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Message  Monique Mar 07 Juin 2011, 8:20 pm

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Comment le monde, propriété de Dieu, se met entre Lui et la créature raisonnable; comment on ne peut être l'ami du monde sans devenir l'ennemi de Dieu, est un double phénomène impossible à comprendre sans une étude approfondie de la question.

Si la majorité des adultes catholiques est sauvée en raison de la facilité du salut, pourquoi est-on obligé de faire un appel si considérable au secret du lit de mort pour expliquer la formation de cette majorité?

Si beaucoup d'hommes ne paraissent pas remplir les conditions nécessaires, mais faciles, du salut, et si cependant ils y parviennent en dépit des apparences contraires, quelle explication donner à ces apparences, alors que l'opération du salut est si simple? Nous répondrons : le péché est une explication partielle, le démon est une explication partielle, mais le grand secret gît dans l'esprit du monde. C'est lui surtout qui fait paraître difficile une matière intrinsèquement aisée, et qui diminue le nombre des élus. Si nous n'étudiions pas les procédés par lesquels il parvient à ces résultats, nous n'aurions pas répondu à la troisième et à la plus puissante des objections, et un doute demeurerait sur la valeur de nos réponses aux deux premières et sur l'ensemble des matières traitées jusqu'ici.

Déjà existe sur la terre un enfer, une chose à laquelle Dieu refuse son sourire, une chose qui n'est ni entièrement matière, ni entièrement esprit. C'est une influence, une atmosphère, un ensorcellement, une contagion, une mode, un système impersonnel, mais très reconnaissable. Aucun de ces noms ne la définit, tous lui conviennent; l'Ecriture l'appelle : le monde. La souveraineté de Dieu l'a mis au ban de son empire ; sa miséricorde n'y pénètre pas, et il n'y a aucune possibilité de réconciliation entre ces deux puissances. Son pouvoir sur la nature humaine est terrifiant, sa présence est universelle.

Nous vivons au milieu de lui, nous le respirons, nous agissons sous son influence; trompés par ses apparences, nous adoptons imprudemment ses principes sans nous en douter. Il ne peut être damné, puisqu'il n'est pas une personne, mais il périra dans la conflagration générale ; sa tyrannie sera à jamais abolie, et on ne reconnaîtra même plus sa place. Il est donc de la dernière importance de connaître quelques traits de cet être malfaisant, de ce monstrueux oiseau de proie qui étend ses ailes d'une hémisphère à l'autre, et dont les transformations ne sont pas un des traits les moins caractéristiques. Il sait adoucir sa voix et la rendre attirante comme celle de la sirène ; plus son pas est léger, plus son approche est redoutable. Il s'introduit au foyer domestique et en empoisonne les affections les plus pures ; il pénètre dans des cœurs innocents qui, sans lui, n'auraient jamais connu le mal. Il sait, sans plus de difficulté, affecter la pruderie, rappeler à l'ordre le péché trop apparent, mettre en avant de belles théories sur la décence publique, et même se montrer sévère presque jusqu'au pédantisme dans des questions de moralité. Il règle le beau dans l'art, le luxe dans les salons, l'élégance dans la mode; la neutralité est son triomphe dans l'éducation; il discute la vocation religieuse d'un adolescent, et, avec des sentences élogieuses sur la perfection et de belles maximes aux lèvres, il conseille de prudents délais, une soumission plus entière envers les parents dont le droit naturel doit, à son point de vue, primer celui du Créateur.

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Message  Monique Mer 08 Juin 2011, 8:17 pm

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Mais qu'est-ce donc que le Monde entendu au sens de l’Écriture? Une définition serait trop courte, une description trop imprécise. Lui qui n'est pas une créature de Dieu, comment s'est-il introduit dans sa création pour y usurper une si grande partie de la planète où Jésus a vécu et où Il est mort? Il apparaît comme une sorte d'esprit qui, surgissant de la création en révolte, a extrait de tous ses péchés des miasmes imperceptibles, (1) mais d'une formidable puissance, pour les répandre dans l'atmosphère. Bien qu'il ne puisse être une personne, il montre une intelligence et une ténacité de volonté qui semblent l'apanage exclusif des êtres conscients, et qui lui procurent sans fatigue des succès ininterrompus. La puissance de fascination que le serpent exerce sur l'oiseau trop confiant est une fidèle image du pouvoir que l'esprit du monde prend sur nous. Il agit à la manière de la grâce, mais il en est juste l'opposé.

