Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET)

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Message  Louis Sam 01 Sep 2012, 6:47 am


Mme D'YOUVILLE REMPLACE LES FRERES HOSPITALIERS.— ELLE RELEVE L'HOPITAL GENERAL PRET A DISPARAITRE. — DES LETTRES-PATENTES DU ROI LA CONFIRMENT DANS LA DIRECTION DE CETTE MAISON. — ELLE LA REORGANISE. — ELLE Y ABRITE TOUTES LES MISERES.


(suite)

Ainsi, sans lui donner l'occasion de se défendre, Mme d'Youville était privée de ses droits, et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'un jour, revenant du marché acheter des provisions, elle entendit crier sur la place publique, au son du tambour, le décret royal qui l'expulsait de l'Hôpital!

Elle écouta avec le plus grand calme l'ordre injuste qui lui enjoignait de remettre sa maison aux religieuses de Québec. "Elle reçut cet ordre," dit M. Faillon, "avec le même esprit de résignation qu'elle avait fait paraître dans les différentes épreuves par lesquelles Dieu l'avait fait passer."

En dépit de l'ordonnance, Mme d'Youville ne perdit pas l'espoir de rester à l'Hôpital Général. Confiante dans la promesse que les chefs de la maison lui avaient précédemment faite de lui en assurer la direction perpétuelle et se rappelant leurs conditions, elle écrivit à l'évêque, lui renouvelant l'offre de payer toutes les dettes contractées par les Hospitaliers ; elle n'obtint aucune réponse.

Cependant les citoyens de Ville-Marie étaient complètement revenus de leurs préventions contre la sainte femme qu'ils avaient maintenant appris à connaître; ils avaient vu le fruit de son travail et de son dévouement et les merveilles accomplies par sa charité et son abnégation; ils s'émurent plus qu'elle à la nouvelle que leur hôpital allait passer en des mains étrangères et décidèrent d'employer tous les moyens possibles pour la maintenir dans ses droits. A cette fin, ils signèrent en grand nombre une nouvelle requête, rédigée encore par M. Normant et que Mme d'Youville voulut aller présenter elle-même à l'évêque, au gouverneur et à l'intendant. L'accueil de l'évêque et de l'intendant fut froid, même glacial; le gouverneur seul, M. de la Jonquière, lui promit son appui secret.

Pourtant, comme nous l'avons vu, Mgr de Pontbriand avait approuvé l'entrée de Mme d'Youville à l'Hôpital Général; il avait consenti à la suppression des Hospitaliers; il avait même promis, avec le gouverneur et l'intendant, de faire donner à Mme d'Youville la direction perpétuelle de l'établissement. Forte de ces approbations et de ces promesses, celle-ci ne pouvait renoncer à son entreprise sans tenter de se faire rembourser l'argent qu'elle avait emprunté pour réparer l'hôpital. Elle comptait que l'évêque au moins l'aiderait dans une demande aussi juste. Quels ne furent pas son chagrin, sa douleur même, lorsqu'elle reçut de Mgr de Pontbriand cette réponse qui l'atteignit au cœur: "Je pense qu'on se persuade," lui écrivait-il, "que vous n'avez pas véritablement emprunté et que ces dépenses ont été faites sur des aumônes." Quel soupçon pour une âme droite et sensible comme la sienne ! Cependant elle ne laissa pas échapper une plainte. Elle se contenta, dans une lettre respectueuse mais digne, d'exposer la droiture de ses intentions et la sincérité de sa demande.

Nous citerons en entier cette lettre, qui est un modèle de simplicité et de noble franchise: …


pp.77-78- 79



A suivre…

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Message  Louis Sam 01 Sep 2012, 11:26 am

Mme D'YOUVILLE REMPLACE LES FRERES HOSPITALIERS.— ELLE RELEVE L'HOPITAL GENERAL PRET A DISPARAITRE — DES LETTRES-PATENTES DU ROI LA CONFIRMENT DANS LA DIRECTION DE CETTE MAISON. — ELLE LA REORGANISE. — ELLE Y ABRITE TOUTES LES MISERES.


(suite)

(Note de Louis : J’ai mis la lettre avec les paragraphes tels que je les ai lus dans le livre de Madame Jetté.)



Nous citerons en entier cette lettre, qui est un modèle de simplicité et de noble franchise:


Madame d’Youville a écrit:" Monseigneur,

" Je suis sincère, droite et incapable d'aucun détour qui puisse déguiser la vérité ou lui donner un double sens. J'ai réellement emprunté cette somme pour le bien et le rétablissement des terres de l'hôpital. Je la dois, il ne me reste aucune ressource pour la payer que le remboursement que j'en attends de Votre Grandeur et de ces messieurs. Ce que j'ai l'honneur de vous dire, Monseigneur, est la pure vérité, et je ne voudrais pas faire le moindre mensonge pour tous les biens du monde. Je n'ai cherché en cela que le rétablissesement de l'hôpital et de ses biens, et je n'ai jamais eu en vue, en faisant ces dépenses, de former une espèce de nécessité, comme quelques-uns le pensent et le disent, de m'y laisser pour en avoir soin par l'impossibilité où on se trouverait de me rembourser. Ce n'est point là, Monseigneur, mon caractère. Je puis assurer Votre Grandeur que je n'y ai jamais pensé ; mais ce qui m'y a engagée, comme malgré moi et contre mon intention, c'est la multitude des réparations nécessaires qui, succédant les unes aux autres et demandant un prompt secours, m'ont forcée, par principe même de conscience, à les faire faire, craignant qu'étant chargée de cette œuvre, je n'en répondisse devant Dieu, si je laissais périr les choses. C'est là la seule cause de toutes ces dépenses, que j'ai crues nécessaires et qui l'étaient en effet.

" Ce ne sont ni mes compagnes ni le nombre des pauvres qui ont occasionné ces dettes; M. Bigot en convient, les aumônes et notre travail ont fourni à la nourriture. Je vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien me faire rembourser ces avances."



Après s'être adressée à l'évêque, Mme d'Youville avait compté que M. Bigot lui confirmerait les promesses de M. Hocquart, son prédécesseur…

pp. 79-80-81


A suivre…

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Message  Louis Sam 01 Sep 2012, 5:03 pm

Mme D'YOUVILLE REMPLACE LES FRERES HOSPITALIERS.— ELLE RELEVE L'HOPITAL GENERAL PRET A DISPARAITRE. — DES LETTRES-PATENTES DU ROI LA CONFIRMENT DANS LA DIRECTION DE CETTE MAISON. — ELLE LA REORGANISE. — ELLE Y ABRITE TOUTES LES MISERES.


(suite)
(Note de Louis : J’ai mis la lettre avec les paragraphes tels que je les ai lus dans le livre de Madame Jetté.)

Après s'être adressée à l'évêque, Mme d'Youville avait compté que M. Bigot lui confirmerait la promesse de M. Hocquart, son prédécesseur; on a vu que, dans son entrevue avec lui, l'intendant l'avait reçue avec la plus grande froideur. Sa conduite fut même odieuse vis-à-vis d'une personne aussi distinguée et aussi estimée que la fondatrice. Le 10 janvier 1751, Mme d'Youville lui avait rendu ses comptes et lui demandait le remboursement, des dix mille livres qu'elle avait empruntées pour l'hôpital. Pour toute réponse, M. Bigot la blâma d'avoir reçu une quinzaine d'infirmes dans sa maison et lui ordonna en même temps de faire labourer et ensemencer les terres de l'hôpital, avant de les céder aux religieuses de Québec.

Malgré ce manque d'égards et ce déni de justice, Mme d'Youville répondit à l'intendant, avec la plus exquise politesse et la plus grande douceur:


Madame d’Youville a écrit:" La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire m'a d'autant plus surprise qu'elle me paraît entièrement contraire à l'ordonnance qui m'avait établie provisoirement directrice de cet hôpital et à ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire vous-même quand je vous ai représenté le triste état de cette pauvre maison, dont tous les biens-fonds, étant en ruines, exigeaient de promptes et de grandes réparations. Rappelez, je vous prie, Monsieur, à votre mémoire que vous m'avez toujours engagée à tenir le tout en bon état et à réparer ce qui en avait besoin. Mgr l'évêque et M. le général m'ont donné le même ordre. C'est donc, Monsieur, de votre consentement et de celui de ces messieurs que j'ai travaillé au bien des pauvres. Il est vrai que je n'ai pas pris vos ordres par écrit, mais votre parole est aussi bonne; je m'y suis fiée, Monsieur, comme j'y étais obligée par le respect que je vous dois et la connaissance que j'avais de votre probité. J'ai agi en conséquence. Il me semble que je suis en règle et que vous ne pouvez, selon Dieu ni selon les hommes, me refuser d'allouer les dépenses et de me faire rembourser les sommes que j'y ai employées; je les ai empruntées, et je les dois. D'ailleurs, Monsieur, j'ai eu l'honneur de rendre mes comptes à la fin de la première année de ma gestion. La dépense excédait dans ce temps-là la recette de plus de trois mille livres; vous n'avez point paru l'improuver ni en être mécontent. Si j'avais excédé mes pouvoirs et agi contre votre volonté et contre le bien des pauvres, il était naturel de me le marquer et de me défendre de continuer à faire ces réparations. Mais, au contraire, vous m'avez exhortée à les continuer, parce qu'en effet vous en connaissiez la nécessité. Ce n'est donc point de moi-même, Monsieur, que j'ai agi, c'est sous vos yeux, à votre connaissance et avec votre approbation. Je dis plus, Monsieur, c'est même par votre ordre, puisque, en m'établissant directrice de l'hôpital, vous m'avez ordonné de tenir un registre de dépenses et de recettes, pour être en état de rendre mes comptes, et par le même acte vous m'avez autorisée à faire les réparations les plus urgentes, suivant l'état qui en serait dressé en présence du procureur du roi, par experts nommés à cette fin. Cela a été exécuté; les experts ont fait leur procès-verbal des réparations nécessaires et urgentes; celles que j'ai faites, Monsieur, y sont renfermées et ont été jugées nécessaires par les experts. Je les ai faites avec autorité et en conformité à vos ordres. Vous ne pouvez donc, en conscience, m'en refuser le paiement, n'ayant point excédé mes pouvoirs et n'ayant fait qu'une petite partie des réparations nécessaires et indispensables portées au procès-verbal que vous avez fait faire. Si, faute de faire ces réparations, j'avais laissé tomber les maisons et les granges et abandonné la culture des terres, vous m'auriez blâmée. J'ai fait, Monsieur, pour le mieux, sans vue d'intérêt particulier, mais uniquement pour le bien des pauvres. Si je n'ai pas la consolation de vous avoir contenté, ce n'est point par mauvaise volonté, c'est faute de capacités.

"Vous paraissez, Monsieur, me blâmer d'avoir reçu plus de pauvres qu'il n'y en avait quand je suis entrée à l'hôpital. Il est vrai qu'ils n'étaient qu'au nombre de quatre, dont un seul avait la demi-solde. Ils avaient bien de la peine à y vivre, et, depuis que j'y suis, leur nombre a passé trente, et ils ont eu leur nécessaire, non du produit des terres, mais par les soins de la Providence et notre travail. Je n'ai jamais su que le nombre qu'on devait en recevoir fût déterminé, et je ne crois pas qu'il y ait aucun acte qui le marque. Mais quand cela serait, Monsieur, je n'en serais pas plus répréhensible, parce que d'une part j'ai été autorisée à établir la salle des femmes et à y mener, nourrir et loger celles dont j'avais déjà soin, et que, de l'autre, lorsque-vous avez fait aux pauvres l'honneur et la charité de les visiter, vous en avez paru content et approuver cette bonne œuvre. Aussi avez-vous connu vous-même, par le dépouillement que vous avez fait de mes comptes, comme vous me faites l'honneur de me le marquer, que cet excédant de dépense n'a point été fait pour la nourriture et l'entretien des pauvres. Cet excédant a donc été uniquement fait pour les réparations et l'entretien des biens-fonds qui, par ce moyen, en sont devenus meilleurs. Il paraît donc juste, Monsieur, que les biens-fonds répondent de la dépense faite à leur profit et pour leur conservation. Vous êtes trop équitable pour ne pas céder à des raisons si justes.

" Vous me faites l'honneur, Monsieur, de me marquer que j'ai à faire ensemencer les terres avant de les livrer aux religieuses de Québec. Je puis vous assurer qu'en entrant je n'ai point trouvé les terres ensemencées, ni une raie de guéret faite; c'est moi qui les ai fait faire et semer: ainsi, Monsieur, je ne suis tenue qu'à laisser les choses telles que je les ai trouvées.

" J'attends donc de votre bonté que vous voudrez bien recevoir mes comptes et les signer. Ils sont dans toute l'équité dont je suis capable."

Ces deux lettres, remarquables de mesure et de raison, étaient un plaidoyer à la fois éloquent et difficile à réfuter. M. Bigot n'essaya pas de lutter avec Mme d'Youville, ses droits s'affirmaient trop haut ; il résolut de la briser…


pp. 81-82-83-84-85.

A suivre...

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Message  Louis Dim 02 Sep 2012, 6:36 am

Mme D'YOUVILLE REMPLACE LES FRERES HOSPITALIERS.— ELLE RELEVE L'HOPITAL GENERAL PRET A DISPARAITRE — DES LETTRES-PATENTES DU ROI LA CONFIRMENT DANS LA DIRECTION DE CETTE MAISON. — ELLE LA REORGANISE. — ELLE Y ABRITE TOUTES LES MISERES.


(suite)

Ces deux lettres, remarquables de mesure et de raison, étaient un plaidoyer à la fois éloquent et difficile à réfuter. M. Bigot n'essaya pas de lutter avec Mme d'Youville, ses droits s'affirmaient trop haut ; il résolut de la briser.

Seule et ayant contre elle tous les puissants de la colonie, il semblait que Mme d'Youville n'avait plus qu'à se soumettre à l'injustice dont elle était menacée; mais elle était soutenue par Dieu, qui protégeait en elle la mère des pauvres et des opprimés et qui devait, à l'heure voulue, lui donner des défenseurs et des appuis.

La requête que Mme d'Youville avait portée à Québec avait été envoyée en même temps à Paris, à M. Cousturier, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, qui se chargea de la présenter au roi. M. Cousturier jouissait d'une grande influence à la cour; son appui avait beaucoup de valeur et pouvait contrebalancer l'influence de M. Bigot.

Dans un mémoire rédigé par M. de l'Isle-Dieu, chargé, sous la direction de M. Cousturier, comme seigneur de l'île de Montréal, de faire valoir les droits de Mme d'Youville et les offres qu'elle avait faites de payer toutes les dettes des frères, il était clairement établi que le terrain avait été donné par M. Tronson à condition que, si l'hôpital cessait d'exister, il reviendrait de plein droit au Séminaire, à moins que les successeurs de M. Charon offrissent d'en payer la valeur. Les frères ayant donné leur démission en 1747, sans pouvoir payer cette somme, l'hôpital revenait au Séminaire de Saint-Sulpice, et ainsi la vente au profit de l'Hôpital de Québec était nulle.

Le ministre se rendit aux raisons invoquées par le mémoire de M. de l'Isle-Dieu et écrivit, le 2 juillet 1751, au gouverneur et à l'intendant: …


pp. 85-86…


A suivre

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Message  Louis Dim 02 Sep 2012, 12:08 pm

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(suite)


Le ministre se rendit aux raisons invoquées par le mémoire de M. de l'Isle-Dieu et écrivit, le 2 juillet 1751, au gouverneur et à l'intendant:

"Lorsque je vous ai indiqué la réunion de l'Hôpital de Montréal à celui de Québec comme un arrangement à prendre dans la situation où se trouvent les affaires de ce premier Hôpital, j'ai entendu qu'il resterait toujours à Montréal une espèce d'hospice qui serait desservi par des religieuses détachées de l'Hôpital Général de Québec. Ce n'est, en effet, que sur ce pied-là que la réunion paraît pouvoir avoir lieu. Je n'ai donc pas jugé devoir, pour le présent, faire approuver au roi l'ordonnance que vous avez rendue conjointement avec M. l'évêque. Avant d'en venir à cette destruction totale, il faut examiner si l'établissement ne peut pas se soutenir pour l'avantage du public. Il m'a été représenté à ce sujet que la dame d'Youville et ses compagnes ont offert d'en acquitter les dettes, et l'on m'a assuré en même temps qu'elles seraient en état de le faire, au moyen de quelques secours qu'on doit leur procurer et sur lesquels on peut compter. Je vous prie de conférer de tout cela avec M. l'évêque. Mais, quel que soit le résultat de votre examen avec lui, vous diffèrerez, s'il vous plaît, l'exécution de votre ordonnance pour la vente de l'établissement jusqu'à nouvel ordre de Sa Majesté. Je dois même vous faire observer que votre ordonnance ne serait pas suffisante pour une aliénation de cette espèce, qui ne peut se faire que par autorité expresse du roi."

Cette lettre du ministre, qui détruisait tous les plans de M. Bigot, l'obligea à remettre les choses comme il les avait trouvées à son arrivée dans la colonie : Mme d'Youville prit de nouveau possession des biens de l'Hôpital Général; les religieuses de Québec durent y renoncer et renvoyer les meubles déjà transportés chez elles; en un mot, le règlement provisoire de 1747 redevenait en pleine vigueur. Le ministre écrivit alors à M. Bigot et à M. Duquesne, successeur de M. de la Jonquière, exprimant le désir de confirmer Mme d'Youville dans sa direction de l'Hôpital Général et, par un arrêt en conseil du 12 mai 1752, le roi révoqua et annula l'ordonnance du 15 octobre 1750, et ordonna à l'évêque, au gouverneur et à l'intendant de faire un arrangement avec Mme d'Youville pour fixer les conditions auxquelles elle continuerait cette direction. Le traité fut conclu le 28 septembre suivant et Mme d'Youville s'engagea de nouveau, dit M. Faillon, à acquitter les dettes de l'hôpital, qui s'élevaient à près de quarante-neuf mille livres, en y comprenant les dix mille livres qu'elle avait empruntées pour réparer la maison; et, comme première condition de l'arrangement, elle exigea des lettres-patentes du roi qui lui confieraient, à elle et à celles qui lui succéderaient, la direction de l'Hôpital Général.

