DOCTRINE DE L'ÉGLISE RELATIVEMENT AUX IMAGES -- Comte H.-J.-L. de Grimoüard de Saint-Laurent - 1878

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Message  Roger Boivin Sam 16 Nov 2013, 8:46 pm



DOCTRINE DE L'ÉGLISE RELATIVEMENT AUX IMAGES.

I

DISTINCTION ESSENTIELLE ENTRE L'IMAGE ET L'IDOLE.

On se figure trop aisément la théologie comme une science sèche et aride, hérissée d'arguments et de cas de conscience. Qu'est-elle cependant ? « La connaissance des choses divines », Scientia divinarum rerum, c'est-à-dire qu'elle puise incessamment à la source de toute beauté et de tout bonheur. Voyez comment l'a représentée Raphaël dans la Salle de la Signature.

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Comme”son œil est pénétrant! comme son front est doux et serein! avec quel amour elle répand du ciel sur la terre les consolantes vérités qui coulent là-haut comme des flots sans rivages!

Au-dessous de cette figure, comme développement de la pensée qu'elle exprime, s'étale dans ce tableau, connu sous le nom de Dispute du Saint-Sacrement, la plus magnifique image de l'Église enseignante. Les docteurs, au pied de l'autel, reçoivent du ciel la parole de Dieu, la méditent et la transmettent. Aimons à nous reconnaître parmi ces fidèles qui se pressent autour d'eux pour l'entendre de leur bouche et se la répéter.


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En soi il n'est rien de beau comme les vérités chrétiennes : ce qui en rend l'étude âpre et difficile, ce sont les mille subterfuges de la fausse conscience, ce sont les arguties des sectaires. Sachons ne pas nous en plaindre, puisqu'il n'y a pas de subtilité, pas d'erreurs, pas d'entraves qui ne tournent au profit de la vérité et qui n'aient pour dernier résultat de la mieux faire connaître, d'en mieux assurer la possession, d'en mieux préciser les termes. Tel fut ce qui arriva spécialement pour les saintes images, lorsque les sauvages attaques de Léon l'Isaurien et de ses iconoclastes mirent l'Église en demeure d'en affirmer la haute utilité comme un dogme de foi, au second concile de Nicée.

Ce qu'il y a d'ailleurs de plus remarquable, à notre point de vue, dans les actes de ce concile et, en général, dans les écrits des défenseurs de sa doctrine, c'est la persistance avec laquelle ils insistent sur la réalité de l'Incarnation, et nous dirions sur le caractère scriptural des saintes images. Entre la double réalité de la divinité et de l'humanité du Sauveur, d'une part, et, de l'autre, l'usage et le culte des images avec tous les arts qui en dépendent, il y a la plus intime connexion. Au début, en effet, des grandes hérésies, qui eurent de commun, en s'entre-combattant, de saper par sa base le mystère de l'Incarnation, et de nier que Notre-Seigneur Jésus-Christ fût à la fois vrai Dieu et vrai homme, l'arianisme avait manifesté une sensible aversion pour les images du Dieu Homme, et, au terme de ces luttes suprêmes, la rage sauvage des iconoclastes ne semblerait être que le dernier effort de l'enfer vaincu : impuissant contre la personne sacrée du Christ, il s'en prend à ses images.

De quelque côté qu'on l'envisage, il y a solidarité évidente entre le mystère d'un Dieu fait homme et ses images, leur usage et le culte qu'on leur rend, et, par extension, avec les images des Saints.

Dieu s'est fait homme, disaient les Pères de l'Église ; il a vécu parmi les hommes, il a conversé avec eux ; ils l'ont vu de leurs propres yeux, touché de leurs mains. Donc nous pouvons le représenter ; et l'image de son corps vivant et véritable, puisqu'il est Dieu, est pour nous l'image même de Dieu : nous l'honorons en conséquence. Dans une situation si nouvelle, les prescriptions de l'ancienne loi, qui défendaient de figurer la Divinité, ont dû, quelle que fût leur portée, tomber comme une lettre morte.

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Message  Roger Boivin Sam 16 Nov 2013, 8:46 pm




II

PERPÉTUITÉ DE L'USAGE uns IMAGES DANS L‘ÉGLISE.

L'Église n'enseigne point que l'usage des saintes images soit absolument nécessaire au salut. Elle les compte parmi les moyens d'action laissés à sa disposition, qu'elle peut, selon les circonstances, permettre, ordonner ou restreindre ; ses prescriptions à cet égard rentrent dans l'ordre des choses dites de droit positif.