Le Monde n'a pas toujours le même pouvoir : parfois il plaît à Dieu de l'enchaîner pour un temps et d'en purifier l'atmosphère; alors l’Église relève la tète et reprend sa marche en avant. Toutefois sa puissance, aidée par le raffinement de la civilisation, paraît s'accroître avec les siècles; en d'autres mots, le Monde devient toujours plus mondain, et déjà nous pouvons entrevoir l'aube de ce que saint Jean annonçait dans sa prophétie : la fin du monde et le règne de l'Antéchrist seront les périodes de la plus tyrannique mondanité.

Cet esprit change de caractère selon les lieux et les époques. Tantôt il excite l'ambition des classes élevées et le mécontentement des plus basses; ici, il porte au péché grossier, ailleurs, à la corruption plus raffinée; parfois, il ne tolère que le péché recouvert d'une élégante enveloppe. Un coup d'œil sur les siècles écoulés nous montre que chacun d'eux a été sujet à quelque vertige mondain spécial qui le distingue dans l'histoire.


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Message  Monique Ven 10 Juin 2011, 10:13 pm

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Quoique le monde soit capricieux, sa logique est inflexible et il va directement à ses conséquences extrêmes; il est évident que la sagesse de Satan lui est communiquée. Son grand crime est de guerroyer contre Dieu. Il est une de ces trois puissances douées d'une si funeste force : le démon, la chair et le monde, et d'après la manière dont Notre-Seigneur parle de ce dernier dans son Évangile, il semble bien avoir la préséance, malgré l'habileté qu'il déploie à se faire oublier ou moins redouter que les deux autres. Il est, pour ainsi dire, le chef des ennemis de Dieu, et de là vient la place qu'il occupe dans les Saintes Écritures : c'est le Monde qui haït Jésus-Christ, et se réjouit lorsque le Christ s'en va, le Monde qui ne veut pas recevoir le Saint-Esprit, le Monde qui aime ce qui est à lui, le Monde que Notre-Seigneur a vaincu, pour lequel Il n'a pas voulu prier, le Monde qui n'est pas digne des Saints, le Monde qui passe avec ses convoitises, le Monde dont l'amitié est l'inimitié de Dieu, le Monde qui est subjugué par ceux qui sont nés de Dieu, ou, selon l'expression de l'Apocalypse, le Monde qui suit la Bête avec admiration.

C'est ce monde que nous avons à combattre tout le long de notre vie chrétienne. Il est moins un péché que la capacité de tous les péchés. Il est une contrefaçon de l’Église de Dieu et son plus implacable adversaire: ainsi est-il en quelque sorte l'église internationale de la puissance des ténèbres. Il en doit être ainsi, car l'idée qu'en a l’Église est loin d'être flatteuse pour l'orgueil de cette puissance, puisqu'elle met toutes les affaires du monde sous ses pieds, les jugeant méprisables ou d'une importance très relative. Dans ce dédain de l’Église s'affirme une foi tranquille qui irrite extrêmement ce pouvoir ennemi. Le Monde, au contraire, prétend qu'il n'y a guère d'intérêts sérieux en dehors des siens, que la religion doit s'y accommoder, ou alors être domptée, ou même chassée comme rebelle. Ainsi l’Église et le Monde sont incompatibles, et tels ils resteront jusqu'à la fin.


