Les Templiers (bis)

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Message  Eric Lun 01 Nov 2010, 8:12 pm

https://messe.forumactif.org/les-faits-historiques-de-la-religion-f16/les-templiers-t2382-60.htm

gabrielle a écrit:
Johnny a écrit:Ouf! le 12 novembre ça va être Corsé ça...

Bien quoi? il faut bien rire des gens qui font des blagues mauvaises aussi...non?

Les Templiers (bis) 80494 Les Templiers (bis) 80494 Est bonne Johnny... tu peux le dire, d'ici le 12 la situtation va se corser... surtout qu'Éric vient d'entrer dans la danse et que ses référence sont du solides...

Certainnement Éric, que tu peux y aller avec tes sources... cheers

OK !


LE PROCÈS DES TEMPLIERS.

Malgré les travaux dont il a été l'objet de Dupuy à Gurtler et de Raynouard à l'abbé Christophe, le procès des chevaliers du Temple est toujours enveloppé de ténèbres.
A raison de son obscurité, il a été fréquemment l'objet des déclamations historiques ; aux déclamations de l'histoire se sont joints les mensonges de la poésie, et, aujourd'hui encore, les vaticinations de ces deux sorcières se perpétuent dans les mystères des francs-maçons.
Les deux infâmes dont les chevaliers de l'équerre et du tablier frappent les squelettes avec un sabre de bois et versent le sang en le tirant d'une vessie, ces deux infâmes sont Clément V et Philippe le Bel.
La raison de leur infamie, à ce qu'il paraît, toujours flagrante, c'est la condamnation des Templiers, ancêtres calomniés des tendres agneaux de la franc-maçonnerie.
- Nous avons à raconter ici l'histoire de ce procès et à montrer, dans l'état actuel de la science, le bien fondé du jugement.


Mgr Fèvre (Protonoraire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 465 et 466

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Message  JCMD67 Mar 02 Nov 2010, 10:07 am

Tous les articles concernant JR (pas celui de dallas, vous aurez compris.. Les Templiers (bis) 80494 ) et les templiers:

http://virgo-maria.org/cgi-bin/pg-recherchepro.cgi?K=templiers&ORDsearch=Valider
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Message  Eric Mar 02 Nov 2010, 1:53 pm

1. Nous devons jeter d'abord un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire de l'ordre du Temple et sur les antécédents du procès.
L'ordre du Temple se rattachait, par son origine, à la ferveur des premières croisades ; il n'avait eu pour but, dans le principe, que de protéger les pèlerins contre la barbarie des musulmans et de veiller à la sûreté des routes qui menaient à Jérusalem.
La maison-mère se trouvait placée à l'endroit où s'élevait autrefois le temple de la Synagogue ; l'ordre en prit le nom.
Peu à peu, soit nécessité de résister aux attaques fréquentes des infidèles, soit goût naturel pour la guerre, les Templiers ainsi que les Hospitaliers devinrent essentiellement militaires.
Tant que les Templiers restèrent pauvres, ils furent l'ornement de la religion par leurs vertus, comme ils en étaient le boulevard par leur bravoure ; et quand saint Bernard, au milieu du douzième siècle, élevait jusqu'aux nues leur dévouement à l'Église, leur piété et leur courage, de tels éloges étaient l'expression de la vérité.
Mais lorsque les libéralités multipliées des princes les eurent enrichis, les vices, qui marchent à la suite de l'opulence, s'introduisirent parmi eux.
Ils perdirent l'esprit de leur institution, et la décadence commença.
On vit ces mêmes hommes, dont le but avait été d'abord d'imiter la simplicité du Sauveur, étaler une scandaleuse magnificence, habiter des palais somptueux et traiter d'égal à égal avec les rois.
On vit ces hommes, que la charité seule aurait dû animer, joindre à l'orgueil la violence, le brigandage, dérober les décimes et prémices destinés aux églises et porter la main sur leurs possessions.
Et ce ne sont point là des reproches qui ne leur aient été adressés qu'au moment de leur chute.
Déjà de son temps, Guillaume de Tyr accusait les Templiers de chercher, au mépris de l'humilité religieuse, à secouer l'obéissance qu'ils devaient au patriarche de Jérusalem, de dénier aux églises leurs droits légitimes, de les troubler dans
leurs possessions 1.


1. Willem. Tyr., Hist., lib. XII, cap. VII; Gurtler, Hist. Templ., p. 248.



Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 466 et 467

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Message  Eric Mer 03 Nov 2010, 1:40 pm

En 1244, l'empereur Frédéric II, dans une lettre adressée à Richard, comte de Cornouailles, faisant le triste récit de la bataille de Gaza, si désastreuse pour les chrétiens, imputait à la mauvaise conduite des Templiers la funeste issue de cette journée.
Bien plus, il les accusait d'une mollesse orientale, leur reprochait de recevoir, dans le secret de leurs maisons, les princes musulmans, et là de permettre qu'ils exerçassent leur culte superstitieux, invoquassent le nom odieux du prophète et se livrassent à toutes les voluptés du siècle.
On sait, d'ailleurs, qu'ils n'avaient pas craint plusieurs fois de manifester une honteuse avarice lorsque la religion leur demandait quelques sacrifices pécuniaires 2 .
Ces faits et beaucoup d'autres avaient nui à la considération de l'ordre dès les temps les plus florissants de sa carrière. Cependant, tant que dura en Palestine la grande lutte des chrétiens avec les musulmans, les nombreux exploits des chevaliers du Temple, les services éclatants qu'ils rendaient à la cause de la religion, empêchaient qu'on ne s'arrêtât trop sur les accusations auxquelles leur conduite privée pouvait donner lieu.
Mais lorsque la chute de Ptolemaïs, en fermant le théâtre de leur gloire, les eut rendus à l'existence paisible des couvents, l'opinion publique, que n'entretenait plus le récit de leurs faits d'armes, se replia sur les bruits désavantageux que la renommée débitait sur leur compte et qu'alors la vie superbe et mondaine des premiers de l'ordre ne justifiait que trop.


2. Dupuy, Histoire de l'ordre militaire des Templiers, p. 137, 141,152 et suivantes


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 467 et 468

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Message  Eric Mer 03 Nov 2010, 6:55 pm

Ces bruits, il faut le présumer, circulèrent d'abord timidement, on ne les accueillait qu'avec scrupule, on n'osait les approfondir.
La réputation des Templiers, le rang qu'ils occupaient dans la chrétienté, l'estime dont l'Église les honorait publiquement, la puissance de ces chevaliers, qui se recrutaient de la noblesse la plus haute de l'Europe, devaient rendre l'opinion publique circonspecte à leur égard.
Mais ces bruits allaient toujours se fortifiant de plus en plus, et, au commencement du quatorzième siècle, personne ne doutait plus que l'ordre du Temple n'eût perdu sa ferveur première et une bonne partie de sa dignité morale.
Toutefois on était loin de connaître, de soupçonner même qu'il se rendît coupable d'erreurs plus grandes que cette mondanité dont la conduite de ses membres les plus éminents se montrait entachée.
Il est probable qu'il aurait subsisté longtemps encore dans ce relâchement, s'il n'eût armé contre lui le plus terrible des adversaires, Philippe le Bel.
Au plus fort du démêlé de ce souverain avec Boniface VIII, lorsque le clergé, les grands, le peuple de France secondaient si honteusement les passions de leur chef, lorsque les princes de l'Europe se taisaient en face de ce grand duel du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, les Templiers s'étaient crus assez forts et assez indépendants pour se déclarer ouvertement en faveur du Pape contre le monarque superbe.
On ajoute qu'ils lui avaient même fourni de l'argent ; que l'un d'eux, qui était trésorier de l'épargne, avait avancé au Pontife, de sa caisse, une somme assez considérable.
Dans les circonstances présentes, c'était blesser vivement le roi, et pourtant les Templiers ne s'en étaient pas tenus là.
Benoît XI ayant accordé au roi un décime sur les biens de l'ordre, ils avaient refusé de payer malgré la bulle du Pape, et le monarque s'était vu dans la nécessité de les y contraindre.
Cependant il est probable que Philippe le Bel n'avait pas l'intention de donner suite au ressentiment que la conduite des chevaliers lui avait inspiré, qu'il tenait même à faire oublier ses récentes rigueurs, car nous trouvons dans le Trésor des chartes, à la date de l'année 1304, une lettre remplie de pompeux éloges sur l'ordre du Temple et de nombreux privilèges que la munificence royale lui accordait.
Philippe le Bel avait sans doute alors besoin des Templiers.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 468 et 469

