Cinq textes de René Dionnet, peintre d'Art Sacré.

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Message  Roger Boivin Ven 17 Sep 2021, 3:56 pm


Ce sont cinq textes sur l'Art Sacré, que René Dionnet dans les années 1950, a publié dans la revue MARIE, fondée par le poète catholique Roger Brien.
Ces cinq textes, que voilà très longtemps j'avais polycopier, sont agrémentés de quelques œuvres très belles en gris-et-blanc, que j'espère pouvoir faire suivre si l'on parvient à les placer sur mon bureau. On a peine à trouver de quoi sur ce peintre, et même ses œuvres, sur le net.



Revue MARIE, Mars-Avril 1955 :


LA REINE DES ARTS


Ce qui apparaît comme un signe des temps, dans les arts modernes et en particulier dans la peinture, si en faveur à notre époque, c'est une pernicieuse tendance à la défiguration ou à l'abstraction. Le Prince du Difforme et des ténèbres inspire de trop nombreux artistes qui, avec un soin maladif, ''déforment la beauté naturelle et la plient, défigurée, aux caprices de leur pensée absconse'' 1, ou bien, abstracteurs de quintessence, vont à la rencontre d'un esprit fumeux et mettent le monde en rébus ou en équations. Ceux-ci cachent leur ignorance et se font abstraits pour paraître profonds ; ceux-là expriment leur scepticisme, leur angoisse et le tragique des temps en des œuvres parfois pathologiques où foisonnent  les monstres et qui font la délectation des gens égarés.

L'art est bien le miroir du temps, comme dit Son Éminence le Cardinal COSTANTINI, et ce miroir reflète aujourd'hui un immense désordre et une confusion des esprits.

Si la défiguration, de tendance satanique, s'oppose à la renaissance d'un art chrétien, par le fait même qu'elle détruit la beauté naturelle, l'art abstrait, tout en préférant la beauté géométrique à la beauté vivante, peut chanter la gloire de Dieu dans une œuvre figurative, y apportant des éléments d'ornementation, et des signes sacrés, tels que le nimbe, l'auréole, la croix, la gloire et autres attributs. Prêtant ainsi son concours à la beauté naturelle transfigurée, il peut porter le témoignage d'une religion née de l'Incarnation du Verbe. Il y trouve ce côté humain qui révèle le côté divin. L'Église nous apprend en effet, dans sa Préface de la Nativité, que connaissant Dieu sous une forme visible, nous sommes ravis en Lui en l'amour des choses invisibles. La nature révélant la surnature, et le surnaturel prenant son assise sur le naturel, l"art abstrait est incapable, dans sa forme actuelle, de révéler quoi que ce soit. Lorsque des œuvres sont trop abstraites, ''elles demandent à être expliquées en langage verbal et perdent leur valeur de signe pour ne servir à procurer aux sens qu'une jouissance physique que ne dépasse pas leur niveau, où à l'esprit, celle d'un jeu subtil et vain'' 2.

Le Moyen-âge profondément marial n'a point connu l'abstraction, ni l'art pour l'art, ni les blasphèmes figuratifs de notre époque. Une très subtile propagande s'efforce de nous prouver le contraire, en présentant en pleine page d'un livre sur l'art moderne, une figure monstrueuse sortie de son contexte lapidaire, et habilement soustraite à la Vertu qui la donne et la terrasse. Des moyens aussi malhonnêtes n'échappent pas à l'artiste placé sous l'inspiration de son Inspiratrice et Modèle, de ''Celle qui est le Jardin fermé : le Paradis terrestre du Nouvel Adam ; la Magnificence du Très-Haut ; le Grand et Divin Monde de Dieu où il y a des beautés et des trésors ineffables''3.

C'est afin que les artistes découvrent ces beautés et ces trésors, que le Souverain Pontife, le 19 mai 1948, s'est adressé en ces termes aux pensionnaires de la Villa Médicis : ''Votre mission, remplissez-la de votre mieux, avec tout votre amour. Et, afin qu'Elle vous y assiste, nous invoquons pour vous la Vierge Mère, la toute sainte et toute belle, l'Inspiratrice des vrais artistes''.

