Saint Luc, peintre ?

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Message  Roger Boivin Ven 18 Sep 2015, 12:48 pm



La grande gloire de l'art byzantin est d'avoir eu des martyrs. La fureur des iconoclastes a rendu sacrées ses images devant lesquelles les chrétiens versèrent leur sang, en témoignage de leur foi, et, quand les mains mutilées des artistes les portèrent en Italie pour fuir la persécution, elles durent être placées comme des reliques sur les autels et y être l'objet d'une vénération profonde. C'est de cette époque sans doute que datent un grand nombre des peintures grecques qu'on attribue à saint Luc l'Évangéliste-médecin, et qui provenaient peut-être d'un saint Luc peintre, martyr des iconoclastes.



ÉTUDE SUR L'ART CHRÉTIEN - Étienne CARTIER - 1879 - page 139 :

http://www.archive.org/stream/etudesurlartchr00cart#page/138/mode/2up






Le P. M.-J. Lagrange p. XVIII :


Saint Luc est le patron de la peinture chrétienne. Et certes elle lui doit plus qu'à personne. C'est dans son évangile que les peintres du moyen âge et de la renaissance ont pris leurs thèmes favoris, l'Annonciation, la Visitation, l'adoration des bergers, la présentation au Temple, l'enfant Jésus parmi les docteurs, la pécheresse, les disciples d'Emmaüs, et tant d'autres. Lui-même aurait été peintre, en même temps que médecin.

Cette tradition vient de l'Église de Jérusalem. Nicéphore Calliste, du XIVe siècle, la récite d'après Théodore le Lecteur (4). L'impératrice Eudocie, fondatrice de l'Église de la lapidation de saint Étienne, aurait envoyé à Pulchérie une icône de la mère de Dieu peinte par saint Luc. Si ce Théodore anagnostès est de 530 environ, comme le dit Krumbacher (5), il aurait été postérieur de moins d'un siècle à Eudocie. Et si l'on possédait alors à Jérusalem une très antique image de la Vierge, pourquoi l'attribuer à un médecin si la tradition n'en faisait pas un peintre ? Ce peut être toutefois l'expression d'une autre tradition que suggère le texte lui-même, sur le soin que prit l'évangéliste de s'informer auprès de la mère de Jésus. D'ailleurs saint Augustin ne savait rien de semblable lorsqu'il écrivait : neque novimus faciem virginis Mariae [de Trin. VIII, 5, 7), et l'on sait ses relations avec la Palestine.



ÉVANGILE SELON SAINT LUC - Marie-Joseph LAGRANGE - 1921 - page XVIII :

https://archive.org/stream/evangileselonsai00lagruoft#page/xviii/mode/2up


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Message  Roger Boivin Ven 18 Sep 2015, 1:18 pm



Wikipédia :



Célébration dans la tradition catholique

Saint Luc l'évangéliste est célébré le 18 octobre.

Dans la tradition catholique, Luc est considéré comme le saint patron :

. des médecins et des services de santé, du fait de sa profession,
. des artistes peintres et sculpteurs ; c'est pour cela que de nombreuses académies des Beaux-Arts ainsi que des guildes d'artistes s'appellent ou se sont appelées « Saint-Luc ». Dans la tradition chrétienne, saint Luc a représenté en peinture plusieurs fois la Vierge. Bien que leurs datations soient de périodes plus récentes, un certain nombre d'icônes lui sont dévotement attribuées. Ce sont les Vierges dites de Vladimir, de Jérusalem, de Tikhvine, de Smolensk,de Częstochowa et aussi la Vierge de Philerme. Elles sont majoritairement de style hodiguitria, litt. « qui montre le chemin ».



https://fr.wikipedia.org/wiki/Luc_%28%C3%A9vang%C3%A9liste%29

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Message  Roger Boivin Ven 13 Nov 2015, 9:23 am



Dans l'annotation au bas de la page 75, du livre LA VIERGE MARIE - par L. CARRIGUET - 1933 - 8e édition, on y dit :

Il est inutile de faire observer que le prétendu portrait de la sainte Vierge peint par saint Luc n'a rien d'authentique. On ne trouve pas trace de cette légende avant le IXe siècle.
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Message  Roger Boivin Ven 15 Juil 2016, 10:42 am


Et dans le livre « LA SAINTE VIERGE DANS LA TRADITION, DANS L'ART, DANS L'ÂME DES SAINTS ET DANS NOTRE VIE - par Joseph Hoppenot - Éditions 1900 et 1904 », on en parle aussi :

http://www.archive.org/stream/lasainteviergeda00hoppuoft#page/80/mode/2up

et :

https://archive.org/stream/lasainteviergeda00hopp#page/80/mode/2up


On peut admirer à l’Académie de Saint-Luc, à Rome, un beau tableau de Raphaël que nous reproduisons sous vos yeux: il représente l’Évangéliste debout devant une toile tendue ; près de la toile la Vierge Marie pose, tenant son Fils dans ses bras. Le peintre jette sur son divin modèle un regard inspiré, et son pinceau retrace les traits qui lui sont miraculeusement révélés.