L'année suivante (1753), Mme d'Youville eut la joie de recevoir de France les lettres-patentes qu'elle avait demandées et qui la confirmaient…


pp. 86-87-88



A suivre…

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Message  Louis Dim 02 Sep 2012, 4:30 pm

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(suite)

L'année suivante (1753), Mme d'Youville eut la joie de recevoir de France les lettres-patentes qu'elle avait demandées et qui la confirmaient dans tous les droits et privilèges de ses prédécesseurs, l'autorisant en même temps à fonder une nouvelle communauté, à qui l'évêque devait donner les règles qu'il jugerait nécessaires.

Mgr de Pontbriand n'avait pas tardé à revenir de ses préventions contre Mme d'Youville; il lui avait même écrit, peu avant la réception des lettres-patentes: "Vous êtes trop équitable pour douter des sentiments d'affection et de respect que je me fais gloire d'avoir pour vous. Qu'il sera consolant pour nous si notre projet pour l'établissement de l'Hôpital est confirmé!"

Le nuage qui avait passé entre Mme d'Youville et son évêque s'était bientôt dissipé; en effet, la cause de la fondatrice était trop juste, ses intentions étaient trop droites et trop surnaturelles pour que la lumière ne se fît pas dans l'esprit de ceux qui l'avaient méjugée. Mais elle avait réussi sans eux et même malgré eux, parce que Dieu avait voulu que l'œuvre de cette sainte femme, dégagée de tout appui humain, laissât voir combien est forte l'âme destinée à faire sa volonté, lorsqu'elle sait ne s'appuyer que sur Lui.

Désormais sans inquiétude sur sa situation à l'hôpital, Mme d'Youville déploya un zèle et une activité dignes du motif qui l'animait. Son œuvre prenait peu à peu entre ses mains la forme et le caractère que sa charité voulait lui donner. Devenue maîtresse de l'établissement, elle lui donna un nouvel essor en y recueillant toutes les infortunes. Elle augmenta le nombre de ses pauvres, sans distinction d'âge ni de sexe, et elle logea les aliénés dans le haut de sa maison.

Dès 1734, sur la demande d'un prêtre zélé, elle avait même consenti à recevoir chez elle les femmes de mauvaise vie, et elle continua à s'occuper d'elles. On raconte à ce propos un trait qui peint bien le courage et la douceur de la fondatrice. Un jour, un soldat, qui avait eu une liaison criminelle avec une de ces femmes retenue par Mme d'Youville, se présenta au parloir, demandant à voir la directrice, ajoutant qu'il venait pour ôter la vie à celle qui avait enfermé l'objet de sa criminelle passion. Vite on accourt prévenir Mme d'Youville et on lui demande en grâce de ne pas descendre au parloir. Mais, n'écoutant que son zèle, elle s'empresse, au contraire, d'aller au-devant du misérable et lui ordonne de sortir à l'instant. Celui-ci, au lieu de continuer ses bravades et ses menaces, se retire apaisé par les paroles pleines de douceur et d'énergie de la sainte femme.

Mme d'Youville était guidée dans cette œuvre délicate et difficile par le désir de sauver les âmes de ces malheureuses, et les menaces de mort ne furent pas les seuls ennuis que son dévouement lui attira…


pp. 88-89.


A suivre…

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Message  Louis Lun 03 Sep 2012, 6:33 am

Mme D'YOUVILLE REMPLACE LES FRERES HOSPITALIERS.— ELLE RELEVE L'HOPITAL GENERAL PRET A DISPARAITRE — DES LETTRES-PATENTES DU ROI LA CONFIRMENT DANS LA DIRECTION DE CETTE MAISON. — ELLE LA REORGANISE. — ELLE Y ABRITE TOUTES LES MISERES.


(suite)

Mme d'Youville était guidée dans cette œuvre délicate et difficile par le désir de sauver les âmes de ces malheureuses, et les menaces de mort ne furent pas les seuls ennuis que son dévouement lui attira.

L'intendant Bigot, que l'on a vu poursuivre Mme d'Youville avec tant d'injustice, lui fit aussi sentir son mauvais vouloir à l'occasion de l'admission de ces femmes perdues à l'hôpital. Il alla jusqu'à lui défendre d'en recevoir, et voici dans quels termes il lui en fit l'injonction : "Pour remédier à de pareils abus," (qui étaient d'avoir coupé les cheveux à ces femmes) "je vous enjoins expressément de ne recevoir aucune femme ou fille que par mon ordre, que je vous enverrai par écrit lorsque je le jugerai à propos."

Les événements que nous venons de raconter nous ont fait voir que les soupçons, les insultes, les menaces, la calomnie et les persécutions n'ont point épargné Mme d'Youville, qui, malgré tout, sut toujours se garder douce et résignée. Forte de la grâce de Dieu, elle sut accomplir, malgré tous les obstacles, la volonté de Celui à qui elle s'était donnée sans partage et qui devait être à jamais son unique appui et sa seule espérance!

Nous verrons dans les pages suivantes comment elle compléta le développement de son œuvre et quels moyens sa grande charité sut inventer pour en assurer la stabilité.


pp. 90.



A suivre : Chapitre VIII. Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

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Message  Louis Lun 03 Sep 2012, 1:39 pm

CHAPITRE VIII

Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

Si Mme d'Youville donnait tous ses soins et se dépensait sans mesure pour la prospérité et le succès matériel de sa communauté, elle ne négligeait rien non plus de ce qui pouvait en assurer le progrès et l'avantage spirituels. Formée depuis son veuvage par un directeur habile et éclairé à la pratique des vertus nécessaires aux œuvres de charité, le premier soin de la fondatrice fut, en s'associant quelques compagnes, de demander à M. Normant un règlement détaillé qui devait fixer les moindres actions de leur vie extérieure et les diriger tout entières vers le but qu'elles se proposaient.

Deux ans avant leur entrée à l'Hôpital Général, les Sœurs Grises suivaient déjà ce règlement: c'était comme le premier lien de leur vie religieuse. Ecrit d'abord sur des feuilles volantes conservées dans les archives de la communauté, ce règlement nous dit quel esprit avait présidé à sa fondation. L'union la plus parfaite, une pauvreté absolue, une humilité profonde, une obéissance aveugle, une simplicité d'enfant: toutes ces vertus, jointes à une mortification constante, à une pureté irréprochable, à une fidélité exacte au règlement et à une charité sans bornes pour les pauvres, sont, en abrégé, les principes et la règle de conduite adoptés dès le début de l'Institut des Sœurs de la Charité.

Après le premier incendie de la maison, Mme d'Youville, désirant vivre plus pauvrement et avec un plus grand détachement, rédigea ce que l'on a appelé depuis les "engagements primitifs", qu'elle adopta et fit accepter par ses compagnes, toutes y apposant leur signature, le 2 février 1745. Dans ces engagements, qui sont toujours restés les mêmes et que les sœurs signent encore le jour de leur profession, elles promettent de vivre dans une union et une charité parfaites, sous la conduite des supérieurs qui leur seront donnés et dans une obéissance complète à la supérieure générale.

Elles mettent en commun tous leurs biens, dont elles font don complet et entier aux pauvres, et s'engagent à consacrer leur temps, leur industrie, toute leur vie même au travail, dont le produit sera employé à la subsistance des malheureux, qu'elles recevront en aussi grand nombre qu'il leur sera possible d'en loger. Voilà la substance et l'esprit des premières règles établies par Mme d'Youville et qu'elle, avait grande hâte de faire approuver par l'évêque.

En 1755, après la réception des lettres-patentes-par lesquelles le roi de France confirmait la fondatrice comme directrice de l'Hôpital, elle reçut la visite de Mgr de Pontbriand, et son premier soin fut de lui demander des règles pour la direction spirituelle de sa communauté….


pp. 91-92-93


A suivre…

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Message  Louis Lun 03 Sep 2012, 5:17 pm

D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)


En 1755, après la réception des lettres-patentes-par lesquelles le roi de France confirmait la fondatrice comme directrice de l'Hôpital, elle reçut la visite de Mgr de Pontbriand, et son premier soin fut de lui demander des règles pour la direction spirituelle de sa communauté. L'évêque se contenta pour le moment de signer le règlement donné par M. Normant. Mme d'Youville profita en même temps de la présence du premier pasteur pour faire approuver le costume adopté pour son Institut. Cet habit, très simple et très religieux, se compose d'une robe grise, retenue par une étroite ceinture en drap noir, d'une capote noire que les religieuses appellent "domino", qui forme bonnet et pèlerine. A ce "domino" en laine noire est fixée une large bande de gaze de même couleur, qui projette sur une mousseline blanche collant sur la figure et qui complète la coiffure en lui donnant l'apparence d'un bonnet bien amidonné et bien propre. La tête rasée dispense du bandeau ou du serre-tête. Un crucifix en argent, avec quatre fleurs de lys terminant les quatre bouts de la croix (il faut se rappeler qu'elles ont été fondées par le roi de France), et un anneau du même métal sont les insignes religieux extérieurs des filles de la Vénérable Mère d'Youville.

