Les Deux Larrons : Qui sont-ils ?

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Message  Louis Lun 26 Aoû 2019, 6:36 am

Les Deux Larrons

I

Au chapitre XXIII versets 32 et suivants, saint Luc nous dit : « Avec Jésus étaient conduits deux malfaiteurs pour être mis à mort... Un des deux voleurs qui étaient crucifiés le blasphémait, disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous avec toi. L'autre, le reprenant, disait : Toi non plus tu ne crains pas Dieu, quoique condamné au même supplice. Pour nous, c'est avec justice : nous recevons le châtiment de nos crimes; tandis que celui-ci n'a point fait de mal. Et il disait à Jésus: Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous entrerez dans votre royaume. Et Jésus lui répondit : Je vous le dis en vérité, aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis. »

II

Les deux criminels qui montaient au Calvaire avec le Fils de Dieu étaient des larrons, latrones. Ce mot latin désigne, non des escrocs ou des filous, mais des voleurs de grands chemins, des brigands. « Les anciens, dit Festus, appelaient larrons, latrones, des hommes loués à prix d'argent pour faire le métier de la guerre. Aujourd'hui on donne ce nom aux voleurs de grands chemins, soit parce qu'ils attaquent les voyageurs par côté, soit parce qu'ils se cachent pour tendre leurs embûches (1). »

La législation de tous les peuples les punissait de mort. Chez les Romains, le plus cruel et le plus ignominieux des supplices, le crucifiement, leur était réservé. « La raison en est, dit saint Grégoire de Nysse, que, pour atteindre son but, le brigand ne recule pas devant l'homicide. Il est armé, il s'associe des compagnons, il choisit les lieux favorables. Voilà pourquoi les lois le condamnent à la peine des assassins (2). »

III

Ainsi, les bandits faisaient alors ce que font encore leurs successeurs dans tous les pays. Armés jusqu'aux dents, errants dans les montagnes, cachés dans les cavernes, placés en embuscade sur les routes, dans les lieux écartés, ils attaquaient les passants, les frappaient, et, s'ils ne les tuaient pas, les laissaient demi-morts de leurs blessures. Sans sortir de l'Évangile, nous en avons la preuve dans l'histoire du voyageur de Jérusalem à Jéricho. Ce n'est pas la seule fois que le texte sacré parle des voleurs de grands chemins. Au jour de la Passion, nous trouvons Barabbas, insigne brigand, séditieux et assassin. Enfin, deux brigands sont les compagnons de supplice du Fils de Dieu.

Une des grandes préoccupations de Pilate, pendant les dix années de son gouvernement…
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(1)  « Latrones eos antiqui dicebant qui conducti militabant » (c'étaient les condottieri des temps modernes), « [ caractères grecs ], id est a mercede; at nunc viarum obsessores dicuntur latrones, quod a latere adoriuntur, vel quodlatenter insidiantur. » (De verbor. signific., lit. L.)
(2)  « Latro enim etiam homicidium ad id quod studet assequi, assumit, ad id paratus et armis et copiis et opportunitate loci, adeo ut is homicidiorum judicio subjiciatur.» Epist. Conc. ad episc. Mityl., t. VIII, 123.

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Message  Louis Mar 27 Aoû 2019, 6:46 am

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IV

Une des grandes préoccupations de Pilate, pendant les dix années de son gouvernement, et de ses successeurs, Félix, Festus et les autres, durant leur présidence, fut de donner la chasse aux brigands. Il est donc probable que les deux larrons faisaient partie de quelqu'une des bandes si nombreuses répandues dans le pays.

La tradition ne fait connaître ni le lieu ni les circonstances de leur arrestation. On croit qu'elle s'opéra aux environs de Jéricho et qu'ils furent tous deux jugés dans cette ville. Mais, sans doute par l'ordre de Pilate, on trouva bon de les diriger sur Jérusalem, afin de les exécuter aux fêtes de Pâques. C'était le moyen de donner le plus grand retentissement à leur supplice, et de rassurer les populations, témoins oculaires de la mort de ceux qui les avaient si longtemps effrayées.

V

Sans qu'il soit besoin de le dire, les deux voleurs furent chargés de chaînes et jetés dans une affreuse prison. A Jérusalem la prison publique était attenante au palais d'Hérode et très voisine du prétoire de Pilate. C'est là qu'étaient détenus les grands coupables, en attendant leur exécution (1).

Nous disons affreuse; car telles étaient toutes les prisons des anciens : cachots souterrains, noirs, humides, fermés par des portes de fer, où les malheureux, les pieds dans les ceps et le cou fixé au mur par un anneau, éprouvaient des tortures non moins cruelles que la mort. Si l'on veut en avoir un échantillon, il suffit de visiter, à Rome, la prison Mamertine.

VI

Comment s'appelaient les deux larrons ? A cette question nous n'avons pas trouvé de réponse dans les monuments antérieurs à la fin du deuxième siècle. A partir de cette époque, la tradition la plus commune en Orient et en Occident, fondée sans doute sur des témoignages inconnus aujourd’hui, répète que le bon larron s'appelait DIMAS, et le mauvais GESTAS. « Pilate, dit l'Évangile de Nicodème, ordonna qu'on écrivît sur un écriteau, suivant l'accusation des Juifs, en lettres hébraïques, grecques et latines : Celui-ci est le roi des Juifs. Un des larrons qui étaient crucifiés, nommé Gestas, dit à Jésus : Si tu es le Christ, délivre-toi ainsi que nous. Dimas, lui répondant, le réprimanda disant : N'as-tu point crainte de Dieu, toi qui es de ceux contre qui condamnation a été rendue (1) ? »

Dans son Catalogue des Saints, Pierre de Natalibus nous donne les mêmes noms. « Au temps de la mort de Notre-Seigneur furent arrêtés les deux brigands, Dimas et Gestas. Condamnés à mort, ils furent crucifiés avec Jésus-Christ (2). »

Le grand théologien Salmeron parle comme les anciens…

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(1) Corn.  a Lapid., Act., XII, 10.
(1) Evang. apocr., ch. IX, p. 243, édit. Brunet.
(2) « Tempore igitur mortis Christi Dimas, cum alio latrone nomine Gestas, pro facinoribus suis a Judæis capti, cum Christo morti adjudicantur. » Lib. III,  c. CCXXVIII.

