La "petite église" et le Pape Léon XIII

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Message  Louis Dim 03 Fév 2019, 12:44 pm

LETTRE DE N. T. S. P. LÉON XIII

À  MONSEIGNEUR  L'ÉVÊQUE  DE POITIERS

SUR « LA PETITE ÉGLISE »

À NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE.

AUGUSTIN-HUBERT, ÉVÊQUE  DE POITIERS

Vénérable Frère, Salut et Bénédiction apostolique.

Nous avons éprouvé une joie peu commune à la lecture des lettres que Nous adressait Notre cher fils Joseph Foulon, cardinal de la Sainte Église romaine, archevêque de Lyon, la veille des Nones de décembre de l'année dernière. Ces lettres Nous apprenaient que ceux que l'on appelle là-bas de la Petite Église, ayant à leur tête, comme principal interprète de leur pensée, un homme honorable, Marius Duc, inclinent manifestement à répudier le schisme dans lequel ils ont été jusqu'ici retenus, et à chercher comme il convient la communion catholique sous les évêques établis par le Pontife romain. Rien, en effet, ne saurait Nous arriver de plus agréable que de voir Nous-même les exhortations paternelles et les souhaits de Nos illustres prédécesseurs Pie VII, Léon XII, Pie IX, non moins que Nos sollicitudes personnelles, atteindre enfin l'issue désirée.

Le même bien-aimé fils étant parvenu, sur l'appel de Dieu, à la couronne de la céleste justice, Nous avons jugé convenable de vous répondre à vous, Vénérable Frère, dans le diocèse duquel, comme dans celui de Lyon, se trouvent nombre de ces hommes; et Nous avons la pleine confiance et l'entière certitude, d'avoir en vous un aide plein de zèle et surtout d'industrie dans cette œuvre si sainte et si agréable à Dieu. Lorsque l'illustre prélat, que Nous avons récemment désigné pour l'Eglise de Lyon (1) aura pris possession de sa nouvelle dignité, il vous appartiendra de lui communiquer Nos desseins, afin que l'union de nos efforts nous mène plus sûrement au but.

Ce qui, en cette matière, Nous paraît en premier lieu excellent, c'est que, suivant ce qui Nous a été rapporté, l'affaire soit traitée avec l'homme dont les intentions sont si louables et avec ceux qui, tout en refusant, sous l'empire d'une déplorable erreur, d'être en communion avec le pasteur légitime, n'ont pas cependant d'animosité contre l'Eglise.

Ceux-ci, non seulement ont rejeté les sollicitations des hérétiques et des ennemis du nom catholique, mais encore professent nos doctrines catholiques et observent nos rites, notre discipline et notre manière de prier. Nous concevons de tout cela la meilleure espérance que des hommes ainsi disposés écouteront sans peine ceux qui les avertiraient avec prudence et charité.

En effet, les points sur lesquels reposent, dit-on, leurs doutes et leurs hésitations, ont plus besoin d'avertissements que de réfutation. Ils prétendent que leur unique préoccupation est d'affirmer le droit propre et originaire de l'Eglise, n'ayant rien de plus à cœur que de voir sa liberté à l'abri de toute action des pouvoirs humains. Ils trouvent la garantie la plus absolue et la défense la plus sûre de cette liberté en ce que les évêques retiennent dans une perpétuelle stabilité la place qu'ils ont occupée dans la sainte hiérarchie; d'où il est interdit de les éloigner de leur siège et de leur dignité.

A coup sûr, un homme de bon sens ne croira jamais que les droits et la liberté de l'Eglise tiennent plus au cœur de quelques particuliers ou de quelques évêques, que du Saint-Siège lui-même, et de la Mère et Maîtresse de toutes les Églises, tellement que pour procurer ce bien, l'Eglise romaine ait besoin des excitations de ceux qui, pour vouloir être et se faire considérer comme vrais catholiques, lui doivent avant tout soumission et obéissance. S'il faut reconnaître, il est vrai, et considérer comme un droit acquis et consacré, que nul évêque ne saurait être éloigné de son siège et de sa dignité par les pouvoirs humains, il ne faut pas non plus faire difficulté d'admettre que la même chose est permise au Siège apostolique, en raison de sa suprême autorité sur les agneaux et sur les brebis, toutes les fois que l'exigent de graves conjonctures et le bien suprême de l'Eglise.

Les exemples analogues ne font pas défaut dans les annales de l'Eglise…
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(1) Mgr Coullié coadjuteur, puis évêque d'Orléans depuis 1876, transféré au siège primatial de Lyon, au Consistoire du 15 juin 1893.

Nota Bene a écrit:Pour des informations additionnelles à ce sujet veuillez consulter la « Table » alphanumérique du lien suivant :

https://messe.forumactif.org/t8391-sommes-nous-de-la-petite-eglise#147750

Bien à vous.