Que chacun se tourne donc vers Marie, l'Épouse de l'Esprit-Saint, pour acquérir une plus haute conception de la Beauté et exprimer ''par une beauté sensible, cette mystérieuse beauté morale et spirituelle qui ne se laisse pas facilement contenir dans les lignes des choses naturelles''4. Il atteindra à cette transfiguration des données sensibles, et par Marie, orientera son art vers Dieu. Oui, c'est bien d'une orientation qu'il s'agit, car l'art religieux authentique nous met toujours face à Dieu. L'art en général devrait avoir cet objectif, mais vidé de sa substance, profané, il n'est le plus souvent qu'un jeu gratuit, une délectation intellectuelle ou philosophique, quelquefois même un blasphème.

Seul, peut réagir contre un art outrancièrement moderne favorisant la dispersion, l'artiste ayant pour modèle le ''Jardin fermé'' au centre duquel s'élève l'Arbre de Vie. Il lui inspire une composition fermée, à symbolisme axial, propice à la méditation et à la prière.

A la composition centrifuge, chère à l'art athée, l'art chrétien oppose donc une composition centripète, qui retient le contemplateur et le transforme en contemplatif. Ainsi l'esthétique luciférienne est-elle détrônée par l'esthétique mariale, non seulement dans son rythme mais dans sa lumière. En effet, l'artiste découvrant par Marie ''le Soleil Mystique dont Elle est l'aurore''5, traduit plastiquement cette clarté en nous montrant la création tout entière dans une lumière quasi surnaturelle, choisissant un éclairage où il y a ni variation, ni ombre, ni changement, et qui fait apparaître la forme dépouillée de tous ses accidents superficiels, et vivant de sa vie intérieure.

L’œuvre, inspirée par marie ''en qui le Soleil de Dieu ne fait pas d'ombre''6 est véritablement un Magnificat, chant triomphal de la lumière sur les ténèbres, une révélation de Dieu par la lumière, une théophanie. Elle explique cette appellation d'''illuminateur'' que le Moyen-âge français donnait généralement à ses peintres, tous formés spirituellement par la Vierge Mère. Contemplant comme eux jadis, l'arc-en-ciel avec ses sept couleurs issues de la lumière, les peintres des temps nouveaux y voient la même figure allégorique de la Reine de tous les Septénaires. C'est pourquoi l'auteur de ces lignes a voulu placer son atelier parisien sous le vocable de ''Notre-Dame de la palette et des Sept Couleurs'', appelant sur lui et les siens, la protection de la Reine des Arts.

Nombre de ses confrères répondent également aux exhortations de Sa Sainteté Pie XII, et mettent leurs pinceaux ou leurs ébauchoirs au service de Dieu par Marie.

Les sentiments qu'ils expriment dans leurs œuvres de paix, sont plus dans l'ordre de la dilection que du tragique, et cet amour tendre et pur pour la Reine des Arts est l'élément nouveau qui vaincra les pernicieuses tendances dont souffre l'art moderne sous toutes ses formes.

Nous invitons le lecteur à relire, dans le numéro spécial de Noël 1949, le bel article de Son Eminence le Cardinal CELSO COSTANTINI, sur la Sainte Muse de l'Art chrétien, qu'il termine en ces termes : ''Nous vivons par des temps qui ont des aspects rudes comme ceux du Moyen-âge''. . . ''Invoquons la Sainte Muse chrétienne pour qu'Elle nous rende plus humains et plus chrétiens, et qu'Elle vienne reprendre sa place prépondérante dans l'art, éclairant et commentant en beauté, les principes éternels de notre civilisation chrétienne''.

Marie, Reine des Arts, priez pour nous !

_______

1. Discours de S. S. Pie XII - 19 mai 1948. - ( https://messe.forumactif.org/t9189-l-artiste-chretien-s-s-le-pape-pie-xii )
2. Allocution de S. S. Pie XII - 3 septembre 1950 à Castel-Gondolfo.
3. L.-M. Grignion de Montfort - Traité de la vraie dévotion.
4. La Théologie de l'Art Sacré - R. P. Cordovani. 1949.
5. L.-M. Grignion de Montfort - Traité de la vraie dévotion.
6. Le Cardinal de Bérulle.

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Message  Roger Boivin Sam 18 Sep 2021, 3:39 pm


Revue MARIE, Juillet-Août 1955 :


LA REINE DES ARTS ET LE VIEUX SERPENT


Nous allons vers des temps nouveaux, ceux-là mêmes que nous préparons en un travail de catacombes, et qui seront le fruit de nos souffrances, de nos prières, et le témoignage de notre mariale dilection.

