TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Ven 31 Juil 2020, 9:24 am

J'ai déjà parlé du régime des prisons, plus atroce souvent que. la mort ; j'ajouterai quelques mots sur la disposition des lieux. Les prisons romaines étaient divisées en trois étages. A l'étage inférieur, un réduit communiquant par un trou pratiqué dans le dallage de la chambre supérieure ; on nommait cette oubliette le « Tullianum », « la Force », le « gorguma » (1). Ses murs en pierre s'inclinent un peu vers le haut, pour supporter une voûte à peine cintrée, qui la recouvre en plafond. C'est une cave sans air, sans lumière, où. on descend avec des cordes le condamné pour lèse-majesté par une ouverture large comme son corps ; le bourreau l'y attend et l'y tue. L'étage du milieu est de niveau avec le sol et communique avec la cellule supérieure par une ouverture pratiquée dans le plafond. C'est là qu'on enfermait ceux, qui étaient condamnés aux fers. Là se trouvait un terrible instrument de torture, les ceps, que les anciens appelaient lignum ou nervus. On a retrouvé un de ces instruments dans la caverne des gladiateurs de Pompéi : c'est une longue pièce de fer munie de séparations dans lesquelles une barre mobile venait enserrer les pieds des captifs (1) ; plus fréquemment l'appareil consistait en une pièce de bois percée de trous dans lesquels on emboîtait les pieds des patients écartelés jusqu'à ce qu'une torture différente les relâchât de celle-ci. Eusèbe mentionne des martyrs ainsi écartelés jusqu'au quatrième et même au cinquième trou : de ce nombre furent Origène, les martyrs de Lyon, ceux de la Palestine et de la Cilicie (2).

Nous nous faisons à peine une idée de ces cloaques que décrivait très exactement un vieux jurisconsulte du XVIe siècle en dépeignant ce qu'il avait lui-même sous les yeux : « Au lieu de prisons humaines, dit-il, on fait des cachots, des tanières, cavernes, fosses et quelconques plus horribles, obscures et hideuses que celles des venimeuses et farouches bettes brutes ; où l'on fait mourir de froid, enrager de faim, biner de soif et pourrir de vermine et pauvreté (3). »

Le sol était un mélange de fange fétide et de pots ébréchés dont les pointes entraient dans la chair des victimes, brisées par le chevalet et hors d'état de se tenir debout (4). Ils y séjournent parfois des mois entiers (5), et longtemps après la victoire du christianisme on y voit encore plonger les fidèles.



1. SALLUSTE, Catil., c. 54 (al. 58). Cf. CANCELLIERI, Notizia del carcere Tulliano ; Passio S. Pionii, § XI ; Passio S. Perpetuæ, § III. RUFIN, Hist. eccl., 1. VII, c. 10.

1. NICOLINI, Case e monumenti di Pompei, t. I, Casa dei giadiatori, tav. I.

2. EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1; VI, 39; VIII, 10 ; Acta SS. Tarachi, Probi, § 2.

3. JOACHIM DU CHALARD, Sommaire exposition des ordonnances de Charles IX sur les plaintes des trois Estats du Royaume tenuz à Orléans l'an MDLX, Paris, 1652, in-4°, p. 115. Cf. TRIERRET GRANDRÉ, Observations sur l'insalubrité et le mauvais état des prisons, Paris, De l'imprimerie de la République, in-4°, sans date. Cf. LE BLANT, loc, cit., p. 160.

4. S. DAMASE, Carmen XVII, de S. Entychio ; PRUDENCE, Hymn. V, v. 257 suiv.

5. Acta SS. Tarachi, Probi, Andronici, passim.


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Message  Monique le Sam 01 Aoû 2020, 6:22 am

L'inhumanité des hérétiques égale celle des idolâtres ; en Afrique les confesseurs du Christ sont enfermés dans un réduit étroit, entassés, dit Victor de Vite, « comme s'entassent les sauterelles » (1). Bientôt une odeur épouvantable se dégage de cette foule pressée ; et lorsqu'à prix d'or, en secret, des fidèles peuvent pénétrer jusqu'à leurs frères, c'est jusqu'aux genoux qu'il leur faut s'enfoncer dans le fumier humain (2). » Devant le souvenir des douleurs, des supplices, qu'acceptèrent les martyrs, un seul trait, dit E. Le Blant (3), repose nos regards. C'est le dévouement des fidèles à assister les saints prisonniers. A quel prix et devant quels dangers, les textes anciens nous le révèlent.

Une Novelle de Théodose défend de confier aux juifs, samaritains et hérétiques, la garde des cachots, de peur que leur haine du nom chrétien n'aggrave le sort des détenus (4). Autrefois, en effet, les captifs devenaient, si l'on peut ainsi dire, la chose de leurs geôliers. Comme au temps où les méfaits de Verrès désolaient la Sicile et de longs siècles après, c'était à grand prix qu'il fallait acheter la permission de visiter les détenus et de leur porter des vivres (5). Pour pénétrer près de saint Paul, sainte Thècle avait donné aux gardes ses boucles d'oreilles et son miroir d'argent ; l'Église le rappelait à ses enfants et leur faisait une loi de s'imposer des sacrifices pour arriver jusqu'aux frères captifs (1). Aidés, dirigés par leurs pasteurs (2), les fidèles s'y empressaient, heureux de se jeter aux pieds des saints et de baiser leurs chaînes (3). Accomplir cette oeuvre bénie, c'était, enseignait-on, prendre sa part de martyre (4), car on y risquait parfois la tête. Au temps de Licinius, il était interdit sous peine de mort de visiter les chrétiens prisonniers (5), et plus d'une fois les juges avaient formulé la même défense (6). Ce n'était alors devant les cachots que scènes de violences et de larmes. Un texte donatiste du Ve siècle met sous nos yeux ce triste tableau : « On rouait de coups ceux qui venaient pour assister les détenus épuisés par la faim et la soif; les vases qu'on leur portait étaient brisés, les aliments jetés aux chiens. Empêchés de voir une dernière fois leurs enfants, les pères et les mères demeuraient éplorés, étendus sur le sol devant les portes qu'ils ne pouvaient franchir (7). » L'application de la torture comportait des raffinements de cruauté qui nous confondent, et l'on s'est demandé si la haine portée aux chrétiens avait seule provoqué ces atrocités. A la honte de l'humanité, il n'en est rien ; la haine religieuse n'a rien inventé, elle a simplement raffiné, aggravé ce qui existait depuis longtemps.



1. VICTOR DE VITE, Historia persecutionis vandalicæ, 1. II, c. 10.

2. E: LE BLANT, loc. cit., p. 160.

3. Ibid., loc. cit., p. 162 suiv.

4. Theodosii Aug. Novellæ, tit. III, De Judæis, Samaritanis.

5. CICÉRON, II Verr., V, 45 ; LISANIUS, Contra Tisamen, etc.

1. GRABE, Spicilegium veterum patrum, t. I, p. 102 ; S. CHRYSOSTOME,
Homil. XXV in Acta Apost., § 4; Const. apost., V, 1.

2. S. CYPRIEN, Epist. XXXVII, ad clerum.

3. TERTULLIEN, Ad uxorem, II, 4.

4. Constit. apost., V, 1.

5. EUSÈBE, Hist. eccl., X, 8 ; Vita Constantini, I, 54.

6. EUSÈBE, Hist. eccl., VII, 11 ; Acta S. Tarachi, § 6.

7. Appendix ad Acta S. Saturnini, § XVI, dans S. OPTAT, Opera (édit. de 1700), p. 242.
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Message  Monique le Dim 02 Aoû 2020, 10:56 am

C'est qu'il s'était établi entre le bourreau et la victime une rivalité inouïe ; nous trouvons dans les anciens, chez Jamblique (1), chez Strabon (2), chez Cicéron (3), chez Josèphe (4), chez Tacite (5), la mention surprise ou indignée de cette force d'âme qui portait un esclave à braver les pires douleurs afin que le calme de son visage exaspérât celui qui voulait jouir du spectacle de sa souffrance. Le jurisconsulte Ulpien avoue que « la dureté des accusés et leur force à supporter les tourments rendent la torture inefficace (6) ». Les hérétiques menaient grand bruit lorsqu'un des leurs avait fait preuve de cette force d'âme qu'ils attribuaient à un secours surnaturel (7). Les Juifs eux-mêmes avaient parmi eux d'illustres exemples de cette endurance (8). C'était pour en triompher à tout prix que très vite la législation était devenue ce que nous la voyons : sans pitié et sans pudeur. La torture était donnée devant le tribunal dont saint Cyprien nous a conservé la description : « Regarde, écrit-il à son ami Donat, les lois des Douze tables s'y voient gravées sur des lames de bronze, mais le droit est violé en leur présence ; l'innocence succombe en ce lieu même où elle devrait trouver protection ; les adversaires y font rage, la guerre est enflammée parmi ces citoyens en toge, et le forum retentit de grandes clameurs. Voici la lance et l'épée, le bourreau prêt à donner la torture, les ongles de fer, le chevalet pour disloquer,déchirer, le feu pour brûler, plus d'instruments de supplice, en un mot, que le corps humain n'a de membres (1). »

Je crois pouvoir compter, dans l'énumération des tortures infligées aux martyrs, l'angoisse dans laquelle les plongeait la législation du temps par la lenteur de l'instruction criminelle. Le document que je vais citer ne concerne pas un martyr (2), mais un jeune garçon coupable d'un délit de droit commun et destiné à une haute illustration dans l'Église et à la sainteté.

