Hommages de la poésie, de l'éloquence et de LA PEINTURE

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Message  Roger Boivin Mar 16 Juil 2013, 9:16 pm

.. de LA PEINTURE -

SAINT THOMAS D'AQUIN, PATRON DES ÉCOLES CATHOLIQUES --
par le R. P. Fr. Charles-Anatole JOYAU des Frères Prêcheurs -- 1887 -- page 360 :

http://www.archive.org/stream/saintthomasdaqu00joya#page/360/mode/2up



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Après la poésie et l'éloquence, la peinture : elle aussi parle un langage propre à éveiller dans l'âme les plus nobles, les plus religieux sentiments. Saint Thomas d'Aquin a-t-il exercé son influence sur la peinture, et la peinture lui en a-t-elle été reconnaissante ? Le lecteur va en juger.

Bien que ne venant pas au premier rang dans la classification des beaux-arts, la peinture, grâce aux ressources dont elle dispose et à l'avantage de fixer ses œuvres, possède plus qu'aucun autre le secret de représenter le beau.

Qu'est-ce que le beau ?

L'auteur de la Somme théologique, auquel nous sommes redevables de tant de sublimes aperçus, en a-t-il donné une définition ?

Constamment appliqué à l'étude du vrai et du bien, saint Thomas ne pouvait manquer de considérer le beau, qui jaillit de l'un et de l'autre. Sa théorie esthétique est à la fois des plus simples et des plus lumineuses.

« Pour la beauté, dit-il, trois choses sont requises :

« 1° L'intégrité de l'objet, sans quoi il n'y a pas de perfection ;

« 2° La proportion et la correspondance des parties, d'où résulte l'harmonie de l'ensemble ou l'unité ;

« 3° La splendeur, qui consiste, pour les objets visibles, dans des couleurs gaies et vives, et qui, dans les concepts rationnels et les actes humains, n'est autre que l'irradiation de la raison elle-même.

« Ces trois propriétés se trouvent au suprême degré dans le Verbe de Dieu, origine et source de toute beauté.

« En effet, comme Fils, le Verbe possède dans toute son intégrité la même nature que le Père. En même temps, il en est l'image absolument parfaite ; saint Paul l'appelle la figure de sa substance. Enfin, en tant que Verbe, il est la splendeur de l'intelligence du Père, ou, selon saint Paul encore, la splendeur de sa gloire. »

Cette admirable définition, donnée par le Docteur angélique, est à la fois objective et subjective : objective, parce qu'elle nous montre dans le Verbe la beauté substantielle, éternelle et immuable, qui, en se reflétant sur les créatures, les rend belles de sa propre splendeur ; subjective, par l'énumération des qualités qui, présentées simultanément à nos yeux, constituent la beauté, savoir : l'intégrité, la proportion ou correspondance des parties, et la splendeur.

Le prince de la théologie embrasse dans sa définition le beau naturel et le beau surnaturel, le beau à tous les degrés, et fait remonter jusqu'à l'archétype de la beauté éternelle, le Verbe divin.

Ainsi son esthétique a ceci de particulier qu'elle soulève l'artiste comme dans un mouvement ascensionnel, le fait passer de la considération de la beauté créée et finie, à celle de la beauté incréée et infinie, agit sur toutes les puissances de son âme auxquelles elle communique un merveilleux essor.

L'esthétique de Thomas d'Aquin laisse donc bien loin la théorie du réaliste, lequel, n'attribuant à l'art d'autre fin que d'imiter la nature, cherche le beau hors de soi, uniquement dans les objets qui l'entourent. Elle ne s’arrête pas à la théorie de l'idéaliste, qui cherche le beau en soi-même, c'est-à-dire dans ce qui reste en l'homme de sa beauté primordiale, et essaie de la reconstituer, telle qu'elle était avant la chute. L'esthétique de notre docteur s'élance plus haut, et cherche le beau... en Dieu lui-même ! Toutefois elle ne répudie pas l'élément sensible et naturel, mais elle associe avec suavité le naturel au surnaturel, le sensible à l'intelligible, l'idée à la forme, l'esprit à la matière.

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Message  Roger Boivin Mar 16 Juil 2013, 9:16 pm


En se tenant à la doctrine du Docteur angélique, l'art, et en particulier la peinture, prend un caractère éminemment mystique et religieux. Les éléments sensibles : dessin, couleur, clair-obscur, géométrie, perspective, tout en restant à son service, deviennent secondaires, subordonnés à des lois d'un ordre beaucoup plus élevé, que l'art naturel n'enseigne pas, mais qu'il faut déduire des sentiments intimes de l'âme et d'un fond propre de vertu.