Il n'est aucun doute que l'Église ne puisse aller jusqu'à une interdiction momentanée des images ; mais, en fait, elle n'a jamais pris cette mesure extrême. Elle n'a jamais imposé, même, à titre provisoire, à la propagation des images des entraves plus sérieuses qu'il n'en pouvait résulter de ce système de réserve et de discrétion, connu sous le nom de discipline du secret. Il n'y a nulle apparence que, du côté de ses enfants, une fois régénérés, elle ait eu à se prémunir contre des pratiques idolâtriques. Il n'y a pas de point sur lequel les docteurs catholiques soient plus précis que sur la différence radicale qui exclut toute possibilité de confusion entre l'image chrétienne et l'idole. L'image représente un être réel, et le donne pour ce qu'il est ; l'idole est la représentation de ce qui n'est pas, ou du moins de ce qui n'est pas ce pour quoi‘on le donne.

Pour nous, nous croirions que l'usage des images dans l'Église remonte aux temps apostoliques, sur ce seul fondement que les Pères du second concile de Nicée l'ont cru, ainsi que tous les défenseurs des saintes images alors et la plupart de ceux qui les ont défendues dans la suite.

Pour prouver l'ancienneté des images, il n'est plus besoin d'ailleurs d'accumuler les textes et les témoignages : l'examen des peintures des Catacombes avait conduit tous leurs interprètes : Bosio, Arringhi, Bottari, Boldetti, Marangoni, à faire remonter un bon nombre d'entre elles au moins au II° siècle. D'Agincourt était arrivé aux mêmes conclusions par des déductions mieux motivées. Aujourd'hui, tout en redressant les déductions de ses devanciers relativement à des monuments moins anciens qu'ils ne le supposaient, M. le commandeur de Rossi a porté à la dernière évidence le fond de la thèse qu'ils soutenaient.

Voilà le dernier mot de ces controverses renouvelées avec tant d'âpreté, à partir du XVI° siècle, par les nouveaux iconoclastes. Tous leurs efforts n'ont abouti qu'à envelopper d'un cercle de glace le semblant de culte conservé par les novateurs, tandis que les décisions du concile de Trente, provoquées par leurs attaques mêmes, ont inondé d'un nouveau jour les vrais chrétiens.

Le saint concile, après avoir défini les images en tant qu'elles peuvent être l'objet d'un culte, eut soin d'en déterminer la haute utilité en tant qu'elles sont un objet d'enseignement. Il s'attacha ensuite à combattre et à prévenir les abus qui ont pu ou qui peuvent s'introduire dans leur exécution ou dans leur usage.

Ces abus sont de deux sortes : une image peut induire l'esprit en erreur, ou elle peut produire sur les sens une mauvaise impression, c'est-à-dire agir en sens contraire de sa véritable destination, puisqu'elle doit être faite pour instruire et pour édifier.

Il y a des images erronées ; il y en a de licencieuses qu'il faut proscrire ; il y en a qui ont besoin seulement d'explications pour être bien comprises ; il y en a de plus ou moins convenables qu'on tolère ; il y en a d'insolites et d'extraordinaires contre lesquelles il faut se tenir en garde.

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Message  Roger Boivin Sam 16 Nov 2013, 8:47 pm




III

DE L'UTILITÉ DES IMAGES.


Les saintes images sont des livres utiles à tous : aux ignorants, parce qu'ils ne peuvent pas en lire d'autres ; aux esprits cultivés, parce qu'ils sont des hommes, et que tous, qui que nous soyons, en bien comme en mal, nous nous laissons prendre par les sens.

Le portrait d'une personne qui nous est chère, nous la rappelle, disons-nous ; ce portrait nous la représente, disons-nous encore.

Dieu, il est vrai, en tant que Dieu, ne saurait être représenté par aucune image comparable à un portrait ; mais le Fils de Dieu s'est fait homme : dès lors on a pu représenter ses traits sacrés comme ceux de chacun de nous ; l'homme seul est représenté, le Dieu seul est présent, mais le Dieu et l'homme ne sont qu'une même personne ; c'est à Jésus-Christ Dieu et homme tout ensemble que nous nous adressons, quand extérieurement nous nous adressons à l'image qui le représente, et c'est ce divin Sauveur qui nous entend.

La très-sainte Vierge et les Saints dans l'état de béatitude sont aussi présents en quelque manière, quand devant leurs images nous leur adressons des prières, car Dieu fait qu'ils nous entendent et qu'ils puissent nous répondre par les grâces qu'ils nous obtiennent.

Voilà ce qui a lieu quand nous prions les Saints ; il en est de même quand nous voulons les honorer. Puisque leurs images les représentent, il est naturel que nous rendions à celles-ci tous les honneurs que nous leur rendrions à eux-mêmes, et ce sont eux-mêmes qui en définitive les reçoivent.

Il arrive aussi, par le moyen des images, que nos honneurs prennent un caractère extérieur et public plus facilement qu'elles ne le feraient par le seul usage des paroles, et dans les cérémonies de la canonisation on a soin d'exalter l'image du saint pour célébrer sa propre exaltation.

La nature du culte rendu à l'image ne diffère pas foncièrement de celui qui est rendu à la personne, on le comprend, dès lors que l'image n'est qu'un instrument et un moyen qui n'empêchent pas l'honneur d'aller directement à son objet.

