraudes palpables qui avaient marqué des élections municipales dans la commune, il décida de les faire casser ; cette entreprise difficile lui coûta plus de temps et de démarches qu'un tableau d'histoire, mais avec sa pertinacité de Breton il y parvint ; et il en était fier. Une autre fois il intervint dans une élection au Conseil Général pour combattre un candidat franc-maçon et recommander un candidat libéral ; il assista à des réunions publiques et il y prit la parole. J'ai trouvé dans ses papiers le brouillon d'un discours qu'il se proposait de prononcer ; il l'a dit tel qu'il l'a écrit, je doute fort qu'il ait remporté un gros succès ; les sentiments qu'il exprime et ceux qu'il cherche à provoquer n'ont pas cours dans la foire électorale.

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Message  Roger Boivin Mer 01 Mar 2023, 6:46 am


Il vivait dans une autre atmosphère et il maintenait ses pensées dans le plan surnaturel. On l'a vu, j'espère, à travers toutes les pages de ce livre, sa foi chrétienne était la règle souveraine de sa vie. Je me rappelle un spectacle fort simple qui m'a souvent frappé et qui a toujours représenté à mes yeux ce que devait être la vie d'un de ces moines d'autrefois qui passaient des heures canoniales à leurs pinceaux. A l'Ermitage, Joseph Aubert, levé de bonne heure, se rendait à la chapelle et, comme un frère convers, il sonnait la cloche qui annonçait à toute la maison l'heure de la messe ; il allumait les cierges, il servait le prêtre à l'autel avec la ponctualité d'un enfant de chœur bien dressé ; il communiait pieusement ; il rangeait la sacristie et l'autel ; puis il montait dans son atelier où il passait rigoureusement seul les heures de la matinée. Quoi d'étonnant, s'il arrivait à jeter sur la toile quelques-unes de ses émotions religieuses ! Tel de ses personnages célestes a été peint après la communion, comme en action de grâces. A la fin de la journée, la cloche sonnait de nouveau et devant la famille et les hôtes assemblés, Joseph Aubert lisait dans son catéchisme la prière du soir.

Sa foi était spontanée, simple, sans une ombre ; elle était la respiration naturelle de son âme ; elle ne lui coûtait pas ; c'est pour ne pas croire qu'il aurait dû se faire violence. L'incrédulité était pour lui un mystère contre nature qu'il ne pouvait expliquer que par l'ignorance ou la lâcheté ; il ne comprenait pas qu'un homme éclairé s'obstinât à ne pas voir Dieu, alors qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour rencontrer partout la divine présence. Il s'irritait doucement de ces résistances humaines à la vérité ; il aurait voulu les vaincre et étendre le règne de Jésus-Christ ; craignant toujours, dans ces questions de zèle, de ne pas faire tout son devoir ou de le dépasser, il consultait avec simplicité et il se soumettait à l'Eglise sans discuter et sans hésiter.

Sa notion chrétienne du bien et du mal était nette, sans clair obscur et sans point d'interrogation. Que l'on puisse se tromper sur ce sujet, ou qu'on n'aille pas jusqu'au bout de ses convictions, il l'admettait volontiers ; mais il ne pouvait pas comprendre qu'on n'aime pas le bien quand on le connaît. Dans ses notes de retraite, il revient souvent sur une pensée qui le tourmente : les croyants manquent de courage et de décision, c'est leur faute si les notions du bien et du mal sont brouillées dans le monde ; ils ne donnent pas le bon exemple. Aussi, à la fin de la retraite de 1913, il prenait une résolution que je veux transcrire ici parce que j'y au trouvé le titre que j'ai donné à ce livre ; c'est bien la résolution de retraite d'un artiste chrétien :