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Message  Eric Jeu 04 Nov 2010, 2:29 pm

Mais, l'année suivante, un évènement imprévu vint tout-à-coup réchauffer les premiers griefs et leur donner une nouvelle vie. En 1305, une émeute, excitée à l'occasion de l'altération des monnaies, força le roi de chercher un asile dans le palais du Temple.
Or, il put alors se convaincre, par l'attestation de deux Templiers, et ensuite par l'heureux et prompt succès des chevaliers à calmer l'effervescence populaire, que l'ordre n'était point étranger à cette insurrection.
Profondément irrité par cette découverte, Philippe le Bel conçut le projet d'humilier les Templiers 1.
Le hasard lui fournit tout-à-coup l'occasion de les anéantir, et voici comment : Un certain Iquin de Florian, bourgeois de Béziers, fut renfermé par les officiers du roi de France dans une prison d'État du diocèse de Toulouse.
Il y rencontra un Templier que ses crimes y avaient conduit.
Ces deux misérables, ne comptant plus vivre longtemps, se firent réciproquement leur confession.
Or, le Templier révéla à son compagnon d'infortune que, lors de son entrée en religion, il s'était souillé d'un grand nombre d'erreurs concernant Dieu, le salut de son âme et la foi catholique, erreurs qu'il avait renouvelées à plusieurs reprises depuis sa profession.
Puis il raconta ces erreurs dans leur ordre et détail.
Ces aveux, qui chargeaient une congrégation pour laquelle l'aversion du roi s'était fait connaître, parurent comme une bonne fortune à Iquin, et il résolut d'en profiter pour obtenir sa mise en liberté 1 (bis).
Le lendemain, il fit avertir le commandant d'un autre fort royal de se rendre dans la prison et lui déclara que, si on voulait le mener au roi de France, il ferait des révélations d'une importance telle qu'elles équivaudraient pour ce monarque à l'acquisition d'un royaume.
Toute tentative pour obliger le prisonnier à mettre une autre personne que le roi dans la confidence du secret qu'il annonçait fut inutile.
L'officier en écrivit donc à Philippe le Bel, qui donna sur-le-champ l'ordre de lui envoyer Iquin sous bonne garde.
La vie et la liberté devaient être la récompense de ses révélations, si elles étaient conformes à la vérité.
Iquin arriva devant le roi et lui raconta toutes les abominations qu'il avait recueillies de la bouche de son compagnon.
Si prévenu qu'il fût contre l'ordre du Temple, Philippe le Bel eut d'abord peine à croire à la déposition de Iquin ; mais elle servait trop bien son ressentiment pour qu'il ne résolût pas de l'approfondir.
Il fit aussitôt saisir quelques chevaliers suspects et donna ordre de les confronter avec Iquin.
A la grande surprise du roi, les dépositions de ces prisonniers offrirent une affreuse conformité avec les révélations de Iquin.
Il ne douta plus alors que l'ordre entier du Temple ne fût livré à une corruption secrète et inouïe, et il résolut de travailler activement à son abolition.
Tout porte à croire que ces faits étaient accomplis avant la fin de l'année 1305.
Dès ce moment, les Templiers durent trembler pour l'avenir.
Cependant, pour arriver à leur destruction, il y avait plus d'un obstacle à surmonter. La condition même des Templiers en était un grand.



1. Histoire de l'abolition de l'ordre des Templiers, p. 9 et 10

1 (bis). Nous empruntons ce récit à l'Histoire de la Papauté au quinzième siècle, par l'abbé Christophe, chanoine de Lyon, T. I, p. 244. On trouvera là l'indication détaillée des sources ; l'auteur, qui les a mûrement et scrupuleusement consultées, est, pour cette période, l'oracle de l'histoire, l'heureux émule des Hock, des Voigt, des Hurter, des Ranke, qu'il surpasse souvent par le mérite, qu'il égale toujours par la science.



Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
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Message  Eric Ven 05 Nov 2010, 7:38 am

Ces chevaliers, par leurs vœux, leur constitution, appartenaient à la religion, étaient affranchis de la juridiction laïque et ne relevaient que de l'Église.
Pour les attaquer, le concours du Souverain-Pontife devenait nécessaire, et la difficulté était de l'obtenir.
Les premières ouvertures que Philippe le Bel en fit à Clément V par ses officiers, avant son couronnement, et par lui-même à Lyon, lors de ce couronnement, ne lui donnèrent pas de grandes espérances. — Ce Pape ne put ajouter foi aux accusations inouïes dont on chargeait les Templiers.
Il les rejeta d'abord comme d'atroces calomnies et ne songea point à y donner suite.
En 1307, à Poitiers, les ambassadeurs du roi remirent cette affaire sur le tapis ; même incrédulité de la part du Pape et même indifférence pour s'en occuper.
Seulement, il écrivait au roi qu'un certain nombre de chevaliers ayant manifesté le désir de purger les odieuses accusations qu'on imputait à leur ordre, il allait ordonner une enquête juridique et le priait même de lui envoyer les preuves qu'il avait déjà recueillies.
En effet, dès le mois d'avril 1307, le grand-maître Jacques Molay, et, avec lui, Rimbaud de Caron, précepteur d'outremer, Geoffroy de Gonneville, précepteur de Poitou et d'Aquitaine, Hugues Peyrand, précepteur de France, s'étaient rendus à Poitiers pour se justifier et solliciter une enquête solennelle.
Puis, comme si les explications de ces chevaliers l'eussent pleinement satisfait, Clément V en était resté là.
L'horreur et l'invraisemblance des inculpations soulevées contre les Templiers expliquent l'incrédulité de Clément V.
Bien d'autres la partagèrent avec lui. Mais sa répugnance à soumettre ces inculpations à une enquête juridique avait un autre motif.
Peut-être ce Pontife, qui avait appris à connaître Philippe le Bel, soupçonnait-il déjà que, dans une tête comme celle de ce prince, le dessein de poursuivre les Templiers, d'arriver à les trouver coupables, pouvait fort bien cacher un autre but que celui de servir la cause de la religion et de la morale, le but de s'emparer de leurs riches domaines.