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Message  Louis Mer 28 Aoû 2019, 6:33 am

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VII

Le grand théologien Salmeron parle comme les anciens : « Suivant Nicodème, les deux voleurs s'appelaient Dimas et Gestas : c'étaient les deux plus célèbres brigands de leur temps (3). »
Dans sa Bologne illustrée Masino écrit : « Saint Dimas, le bon larron, est honoré dans l'Église des Saints Vital et Agricola, où l'on conserve un morceau de sa croix (1). »

Quaresmius est l'écho de la même tradition. Il dit : « Quant au nom du bon larron, qui est en mémoire devant le Seigneur, les anciens Martyrologes l'appellent Dimas.

VIII

Dimas était Égyptien de naissance et par conséquent païen. Son père commandait une bande de voleurs qui infestait le désert entre la Palestine et l'Égypte. Suivant une tradition qui remonte aux premiers siècles et qui se retrouve dans beaucoup d'écrits des Pères, Dimas aurait protégé le passage de la Sainte Famille dans ce désert, lorsqu'elle s'enfuyait en Égypte. « Frappé de la majesté qui brillait sur l'admirable visage de l'Enfant Jésus, il eut comme une inspiration de sa divine origine, et l'embrassant avec tendresse il dit : « O bienheureux Enfant, si jamais l'occasion s'en présente, souvenez-vous de moi et ayez pitié de moi (2). »

La très sainte Vierge aussi s'en souvint : on dit qu'elle le reconnut sur la croix, et pria pour lui son divin Fils.

IX

Malgré cette bonne œuvre, Dimas resta dans la voie du crime où son père l'avait engagé. Il passa tout le temps de sa vie dans les déserts et les montagnes et se rendit coupable de tous les forfaits. Il en fit lui-même l'aveu devant la justice, dit saint Ambroise (1).

Du désert d'Égypte, il était venu dans les montagnes qui sont entre Jaffa et Jérusalem, pour dépouiller les voyageurs très nombreux qui allaient du port de Joppé à la ville sainte. Sa bande était assez forte pour occuper un village défendu par un château. Ce village, qui fut témoin de ses crimes, et où on bâtit ensuite une église en son honneur, s'appelle encore Latroun ou le village du bon larron.

« De Rama à Jérusalem, dit Quaresmius, commissaire apostolique en terre Sainte, on compte environ…
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(3) « Latrones illos, juxta Nicodemum, vocatos fuisse Dimam et Gestam, infames prorsus illius ætatis latrones. » Tract, XXXV, De crucifix. Dom., t. X.
(1) « Sanctum Dimam bonum latronem in veneratione esse in ecclesia Sanctorum Vitalis et Agricolæ, ubi pars aliqua crucis ejus conservatur. »
(2)  De vita eremitca ; ouvrage attribué à saint Augustin, mais certainement fort ancien.
(1) « Tantorum criminum inveteratus latro, et scelerum suorum confessione damnatus. » Serm.1 in Cæna Domini, t. V.

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Message  Louis Jeu 29 Aoû 2019, 6:50 am

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X

« De Rama à Jérusalem, dit Quaresmius, commissaire apostolique en terre Sainte, on compte environ trente milles. Excepté la plaine de Rama qui est belle, large, fertile et longue d'environ huit milles, le reste du pays est d'un assez difficile accès, et presque toujours entrecoupé de montagnes et de collines.

« A dix milles environ de Rama, on aperçoit sur la droite, à un demi-mille de la route, les ruines d'un bourg situé au sommet d'une colline. Là, existait jadis une grande église, aujourd'hui presque entièrement détruite. Cet amas de ruines s'appelle dans le pays le Village du bon larron. Toutefois il n'est pas certain que le bon larron y soit né. La tradition rapporte seulement que c'est en son honneur que fut bâtie l'église dont on ne voit plus que les ruines (2). »

XI

Voilà ce qu'écrivait, au commencement du dix-septième siècle, un des historiens les plus exacts de la Palestine. De nos jours, un voyageur non moins autorisé nous prouve une fois de plus que, dans ce pays de l'Orient, tout semble immortel, les traditions comme les ruines : « Au delà de Ramla, dit Mgr Mislin, le chemin continue pendant deux heures sur un terrain inégal et pierreux jusqu'au premier défilé des montagnes de la Judée. Là, on trouve quelques masures habitées, et sur les collines on aperçoit les ruines de Latroun, lieu du séjour présumé du bon larron. Latroun, ainsi que les châteaux forts des Plans, et celui de Maé dont on voit à peine les débris sur les hauteurs voisines, ont été démolis par Saladin après la destruction de Joppé, de Rama et d'Ascalon.

XII

« Ces ruines, dont l'aspect est aussi sinistre que leur réputation, étaient plus formidables il y a quelques années ; mais comme elles servaient de repaire à des bandits qui n'avaient conservé du bon larron que les traditions de sa vie, et non celles de son repentir, Ibrahim avait renversé ces forteresses du brigandage, et sous sa domination la sécurité avait reparu. Mais lorsque les pachas de Constantinople furent rentrés dans leurs anciennes possessions, les voleurs de Latroun et autres lieux revinrent dans les leurs. Ils paraissent assez nombreux aujourd'hui (1). »

On ne sait rien de Gestas, sinon qu'il était aussi célèbre que Dimas pour ses crimes. Était-il de ses compagnons?...
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(2) Hist. théologic. et moralis Terræ Sanctæ Elucidatio, 2 vol. in-fol. Antuerp., 1639, t. II, c. V. p. 12.
(1) Lieux saints, t. I, c. XVII, p. 408.