A cette théorie féconde puisa ses inspirations, durant de longues années, la peinture italienne, qui n'a de rivale sous aucun ciel. Mais, parmi cette phalange d'artistes fidèles aux principes de saint Thomas, nul ne se pénétra davantage de son esprit que son frère en Religion, le B. Giovanni de Fiesole, surnommé Fra Angelico. Si parfois il est inférieur à ses émules pour la perfection du dessin, le relief des figures, l'ordonnance des groupes, du moins excelle-t-il à donner aux saints et aux anges une expression vraiment céleste. Aucun peintre assurément n'observe mieux cette règle d'esthétique chrétienne posée par notre saint Docteur : Plus une forme est belle, plus elle échappe aux chaînes de la matière pour la dominer par sa vertu. Les peintures de Fra Angelico sont des méditations, des extases, des visions, des scènes non de la terre, mais du paradis. En les contemplant, on adore, on prie, on partage les sentiments du pieux artiste qui ne peignait qu'à genoux le Christ et sa Mère.

Fra Angelico, par excellence peintre de l'intuition, marque le point le plus lumineux de l'art chrétien. Après lui commence la réaction, le domaine de la forme sur l'âme, puis celui de la matière sur la forme, devenu enfin le réalisme ou positivisme moderne. Qu'on ne s'étonne pas de ces transformations en sens rétrograde. Quand avec la Renaissance, et, peu après, le protestantisme, on vit le doute et l'erreur se substituer à la foi sincère et orthodoxe, inévitablement devaient se dessécher les vraies sources de l'inspiration, celles qui avaient fourni aux anciens artistes tant d'immortels chefs-d’œuvre.

De nos jours, en France, sauf d'honorables exceptions, l'art suit la voie d'un positivisme purement matériel. Chaque année, en rendant compte du Salon, qui offre aux amis du beau les productions nouvelles du talent artistique, la presse honnête, après avoir rendu justice au mérite, se voit contrainte de protester contre les aberrations d'une école pour laquelle l'idéal esthétique s’arrête à la forme corporelle, au lieu d'atteindre la beauté de l'âme se reflétant sur le visage de l'homme, ou mieux, selon la doctrine du Docteur angélique, la splendeur du Verbe divin illuminant toutes les créatures de son éternelle beauté.

Ne craignons pas de l'affirmer : c'est en revenant aux principes d'esthétique chrétienne donnés par Thomas d'Aquin, que les beaux-arts reprendront leur éclat, et exerceront une influence salutaire sur les individus et les sociétés.

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Message  Roger Boivin Mar 16 Juil 2013, 9:17 pm


Mais il est temps de voir comment la peinture a payé au Maître le tribut de la reconnaissance. Ne pouvant contempler les uns après les autres les monuments presque sans nombre de sa gratitude, arrêtons-nous seulement devant les plus remarquables et les plus célèbres.

Dans la chapelle des Espagnols, à Santa-Maria-Novella de Florence, le pinceau de Taddeo Gaddi, élève du Giotto, a représenté Thomas d'Aquin au milieu des anges, soutenu de l'autorité des prophètes et des évangélistes, et foulant aux pieds les ennemis de la foi : Arius, Sabellius, Averroës.

A Sainte-Catherine de Pise, un tableau de Traïni, disciple d'Orcagna, montre le saint recevant de Notre-Seigneur des flots de lumière, qu'il transmet à un auditoire composé de religieux, d'évêques, de cardinaux et même de souverains pontifes.

Fra Angelico, dont les chefs-d’œuvre décorent le cloître de Fiesole et le couvent de Saint-Marc à Florence, reproduit avec une complaisance marquée la figure de saint Thomas. Qui n'a entendu parler du Couronnement de la Vierge, ravissante toile que possède le musée du Louvre, et dans laquelle se trouve, au milieu d'un groupe de saints, une des plus belles têtes du Docteur angélique qu'ait su produire un pinceau d'artiste ?

Disciple du précédent, Benozzo Gozzoli, dans une composition exécutée pour le Dôme de Florence, et transportée au musée du Louvre, traite avec plus d'ampleur encore que Gaddi et Traïni le triomphe de Thomas d'Aquin.

