Une question vraiment disputée: La Sainte Vierge mourut-elle A ÉPHÈSE?

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Message  Monique Lun 26 Sep 2011, 6:55 pm

Une question vraiment disputée: La Sainte Vierge mourut-elle A ÉPHÈSE? Bureau48


Oui, une question vraiment disputée ! Il y a quatre ans, dans notre numéro d'août 1951, nous avions publié un intéressant article de M. Eugène Borrel sur ce thème : l'auteur y expliquait par quel concours de circonstances la conviction que la Mère du Christ avait vécu la fin de sa vie à Éphèse et y était morte pouvait s'imposer à des esprits sérieux.

Cet article était à peine paru que nous recevions des protestations : fables que tout cela! La Sainte Vierge est morte à Jérusalem! à Gethsémani on montre encore son tombeau! Il nous parut donc utile de donner les arguments contre Éphèse; puisque nous avions publié les arguments pour, et l'an passé, en août 1954, un éminent historien des questions religieuses consacra un article à discuter l'hypothèse éphésienne. Aussitôt protestations renouvelées, mais de sens opposé! Tandis que notre ami, M. Massignon, professeur au Collège de France, nous téléphonait pourquoi il croyait en Éphèse comme site de la mort de Marie, une très haute personnalité du diocèse d'Izmir nous adressait deux longues pages de critique textuelle et historique pour réduire en poussière les arguments des anti-éphésiens.

Essayons donc ici de faire le point de cette délicate question, dans l'espoir de n'y pas revenir avant que des « faits nouveaux » interviennent.


Qu'il existe une tradition très ancienne selon laquelle la Sainte Vierge, après la mort, la Résurrection et l'Ascension de son divin fils, soit venue à Éphèse, y ait passé la fin de ses jours, et qu'elle y ait eu son Assomption : la chose ne fait aucun doute.

L'Église jacobite (c'est-à-dire hérétique, monophysite) n'a pas cessé, depuis le Ve siècle, de tenir cette tradition pour vraie, et l'on en trouve maintes traces dans l'Église catholique d'Orient. Cette tradition repose, semble-t-il, essentiellement, sur des données à la fois scripturaires et sur des récits populaires, dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Les données scripturaires semblent solides : Jésus, en mourant sur la Croix, a confié sa Mère à son disciple préféré, saint Jean ; or, il est historiquement certain que l'Apôtre a vécu à Éphèse, où il a écrit le IVe Évangile; donc il est normal, logique, de penser que Marie l'a accompagné.

C'est sur cet argument qu'ont brodé les Apocryphes lorsqu'ils ont parlé de la mort de Marie.

Cette tradition « éphésienne » était quelque peu endormie jusqu'à la fin du XIXe siècle. Au reste, Éphèse, située en Asie Mineure, à soixante kilomètres du port de Smyrne (Izmir), n'était pas très commode d'accès. Pourquoi l'actualité s'en est-elle emparée ! Pourquoi, ces dernières années, le 15 août, mille à quinze cents pèlerins se sont-ils rendus à Éphèse? Pourquoi la curiosité archéologique s'en est-elle mêlée? Parce qu'en 1891 un fait extrêmement curieux s'est produit, si curieux, si déconcertant même, que M. Louis Massignon avoue qu'y croire c'est se faire traiter d' « hérétique en matière scientifique! »



ECCLESIA
Lectures chrétiennes
No, 77, 1955.




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Message  Monique Mar 27 Sep 2011, 2:09 pm

Au cours des visions qu'elle eut, et dont le récit fut écrit par le poète Clément Brentano, Catherine Emmerich, la célèbre mystique de Westphalie, donna une description des lieux où elle « voyait » Marie passer la fin de sa vie et mourir. Description extrêmement minutieuse et détaillée.

Or, des curieux, puis des archéologues, explorant les environs d’Éphèse, découvrirent que cette description coïncidait exactement, dans la réalité, avec le site traditionnel où l'on plaçait la maison de la Vierge : Panaghia-Kapuli. Et, de fait, la coïncidence est impressionnante : cadre général, paysage, architecture, disposition de la maison, tout paraît extraordinairement conforme aux indications données par la religieuse visionnaire. Visiter la Maison de la Vierge! on imagine assez ce que ce serait pour des chrétiens si l'existence de cette maison était sûre, indiscutable! Et encore n'est-ce pas tout : Catherine Emmerich déclare croire que le tombeau de Marie existe encore. Avec quelle fièvre le cherchera-t-on ?