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Message  Louis Ven 30 Aoû 2019, 7:15 am

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XIII

On ne sait rien de Gestas, sinon qu'il était aussi célèbre que Dimas pour ses crimes. Était-il de ses compagnons? Saint Jean Chrysostome le dit (1).

Il est certain qu'il fut arrêté et jugé en même temps que Dimas, et conduit avec lui dans la prison de Jérusalem.

Dans cette prison se trouvait aussi Barabbas, séditieux souillé de crimes, que Pilate mit en comparaison avec Jésus, dans l'espoir que le peuple n'oserait pas préférer à son roi un si abominable scélérat. En mémoire de la délivrance d'Égypte, les Juifs avaient coutume de donner aux fêtes de Pâques la liberté à un criminel : usage touchant, que les gouverneurs romains leur avaient conservé: ils respectaient partout les traditions nationales.

XIV

Pourquoi Pilate ne proposa-t-il pas de délivrer Dimas ou Gestas? Sans doute parce qu'ils n'étaient pas assez odieux à la populace, qui ne méprisait pas la guerre de grand chemin, à laquelle beaucoup de gens du peuple prenaient part.

Ici, nous entrons dans la série des profonds mystères, qui vont se succéder jusqu'à la mort de Notre-Seigneur et de ses deux compagnons. Deux hommes sont en présence : le nouvel Adam tout couvert de plaies ; le vieil Adam, tout couvert de crimes; le nouvel Adam représenté par l'Homme-Dieu, se laissant condamner pour sauver le vieil Adam; Barabbas représentant le vieil Adam et sauvé par la condamnation du nouveau. Comme le Juste par excellence personnifie toute l'humanité régénérée, le grand scélérat personnifie l'humanité dégradée, et, depuis quatre mille ans, coupable de sédition, de meurtre et de vol.

A peine prononcée, la condamnation du Juste ouvre à Barabbas les portes de sa prison. Ainsi, la mort du nouvel Adam va tirer l'humanité tout entière de la prison ténébreuse, où elle languissait depuis tant de siècles, et l'introduire dans la liberté des enfants de Dieu.

XV

Une fois le Juste substitué au coupable, on tire de leur prison les deux voleurs, et on les réunit au Fils de Dieu. Tous trois sont chargés de leur croix. Jésus est couvert de sa robe sans couture : les voleurs sont nus. Une foule immense, avide, haletante, frémissante, se presse sur la place du Prétoire et encombre la rue, que doivent parcourir les condamnés. Toute la cohorte romaine suffit à peine pour la contenir. Le signal du départ fut donné vers les onze heures et demie, car l'exécution eut lieu à midi ; et du Prétoire au Calvaire, on compte un peu plus d'un kilomètre. C'est l'espace qu'on appelle à juste titre la Voie douloureuse.

XVI

Le cortège passa sous l'arcade, du haut de laquelle Notre-Seigneur avait été montré au peuple. La rue dans laquelle elle se trouve, longue d'environ deux cents pas, est en pente, et descend jusqu'à la rencontre de celle qui vient de la porte de Damas, autrefois d'Ephraïm. Sur la gauche en descendant, se trouvait la sainte Vierge, qui, durant cette cruelle matinée, s'était tenue dans les environs du Prétoire.

Voulant voir son fils pour la dernière fois, elle se plaça sur son passage et à sa vue tomba en pâmoison.

En sortant de cette rue, les condamnés passèrent devant la…
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(1) S. Chrysost., De Cruce, apud P. Orilia, p. 179.

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Message  Louis Sam 31 Aoû 2019, 6:13 am

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XVII

En sortant de cette rue, les condamnés passèrent devant la maison du mauvais riche, dont parle l'Évangile, et entrèrent dans une nouvelle rue droite et assez rapide. Vers le milieu, sur la gauche, était la maison de sainte Véronique. C'est là que la courageuse et sainte femme, traversant la haie de soldats qui bordaient la rue, vint essuyer, avec un linge, devenu immortel, le visage du Sauveur.

Dimas et son compagnon furent témoins de cet acte héroïque. Que durent-ils penser de leur compagnon de supplice, objet d'un si ardent amour? Surtout quel dut être leur étonnement, lorsqu'ils le virent, calme et doux, se retourner vers la multitude de gens du peuple et de femmes qui le suivaient en pleurant: puis, leur dire : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi; mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants l II ne faut pas, ce semble, une grande pénétration pour reconnaître dans ces faits, ménagés par la Providence, autant d'opérations préparatoires de la grande conversion qui allait bientôt s'accomplir.

XVIII

A l'extrémité de la rue se trouvait la Porte judiciaire, sous laquelle les condamnés durent passer, avant d'arriver au lieu du supplice. C'est là que finissait la ville du temps de Notre-Seigneur. Aujourd'hui encore, il est facile de reconnaître qu'il y avait là une ancienne porte. Dans toutes les villes de Judée se trouvait la Porte judiciaire. On lui donnait ce nom parce que les anciens y rendaient la justice.