« Les frères assemblés, saint Ephrem leur raconta pour le bien de leurs âmes ce trait de son histoire :

« Quand j'étais jeune, ma conduite était déréglée. Un certain jour, mes parents m'avaient envoyé dans un faubourg éloigné de la ville. En chemin, je vis dans un bois une vache qui paissait ; la bête, qui était pleine et près de mettre bas, appartenait à un homme pauvre. Je la poursuivis à coups de pierre, et si loin qu'elle tomba morte d'épuisement. La nuit venue, elle fut dévorée par les animaux sauvages. En m'éloignant, je rencontrai le malheureux auquel elle appartenait ; il la cherchait, et me dit : « Mon enfant, ne l'aurais-tu pas vue ? »
Je ne répondis point à cette question et, de plus, je le chargeai d'injures.



1. JAMBLIQUE, De myster., sect. III, c. 4.

2. STRABON, 1. V, C. II, § 9.

3. CICÉRON, Pro Cluentio, 63.

4. FL. JOSÈPHE, Antiq. Jud., XIX, I, 5.

5. TACITE, Annales, IV, 45.

6. L. I De quæstionibus, § 23. (Digest., LXVIII, XVIII.)

7. Au sujet du donatiste Marculus, ch. IX, § 7, fol. 14 B.

8. Voir SCHWAB, Traité des Berakoth, p. 172,
cité par E. LE BLANT, les Actes des Martyrs, p. 100.

1. S. CYPRIEN, Epist. I ad. Donatium, § 10. Cf. Ps. CHRYSOSTOME, Opus imperfectum in Matthæum, Hom. XLIV, in cap. XXV (édit. Montfaucon, t. VI, col. 224). Ce traité est une production arienne anonyme du VIe siècle. Cf. G. SALMON, dans le Dictionary of Christian Biography, art. Pseudo-Chrysostomus, et BARDENHEWER, Patrologie (1893), p. 319.

2. ASSEMANI, S. Ephræmi opera graeca, t. III, p. XLII. Cf. FABRICIUS-HARLES, Bibliotheca græca, t. VIII, p. 235. Je cite la traduction de E. LE BLANT, les Actes des Martyrs, p. 170 suiv., et je rappelle que si la pièce en question n'est pas de la main de saint Ephrem, elle est contemporaine du saint. RUBENS DUVAL, la Littérature syriaque (Paris, 1899), in-12, p. 333 et 336.



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Message  Monique le Lun 03 Aoû 2020, 8:15 am

«J'eus à m'en repentir dans le mois même. Mes parents m'avaient de nouveau envoyé au faubourg, et, pendant que j'étais en route, la nuit survint. Des bergers me rencontrèrent dans le bois et me dirent : « Mon frère, où « vas-tu à cette heure ?» Je répondis : « Mes parents « m'ont envoyé au faubourg, et je m'y rends. » Ils poursuivirent : « Voici le soir ; demeure avec nous, et demain tu reprendras ta route. » Je restai parmi eux. Pendant la nuit, des bêtes sauvages entrèrent dans l'étable et dispersèrent les moutons dans le bois. Les maîtres du troupeau me saisirent en me disant : « Tu as introduit des voleurs qui ont fait le coup. » Je jurai que j'étais innocent, mais ils refusèrent de me croire et continuèrent de m'accuser. Ils me lièrent par les coudes et me livrèrent au gouverneur, qui ordonna de me conduire en prison. Je trouvai là deux détenus faussement accusés, l'un d'homicide, l'autre d'adultère. Quarante jours s'étaient écoulés, quand je vis apparaître en songe un jeune homme à l'aspect terrible : « Ephrem, me dit-il « d'une voix douce, pourquoi es-tu dans ce cachot ?» Je lui répondis : « Ta présence me glace d'épouvante et je me sens défaillir. Ne crains rien, reprit-il, et réponds-moi. » Sa bonté me rendit quelque courage, et je lui répondis en versant des larmes : « Maître, maître, mes parents m'avaient envoyé au faubourg; le jour tombant pendant que j'étais en route, des bergers que j'avais rencontrés m'engagèrent à demeurer avec eux. Dans la nuit, des bêtes sauvages se jetèrent dans l'étable et dispersèrent les moutons. Les bergers me saisirent, prétendant que j'avais introduit des voleurs ;ils m'ont livré au juge. Mon maître, je suis innocent et injustement accusé. » Le jeune homme me dit en souriant : «Tu n'es pas coupable, je le sais, de ce crime que l'on t'impute, mais je sais aussi ce que tuas fait peu de jours auparavant, comment tu as poursuivi à coups de pierre et fait périr la vache d'un malheureux. Comprends donc que, devant le Seigneur, tu n'es pas victime d'une injustice. Tes compagnons de captivité sont également innocents des faits dont on les accuse ; interroge-les, tu apprendras qu'ils ne sont pas toutefois détenus sans l'avoir mérité, car le Seigneur est juste. » En disant ces mots, le jeune homme disparut. »

Ici, suivant la mode orientale, chacun des prisonniers raconte longuement son histoire. Tous deux confessent le méfait caché en punition duquel ils sont frappés par la justice divine : l'un avait laissé se noyer un homme qu'il pouvait sauver en lui tendant la main ; l'autre avait porté un faux témoignage. Ephrem leur avoue à son tour l'acte méchant dont il est coupable.


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Message  Monique le Mar 04 Aoû 2020, 9:24 am

Le surlendemain, poursuit le narrateur, le juge prit place au tribunal. On apporta devant lui les divers instruments de torture, et il ordonna de nous amener pour subir l'interrogatoire. Les appariteurs vinrent au cachot ; ils nous mirent des colliers de fer et nous présentèrent au gouverneur, tout chargés de liens. L'homme accusé de meurtre fut appelé le premier, dépouillé de ses vêtements et enchaîné. Le magistrat lui enjoignit d'avouer sans qu'on le mît à la torture et de dire comment il avait commis le meurtre. L'homme protesta de son innocence ; on le livra aux bourreaux. Après de longues épreuves il fut reconnu innocent et mis en liberté. On appela ensuite le prisonnier accusé d'adultère ; il fut dépouillé de ses habits, affublé comme il est d'usage et présenté au tribunal. Un grand effroi me saisit, car je savais que, comme ces malheureux, j'allais comparaître à mon tour. Les assistants, les appariteurs se riaient de mes terreurs et de mes larmes : « Pourquoi pleures-tu, garçon ? me disaient-ils. Tu ne tremblais pas ainsi à l'heure du crime. Sois tranquille, ce sera bientôt ton tour. » Mon coeur se brisait à ces paroles. Le second accusé avait subi la torture ; on l'avait reconnu innocent et renvoyé absous. Pour moi, on me fit charger de fers et reconduire dans la prison, où je restai seul pendant quarante autres jours. Après ce temps, les appariteurs y amenèrent trois prisonniers, ils les mirent aux ceps et se retirèrent. Trente jours s'étaient passés encore, lorsque l'Ange m'apparut de nouveau pendant mon sommeil. « Eh bien, Ephrem, me dit-il, où en es-tu ? As-tu interrogé tes compagnons de captivité? Oui, maître, » lui répondis-je, et je racontai ce que m'avaient dit ces hommes. Il ajouta : « Tu vois quelle est la justice de Dieu. » Puis il m'apprit de quoi les nouveaux venus étaient coupables : c'étaient les auteurs mêmes des crimes pour lesquels les premiers captifs avaient été saisis.

« Deux jours après, le juge prit place devant tous à son tribunal ; autour de lui étaient les engins de torture. Les agents vinrent au cachot, nous mirent des colliers de fer et nous entraînèrent par la ville pour nous présenter au magistrat. Tous les citoyens étaient contraints de venir assister au jugement. Les bourreaux firent avancer les deux premiers détenus, les dépouillèrent de leurs vêtements, et, les ayant affublés selon l'usage, ils les mirent devant nous à la torture. Je pleurai à ce terrible spectacle, et les appariteurs me disaient : «
Crois-le bien, garçon, si tu l'as échappée l'autre fois, aujourd'hui tu n'auras pas cette chance, et il te faudra passer par les tourments ». A ces mots, à la vue des supplices, je me sentais défaillir. Sur l'ordre du juge, les deux hommes furent attachés à la roue. Torturés durant quelques heures, ils s'avouèrent coupables, et on les condamna à mourir sur la fourche, après qu'on leur aurait coupé la main droite.

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Message  Monique le Mer 05 Aoû 2020, 7:59 am

« Le jugement rendu, on appela un autre prisonnier. Amené nu, attaché à la roue et rudement supplicié, cet homme avoua le meurtre dont il était coupable, et fut condamné à périr de même, après qu'on lui aurait coupé les deux mains.

« Le juge dit alors : « Dépouillez le jeune homme et amenez-le devant moi ». Les appariteurs m'enlevèrent mes vêtements, me couvrirent de haillons et me présentèrent au tribunal. Je pleurais et j'invoquais Dieu : « Seigneur, disais-je, sauve-moi de ce péril, afin que je puisse me « faire moine et me vouer à ton service. » Le gouverneur venait de commander aux agents de m'étendre avec des courroies par les quatre membres et de me frapper à coups de nerfs de bœuf ; en ce moment son assesseur lui dit : « Maître, faites, s'il vous plaît, garder celui-là pour une autre audience, car voici l'heure du repas. » On me chargea de fers et l'on me ramena au cachot, où je restai seul vingt-cinq jours encore.