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Message  Eric Ven 05 Nov 2010, 8:52 am

Mais Philippe le Bel n'était pas homme à se décourager par les résistances qu'il rencontrait.
Prévoyant bien que le Pape voulait temporiser et que de simples sollicitations le détermineraient difficilement à commencer une enquête sérieuse, il imagina un moyen de l'y contraindre.
Ce moyen était de prendre lui-même l'initiative, de faire un grand éclat en arrêtant, de sa propre autorité et sous prétexte du bien public, tous les Templiers de son royaume. Ce coup d'État fut concerté avec un secret et exécuté avec une précision remarquable.
Le 13 octobre 1307, sur un mandement cacheté que les officiers royaux devaient ouvrir par toute la France le même jour et à la même heure, tous les Templiers, sans en excepter le grand-maître, furent arrêtés, enfermés en divers châteaux sous bonne garde, et leurs biens placés sous le séquestre.
A l'instant, Philippe le Bel se saisit de la maison du Temple à Paris, y transporta le trésor royal, les archives du royaume, et y prit son logement.
A la nouvelle de cet attentat commis sur la juridiction ecclésiastique, la cour de Poitiers s'émut, le Pape écrivit au roi pour lui en exprimer sa surprise et son indignation.
Il lui reprocha d'oublier les traditions de ses ancêtres, dont l'obéissance au Saint-Siège apostolique avait toujours été si exemplaire, d'outrepasser les bornes de son pouvoir en se déclarant l'arbitre des sujets immédiats de l'Église et en portant la main sur leurs biens; et, pour montrer qu'il n'était pas dans ses intentions de s'en tenir seulement aux reproches, il suspendit les pouvoirs des archevêques, évêques, prélats et inquisiteurs de Paris, évoqua toute l'affaire des Templiers en cour de Rome, et envoya sur-le-champ, à Paris, Bérenger de Frédol, cardinal de Saints-Nérée-et-Achillée, et Etienne de Suisy, cardinal de Saint-Cyriaque, avec mission expresse de réclamer les biens ainsi que les personnes des Templiers, et de rétablir toutes choses dans l'ordre légal.
Le fait du roi avait tellement indisposé Clément V que, plus de huit mois après l'arrestation des Templiers, lorsque Philippe le Bel vint pour la seconde fois à Poitiers, ce Pontife s'en était encore plaint vivement à Guillaume Plasian, dans une audience où ce ministre lui exposait les raisons de cette mesure, et lui avait dit qu'aucune raison n'excusait l'illégalité qu'on s'était permise en commençant une affaire si grave sans le consentement du Saint-Siège apostolique.
Le roi s'attendait bien que le mécontentement du Pape s'exhalerait en plaintes; mais ce coup d'autorité l'étonna, et, quoiqu'il s'efforçât de répondre sur le ton fier aux bulles de Clément V, en l'accusant d'une indifférence coupable, ses paroles hautaines déguisaient mal son embarras.
Il fléchit, remit aux mains des cardinaux commissaires les personnes et les biens des Templiers, et, pour justifier aux yeux du Souverain-Pontife l'opportunité de son coup d'État, il fit conduire à Poitiers soixante-douze chevaliers déjà interrogés à Paris, afin qu'il les examinât lui-même.


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Message  Eric Ven 05 Nov 2010, 7:40 pm

Dans le fond, la soumission du roi ne coûtait qu'à son amour-propre; son but réel était atteint : il avait obtenu, pour l'exécution de son projet, la coopération du Pape.
Les choses allaient prendre désormais une toute autre face.
Jusque là, Clément V avait cru à l'innocence des Templiers, ou avait douté de l'énormité des charges qu'on leur imputait. Mais, quand il eut entendu lui-même, en plein consistoire, le procès-verbal renfermant les dépositions de ces soixante-douze chevaliers, qui s'étaient accusés sans y avoir été forcés par aucune contrainte; quand il eut entendu, de ses propres oreilles, un membre de l'ordre, homme de grande autorité et générosité, lui faire ingénument l'aveu d'excès abominables, il fut frappé d'horreur, et ne vit plus, dans les Templiers, qu'une plaie affreuse dont l'Église était affligée, et qu'il fallait se hâter d'extirper.
Sur-le-champ, il expédia des lettres pressantes, dans lesquelles non seulement il levait la suspense portée contre les évêques de France, mais leur ordonnait encore de procéder avec diligence contre les chevaliers qui se trouveraient dans leurs diocèses.
Alors commença cette enquête fameuse, qui changea l'Europe en un vaste tribunal d'instruction.


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Message  Eric Sam 06 Nov 2010, 6:54 am


II. Aux antécédents généraux du procès succède l'ordonnance de la procédure.

Clément V ordonna d'abord l'incarcération des prévenus.
Par des lettres adressées aux souverains chrétiens, aux ordinaires des lieux et aux fonctionnaires chargés de la police, il fut mandé de se saisir des Templiers, de s'assurer de leurs personnes, et, sans user de rigueurs inutiles, de prendre les précautions pour empêcher les prévenus de se concerter ensemble ou de se soustraire, par la fuite ou par la violence, aux réquisitions de la justice.
Les commissaires enquêteurs furent, suivant les injonctions du droit, choisis parmi les dignitaires ecclésiastiques, cardinaux, légats, évêques, inquisiteurs.
Les princes furent admis à porter aide, mais seulement en mettant au service de l'Église la force, le bras séculier et les ressources du pouvoir civil.
Malgré les mille complications d'une enquête si vaste, si longue et si difficile, l'instruction ne sortit pas du for ecclésiastique.
Mais on peut dire que rien ne fut négligé pour concilier parfaitement les droits de la justice et les saintes immunités de l'innocence.
Un questionnaire détaillé, composé de deux cent vingt-trois articles, fut envoyé par le Pape à tous les archevêques, évêques et commissaires apostoliques.
Cette pièce avait pour objet la direction des magistrats, mais elle ne tendait point à restreindre leur liberté, et ils pouvaient, suivant leur prudence, s'abstenir de pousser plus loin, suivant qu'ils jugeraient utile pour éclairer parfaitement la cause.
Un délai de quatre ans fut accordé pour l'enquête. Il est superflu d'ajouter que la partie matérielle de l'instruction, l'appel des prévenus, la citation des témoins, l'ordre des questions, la transcription des réponses, la mise au net des pièces et leur duplicata, rien ne fut négligé.
On peut s'en assurer en examinant le dossier du procès, dont les pièces connues ont été publiées en France par Dupuy et Michelet, et dont les pièces, longtemps perdues, ont été découvertes par des savants d'Allemagne et de Danemarck, Munter et Moldenhawer.


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Message  Eric Dim 07 Nov 2010, 9:37 am