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Message  Monique Mar 21 Juin 2011, 6:24 pm

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L'antagonisme de l'esprit du Monde et de l'esprit de l’Évangile se révèle dans la manière dont l'un et l'autre estiment la prospérité. Tous les mystérieux anathèmes lancés par Notre-Seigneur contre la richesse s'éclairent aux dangers que manifeste l'esprit du monde. La tendance de la prospérité est de détacher de Dieu le cœur pour le fixer sur les créatures, de rendre l'homme égoïste, d'amollir assez son caractère pour qu'il soit incapable de pratiquer les mâles vertus du chrétien. Ceci n'est qu'un aperçu de l'opposition qui existe entre l’Évangile et le Monde, mais il suffit à faire comprendre ces redoutables paroles de Notre-Seigneur: « Tu as déjà reçu ta récompense. »

La prospérité peut être cependant une bénédiction, mais souvent aussi elle facilite le triomphe du monde, et, en général, l'absence d'épreuves est toute autre chose qu'une marque de l'amour de Dieu pour sa créature.

En sorte que c'est le Monde qui, bien plus que le démon et la chair, mais en étroite union avec eux, crée la difficulté que nous éprouvons à obéir aux commandements de Dieu ou à suivre ses conseils, car l'essence même de son esprit consiste à nous faire oublier que nous sommes des créatures.

En effet, quel homme serait mondain s'il se souvenait en toute occasion que, créature de Dieu, il Lui appartient totalement? Un des symptômes les plus redoutables de notre inconscience est que nous soyons si peu effrayés de cet oubli, et c'est le Monde lui-même qui nous conduit à cette fausse et funeste sécurité.


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Message  Monique Mar 28 Juin 2011, 3:04 pm

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Quand Notre-Seigneur décrit les jours d'avant le déluge et ceux qui précéderont la fin du monde, Il les montre plutôt comme des périodes où règne l'esprit du Monde que comme des époques de péchés positifs. « Les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient, » et Il n'ajoute rien de plus.

Or, aucun de ces actes n'est mauvais en soi; on peut même, selon l'enseignement de l'Apôtre, manger, boire, faire toutes choses à la gloire de Dieu ; et le mariage, qui était une institution divine dès avant le déluge, est maintenant un sacrement de l’Église. Cette remarque concerne aussi le mauvais riche, la seule personne des récits évangéliques que Jésus-Christ nous fasse voir en enfer. Il le dépeint vêtu de pourpre et de lin, assis chaque jour à un banquet somptueux. En tout cela, rien qui soit directement péché. Le mal de toutes ces choses est dans leur union avec l'esprit du monde qui était presque la seule règle du genre humain lors du déluge, et qui le sera aux jours de l'antéchrist, comme il l'était pour le malheureux riche. Sa vie commençait et finissait dans la mondanité ; il s'y reposait sans désirer rien autre chose; aucune place n'y était laissée à Dieu. Un homme peut-il ainsi oublier habituellement son Créateur, Lui préférer le luxe des vêtements, une table somptueuse, et être exempt de péché mortel? Si la pourpre et les festins sont ici-bas sa vision béatifique, est-il admissible que sa seule moralité extérieure le conduise, par la miséricorde divine, à la seconde Vision Béatifique, celle du Ciel? Il semblerait au premier coup d'œil qu'une existence uniquement remplie des jouissances mondaines auxquelles on peut se livrer sans pécher ne soit pas suffisante pour constituer un état de péché grave ; mais n'oublions pas que l'omission de Dieu entraîne une quantité de péchés intérieurs, germination empoisonnée de cette vie toute frivole.

Nous avons encore l'exemple du jeune homme de l’Évangile qui possédait de grands biens. Il était religieux et observateur fidèle des commandements de Dieu. Dès qu'il connut Jésus il L'aima et voulut s'attacher à Lui; mais quand Notre-Seigneur lui dit de vendre tous ses biens, d'en donner le prix aux pauvres et de marcher à sa suite, il devint tout triste et se retira. En refusant de vendre ses biens il ne commettait pas un péché positif, mais c'était l'amour du monde qui opérait en lui. Ainsi donc l'aspect extérieur de cet esprit n'est pas le péché; il a plutôt un caractère négatif qui le fait abonder en omissions ; cependant dans l’Évangile, le Sauveur semble à dessein le montrer du doigt plus que le péché formel. Quand le jeune homme Le quitta, Il se contenta de remarquer : « Qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume des cieux! » Mais le seul fait que Jésus a flétri l'esprit du monde d'une semblable réprobation suffit à montrer qu'il est profondément coupable. Il y a dans le monde une vie sans Dieu; on Le compte pour peu de chose s'il n'est pas totalement ignoré; ses droits sont tenus en un continuel et tranquille mépris; le code mondain est, sans comparaison, mieux observé que celui de l’Évangile; c'est le moi qui règne à la place de Dieu.

