La Conférence entre Luther et le Diable

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Message  Monique Lun 23 Mar 2009, 6:36 pm

REMARQUES SUR LA CONFÉRENCE
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LUTHER ET LE DIABLE





CHAPITRE V. Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements.


Onze ou douze ans après, quand Luther vit tant de peuples courir après lui, et qu'il n'avait qu'à dire une chose pour la faire croire, il ne feignit point, en faisant son troisième traité contre les Messes privées, d'y insérer le récit de sa Conférence avec le Diable, et d'aller même jusqu'à dire, pour l'autoriser, que le Diable pouvait non-seulement enseigner dans l'Église, mais y administrer tous les Sacrements.

Cette proposition est étonnante : mais la manière dont Luther l'explique l'est encore davantage. Je ne suis pas, dit-il , de l'avis des Papistes, qui disent qu'aucun des Anges, ni Marie même ne peut consacrer.

Et moi je dis au contraire, que si le Diable même venait... et que je susse ensuite qu'il se fût ingéré de faire l'office de Pasteur de l'Église, qu'ayant pris la figure d'un homme il eût été appelé pour prêcher, et qu'il eût enseigné publiquement dans l'Église, qu'il eût baptisé, célébré la Messe, donné l'absolution des péchés, et fait ces fonctions selon l'institution de Jésus-Christ ; nous serions alors contraints d'avouer que les Sacrements ne seraient pas pour cela inefficaces ; mais que nous aurions reçu un vrai baptême, un vrai Sacrement du Corps et du sang de Jésus-Christ. Car notre foi, et l'efficace des Sacrements n'étant pas appuyées sur la qualité delà personne, il n'importe que cette personne soit bonne ou mauvaise, qu'elle ait reçu l'onction, ou ne l'ait pas reçue, qu'elle ait été appelée légitimement ou non, que ce soit un Diable ou un Ange (1).



(1) Hospinien en a été surpris : « Luther, dit—il, dans son livre de la Messe privée et de l'onction des Prêtres, est allé jusqu'à dire qu'il y aurait un vrai Sacrement, quand même il serait fait par le Diable. » In libro de Missa privata et unctione Sacerdotum, anno 1533. edito, co usque progressus est, ut diceret, Sacramentum verum futurum, etiam si a Diabolo conficeretur, Hospin,, 2 part,, Hist. Sacr.y fol . 14 verso.

(1) Calvin est de même sentiment : Je confesse, dit-il, que la vertu des Sacrements ne dépend point de la dignité des personnes ; et dis, plus outre, que si un Diable administre la Cène, elle n'en serait point pire : et, au contraire, si un Ange chantait la Messe, elle n'en vaudrait rien mieux. Opusc. 1, serm. cont. l'idolâtrie, col. 957.
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Message  Monique Mar 24 Mar 2009, 8:34 pm

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CHAPITRE V. Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements.


Peu après, il ajoute, pour appuyer ce sentiment par un exemple, qu'il a ouï dire autrefois qu'un Prédicateur s'étant trouvé mal, un inconnu était survenu, qui s'était présenté à la place de l'autre, et qu'après avoir fait une prédication forte et touchante, il avait déclaré qu'il était le Diable, et qu'il n'avait prêché l'Évangile avec tant de véhémence, que pour les accuser au dernier jour avec plus de force. Je n'examine pas, dit Luther , si cette historiette est vraie, ou si c'est une chose inventée pour instruire, mais je sais qu'elle est vraisemblable, c'est-à-dire que le Diable peut évangéliser, faire la fonction de Ministre et de Pasteur, donner le Sacrement, etc. Après cela il ne faut pas s'étonner que Luther ait si bien écouté le Diable sur les Messes privées, quoiqu'il le connût pour ce qu'il était, et si enfin il a déclaré que c'était de lui qu'il tenait cette doctrine.

Un autre moyen dont se servent les Ministres, est de dire que, quoique Luther ait appris cette doctrine du Diable, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il faille la rejeter, parce que le Diable dit quelquefois la vérité : comme quand il dit de Jésus-Christ qu'il est (1) le Fils du Dieu vivant, et des Apôtres qu'ils,sont les Serviteurs du Très-Haut.