Le manuscrit imprimé dans la Collection de documents inédits sur l'histoire de France, appartenait à la bibliothèque royale.
Cette pièce renferme l'interrogatoire que le grand-maître et deux cent trente et un chevaliers ou frères servants subirent à Paris par-devant les commissaires pontificaux.
Michelet avoue que cet interrogatoire fut conduit lentement, avec beaucoup de ménagements et de douceur.
Il reste deux manuscrits authentiques du grand interrogatoire. L'un, copié sur vélin, fut envoyé au Pape, et il est enfermé sons la triple clef du Vatican; l'autre, sur simple papier, fut déposé au trésor de Notre-Dame de Paris. Il porte à la dernière page les mots suivants : « Pour surcroît de précautions, nous avons déposé ladite procédure, rédigée par l'un des notaires en acte authentique, dans le trésor de Notre-Dame de Paris. »
En dehors de France, les interrogatoires des chevaliers présentent beaucoup de confusion.
Les uns nient tout; les autres affirment tout; celui-ci avoue un point, celui-là un autre; peu s'accordent à dire la même chose. Nicolas, dans son savant Essai sur les accusations intentées aux Templiers, cherche à expliquer ces contradictions, en remarquant qu'il y avait dans l'ordre plusieurs réceptions et que tous les frères n'étaient pas initiés aux mêmes secrets.
Ceci conste des dépositions du frère Stappelbrugge, qui distingue deux professions, l'une licite et bonne, l'autre contre la foi; de frère Thomas de Tocci, de frère Jean de Stock et du rapport de l'inquisiteur Guillaume de Paris, qui dit : « Mais ce ne savent pas tous li frères, fore li grandmaistre et li ancien. »
Aux interrogatoires, on ajouta, suivant le Code pénal du temps, la question, mais pas partout ni toujours.
Contre les chevaliers dont le procès fut instruit en Angleterre, on n'employa par ces rigueurs.
En France, dans les célèbres interrogatoires de Chinon et de Paris, non-seulement on ne recourut pas aux menaces, mais on traita même les chevaliers avec une douceur particulière.
Quant à la torture, c'était sans doute un moyen équivoque et barbare de découvrir la vérité, et il faut applaudir à notre civilisation de l'avoir bannie de la procédure. Mais si l'on ne peut affirmer que tous les aveux arrachés par les tourments soient vrais, on ne peut conclure qu'ils soient tous faux, et il est juste d'y voir une forte présomption de culpabilité.
Quant aux rétractations alléguées, en leur attribuant la plus grande valeur qu'elles puissent avoir, elles prouveraient simplement l'innocence personnelle des chevaliers qui les firent, tandis que la persistance des autres à maintenir leurs premières dépositions, prouve au moins que tout n'était pas pur dans les pratiques de l'ordre, et l'on ne saurait, en aucun cas, plaider pour l'entière innocence.
On éprouve de l'hésitation à croire que les membres d'un corps religieux, voué spécialement à la défense de l'Église, ait pu trahir la religion et descendre jusqu'aux plus monstrueuses infamies.
Cependant, lorsqu'on lit les pièces authentiques du procès, quand on entend de nombreux témoins, en divers lieux, à diverses époques, affirmer ces crimes, force est bien d'y croire.


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Message  Eric Lun 08 Nov 2010, 4:01 pm

Ce ne sont pas seulement quelques membres obscurs de l'ordre qui confessent son ignominie, ce sont ses premiers dignitaires, le grand-maitre lui-même, qui, à Paris d'abord, en présence des inquisiteurs et des officiers du roi, puis à Chinon, devant les cardinaux commissaires, avouent les turpitudes dont on les accuse.
Et de plus, ce n'est pas seulement en France que se rencontrent de pareils témoins; les bulles du Pape, adressées aux princes et prélats de la chrétienté, ont étendu les investigations juridiques presque sur toute la surface du monde.
En Angleterre, en Irlande, en Espagne, en Toscane, en Lombardie, en Allemagne, les Templiers sont saisis, interrogés, et, dans la plupart des lieux, un certain nombre de chevaliers corroborent par leurs aveux les dépositions des chevaliers français.
La justice pourtant oblige d'ajouter qu'en Allemagne, en Espagne et dans une partie de l'Italie, les enquêtes tournèrent en faveur de l'ordre.
Quant aux Templiers reconnus coupables, voici, d'après Wilcke, de quoi les accusent les dépositions : Pour ce qui est de renier le Christ et de cracher sur la croix, ces deux points sont avoués par tous les témoins à peu d'exceptions près.
Les témoins étaient au nombre de deux cent trente et un.

Voici quelques-unes des dépositions les plus importantes.

Raoul de Prèles avait un ami, le commandeur de Laon, Gervais de Beauvais, qui lui dit très-souvent, en présence de plusieurs autres, que dans l'ordre il y avait un point si singulier et tellement secret, qu'il aimerait autant qu'on lui coupât la tête que de le révéler; que, de plus, il y avait dans le chapitre général un autre point d'un secret si important, que, si par malheur son ami de Prêles ou le roi même le voyaient, nul motif n'empêcherait les frères assemblés de le tuer, s'ils le pouvaient.

Jean de Saint-Benoît, prieur de l'Isle-Bouchard, fut obligé de renier le Seigneur et de cracher sur la croix; il disait qu'il n'avait reçu personne de cette manière dans l'ordre, mais il mentait, comme le prouve l'interrogatoire.

Guichard de Marziac, chevalier séculier, raconte que son ami Hugues de Marchant entra à la réception bien portant et plein de joie, mais qu'il en sortit pâle comme la mort et avec l'expression d'un trouble et d'une stupeur extrêmes, disant qu'il lui était impossible d'être plus jamais content au fond de son cœur; il fut accablé d'une mélancolie incurable et mourut après deux ans.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 476 et 477

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Message  Eric Jeu 11 Nov 2010, 5:30 pm

Beaucoup de témoins confessèrent qu'ils avaient été contraints de renier le Christ par la menace d'être mis en un lieu où ils ne verraient jamais ni leurs mains ni leurs pieds.
A Gérard de Passage, on montra une croix de bois, en lui demandant s'il croyait que ce fût le Seigneur Dieu. Il répondit
que c'était l'image du Crucifié. Ne le croyez pas, fut la réponse, ce n'est qu'un morceau de bois; Notre-Seigneur est dans le ciel.
Raymond Vassiniac avait renié, conspué et foulé aux pieds la croix sur son manteau, et cela en mépris du Crucifié; il dut le faire, parce que c'était un usage de l'ordre.
Baudoin de Saint-Just dut renier Dieu.
Guillaume de Cardillac fut requis de renier Dieu et de cracher sur la croix; comme il ne voulait, un chevalier du Temple, Dominique de Zinac, le saisit d'une main à la poitrine, et, brandissant de l'autre un poignard, lui cria avec plusieurs des assistants : Obéis, où tu es mort ! Il cracha sur la croix, mais il fut dispensé du reniement par l'entremise de celui qui le recevait.
Gilles de Rotangi, clerc de l'ordre, ne voulait pas renier le Christ, parce qu'il était et voulait demeurer bon chrétien; on lui répliqua : Nous te connaissons pour tel et nous voulons l'être nous-mêmes, mais il faut que tu renies, parce que c'est un point de l'ordre.
A Albert de Casselles on dit, en lui montrant la croix du manteau : Ce Crucifié-là était un faux prophète, ne croyez pas en lui; n'espérez ni ne vous confiez en lui; en mépris de lui, crachez sur cette croix ! Comme Albert ne le voulait pas, on l'y contraignit l'épée à la main; il s'y prêta par la crainte de la mort et hors de lui-même.
Lorsque le Templier Bosco de Masvalier demanda à un vieux prieur pourquoi on faisait renier aux frères Jésus, le Fils de la sainte Vierge, qu'un cantique si souvent chanté par eux célébrait comme le Sauveur du monde, on lui répondit de se garder de toutes recherches curieuses, qui ne lui attireraient que le mécontentement des supérieurs, et d'aller tranquillement à table, attendu qu'il n'était pas le premier qui eût renié et qu'il ne serait pas le dernier; qu'on entendait un certain prophète dont l'histoire serait trop longue. Bosco croit avoir entendu parler d'un prophète qui s'appelait Josué.
A Jean de Pont l'Evèque, on montra un crucifix, avec la demande s'il croyait que ce fût l'image de Dieu. Il répondit : Non, mais cela représente Dieu et le Crucifié. Celui qui le recevait lui dit : Quoi qu'il en soit, ne croyez plus jamais en Celui que doit représenter cette image! II n'était pas Dieu, mais faux prophète. Reniez-le ! II le fit.
Presque tous les témoins furent de même reçus d'une manière blâmable; c'est pourquoi les réceptions se faisaient si secrètement que les parents mêmes du novice ne pouvaient y assister.
Les chapitres se tenaient de même en secret, d'ordinaire vers la pointe du jour; nul n'osait approcher la porte de la salle capitulaire.
Quant aux baisers de scènes dans les réceptions, on en dispensait les uns, on les exigeait des autres.
La tête ou l'idole qu'on adorait n'avait été vue que du petit nombre des témoins.
Du cordon mystérieux, les applications variaient. Beaucoup de témoins rappellent la permission de sodomie. Le prieur Raymond de Vassiniac n'en parlait point aux récipiendaires âgés, mais aux plus jeunes.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 477 478