« Si un homme, dit le Deutéronome, a un fils insolent et rebelle, qui refuse d'écouter son père et sa mère et demeure insoumis, malgré leurs corrections, il le prendra et le conduira aux anciens de sa ville, à la Porte judiciaire, et il leur dira : « Notre fils que voilà est un insolent et un rebelle, qui méprise nos avertissements et qui se livre à la débauche et à la luxure. » Le peuple de cette ville le lapidera, et il mourra et vous ôterez le mal du milieu de vous (1). »

XIX

Cependant Jésus, Dimas et leur compagnon arrivent au sommet du Calvaire. Parmi les soldats chargés de l'exécution, les uns creusent les ouvertures destinées à recevoir le pied des croix; les autres renversent les condamnés et les couchent sur les croix fixées à leurs dos. Mystérieux spectacle ! « Dans le même lieu, dit saint Augustin, il y avait trois croix. Sur l'une, le voleur prédestiné; sur l'autre, le voleur réprouvé; et sur celle du milieu, Jésus qui allait sauver l'un et condamner l'autre. Quoi de plus semblable que ces croix? Quoi de plus dissemblable que ces crucifiés (2) ! »

Comme vient de le dire saint Augustin, les trois croix étaient semblables; mais quelle était leur forme? Écoutons Tertullien, saint Jérôme et saint Paulin…
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(1) Deuter., XXI, 18.
(2)  « Tres ergo cruces in loco uno erant. In una, latro liberandus ; in alia, latro damnandus ; in media, Christus alterum liberaturus, alterum damnaturus. Quid similius istis crucibus? quid dissimilius istis pendentibus? » Epist ad Vincent., n. 43. Opp., t. II, p. 348, n. 7, édit. Gaume.

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Message  Louis Dim 01 Sep 2019, 6:39 am


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…Écoutons Tertullien, saint Jérôme et saint Paulin.

XX

« La lettre T des Grecs et des Latins, dit le premier, est la figure de la croix (1). »

Le second : « Dans l'ancien alphabet hébraïque dont se servent encore les Samaritains, la dernière lettre T est la figure de la croix (2). »

Le troisième : « Notre-Seigneur sans le secours d'innombrables et courageuses légions, mais avec le mystérieux instrument de la croix, dont la figure est exprimée par la lettre grecque T, et qui représente le nombre trois cents, a triomphé des puissances ennemies (3). »

Le témoignage de ces anciens Pères nous semble, sur ce point, préférable au sentiment de plusieurs autres également respectables. Jusque dans les plus minces détails de sa passion, Notre-Seigneur accomplissait toutes les figures et toutes les prophéties. Ce n'est qu'après les avoir complètement réalisées qu'il dit : Tout est consommé.

XXI

Or, la croix dont nous parlons réalise à la lettre deux grandes figures prophétiques. Dans les paroles que nous avons citées, Tertullien fait allusion au passage d'Ézéchiel, où le Seigneur ordonne de marquer de la lettre T le front de ceux qui devaient être préservés de l'extermination : « Et le Seigneur me dit : Passe par le milieu de Jérusalem ; et grave le Tau sur le front de tous ceux qui gémissent et qui pleurent sur toutes les abominations de cette ville (1). » Le Tau est la figure matérielle et mystérieuse de la croix. Gravé sur le front des habitants de Jérusalem, il les sauvait de la mort temporelle. Gravé sur le front des chrétiens, le Tau réel les sauve de la mort éternelle.

XXII

Voici un autre mystère. Dans la numération grecque et hébraïque, la lettre T compte pour trois cents. Or, avec trois cents soldats, Gédéon triomphe de la grande armée des Madianites. C'était pendant la nuit. Chaque soldat portait un flambeau, dans un vase de terre. Au signal donné, tous les vases sont brisés; les flambeaux resplendissent, la trompette sonne, la terreur s'empare des ennemis qui prennent la fuite en désordre. Au milieu des ténèbres du Calvaire, le voile de l'humanité qui cache la divinité de Notre-Seigneur est déchiré par les tortures de la croix. La divinité éclate en miracles; et avec le Tau mystérieux, qui vaut trois cents, le vrai Gédéon met en fuite les puissances infernales.

La tradition sur la vraie forme de la croix s'est perpétuée dans un détail, connu d'un petit nombre…

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(1) « Ipsa est enim littera Græcorum Tau, nostra autem T species crucis. » Adv. Marcion., lib. III, c. XXII, p. 813, édit. Palmé.
(2) « Antiquis Hebræorum litteris, quibus usque hodie utuntur Samaritani, extrema Tau littera crucls habet similitudinem. » In Ezech., c. IX. 4.
(3) « Christus non multitudine, nec virtute legionum, sed jam tum in sacramento crucis, cujus figura per litteram græcam T, numero trecentorum exprimitur, adversarios principes debellavit. » Epist. XXIV, ad Severum.
(1) Ezech., IX, 4.

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Message  Louis Lun 02 Sep 2019, 6:35 am

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XXIII

La tradition sur la vraie forme de la croix s'est perpétuée dans un détail, connu d'un petit nombre. Dans les anciens missels le T, qui commence le canon, Te igitur, clementissime Pater, est accompagné d'une croix peinte sous la lettre même : la figure et la réalité se trouvaient ainsi confondues ensemble. Les éditions modernes remplacent la croix par une gravure représentant Notre-Seigneur en croix, et placée invariablement au commencement du canon. Longtemps avant nous, le savant Pamelius a fait cette remarque (1).

Toutefois, nous l'avons vu, quelques Pères donnent à la croix de Notre-Seigneur la forme sous laquelle nous la connaissons. Le Pape Innocent III, parlant au quatrième concile de Latran, semble avoir tranché la question « Le Tau, dit-il, est la dernière lettre de l'alphabet hébraïque. Il exprime la forme de la croix, telle qu'elle était avant que Pilate la surmontât de l'écriteau de Notre-Seigneur (2). »
XXIV

L'historien Nicéphore n'est pas moins clair. « Lors de l'invention de la sainte Croix, on trouva trois croix séparées, et de plus la tablette blanche sur laquelle Pilate avait écrit en plusieurs langues : Roi des Juifs. Cette tablette, placée au-dessus de la tête de Notre-Seigneur, s'élevait en forme de colonne et proclamait que le crucifié était le Roi des Juifs (3). »

Enfin, l'auteur de la glose dit en propres termes : « L'écriteau placé sur la croix en formait le quatrième bras (1). »

« Cela étant, la conciliation se fait sans peine. Les Pères qui donnent à la croix des condamnés du Calvaire la forme du T la séparent de l'écriteau. Ceux qui lui donnent quatre extrémités la décrivent avec l'écriteau ; et ils parlent indistinctement de l’une et de l'autre. »