Chaque chrétien, dans sa profession, son métier, prend conscience de ses possibilités et s'emploie à cette œuvre immense de rédemption, à cette restauration des premiers Principes. Renouveler les cieux et la terre, transfigurer les données sensibles, faire resplendir la grâce sur la nature, atténuer l'opacité de la matière pour que transparaisse l'esprit, telles sont les nobles aspirations des disciples du Christ, tous fils d'une même Mère, Marie.

Ce grand désir de renouveau, nous le lisons tout d'abord dans le miroir du temps qu'est l'Art, et surtout la peinture. Dans le domaine profane, les recherches même les plus excentriques et les plus folles ne portent pas à conséquence grave, bien qu'elles dépravent à la longue le goût du public ; mais dans le domaine religieux et sacré, ces dépravations sont absolument inconcevables, car elles dénaturent la religion aux yeux des fidèles et des non-croyants. En effet, en voulant dire les choses d'une façon nouvelle, beaucoup d'artistes en arrivent à dire des nouveautés. Cette issue est fatale quand l'Art rejette toutes traditions, procède par empirisme, demande au subconscient plus ou moins fumeux de lui fournir des thèmes, s'éloignent enfin de la nature et par là même du symbolisme religieux qui prend ses signes dans le sensible.

Il n'y a plus grande différence aujourd'hui entre l'art sacré et l'art profane, puisque celui-ci influence plastiquement celui-là, au cri guerrier de : "place à l'art jeune !" car il existe, selon les snobs et les esthéticiens abstrus, un art jeune, vivant et libre. Nous voyons bien de quelle espèce d'art ils veulent parler. Art juvénile en effet, et qui suce encore le lait du Léviathan (du monstre). Le difforme est pour lui un nouvel idéal ; il fait de la nature son esclave et "il la torture pour la plier, défigurée, aux caprices de sa pensée absconse" 1.

Ennemi de toute notion de beauté, il l'est aussi de ses éléments constitutifs et en premier lieu de l'intégrité. Il s'attaque donc à l'intégrité du corps physique et par analogie à celle du Corps Mystique dont parle l'Apôtre Saint Paul. Voyez plutôt Picasso comme il disperse les membres et s'en amuse : Il fait dire au pied "Puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps", et à l'oreille "Puisque je ne suis pas l’œil, je ne suis pas du corps". Une lutte orchestrée par un pinceau satanique s'engage alors dans tout le corps et la bouche se réfugie, verdâtre de peur, sous l'oreille en éventail ; les deux yeux entrent en lice et le plus faible reste sur le carreau ; le nez pare les coups du profil et va chercher du renfort à la périphérie. Tel est l'art de Léviathan, - art pathologique des temps actuels, que doit affronter l'artiste chrétien en un combat apocalyptique serré, sous l'égide de Marie, Reine des Arts. Car c'est bien par la Vierge très pure et très belle, que l'art sera délivré des néfastes puissances, qui actuellement le stérilisent, le clouent au sol, et lui inspirent cette cruauté, cette monstruosité et cette agressivité qu'il prend pour de la force, alors qu,en fait, ces signes sont la marque de la Bête Serpentine.

Léon Bloy, bien avant les monstres enfantés par l'art défiguratif Picassien, écrivait dans une page célèbre que "L'Art est un parasite aborigène de la peau du premier serpent". Il serait plus dur encore de nos jours et dirait sans nul doute que le Prince du Difforme est le Maître des langages plastiques et phonétiques ; qu'il les emmêle comme des écheveaux de soie ; qu'il propage le disparate et accentue chaque jour la confusion des divers moyens d'expression. Le Vieux Serpent s'enroule toujours sur l'arbre de la connaissance, et, comme hier au Paradis terrestre, il nous susurre sa pseudo-métaphysique qu'une vaste propagande répand aux quatre coins de l'univers. L'art, n'est-il pas vrai, est un merveilleux moyen de propagande, puisqu'il est la fixation dans l'espace de la pensée de l'homme. Il est une manifestation de l'esprit sur l'écran de la matière, une sorte de miroir, un révélateur d'une suggestive puissance. Le Prince de ce monde, rusé comme le serpent, ne saurait méconnaître ces moyens qui augmentent son insatiable pouvoir de domination et il entretient comme nous le disions tout à l'heure, une confusion dans les esprits pour en tirer un avantage.