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Message  Eric Lun 15 Nov 2010, 9:45 am

Sur l'omission des paroles de la consécration au saint sacrifice de la messe, on trouve ce qui suit : Le prêtre Gui de la Roche-Talbert était demeuré fidèle aux règles de l'Église, le président de sa réception s'étant borné à dire que l'omission de ces paroles était un usage habituel dans l'ordre, sans y joindre un commandement formel.
Le prêtre Jean de Branlio fut extrêmement effrayé de l'injonction d'omettre à l'avenir les quatre paroles de la consécration en disant la messe; il s'abstint de célébrer jusqu'à ce qu'il eût reçu l'absolution du frère mineur.
Gautier de Buris devait omettre désormais à la messe les quatre paroles mystérieuses du canon; comme le président de sa réception ne les avait pas nommées expressément, le prêtre de l'ordre, Jean de Buris, lui apprit qu'on entendait les quatre mots : Hoc est corpus meum; cependant il ne les avait jamais omises à la messe.
Bertrand de Villars devait également, en disant la messe, passer sous silence ces paroles.
Par d'autres dépositions, on voit que les chefs de l'ordre, quoique laïques, s'attribuaient le pouvoir d'absoudre des péchés; qu'il y avait deux espèces de statuts : les uns plus communs, quoiqu'ils ne fussent pas entre les mains de tous les frères; les autres si secrets que Gervais de Beauvais disait : Je possède un petit livre des statuts de l'ordre, que je montre volontiers; mais il y en a un autre, plus secret, que je ne voudrais pas laisser voir pour tout l'univers.
On remarque encore que dans la règle primitive, dressée par saint Bernard, il y avait une année de noviciat, mais que, dans le fait, les Templiers l'avaient supprimée. Telle est la substance de cette procédure 1.
Les enquêtes diocésaines une fois terminées, continue Jules Jolly, furent soumises aux conciles provinciaux, qui avaient seuls juridiction pour condamner ou absoudre définitivement.
Les accusés furent alors l'objet de décisions différentes, selon les griefs relevés, les preuves recueillies ou les aveux obtenus. Les uns furent condamnés à être brûlés en place publique, les autres à une détention plus ou moins longue ; la plupart de ceux qui persistèrent dans les aveux qu'on leur avait arrachés furent renvoyés absous.
Le mardi 12 mai 1310 commença la triste et lamentable série des derniers supplices infligés à ces malheureux.
Ce jour-là, cinquante-neuf Templiers, tous à la fleur de l'âge, tous issus de maisons illustres, furent brûlés dans la plaine Saint-Antoine, à la porte de Paris 2.
Chacun de ces martyrs eut son bûcher, sur lequel il monta résolument, prêt à subir avec courage la mort la plus atroce.
On leur cria une dernière fois de faire les aveux de leurs crimes; rien ne put ébranler leur résolution.
On leur annonça que le roi était prêt à leur faire grâce s'ils reconnaissaient la justice de leur condamnation, et ils persistèrent à protester de leur innocence.
On employa contre eux un raffinement de tortures, consistant à ne brûler leurs membres que graduellement et à petit feu en commençant par la plante des pieds, pour arriver lentement jusqu'aux membres supérieurs; ils préférèrent cette mort cruelle, mais glorieuse, à une vie qu'ils n'auraient due qu'à un lâche mépris de la vérité.
Dans tous les lieux où les conciles provinciaux prononcèrent des condamnations à mort, le même spectacle se produisit aux yeux des populations attristées.
Mais la France fut la seule nation où les Templiers subirent le dernier supplice.
Presque partout ailleurs leur innocence fut proclamée; l'Angleterre les retint quelque temps en prison; l'Irlande ne les trouva coupables ni d'hérésie ni de mauvaises mœurs; les autres conciles européens ne trouvèrent rien à leur reprocher.
Philippe le Bel, malgré la satisfaction qui lui avait été donnée par les supplices de ses victimes, n'était pas encore complètement satisfait.
Des condamnations individuelles, bien que prononcées par centaines, ne lui suffisaient pas; il lui fallait la suppression de l'ordre du Temple, qui ne cessait de lui porter ombrage et qui pouvait à chaque instant renaître de ses cendres.
Clément V résistait toujours; mais le procès de Boniface, que le roi tenait pour ainsi dire suspendu sur sa tête comme un épouvantail permanent, finit par le décider à réunir à Vienne le concile qui devait s'occuper de cette mesure complémentaire à prendre contre l'ordre tout entier 3.


1 Wilcke, hist. des Templiers, T. I, p. 302 et suiv.

2 Dupray, Procès des Templiers, n. 52 et 53. La justice de Philippe le Bel consistait à renvoyer absous ceux qui confessaient leurs crimes et punir des derniers supplices ceux qui soutenaient leur innocence.

3 Jolly, Philippe le Bel. p. 250.




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T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 479, 480 et 481

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Message  Eric Jeu 18 Nov 2010, 1:50 pm

III. Le concile de Vienne en Dauphiné avait été convoqué le 12 août 1308, par la bulle Regnans in coelis, pour le procès de Boniface, l'affaire des Templiers et les projets de croisade.
Indiqué pour le 1er novembre 1310, il fut ajourné le 1er octobre 1311 et ne s'ouvrit que le 16 du même mois.
Le Pape avait fait envoyer au concile les procès-verbaux des interrogatoires faits dans les diverses provinces du monde chrétien.
Tous ces actes furent examinés, confrontés et soumis à une critique d'autant plus rigoureuse que le jugement à intervenir avait plus d'importance.
Dans la discussion, l'assemblée se partagea en deux partis.
Les uns soutenaient qu'il était juste d'accorder aux Templiers la faculté de produire devant le concile leurs moyens de défense; qu'un membre aussi illustre ne devait pas être retranché du corps de l'Église, sans qu'on eût suivi à son égard les règles sacrées de la justice; les autres répliquaient qu'il fallait promptement détruire un ordre dont plus de deux mille témoins avaient constaté la corruption.
On procéda à l'appel nominal, et il se trouva que la presque totalité des Pères tenait pour le premier parti.
On comprend, en effet, qu'une assemblée conciliaire ne pouvait pas juger sans examen, et que l'examen, dès qu'il s'agissait d'une accusation, exigeait la défense de l'accusé.
Après plusieurs pourparlers sur les difficultés du parti à prendre, le concile, sur la proposition de Guillaume Durand, évêque de Mende, s'arrêta à un moyen terme : d'un côté, il se refusa à rendre une sentence définitive; de l'autre, il pria le Pape de prononcer, en vertu de la plénitude de son pouvoir, la sentence en question.
L'abolition de l'ordre des Templiers par Clément V, en 1312, est un de ces événements que la lumière de l'histoire semble n'avoir pas dégagés entièrement des ténèbres du mystère. A cinq siècles et demi d'intervalle et après tant d'études entreprises et tant d'écrits publiés sur ce sujet, il reste encore aujourd'hui des énigmes à résoudre, et les jugements des auteurs sont encore empreints d'une étonnante divergence.
La plupart et les mieux accrédités n'hésitent point, il est vrai, à approuver comme juste et nécessaire la sentence d'abolition; mais d'autres se tiennent dans le doute, et il n'en manque pas qui regardent les Templiers comme des martyrs ou du moins comme les victimes d'une iniquité dont ils font peser la redoutable responsabilité sur Clément V et sur Philippe le Bel, agissant tous les deux en vertu d'un accord impie, ou bien le premier par faiblesse et le second par despotisme.
La critique impartiale recourt avant tout aux documents authentiques de l'époque.
Le principal est la bulle d'abolition par laquelle Clément V supprima à jamais, au sein du concile œcuménique de Vienne, l'ordre des Templiers.
Chose étrange ! tous les historiens parlent de cette bulle et la résument, mais aucun d'eux n'en cite le texte, et ce qu'il y a de plus étrange encore, c'est qu'on chercherait en vain ce texte dans les collections des annales de l'Église et des actes des conciles et des Papes.
Dans sa continuation de Baronius, Raynaldi rapporte plusieurs décrets pontificaux relatifs à la cause des Templiers, et même l'exorde de la constitution Considérantes dudum, en date du 6 mai 1312, où le Pape, rappelant brièvement la teneur de la bulle d'abolition par laquelle, dit il, praefatum quondam Templi ordinem ac ejus statum, habitum atque nomen sustulimus, removimus et cassavimus, ac perpetuae prohibitioni subjecimus, parle de l'abolition comme d'un fait accompli et édicte ensuite des prescriptions au sujet des personnes des Templiers.
Évidemment Raynaldi aurait produit le texte de la bulle d'abolition s'il l'avait eu à sa disposition.
La même lacune se rencontre dans tous les bullaires et dans les collections de concile d'Hardouin, de Labbe, de Mansi, où l'on trouve la bulle Ad providam, du 2 mai 1312, dans laquelle Clément V statue sur l'emploi des biens des Templiers, mais pas un mot de la bulle d'abolition.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 481 et 482