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Message  Monique Mer 29 Juin 2011, 2:59 pm

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Les péchés secrets du mondain sont légion ; sa vie est une vie sans prière, sans désir du Ciel et sans crainte de l'enfer, sans amour de Dieu et sans aucune habitude surnaturelle; l'idolâtrie du moi remplace chez lui le culte qu'il doit au Créateur. Une telle vie doit fatalement aboutir à l'enfer, car elle implique une tendance si irrésistible au péché, elle offre une température si favorable à son éclosion et lui donne tant de moyens de se développer qu'elle engendre par millions le péché actuel bien positif.

Le décorum qu'affecte le mondain le conduit de préférence à commettre le péché caché, quoique la faute extérieure et scandaleuse ne puisse manquer de s'ensuivre. Par ailleurs, son amour du bien-être l'empêche d'écouter les remords de sa conscience, ou les provoquantes sollicitations de la grâce, en sorte qu'il s'établit dans un état de conscience anesthésiée et perd le sens moral avec une rapidité inconnue même à la sensualité, car rien n'est comparable à la puissance de l'esprit du monde pour vicier le sens moral. Avoir fait le mal assez longtemps pour ne plus même s'apercevoir qu'on le commet, oublier Dieu sans avoir conscience de cet oubli, c'est un état bien pire que celui de l'idolâtre et du sauvage; tels sont les caractéristiques de ce que nous appelons : avoir la conscience anesthésiée.

Presque tous les hommes se rendent compte de leurs égarements, mais une pareille conscience est insensible. Les douces merveilles qui s'opèrent chez les publicains et les pécheurs ne franchissent pas la barrière que leur opposent l'estime de soi et la suffisance des pharisiens de ce monde.

Chacun de ces phénomènes peut s'expliquer par l'oubli de notre condition de créatures. Le mondain ne reconnaît pas les droits du Créateur, par conséquent, il n'admet pas les devoirs de la créature. C'est l'esprit du monde qui l'empêche de prendre l'attitude convenable à un être qui devra un jour rendre compte de sa vie à une puissance supérieure. S'il se trouve forcé de faire appel au dehors de lui à un juge, c'est au respect humain qu'il en appelle.

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Message  gabrielle Jeu 30 Juin 2011, 10:39 am

Les péchés secrets du mondain sont légion ; sa vie est une vie sans prière, sans désir du Ciel et sans crainte de l'enfer, sans amour de Dieu et sans aucune habitude surnaturelle; l'idolâtrie du moi remplace chez lui le culte qu'il doit au Créateur. Une telle vie doit fatalement aboutir à l'enfer, car elle implique une tendance si irrésistible au péché, elle offre une température si favorable à son éclosion et lui donne tant de moyens de se développer qu'elle engendre par millions le péché actuel bien positif.

On dirait que notre bon Père Faber décrit l'esprit qui rêgne de façon universel de nos jours.
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Message  Monique Ven 01 Juil 2011, 8:13 pm

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Quand un homme donne ses sympathies à un État hostile au Saint-Siège plutôt qu'à la Chaire de Pierre, il a l'esprit du monde : le Monde est préféré à l’Église. Quand une vocation religieuse est contrariée sans raison grave, c'est l'esprit du monde : on se refuse à reconnaître que l'œuvre unique de la créature est de faire la volonté du Créateur. Quand on rougit de la religion en présence des incroyants, c'est l'esprit du monde : la créature déserte le drapeau du Créateur. Quand on se répand en invectives contre l'enthousiasme religieux ou le défaut de modération dans la piété, c'est l'esprit du monde : la créature veut limiter le service du Créateur. Quand on ne fait pas l'aumône, ou qu'on la donne avec parcimonie, ou d'une façon hautaine et dédaigneuse, c'est l'esprit du monde : la créature revendique comme sa propriété ce qu'elle tient uniquement du bon plaisir de Dieu.