La croix est le mystère des mystères…
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(1) « Hoc ipsum imitari videntur Patres nostri, dum in Missalibus antiquis initio canonis in litteral T, ubi legitur: Te igitur, clementissime Pater, solent pictores exhibere crucem Christi: cujus locum hodie successit ipsa crucis imago, pagina proxime præcedenti. » In cap. XXII Tertull., Adv. Marcion., not. 174, p. 829.
(2) « T est ultima littera hebraici alpbabeti exprimens formam crucis, qualis erat antequam Domino crucifixo Pilatus titulum superponeret. » Apud  Labbe, Conc, t. II, p. 133.
(3) « Tres sparsim disjunctæ cruces, et tabula præterea alba inventa, in qua diversis litteris Pilatus Regem Judeorum scripserat, eaque supra caput Chris ti collocata in morem column», cruciflxum illum Judaeorum regem esse promulgarat. » Hist., lib. VIII, c. XXIX.

(1) « Tabulam supra crucem loco quarti brachii fuisse. » In Clement., De summa Trinit.

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Message  Louis Mar 03 Sep 2019, 7:06 am

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XXV

La croix est le mystère des mystères, le trophée du Fils de Dieu, l'instrument béni de notre rédemption, le signe, plein de terreur pour les uns, d'espérance pour les autres, qui précédera le souverain Juge, lorsqu'au dernier jour il descendra du ciel, pour rendre à chacun selon ses œuvres, en présence de toutes les nations assemblées : qui pourrait trouver longs les détails destinés à la faire connaître, telle que le monde l’a vue, telle qu'il la reverra?

XXVI

Nous avons laissé les trois condamnés, renversés par terre et couchés sur leurs croix. Les bourreaux commencent leur cruelle opération. Entendez les coups de marteau qui retentissent sur les clous patibulaires. En effet, c'était avec des clous, et non avec des cordes, comme voudraient le faire croire certaines peintures, que les crucifiés étaient attachés à leur instrument de supplice : l'usage était général. « La croix, dit un auteur païen, se compose de deux choses : du bois et des clous (2). »

Saint Augustin, si bien instruit des coutumes de l'antiquité, s'exprime en ces termes: « Les malheureux attachés à la croix avec des clous souffraient longtemps : leurs mains étaient fixées avec des clous, et leurs pieds en étaient transpercés. Le bon Larron avait le corps percé de clous, mais son âme était intacte et son intelligence n'était pas crucifiée (1). »

Même témoignage dans saint Chrysostome : « Comment ne pas admirer le bon Larron qui, transpercé de clous, conservait toute sa présence d'esprit (2) ? »

Quel était le nombre des clous?...
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(2)  « Ex lignis et clavis crux confecta est. » Artemid., lib. II, c. LVIII. Apud Lips., De Cruce c. IX.
(1)  « Clavis confîxi diu cruciabantur, manus clavis inhærebant, pedes transfixi erant... In semetipso erat clavis confixus, et non saucium intellectum, neque confixum sensum habebat. » Enarrat., in Ps. CXVIII ; Tract, in Joan. XXVII.
(2)  « Quod mente sana vigilabat, clavorum confixione constrictus, quia poterit non admirari ? » Homil., De cruce et latr.

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Les Deux Larrons : Qui sont-ils ? Empty Re: Les Deux Larrons : Qui sont-ils ?

Message  Louis Mer 04 Sep 2019, 7:05 am

Les Deux Larrons

SUITE

XXVII

Quel était le nombre des clous? Il fut le même pour les larrons que pour Notre-Seigneur. Rien n'autorise à supposer le contraire. Or, la tradition des anciens Pères nous dit que Notre-Seigneur fut attaché à la croix, avec quatre clous : deux aux mains et deux aux pieds. Luc de Tuy, appelé le Salomon de l'Espagne, rapporte et commente le passage suivant d'Innocent III : « Quatre clous transpercèrent le Sauveur. C'est le témoignage de ce grand vicaire de Dieu, le docteur de l'Église, le marteau des hérésies, Innocent III : « Il y eut, dit-il, dans la Passion de Notre-Seigneur quatre clous, qui servirent à fixer les pieds et les mains. » Quoi de plus autorisé que ce témoignage? Quoi de plus vrai que ces paroles, descendues du trône de Dieu, c'est-à-dire de l'Église romaine, par la bouche  sacrée du Père de tous,  Innocent (1) ? »

XXVIII

Représenter Notre-Seigneur et les larrons, attachés à la croix avec trois clous, est donc contraire à l'ancienne tradition, et même à la raison. Comment percer d'un seul clou les deux pieds superposés ? Même pour les bourreaux, l'opération paraît difficile. Au contraire, sans peine elle se conçoit avec quatre clous. Les pieds, posés à plat sur le suppedaneum, pouvaient être facilement transpercés et solidement fixés avec les clous patibulaires. Ces clous, dont Rome conserve un précieux échantillon, étaient de forme carrée, longs d'environ cinq pouces, d'une grosseur proportionnée et à tête de champignon.

Chassés à grands coups de marteau, ils traversent de part en parties mains des condamnés. Les membranes, les veines, les fibres, les os, les muscles, tous les tissus nerveux, siège de la sensibilité, sont déchirés et broyés. Le sang s'échappe à gros bouillons : d'inexprimables douleurs se font sentir. Des mains on passe aux pieds. Étendus jusqu'au suppedaneum, contre lequel ils battent, les pieds sont, comme les mains, perforés d'outre en outre et fixés à la croix. Les contorsions et les cris des victimes attristent ou réjouissent les spectateurs.

XXIX

Nous venons de nommer le suppedaneum, il faut dire ce qu'il était.