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Message  Eric Sam 20 Nov 2010, 10:44 am

Aussi les historiens même les plus sérieux, par exemple Becchetti, Rohrbacher, Jager, Christophe, Wlicke, ont-ils regardé la bulle Ad providam ou la bulle Considérantes dudum comme la bulle d'abolition, et encore Raynaldi n'avait-il publié que l'exorde de la bulle Considérantes dudum.
Un bénédictin, l'illustre dom Gams, voyageant en Espagne en 1865, apprit que le texte entier de la bulle d'abolition, commençant par ces mots : Vox in excelso, et datée du XI des calendes d'avril, et celui de la bulle Considérantes dudum avaient été découverts dans les archives d'Ager, en Catalogne, à la fin du siècle dernier, et imprimés par Villanueva dans son grand ouvrage. Cet ouvrage étant devenu très-rare, les deux textes étaient demeurés aussi inconnus qu'auparavant, et ce qui le prouve, c'est qu'aucun des nombreux auteurs qui ont écrit sur les Templiers, depuis 1806, n'a cité ces pièces capitales.
Dom Gams les a envoyées à son ami le docteur Héfelé, qui s'est empressé de les publier intégralement dans le Theologische Quartalschrift, revue de Tubingue. Nous reproduirons en entier la bulle Vox in excelso; nous parlerons ensuite des autres.

(ici figure le texte de la Bulle Pontificale Vox in excelso, NDLR)

Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 483 a 494
Bulle Vox in excelso que chacun peut LIRE ICI, CLIQUEZ.
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Message  Eric Sam 20 Nov 2010, 7:10 pm

A la bulle de suppression succéda, le 2 mai 1312, la bulle Ad providam, déjà connue.
« Sur l'emploi des biens destinés dès le principe à secourir la Terre sainte et à combattre les infidèles, le Pape avait eu de longues et mûres délibérations avec le concile, et on avait enfin jugé que le mieux était de les assigner pour toujours aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. C'est pourquoi, avec l'assentiment du concile, le Pape remettait auxdits Hospitaliers et à l'hospice lui-même la principale maison des Templiers, avec toutes leurs autres maisons, églises, chapelles, villes, bourgs, villas, maisons de campagne, avec tous leurs droits, juridictions, propriétés mobilières et immobilières en-deçà et au-delà de la mer, tout ce que l'ordre, le maître et les frères du Temple possédaient depuis leur emprisonnement en France, en octobre 1308. Il ne devait y avoir d'exception que pour les biens situés hors de France, dans les pays des rois de Castille, Aragon, Portugal et Majorque, dont le Saint-Siège se réservait de disposer. On menace enfin d'excommunication quiconque inquiétera en quoi que ce soit les Hospitaliers sur cette affaire.»

A la même date, le 2 mai 1312, le Pape nomma des commissaires pour faire exécuter ce décret en France, en Angleterre, en Irlande, en Écosse, en Grèce, en Orient, en Allemagne, en Italie et en Sicile, en Suède, Norwége et Danemark.
Le 16 du même mois, il écrivit encore à tous les administrateurs et curateurs des biens des Templiers pour les informer de ces résolutions. Nous voyons aussi par là que, pendant les délibérations, on avait conçu l'idée de fonder un nouvel ordre et de lui assigner les biens des Templiers.
Enfin, dans la troisième bulle, Ad certitudinem, qui ne nous est également connue dans sa totalité que depuis l'ouvrage de Villanueva, et qui est datée du 6 mai 1312, le Pape désigne spécialement les personnes de l'ordre qu'il se réserve de juger.
Ce sont d'abord le grand-maître de l'ordre, Jacques de Molay (de Besançon), le visiteur de France et les grands commandeurs de Palestine, Normandie, Aquitaine, Poitou et Provence, puis le chevalier Olivier de Penna.
Ceux qu'on trouverait innocents seraient entretenus convenablement aux frais de l'ordre; ceux qui s'avoueraient coupables seraient traités avec indulgence; on n'userait de rigueur qu'envers les opiniâtres et les relaps.
Les fugitifs, qui jusque-là s'étaient soustraits à tout examen, devaient dans l'espace d'un an comparaître devant leurs ordinaires pour être examinés par eux, puis jugés par le concile provincial.
Ceux-là aussi devaient être traités avec une grande douceur.
On les logerait aux frais de l'ordre, ainsi que tous les frères qui se soumettraient à l'Église, dans une maison de Templiers ou un monastère; seulement on n'en garderait pas un grand nombre dans la même maison.
Quiconque recélait encore quelque Templier devait le mettre aussitôt en liberté, à la demande du métropolitain ou de l'évêque à qui il appartenait.
Les Templiers qui, dans le terme d'un an, ne se présenteraient pas à leur évêque, seraient excommuniés, et, s'ils demeuraient excommuniés pendant un an, traités comme hérétiques.