Il faut avouer que le premier élan est de croire à ces merveilleuses découvertes, tant cette histoire parle à notre cœur. Mais le second mouvement amène à des réflexions plus critiques. D'abord que vaut le témoignage de Catherine Emmerich? Que ses « visions » soient une œuvre littéraire fascinante (mais quelle est la part de Clément Brentano dans leur rédaction?), la chose est certaine. Mais l’Église s'est toujours obstinément refusée à se prononcer sur son cas, et n'a jamais dit qu'il fallait accepter les récits de la religieuse westphalienne comme paroles d’Évangile. Quant aux localisations, on sait qu'en tous endroits du monde où un grand personnage passe pour avoir vécu, une sorte de folklore spontané se crée, qui multiplie les détails et localise avec une précision extrême les moindres événements.

Ainsi montrait-on en Crète la trace des pieds d'Icare, laissée par lui dans le sol quand il s'envola! L'impressionnante coïncidence entre les descriptions de Catherine Emmerich et la réalité peut n'être que fortuite, et un voyageur qui, l'an passé, précisément, alla à Éphèse, nous a écrit que « paysage et maison collent bien au récit de Catherine Emmerich, mais on a l'impression que d'autres paysages, d'autres maisons des alentours colleraient tout aussi bien ».

Il faut donc revenir aux données plus solides, c'est-à-dire celles d'abord du Nouveau Testament et ensuite celle qu'on trouve dans les textes, Pères de l’Église, Apocryphes, historiens. C'est évidemment à la Sainte Écriture qu'il faut s'attacher d'abord. A y bien réfléchir, le problème de la vie de Marie à Éphèse et de sa mort se trouve lié à celui de la première évangélisation de cette ville. Qui a évangélisé Éphèse?





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Message  Monique Mar 27 Sep 2011, 6:39 pm

L'Apôtre Jean, dès le lendemain ou presque du drame du Calvaire, ou, beaucoup plus tard, saint Paul? Si Jean est venu à Éphèse aux environs des années 37-40, la Vierge Marie a très bien pu l'accompagner et l'hypothèse « éphésienne » tient debout : s'il n'y est venu qu'après la chute de Jérusalem, mettons aux alentours de 66, il est plus que probable que Marie, à ce moment-là, était montée au Ciel.

Malheureusement, sur ce point capital, la discussion reste ouverte et aucun argument n'entraîne une conviction totale.
Que les Apôtres aient quitté assez vite la Palestine après la mort du Christ, c'est une tradition : Eusèbe, Palestinien d'origine, affirme que, chassés de Judée, ils allèrent, entre 37 et 42, « prêcher l’Évangile à toutes les nations ». Il serait donc admissible que Jean fût allé à Éphèse dès ce moment-là.

Malheureusement, nous n'avons pas la trace écrite de ce séjour. Pis : un témoin, qui a vécu à Éphèse, n'y fait aucunement allusion, et quel témoin, saint Paul ! La fameuse Épître aux Éphésiens ne fait allusion ni à Jean ni à Marie. Ce silence se trouve corroboré par le chapitre XVIII des Actes des Apôtres, où saint Luc parle de la conversion d'Apollos à Éphèse. Visiblement saint Jean n'avait pas passé par là, car Apollos et douze autres hommes avaient été baptisés selon le baptême de Jean-Baptiste, mais ignoraient le baptême chrétien. Au chapitre XIX, on voit Paul arrivant à Éphèse, — ce qui, dans la chronologie très bien établie de l'Apôtre, n'a pu se faire qu'en 54, — et Paul baptise, au nom du Christ ces hommes qui ignoraient la totale révélation chrétienne.

Après quoi il se livre, au moins deux ans durant, à une évangélisation très poussée. L'argumentation semble donc solide et l'on pourrait encore l'étoffer par maintes citations (Actes XX 25-38; I Tim I.3; II Tim. I. 15-18 et IV. 12); saint Paul a été le véritable initiateur de l’Église d’Éphèse, et saint Jean n'est venu dans cette ville que beaucoup plus tard, et sûrement après la mort de la bienheureuse Vierge Marie. C'est d'ailleurs le point de vue adopté par l'Enciclopedia cattolica éditée par le Vatican (articles Efeso et Giovanni Apostolo).





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Message  Monique Jeu 29 Sep 2011, 5:36 pm

A quoi les partisans d’Éphèse répliquent par un argument qui ne manque pas de poids. « Vous faites état contre Éphèse du silence que garde saint Paul au sujet de la Sainte Vierge et de saint Jean. Oubliez-vous que le même saint Paul, quand il rapporte ses passages à Jérusalem, ne parle pas davantage de Marie et de Jean? Et qu'il ne fait même pas allusion à saint Pierre lorsqu'il raconte ses séjours à Antioche, puis à Rome? Ni dans les Épîtres ni dans les Actes, il ne faut donc chercher un récit complet. Et il existait, dans la primitive Église, des courants assez sensiblement différents pour que l'un ignorât l'autre, le courant paulinien ignorant le courant johannique. » Il faut reconnaître qu'un tel argument ne souffre guère de réplique.