'' Je m'efforcerai de me défaire de plus en plus de l'égoïsme. Pour atteindre ce but, je travaillerai en songeant que mon travail pourra rendre service au prochain dès maintenant ou plus tard. Je ne rechercherai le succès par vanité ; je ne chercherai pas à me faire valoir ; je ne m'attristerai pas du succès de mes rivaux, fussent-ils injustifiés à mes yeux. Je m'abstiendrai surtout de dénigrer des confrères qui ne partagent pas mes théories et de leur nuire dans l'opinion. Je m'appliquerai par tous les moyens en mon pouvoir, mais surtout par le bon exemple, à faire de l'apostolat autour de moi. ''
Ce sont là dans une âme chrétienne les choses apparentes ; mais elle a aussi ses secrets, sa vie intime que nous n'avons pas le droit de scruter. Un mot cependant nous indiquera quelle était la simplicité et quelle était la candeur de ses rapports avec Dieu. Aubert me disait un jour, s'oubliant au cours d'une conversation familière,  à penser tout haut : '' Je vais peut-être vous scandaliser et je vous paraîtrai bien orgueilleux ; je vois que les saints les plus purs tremblaient devant les jugements de Dieu, qu'ils avaient peur de sa justice ; ce qui entre autres choses me prouve que je ne suis pas un saint, c'est que je n'ai pas peur de Dieu ; je ne puis pas arriver à trembler à la pensée de ses jugements et je ne peux pas me faire à l'idée qu'Il se montrerait sévère pour moi. '' Confidence émouvante qui jette un rayon de lumière sur la nature d'une âme et sur sa vie secrète.

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Message  Roger Boivin Jeu 02 Mar 2023, 8:03 am


Aubert aimait les pauvres ; il les visitait régulièrement comme membre de la conférence de Saint-Vincent de Paul ; à l'aumône matérielle il savait joindre la parole cordiale qui console en rapprochant celui qui reçoit de celui qui donne. Il n'aimait pas entendre les récriminations, qui sont d'usage même chez les chrétiens, contre l'ingratitude et l'immoralité des pauvres ; il avait rencontré parmi eux des cœurs d'élite et, si on le poussait un peu, il racontait l'histoire de Cuvignot.

Ce Cuvignot était un pauvre vieux que Joseph Aubert avait assisté, apaisé et consolé, puis avait fait admettre chez les Petites Sœurs des Pauvres. Cuvignot, qui n'avait plus personne à aimer dans ce monde, s'était attaché à Aubert d'une affection ardente qui était son dernier trésor ; il caressait une pensée : faire hériter son bienfaiteur, lui laisser quelques hardes, débris d'une ancienne fortune et toutes ses économies qui s'élevaient à deux cent francs. Au moment de partir pour la campagne, Aubert alla voir son vieillard comme on va visiter à l’hôpital un enfant malade ; il était au plus mal ; Aubert regrettait de s'en aller et de le laisser mourant ; il demanda à la Sœur infirmière de le prévenir de la mort de Cuvignot, il voulait revenir pour assister à son enterrement. Cuvignot avait deviné l'intention de son bienfaiteur ; se sentant près de finir, il appela la Sœur et lui dit : '' Surtout ne prévenez pas M. Aubert de ma mort ; je le connais, il serait capable de venir ; et je ne veux pas le déranger. Vous lui direz qu'il est mon héritier. '' L'anecdote est jolie, attendrissante, édifiante ; c'est un épisode de la morale en action. Quand Aubert l'avait racontée, il ajoutait avec un bon rire : '' Ce n'est pas à dire que tous les pauvres soient comme Cuvignot ; oh! non ; mais enfin...'' Et ce ''mais enfin'' conseillait conseillait l'indulgence et la bonté. Ce sourire, reflet de la vie intérieure, donnait à Joseph Aubert une étrange puissance de rayonnement ; je connais des prêtres qui se sentaient meilleurs pour avoir passé quelques jours avec lui ; une anglicane qui l'avait vu de près souhaitait de l'avoir à côté d'elle à son heure dernière ; et, sans y songer, par sa parole, par sa manière d'être, il insinuait la paix dans l'âme.

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Un Artiste Chrétien, Joseph AUBERT (1849-1924) -  Par J. CALVET, Abbé. - 1926. - Page 2 Empty Re: Un Artiste Chrétien, Joseph AUBERT (1849-1924) - Par J. CALVET, Abbé. - 1926.

Message  Roger Boivin Ven 03 Mar 2023, 7:51 am


A 74 ans, Aubert restait jeune d'esprit et de corps et le travail était encore pour lui un joie. La fatigue venait cependant par à-coups ; et au mois de mai 1924 il éprouva le besoin d'aller se reposer quelques semaines dans les montagnes du Doubs, dans une solitude qu'il aimait, au couvent des Fontenelles. Dans sa pensée, ce n'était là qu'une étape, avant le repos plus large de l'Ermitage, ce fut la dernière étape avant le repos définitif. Il parut bien qu'il était frappé assez rudement au cours d'une conférence avec projections qu'il voulut donner à la communauté le 22 mai ; le lendemain, il n'était plus. Voici en quels termes un ami franc-comtois raconte ses derniers moments :