En effet, il ne faut pas rejeter ces vérités, parce que le Diable les a dites : mais on doit considérer deux choses. L'une, que quand il a parlé de la sorte, ça été parce qu'il y était contraint, comme en convient Calvin lui-même. L'autre, que ces vérités étaient déjà connues d'ailleurs; sans cela il eût bien fallu se garder de l'en croire : car, comme il est le père du mensonge, son témoignage doit toujours être suspect, lors même qu'il dit la vérité. L'exemple de Jésus-Christ, dit S. Chrysostome(1), nous montre que, quand les Démons nous diraient même quelque chose de véritable, nous ne devrions pas les croire. Il les fit taire, lorsqu'ils publiaient qu'il était le Fils de Dieu ; et S. Paul de même leur imposa silence, quoi-qu'alors ils parlassent conformément à la vérité.

Ce même Père dit dans un autre endroit (2)que Jésus-Christ fit taire les Démons pour nous apprendre à ne nous jamais fier à leurs discours. D'où il faut conclure que quand le Diable est le premier à dire une chose, et qu'il la dit sans contrainte, ce doit être nécessairement un mensonge ; parce qu'alors il ne peut suivre que sa nature, c'est-à-dire, il ne peut que mentir. Or il ne paraît pas qu'il ait été contraint de parler, comme il a fait à Luther, contre les Messes privées : il paraît au contraire qu'il est le premier qui ait dit que ces Messes fussent une abomination ; et par conséquent, tout ce qu'il en dit ne peut et ne doit passer que pour un mensonge.


(1) Matth., 8, 29. Marc, 5, 7. Luc, 8, 28.
(1) S. Chrys. hom. 13. in Matth.
(2) Hom. 2. de Lazaro.
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Message  Monique Mer 25 Mar 2009, 6:17 pm

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CHAPITRE V. Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements.



Mais, dit-on, il lui est arrivé quelquefois de dire la vérité, et de la dire fortement, pour porter les âmes au désespoir. Et cette dernière raison, qui suppose que le Diable ait véritablement enseigné Luther, est tirée de Luther même.

Car, pour empêcher qu'on ne se moque de la créance qu'il a donnée au discours du Diable, et pour montrer que cet Esprit de mensonge dit quelquefois la vérité, il rapporte l'exemple de Judas. Il dit que Satan représenta à ce traître une vérité incontestable, savoir qu'il avait trahi le Sang du Juste ; mais qu'il le fit pour le pousser dans le désespoir : et que ce mauvais Esprit avait la même intention quand il lui fit voir l'abomination des Messes privées; mais que par la grâce de Dieu, il avait profité de la vérité, sans se porter au désespoir.

Voilà sans doute ce qui se peut dire de plus subtil : mais cela n'est bon qu'à tromper ceux qui ne prennent pas garde que l'exemple de Judas est tout différent de celui-ci. Lorsque le Diable lui représenta cette grande vérité : tu as trahi le Sang du Juste, il ne lui disait rien qu'il ne sût d'ailleurs, et même par des moyens qui ne lui permettaient pas d'en douter : de sorte que le Diable ne le voulait point enseigner, il voulait seulement se servir de ce que Judas savait, pour le jeter dans le désespoir.

Au lieu que, quand le Diable entretint Luther sur le sujet des Messes privées, il lui proposa une chose nouvelle. Et bien loin que Luther la sût d'ailleurs, on voit qu'il soutint le contraire, comme en ayant été persuadé jusque alors.
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Message  Monique Jeu 26 Mar 2009, 7:17 pm

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CHAPITRE V. Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements.