La main-mise sur l'art lui a été relativement aisée pendant quelques siècles d'attiédissement, au cours desquels les artistes chrétiens ont trop oublié qu'ils avaient une Sainte Muse, une Reine merveilleusement belle, une Mère prête a les enseigner, qu'ils auraient contemplée et dont ils auraient écouté les confidences.

Se détournant d'Elle, ils se sont vite éloignés de la nature, par voie de conséquence, et ils n'ont plus entendu "L'écho de son chant intérieur" comme le dit admirablement Sa sainteté Pie XII" 2.

Alors la Bête Serpentine qui singe Dieu est apparue et cherche à séduire les artistes en exaltant l'individualisme jusqu'à l'anarchie, en flattant leurs défauts sur lesquels repose leur pseudo-personnalité. "Vous serez semblables à des dieux" répète-t-elle inlassablement, et voici que pullulent aussitôt les génies, tous marqués du signe de la Bête. Il en vient de partout, de tous les pays du monde, car en tous lieux, l'on fait aujourd'hui de la peinture, depuis qu'elle est devenue un art sans métier.

Israël, qui n'avait jamais touché un pinceau au cours de sa longue histoire, se met lui aussi furieusement au chevalet, respectant la loi mosaïque sur la prohibition des images, par l'art non-figuratif ou abstrait, trouvailles vraiment astucieuses qui lui permettent de s'exprimer tout en sauvegardant ses traditions.

Parmi tous les peintres du monde - et ils sont légion, - se trouvent, moins nombreux sans doute, des peintres chrétiens pour qui l'art est un témoignage. Je m'adresse à ceux-ci, dont la mission est de louer et de glorifier le Seigneur, et les adjure, afin de libérer l'Art de l'empire du Vieux Serpent, de prendre pour inspiratrice et pour Modèle, la divine Marie, selon les raisons péremptoirement invoquées par Louis Marie Grignion de Montfort, dans son Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge : "Marie étant le chef-d’œuvre des mains de Dieu, aussi bien ici-bas par la Grâce, que dans le Ciel par la Gloire, Dieu veut en être glorifié et loué sur la terre par les vivants".

_______


1. Pie XII.
2. Pie XII. ( Le rôle essentiel et la mission des arts. - Discours 19 mai 1948 ).

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Message  Roger Boivin Lun 20 Sep 2021, 1:30 pm

Revue MARIE, Novembre-Décembre 1955 :


CROISADE D'AMOUR POUR LE RENOUVELLEMENT


Sur notre monde usé et las, passe comme un souffle d'espérance, un désir de renouveau, sensible dans le domaine expressif des arts, miroir de la pensée et du temps. Les mots, les sons, les formes et les couleurs, vont-ils retrouver leur pouvoir transfiguratif qui ouvre les portes du sacré ?

La vie des formes dépend de la vie intérieure de l'artiste. S'il s'engage dans le sacré sans vouloir rectifier sa subjectivité, considérant le thème liturgique comme un prétexte à se faire valoir et se mettre en vedette, il n'est pas le fidèle interprète de la pensée de l'Église et ne peut exprimer sa vie dogmatique et spirituelle. Sans guide, il a vite fait de se perdre dans le labyrinthe de l'individualisme, qui l'éloigne d'un art traditionnel, communautaire, fraternel et transmissible. Il a des excuses, certes, car il lui manque entre autres, ce soutien de l'ambiance si puissant au Moyen-âge, et qu'il chercherait en vain dans les sociétés d'artistes catholiques, où sont admises toutes les tendances.

Dans ces groupements rien n'a encore été fait pour combattre la mode du laid et du grotesque qui, sous prétexte de renouveau, tend de plus à envahir le domaine de l'art religieux.

Alors qu'un trop grand subjectivisme contamine l'Art, et pousse certains à regarder à travers un miroir déformant et dans des directions divergentes, voici que monte à nouveau dans le ciel, l’Étoile des Bergers et des Mages. Pourquoi ne rassemblerait-elle pas autour de l'Enfant-Dieu et de sa Mère, tous les artistes chrétiens du monde entier, pour manifester leur amour et méditer un moment sur les choses divines, mêlées ici au choses humaines ? Dans cette Lumière mystique éclairant notre nuit, faisons une halte et soyons attentifs, car ici seulement peut se faire l'unité spirituelle dont nous avons besoin, afin d'entreprendre la grande croisade d'amour pour le renouvellement de l'art sacré.