« Pour la troisième fois, le jeune homme m'apparut en songe, et il me dit : « Eh bien, Éphrem, es-tu maintenant persuadé que la justice de Dieu gouverne le monde et que l'injustice n'est point en lui ? » Et je répondis: « Certes, mon maître, j'ai appris combien ses œuvres sont merveilleuses, combien ses desseins nous sont insondables. Tu as fait une grande fleuvre de justice avec ton serviteur, poursuivis-je, et ta présence a été la consolation de ma faiblesse. Aie pitié et délivre-moi de ce cachot pour que je puisse me vouer à la vie monastique et servir Jésus-Christ. » Il répondit en souriant : « Une fois encore tu comparaîtras devant le tribunal, mais pour ne plus rentrer dans cette prison. Ne crains rien, car tu n'auras pas à souffrir ; un autre juge viendra qui te fera mettre en liberté. » En disant ces mots, il disparut. Cinq jours après arriva un nouveau gouverneur, qui autrefois avait été reçu familièrement dans notre maison. Au bout de sept jours, il demanda au geôlier s'il y avait des détenus. On lui répondit qu'un jeune homme était au cachot, et, le huitième jour, il ordonna de me faire comparaître. Les appariteurs vinrent me prendre, m'enchaînèrent de nouveau par le cou, et me menèrent à l'audience. Sur l'ordre du juge, ils me dépouillèrent pour me couvrir de vêtements en lambeaux et me présentèrent ainsi au tribunal. Le gouverneur me reconnut ; il ne m'en interrogea pas moins avec la sévérité que la loi commande ; mais, voyant que j'étais innocent, il me fit mettre en liberté. Les appariteurs me détachèrent, me rendirent mes vêtements et me laissèrent aller. Ainsi sauvé contre tout espoir, je gravis la montagne et me rendis près du vénérable abbé; je me jetai à ses pieds, et, lorsqu'il eut appris ce qui était arrivé, il m'admit au nombre des religieux. « Voilà, mes frères, ce que j'avais à vous raconter pour le bien de vos âmes. »


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Message  Monique le Jeu 06 Aoû 2020, 7:21 am

Il y avait pour les inculpés d'autres délais à subir. Les Actes de saint Tarachus nous le représentent traîné à la suite du gouverneur de Cilicie pendant la tournée judiciaire de ce dernier; à chaque étape on reprend l'interrogatoire et la torture, qui se renouvelle à Tarse, à Siscia, à Anazarbe, où enfin on le met à mort (1). Même traitement pour saint Nabor, saint Maxime, saint Janvier, les saints Serge et Bacchus, saint Césaire (2) ; ces saints confesseurs marchaient chargés de liens devant la voiture du gouverneur, allant de ville en ville et subissant à chaque station un interrogatoire et de nouvelles violences. On retrouve le souvenir de ce féroce traitement dans un sermon de saint Augustin (3) et dans deux homélies de saint Jean Chrysostome (4). Celui-ci s'exprime en ces termes à propos de saint Julien d'Anazarbe : « Le magistrat païen ne fit pas décapiter le fidèle dès qu'il l'eut entendu ; chaque jour il l'appelait devant le tribunal, multipliant les interrogatoires, les menaces de supplices sans nombre, les caresses et les flatteries, pour ébranler ce coeur impassible. Durant toute une année il traîna Julien à sa suite par toute la Cilicie, afin de lui faire outrage, mais il accroissait ainsi contre son gré la gloire du martyr (5)

De retour dans leur cachot d'un jour, les martyrs y subissaient un nouveau supplice. Les Actes de saint Tatien Dulas, qui fut ainsi traîné de ville en ville, parlent d'une figure d'Hercule du poids de trois cents livres qui aurait été attachée au cou des prisonniers (1) ; c'est du moins la traduction la plus vraisemblable que l'on puisse donner d'un texte qui ne trouve pas d'éclaircissement dans le reste de la littérature.

Je ne prétends pas faire ici l'énumération lamentable des instruments de supplice en usage. Un ouvrage célèbre a essayé de les représenter, malheureusement la science archéologique n'y marche pas de pair avec la science des textes (2). Beaucoup de ces tortures amenaient la mort. La roue, sur les rayons de laquelle la victime était attachée, et qu'on faisait tourner rapidement jusqu'à ce que la mort s'ensuivît. La trochlea ou moufle, la flagellation, la pendaison parles cheveux, par les pouces ou par un pied, le pressoir, l'exposition du patient à la piqûre des insectes après qu'il avait été enduit de liquide sucré, ou bien enveloppé dans une peau de bête fraîchement tuée. Le chevalet, les ongles de fer, les lames rougies au feu, le travail à la chaîne, le carcan, puis encore le taureau embrasé, la chaise ardente, le casque et les brodequins rougis au feu, enfin la tunique de poix et la cuve remplie de plomb fondu, de cire ou de poix brûlante. Aux uns on coulait un liquide enflammé dans le nez, les yeux, les oreilles ou dans le ventre ouvert à l'instant, ou encore on arrachait la peau de la tête ou les dents ; d'autres étaient percés de flèches, foulés aux pieds, broyés, enterrés vivants. Si épouvantables que fussent ces supplices et bien d'autres raffinements, les anciens admettaient quelques supplices principaux dont je parlerai brièvement.



1. Acta SS. Tarachi, Probi et Andronici, § 1, 4, 7.

2. Acta S. Naboris, § 8 (12 juillet) ; Acta S. Maximi, § 2 et 8 (15 sept.). ; Acta S. Januarii, § 6 (19 sept.) ; Acta SS. Sergii et Bacchi, § 20, 23, 25 (7 octobre) ; Acta S. Caesarii, § 4 (1er novembre). Cf. Acta S. Tatiani Dulæ, § 13 (15 juin) ; cette dernière pièce procède visiblement des Actes de Tarachus.

3. Sermo II, in Psalm. Cl, § 2.

4. In Tit. Homil. VI, § 4.

5. Homil. in S. Johannen, Martyrem, § 2.

1. Acta S. Tatiani Dulae, § 7 (15 juin).

2. GALLONIO, Trattato degli instrumenti di martirio, etc. (Roma, Donangeli, 1591, in-12) et de SS. Martyrum cruciatibus, Romae, 1594, in-4°, Cologne, 1612, in-8°, Paris, 1659, in-8°, Anvers, 1668 ; les planches de Tempesta sont reproduites dans MAMACHI, Origines et Antiquitates Ecclesiæ (Romæ, 1846, in-4°), t. III, dans MIGNE, Patrol. lat., t. LX, et dans BLANCHARD et BARRIÈRE, Atlas géographique et iconographique, Paris,1844, in-folio.


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Message  Monique le Ven 07 Aoû 2020, 10:06 am

Les plus beaux condamnés étaient réservés pour l'exposition aux bêtes. Saint Ignace d'Antioche avait été envoyé à Rome à cet effet, et nous entendons sainte Perpétue reprocher à l'intendant de sa prison son avarice qui aura pour résultat de flétrir les corps des condamnés aux bêtes. Les chrétiens destinés à ce supplice n'avaient pas, comme les gladiateurs, la ressource de se défendre le fer à la main : ils étaient liés à un poteau sur une estrade ; la bête venait, flairait, jouait à son aise.

Nous voyons que pour l'exposition aux bêtes les condamnés étaient nus ; deux textes célèbres nous apprennent que l'on se servait des chrétiens, des chrétiennes surtout, pour représenter des tableaux mythologiques. Saint Clément rapporte que, parmi les victimes de la persécution de Néron, plusieurs femmes furent martyrisées par des taureaux. « Les victimes étaient attachées nues aux cornes de l'animal et traînées dans l'arène. Ce spectacle rappelait aux assistants la fable de Dircé, attachée, elle aussi, aux cornes d'un taureau furieux, entraînée par lui, foulée et déchirée sur les rochers de Cithéron (1). » La Passion de sainte Perpétue rapporte qu'au moment où on amenait les martyrs à l'amphithéâtre, on voulut faire revêtir aux hommes le costume des prêtres de Saturne, aux femmes celui des prêtresses de Cérès, mais ils refusèrent.

On faisait jouer un autre rôle encore aux fidèles. C'était l'usage d'employer dans les courses de taureaux, pour détourner la fureur de l'animal, « des mannequins bourrés de paille ou de chiffons et vêtus d'habits qui les faisaient ressembler à des hommes. Ces mannequins s'appelaient jouet. De là est venue l'expression : hommes de paille , homines feneos, pour désigner les personnages subalternes destinés à recevoir les coups aux lieu et place de personnages plus importants (1). » Les Romains avaient bien vite pris l'habitude de remplacer les mannequins par des personnes vivantes. Les femmes condamnées pour adultère jouaient, entre autres, le rôle de jouet (2). « C'est aussi ce rôle, dit M. Beurlier, que remplissaient les chrétiennes exposées aux taureaux dans le cirque. La description du martyre de sainte Blandine à Lyon, telle que nous la trouvons dans Eusèbe, est très caractéristique. Après diverses tortures, Blandine fut enfermée dans un filet et exposée au taureau. L'animal se précipita sur elle et la lança en l'air avec ses cornes ; mais il ne lui donna pas la mort, et on fut obligé de l'achever par le glaive (3). Nous retrouvons le même supplice dans la Passion des saintes Perpétue et Félicité (4). Une vache furieuse fut amenée pour les déchirer. Elles furent enveloppées nues dans des filets. Le peuple eut horreur de ce spectacle, et on les couvrit de quelques vêtements ; le féroce animal lança Perpétue en l'air, mais elle ne périt pas sous ses coups, et il fallut, comme pour sainte Blandine, avoir recours au glaive du bourreau. »



1. E. BEURLIER, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France,1887.
Cf. D. CABROL, Dict. d'Arch. chrét. et de Liturgie, au mot: Ad bestias.