Une discussion serrée peut ensuite s'engager sur les témoignages qui ont été recueillis pour ou contre Éphèse. Le plus ancien écrivain authentique (en laissant de côté les Apocryphes) qui ait parlé de la fin terrestre de Marie est Timothée, prêtre de Jérusalem, qui vécut à la fin du IVe siècle; il y fait nettement allusion à un « enlèvement de Marie au ciel » par son divin fils, qui aurait eu lieu à l'endroit même où s'était produite l'Ascension. Et l'on sait qu'on montrait à Gethsémani, durant le haut moyen âge, une « maison de la Vierge », dont il est parlé dès la fin du Ve siècle, et qu'il y a encore une église copte qui prétend recouvrir le tombeau de Marie.

Les Apocryphes, et notamment le Transitus Mariae dit de « Meliton de Sardes » (voir les Évangiles Apocryphes dans la collection « Textes pour l'histoire Sacrée »), se rattachent visiblement à cette tradition palestinienne de la fin de la Vierge.






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Message  Monique Jeu 29 Sep 2011, 5:45 pm

Mais, d'autre part, il existe des textes qui la contredisent. Par exemple, Hippolyte de Thèbes, qui vivait au VIIe ou VIIIe siècle, écrit « qu'après l'Ascension de la Vierge (à Éphèse en Asie Mineure), saint Jean se mit à prêcher la Parole et c'est là qu'il est mort ». Quelle est la portée exacte de ce texte (bien tardif, observons-le!). On en est ici à des questions de virgule. Le R. P. Jugie, grand spécialiste de l'Assomption, met une virgule avant la parenthèse, tandis que notre correspondant d'Izmir la met après, ce qui amène à conclure que l'Ascension de la Vierge a bien eu lieu à Éphèse...

On prolongerait longuement la discussion. A un esprit non prévenu, et qui juge sans passion, l'impression qui s'en dégage est celle d'un vaste « que sais-je? » Les arguments pour et contre Éphèse paraissent s'équilibrer, aussi loin qu'on les cherche, et aussi nombreux. Entre Jérusalem et la ville d'Asie Mineure, s'il nous fallait raisonnablement choisir, notre embarras serait grand. Louis Massignon ne laisse-t-il pas le champ ouvert quand il déclare, à propos d’Éphèse et des événements qui purent s'y passer, qu'il ne propose pas « un brusque choc soit avec une vérité scientifique logiquement découverte, soit avec une vérité religieuse dialectiquement constatée », mais « une sorte de croissance intérieure, je ne dis pas un rêve », qu'il assimile à la révélation artistique?

Ce qui, en tout cas, mérite d'être retenu et souligné, et ce qui suffirait amplement à justifier le choix d’Éphèse comme lieu de pèlerinage mondial, c'est que cette ville est incontestablement un des lieux les plus chargés de traditions religieuses et de spiritualité.
Sans même remonter au culte de la Diane éphésienne, qui y attirait les foules païennes, et dans lequel on pratiquait une science des rêves destinée à percer le secret de l'avenir, maints grands souvenirs chrétiens s'y rattachent : l’Évangélisation de saint Paul avec ses épisodes dramatiques ; le séjour — incontestable — de saint Jean, et sa mort (on y vénère son tombeau).

C'est également à Éphèse que se situe la fameuse histoire des Sept dormants qui est comme un symbole de la résurrection de la chair, et à laquelle les musulmans attachent, eux aussi, une si grande importance qu'ils tiennent Éphèse pour un lieu sacré. C'est à Éphèse aussi que se réunit en 431 le célèbre Concile qui, rejetant les thèses nestoriennes, proclama que Marie était légitimement appelée « Mère de Dieu » Theotokos.

Tout cela déjà suffirait pour que la piété des chrétiens se portât vers cette ville plusieurs fois sacrée.
Empruntons à Louis Massignon la conclusion la plus juste qu'on puisse donner à cette discussion : « Ce n'est pas un lieu de miracles, ce n'est pas un lieu d'étonnement extérieur, c'est un approfondissement dans la méditation non pas seulement de la souffrance, mais de la gloire : par l'Espérance du Nouvel Avènement. »






FIN
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