On ne peut pas dire non plus que ce que disait le Diable fût connu à Luther par d'autres voies, puisque Luther même dit que toute l'Église, de laquelle pour lors il suivait encore les sentiments, croyait le contraire. Tellement, que si le Diable lui a dit la vérité, il faut conclure qu'il l'a voulu instruire, et par conséquent qu'il a cessé d'être le Père du mensonge, ce qui est absurde. Et d'alléguer qu'il lui faisait entendre cette vérité nouvelle pour le désespérer, cela n'a nulle suite ; car il paraît par toute la Conférence que le Diable instruit Luther ; qu'il lui (1) reproche même de n'avoir pas eu assez de confiance en Jésus-Christ, et qu'après l'avoir persuadé, il le quitte.

Véritablement il lui parle des Messes privées comme d'une grande abomination, et comme d'une horrible idolâtrie : mais cela ne pouvait pas mettre Luther au désespoir ; et si Judas y entra aisément, ce fut parce que le Diable lui représenta fortement une vérité, dont il était convaincu, et contre laquelle il avait agi. Au lieu que Luther était bien assuré en sa conscience, que jusqu'alors il n'avait point agi contre ses lumières; ainsi il n'avait pas la même occasion que Judas de se désespérer.

Mais enfin, pourquoi le Diable, qui ne veut que perdre les âmes, aurait-il hasardé d'apprendre une vérité à Luther, dont la perte était toute assurée, puisqu'il était dans Y idolâtrie, car c'est le nom que le Diable donne aux Messes privées ? Il n'avait qu'à lui laisser dire ces Messes, c'est-à-dire, suivant cette supposition, il n'avait qu'à le laisser idolâtrer.

C'est ainsi que ce malin Esprit en a usé avec les Païens : il les a laissés dans l'idolâtrie, et jamais l'envie de les pousser au désespoir ne l'a porté à leur faire connaître les abominations de leur idolâtrie ; parce qu'il savait que leur perte était infaillible, en les laissant dans ce malheureux état. Celle de Luther ne l'aurait pas été moins, si la Messe privée avait été une idolâtrie ; et le plus sûr moyen que nous ayons de connaître que ce n'en est point une, c'est que le Diable ait été le premier à le dire. Il a véritablement tenté Luther; mais ce n'a pas été pour le désespérer ; ça été pour l'induire en erreur et avec lui tant d'autres âmes qui l'ont suivi. Voilà le véritable but de l'entretien qu'il eut avec Luther.


(1) Tom. 7, fol. 228 verso.
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Message  Monique Ven 27 Mar 2009, 6:42 pm

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CHAPITRE V. Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements.


Il paraît donc évidemment que tout ce que disent les Ministres pour justifier Luther, est hors de propos : il ne s'agit pas ici d'alléguer que le Diable dit quelquefois la vérité ; on sait qu'il la dit, ou quand il y est contraint (encore faut-il qu'elle soit connue d'ailleurs) ou quand elle lui sert à jeter les âmes dans le désespoir, comme l'histoire de Judas nous l'apprend.

Il ne s'agit pas non plus d'apporter quelques exemples de Moines que le Diable a tentés : il s'agit seulement de montrer qu'on peut en conscience écouter le Diable, quand il est Je premier à dire une chose inconnue à tout ce qu'il y a de Fidèles dans l'Église.

Voilà ce qu'il faut montrer pour justifier Luther ; et voilà ce que les Ministres ne pourront jamais faire, quelque chose qu'ils puissent alléguer. Ils ont beau prêcher que la Messe est une idolâtrie, ils ne le persuaderont jamais à des gens sensés et instruits : car quand (1) on ne saurait pas d'ailleurs que toute l'ancienne Église l'a regardée (selon l'aveu de Calvin) comme une chose solidement établie dans l'Ecriture sainte (i), il suffit de savoir que le Démon ait été le premier à persuader à Luther d'abolir ce sacrifice pour, être convaincu de la sainteté de cette action et de l'erreur des Prétendus Réformés, qui la regardent comme une chose abominable.