1. E. BEURLIER, ibid.

2. PÉTRONE, Satyricon, 45.

3. EasÈEE, Hist. eccl., 1. V, c. 1.

4. Passio SS. Perpetuae et Felicitatis, dans RUINART, Acta sincera (édit. Ratisbonne), p. 145.


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Message  Monique le Sam 08 Aoû 2020, 8:55 am

Il arrivait fréquemment que les bêtes féroces, soit lubie, soit satiété, dédaignassent cette pâture; nous en avons un exemple dans les martyrs de Lyon, mais ceux-ci ne paraissent pas avoir attribué cet incident à une protection surnaturelle ; ce n'est que plus tard, dans les récits de la fin du tue et du commencement du IVe siècle, que l'on voit apparaître cette interprétation (1). Le chrétien donné aux bêtes était achevé d'un coup d'épée par le venator ; ceci explique comment plusieurs récits nous disent que le taureau, se détournant des martyrs, prit pour pilæ des valets d'amphithéâtre et s'amusa à les lancer en l'air. Eusèbe avait été témoin d'un de ces faits (2).

J'ai parlé plus haut, et avec quelque développement, de la condamnation aux mines, je n'y reviendrai pas.

Parmi les grands supplices était la peine du feu. Afin de prolonger l'horreur du tourment, le condamné, lié ou cloué à un poteau, était entouré d'un cercle de sarments placé loin de la victime, afin qu'il mourût dans une atmosphère suffocante, au lieu de passer trop vite sous l'action mortelle de la flamme. Saint Polycarpe, saint Fructueux, saint Pionius, sainte Afra, furent condamnés au supplice du feu, et avant eux les chrétiens victimes de la fantaisie de Néron dans les jardins du Vatican.

Le crucifiement fut infligé à un grand nombre de fidèles, et le souvenir qui s'attachait à la croix en fit un des supplices préférés des saints. Il y avait bien des modes différents d'appliquer cette peine, outre celle qu'on adopta pour Notre-Seigneur Jésus-Christ ; on crucifiait la tête en bas, ou bien les bras et les jambes écartés. Ceux qui devaient perdre la tête marchaient au supplice bâillonnés de cordes ou de chaînes et recevaient à genoux, les yeux bandés, le coup de la mort.

Tacite rapporte en ces termes la mort des enfants de Séjan : « On résolut de sévir centre les derniers enfants de Séjan, quoique la colère du peuple commençât à s'apaiser, et que les premiers supplices eussent calmé les esprits. On les porte à la prison : le fils prévoyait sa destinée ; la fille la soupçonnait si peu que souvent elle demanda quelle était sa faute, en quel lieu on la traînait, ajoutant qu'elle ne le ferait plus, qu'on pouvait la châtier comme on châtie les enfants. Les auteurs de ce temps rapportent que, l'usage semblant défendre qu'une vierge subit la peine des criminels, le bourreau la viola auprès. du lacet fatal. Puis il les étrangla l'un et l'autre, et les corps des deux enfants furent jetés aux gémonies (1). » L'atroce coutume que rapporte ici Tacite a été fréquemment employée à l'égard des vierges chrétiennes, et elle s'est prolongée bien après la paix de l'Église. Si, l'on s'en rapporte au jugement de Tillemont (2) et d'Edmond Le Blant (3), aucun règlement officiel, avant la dernière persécution, n'avait prescrit l'emploi d'une telle voie de contrainte ; elle aurait été abandonnée jusqu'alors à la responsabilité des gouverneurs de province.



1. EUSÈBE, Hist. eccl., 1. V, c. 1, et 1. VIII, c. 7.

2. Ibid., 1. III, c. 7.

1. ACITE, Annal., V. 9 ; SUÉTONE, Tiber.,LXI ; DION, LXVIII, 11.

2. TILLEMONT, Mém. hist. eccl., t. V, p. 50 et 683.

3. E. LE BLANT, loc. cit., p. 206.


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Message  Monique le Dim 09 Aoû 2020, 10:41 am

Tertullien insinue les outrages auxquels les chrétiennes étaient soumises (1) et parle d'une malheureuse condamnée sous Septime Sévère au meritorium (2). Dès le milieu du IIIe siècle, les cas se multiplient. Saint Cyprien fait observer à son peuple que l'épidémie qui sévit affranchit les « vierges qui meurent en paix, sans rien perdre de leur gloire : ne craignant ni la venue de l'Antechrist, ni les horreurs du lupanar (3) ». Dans les Actes de Didyme et Théodora nous lisons : « Les empereurs ont ordonné que les vierges sacrifient aux dieux ou qu'elles y soient forcées par la crainte des derniers outrages (4) », paroles dont il semble que saint Ambroise ait recueilli l'écho (5). Les Actes de saint Pierre de Lampsaque, la passion de Pionius et un trait recueilli par Eusèbe nous montrent, dès le règne de Dèce, des chrétiennes menacées de viol (6). Saint Cyprien, en 253, constate que ce moyen a été employé (7), et depuis lors, principalement au temps de Dioclétien, les documents se multiplient pour témoigner de ces attentats (8) ; il semble que les vierges seules aient été soumises à ces violences, les femmes mariées sont mises à mort sans subir l'outrage: Saint Cyprien, Eusèbe, les Actes de saint Pierre Lampsaque et de saint Didyme paraissent autoriser cette distinction (1). Il n'est pas encore prouvé que toutes les vierges condamnées à mort aient été soumises à l'outrage avant d'être frappées, mais cette opinion a été discutée par le cardinal Baronius, le bénédictin Dom Martin, le jésuite de Buck, le dominicain Mamachi, E. Le Blant, et la question reste incertaine (2). Ces atrocités se retrouvent au VIe siècle, sous les empereurs chrétiens (3).

En regard de ces détails désolants, il faut mettre le spectacle admirable de la résignation et de la vaillance des vierges chrétiennes. Saint Cyprien ne connaît pour ces malheureuses qu'un moyen de fuir la souillure, c'est la mort libératrice que la peste leur apporte (4). Eusèbe nous parle de chrétiennes que rien n'a pu soustraire à la brutalité des païens (5), aussi les Pères avaient dû envisager et résoudre cette douloureuse alternative. Leur doctrine sur ce point est que la pureté de l'âme ne peut recevoir aucune atteinte des souillures infligées au corps et que le Seigneur mesurera la récompense à l'horreur du supplice (1).



1. Ad lenonem damnando christianam.

2. Apolog., c. L.

3. De mortalitate, XV.

4. Passio SS. Didymi et Theodorae, § 1 «Jusserunt imperatores vos quæ estis virgines aut diis sacrificare, aut injuria meritorii provocari.»

5. De offic. ministr., I, 41 : «Quid de S. Agnes quæ in duarum maximarum rerum posita periculo, castitatis et salutis, castitatem protexit, salutem cum immortalitate commutavit ?»

6. Acta SS. Petri, Andreae, § 3 (dans RUINART, p. 160) ; Passio S. Pionii, § 6 (ibid., p. 143); EUSÈBE, Hist. eccl., VI, 5.

7. De mortalitate, XV.

8. EUSÈBE, De mart. Palaest., V, VIII ; S. BASIL., De vera virgin., LII; S. CHRYSOSTOME, Homil. XL, 11; S. AMBROISE, De export. virgin., XII, De virgin., III, 6 ; PRUDENCE, Peri Steph., XVI, Ste Agnès ; Passio S. Theodori, § 14 ; Acta S. Agapes, § 5 ; Acta S. Didymi, 1.

1. S. CYPRIEN, De mortalit., XV ; Acta SS. Petri, Andreae, § 3 ; Acta S. Didymi, § 1 ; EUSÈBE, loc. cit., VI, 5.

2. BARONIUS, Martyrol. roman., 3 sept. ; DOM MARTIN, Explication de plusieurs textes difficiles de l'Ecriture, Ire partie, p. 113 ; MAMACHI, Origines et antiquitates Ecclesiae, t. III, p. 367 ; V[ictor) D[e] B[uck]. De phialis rubricatis (in-8°, Bruxelles, 1855), c. XI ; E. LE BLANT, loc. cit., p. 208.

3. S. HILAIRE, Ad Constantium Aug., 1. I, c. vs ; THÉODORET, Hist. eccl., IV, 22 ; VICTOR DE VITE, Hist. persec. vandalicae, II, 7; c'est aussi la punition des femmes convaincues d'adultère. Cf. SOCRATE, Hist. eccl., V, 18.

4. De mortalitate, XV.

5. De martyr. Palaest., V.

1. S. BASILE, De vera virginitate, LII ; S. AuGUSTIN, de Civitate Dei, I, 16, 28 ; Epist. CXI, § 9 (Victoriano), etc.

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Message  Monique le Lun 10 Aoû 2020, 7:09 am

Les invasions et les désordres inouïs qui attristèrent la fin du tic siècle donnèrent à cette question une importance si grande que saint Augustin fut obligé de l'éclairer des lumières de sa science théologique. Je rappelle ces faits parce que, comme nous le verrons dans les derniers volumes de ce recueil, cette question n'a pas cessé d'exister pour les nobles filles qui se dévouent aux missions lointaines. Puissent ces pages leur procurer, au jour de l'épreuve, le réconfort !

Trois documents nous montrent l'attitude des chrétiennes ainsi menacées.

« Où est le temple de ton Christ et quel sacrifice lui offres-tu ? demande-t-on à Sérapie.

Ma pureté et mon zèle à faire croire en lui.

Ainsi tu es toi-même le temple de ton Dieu ?

Si, par son secours, je demeure pure, je suis son temple, car il est écrit : Vous êtes les temples du Dieu vivant, et l'Esprit-Saint habite en vous.

Donc si on te viole, tu cesseras d'être le temple de ton Dieu.