Sans cette unité spirituelle, aucune forme d'art n'est valable dans le sanctuaire "où Dieu réunit ceux qui n'ont qu'un même esprit".

Les innovations les plus séduisantes présentent souvent un caractère insolite qui gêne la piété des fidèles. Ceux-ci ne reconnaissent plus les choses du Christ quand elles sont le jouet de la fantaisie capricieuse des artistes, et c'est pourquoi ;a Sacré Congrégation du Saint Office, dénonçant la déplorable tendance d'un art qui défigure et qui profane, a exalté la beauté naturelle que le Christianisme transfigure.

Le Saint Père, lui-même, a rappelé que l'Art est fils de la nature, qu'il entend l'écho de son chant intérieur et découvre, émerveillé, l'esprit divin qu'elle renferme 1.

Ainsi l’Église nous ouvre l’œil du cœur qui voit Dieu resplendir dans toute sa création. Par elle, Il vient à nous ; par elle, nous devons remonter vers Lui. Le surnaturel, domaine de l'art sacré, repose sur le naturel ; c'est donc par la nature que l'art révèle la surnature.

La liturgie de Noël nous enseigne dans la sublime préface de la Nativité, la voie que nous devons suivre pour exprimer les choses de Dieu. Cette voie est celle de l'Incarnation, clef de voûte de l'art chrétien : ". . . Par le mystère du Verbe incarné, un Rayon de Votre splendeur a brillé aux yeux de notre âme, afin que connaissant Dieu sous une forme visible, nous soyons ravis par Lui, en l'amour des choses invisibles".

La forme visible de cet Enfant, c'est sa nature humaine ; la forme invisible, c'est sa nature divine. Le rôle de l'art chrétien est de nous révéler le divin à travers l'humain. Il a cette possibilité transfigurative, à la condition absolue de rester humain. S'il s'engage dans défiguration ou l'abstraction, il fait fausse route et n'est ni plus ni moins qu'un mensonge. Art représentatif, il s,appuie sur les choses visibles pour révéler les invisibles, dans le sens où l'Apôtre Saint Paul dit que le monde est système de choses invisibles, manifestées visiblement. Il s'ensuit que tout art liturgique est une manifestation, une théophanie. Comme dit Suger, l'art sert à conduire les âmes, par le moyen des choses matérielles, vers les immatérielles. Ici encore la même idée transparaît : celle de révélation de l'esprit par la matière servant de support, d'écran, en quelque sorte ; une matière qui tend à devenir lumière ou du moins qui la réverbère.

Une merveilleuse beauté émane de Jésus et de sa Mère, autour de qui nous sommes assemblés ; la vraie Beauté, dont nous avons maintenant une conception objective, et dont nous emportons le reflet pour mettre dans nos œuvres, capables désormais de porter témoignage, si nous demeurons toujours placés sous le signe de la Maternité de marie, Reine des Arts.

______

1. CF : Le rôle essentiel et la mission des arts. Allocution de S. S. Pie XII, aux pensionnaires de la Villa Medecis. 19 mai 1948. (Documentation Catholique no 1019.)

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Message  Roger Boivin Mar 21 Sep 2021, 12:11 pm


Revue MARIE, Novembre-Décembre 1956 :


L'ART MARIAL, SOURCE DE PAIX



L'an dernier, à pareille époque, nous avions demandé aux artistes chrétiens du monde entier, de se rendre en esprit auprès de l'Enfant-Dieu et de sa Sainte Mère, afin de retrouver la vraie Beauté.

A nouveau, nous ressentons l'attrait du lien merveilleux où resplendit "le Soleil mystique dont Marie est l'aurore". La lumière qui nous environne a quelque chose qui n'est pas de ce monde. Comme la nature est belle ! Comme elle est calme et tranquille !

Je la retrouve plus familière que jamais, et toute frémissante de joie. C'est comme un chant qui monte lentement vers la Vierge et l'Enfant ; un chant sortant des montagnes et des collines ; des mers, des fleuves et des fontaines ; des bêtes sauvages, des troupeaux et des oiseux du ciel ; et du cœur des enfants des hommes ; de ceux qui, parmi ces enfants, ont fuit pour un temps le tumulte de la Babel moderne, afin de trouver la paix intérieure dont leur âme a besoin. Ils n'oublient pas qu'ils sont des hommes faits à l'Image de Dieu ; c'est pourquoi ils s'expriment par images et font des images taillées ou peintes pour enseigner et célébrer les dogmes chrétiens. Autrefois, la loi mosaïque interdisait la représentation des choses visibles et invisibles ; mais la Maternité de Marie a supprimé le tabou.