Suspendre un corps humain seulement par quatre clous, dont deux traversaient la paume des mains, n'offrait pas assez de solidité. Entraînée par le poids, la partie supérieure des mains pouvait se fendre en deux et laisser tomber le patient. En prévision d'un pareil danger, la croix était garnie d'un tasseau, sur lequel venait s'appuyer la plante des pieds. Dans les anciens auteurs, ce tasseau est appelé sedile, siège ; suppedaneum, escabeau ; solistaticulum, petit appui. Le Pape Innocent III en parle ainsi : « Quatre, bois composèrent la croix du Seigneur : la tige, la traverse, le tasseau et l'écriteau (1). »

Quelle était la hauteur des trois croix?...
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(1) « Quatuor clavos in Domini corpore fuisse fixos, magnus ille Dei vicarius, Ecclesiæ doctor, hæeresum persecutor, Innocentius III testatur dicens : « Fuerunt in passions Domini quatuor clavi, quibus manus fixæ sunt et pedes affixi... » Quid hac auctoritate  clarius? quid his verbis verius, quæ a throno Dei, hoc est a Romana Ecclesia per os sacrum cunctorum Patris, Innocentii exierunt? » Lucas Tudensis, lib. II, Adv. Albigens., c. II ; Greg. Tur.,  De gloria martyr., lib. I, c. VI; Bar., an. 34, n. 118; Orilia, c. VII; Sandini, Hist. Fam, S., p. 248, etc.
(1)  « Fuerunt in cruce Domina ligna quatuor, stipes erectus, et lignum transversum ; truncus suppositus et titulus superpositus. » Serm. 1, De uno martyr.,

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Message  Louis Jeu 05 Sep 2019, 6:22 am

Les Deux Larrons

SUITE

XXX

Quelle était la hauteur des trois croix? La croix de Notre-Seigneur ne paraît pas avoir été plus haute que celle des voleurs. Saint Augustin dit qu'ailes étaient toutes trois semblables, et on sait qu'il fallut, plus tard, un miracle éclatant pour faire reconnaître la vraie croix.

Une tradition autorisée donne à la croix du Sauveur quinze pieds de long, avec des croisillons de huit pieds de large (2). Cette dimension n'a rien d'invraisemblable. En supposant la croix enfoncée d'un pied et demi dans le sol, la tête de Notre-Seigneur, et par conséquent de ses compagnons, se serait trouvée à treize pieds et demi au-dessus de terre. On peut croire qu'il en était ainsi, puisque pour atteindre à la bouche sacrée du Sauveur, lorsqu'il dit : J'ai soif, on fut obligé d'adapter une éponge au bout d'un roseau.

XXXI

Soit par l'empressement que les Juifs avaient de satisfaire leur aveugle fureur, soit par la crainte que quelque miracle ne vînt leur enlever l'auguste Victime, soit par le désir de le faire passer pour le plus coupable des trois condamnés, Notre-Seigneur fut crucifié le premier, et sur la cime la plus élevée du Calvaire, tandis que les croix des voleurs furent plantées un peu au-dessous. Il paraît même que les Juifs et les soldats, désormais satisfaits, ne procédèrent que lentement au crucifiement des deux voleurs.

« Après qu'ils l'eurent crucifié, dit saint Matthieu, ils partagèrent ses vêtements en tirant au sort, et ils placèrent au-dessus de sa tête la cause de sa condamnation, ainsi écrite : Celui-ci est Jésus, Roi des Juifs. Alors furent crucifiés avec lui deux voleurs, l'un à droite, et l'autre à gauche (1). » Il est probable qu'ils eurent aussi leurs écriteaux (2).

XXXII

Entre tous les genres de mort, dit saint Augustin, il n'en est pas d'aussi atroce que le crucifiement. Aussi, dans leur désespoir, Dimas et son compagnon s'attaquent à Notre-Seigneur. A leurs côtés, ils voient ce personnage inconnu, dont le calme inaltérable et le silence contrastent si fort avec leurs imprécations et leurs agitations convulsives. Ils ont entendu dire qu'il est le Fils de Dieu ; son écriteau porte qu'il est le roi des Juifs ; autour de lui, ils voient des amis dévoués ; et si, parmi le peuple, beaucoup l'insultent, il en est beaucoup qui le pleurent.

Alors, par un sentiment que l'excès de la douleur explique mais ne justifie pas, ils lui reprochent leurs tortures et l'en rendent responsable : convitiabantur ei (1). Si tu es le Fils de Dieu, délivre-toi, et nous avec toi : Si tu es Christus, salva temetipsum, et nos (2). Et ils répètent contre l'innocente Victime toutes les insultes des prêtres, tous les outrages des anciens du peuple : Idipsum autem et latrones, qui crucifixi erant cum eo, improperabant ei (3).

Mais est-il vrai que les deux voleurs se firent l'écho des blasphèmes lancés par les Juifs contre Notre-Seigneur?...
_________________________________________________________________________

(2)  «Vetus traditio habet crucis erectam tr[a]bem quindecim, transversarium lignum fuisse octo pedum, vel ut alii dicunt palmorum, cui persuasioni, tempore et publico consensu corroboratæ et inveteratæ, non videtur temere contradicendum.» Gretzer, De Cruce, lib.,I, c.
(1) XXVII, 3[8].
(2) Voir Palat., Enarrat., in Joan. XIX.
(1) Marc, XV, 32.
(2) Luc, XXIII, 39.
(3) Matth.XXVII, 44.