Il est écrit : Dieu perdra celui qui violera son temple 2. »

Sainte Seconde est aussi vaillante

Si on t'enlève la virginité par force, que feras-tu avec ton Christ ?

C'est l'innocence du coeur qui nous fait vierges, le consentement au mal peut seul faire perdre la pureté. La violence implique le martyre, et le martyre nous prépare la palme (1). »

Sainte Lucie répond au juge qui menace de la faire taire :

« On n'arrête pas la parole de Dieu.

Tu es donc Dieu ?

Je suis sa servante, et ma parole a été la sienne, car il est écrit : Ce ne sera pas vous qui parlerez devant les magistrats ; mon Esprit-Saint s'exprimera par votre bouche.

Alors, c'est l'Esprit-Saint qui parle en toi ?

L'apôtre l'a dit : Ceux qui vivent chastement sont le temple du Seigneur, et l'Esprit divin habite en eux.

Je vais te faire jeter au lupanar, et lorsque tu auras été souillée, l'Esprit-Saint t'abandonnera (2). »



2. Passio SS. Serapiae et Sabinae, § 4 (29 août).

1. Passio SS. Rufinae et Secundae, § 5 (10 juillet).

2. Acta S. Luciae, § 6 (Surins, 13 déc.).


A SUIVRE... IV CONCLUSION
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Message  Monique le Mar 11 Aoû 2020, 8:41 am

IV  CONCLUSION



Je ne finirai pas sans faire une remarque que je crois digne d'attention. Les documents retouchés au VIe siècle et plus tard nous parlent sans cesse d'apparitions célestes qui viennent fortifier les martyrs : les textes authentiques sont, au contraire, très réservés sur ce point. Ils attribuent la constance des saints à la grandeur de leur foi, et Tertullien nous l'affirme en disant que dans l'horreur des cachots c'est la vertu de foi qui met au coeur du fidèle lumière et parfum (1). Le soldat du Christ n'attend pas la venue d'un envoyé étincelant, car il porte avec lui un éclatant flambeau (2); dès qu'il pénètre dans le cachot, celui-ci s'illumine, dit un confesseur, du rayonnement de l'Esprit-Saint qui règne dans le coeur du martyr (3).

Certains chrétiens de nos jours font trop peu de cas du rôle de la foi et attribueraient trop volontiers le secret de la force des martyrs à des secours surnaturels tels que des visions, des miracles, des extases. Un pareil état d'esprit est regrettable ; la foi, vertu théologale, don gratuit de Dieu, est aussi une vertu surnaturelle, il ne faut pas l'oublier. On peut être martyr sans être gratifié d'aucun miracle, on ne saurait être martyr sans la foi. Il ne faut donc pas hésiter à revendiquer pour la foi surnaturelle, dans le sacrifice des martyrs, le rôle prépondérant qui lui appartient. La foi qui les soutint et les illumina était de la même qualité que celle dont parle l'épître aux Hébreux (1) : « La foi est le soutien des choses que nous espérons et l'évidence de celles que nous ne voyons pas. Par cette foi ils ont vaincu des royaumes, rendu la justice, joui des promesses, fermé la gueule des lions, éteint l'ardeur des flammes, échappé au tranchant de l'épée, triomphé de leurs maladies, fait de grandes actions dans la guerre, mis en désordre le camp des étrangers, et ressuscité des enfants pour les rendre à leurs mères. Il y en a eu qui ont été tourmentés sur les chevalets, sans accepter leur délivrance, afin d'en obtenir une plus heureuse dans la résurrection. D'autres ont souffert les opprobres, les fouets, les liens et la prison ; ils ont été lapidés, sciés, tentés, passés parle fil de l'épée ; ils ont erré çà et là, vêtus de peaux de brebis et de chèvres, pauvres, affligés, maltraités ; eux de qui le monde n'était pas digne, ils se sont retirés dans les déserts, sur les montagnes, dans les antres et les cavernes de la terre. ».

C'est faute de comprendre ce rôle de la foi qu'on va chercher ailleurs des phénomènes sensibles au lieu d'envisager l'acte de foi des martyrs dans ce qu'il révèle de fécondité surnaturelle et de vigueur mentale. Sans doute, les martyrs ont été l'objet de secours extraordinaires, Dieu a fait des miracles en leur faveur, il suffit de lire leurs actes authentiques pour n'en plus douter ; mais s'ils sont assez évidents pour prouver la sainteté de la cause en faveur de laquelle ils sont accomplis, ils ne sont pas destinés cependant à amoindrir le mérite de ceux à propos desquels ils sont faits, car c'est de ceux-ci, se livrant dans l'obscurité lumineuse de leur foi et avant tout prodige, qu'il a été dit : « Heureux ceux qui croient, quoiqu'ils n'aient point vu. »

 


1. TERTULLIEN, Ad martyres, c. II.

2. Passio SS. Jacobi, Mariani, § 8 (dans Acta sincera, p. 227) .

3. Passio S. Montani, § 4 (ibid., p. 231).

1. Hebr., XI, 1, 33 et suiv.


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Message  Monique le Mer 12 Aoû 2020, 8:18 am

La foi dont parlait Jésus, cette foi ardente qui soulève les montagnes, nous introduit dans un pays nouveau : fide demoratus est in terra repromissionis, c'est une anticipation sur la vie de la gloire. Dieu vient en nous, il substitue en quelque sorte son action à la nôtre à force de resserrer son union. La foi portée à ces hauteurs est l'achèvement de la destinée humaine.

La règle pratique de l'homme ne diffère pas sur ce point de la règle de la société agissante, elle est simple et ne varie pas : se donner soi et l'univers à ce qu'on croit le Bien. Il n'est pas question de rechercher quel est ce Bien, puisque la foi nous le fait connaître. Unus est bonus Deus. Et c'est précisément en conformité avec ce Bien  avec Dieu  que nous devons faire le bien dont nous sommes capables. Il s'agit moins pour nous de faire tout le bien que nous voulons, dans la mesure et de la manière où nous le voulons, que de le faire quand et comment il convient à Dieu que nous le fassions. L'essentiel n'est pas de faire vite et beaucoup, c'est de faire bien ce qu'on fait, et de le faire sans cesse avec cette perfection. L'essentiel et le pénible, c'est de bien faire, c'est-à-dire en esprit de soumission et de détachement et de le faire parce qu'on y sent l'ordre d'une volonté à laquelle la nôtre doit être subordonnée.

Nous ne pouvons mieux finir que par cette citation de M. Blondel (1) qui vient à l'appui de tout ce que nous avons dit : « A consulter le témoignage immédiat de la conscience, l'action est bonne quand la volonté, pour l'accomplir, se soumet à une obligation qui exige d'elle un effort et comme une victoire sur elle-même. Et ce témoignage est fondé, parce qu'en effet il n'y a de bien véritable que là où nous substituons à tous les attraits, à tous; les intérêts, à toutes les préférences naturelles de la volonté, une loi, un ordre, une absolue autorité, là où nous: mettons dans notre acte une initiative autre que la nôtre.; Unus est bonus Deus. Le devoir n'est le devoir que dans la mesure où, d'intention, l'on y obéit à un commandement divine: soumission pratique qui d'ailleurs est indépendante des affirmations ou des négations métaphysiques. Il y a une manière de servir Dieu, sans le nommer ni le définir ; et c'est là ce qui est « le Bien ».



1. L'Action, in-8°, Paris, 1883, p. 377.


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Message  Monique le Jeu 13 Aoû 2020, 7:41 am

« L'action bonne est celle qui, dans l'homme même, dépasse et immole l'homme : chaque fois qu'on accomplit un devoir, il faut sentir qu'il emporte la vie, qu'il remplace la volonté propre et qu'il suscite en nous un être nouveau. Car il faudrait mourir plutôt que de ne le point accomplir ; et, en vivant pour nous en acquitter, c'est déjà un autre qui vit en nous.' Tout acte est comme un testament. Il faudra bien prendre le temps de mourir : c'est comme mourant qu'il faut vivre, avec cette simplicité qui va droit à l'essentiel et au vrai.

« Il n'y a donc d'absolument bon et voulu que ce que nous ne voulons pas de nous-mêmes, ce que Dieu veut en nous et de nous. Mais, si dans ce que nous voulons le mieux, dans l'action la plus conforme à notre vœu intime, il y a déjà une mortification, que sera-ce de tout ce qui contrarie, humilie, et meurtrit le vouloir ? Si, pour bien agir, il faut souffrir d'être supplanté par une volonté, conforme, il est vrai, mais supérieure à la nôtre, n'est-ce pas que, dans la souffrance même, dans tout ce qui répugne à notre nature, il est besoin d'une plus courageuse action, pour faire rentrer la douleur et la mort, elles également, dans le plan volontaire de la vie ? mais n'est-ce pas aussi que cette mortification est la véritable épreuve, la preuve et l'aliment de l'amour généreux? On n'aime point le bien si l'on n'aime pour, lui ce qu'il y a de moins aimable. Où il y a moins de nous, il y a plus de lui.

« S'il y a, à l'origine de l'action bonne, un principe de renoncement, de passion et de mort, il n'est pas surprenant que, dans tout le déploiement de la vie morale, l'on rencontre constamment la souffrance et le sacrifice. La souffrance, elle sert à stimuler le développement de la personne, elle est un moyen de formation, un signe et un instrument de réparation ou de progrès ; elle nous détrompe de vouloir le moins pour nous porter à vouloir le plus. Mais l'accepter elle-même, y consentir, la rechercher, l'aimer, en faire la marque et l'objet même de l'amour généreux et détaché, placer l'action parfaite dans l'action douloureuse, être actif jusque dans le trépas, faire de chaque acte une mort et de la mort même l'acte par excellence, c'est ce triomphe de la volonté qui déconcerte encore la nature et qui, en effet, engendre dans l'homme une vie nouvelle et plus qu'humaine.