Par l'Incarnation du Verbe, voici qu'elle sanctifie les poètes, les musiciens, les sculpteurs et les peintres, en suscitant les plus hautes expressions. La Grâce vole au secours de la nature et la transfigure. Le sens du Divin passe à travers l'humain et ajoute à la transcendance de l'Art. Avec Marie, c'est le Paradis retrouvé, où tout s'équilibre, s'ordonne et se hiérarchise autour de l'Arbre de Vie qu'est Jésus.

Peintres mes frères, arrêtons-nous ici, pour y trouver l'inspiration auprès de la Reine des Arts. Nous découvrons en ce lieu l'Idéal toujours poursuivi, et qui s'offre à nos yeux d'artistes. Les merveilles qui nous sont tendrement révélées, contemplons-les avec dilection, afin d'emporter dans nos cœurs l'image de la véritable Beauté, empreinte d'amour et de paix.

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Message  Roger Boivin Mer 22 Sep 2021, 7:17 am

Revue MARIE, Juillet-Août 1958 :


L'ANTHROPOMORPHISME 1
DANS L'ARTCHRÉTIEN


Les artistes qui, suivant une méthode d'iconographie symbolique, représentent les essences célestes sous l'aspect humain, ont-ils raison de figurer l'infigurable ? de donner forme à ce qui est sans forme ?

La question est importante aujourd'hui où les partisans de la "non-représentation" reprochent à ces artistes de ramener à des dimensions finies le pur esprit invisible qu'est Dieu et les substances incorporelles que sont les anges. Un paradis à la Fra Angelico peut nous induire en erreur, en nous faisant croire que le ciel est un lieu en trois dimensions. L'Art chrétien qui s'élabore dans les catacombes modernes doit aller plus loin que l'ancien, c'est-à-dire rejeter impitoyablement toute représentation anthropomorphique, afin de pouvoir nous élever plus divinement jusqu'aux réalités intelligibles. . .

Nous dénonçons un pareil sophisme en rappelant que l'image est un moyen d'élévation spirituelle, adapté à notre nature, pour modeler à notre taille les passages de l'Écriture qui doivent s'entendre, de façon anagogique (l'anagogie étant l'interprétation d'un texte sacré par laquelle on s'élève du sens naturel ou littéral, au sens spirituel ou mystique).

o o o

Le chrétien, engagé dans un monde scientifique, ne sait plus interpréter convenablement les images par lesquelles il pourrait s'élever jusqu'à la contemplation des choses divines. Son intelligence est embarrassée pour faire correspondre les signes sensibles aux réalités invisibles. Entre les deux ordres de réalités (qu'il reconnaît solennellement dans le Credo), il ne voit aucun lien, parce qu'il a perdu cette science des rapports qu'est le symbolisme religieux, et qui est nécessaire pour comprendre le vrai sens des métaphores matérielles, si fréquentes dans l'Écriture et l'Art sacré.

Comment pourrait-il admettre, par exemple, la représentation anthropomorphique des anges, puisque ces messagers terrestres n'ont point de forme corporelle, ni d'ailes par conséquent ? Il critique donc la plupart des ouvres religieuses dites figuratives, ignorant qu'à l'appui des textes bibliques s'est constituée toute une angélographie qui justifie ces figures et les explique.

Les artistes ont raison de donner forme à ce qui est sans forme, de figurer l'infigurable, car "chaque partie du corps humain leur fournit maintes images qui s'appliquent parfaitement aux puissances célestes".

Non seulement le corps a une signification, mais aussi les vêtements et les signes sacrés.

Les vêtements blancs expriment l'essence immatérielle des anges et la pureté de leur nature. Les ailes, parfois au nombre de six (chez les séraphins) 2 signifient une rapide montée spirituelle, une élévation céleste, une progression vers le haut. Leur légèreté symbolise 'l'absence de toute attraction terrestre, leur élan total et pur, exempt de toute pesanteur, vers les cimes" 3.

Toutes ces choses ont donc un sens caché qu'il ne faut jamais perdre de vue.