Le nombre des sœurs administratrices avait été fixé à douze par les lettres-patentes; mais l'évêque, jugeant que ce nombre serait insuffisant pour les œuvres de l'Institut, permit à Mme d'Youville d'en recevoir quelques autres qui, sous le nom de "sœurs converses", pourraient aider les religieuses dans les différents travaux de la maison.

A la mort de la fondatrice, ces sœurs prirent le nom de "sœurs associées", sans aucune distinction des premières, sinon qu'elles ne devaient avoir aucune part dans le gouvernement de la maison. Cette condition fut modifiée plus tard et, jusqu'à ces années dernières, il n'y eut qu'une seule classe de religieuses parmi les Sœurs Grises, qui se firent aider dans les travaux pénibles de la maison par des domestiques. Celles-ci, moyennant un léger salaire, donnaient avec bonheur leur temps et leur travail aux pauvres.

Mais aujourd'hui qu'il est devenu si difficile de trouver parmi les serviteurs des dévouements qui sont d'un autre âge, les Sœurs Grises, pour s'assurer un service désintéressé, ont été obligées de revenir à l'idée première de leur fondatrice et de s'associer des filles qui, sous le nom de "sœurs auxiliaires", remplacent les aides dévouées qui jusqu'ici secondaient si bien leur charité. Ces sœurs auxiliaires participent à certains avantages spirituels et après un noviciat de sept ans sont admises à faire des vœux perpétuels, qui les font considérer comme membres de la famille religieuse.

Mais revenons aux règles que la fondatrice désirait tant voir établir définitivement…



pp. 93-94




A suivre…

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Message  Louis Mar 04 Sep 2012, 6:26 am

Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)

Mais revenons aux règles que la fondatrice désirait tant voir établir définitivement. M. Normant avait vieilli; chargé d'ans et d'infirmités, il avait été obligé de renoncer à diriger cette chère communauté qui lui devait la vie et son développement. (1) Mgr de Pontbriand chargea M. Montgolfier de le remplacer. En attendant que celui-ci eût le temps de rédiger un ensemble de règles plus détaillées, il recueillit dans quatre cahiers les pratiques et usages principaux de la communauté. Les ayant approuvés, le 2 décembre 1776, il les soumit à Mgr Briand, qui n'y fit aucun changement.

En 1781, M. Montgolfier termina son recueil complet des usages et pratiques observés dans la maison depuis sa fondation, et les donna aux sœurs, dans un volume écrit de sa main, sous le titre : " Recueil des Règles et Constitutions des Filles Séculières Administratrices de l'Hôpital Général de Montréal." Dans une réunion capitulaire tenue le 3 septembre de la même année, les sœurs déclarèrent accepter ce Recueil et demandèrent à l'évêque de l'approuver. La requête adressée par les sœurs à l'évêque dans ce but était signée par toutes ces religieuses, au nombre de dix-huit, dont treize avaient été reçues par Mme d'Youville.

Mgr Briand s'en rapporta au jugement de M. Montgolfier, qui, le 6 octobre suivant, sanctionna ces règles et constitutions, et ce ne fut ensuite qu'en 1790 qu'elles furent solennellement approuvées par Mgr Hubert, évêque de Québec et second successeur de Mgr Briand.

" Nous prions Dieu," dit-il, à la suite de son approbation, "de conserver et de maintenir une association qui, depuis cinquante ans qu'elle a commencé à se former, ne cesse d'édifier par son zèle cette partie de notre diocèse; et nous recommandons bien particulièrement aux personnes qui la composent de conserver avec soin et de transmettre à celles qui leur succéderont l'esprit de pauvreté, de régularité, de simplicité et d'obéissance qui les a distinguées jusqu'à présent. "

Un pareil témoignage rendu par l'évêque, qui affirmait un demi-siècle de vertus aussi parfaitement pratiquées, ne peut que nous convaincre de l'esprit de foi qui a présidé à la fondation de cet Institut et à la formation de ses sujets.

En 1862, la communauté de la Vénérable Mère d'Youville reçut un rescrit laudatif de Notre Saint-Père le pape Pie IX ; puis, le 21 juillet 1865, en réponse à une supplique de la supérieure générale, Sa Sainteté voulut bien approuver et confirmer cet Institut.

Enfin, en 1880, Sa Sainteté Léon XIII daigna, après un nouvel examen des Constitutions, les approuver et les confirmer, par un décret spécial rendu le 30 juillet.

Si la Vénérable fondatrice n'a pas eu la suprême consolation de voir ici-bas le couronnement de son œuvre…
,
_______________________________________________________________

(1) Ce digne prêtre mourut le 18 juin 1759, âgé de soixante-dix-huit ans.

pp. 94-95-96.


A suivre…

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Message  Louis Mar 04 Sep 2012, 11:38 am

D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)


Si la Vénérable fondatrice n'a pas eu la suprême consolation de voir ici-bas le couronnement de son œuvre, elle a du moins pu voir réaliser une partie de ses espérances en recevant l'approbation épiscopale de cette fondation, achetée par tant de travaux et de souffrances.

Certes la colonie avait été douée de nombre de ces œuvres admirables qui naissent partout sous le souffle de la religion. Les Récollets avaient leurs écoles, les Jésuites, leur collège; Marie de l'Incarnation à Québec, Marguerite Bourgeoys à Montréal, avaient implanté dans le cœur d'autres femmes, d'autres vierges, le dévouement et l'esprit de sacrifice pour la grande et sainte œuvre de l'éducation chrétienne des filles. La duchesse d'Aiguillon, mettant au service de sa foi et de sa charité les dons de son immense fortune, avait obtenu pour la cité de Champlain une fondation d'Hospitalières de Dieppe, tandis que Jeanne Mance et Mme de la Peltrie, frayant un chemin aux trois religieuses désignées par les supérieures de La Flèche (1), avaient fondé l'Hôtel-Dieu à Ville-Marie.

Ces vertueuses femmes avaient doté la colonie de ces deux maisons bénies, où tant de malades ont recouvré la santé et les forces, où tant de plaies ont été pansées et guéries, où tant de mourants ont expiré sur le cœur de leur Dieu et dans les bras maternels de ces "Hospitalières" sans rivales dans le monde entier!

Il ne manquait qu'une œuvre dans la ville de Maisonneuve: c'étaient les fils de M. Olier qui devaient la donner à la colonie; mais c'est à une enfant du sol que Dieu confie cette fois l'exécution de ses desseins.

Elève modèle au pensionnat, fille soumise chez sa mère, épouse parfaite et mère dévouée au foyer domestique, Mme d'Youville,..

_____________________________________________________

(1) Les Mères Maër, de Bresolle et Maillot.

pp. 96-97-98






A suivre…


Dernière édition par Louis le Mar 04 Sep 2012, 4:34 pm, édité 2 fois (Raison : balises.)

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Message  Louis Mar 04 Sep 2012, 4:30 pm

D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)


Elève modèle au pensionnat, fille soumise chez sa mère, épouse parfaite et mère dévouée au foyer domestique, Mme d'Youville, mûrie par l'expérience et les épreuves, a, sous le souffle de Dieu, doté son pays et la jeune Eglise du Canada d'une œuvre immortelle. Le temps, qui éprouve tout, l'a vue grandir et prospérer parce que, conçue dans le dévouement et la souffrance, elle avait reçu la bénédiction de Dieu. "Quand une âme," a dit un grand orateur, "a pris pour point d'appui de son mouvement Dieu, la patrie et les âmes, je la tiens pour grande, je la salue parmi celles qui sont le plus dignes de respect."

Le cœur de cette femme si profondément bonne allait être satisfait ; le désir qu'elle avait si souvent exprimé, en parcourant les rues de Ville-Marie, allait être accompli ; c'est sous son toit qu'elle a le bonheur de recueillir et de loger ces déshérités, de soigner ces malades, ces souffrants, ces orphelins et ces vieillards, et de se dévouer au soulagement de leurs misères et de leurs infirmités. Et pour s'assurer que le bien-être procuré aux membres souffrants de Notre-Seigneur ne sera pas éphémère et passager, Mme d'Youville, comme nous l'avons déjà vu, inventait tout ce qui pouvait matériellement assurer le succès et la durée de sa grande entreprise. Mais, surtout et avant tout, sa foi de chrétienne voulut implanter dans l'âme de ses filles l'esprit et la pratique des vertus religieuses et, dans ce but, elle ne négligea rien de ce qui pouvait les entretenir dans leur primitive ferveur. C'est pourquoi, désormais sans inquiétude sur le sort de sa communauté, qui avait reçu la sanction épiscopale, la fondatrice s'appliquera maintenant à former avec le plus grand soin celles qui désireront se joindre à elle dans ses œuvres de charité.