« Où se mesure le cœur de l'homme, c'est à l'accueil , qu'il fait à la souffrance : car elle est en lui l'empreinte d'un autre que lui... elle tue quelque chose en nous pour y mettre quelque chose qui n'est pas de nous. Ainsi la souffrance est en nous comme une semaille : par elle quelque chose entre nous, sans nous, malgré nous ; recevons-le donc, avant même de savoir ce que c'est... La douleur est comme la décomposition nécessaire à la naissance d'une œuvre, plus pleine. Qui n'a pas souffert d'une chose ne la connaît ni ne l'aime. Et cet enseignement se résume d'un mot, mais il faut du cœur pour l'entendre : le sens de la douleur, c'est de nous révéler ce qui échappe à la connaissance et à la volonté égoïste ; c'est d'être la voie de l'amour effectif, parce qu'elle nous déprend de nous, pour nous donner autrui et pour nous solliciter à nous donner à autrui...


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Message  Monique le Ven 14 Aoû 2020, 8:40 am

« Mais la souffrance n'est pas seulement une épreuve ; elle est une preuve d'amour et un renouvellement de la vie intérieure, comme un bain rajeunissant pour l'action. Elle nous empêche de nous acclimater en ce monde et nous y laisse comme en un malaise incurable... En face d'une douleur réelle, point de belles théories qui ne semblent vaines ou absurdes. Dès qu'on en approche quelque chose de vivant et de souffrant, les systèmes sonnent creux , les pensées restent inefficaces. La souffrance, c'est le nouveau, l'inexpliqué , l'inconnu, l'infini, qui traverse la vie comme un glaive révélateur.

« Ainsi se découvre-t-il une sorte de réciprocité ou, pour ainsi dire, d'identité entre l'amour vrai et la souffrance active. Car, sans l'éducation de la douleur, l'on n'arrive point à l'action désintéressée et courageuse. L'amour fait les mêmes effets en l'âme qu'au corps la mort : il transporte celui qui aime en ce qu'il aime et ce qui est aimé en ce qui est aimant. Aimer, c'est donc aimer à souffrir, parce que c'est aimer la joie et l'action d'autrui en nous...


« On n'acquiert pas l'infini comme une chose ; on ne lui donne accès en soi que par le vide et la mortification et pour peu qu'on ait l'âme grande et avide, l'on jouit mieux de ce qu'on n'a pas que de ce qu'on a... La mortification est donc la véritable expérimentation métaphysique, celle qui porte sur l'être même. Ce qui meurt, c'est ce qui empêche de voir, de faire, de vivre ; et ce qui survit, c'est déjà ce qui renaît. Se survivre, là est l'épreuve de la bonne volonté. Être mort ne serait rien; mais se survivre, se sentir dépouillé de ses complaisances intimes et de ses goûts d'indépendance, être dans ce monde comme n'y étant pas, trouver pour toutes les tâches humaines plus d'ardeur dans le détachement quon ne saurait en puiser dans la passion, voilà le chef-d’œuvre de l'homme. Tant de gens vivent comme s'ils ne devaient jamais mourir, c'est l'illusion ; il faut agir comme mort, c'est la réalité. Suivant qu'on met en ligne de compte cet infini de la mort, comme tout change de signe ! Et que la philosophie même de la mort est peu avancée ! C'est qu'aussi rien ne supplée à la pratique de cette méthode des suppressions volontaires : combien peu l'ont expérimentée ! combien voudraient arracher à ses prises juste ce qu'il faut lui livrer, sans songer que la mort peut et doit être l'acte par excellence ! C'est là le secret de la terreur sacrée qu'éprouve la conscience moderne, comme l'avait sentie l'âme antique, à l'approche, à la seule pensée du divin. Si nul n'aime Dieu sans souffrir, nul ne voit Dieu sans mourir. Rien ne touche à Lui qui ne soit ressuscité ; car aucune volonté n'est bonne si elle n'est sortie de soi pour laisser toute la place à l'invasion totale de la sienne. »


A SUIVRE... SUR LES MORTS DES PERSÉCUTEURS
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Message  Monique le Sam 15 Aoû 2020, 8:42 am

SUR LES MORTS DES PERSÉCUTEURS


Ceux qui ont souffert ont aimé à rappeler le traitement lamentable que Dieu infligea à ceux qui les avaient fait souffrir. Cette vengeance divine a fourni la matière d'un grand nombre de démonstrations apologétiques ; encore que ce soit une question de savoir si le châtiment que Dieu prend des coupables est destiné à punir l'abus du pouvoir ou à prouver l'injustice de la cause, ou tous les deux à la fois. Si cette question se posa aux anciens chrétiens, ils paraissent l'avoir résolue dans le dernier sens. Le premier auteur, parmi ceux dont les ouvrages nous sont parvenus, qui ait développé ce point de vue est Lucius Caelius Firmianus Lactantius, rhéteur latin et, en son temps, précepteur de Crispus César, fils de Constantin le Grand (1). Son livre est intitulé : « de la Mort des Persécuteurs, ou bien peut-être, pour ne pas forcer sa pensée par la traduction : sur les Morts des Persécuteurs. L'authenticité de l'écrit et son attribution à Lactance ont été contestées (2) ; elles semblent pouvoir être admises néanmoins ; quant à la date, elle ne peut être reculée après les années 322 ou 323, date de la rupture entre Constantin et Licinus ; elle se place vraisemblablement en décembre 314 ou en 315.

Le traité de Mortibus Persecutorum ne prend quelque développement qu'à partir de l'empereur Dèce, ce qui concerne Néron est fort écourté, Domitien est désigné sans être nommé ; Trajan, Antonin, Marc-Aurèle, Commode, Septime-Sévère, Maximin, sont à peine mentionnés. Il y a là une lacune que les documents contemporains nous permettent de combler. Ce qui est fait pour surprendre, c'est que Lactance, ou l'auteur, quel qu'il soit, du pamphlet, n'ait pas utilisé les faits concernant la mort de ces princes, faits qui fournissaient une éclatante confirmation de sa thèse, à moins que, ce qui est difficile à admettre, il n'ait songé qu'à réunir des traits historiques sur quelques princes dont le souvenir était encore vivant. Quoi qu'il en soit, le récit qui va suivre n'est destiné dans notre pensée qu'à compléter la lacune de l'éloquent petit livre qu'on lira ensuite.

L'histoire des successeurs d'Auguste est probablement la plus digne d'attention, à tous points de vue, parmi les histoires des souverains.



1. Cf. TILLEMONT, Mém. pour servir à l'hist. eccl., t. VI. Son article et les notes. A. HARNACK, Gesch. der altchr. Litteratur, t. I, p. 736.

2. Pour la première fois par D. LE NOURRY. Cf. A. EBERT, Geschichte der christl. latein. Litteratur, 2 Aufl, t. I, p. 85 suiv. Le traité est conservé dans le seul manuscrit : Paris, latin 2627, qui l'attribue à L. Cæcilius, dont l'identification avec L. Cælius (ou Cæeilius) Lactance, n'offre pas d'impossibilités. Cf. Besson, Ueber die Entstehungsverheltnisse der Prosaschriften des Lactanz und des Buches « de Mortibus Persecutorum », dans les Sitzungsb. der Akad. Wiss. in Wien, CXXV, VI ; 1891, 138 pp. in-8°.  Neue Jahrb. für Philol. und Paedag. 147 (1893), p. 121 suiv., 203.  Parmi les ouvrages plus anciens sur cette question, voyez : WEHNU, In welchen Punkten zeigen sich bei Lactantius  de Mortibus Persecutorum  d. durch d. lokalen Standort d. Verfassers bedingten Vorzüge in d. Berichten üb. d. letzten drei Regierungsjahre Diocletians, Progr. Saalfeld, 1885, in-4°.  Ueber d. Verfasser d. Buches : « de Mortibus Persecutorum », dans Berichte d. Sachs. Gesellsch. d. Wiss. Phil. Hist. Cl. XXII (1870), p. 115-138.K. HALM, Zu Lactantius «de Mortibus Persecutorum ». A. d. Sitzungsbericht d. Kais. Akad. d. Wissensch. zu Wien.  Phil. Hist. Cl. (1865), p. 161-167, Wien, 1865, in-8°.  V. KEHREIN, Quis sdripserit libellum qui est Lucii Cæcila « de Mortibus Persecutorum ». Dissertat. inaugur. Monaster. Stuttgarti, 1877, in-8°. J. ROTHFUCHS, Qua historiae fide Lactantius usus sit in libro « de Mortibus Persecutorum » Disput. Gymn. Progr. Marburg, 1862, in-4°.  P. ALLARD, la Persécution de Dioclétien, t. I (1890), préf., p. XXXIX suiv.  Enfin MOMMSEN dans l'Hermès, XXXII (1897), p.538, et tout récemment, à propos de la thèse de BRANDT, loc. cit., les articles de BELSER dans la Theologische Quartalschrift (1892), pp. 426 et 439 (1898), p. 547.  Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. V (1900), p. 281. Bibliographie dans O. BARDENHEWER, Gesch. der altkirchl. Litteratur, in-8°, Freiburg, 1903, t. II, p. 487 ; R. PICHON, Lactance, in-8°, Paris, 1901, p. 337 sg. ; P. ALLARD, dans la Revue des questions historiques, 1903, 1er octobre : Mélanges. Editions BALUZE, Paris, 1679, et BRANDT-LAUBMANN, Vienne, 1897.