Dernière édition par Louis le Mer 06 Fév 2019, 6:17 am, édité 1 fois (Raison : Balises.)

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Message  Louis Mar 05 Fév 2019, 6:47 am

LETTRE DE N. T. S. P. LÉON XIII

A  MONSEIGNEUR   L'ÉVÊQUE   DE  POITIERS

SUR « LA PETITE ÉGLISE »

SUITE

Les exemples analogues ne font pas défaut dans les annales de l'Eglise, soit dans les temps anciens, soit à des époques plus rapprochées. C'est un fait mémorable que celui de saint Grégoire de Nazianze s'éloignant spontanément de son siège de Constantinople pour le bien de la paix. Elle est digne également d'être rapportée, la sentence de saint Melchiade, Notre prédécesseur, « si exempt de toute faute, si intègre, si prévoyant, si pacifique (1). » Celui-ci, en effet, afin d'éteindre dans son principe le schisme de Donat qui devait affliger l'Eglise au lendemain de la persécution de Dioclétien, décréta de sa propre autorité : que là où la discussion aurait créé deux évêques sur le même siège, celui-là serait confirmé dans sa charge, qui aurait été ordonné le premier; le second devant être pourvu d'une autre Église (2). D'où il s'ensuivait que l'évêque catholique devait quitter son siège en faveur de l'évêque qui aurait abjuré le schisme.

Ce saint Pontife faisait un tel cas de la paix dans l'Eglise qu'il ne craignait pas de préférer aux évêques d'un catholicisme et d'une intégrité éprouvés des évêques coupables de schisme, si ces derniers voulaient revenir de leur erreur à la vérité. C'est pour cela même qu'il fut proclamé par saint Augustin, « l'homme très bon, le fils de la paix chrétienne, le père du peuple chrétien (3). »

Ces éloges conviennent en toute justice à la vertu et à la conduite de Pie VII...
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(1) S. August., ép. XLIII, c. 5. (2) Ibid. (3) Ibid.

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Message  Louis Mer 06 Fév 2019, 5:34 am

LETTRE DE N. T. S. P. LÉON XIII

A  MONSEIGNEUR   L'ÉVÊQUE   DE  POITIERS

SUR « LA PETITE ÉGLISE »

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Ces éloges conviennent en toute justice à la vertu et à la conduite de Pie VII. Dès que la tranquillité succéda à la crise aiguë, la bonté divine aidant, il mit tous ses soins à guérir les blessures infligées à la France et à l'Eglise par les horreurs de l'impiété. Il le fit par ses décrets bien connus, qui sont d'une admirable prévoyance. En rendant à la religion son ancien éclat, il raffermit si heureusement la paix de l'Eglise que l'Ordre des évêques établi par son autorité fut regardé comme digne de sa haute charge et devint l'objet de la vénération de tous les fidèles. Aussi ces prélats furent-ils reçus à la communion de la fraternité catholique par les évêques du monde entier.

Il ne peut donc y avoir aucune cause prouvée en droit, pour que ces hommes, quels qu'aient été d'ailleurs les premiers chefs de ceux dont il s'agit aujourd'hui, se soient séparés de la très sainte communion de l'univers catholique. Qu'ils ne s'appuient ni sur l'honnêteté de leurs mœurs, ni sur leur fidélité à la discipline, ni sur leur zèle à garder la doctrine et la stabilité de la religion. L'Apôtre ne dit-il pas ouvertement que tout cela ne sert de rien sans la charité (1) ? Absolument aucun évêque ne les considère et ne les gouverne comme ses brebis. Ils doivent conclure de là avec certitude et évidence qu'ils sont des transfuges du bercail du Christ. Qu'ils entendent ce cri de saint Ignace, homme des temps apostoliques et martyr illustre : « Je vous écrirai de nouveau si, par faveur de Dieu, j'apprends que vous tous et chacun, sans aucune exception, vous êtes unis dans une même foi sous le seul Jésus-Christ, obéissant à l'évêque et à ses prêtres, rompant dans l'unité d'un même esprit le pain unique dans lequel se trouve la source de l'immortalité (1) ». Ou encore : « Abstenez-vous des herbes nuisibles que ne cultive point Notre-Seigneur Jésus-Christ; elles n'ont point été plantées par le Père. Quiconque est de Dieu et de Jésus-Christ est avec l'évêque, et quiconque revient, conduit par la pénitence, à l'unité de l'Eglise, est de Dieu et est selon Jésus-Christ. Ne vous y trompez pas, mes Frères, si quelqu'un suit les fauteurs du schisme, celui-là n'est point héritier du royaume de Dieu (2). »

A cela revient aussi qu'ils ne se peuvent rien promettre...