Cependant on doit dire que l'image considérée comme telle a droit encore à un certain respect, à certains honneurs qui ne s'adressent à la personne que d'une manière indirecte, respects et honneurs analogues à ceux que l'on rend aux vases sacrés, aux livres des saintes Écritures et autres objets consacrés au service de Dieu.

Nous ne doutons pas que par la bénédiction du prêtre l'image bénite en général n'acquière une certaine efficacité pour nous mettre plus facilement et plus intimement en rapport avec l'original qu'elle représente.

Dans l'ordre de dignité spirituelle, il y a encore, au-dessus des images dont nous venons de parler, celles auxquelles Dieu s'est chargé lui-même de donner la sanction du miracle.
Ces images, objets d'une vénération spéciale, et qui attirent souvent le concours de nombreux pèlerins, l'Église, intervenant de nouveau, les couronne quelquefois solennellement, et le diadème déposé sur le front d'une Vierge, par exemple, n'est que l'expression du triple rayonnement de prières, de grâces, de bénédictions adressées à Dieu ou obtenues de lui à leur occasion, dans un sanctuaire privilégié.

A quelque degré de faveur que puissent atteindre les autres images, le crucifix les surpasse toutes en importance, en dignité ; tandis que leur culte est recommandé sans être obligatoire, celui du crucifix l'est devenu comme règle liturgique.

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Message  Roger Boivin Sam 16 Nov 2013, 8:48 pm


IV

BEAUTÉ DES IMAGES.

Le culte rendu aux images ou par les images à leurs originaux est  indépendant de leur valeur d'exécution. Il suffit, pour lui donner lieu, que l'image soit réputée représenter l'original, et sur ce fondement l'image la plus grossière peut elle-même s'élever au premier rang et réclamer tous les honneurs qui lui sont dus.

On le voit par là même, l'art chrétien ne tombe qu'indirectement sous le coup de ce qui est de dogme et de prescription disciplinaire ou liturgique relativement aux images, l'Église ne prescrivant rien quant à leur beauté artistique, rien même quant à leur ressemblance. On comprend qu'il en soit ainsi : ces choses étant susceptibles de plus ou moins, il serait difficile de déterminer d'une manière générale où il faut s'arrêter. En cette matière, le temps, les situations, le degré de culture intellectuelle et morale, apportent de telles différences dans les appréciations, qu'il serait impossible de poser des règles positives applicables à tous les cas ; il n'y en a que de négatives atteignant ce qui, dans tout état de cause, doit être évité, c'est-à-dire tout ce qui peut induire en erreur, tout ce qui peut incliner au péché. A ces règles sont assujettis les chefs-d'œuvre de génie artistique, tout autant que les essais informes de la main la plus inexpérimentée : or, dans un ordre d'idées où l'art n'a pas de privilège, on ne peut pas dire qu'il soit expressément mis en cause.

Si donc nous tirons de la doctrine de l'Église une conclusion en faveur de la beauté artistique des images, et par conséquent en faveur de l'art chrétien, c'est par voie de déduction, en étudiant l'esprit de cette doctrine, et les préceptes qui en sont la conséquence.

Évidemment l'Église aime le beau, elle le désire, elle le recherche, elle le propage ! Il semble cependant que, faisant dans ce monde son œuvre propre de rétablir le fondement du beau qui est le bien, elle réserve pour l'autre vie le dernier couronnement du bien qui est la perfection du beau. En attendant, résignée à n'obtenir du beau qu'une imparfaite ébauche, ou tout au plus quelques aspirations vers ses célestes splendeurs, elle encourage ses enfants à lui donner cette satisfaction ; mais elle ne craint pas de l'emprunter souvent à des mains étrangères. Pleine de condescendance pour les fluctuations du goût, qui selon les temps voit le beau ici ou là, elle ne semble demander qu'une chose, c'est qu'à chaque époque on lui consacre ce qui est réputé le mieux ; mais si elle s'arrête à ce qui est compris des hommes, soyez sûr que son attrait la porte vers le beau tel qu'il est goûté des Anges.

Elle ne pose pas directement les règles du beau, mais elle les inspire, et pour nous, c'est après avoir réclamé ses inspirations et prié Dieu de nous communiquer cet attrait supérieur du beau, par lequel on est sûrement ramené au bien, que nous allons essayer d'en exposer les règles.

Source :

MANUEL D'ART CHRÉTIEN --

Comte  Henri-Julien-Léonard de Grimoüard de Saint-Laurent - 1878 - Chapitre I :

https://archive.org/stream/manueldelartchr00saingoog#page/n23/mode/2up


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Message  ROBERT. Dim 17 Nov 2013, 10:48 am

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Merci Roger.  Belle charge contre ceux qui disent que les catholiques "adorent"  des images !
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