En somme, tout développement de l'esprit du monde dénote chez l'homme une déviation de la perception des vrais rapports entre le Créateur et la créature. Si cet esprit, si fatal dans ses effets, se glisse imperceptiblement dans tous les milieux, avons-nous le droit de le redouter aussi peu que nous le faisons et de ne pas prendre contre lui des précautions presque excessives? Car s'il est impossible de vivre dans un endroit sans en respirer l'atmosphère, il ne l'est guère moins de vivre dans le monde et d'éviter son esprit. Celui qui craint Dieu doit aussi craindre le monde; et celui qui craint le monde n'a jamais à redouter de perdre la crainte de Dieu.

D'autres vont plus loin encore, et donnent le spectacle d'une prodigieuse alliance de la piété avec la mondanité, comme si la même personne était composée de deux êtres : l'un pour l'église, l'autre pour le dehors. Ces personnes font vivre Dieu et le monde en telle harmonie dans leurs cœurs qu'elles ne soupçonnent pas l'inconvenance de la physionomie qu'elles présentent au public et encore moins la choquante et triste réalité de leur état spirituel. Si nous observons ces contrastes chez les autres, est-il vraisemblable que nous ne leur en offrons pas nous-mêmes quelques traits? N'en doutons pas, notre unique sécurité est dans une inlassable vigilance. S'endort-on dans le camp ennemi, et au plus fort de la mêlée dans une guerre sans paix ni trêve?

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Message  Monique Sam 02 Juil 2011, 6:42 pm

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Il y a chez les auteurs ascétiques deux manières d'envisager le monde, selon leur caractère et leurs dispositions personnelles, leur vocation propre, leur milieu. Les uns, à la tête desquels se place saint Bernard, le jugent avec une sévérité qui peut paraître outrée : pour eux, chaque chose du monde est un danger, son éclat et ses joies sont une amère déception, toutes ses roses cachent des épines. Les autres, conduits par saint François de Sales, regardent le monde avec une indulgence qui peut sembler excessive; ils ne voient que bénédiction et sourire de Dieu sur la terre où Jésus est né et où Marie a vécu; les attachements humains leur paraissent autant de moyens d'aimer Dieu davantage; en un mot, leur contemplation du bien leur dérobe en partie la vue du mal.

La première manière de voir offre moins d'écueils à la présomption de l'homme et le désenchante du monde; elle le conduit à l'amour de Dieu par une sage crainte; aussi les personnes vivant dans le cloître sont plus portées à l'adopter. La seconde est un réconfort contre le découragement et rend Dieu plus attrayant ; elle conduit à la crainte par l'amour, et est plus habituelle aux personnes vivant dans le siècle. Ce qui paraît étrange, c'est que personne ne puisse embrasser le monde d'un regard à la fois général et impartial qui n'exclut ni les ombres ni les lumières de ce tableau. Intellectuellement nous pouvons le faire, mais dans la pratique nous inclinons, et par là-même nous exagérons forcément d'un côté ou de l'autre.

Toutefois quelle que soit notre propre manière de voir, nous devons nous tenir en garde contre ses séductions et son esprit, car sur cet esprit les chrétiens ne peuvent porter qu'un jugement unique, celui fixé pour toujours par l'écrivain inspiré : « Le monde est l'ennemi de Dieu. » Le grand point est de tout rapporter au Créateur et de travailler toute la Vie à extraire de notre optimisme ou de notre pessimisme les trésors du divin amour.