'' Il alla se reposer sur son lit. Il était assoupi ; puis s'éveillait dans sa souffrance, faisait de grands signes de . Mon Dieu que je souffre ! Mon Dieu ayez pitié de moi. M. l'aumônier du couvent entra dans la chambre pendant qu'il somnolait et se mit à réciter tout bas le chapelet. Quand il l'aperçut : '' Comment, le prêtre est entré dans ma chambre et on ne m'a pas prévenu ! '' '' C'est une crise, disait Mme Aubert, il se remettra. ''

'' Il pu encore souper comme d'habitude. Vers 8 heures du soir, crises et douleurs revinrent terribles. La Révérende Mère prévient l'aumônier. Alors M. Aubert lui dit : '' Voulez-vous, je vous prie, entendre ma confession. '' Et après, avec insistance : " Maintenant je voudrais communier et recevoir l'Extrême Onction. '' Et il pria avec recueillement, suivant toutes les cérémonies et répondant aux prières.

'' Les souffrances étaient aiguës ; il répétait le signe de la croix : '' Mon Dieu, je vous offre mes souffrances pour les miens... pour la France... pour Fontenelles '', et dans les crises, il disait : '' Saint Joseph, mon saint patron ; saint Camille de Lellis que j'ai tant prié, ayez pitié de moi. '' Entre deux crises, il dit à la Supérieure : '' Ma Mère, si j'avais été plus courageux, j'aurais achevé la réparation du tableau de vos fondateurs '' qu'il avait entreprise.

'' Très touchante furent les dernières paroles et les dernières indications à Mme Aubert. Il avait tout prévu et tout mis en ordre. A la tête de son lit, il y avait une statue de la sainte Vierge. Il se tourna en travers de son lit pour la voir ; il pria jusqu'à la fin, les yeux fixés sur l'image de Marie (1). ''

Il mourait ainsi en regardant celle qu'il avait glorifiée par son pinceau. Le narrateur ajoute que le cortège qui a accueilli dans le ciel l'artiste chrétien a dû être bien beau, s'il est vrai que tous ceux et toutes celles dont il avait reproduit les traits avec tant de foi ont voulu venir à sa rencontre et l'introduire.

_____

(1). F. Guyot. Notice nécrologique. Bulletin des Anciens Élèves de Notre-Dame de Consolation. Besançon, 1924.

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Message  Roger Boivin Sam 04 Mar 2023, 7:53 am


Dans cette rapide biographie qui a surtout pour but de faire revivre les traits d'une physionomie attachante, je n'ai pas eu à signaler les déficiences d'un art qui est inégal. Aubert n'était pas un créateur ; il n'avait pas cette imagination rapide qui voit d'abord et d'un coup d’œil ; et dans l'exécution il manquait de cette fantaisie et de cette nonchalance qui sont aussi des artifices séduisants. Artiste patient, il réfléchissait, il méditait, il composait ; dessinateur impeccable, il travaillait sans relâche et n'abandonnait au hasard aucun détail. Mais ce qu'il faut répéter en terminant, c'est que son art, catalogué art religieux à cause des sujets, est vraiment religieux par la facture et par les sentiments qu'il provoque. Tous les tableaux d'Aubert sont des actes chrétiens qu'il insérait dans sa vie surnaturelle. On peut dire de sa peinture ce que le Livre sacré dit des œuvres de la foi : Opera illorum sequuntur illos ; son œuvre l'a suivi devant Dieu. C'est une observation que les critiques d'art ont rarement l'occasion de glisser dans leurs articles et dont on tiendrait peu de compte pour les médailles des salons. Mais que pourrait-on dire de plus pour donner une idée achevée de ce que doit être l'artiste chrétien ?



FIN


Suivra la Bibliographie, quelques liens sur le net, et d'autres œuvres de Joseph Aubert.
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Message  Roger Boivin Dim 05 Mar 2023, 8:00 am


Appendice - Bibliographie :


L’œuvre de Joseph Aubert, presque toute entière, a été publiée par la maison Braun, en photographies au charbon inaltérable. Nous remercions ici l'éditeur qui a bien voulu nous autoriser à prendre dans sa collection la plupart des illustrations de ce livre.



Parmi les publications fragmentaires, je signalerai :


La Vie de la Sainte Vierge, fresques de Notre-Dame des Champs, héliogravures de Le Rat, texte du R. P. Sertillanges : album de luxe. (Lethielleux, éditeur.)