Mgr de Pontbriand avait nommé assistante la sœur Thaumur La Source, mais il n'avait pas pourvu au soin des novices. Jusqu'ici les saints exemples de la fondatrice et la ferveur de ses premières compagnes avaient servi de guide aux nouvelles vocations ; celles-ci devenant plus nombreuses, on décida de nommer une maîtresse des novices.

Le choix tomba sur la sœur Despins qui, ayant vécu pendant quatorze ans avec Mme d'Youville comme pensionnaire, devait être celle qui pourrait le mieux initier les novices aux vertus spéciales de leur état. Grâce à ces deux aides, à qui des tâches spéciales étaient assignées, l'esprit de la fondatrice allait, en quelque sorte, s'imprégner davantage dans toute son œuvre et s'y implanter à jamais.

La force d'une fondation ne dépend pas entièrement de la fondatrice…


pp. 98-99

A suivre…

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Message  Louis Mer 05 Sep 2012, 6:23 am

D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)


La force d'une fondation ne dépend pas entièrement de la fondatrice, elle dépend aussi de celles qui l'aident. Entourée d'âmes fortes et viriles destinées à être les pierres fondamentales de son Institut.

Mme d'Youville, en effet, plus encore par ses exemples que par ses entretiens, s'efforça pendant toute sa vie d'inspirer à ses filles une confiance sans bornes dans la Providence et une charité parfaite envers les pauvres, surtout les plus délaissés. "Elles sont faites," dit-elle en parlant de ses filles dans ses Constitutions, "pour le service des pauvres, auxquels seuls appartiennent tous les biens de la maison, toujours prêtes à entreprendre toutes les bonnes œuvres que la Providence leur offrira et dans lesquelles elles seront autorisées par leurs supérieurs." Aussi les a-t-on vues jusqu'à ce jour marcher sur les traces de leur vénérée fondatrice et justifier à la lettre les paroles citées plus haut. Les premières compagnes de Mme d'Youville, que nous ferons connaître plus tard, furent dignes d'elle, et si les nombreuses tribulations qu'elle rencontra sur sa route furent un signe de l'excellence de son œuvre, on peut dire que les grandes et solides vertus de celles qui entourèrent la fondatrice furent également un indice de ce que Dieu réservait à cette communauté, destinée à s'étendre dans tout le Canada et même aux Etats-Unis.

Le public de Montréal a pu se convaincre dans maintes circonstances que les filles de Mme d'Youville ont conservé intact l'héritage de son dévouement. En 1832, nous les trouvons au chevet des cholériques, comme la fondatrice à celui des sauvages atteints de la petite vérole en 1755. En 1847, lorsque Montréal vit arriver dans son port une colonie de malheureux Irlandais atteints du typhus, le premier dévouement qui s'offrit à eux, avec celui des prêtres de la ville, fut celui des filles de Mme d'Youville. Certes, si la charité a été exercée d'une manière héroïque dans cette lamentable circonstance, c'est bien par ces anges consolatrices de la douleur. Plus de la moitié de la communauté fut atteinte de la terrible maladie, sept en moururent, et un instant la supérieure crut que Dieu allait lui demander le sacrifice de sa communauté tout entière. Cependant, deux ans après, le fléau ayant reparu, toutes les religieuses s'offrirent de nouveau pour retourner aux ambulances!

Nous aurons occasion, en relatant la fondation de l'Asile Saint-Patrice, de faire connaître à nos lecteurs les victimes d'élite…


pp. 99-100-101


A suivre…

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Message  Louis Mer 05 Sep 2012, 12:14 pm

D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)


Nous aurons occasion, en relatant la fondation de l'Asile Saint-Patrice, de faire connaître à nos lecteurs les victimes d'élite que l'ange de la mort avait touchées de son aile et qui devaient dire à la ville entière comment sait s'offrir et mourir une fille de charité, tandis qu'elles donnaient à leurs sœurs le sublime honneur de compter chez elles sept martyres du devoir.

Lors de l'accident de chemin de fer arrivé à Belleville, Ontario, il y a quelques années, les Sœurs Grises volaient au secours des malheureux émigrants blessés et mutilés, et les soignaient avec un dévouement digne de leur vénérée fondatrice.

Et, plus récemment encore, n'ont-elles pas mis en pratique la recommandation de Mme d'Youville, "elles seront toujours prêtes à entreprendre toutes les bonnes œuvres que la Providence leur offrira et dans lesquelles elles seront autorisées par leurs supérieurs", lorsqu'elles ont, sur un désir de Mgr Fabre, archevêque de Montréal, accepté la direction de l'Hôpital Notre-Dame ? À toutes leurs autres œuvres elles ajoutaient ainsi le soin si pénible des malades et, quoique nullement préparées pour la tenue d'un hôpital (1), elles ont accepté avec joie ce surcroît de fatigue et de travail, et elles ont pleinement justifié la confiance de leur évêque et l'espérance des médecins.

Le développement merveilleux de son Institut et ces créations nombreuses qui sont venues le compléter, monuments qui perpétueront à jamais au milieu de nous le souvenir des vertus et des sacrifices de Mme d'Youville, sont la preuve éclatante de la vigoureuse impulsion qu'elle avait su donner à son œuvre et de la sainteté de sa mission.

Ses filles sont répandues aujourd'hui dans un grand nombre de diocèses de l'Amérique du Nord…

_____________________________________________________

(1) Comme nous l'avons dit plus haut, l'Hôpital Général, fondé par les Frères Charon et relevé et continué par Mme d'Youville, n'était pas destiné au soin des malades, mais simplement à recueillir des vieillards infirmes.
pp. 101-102-103


A suivre…

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Message  ROBERT. Mer 05 Sep 2012, 1:51 pm

.

Les vies bellement racontées de Mère d'Youville, de Jeanne Mance et de Sœur Margurerite Bourgeois,

voilà la manière que nos instituteurs d'histoire du Canada auraient dû nous les raconter.

On mangerait peut-être moins de curé aujourd'hui.

Et on baverait peut-être moins sur la religion.

.
ROBERT.
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Message  Louis Mer 05 Sep 2012, 4:20 pm

D'YOUVILLE REÇOIT LES RÈGLES POUR LE GOUVERNEMENT DE SA COMMUNAUTÉ — ELLE L'ASSEOIT SUR DES BASES SOLIDES. — SON APPROBATION ET SON DÉVELOPPEMENT.

(suite)



Ses filles sont répandues aujourd'hui dans un grand nombre de diocèses de l'Amérique du Nord.

En comprenant toutes les maisons sorties primitivement de la maison-mère de Montréal, l'Institut des Sœurs de la Charité compte aujourd'hui au delà de 1600 sœurs professes, 291 novices, 299 sœurs converses professes, 88 novices, et comprend 125 établissements, situés dans 20 diocèses ou vicariats apostoliques. Ces établissements de charité abritent à peu près 1200 vieillards et infirmes, hommes et femmes, plus de 8000 orphelins, logés, nourris et entretenus par les sœurs. De plus, elles ont reçu, chaque année, depuis l'augmentation de la population, près de 600 enfants trouvés. (Voir la note en bas)

Dans les hôpitaux, les Sœurs Grises soignent plus de 4000 malades internes par année, et, dans leurs différents dispensaires, elles en accueillent un plus grand nombre.

Plus de 15000 pauvres et malades sont visités à domicile chaque année et reçoivent des soins et des secours de toutes sortes.

Enfin, dans leurs salles d'asile, crèches, petites écoles et pensionnats, les filles de Mme d'Youville donnent l'instruction à plus de 15000 enfants.

Et pour compléter ce magnifique ensemble, apparaissent les missions du Nord-Ouest, si admirables dans leur lointain et obscur dévouement ! Si elles ont été héroïques en face de la mort, qu'elles ont bravée dans les terribles épidémies qui ont décimé notre ville, les filles de la charité sont peut-être encore plus courageuses dans la constance des sacrifices qu'elles s'imposent dans les missions sauvages. " Nous entrons au réfectoire affamées, et nous " en sortons peu rassasiées," écrivait l'une des sœurs missionnaires. Elles sont quelquefois plusieurs mois sans pain, sans sel, vivant de poisson, qui est la seule nourriture du pays; celui-ci vient-il à manquer, il ne reste alors que la "galette" de sarrasin pour apaiser leur faim.

Exposées à la férocité des sauvages, surtout dans leurs premiers voyages, les Sœurs Grises furent bien des fois miraculeusement préservées de la mort, et lorsque, sorties de ce danger, elles commençaient à se rassurer, souvent leurs inquiétudes et leurs terreurs renaissaient à la vue des rapides, des chutes d'eau ou des torrents impétueux qu'elles avaient à traverser pour continuer leur route.

Les filles de Mme d'Youville se plaisent à reconnaître que c'est à leur sainte mère, qui, par la pratique de vertus héroïques, leur a mérité une force et un courage égaux aux siens, qu'elles doivent leur amour de la souffrance et du sacrifice.