Les aborder avec un esprit naturaliste et réaliste, c'est commettre une erreur aussi grossière que ridicule et qui a pour effet de clouer l'âme au sol.

o o o

Il n'y a aucune difficulté à admettre l'anthropomorphisme dans la représentation du Christ. Saint Jean Damascène, l'illustre défenseur du Culte des images 4 souligne qu'il ne faut pas représenter la nature divine parce que personne ne l'a vue, mais il déclare que les artistes peuvent figurer le Fils de Dieu parce que "par une bonté ineffable, le Fils s'est fait chair et s'est montré sur la terre sous la forme humaine. Nous ne sommes pas dans l'erreur, ajoute-t-il lorsque nous représentons son image, car nous désirons voir sa figure et nous la voyons comme à travers à travers un miroir et comme une énigme".

Sans manquer à la vérité théologique, l'art chrétien, au cours de son histoire, ne fut pas aussi restrictif, vis-à-vis de Dieu le Père, qu'il figura sous les traits de son Fils, ainsi qu'il est écrit dans les évangiles : "Qui me voit, voit mon Père . . . Mon Père et moi, nous ne sommes qu'un . . ."Le Christ est donc la Splendeur du Père, l'"Image humaine de Dieu", selon la belle expression de saint jean Damascène. C'est cette Image que les artistes médiévaux dédoublèrent de part et d'autre d'un axe mystique quand ils voulurent exprimer le mystère de la Sainte Trinité.

Le Fils "est assis à la droite du Père". Il porte un nimbe crucifère, car c'est par la croix qu'il sauve. Le Saint-Esprit "qui procède du Père et du Fils" apparaît sous la forme d'une colombe dont les ailes ouvertes vont toucher les lèvres du Père et celles du Fils.

L'esprit théologique de cette composition se retrouve dans la scène du Couronnement de la Vierge (voir à ce sujet l’œuvre bien connue d'Enguerrand Charonton, au Musée de Villeneuve-les-Avignon) :
Spoiler:
Cinq textes de René Dionnet, peintre d'Art Sacré. 696px-10


o o o


Les partisans de la "non-représentation" pensent que les allégories sacrées sont inadéquates à leur objet ; qu'il y a en elles une part d'invraisemblance, et qu'en raison de ces imperfections, il faut aller vers l'abstraction pure.

sachant que l'évolution ne peut pas supprimer la nature sensible de l'homme, nous répétons que ces allégories ont leur utilité "parce que nous sommes incapables de contempler directement l'intelligible et qu'il nous faut des métaphores spirituelles adaptées à la mesure de nos moyens" 4.


________


1. L'anthropomorphisme est l'attribution de caractéristiques du comportement ou de la morphologie humaine à d'autres entités comme des dieux, des animaux, des objets, des phénomènes, des idées et voire à des êtres d'un autre monde le cas échéant. En d'autres mots, signifie l'utilisation d'attributs humains pour représenter ou expliquer ce qui est autre que l'homme.

2. Vision d’Isaïe.

3.Denis l'aréopagite.

4. Jean Damascène - VIIIe siècle. 2e Concile de Nicée.

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Message  Roger Boivin Mer 22 Sep 2021, 7:26 am


De ce peintre catholique, René Dionnet, on ne retrouve rien, sinon que quelques œuvres éparses, ..à saveur moderne.  Il était, à ce que précisé avec sa signature sous ses textes, "Lauréat de l'Académie des Beaux-Arts à Paris ; membre du conseil de la Société St-Jean pour l'encouragement de l'art chrétien".


https://messe.forumactif.org/t9195-rene-dionnet-peintre-francais-d-art-sacre
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Message  Roger Boivin Dim 26 Sep 2021, 10:00 pm



Voici les œuvres en gris-et-blanc de René Dionnet, qui accompagnaient les cinq textes :



Cinq textes de René Dionnet, peintre d'Art Sacré. Captur16
Dernier dialogue de S. Benoit et de Ste Scholastique, tableau sur bois (1952).


Cinq textes de René Dionnet, peintre d'Art Sacré. Captur17
Retable : les "Fioretti" : scènes de la vie de S. François d'Assise (1949).


Cinq textes de René Dionnet, peintre d'Art Sacré. Captur19
"Tu t'appelleras Céphas". Tableau de 0.70 x 0.45.


Cinq textes de René Dionnet, peintre d'Art Sacré. Captur20
Vierge-Mère : grande Icone de 1m 60 x 0,90 (sur bois, avec ors),
décorant la chapelle de la Vierge en l'église Ste-Jeanne de Chantale,
Paris XVIe. (Place de la porte de St-Cloud).
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