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T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 494, 495 et 496

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Message  Eric Mar 30 Nov 2010, 4:35 pm

De cette troisième bulle, Raynaldi, en sa continuation des Annales de Baronius, n'a donné que la première moitié, qui n'est qu'un abrégé de la grande bulle du 22 mars.
Il a fait cela parce qu'il ignorait cette dernière et qu'il voulait pourtant donner le décret de suppression.
Mais il a eu la maladresse d'omettre précisément l'endroit le plus essentiel de cette troisième bulle, celui où il est dit que le Pape se réserve le jugement d'un certain nombre de Templiers, tandis qu'il renvoie les autres aux conciles provinciaux.
Les autres particularités de la bulle, telles que la manière de traiter les Templiers, leur comparution dans l'espace d'un an, Raynaldi ne les a pas puisées dans la bulle même, mais dans le récit de Bernard Guido.
Nous croyons donc opportun de donner aussi la traduction complète de cette troisième bulle, d'après l'ouvrage de Villanueva.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 496

Ici figure le texte de la bulle Papale Ad certitudinem, donnée sur ce fil :

https://messe.forumactif.org/doctrine-et-actualite-f6/bulle-ad-certitudinem-de-clement-v-t2669.htm#51345


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Message  Eric Mer 01 Déc 2010, 1:35 pm

Cette troisième bulle, datée du 6 mai 1312, fut incontestablement publiée dans la troisième et dernière séance du concile de Vienne, qui eut lieu précisément le 6 de ce mois, ainsi que nous l'apprennent deux écrivains de ce temps, Bernard Guido et Ptolémée de Lucques.
Des historiens accusent Clément V de faiblesse et d'injustice : de faiblesse, parce qu'il céda trop facilement aux instances de Philippe le Bel : d'injustice, parce qu'il prononça une condamnation que les Templiers ne méritaient point.
Cantù lui-même, qui n'est certes pas le plus téméraire dans cette catégorie d'historiens, flétrit l'acte du Pape comme la pire des honteuses condescendances auxquelles il s'abaissa dans ses rapports avec le roi ; il appelle une iniquité la destruction des Templiers, et le récit qu'il en donne est bien de nature à faire croire à la faiblesse et à l'injustice du Pape.

Nous nous servirons de la bulle d'abolition et des données d'une histoire impartiale de l'époque pour venger la mémoire de Clément V des deux reproches que ces historiens font peser sur elle.

Nous sommes loin de prétendre que Clément V ait toujours déployé, dans ses rapports avec Philippe le Bel, la fermeté apostolique d'un Pape, et n'ait pas eu pour le roi des complaisances qu'on ne sait trop comment justifier : cela montre combien il importe que les Papes soient libres et indépendants vis-à-vis des souverains.
Mais nous soutenons que Clément V a donné, dans la question des Templiers, de nobles preuves de courage apostolique.
Dès les premiers jours de son pontificat, et même avant son couronnement, qui eut lieu à Lyon le 14 novembre I305, le Pape reçut des dénonciations contre les chevaliers du Temple.
Le roi et ses officiers revinrent plusieurs fois à la charge en 1306 et en 1307, mais toujours en vain : les accusations étaient si graves que Clément V ne pouvait se résoudre à y donner suite, et les attribuait plutôt à la haine ou à la cupidité des dénonciateurs qu'à leur zèle pour la foi.
Il fallut, pour qu'il entreprît une enquête, que le grand-maître et les dignitaires de l'ordre, ayant eu vent des tentatives du roi et comptant sur le mystère dont leurs faits et gestes étaient entourés, l'en priassent eux-mêmes.


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T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 499 et 500

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Message  Gérard Mer 01 Déc 2010, 3:58 pm

Votre commentaire, a été repris in-extenso par Éric dans le dossier "commentaires"

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Message  Eric Ven 03 Déc 2010, 12:33 pm

Et quand Philippe, impatienté, voulut précipiter les évènements par un trait de son despotisme et fit arrêter le même jour, 13 octobre 1307, dans toute la France, tous les Templiers, et ordonna la confiscation de leurs biens, Clément V, loin de mollir, lui remontra aussitôt que les Templiers, en leur qualité de membres d'un ordre religieux, étaient immédiatement soumis au Saint-Siège, et que, par conséquent, ni leurs personnes ni leurs biens ne relevaient du roi.
Puis il envoya à Philippe les cardinaux Bérenger, de Frédol et Etienne de Suisy, avec mission de l'engager à se désister de cette affaire et à la remettre entièrement au Pape ; en même temps il suspendit l'action de l'inquisiteur de Paris, frère Imbert, et de tous les inquisiteurs et évêques de France qui, sur les instances du roi, avaient commencé le procès des Templiers, et il évoqua la cause au tribunal suprême du Saint-Siège.
C'était, ce nous semble, faire preuve de résolution et d'énergie.
Le roi céda.
Il répondit au Pape qu'il n'entendait porter aucun préjudice au droit de l'Église, qu'il remettait les personnes entre les mains des cardinaux légats (personas Templariorum ipsorum posuimus vestro et Ecclesiae nomine in manibus cardinalium corumdem), et qu'il se contenterait de tenir les biens sous séquestre en attendant la sentence.
Mais le Pape revendiqua pour le Saint-Siège la gestion de ces biens, et Philippe céda encore.
Enfin, le procès fut déféré aux tribunaux pontificaux, et le fougueux roi consentit à attendre la décision d'un concile général convoqué pour la fin de 1310.
Ce concile, annoncé pour le mois de novembre 1310, fut ajourné au mois d'octobre 1311, afin de donner aux juges le temps de compléter leur enquête.
Le concile réuni, Clément V temporisa cinq mois avant de publier la sentence, et ce, malgré les obsessions du roi, qui trouvait toujours qu'on n'allait pas assez vite.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
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Message  Eric Sam 04 Déc 2010, 5:08 am

Le Saint-Siège n'a donc pas, comme on s'est plu à le dire, brusqué la solution du procès des Templiers sous la pression de la cour de France.
Dans le préambule dont il fait précéder la reproduction de la bulle Vox in excelso, Héfelé a donc tort de représenter le Pape comme partagé entre l'opinion émise par la majorité du concile, d'accorder à l'ordre le droit de se défendre, et la peur que lui causait son royal oppresseur ; la peur l'aurait emporté lorsque le Pape vit apparaître aux portes de Vienne, en février 1312, le roi accompagné d'une suite semblable à une armée, et lorsque, plus tard, il reçut du roi une lettre en date du 2 mars, dans laquelle ce monarque lui déclarait qu'il fallait en finir avec l'ordre, sa culpabilité étant suffisamment établie.
Nous parlerons de l'opinion du concile ; quant à la peur, M. Héfelé se trompe. La suite semblable à une armée n'était ni plus ni moins que l'escorte naturelle d'un roi chrétien se présentant devant un concile œcuménique : Multorum praelatorum, nobilium ac magnatum decens pariter ac potens comitiva, dit le continuateur de Guillaume de Nangis.
La lettre n'était que la reproduction d'instances formulées déjà à plusieurs reprises, et notamment dans une lettre en date du mois de mars 1311.
Que l'on suive attentivement toutes les phases de l'affaire des Templiers, et qu'on nous dise si Clément V ne déploie pas la même indépendance et la même fermeté apostolique qu'à l'époque où, archevêque de Bordeaux, il bravait la colère du roi plutôt que de manquer à l'appel de Boniface VIII l'invitant à se rendre au concile de Rome.