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Message  Louis Ven 06 Sep 2019, 6:21 am

Les Deux Larrons

SUITE

XXXIII

Mais est-il vrai que les deux voleurs se firent l'écho des blasphèmes lancés par les Juifs contre Notre-Seigneur? Saint Luc dit : « Un des voleurs qui étaient crucifiés avec lui le blasphémait, disant : Si tu es le Christ, sauve toi toi-même et nous. » Fondés sur ce texte, plusieurs Pères ont prétendu que le mauvais larron seul avait blasphémé. Le plus grand nombre est d'un avis contraire. Ils s'appuient sur l'autorité de saint Matthieu et saint Marc qui accusent positivement du même crime les deux voleurs. Nous venons de citer leurs paroles. De savants commentateurs lèvent la difficulté. « On peut dire, écrit le cardinal Hugues, et cela est plus conforme à la vérité, que dans le principe le bon larron blasphéma comme le mauvais ; mais qu'il cessa lorsque Notre-Seigneur daigna le visiter dans sa miséricorde (1). »

XXXIV

Jusque-là, Notre-Seigneur n'avait opposé aux railleries et aux blasphèmes de la foule qu'un sublime silence. Bientôt, craignant en quelque sorte que la foudre n'écrase les coupables, il lève les yeux au ciel, et, de ses lèvres mourantes, laisse échapper ces miséricordieuses paroles : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »

Comme tous les spectateurs, Dimas les a entendues. A l'instant, il cesse de blasphémer. Il ne s'en tient pas là; se tournant vers son compagnon, il l'engage à se taire. « Toi non plus, lui dit-il, tu ne crains pas Dieu ; toi qui es condamné, comme moi, au même supplice que celui-ci. Et pour nous, c'est avec justice, puisque nous recevons le salaire de nos crimes, mais celui-ci n'a fait aucun mal. »

Après avoir repris son compagnon, Dimas se retourne vers le personnage inconnu, crucifié à son côté, et lui dit : « Seigneur, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez dans votre royaume. » Et Jésus lui dit : « En vérité, je vous le dis, aujourd'hui, vous serez avec moi dans le Paradis (2). »

« Quel est ce mystère? se demande saint Léon. Qui a instruit ce voleur ?...
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(1)  In Matth., XXVII.
(2)  Luc, XXIII, 42, 43.

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Message  Louis Sam 07 Sep 2019, 7:38 am

Les Deux Larrons

SUITE

XXXV

« Quel est ce mystère? se demande saint Léon. Qui a instruit ce voleur? Il n'avait pas vu la guérison des malades, l'illumination des aveugles, la résurrection des morts; il ne connaissait pas les prodiges qui allaient éclater. Et cependant il proclame Seigneur et Roi, son compagnon de supplice (1). »

Non, mais il voyait avec étonnement la patience de Jésus, au milieu de ses souffrances et des outrages dont il était de toutes parts abreuvé ; et il entendait Jésus prier pour ses bourreaux. « Cette divine prière, dit le très savant Tite, évêque de Bosra, fut probablement la cause instrumentale de sa conversion (2). »

Le cardinal saint Pierre Damien, évêque d'Ostie, la trouve, cette cause, dans la prière de la sainte Vierge. Cette divine Mère commença, au pied de la croix, son office d'avocate des pécheurs, et surtout des pécheurs sur le bord de l'enfer. Placée à la droite de son divin Fils, elle était entre lui et le bon Larron, entre le juge et le coupable, entre le Rédempteur et l'esclave. Mère de la miséricorde, elle demande grâce; et elle l'obtient (3).

Le célèbre Jean de Carthagène explique et la prière de la sainte Vierge et la miséricorde de Notre-Seigneur par la rencontre du désert. « Jésus et Marie, se souvenant de la conduite que Dimas avait tenue à leur égard, lorsqu’ils fuyaient en Égypte, voulurent le récompenser, en l'arrêtant sur le chemin de l'enfer et en le mettant sur la route du ciel. Marie demanda pour lui la grâce, et Jésus  l'accorda, avec une magnificence  digne de celui qui ne laisse pas sans récompense un simple verre d'eau froide (1). »

XXXVI

Cette grâce le met en un moment au-dessus des Apôtres. Lorsque les Juifs vont s'emparer de Jésus au jardin des Olives, les apôtres l'entourent. Quel est celui d'entre eux qui ose manifester sa foi et dire à la valetaille sacrilège : Qu’allez-vous faire? Notre maître est le Fils de Dieu! Pas une parole de foi ; mais la fuite des peureux et des lâches : Omnes relicto eo fugerunt. Ils fuient, ils se cachent, ils disparaissent si bien, que pendant toute la Passion nul ne sait ce qu'ils sont devenus. Si Pierre se montre, c'est pour renier son maître. Jean, et Jean tout seul, paraît sur le Calvaire ; mais il ne dit pas un mot pour proclamer la divinité de son adorable Maître. Le seul apôtre, le seul évangéliste du Calvaire, c'est le bon Larron.

« Vous demandez, dit saint Chrysostome, ce qu'il a fait pour mériter le Paradis! Je vais vous le dire : Quand Pierre reniait son maître sur la terre, le Larron le confessait sur la croix. Le Prince des apôtres ne peut soutenir les menaces d'une vile servante, et le Larron suspendu au gibet, environné de tout un peuple de blasphémateurs, proclame la divinité du Seigneur, le reconnaît pour le Roi du ciel et lui demande sans hésiter un souvenir, quand il aura pris possession de son royaume (2). »

Saint Augustin parle comme saint Chrysostome…
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(1) « Non viderat prius acta miracula : cessaverat tunc languentium curatio, cæcorum illuminatio, vivificatio mortuorum; ea ipsa quæ mox erant gerenda non aderant : et tamen Dominum confitetur et Regem quem videt supplicii sui esse consortem. » Serm. 2, De Pass.
(2)  « Exordie ab oratione illa Domini facta, per hanc enim probabile fit alterum latronem ad compunctionem, cordisque contritionem pervenisse. » Tit. Bosr. in Luc. XXIII.
(3)  « Beata Virgo quæ adstabat Christo cruciftxo ex parte dextra, ubi aderat latro, pro eo preces fudit, et propterea fuit conversus. » Apud Salmer., lib. X, tract. 40, De septem verbis.