Au centre, saint Thomas est assis dans une gloire circulaire, et tient ses ouvrages en mains. A ses côtés, Aristote et Platon prètent l'oreille, et sous ses pieds est étendu Guillaume de Saint-Amour, le fameux adversaire des ordres mendiants. Au bas du tableau le pape Alexandre IV, assis sur son trône, condamne le libelle des Périls des derniers temps, en présence de saint Bonaventure, du bienheureux Albert le Grand, des cardinaux Jean des Ursins et Hugues de Saint-Cher, et d'autres personnages historiques. Dans la partie supérieure, Jésus-Christ se penche vers son docteur et semble lui dire les paroles qu'on lit au-dessous : « Tu as bien écrit de moi, Thomas. » Autour du Fils de Dieu sont rangés saint Paul, dont l'Ange de l'école a commenté les épîtres, Moïse, dont il a expliqué la loi figurative, et les évangélistes, qu'il a interprétés par les textes des Pères dans sa Chaîne d'or.

A Rome, dans l'église de la Minerve, se voit une des œuvres les plus remarquables du peintre florentin Filippino Lippi : la Dispute de saint Thomas d'Aquin, terme synonyme en Italie de discussion théologique.

Assis sur une estrade que domine un édicule construit et décoré dans le goût du XVe siècle, saint Thomas tient d'une main le livre où il a formulé sa doctrine ; de l'autre, il montre le corps d'un hérétique, gisant à ses pieds. La Théologie, la Philosophie et deux figures symboliques siègent aux côtés du saint docteur. Au premier plan, Averroës, Arius et divers hérésiarques l'écoutent dans des attitudes confuses, et semblent avouer leur défaite. Pour n'avoir pas le mérite de l'originalité, cette composition ne laisse pas de présenter beaucoup de variété et de richesse d'exécution.

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Message  Roger Boivin Mar 16 Juil 2013, 9:17 pm



Enfin le génie de Raphaël rend à son tour hommage au génie de Thomas d'Aquin. Au Vatican, dans la Chambre de la Signature, se voit la fameuse. Dispute du Saint Sacrement. Debout près d'un autel où est exposée l'Hostie sainte, le Docteur eucharistique, la main sur la poitrine et le visage plein d'une majestueuse autorité, semble affirmer sa foi, au milieu d'une brillante assemblée d'autres docteurs.

Parmi les productions plus modestes, mais non moins pieuses, de l'iconographie de saint Thomas, nous signalerons aux élèves de nos collèges chrétiens une charmante gravure éditée par Besnard de Tours, et faite tout exprès pour eux. Elle porte en titre latin :

Saint Thomas, docteur angélique, patron céleste toutes les écoles catholiques.


Assis dans sa chaire, la tête couverte du bonnet de docteur, saint Thomas a l'attitude du maître qui enseigne. Les traits de son visage sont empruntés au chef-d’œuvre de Fra Angelico. Le soleil brille sur sa poitrine. A côté de lui est un livre posé sur une table, avec le crucifix, son oracle et son plus sublime panégyriste. Au fond de la vignette, deux arcades laissent voir d'un côté un grand fleuve formé par la pluie du ciel, symbole de la doctrine céleste et fécondante de saint Thomas d'Aquin, et allusion au texte qui lui fut miraculeusement indiqué pour son principe de doctorat. De l'autre côté, une lumière surnaturelle éblouit les ennemis de la ville sainte et porte la confusion dans leur camp, symbole de la perturbation que jettent les lumineux écrits du saint docteur parmi les adversaires de la foi catholique, et allusion en même temps au texte cité par le célèbre Gilles de Rome, comme nous l'avons vu au chapitre septième du livre second.

Quant aux gravures qui ornent ces pages, gravures appartenant à l'école flamande et tirées d'un recueil publié à Anvers en 1610, elles serviront à faire pénétrer plus avant dans l'esprit des jeunes gens chrétiens les phases principales de la vie de leur saint patron.

En tête du volume nous avons placé la gravure d'une nouvelle statue de saint Thomas d'Aquin. Œuvre d'un artiste distingué, M. H. Louis-Noël, cette statue, fort remarquée au Salon de 1886, à été exécutée pour le couvent d'études des Dominicains de la Province de France, à Corbara, Corse.

Puisse la vue de cette image inspirer la dévotion et la joie spirituelle que procurait, au témoignage de Fr. Euphranon de Salerne, la vue du saint lui-même ; puisse aussi chacun de nos lecteurs entendre un jour, de la^bouche de Jésus, ces consolantes paroles : « Par les œuvres de ta vie, tu as bien écrit de moi ! »


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