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(1) I Cor., XIII, 3. — (1) Ad. Ephes., XX. — (2) Ad. Polycarp., VI.

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Message  Louis Jeu 07 Fév 2019, 6:46 am

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A cela revient aussi qu'ils ne se peuvent rien promettre des grâces et des fruits du perpétuel sacrifice et des sacrements qui, tout en étant administrés avec sacrilège, étaient cependant valides et servaient en quelque manière à cette forme et apparence de la piété, que désigne saint Paul (3) et dont parle plus longuement saint Augustin.

« La forme de la branche, dit très justement ce dernier, peut être visible, même en dehors de la vigne, mais la vie invisible de la racine ne peut être conservée que dans l'union avec le cep. C'est pourquoi les sacrements corporels, que d'aucuns conservent et prônent en dehors de l'unité du Christ, peuvent garder l'apparence de la piété. Mais la vertu invisible et spirituelle de la vraie piété ne peut y résider, pas plus que la sensibilité ne demeure dans un membre amputé (4). »

Mais n'ayant plus un seul prêtre qui adhère à leur doctrine, ils ne peuvent même plus se prévaloir de cette apparence de la piété. Ils n'ont plus les sacrements, sauf le baptême, qu'ils confèrent, dit-on, sans solennité aux enfants ; baptême fructueux pour ceux-ci, pourvu qu'à l'âge de discrétion ils n'adhèrent point au schisme, mais mortel pour ceux qui l'administrent, car, en le conférant, ils font volontairement  acte de schisme.

S'ils veulent bien s'arrêter attentivement à toutes ces considérations et envisager l'ensemble de ces choses avec droiture, il est impossible que, mus par de sérieuses inquiétudes, ils ne soient amenés à entendre la voix du Dieu des miséricordes, et à répondre aux vœux de l'Eglise catholique et apostolique, Mère si désireuse du salut de ses enfants.

Le bien essentiel et le premier de tous est en cause, car « que voulez-vous de plus, ô hommes (puisse cette exhortation empruntée à saint Augustin agir sur leurs cœurs !), que voulez-vous de plus? Il ne s'agit ni de votre argent, ni de votre or. Vos terres, vos biens, la santé de votre corps ne sont point en question. Il s'agit de gagner la vie éternelle et fuir la mort éternelle : C'est à vos âmes que nous faisons appel ; sortez donc enfin de votre sommeil (1). »

Les monuments publics en font foi, ces évêques…
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1(3) II. Tiin., III, 5. — (4) Serm., LXXI, in Matth., 32. — (1) Ep., XLIII, 3.

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Message  Louis Ven 08 Fév 2019, 6:06 am


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SUR « LA PETITE ÉGLISE »

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Les monuments publics en font foi, ces évêques qui, après avoir longtemps et si bien mérité de l'Eglise, ont, faute d'avoir examiné suffisamment la question, semblé résister d'abord aux invitations de Pie VII, ceux-là mêmes, et tous sans aucune exception, après avoir acquis une connaissance et une intelligence plus exactes de la cause, ont prêté une oreille docile aux exhortations du Souverain  Pontife.

Il est, en outre, certain que les décrets et prescriptions du Siège apostolique qui ont contribué à relever de ses ruines la religion catholique en France ont été pleinement approuvés par ces mêmes prélats et par tout le corps épiscopal. Tous comprirent qu'il n'est permis à personne d'affirmer ou que l'Eglise catholique ait été en quelque sorte exilée de France par Pie VII, ou qu'elle soit réduite à résider uniquement en quelques hommes privés de pasteurs. Ces évêques qui ont, les uns immédiatement, les autres plus tard, obtempéré aux ordres du Pontife romain, s'étaient auparavant montrés vis-à-vis de Dieu et de l'Eglise par la fermeté de leur volonté contre les efforts des impies, par les souffrances et les épreuves de tout genre, des ouvriers que rien ne saurait confondre. Ils aidèrent plus encore l'Eglise et pourvurent davantage au salut des peuples quand, pour rétablir la paix, et pour relever la religion en France, ils offrirent à Dieu et à l'Eglise d'abdiquer leur dignité, sans aucune atteinte portée à l'autorité du Siège apostolique.

Il Nous reste, Vénérable Frère, à souhaiter que Nos sollicitudes et Nos efforts, auxquels la prudence pastorale et la charité de l'archevêque de Lyon, aussi bien que la vôtre, répondront fidèlement, reçoivent les accroissements vivement désirés de ce Dieu dont la gloire apparaît admirable en ceux qu'il ramène au droit chemin du salut.

Et maintenant, en témoignage de Notre particulière bienveillance et comme gage des dons célestes, Nous vous accordons, avec grande affection, à vous, à votre clergé, et à votre peuple, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 19 juillet de l'année 1893, la seizième de notre Pontificat.                          

LÉON XIII, Pape.

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