(1) « Christus ergo volens rependere latroni hoc beneficium in se et matrem collatum, interiorem sut notitiam exhibuit. » Joan. Carthag., De sept. verb.
(2) « Sed dicet aliquis : Unde tanta beatitudo latroni? Quid egit tale ut post mortem Paradisum mereretur? Vis ejus citius audire virtutem? Quando eum Petrus negabat in terra, Latro confitebatur in cruce. Primus discipulus puellæ vilissimæ minas non potuit tolerare, et Latro suspensus undique populum circumstantem respiciens, oculis fldei cœlorum Dominum pura mente cognovit dicens : Memento mei, Domine, dum veneris in regnum tuum. » Homil. De Cruce et Latr.

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Message  Louis Dim 08 Sep 2019, 6:39 am

Les Deux Larrons

SUITE

XXXVII

Saint Augustin parle comme saint Chrysostome. « Qu'avait donc fait de si grand le Larron, pour monter, de la croix qu'il avait méritée, jusque dans le Paradis? Voulez-vous que je vous dise en peu de mots la puissance de sa foi? Pendant que Pierre niait en bas, lui confessait en haut. Je le dis, non pour accuser le bienheureux Pierre, Dieu m'en garde ; mais pour montrer la magnanimité du Larron. Le disciple ne put soutenir les menaces d'une abjecte petite fille. Le voleur est entouré d'une multitude qui vocifère, qui lance des blasphèmes, des outrages et des malédictions : il n'en est pas ému.

« Il ne s'arrête pas à l'abjection visible de son compagnon de supplice ; mais de l'œil de la foi il pénètre au delà de toutes ces choses et les méprise, comme de vains nuages qui cachent la vérité, et il dit : Souvenez-vous de moi, Seigneur, dans votre royaume... Ceux qui avaient vu le Seigneur ressusciter les morts chancelèrent ; le Larron crut en lui quand il fut suspendu à la croix. A une pareille foi, je ne sais ce qu'on peut ajouter. En vérité, jamais le Seigneur n'a trouvé une pareille foi en Israël, ni dans le monde entier (1).»

XXXVIII

L'évêque Eusèbe conclut en disant : « Il est donc beaucoup plus grand, beaucoup plus glorieux pour le Larron, d'avoir reconnu le Seigneur dans un homme mourant du dernier supplice, que s'il avait cru en lui lorsqu'il opérait des miracles. Ainsi, ce n'est pas sans raison, qu'il a mérité une si magnifique récompense (1). »

Dès lors, faut-il s'étonner du concert de louanges dont tous les siècles ont environné le bon Larron? Après la très sainte Vierge, saint Pierre et saint Paul, aucun saint, nous le croyons, n'a été autant exalté par les Pères et les Docteurs de l'Église. On ferait un livre de leurs éloges (2). Citons seulement ces quelques mots de saint Jean Chrysostome sur la charité : « Le bon Larron voulut à tout prix sauver son compagnon et lui dit : Jusqu'à ce moment où nous voici attachés à la croix, nous avons toujours été d'accord et avons fait route ensemble; mais voici que par la croix même une nouvelle route s'ouvre devant moi: Si tu veux voyager encore avec moi, viens, nous irons ensemble à la vie (3). »

On sait de quelle manière le mauvais larron profita de l'ardente charité de Dimas…
_____________________________________________________________________

(1) « Huic fidei quid addi possit ignoro... vere non invenit Christus tantam fidem in Israël, imo nec in toto mundo. » Serm. XLIV, De tempore, et Serm. CLV, in append., n. 6. Opp., t. V, p. alter., p. 2756; id., Enarr., in ps. LXVIII, n. 8; id., Serm. de fer. III Paschat.; et lib. I, De anima, c. IX.
(1) « Laudabilins hoc, itaque in latrone, ac magnificentius fuit, quod hominem inter extrema supplicia defîcientem, Dominum credidit, quam si… inter virtutum opera, credidisset ; non itaque sine causa tantum meruit. » Euseb. Gallic., Homil. de S. Latrone, bibl. Max. PP., t. Vl, 644.
(2) Voir Th. Raynaud Orilia, etc.
(3) « Pugnat latpo cum socio latrone, et ait : Ad hoc usque tempus, quo cruci affixi(i)sumus, inter os convenimus et iter una fecimus. Verumtamen ab ipsa cruce finditur mihi via; si mecum iter facere velis, ad vitam veni, sin minus, vade vias tuas, etc. » S. Chrys.  De Cruce, apud P.  Orilia, p. 179.

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Message  Louis Lun 09 Sep 2019, 7:39 am

Les Deux Larrons

SUITE

XXXIX

On sait de quelle manière le mauvais larron profita de l'ardente charité de Dimas. Elle fut d'autant plus méritoire qu'elle ne reçut pas sa récompense en ce monde, et que, pour l'exercer, le bon Larron eut besoin d'un courage héroïque. En essayant de convertir son compagnon, il se faisait l'apologiste de Notre-Seigneur, le prédicateur de sa divinité, et l'accusateur public de toute la synagogue.

A quel redoublement d'outrages, de railleries et de tortures l'exposait une pareille audace? Pour le comprendre, il faudrait connaître toute la profondeur de la haine des Juifs contre Notre-Seigneur. Quoi qu'il en soit, la tradition nous apprend que le courage de Dimas lui valut le privilège d'avoir le premier les jambes rompues, sans doute afin de réduire plus promptement au silence cette voix accusatrice. « Qui donc, s'écrie Bède le Vénérable, pourra se défendre d'admirer l'héroïque charité du bon Larron : Quis hujus latronis animum non miretur (1)? »

Ne nous contentons pas de l'admirer; que chacun de nous, dans sa position, s'efforce de l'imiter.
_____________________________________________________________________________________

(1) In Luc, XXIII, c. VI. Les Grecs célèbrent la fête du bon Larron le 23 mars, et les Latins le 25. La congrégation des Rites a approuvé, dans le siècle dernier, sous le titre de Confesseur non Pontife, un office du bon Larron adopté dans plusieurs diocèses et quelques ordres religieux.

FIN.

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