Et maintenant, la sentence d'abolition prononcée par le Pape contre les Templiers au concile de Vienne est-elle juste ou injuste? Nous répondrons avec l'abbé Jager : Rien de plus juste que cette sentence, qui a été tant blâmée par les ennemis de l'Église.
Songeons qu'il ne s'agit pas seulement ici d'un simple décret ou bref, mais d'une bulle solennelle, promulguée au sein du concile œcuménique et approuvée par ce concile, comme l'atteste le Pape dans le texte de la pièce et dans les deux autres bulles, Ad providam et Considerantes dudum, comme le reconnaissent le continuateur de Guillaume de Nangis et les auteurs du temps.
Appeler cette sentence injuste, c'est taxer d'injustice le concile qui l'a approuvée, l'Église universelle légitimement assemblée, dont les jugements en matière de discipline ecclésiastique ont une autorité immense, quoique non infaillible, puisqu'ils portent sur un fait indépendant du dogme.
Ajoutons que la sentence fut approuvée par les évêques de la chrétienté, reçue avec respect et mise à exécution par les princes. La plupart des historiens du quatorzième siècle, et les plus sérieux, l'approuvent.
Villani, il est vrai, n'est pas de leur avis ; mais Villani ne fait guère que reproduire les bruits qui couraient alors en Italie, où la mémoire du premier des Papes d'Avignon rencontrait peu de sympathie.
Au reste, personne ne justifie les Templiers : ce n'est que plus tard que l'on voit le protestantisme et le dix-huitième siècle fournir des avocats qui prennent la défense de l'ordre et les historiens qui s'apitoient sur sa suppression.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 501, 502 et 503


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Message  Eric Dim 05 Déc 2010, 7:20 am

Pour se convaincre, d'ailleurs, de la culpabilité des Templiers, on n'a qu'à prendre connaissance des pièces de leur procès.
Ces pièces ont été rédigées par les inquisiteurs, par les évêques et par les délégués du Pape ; elles sont authentiques : bon nombre ont été reproduites par Dupuy, dans son Histoire des Templiers; les actes du concile tenu à Londres en 1311 renferment les aveux des Templiers anglais ; enfin, le Procès des Templiers, publié par Michelet, en deux volumes in-quarto, dans la Collection de documents inédits sur l'histoire de France, contient in extenso les principaux actes de la procédure, par exemple les interrogatoires faits à Paris, en 1307, par le tribunal de l'Inquisition , et les procès-verbaux des sept commissaires pontificaux, depuis le mois d'août 1309 jusqu'au mois de mai 1311.
Or, l'ensemble de toutes ces pièces donne une masse si accablante de témoignages et de preuves à la charge des accusés, qu'il est impossible de douter de la vérité des imputations formulées, quelque graves qu'elles soient.
Nous voudrions pouvoir douter encore, dit Jager, mais le doute n'est pas possible 1.
Et quiconque a eu la patience d'étudier tous ces documents a conclu comme Jager.
Il faut s'imposer cette tâche pour connaître à fond l'état de corruption dans lequel était tombé l'ordre du Temple depuis plusieurs années; tous les membres, et principalement les plus élevés par la naissance et par le rang, étaient atteints.
Malgré le mystère dont s'entouraient les chevaliers, quelque chose de la vraie situation de l'ordre avait transpiré dans le public : la licence des Templiers était même proverbiale.
Ils blasphémaient et reniaient Jésus-Christ, crachaient sur la croix, pratiquaient des rites obscènes au moment de leur initiation, adoraient une tète d'idole, le célèbre Baphomet, dans leurs assemblées secrètes, s'abandonnaient entre eux à des débauches infâmes, se confessaient et s'absolvaient mutuellement, quoique laïques.....


1. Histoire de l'Église en France, t. X, p. 457.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 503 et 504


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Message  Eric Dim 05 Déc 2010, 12:12 pm

Toutes ces énormités et d'autres encore que le Pape indique dans ses bulles, furent avouées par des centaines de Templiers, et non-seulement par des frères obscurs, mais par des chevaliers, par des précepteurs, par de hauts dignitaires de l'ordre, par le grand-maître lui-même.
Elles furent avouées à plusieurs reprises devant les inquisiteurs, les évêques, les cardinaux, le Pape ; elles furent avouées non-seulement en France, où était le siège principal de l'ordre, mais en Angleterre, en Italie, partout où l'enquête eut lieu.
La corruption, si elle n'était pas universelle au sein de l'association, était au moins très-étendue : elle remontait d'ailleurs à une époque reculée, car le grand-maître avoua, en 1307, que, quarante-deux ans auparavant, il avait été reçu dans l'ordre en reniant, lui aussi, le Christ.
Un illustre évêque, selon toute apparence Guillaume Durand, évêque de Mende, déclara en plein concile que plus de 2000 témoins avaient déposé contre les Templiers, plusquam per duo millia testium!
Une telle corruption dans un ordre religieux si célèbre et tant honoré par les Papes, ne s'explique que trop par la fragilité humaine d'abord, et surtout par la condition mixte des Templiers, gens moitié religieux, moitié militaires, par les immenses richesses qu'ils possédaient, par le long commerce qu'ils avaient eu avec les Orientaux.
Il est vrai que plusieurs membres de l'ordre rétractèrent dans la suite, totalement ou en partie, leurs aveux, et marchèrent au dernier supplice en protestant de leur innocence ; il est vrai que d'autres soutinrent constamment qu'ils étaient innocents et qu'ils n'avaient pas même connaissance des crimes imputés à leur ordre ; il est vrai que, dans certains pays de l'Italie, de l'Espagne et de l'Allemagne, les évêques et les conciles provinciaux renvoyèrent les accusés sans les condamner.
Mais cela prouve, si l'on veut, une chose qui n'a jamais été contestée : qu'il y avait des innocents et des coupables, que la corruption ne s'était pas étendue à tous les membres, à toutes les maisons, à toutes les provinces de l'ordre, soit ; néanmoins, en faisant la part de l'innocence aussi large que possible, on trouve encore une telle quantité de preuves et de coupables dans toutes les classes de l'ordre, qu'il faut reconnaître que l'ensemble était infecté.


Mgr Fèvre (Protonotaire Apostolique), Histoire apologétique de la Papauté (Depuis Saint Pierre jusqu'à Pie IX)
T. V, Chap. XVII, Paris Louis Vives Lib. Ed., 1880, p. 504 et 505


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Message  Eric Mar 07 Déc 2010, 12:43 pm

Et qu'on ne dise pas que les aveux des Templiers leur furent extorqués par la torture ou par des roueries de procédure. Certains auteurs n'ont pas manqué, à ce propos, de déblatérer contre l'Inquisition et contre la procédure criminelle du quinzième siècle.
Cette opinion tombe devant l'examen des pièces du procès.
En admettant même que quelques accusés se soient laissé arracher des aveux mensongers, comment supposer que tous les religieux, ou même que la plupart, aient cédé à l'intimidation ; que ces soldats, appartenant aux premières familles de l'Europe, habitués à braver si vaillamment la mort sur les champs de bataille et ayant rempli le monde du bruit de leurs exploits, aient été tout-à-coup assez lâches, en présence d'un instrument de torture, pour se perdre eux et leur ordre ? Et, d'ailleurs, comment expliquer que, arrêtés brusquement le même jour, ils aient, sans avoir pu se concerter, avoué les mêmes crimes? Enfin, nous le répétons, la torture n'a été appliquée à aucun d'eux.
Le protestant Wilcke et Michelet reconnaissent que, dans l'interrogatoire soutenu à Paris par le grand-maître et par plusieurs centaines de chevaliers, les juges firent preuve de justice et de douceur.
Il est incontestable qu'aucun des 140 chevaliers examinés par frère Imbert en 1307, qu'aucun des 72 examinés par le Pape et les cardinaux de Poitiers, qu'aucun des grands officiers examinés avec le grand-maître, à Chinon, par trois cardinaux, qu'aucun des 231 chevaliers examinés par les sept commissaires pontificaux à Paris, n'a été soumis à la torture.
On ne leur demandait, dans les interrogatoires, que de jurer qu'ils diraient la vérité, après quoi on écoutait leur déposition : « Praestito juramento quod super praemissis omnibus meram et plenam dicerent veritatem, libere ac sponte, absque coactione qualibet et terrore, deposuerunt et confessi fuerunt, » dit le Pape dans la bulle Vox in excelso.



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