Faut-il- que des Chrétiens se laissent ainsi malheureusement séduire par le Démon, et faut-il qu'ils oublient que (1) cet ennemi de notre salut tourne sans cesse autour de nous comme un lion rugissant, pour nous dévorer? Mais, dès qu'on n'écoute plus l'Église Catholique (2) que Jésus-Christ nous commande d'écouter comme lui-même, et qui est, selon l'expression de S. Paul, la colonne et l'appui de la vérité, il faut nécessairement écouter l'Esprit de mensonge. Celui qui connaît Dieu, dit S.Jean (3), nous écoute; mais celui qui n'est point de Dieu, ne nous écoute pas ; et c'est par là, ajoute le même Apôtre, que nous connaissons l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur.

(1) Qu'il me soit permis de marquer ici ce que dit le Minière Pierre Poiret, qui écrit aux Réformés qui étaient restés en France, qu'il ne faut pas croire les Catholiques Idolâtres, lorsqu'ils adorent l'Eucharistie. Comme ils croient que Jésus-Christ y est présent réellement, non-seulement ils doivent l'y adorer, mais ils commettraient même un grand péché de ne le pas faire. Il va même jusqu'à dire que Dieu est obligé de rendre Jésus-Christ présent dans le Sacrifice de la Messe et dans le Sacrement, suivant cette parole de l'Évangile, « qu'il te soit fait selon ta foi ». Poiret, La paix des bonnes âmes dans tous les partis du christianisme sur les matières du religion et particulièrement sur l'Eucharistie, Amsterdam, 1687, in-12. Aussi les Réformés accusent d'erreur les Protestants qui n'adorent. pas Jésus-Christ, quoiqu'ils le croient présent dans le Sacrement, du moins dans l'usage et au moment de la Communion ; parce que, quelque part que soit Jésus-Christ, il est toujours adorable. Et les Réformés avouent que s'ils croyaient Jésus-Christ réellement présent dans le Sacrement, ils l'adoreraient eux-mêmes sous les espèces du pain et du vin. V. Daillé, en son Apologie, chap. 9, pag. 222, et Calvin en convient aussi en plusieurs endroits.

(1) Comment, sur le 9e du 7e ch. de l'Épit. aux Héb.
(1) 1. Pet., 5, 8. {2) Math., 18, 17.
(3) 1. Joan., 4, 6.
(4) Hospin., 2 p., Hist. Sacrant,, fol. 25. Faux Pasteur de Drelincourt, sect. 47, p. 162.
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Message  Monique Sam 28 Mar 2009, 6:02 pm

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CHAPITRE V. Étrange égarement de Luther sur l'administration des Sacrements.


Ce fut sans doute ce dernier esprit, qui suggéra à Zuingle ce qu'il avait à répondre au Chancelier de Zurich (4), dont les raisons l'avaient fort embarrassé dans une assemblée qu'on y tint sur le sujet de l'Eucharistie (5).

Je songeais en dormant, dit Zuingle, que je disputais encore avec le Chancelier, et que j'étais demeuré tellement muet, que je ne pouvais exprimer ce que je savais être vrai.

En cet état je vis tout d'un coup un Avertisseur (je ne sais (1) s'il était blanc ou noir) qui me dit : Hé, pauvre homme, que ne lui réponds-tu ce qui est écrit en l'Exode, c'est la Pâque, c'est-à-dire le Passage du Seigneur?

Et il ajoute que s'étant servi de cet endroit de l'Écriture dans l'assemblée, qui se tint le lendemain, toutes les âmes qui avaient encore quelque scrupule sur sa doctrine, la reçurent avec joie.

Ces exemples vérifient bien à la lettre ce que dit le S. Esprit par la bouche de S. Paul (2), que dans les derniers temps quelques-uns abandonneront la foi, s'arrêtant aux esprits d'erreurs et aux doctrines des Diables.



(4) Hospin., 2 p., Hist. Sacrant,, fol. 25. Faux Pasteur de Drelincourt, sect. 47, p. 162.
(5) Zuingl. in subsid. Euch,, tom. 2, fol. 349, Hospin., 3 p., Hist, Sacram., fol. 26.
(1) C'est-à-dire, je ne sais qui il était.
(2) I. Timoth., 4, 1.



FIN
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