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Message  Monique le Dim 16 Aoû 2020, 9:49 am

Entre Auguste et Constantin se déroule une série divine qui offre tour à tour la beauté sereine des frises de l'art grec et les brutales laideurs des peintures secrètes de Pompe, l'Olympe romain a des aspects de cour des miracles. Ces hommes si divers que furent Néron et Marc-Aurèle, occupant la même place, faisant le même métier, nous donnent ce grave enseignement ; c'est que l'homme est un instrument achevé pour toute tyrannie comme pour toute servitude, et une forme quelconque de gouvernement lui fournit toujours quelque biais qui lui permet de se livrer ou de se soumettre, à son heure, aux plus terribles excès.

Ce fut une des gloires et, ce qui est plus, une des forces des chrétiens de savoir « supporter et s'abstenir », aussi bien lorsqu'ils furent livrés à des fous furieux que lorsqu'ils furent gouvernés par des philosophes ; lorsqu'ils assistaient, tout haletants encore des fatigues de la lutte, aux funérailles de leurs persécuteurs, ils pouvaient s'appliquer le mot de leur grand Apôtre : Vince in bono malum : « Nous triomphons du mal par le bien. » S'ils ne se révoltèrent jamais, c'est que les exigeantes qu'on leur présenta n'étaient pas de nature politique ; toute la résistance qu'ils pouvaient faire allait à mourir, et ils ne s'y refusèrent pas ; mais de leur attitude religieuse nous ne pouvons rien conclure à leur attitude politique, les textes ne le permettent pas. Au contraire, le peu qu'ils apprennent tend à montrer dans les chrétiens des citoyens un peu échauffés en paroles, mais pacifiques en fait (1).

Ces vastes tueries, dont ils fournissaient souvent les victimes, n'ont soulevé ni l'indignation de saint Paul, ni la verve de Tertullien, ni provoqué la colère des foules capables, en beaucoup de lieux, de s'opposer efficacement aux volontés terribles de l'empereur. Je ne sais si, à ce point de vue, ils sont aussi admirables citoyens qu'ils furent chrétiens admirables. L'empire romain, tel qu'en le subissant ils l'ont laissé être, fut-il un progrès ou un obstacle dans la marche de l'humanité ? Je laisse la réponse à d'autres temps et à d'autres études; il me suffit de faire remarquer la modération avec laquelle les hommes vivant peu après ces princes ont parlé d'eux ; c'est un procédé qui ne se retrouve pas au même degré dans tous les temps et principalement de nos jours, et cela tout seul suffirait déjà à rendre aimables ces hommes antiques qui  ont su résister à leurs maîtres, convaincre leurs adversaires et parler avec honnêteté à leurs contradicteurs.



1. Voy. t. II, Comment le christianisme fut envisagé dans l'empire romain, passim.


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Message  Monique le Lun 17 Aoû 2020, 8:04 am

La dernière année de Néron fut très remplie. L'empereur parcourut la Grèce en artiste (2) et rentra à Rome en triomphateur. Sur sa route on lui avait prodigué les honneurs : à Naples, à Antium, à Albe, il entra sur un char traîné par quatre chevaux blancs et, en sa qualité de vainqueur des jeux olympiques, par une brèche faite dans la muraille. A Rome, qu'il avait quittée depuis près d'un an (1), on avait préparé pour lui le char qui avait servi au triomphe d'Auguste, son trisaïeul. Il y monta, vêtu de pourpre, portant la chlamyde semée d'étoiles d'or; sur la tête, il avait la couronne olympique, dans sa main droite, la couronne pythique ; à côté de lui était assis le musicien Diodore. Devant le char marchaient des serviteurs portant sur des écriteaux l'indication des victoires, les noms des rivaux, les titres des pièces, les rôles qu'il avait tenus ; derrière le char venait la claque, cinq mille hommes, et les Augustans. On démolit, pour le faire passer, une arcade du cirque Maxime qu'il traversa pour se rendre par le Vélabre et le Forum au temple d'Apollon sur le mont Palatin. Partout sur son passage on immolait des victimes, on parfumait l'air avec de la poudre de safran ; la foule clamait en cadence : A Néron-Hercule ! (douze fois de suite) ; A Néron-Apollon ! (cinquante fois); A l'olympionice ! Au pythionice ! (douze fois) ; A Auguste ! A Auguste ! (vingt fois) ; O voix sacrée ! heureux qui peut t'entendre ! (cent fois de suite) (2). On attacha dans le cirque Maxime, à l'obélisque d'Auguste, les mille huit cent huit couronnes que rapportait son petit-fils ; on frappa des médailles sur lesquelles l'empereur était représenté en joueur de flûte (3), on fit son buste, les cheveux frisés comme un acteur (4).

Cette mascarade inouïe dura peu de temps. Vers le 15 mars de l'an 68, un Gaulois nommé Vindex, préfet des Gaules, souleva les légions ; le 3 avril, Galba se joignit à lui, et Néron commença à craindre sérieusement ; il manda les légions d'Illyrie, mais il apprit presque aussitôt la nouvelle de leur défection. Alors il imagina de former une troupe composée de tous les matelots de la flotte d'Ostie, parmi lesquels il encadrerait son corps de danseuses qu'il fit habiller en amazones, avec des pelles, des haches et les cheveux coupés ras. Il songea aussi à se retirer à Alexandrie et à s'y faire chanteur des rues (1); il rêva encore de faire massacrer ce qui restait du Sénat, de brûler Rome une seconde fois, de lâcher dans la ville la ménagerie de l'amphithéâtre ; entre temps il faisait des vers, il chantait et courait les théâtres incognito et se préparait à revêtir la stole des matrones pour aller, sans autres armes que sa beauté, son chant et ses larmes, demander la pitié des légions de Galba.



2. SUÉTONE, Néron, 20-25, 53-55 ; DION, Hist. rom., LXIII, 8-18 , EUSÈBE, Chron., an. 12 de Néron; Carmina sibyllina, V, 136 suiv., XII ; 90-92 ; PHILOSTRATE, Apoll., IV, 38; V, 7, 8, 22, 23. Cf. HERTZBERG, Histoire de la domination de la Grèce par les Romains, t. II.

1. TILLEMONT, Hist. des emp., I, p. 320 ; DION, LXIII, 19-21.

2. Sur ces répétitions des acclamations suivant la manière antique, voyez les cantiques de la confrérie des Arvales et l'article Acclamation dans le Dictionnaire d'Archéologie et de Liturgie de Dom CABROL.

3. ECKHEL, Doctrina veterum nummorum, t. VI, p. 275-276 SUÉTONE, Néron, 25.

4. Voyez au Louvre, Salle d'Auguste, le no 1225, et au British Museum, no 1887.

1. AURÉLIUS Victor, De Coes., Nero, 14. Cf. SUÉTONE, Nero, 40, 42.


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Message  Monique le Mar 18 Aoû 2020, 7:54 am

Au milieu de ces bouffonneries il apprit, le 8 juin, la révolte de prétoriens. A ce coup, il se sentit perdu, demanda des habits de deuil et composa un discours dans lequel il demandait au peuple son appui, ou, du moins, le pardon du passé et la préfecture d'Égypte. On lui fit observer qu'il n'arriverait pas vivant au Forum et il se tint coi. Il se coucha : en pleine nuit il fut réveillé, on pillait sa chambre; il se sauva en chemise et courut frapper à diverses portes, elles restèrent fermées. Il revint, voulant mourir cette fois, et demanda le tueur à la mode de l'amphithéâtre, Spiculus. Personne alla le chercher. Il sortit, se rendit au Tibre, mais quand il en approcha, il revint sur ses pas. Phaon, un de ses affranchis, lui offrit asile dans sa villa, située à un lieu et demie environ, et ils partirent (1), lui quatrième, se couvrant tant bien que mal d'un manteau, car il avait été surpris dans son lit et s'était enfui à peine vêtu. Lorsqu'on rencontrait des gens, Néron ramenait un pan du manteau sur son visage; enfin il sortit de la ville par la porte Colline, et entendit les cris du camp des prétoriens qui acclamaient son successeur. Cependant il fut reconnu, mais on le laissa passer; il quitta la route et rampa dans un champ de cannes jusqu'à ce qu'il atteignît la villa de Phaon. Le maître lui proposa de se blottir dans un trou à pouzzolane : il refusa d'être, disait-il, enterré tout vivant; on fit à petit bruit une ouverture dans la muraille et on le tira dans une salle démeublée où il s'étendit sur une natte et but quelques gorgées d'eau tiède. Pendant ce temps il récitait des vers et les appliquait à sa situation ; il osa redire ceux-ci :



Ma femme, ma mère, mon père

Prononcent mon arrêt de mort (2).


Il entremêlait tout cela de réflexions qu'il s'efforçait de rendre tragiques : « Celui qui autrefois était fier de sa suite nombreuse n'a plus maintenant que trois affranchis » ; ou bien il devenait macabre : il voulut qu'on creusât sa fosse à la taille de son corps et fit apporter des marbres, de l'eau, du bois pour ses funérailles ; pendant ces apprêts il pleurait et disait : « Quel artiste va périr! » Qualis artifex pereo!