Dans le chapitre de la fondation des missions sauvages, nous ferons connaître à nos lecteurs d'une manière plus détaillée l'héroïque charité de ces femmes courageuses, qui ont tout quitté et qui ont même bravé la mort pour sauver les âmes des infidèles.




(Note de Louis: Ne pas oublier que nous sommes au XVIIIe siècle, et que ce livre de Mme. Jetté a été écrit il y a plus de 110 ans.)


pp. 102-103-104




A suivre…

CHAPITRE IX : Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES PRISONNIERS DE GUERRE. — ELLE FAIT FAIRE UN GRAND MUR POUR ENTOURER SA PROPRIÉTÉ. — ELLE ATTIRE CHEZ ELLE UN PLUS GRAND NOMBRE DE DAMES PENSIONNAIRES ET, PAR TOUTES SORTES DE TRAVAUX, ASSURE LA VIE ET LE BIEN-ÊTRE À SES PAUVRES

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Message  Louis Jeu 06 Sep 2012, 7:19 am

CHAPITRE IX

Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES PRISONNIERS DE GUERRE. — ELLE FAIT FAIRE UN GRAND MUR POUR ENTOURER SA PROPRIÉTÉ. — ELLE ATTIRE CHEZ ELLE UN PLUS GRAND NOMBRE DE DAMES PENSIONNAIRES ET, PAR TOUTES SORTES DE TRAVAUX, ASSURE LA VIE ET LE BIEN-ÊTRE À SES PAUVRES.

Nous avons vu quels embarras Mme d'Youville avait dû surmonter avant d'être mise à la tête de l'Hôpital et quel travail elle avait dû faire pour restaurer cette maison si délabrée. Nous allons voir maintenant quels prodiges d'économie elle dut accomplir, d'abord pour payer les lourdes dettes contractées pour ces réparations, puis pour faire face aux dépenses journalières de sa maison et même à son agrandissement et à sa protection. La tâche qu'elle avait entreprise était difficile; mais son immense charité la rendait ingénieuse lorsqu'il s'agissait de soulager les misères d'autrui, et elle réussissait à se créer des ressources nouvelles là où souvent bien d'autres auraient désespéré.

En 1756, sur la demande de l'intendant Bigot, Mme d'Youville commença à recevoir dans son hôpital des prisonniers de guerre malades ou blessés; mais ils devinrent en peu de temps si nombreux qu'il fallut bientôt leur assigner, pour eux seuls, une vaste salle, que l'on appela "salle des Anglais''.

Touchée de la misère qui les attendait après leur sortie de l'hôpital, Mme d'Youville cherchait à leur procurer de l'ouvrage et elle-même en employait jusqu'à trente par année, ainsi qu'on a pu le constater par ses livres de comptes. La reconnaissance engagea plusieurs d'entre eux à se donner à la maison, et l'un d'eux, connu sous le nom de John, que la fondatrice avait sauvé des mains des sauvages, rendit de grands services comme infirmier et interprète auprès de ses compatriotes et des sœurs. Celles-ci connaissaient si peu la langue anglaise qu'elles ne pouvaient pas même, dit M. Faillon, prononcer les noms des soldats anglais qui étaient à leur service: elles les désignaient sous les noms de Christophe l'Anglais, John l'Anglais, etc. (1)

Ces charges que s'imposait Mme d'Youville demandaient d'elle de grands sacrifices, et elle dut même contracter de nouveaux emprunts pour faire vivre tout ce monde. Malgré ce nouvel embarras, elle trouva souvent moyen de racheter des captifs destinés à être brûlés et torturés par les sauvages.

La maison de Mme d'Youville était si bien connue comme un asile pour toutes les infortunes …

________________________________________________________

(1) Vie de Madame d'Youville, p. 146

pp. 105-106



A suivre…

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Message  Louis Jeu 06 Sep 2012, 11:44 am

Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES PRISONNIERS DE GUERRE. — ELLE FAIT FAIRE UN GRAND MUR POUR ENTOURER SA PROPRIÉTÉ. — ELLE ATTIRE CHEZ ELLE UN PLUS GRAND NOMBRE DE DAMES PENSIONNAIRES ET, PAR TOUTES SORTES DE TRAVAUX, ASSURE LA VIE ET LE BIEN-ÊTRE À SES PAUVRES.

(suite)

La maison de Mme d'Youville était si bien connue comme un asile pour toutes les infortunes que souvent de pauvres malheureux, poursuivis par leurs ennemis, s'y réfugiaient avec confiance. Elle en recueillit plusieurs qu'elle arracha aux mains des sauvages, et l'on sait quel sort les attendait de la part de ces barbares. Elle les cachait et les faisait ensuite évader au premier moment favorable. "Elle usa même," dit M. Faillon," de différents stratagèmes pour protéger leur sortie de la maison. Elle les enveloppait "dans les grands manteaux avec lesquels elles sortaient l'hiver et réussissait ainsi à leur sauver la vie." (1)

Un jour, un jeune homme, poursuivi par un sauvage ivre de colère, se réfugie à l'Hôpital Général et court jusqu'à la salle de communauté, où Mme d'Youville était à faire une tente. Sur un signe d'elle au fugitif, celui-ci se réfugie sous sa lourde pièce d'ouvrage, où elle fut assez heureuse pour le cacher avant l'entrée de son ennemi. Lorsque parut le sauvage, elle lui indiqua d'un geste une porte ouverte en arrière d'elle; il se hâta d'y passer, croyant atteindre par là le jeune homme qu'il poursuivait. Comme il est facile de le comprendre, grande fut la reconnaissance de celui à qui Mme d'Youville venait de sauver la vie avec tant de sang-froid; nous verrons plus tard qu'il ne l'oublia pas.

Non seulement la fondatrice recevait et soignait les prisonniers et donnait asile aux malheureux, mais son amabilité et sa vertu avaient attiré chez elle comme pensionnaires des personnes aisées, qui étaient heureuses de lui faire de riches aumônes ou qui mettaient à sa disposition leur travail et leur temps. "Nous avons ici, en pension," écrivait-elle, une dame Robineau de Portneuf, âgée de quatre-vingts ans, qui jeûne et fait maigre tous les jours commandés, travaille comme nous pour les pauvres, quoiqu'elle paie sa pension. Elle est charmante par sa grande piété et sa belle humeur." (1)

Parmi les dames pensionnaires de l'Hôpital Général, on trouve encore, à cette époque, les noms des premières familles de la colonie: la baronne de Longueuil, Mmes de Verchères, de Châteauguay, Robutel de Lanoue, de Lacorne, de Beaujeu, Chartier de Lotbinière-Larond, de Lignery, de Sermonville, de Repentigny, etc.

Plusieurs parentes de la fondatrice vinrent aussi l'aider en lui payant de fortes pensions et voulurent mourir chez elle. Elle eut le bonheur de compter parmi celles-ci sa mère bien-aimée, ses deux sœurs, ses parentes Mmes de Bleury et Porlier de Varennes. Elle écrivait, à propos de sa sœur : "J'ai eu la douleur de perdre ma sœur Maugras, après quinze jours de maladie et presque toujours à l'agonie sans perdre la parole ni la connaissance. Ma consolation est qu'elle a fait une mort de prédestinée!"

Mme d'Youville, tant par l'attrait de sa personne et de ses qualités que par sa prévoyance et son industrie…

_____________________________________________________

(1) Vie de Madame d'Youville, p. 147.
(1) M. Faillon, p. 122.


pp. 107-108


A suivre…


Dernière édition par Louis le Lun 10 Sep 2012, 6:31 am, édité 1 fois (Raison : Mettre un lien.)

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Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET) - Page 3 Empty Re: Vie de la Vénérable Mère d'Youville (COMPLET)

Message  Louis Jeu 06 Sep 2012, 3:37 pm

Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES PRISONNIERS DE GUERRE. — ELLE FAIT FAIRE UN GRAND MUR POUR ENTOURER SA PROPRIÉTÉ. — ELLE ATTIRE CHEZ ELLE UN PLUS GRAND NOMBRE DE DAMES PENSIONNAIRES ET, PAR TOUTES SORTES DE TRAVAUX, ASSURE LA VIE ET LE BIEN-ÊTRE À SES PAUVRES.

(suite)


Mme d'Youville, tant par l'attrait de sa personne et de ses qualités que par sa prévoyance et son industrie, trouvait ainsi moyen de se créer des ressources, en attirant chez elle des personnes bien disposées qui l'aidaient de leurs revenus. Elle savait aussi que le travail est la plus grande sauvegarde contre toutes les misères et, sans être exigeante, elle voulait que dans sa maison tout le monde fût occupé; de cette façon, chacun pouvait contribuer au bien-être de son prochain et se sentir utile à l'Hôpital.

Mais, dès le début de son œuvre et jusqu'à sa mort, c'est toujours et avant tout à son travail personnel et à celui de ses compagnes que la fondatrice a demandé les ressources nécessaires pour réaliser le vaste plan conçu par sa charité. Rien ne décourageait cette nature virile : point de travail trop fatigant ni trop rebutant. Selon le conseil de l'apôtre, "elle faisait le bien sans défaillance."