Le Cortège de la Vierge, fresque de Notre-Dame de Besançon, héliogravures de Le Rat, texte de J. Calvet : album de luxe, honoré d'une lettre de Sa Sainteté Benoît XV. (Lethielleux, éditeur.)

Le Chemin de la Croix, accompagné de méditations de J. Calvet, petit in-18. (Procure de Clergé.)



Dans de nombreux articles de presse je signale :


Bulletin des Anciens Elèves de Consolation : Article de F. Guyot.

Semaine religieuse de Paris : Article de H. Polack, curé de Notre-Dame des Champs.

Bulletin de la Semaine : Article de Henri Welschinger.

L'Univers : Article de Ponsonailhe.

Le Soleil : Article de J. Calvet.

La Croix : Article de J. Calvet.

Revue des Lettres indépendantes : Article de Léon Cathlin.



Il est difficile de faire une nomenclature complète des tableaux de Joseph Aubert. Voici quelques indications qui pourront servir à l'établir :


Notre-Dame des Champs, Paris. - Décoration entière par la Vie de la Sainte-Vierge et par des Scènes de l'Evangile.

Notre-Dame de Besançon. - Décoration entière par le Cortège de la Vierge : 8 panneaux.

Basilique de Notre-Dame de la Délivrance (Calvados. - Chemin de la Croix.

Saint-Honoré d"Eylau, Paris. - Chemin de la Croix (reproduction).

Basilique Saint-Etienne de Jérusalem. - Les saints patrons de l'Ordre de Saint-Dominique.

Eglise Saint-Pierre de Charenton, Paris. - La Mission de saint Pierre. - La Pêche miraculeuse.

Saint-Jacques et Saint-Christophe, Paris. - Les saints patrons de l'Eglise.

Notre-Dame du Haut-Mont, Roubaix. - Sept fresques et sept verrières.

Musée des Invalides. - Nos martyrs (ensevelissement dans la tranchée). - Les Protestations. - La Revanche.

Archevêché de Paris. - Portrait du Cardinal Richard, du Cardinal Amette, du Cardinal Dubois.

Musée municipal de Paris. - Histoire des arts du dessin.

Chapelle des Dames de la Retraite, Versailles. - Triptyque de St-François Régis. - Portraits du Fondateur et de la Fondatrice.

Chapelle des Dames du Cénacle. - Portrait de la Fondatrice.

Cathédrale de Montréal, Canada. - Marie reçoit le corps de Jésus.

Musée de Washington. - Repos en Egypte.

Musée de l'Université Notre-Dame, Indiana (Etats-Unis d'Amérique). - L'ensevelissement du Christ.

Musée de New-York. - Retour de l'Enfant prodigue. - L'Atelier de Nazareth. - La Vierge au pied de la Croix. - Retour du Calvaire.

Musée de Buenos-Ayres. - Lygie délivrée par Ursus.

Château de l'Ermitage (Doubs). - Légende du seigneur de Maîche. - La cueillette du Gui sacré. - L'Homme des Cavernes luttant contre les Ours.

Chapelle du grand Séminaire de Besançon. - La Cène. - La Mission des Apôtres. - Portrait des Supérieurs. - présentation de Jésus au temple.

Eglise de Dole (Jura). - Jésus bénissant les enfants. - Chapelle des morts de la Grande Guerre.

Eglise de Montbéliard (Doubs). - L'Embaumement du Christ. - La Descente de Croix. - Chapelle des morts de la Grande Guerre.

Eglise de Noël-Carneux (Doubs). - Adieux de St-Claude.

Eglise des Fins (Doubs). - Mort de St-Claude.

Eglise de Bélieu (Doubs). - Triptyque de St-François d'Assise.

Eglise du Mont de Laval (Doubs). - Légende de St-Gratus.

Eglise d'Orchamps (Doubs). - Notre-Dame aux douze étoiles.

Eglise de St-Loup-sur-Semouse (Haute-Saône). - Saint Loup arrêtant Attila.

Eglise du Collège de Vannes (Morbihan). - Le Baptême du Christ.

Musée de vannes (Morbihan). - Le Barde Hyvarnion et Ravanone.

Musée municipal de Nantes. - Les Noyades de Nantes.



Autres tableaux :


L'Ange déchu.
Tobie ensevelissant les morts.
Périclès et Aspasie chez Phidias.
Portrait du général Niox.
Portrait du comte de Robien.
Portrait de M. Rimbeaux.
Portrait de l'abbé Wetterlé, etc., etc.



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