Raphaël dans ce tableau est l’interprète d’une longue tradition. Il existe dans le monde un grand nombre de madones qui se glorifient d’avoir saint Luc pour auteur. La plus célèbre est celle qui est conservée à Sainte-Marie Majeure. « La Sainte Vierge, debout, porte son fils sur le bras gauche. Sa figure est d’une rare beauté et l’ovale, d’une pureté irréprochable. Ses yeux admirablement dessinés sont surmontés d’une paupière supérieure très élevée qui forme un léger pli au milieu ; ses pupilles, un peu tournées vers la droite dans un sens opposé à l’enfant. La bouche est d’un dessin élégant ; elle présente comme caractère principal des coins fortement accusés qui s’effilent par le bas à la manière orientale. La ligne du cou se marie gracieusement avec le pli tombant du voile, qui encadre à merveille le visage. L’expression de la tête est pleine de dignité et de fierté... »

La tête de Jésus semble moins remarquable. L’enfant tient un livre de sa main gauche ; sa main droite bénit.

Cette image fameuse a son histoire. Dans les temps de calamité on la portait en procession, pour obtenir la cessation du fléau. L’une de ces processions eut lieu au VII e siècle sous le règne de saint Grégoire ; elle dura trois jours. Le troisième jour le Pontife prit lui-même l’image de la Mère de Dieu et l’offrit à la vénération des fidèles. On vit alors, dit la tradition, au sommet du mausolée d’Adrien, un ange remettre son épée au fourreau pour indiquer que la justice divine était apaisée. Saint Grégoire, comme témoignage de reconnaissance à Marie, envoya une copie du portrait à l’église de la Guadalupe en Espagne.

Cette merveilleuse effigie est-elle en réalité de saint Luc, conformément à la tradition immortalisée par le tableau de Raphaël ? Des hommes de marque l’ont cru pendant des siècles : saint Germain au VIIIe siècle, Nicéphore Calixte au IXe, Simon Métaphraste et saint Epiphane au Xe ; Innocent III, saint Bonaventure et saint Thomas d’Aquin au XIIIe ; Baronius au XVIe ; Gretzer et les Pères de Saint-Maur au XVIIe.

« Personne, dit M. Milochau, personne, depuis saint Grégoire le Grand, n’avait douté que saint Luc eût été peintre et que l'image de Sainte-Marie Majeure fût de lui. Benoît XIV n’en doute pas ; les leçons du bréviaire romain sont au moins aussi fornielles ; c’est une croyance chère aux catholiques. »

Malheureusement cette croyance ne semble pas établie sur des fondements assez solides.
Saint Luc en effet n’était pas peintre, mais médecin. De plus, il fut converti trop tard au christianisme pour avoir pu voir la Sainte Vierge. Enfin, s’il était Juif ou prosélyte, il lui était défendu de peindre ; était-il chrétien, la même défense lui était faite au moins dans les premiers temps de sa conversion. On sait en effet l'horreur qu’avaient les Juifs pour la peinture et la sculpture ; on sait combien l'Eglise évitait en ces premiers âges de heurter les préjugés régnants.

Nous avons d’autres arguments encore contre l’authenticité de la Sainte Image. Dans le second concile de Nicée, où les Pères s’occupèrent du culte des images, ils ne dirent pas un mot des portraits de saint Luc. Saint Augustin dit en termes formels que de son temps on ne possédait aucun portrait authentique de la Vierge Marie : « Neque enim novimus faciem Virginis Mariea. » Ce silence des Pères de Nicée et cette affirmation du grand évêque d’Hippone nous autorisent à révoquer en doute l’authenticité de la vénérable Image.

Si elle ne remonte pas aux temps apostoliques, à quelle époque peut-on l’attribuer ?

Les monuments historiques faisant défaut, M. Rohault de Fleury a demandé la réponse à la peinture elle-même et au style qui l’a marquée de son sceau. Ayant obtenu la rare faveur de contempler à loisir l’image merveilleuse, il en fit une étude approfondie, et après avoir fixé au Ve siècle  la date de sa naissance, il tire cette conclusion : « Si nous ne sommes pas devant une image originale de saint Luc, nous sommes devant la copie très belle d’un original que les églises d’Orient avaient sans doute conservé depuis les âges apostoliques, copie que les papes tinrent à honneur de faire vénérer dans le premier sanctuaire de Marie. »

Si la science moderne semble dure parfois pour la piété des fidèles, plus d’une fois aussi elle lui est favorable.


Voir les liens pour les images.
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