Si l'esprit du monde, dénégation des rapports qui doivent nécessairement exister entre le Créateur et la créature, est si répandu et si fatal aux âmes, comment admettre que la majorité des catholiques sera sauvée? Une telle conséquence n'est pas à déduire de cet exposé. Voici celle que nous adoptons : les riches sont une infime minorité dans la famille catholique; mais, en supposant même qu'un grand nombre d'entre eux se perdent, notre thèse reste intacte en ce qui concerne la généralité des catholiques. Palafox, théologien espagnol, enseigne la même doctrine quand il compare l'enfant prodigue au jeune homme qui se retira tout attristé lorsque Notre-Seigneur lui demanda le sacrifice de ses biens. Son estime des richesses l'empêcha d'estimer Dieu, et au contraire, ce fut l'affranchissement de toute possession qui ramena à son père le pauvre prodigue. Il n'y a aucun doute que le « Malheur aux riches « sorti de la bouche du divin Maître ne soit un des plus douloureux mystères de l’Évangile. Cette malédiction devrait exciter ceux qui possèdent à faire facilement pour l'amour de Dieu — leur seule sécurité — des aumônes spontanées, abondantes, accompagnées de l'esprit de détachement.

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Message  Monique Mar 05 Juil 2011, 7:36 pm

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Avant de clore cette étude, notons deux ou trois points importants par rapport à l'esprit du monde. D'abord, son grand art consiste à persuader les hommes qu'il n'est ni aussi dangereux, ni aussi noir qu'on le dépeint; que c'est une affaire de rhétorique chez les prédicateurs, et une pieuse habitude chez les religieux de médire de lui. Cette persuasion assure son triomphe, car dès lors que vous niez ses ruses et ses périls, vous êtes déjà sa victime.

En second lieu, comme les hommes sont très portés à méconnaître l'esprit du monde, même quand ils vivent à son contact, il est de la plus haute importance d'avoir sur lui des principes aussi fermes que sûrs. On ne saurait croire combien rares sont ceux qui les possèdent, quoiqu'il soit à la portée de tous de les puiser dans l’Évangile et dans les enseignements de l’Église. Aujourd'hui le Monde propose un compromis ; demain il exigera une concession; mais avec des principes assurés, ses batteries sont aussitôt démasquées; ils nous font voir de suite ce que nous devons lui refuser, et ce que nous pouvons lui accorder; en sorte que nous ne sommes jamais pris au dépourvu et nous ne tombons pas en son pouvoir.

En troisième lieu, si la foi est « la victoire qui subjugue le Monde » il est très nécessaire que nous connaissions à fond notre religion. A notre époque de vulgarisation, les controverses entre l’Église et le Monde sont soulevées dans les journaux, les revues scientifiques, les disputes d'écoles; elles se mêlent a tout, même aux systèmes de bienfaisance.

Le Monde a sa puissance et ses intérêts dans le côté anticatholique de toutes ces questions, et il est si tentant d'être modéré, si ennuyeux de discuter, si commode de céder, si peu naturel d'avouer son ignorance, que si un catholique n'est pas très instruit de sa religion, il évitera difficilement de trahir son Dieu et de passer à l'ennemi sans même s'en apercevoir. Celui qui, de nos jours, terminerait ses études sans avoir une connaissance approfondie et raisonnée de la religion serait très exposé à devenir promptement la victime d'un monde incrédule et impie.

Enfin il nous faut confesser que tous ces moyens ne sont que de précieux auxiliaires et constituent seulement une armure contre l'esprit du monde. Plus d'une lance, inhabile à percer les anneaux serrés de sa cotte de maille, a désarçonné le chevalier et l'a laissé sans vie sous les pieds de son destrier. L'unique secours pour vaincre est dans la connaissance profonde et dans l'amour personnel de Dieu. C'est lui seul qui peut étouffer les amours coupables, dégoûter l'âme des biens périssables de la terre, et, par la lumière de la suprême beauté, voiler leur éclat factice et désenchanter suavement le cœur de ses charmes même légitimes et innocents. Pour la créature il n'y a de salut que dans le service du Créateur, de destruction possible de l'esprit du monde que dans le désir ardent de posséder Dieu et de contempler son infinie Beauté.

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FIN
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