Elle passait des journées entières, et souvent des nuits, courbée sur des ouvrages qu'elle entreprenait soit pour le gouvernement, soit pour des particuliers, et l'on savait si bien que Mme d'Youville ne refusait aucun travail que, lorsqu'il s'agissait d'un ouvrage pénible à faire, c'était chez elle que l'on s'adressait.

"Allez chez les Sœurs Grises," disait-on, "elles ne refusent jamais rien."

Dès l'année 1738, alors qu'elle venait à peine de commencer son œuvre, elle se chargea de faire différents travaux pour les troupes: des habits pour les soldats, des drapeaux et même des tentes. Elle travaillait aussi pour les marchands du Nord-Ouest: elle confectionnait des habits pour les sauvages et leurs femmes, et différents objets de fantaisie que les traitants échangeaient pour des fourrures.

Et loin de se ménager elle-même, la fondatrice était toujours rendue la première à l'ouvrage et prenait pour elle les travaux les plus fatigants. Un jour, l'intendant arrive à l'Hôpital au moment où elle était à faire de la chandelle : la sœur portière se hâte de la prévenir et lui demande de changer de robe. "Et pourquoi ?" dit Mme d'Youville, avec une simplicité de grande dame; "je n'étais point prévenue de l'arrivée de M. l'intendant, il m'excusera et rien n'empêchera qu'il ne me parle."

Tout en employant son temps et son aiguille à augmenter ses ressources pour les pauvres, le cœur de Mme d'Youville ne s'éloignait pas de Dieu: elle restait unie à lui par la prière, et sa piété savait s'harmoniser avec un labeur qui convenait aux dispositions de son âme. Elle voulut travailler pour le Dieu des autels, faire le pain eucharistique, les cierges destinés à éclairer le Saint-Sacrifice et les cérémonies saintes. Elle était admirablement secondée dans tous ses travaux par ses compagnes, soutenues et animées par son exemple, et quand, en 1754, elle fit élever un mur tout autour de sa propriété pour la mettre à l'abri du regard des passants et parfois même de leurs malveillances, les sœurs aidèrent les maçons, montèrent elles-mêmes les seaux de mortier et portèrent dans leurs tabliers les pierres destinées à la construction.

La vertu, comme le vice, a sa contagion…


pp. 109-110-111


A suivre…

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Message  Louis Ven 07 Sep 2012, 2:57 pm

Mme D'YOUVILLE REÇOIT LES PRISONNIERS DE GUERRE. — ELLE FAIT FAIRE UN GRAND MUR POUR ENTOURER SA PROPRIÉTÉ. — ELLE ATTIRE CHEZ ELLE UN PLUS GRAND NOMBRE DE DAMES PENSIONNAIRES ET, PAR TOUTES SORTES DE TRAVAUX, ASSURE LA VIE ET LE BIEN-ÊTRE À SES PAUVRES.

(suite)

La vertu, comme le vice, a sa contagion ; le zèle de la fondatrice et de ses filles entraîna les personnes étrangères à les aider de leur bourse ou de leur travail. On venait de tous côtés offrir des journées de corvée aux sœurs ; on se faisait un honneur de travailler pour ces admirables servantes des pauvres et de diminuer par là leurs dépenses.

Mme d'Youville put ainsi faire entourer sa grande propriété d'un mur qui avait au delà de trois mille pieds (env. au-delà d’1 km.) ; elle jeta les fondements d'une chapelle, devenue nécessaire à cause du grand nombre de pauvres qu'elle logeait. Ces différentes constructions ne lui coûtèrent que 14000 livres, faible somme, si l'on considère les grandes réparations exécutées sous sa surveillance et les nouvelles bâtisses qu'elle ajouta à l'Hôpital.

Disons encore, avant de terminer l'énumération des différents travaux inventés ou entrepris par son industrie, que Mme d'Youville avait réussi à se faire, avant la cession du pays à l'Angleterre, un revenu de vingt à vingt-cinq mille livres. Mais que de travail et que d'économie dans cette maison, dirigée par cette femme énergique qui ne négligeait rien de ce qui pouvait améliorer la condition de ses pauvres et de ses orphelins! Elle savait tirer parti de tout: on l'a vue acheter du tabac pour le faire préparer et le revendre, faire extraire les pierres des carrières qu'elle possédait sur ses propriétés pour les exploiter, faire couper le bois de ses terres pour le vendre, et elle fit même construire un des premiers bateaux qui transportèrent les colons de l'île de Montréal à Longueuil.

Toutes ces entreprises de Mme d'Youville ont été réalisées par son grand amour de Dieu et des pauvres. A la suite des Vincent de Paul et des Legras, la fondatrice des Sœurs de la Charité de Ville-Marie a accompli des œuvres qui sont autant de merveilles, devant lesquelles bien des entreprises philanthropiques pâlissent et s'effacent. Par sa prudence et son inépuisable charité, elle avait su gagner la confiance et l'admiration générales, car elle personnifiait véritablement les sublimes vertus de cette religion au nom de laquelle elle accomplissait toutes ces belles choses.


pp. 111-112


A suivre : chapitre X . Mme D'YOUVILLE EXERCE SA CHARITE EN DEHORS DE SON HÔPITAL.— ELLE VISITE LES PAUVRES A DOMICILE.— ELLE ADOPTE LES ENFANTS TROUVÉS.

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Message  Louis Ven 07 Sep 2012, 9:29 pm

CHAPITRE X.

Mme D'YOUVILLE EXERCE SA CHARITE EN DEHORS DE SON HÔPITAL.— ELLE VISITE LES PAUVRES A DOMICILE.— ELLE ADOPTE LES ENFANTS TROUVÉS.


Mme d'Youville se dévouait au soulagement de toutes les misères et elle recevait sous son toit toutes les infortunes, surtout celles qui n'avaient pas d'asile ailleurs, comme les idiots, les épileptiques, les cancéreux et les lépreux. Mais, comme si ce champ n'eût pas encore été assez vaste pour son incomparable charité, qui prenait sa source dans cette parole du Sauveur si belle dans sa simplicité : " J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'avais besoin de logement et vous m'avez recueilli, j'étais nu et vous m'avez vêtu, j'étais en prison et vous m'avez visité," son dévouement aux malheureux et aux souffrants voulut aussi s'exercer en dehors de sa maison et visiter les malades à domicile, même ceux qui étaient atteints de maladies contagieuses.

En 1755, la petite vérole sévit avec violence parmi les colons et surtout parmi les sauvages. Mme d'Youville vola à leur chevet avec ses compagnes. Elle voulut même recevoir chez elle les femmes atteintes par le fléau, afin de pouvoir ainsi les soigner et les surveiller avec plus d'attention.

Ces entreprises si variées et qui se multipliaient de jour en jour auraient dû, semble-t-il, fournir une tâche suffisante à l'ardeur de Mme d'Youville. Cependant son cœur n'était pas encore satisfait et, comptant toujours sur le secours ordinaire de la Providence, secours qui ne lui avait jamais manqué, elle résolut, vers la même époque, d'inaugurer l'une de ses plus belles, sinon la plus belle de toutes ses œuvres: celle des enfants trouvés….


pp. 112-113-114


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Message  Louis Sam 08 Sep 2012, 7:32 am

Mme D'YOUVILLE EXERCE SA CHARITE EN DEHORS DE SON HÔPITAL.— ELLE VISITE LES PAUVRES A DOMICILE.— ELLE ADOPTE LES ENFANTS TROUVÉS.


(suite)

…l'une de ses plus belles, sinon la plus belle de toutes ses œuvres: celle des enfants trouvés.

Depuis longtemps déjà sa sollicitude, toujours en éveil, avait constaté combien ces petits malheureux qui, sans être nombreux, demandaient cependant que l'on s'occupât d'eux, étaient mal soignés et souvent maltraités. Elle savait même que, dans certains cas, quelques-uns de ces pauvres êtres abandonnés avaient été vendus aux sauvages, pour quelques peaux de fourrure ou quelque gibier, par les personnes sans entrailles à qui ils avaient été confiés. Elle était mère, et son cœur était affligé du sort de ces pauvres enfants; elle voulait à tout prix l'améliorer.

A l'heure même où elle sollicitait du roi la permission de conserver cet hôpital que l'hostilité de l'intendant Bigot avait réussi à lui faire enlever, elle offrait à la cour de se charger des enfants trouvés, ne demandant, pour accomplir cette tâche, qu'une légère subvention. "Si la cour," disait-elle, "approuve que nous restions ici et qu'elle soit dans la disposition de nous soutenir dans le bien que Dieu nous inspire de faire, nous prendrons soin des enfants trouvés. Ils ont ici tant de misère par le peu de soin que l'on en prend que, de vingt que l'on porte au baptême, il ne s'en élève que deux ou trois; encore les voit-on, à l'âge de dix-huit ans, sans savoir les premiers principes de leur religion. J'en connais de vingt-trois ans qui n'ont pas fait leur première communion." (1)

Le roi, comme seigneur haut justicier de l'île de Montréal, était chargé du soin de ces enfants, qu'il confiait à une sage-femme qui, à son tour, les plaçait en nourrice et plus tard en service jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Il y avait là une dépense qui justifiait la demande de Mme d'Youville d'un léger secours pour se charger de cette tâche.