Un esclave de Phaon apporta de Rome le courrier contenant un décret du sénat. On y déclarait Néron ennemi public et on le condamnait à être puni « suivant la vieille coutume ».  « Quelle coutume ? » demanda-t-il. On lui expliqua en quoi elle consistait. La tête du patient est engagée dans une fourche tandis qu'on le fouette de verges jusqu'à la mort ; on traîne alors le corps avec un croc et on le jette dans le Tibre. Néron frissonna, prit deux poignards qu'il avait sur lui, les affûta, puis les posa : « L'heure fatale n'est pas venue », dit-il, et il demanda à Sporus de commencer sa complainte funèbre afin qu'il mourût dans cet exercice ; mais il se reprenait sans cesse, retrouvait des citations, faisait des vers ; maintenant il monologuait en grec ; il invita les assistants à le précéder dans la mort : « N'y aura-t-il personne ici, demanda-t-il, pour me donner l'exemple? » A ce moment on entendit le bruit du détachement de cavalerie envoyé pour le prendre.



Le pas des lourds chevaux me frappe les oreilles (1),

dit-il. Il avait le poignard sur la gorge. Epaphrodite appuya et le fit entrer. Le centurion se précipita, voulut arrêter le sang, c'était trop tard; le mourant regarda le centurion et dit : « Voilà donc votre fidélité (1) » puis il expira.



1. La villa de Phaon, dit Renan, devait être un peu au delà de l'Anio, entre le ponte Nomentano et le ponte Salaro, sur la via Patinaria. Cf. PLATNER et BUNSEN, Beschreibung der Stadi Rom, III, 2e partie, p. 455.

2. DION, LXIII, 28. Cf. SUÉTONE, Néron, 46.

1. Iliade, X, 535.


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Message  Monique le Mer 19 Aoû 2020, 9:19 am

La mort de Domitien offrit moins de péripéties (2). Sa femme Domitia apprit que Parthénius, Sigerius et Eutellus seraient mis à mort; elle le leur manda. Ceux-ci résolurent de prévenir le coup, mais ils ne savaient comment s'y prendre : serait-ce à table ou au bain? lorsqu'un affranchi de Domitille, devenu son intendant, Stephanus, alors accusé de malversation, s'offrit pour faire le coup. Pour détourner les soupçons, il feignit une blessure au bras gauche et le porta plusieurs jours entouré de laine et de bandages ; le dernier jour, il y cacha un poignard. Ce jour-là, 18 septembre, vers onze heures du matin, Stephanus fit demander audience pour dénoncer à l'empereur une conspiration.

Le chambellan Parthenius, qui était du complot, l'introduisit et ferma les portes. Tandis que l'empereur lisait, tout effrayé, l'écrit qu'il venait de lui remettre, Stephanus planta son couteau dans l'aine. Domitien cria à un jeune esclave chargé de l'entretien de l'autel des dieux lares de lui donner la lame qu'il avait sous son chevet et d'appeler les gardes ; l'enfant courut au chevet et ne trouva qu'une poignée; il courut à la porte des gardes: elle était fermée. Pendant ce temps Domitien avait renversé Stephanus et le tenait sous lui ; il essayait de ses doigts à moitié coupés de lui arracher son poignard ou de lui crever les yeux. Voyant que cela se prolongeait, Clodianus, légionnaire émérite, Maxime, affranchi de Parthenius, Saturius, décurion des valets de chambre, et quelques gladiateurs entrèrent dans la chambre et achevèrent l'empereur. Les gardes arrivèrent un moment après et tuèrent Stephanus.



2. SUÉTONE, Domit., 17 ; DION, LXVII, 15 et suiv.  


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Message  Monique le Jeu 20 Aoû 2020, 7:26 am

En l'année 116, l'empereur Trajan conquit l'Abiadène, passa le Tigre, traversa Babylone, Ctésiphon et atteignit le golfe Persique, dont le nom seul, jusqu'alors, était connu des Romains, puis il remonta à Babylone. Cependant, à la fin de cette année la situation s'assombrit. Une révolte générale éclatait sur ses derrières. Les Juifs qui l'avaient soulevée tuaient tout sans rémission ; dans la Cyrénaïque on comptait, disait-on, deux cent vingt mille personnes égorgées, il en fut de même à Chypre deux cent quarante mille égorgés, en Egypte, où les meurtres dépassèrent de beaucoup ces chiffres. La position de Trajan en Babylonie devenait critique ; des partis arabes inquiétaient ses avant-postes. Pour occuper ses troupes, il songea à prendre Hatra (1); après un long siège il dut s'éloigner, son armée mécontente et lui-même malade. La retraite fut difficile et parfois désastreuse : ce fut en cet équipage qu'il rentra à Antioche, vers le mois d'avril 117, aigri et souffrant. La révolte s'étendait, et il songeait à reprendre la campagne, lorsque l'hydropisie le força de s'arrêter à Sélinonte en Cilicie ; il avait pris les germes de la maladie devant Hatra, et son organisme, fatigué par son goût immodéré pour le vin et les femmes, ne put résister. Plotine, sa femme, et Matidie, sa nièce, le veillaient.

Plusieurs historiens racontent que Plotine, dont l'amour coupable pour Adrien était bien connu, isola l'empereur afin d'obtenir de lui l'adoption d'Adrien ; d'autres disent que l'adoption ne fut qu'une feinte (2). Ce qu'il y a de certain, c'est que le cinquième des ides d'août (11 août) de l'année 117, Adrien annonça son adoption ; deux jours plus tard, le bruit de la mort de Trajan se répandit sans qu'on ait jamais su quelle en a été la date précise. Quelques meurtres isolés le plus célèbre fut celui de l'évêque Polycarpe accompli sous le règne d'Antonin ne suffisent pas à attribuer à ce prince la qualification de persécuteur. Sa mort d'ailleurs fut sereine et elle donna l'empire à Marc-Aurèle.



1. Aujourd'hui El-Hadhr,

2. DION, L,XIX, 1.


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Message  Monique le Ven 21 Aoû 2020, 8:47 am

Marc, imperator (1) pour la dixième fois, quitta Rome pour sa dernière campagne. Son quartier général semble avoir été à Vienne sur le Danube, ou à Sirmium, où la peste régnait à l'état endémique depuis plusieurs années (2). Le 10 mars 180, l'empereur tomba malade ; il comprit aussitôt qu'il allait mourir. Son fils, Commode, ne songeait qu'à fuir pour échapper à la contagion ; mais Dion Cassius affirme qu'il savait à quoi s'en tenir sur la mort de son père, à qui les médecins avaient, de sa part, donné du poison. Le sixième jour de sa maladie Marc présenta Commode aux légions, le septième jour il ne voulut voir que son fils « et il le congédia au bout de quelques instants, de peur de le voir contracter le mal dont il était atteint ; peut-être ne fut-ce là qu'un prétexte pour se délivrer de son odieuse présence, Puis il se couvrit la tête comme pour dormir. La nuit suivante il rendit l'âme ».

Sévère se rendit dans l'île de Bretagne en l'année 208 avec ses deux fils, Caracalla et Géta. L'expédition coûta cinquante mille hommes, mais on reporta la frontière de l'empire jusqu'à la Clyde. Sévère, prématurément vieilli par les grands travaux qui avaient rempli sa vie, se sentit vaincu par les infirmités ; il confia alors le commandement des légions à Caracalla, et celui-ci, dans l'espoir d'exclure son frère du trône, chercha à séduire les troupes. Sévère fit mourir les complices de Caracalla, mais l'épargna lui-même ; alors Caracalla songea, dit-on, à un parricide. Sévère souffrait d'une forte attaque de goutte quand il apprit ce projet, l'indignation qu'il en conçut hâta sa fin. Lorsqu'il se sentit mourir, il appela ses deux fils et les exhorta à se réconcilier. Le tribun de service vint prendre le mot d'ordre de l'empereur, celui qu'il donna fut : Laboremus, « Travaillons », et peu de temps après il expira (211).



1. DION, LXXI, 33.

2. ORELLI-HENZEN, n° 5489.


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Message  Monique le Sam 22 Aoû 2020, 8:11 am

Au mois de mars 238, en Afrique, les deux Gordiens prirent la pourpre. Le sénat les reconnut aussitôt et déclara Maximin ennemi public ; la mort des deux Gordiens ne changea pas ses dispositions, il élut empereurs Balbinus et Maximus Pupianus. A ces nouvelles, Maximin entra dans une telle fureur « qu'on l'eût pris, dit Capitolin, non pour un homme, mais pour une bête féroce. Il se jetait contre les murs, il se roulait par terre, poussait des cris confus, saisissait son épée, comme s'il eût pu massacrer le sénat ; il déchirait ses vêtements royaux, frappait ceux qui l'entouraient. Il eût même, dit-on, arraché les yeux à son jeune fils si celui-ci ne se fût retiré.

Cette fureur contre son fils venait de ce que, malgré l'ordre qu'il lui avait donné d'aller à Rome aussitôt après son avènement, le jeune prince avait préféré rester auprès de son père, et Maximin pensait que le sénat n'eût rien osé contre lui si son fils eût été à Rome ».
Il se calma enfin, harangua ses troupes et les amena en Italie. Au débouché des Alpes Juliennes, il fut arrêté devant Aquilée, où s'étaient enfermés les consulaires Crispinus et Menophilus. Le siège traînant en longueur, Maximin fit tuer ses propres généraux ; mais vers le milieu du jour, des prétoriens, lassés de ces procédés, entrèrent dans la tente où l'empereur et son fils faisaient la sieste, ils les tuèrent tous deux et promenèrent leurs têtes autour des murs de la ville.


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Message  Monique le Dim 23 Aoû 2020, 8:59 am

Bonjour à tous,

Ayant remarquée que plus mon travail avançait et plus je trouvais que ces livres avaient quelque chose de dérangeant. Sur cela, gabrielle a posé la question sur la Tribune et je vous livre la réponse de Si vis pacem, que je remercie pour son travail de recherche.

https://www.larchange.org/viewtopic.php?f=13&t=1119&p=12337&sid=171f2c532315be972236a52746388961#p12336
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