Cependant, tout en accordant à Mme d'Youville de garder son hôpital, le roi avait résolu de ne faire aucuns nouveaux frais pour cet établissement, et cette partie de la demande de la Vénérable resta sans réponse. Mais Mme d'Youville ne pouvait se désintéresser de ces petits abandonnés; elle consulta M. Normant sur ce qu'elle devait faire pour eux. Celui-ci, dont le cœur était aussi tendre et charitable que celui de Mme d'Youville, lui conseilla d'en adopter au moins quelques-uns, ce qu'elle fit dès l'année 1754, c'est-à-dire un an à peine après avoir obtenu les lettres-patentes qui lui assuraient la possession de l'hôpital.

Quelques années après, la colonie passait sous une autre domination….


_______________________________________________________

(1) Archives de l'Hôpital Général.

pp. 114-115-116


A suivre…

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Message  Louis Sam 08 Sep 2012, 1:09 pm

Mme D'YOUVILLE EXERCE SA CHARITE EN DEHORS DE SON HÔPITAL.— ELLE VISITE LES PAUVRES A DOMICILE.— ELLE ADOPTE LES ENFANTS TROUVÉS.


(suite)


Quelques années après, la colonie passait sous une autre domination. Le gouvernement anglais, bien que succédant aux obligations du roi de France, ne voulut pas se charger du soin de ces enfants, et on vit ces petits infortunés, abandonnés par des mères sans entrailles au coin des rues, sur les places publiques et jusque sur le fleuve glacé, dans les froids intenses de l'hiver, exposés à périr et même à être dévorés par les animaux.

Un jour, par un des grands froids de janvier, Mme d'Youville passait sur la glace d'une petite rivière dont les eaux coulaient près du mur de l'Hôpital Général. Tout à coup elle aperçoit un enfant gelé, qu'une mère inhumaine avait abandonné. L'innocente créature avait encore, enfoncé dans la poitrine, le poignard qui lui avait ôté la vie et "ses petites mains élevées sur la glace," dit M. Sattin, "semblaient demander grâce pour le crime de ses parents."

La bonté est ce qui ressemble le plus à Dieu, a dit Lacordaire. A la vue de cet enfant assassiné, le cœur de Mme d'Youville fut navré et, puisant dans sa tendresse maternelle et dans sa foi de chrétienne la force de vaincre toutes les difficultés qu'elle entrevoyait, elle prit sur l'heure la résolution d'élever tous les enfants trouvés. Cette même année, elle en adopta dix-sept, et l'année suivante, trente. Fidèle à sa résolution, elle n'en refusa jamais un seul, et, à sa mort, elle en avait reçu trois cent vingt-huit.

Plusieurs fois, dit M. Faillon, Dieu, qui voulait mettre la foi de Mme d'Youville à l'épreuve, l'obligea à demander de l'aide au gouvernement, qui refusa, Dieu le permettant ainsi pour qu'on ne pût attribuer à d'autre qu'à Lui le soutien de cette œuvre. Mme d'Youville le comprenait mieux que tout autre, et c'est pourquoi elle compta toujours sur les secours inépuisables de la Providence. (1)

Dieu a récompensé cette grande confiance de la fondatrice…


(1) Page 192.

pp. 116- 117


A suivre…

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Message  Louis Sam 08 Sep 2012, 4:22 pm

Mme D'YOUVILLE EXERCE SA CHARITE EN DEHORS DE SON HÔPITAL.— ELLE VISITE LES PAUVRES A DOMICILE.— ELLE ADOPTE LES ENFANTS TROUVÉS.

(suite)


Dieu a récompensé cette grande confiance de la fondatrice en la faisant passer dans le cœur de ses filles. Elles n'ont, comme leur mère, jamais refusé aucun de ces enfants, malgré tous les embarras que cette œuvre devait leur créer. Et cependant elles n'ont reçu, durant une période de soixante ans, aucune rétribution du gouvernement. Après ce temps, on leur a accordé une allocation qui fut bientôt réduite, quoique le nombre des enfants trouvés augmentât chaque année.

Trente-un mille enfants trouvés ont été reçus à l'Hôpital Général depuis sa fondation. Ce nombre n'est-il pas plus que suffisant pour prouver qu'héritières du dévouement et de la charité de leur mère, les filles de Mme d'Youville ont continué son œuvre ? Pour s'en convaincre davantage, il suffirait de se faire conduire à la salle qu'elles appellent "crèche", où l'on reçoit ces pauvres petits malheureux. Des lits moelleux, du linge chaud et propre, des soins assidus, une nourriture délicate et soutenante, un air pur souvent renouvelé, enfin tout ce que le confort peut souhaiter, voilà les tendresses qui attendent ce petit abandonné, dans ce berceau que Mme d'Youville lui a préparé par les mains de ses filles.

Devant la porte extérieure de l'ancien Hôpital Général, au coin des rues Saint-Pierre et des Commissaires, le passant s'arrêtait ému devant ces paroles des livres saints, que la fondatrice avait voulu faire graver au seuil de sa maison: "Mon père et ma mère m'ont abandonné, mais le Seigneur m'a recueilli."

Le Seigneur, en effet, a recueilli ces pauvres rejetés de la famille et de la société, il les a pris dans ses bras et sur son cœur. Si jeunes, ils sont déjà dans les larmes et dans l'isolement, et voilà qu'ils ont trouvé un asile qui va les abriter et réchauffer leurs membres glacés, une nourriture abondante pour apaiser leur faim, des cœurs de mères, formés sous le souffle de Dieu, pour comprendre leurs souffrances et les soulager. Et plus tard, alors que leur jeune intelligence se réveillera et se développera, ils trouveront encore à leurs côtés les mêmes femmes, qui sèmeront dans leurs cœurs les sentiments qui font l'homme et qui préparent le chrétien. Elles leur diront tout ce qu'ils peuvent attendre et pour cette vie et pour l'éternité, s'ils restent fidèles au devoir.

Dieu avait réservé à Mme d'Youville la joie et la gloire d'enfanter toutes ces âmes à la grâce et d'en enrichir l'Eglise. Après leur avoir conservé l'existence, elle leur assurait l'éternité par la grâce du baptême. Trente-un mille âmes! Quelle moisson pour le ciel!

L'Hôpital Général, qui abritait tant de différentes misères, ne suffisait plus; il aurait fallu l'agrandir…


pp. 117-118-119


A suivre…


Dernière édition par Louis le Ven 14 Sep 2012, 10:17 am, édité 1 fois (Raison : orthographe)

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Message  Louis Dim 09 Sep 2012, 6:51 am

Mme D'YOUVILLE EXERCE SA CHARITE EN DEHORS DE SON HÔPITAL.— ELLE VISITE LES PAUVRES A DOMICILE.— ELLE ADOPTE LES ENFANTS TROUVÉS.


(suite)

L'Hôpital Général, qui abritait tant de différentes misères, ne suffisait plus; il aurait fallu l'agrandir. L'Hôpital Général, qui abritait tant de différentes misères, ne suffisait plus; il aurait fallu l'agrandir. Mme d'Youville, à cause de ce manque d'espace et à cause des maladies contagieuses si communes à l'enfance, fut obligée de placer en dehors de chez elle les enfants trouvés. Elle les confia à des femmes, la plupart demeurant à la campagne, qui les soignaient jusqu'à l'âge de dix-huit mois, moyennant une pension de trente piastres par année.

L'enfant revenait alors à la maison, où les religieuses le gardaient jusqu'à sa première communion, quelquefois jusqu'à l'âge de dix-huit ans; puis elles le plaçaient dans des familles respectables, qui pouvaient réclamer ses services.

Les Sœurs Grises ont continué cette pratique, commencée par la fondatrice; elles ont reçu tous les enfants trouvés, même après l'établissement de l'œuvre des Sœurs de la Miséricorde.

Cependant la population de Montréal augmentait dans des proportions extraordinaires, et le nombre des enfants abandonnés était de plus en plus considérable. Lorsque les Sœurs de la Miséricorde eurent franchi les premières difficultés d'une fondation, les Sœurs Grises se virent obligées de leur réclamer, pour aider à payer les nourrices et l'entretien de ces enfants, une légère contribution de cinq piastres par enfant. Enfin, il y a quelques années, ne pouvant plus suffire à recevoir les nombreux enfants qu'on leur apportait chaque jour, les Sœurs Grises décidèrent de n'accepter que ceux nés en dehors de l'hôpital de la Maternité. Les religieuses de la Miséricorde ont ainsi le soin et la charge entière des enfants nés dans leur hospice, et elles se trouvent, en conséquence, à cause du but spécial de leur fondation, partager aujourd'hui avec les Sœurs Grises la belle œuvre des enfants trouvés, due à l'initiative de la Vénérable Mère d'Youville.


pp. 119-120


A suivre : Chapitre XI.


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