Galileo Galilei : État de la question.

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Mar 03 Juil 2018, 6:57 am

GALILÉE

VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1076-1077)

Que  faut-il  de  plus pour faire entendre  que cette doctrine est « hérétique » ? On comprend que le mot n'ait  pas été  prononcé  par  égard  pour Galilée et parce qu'on voulait alors sauver son honneur, comme le prouvent son entretien avec Paul V et l'attestation que lui remit le cardinal Bellarmin. Mais l'on sait assez quelle était, dans la pensée des S. C. du Saint-Office et  de l'Index, la portée de la formule : Divinæ Scripturæ omnino adversantem : une doctrine « absolument   contraire à l'Écriture » est une doctrine « hérétique », et elle est formellement hérétique parce que ou dans   la mesure où elle est en contradiction avec l'Écriture : formaliter hæreticam, quatenus  contradicit sententiis Scripturæ.

Le sentiment du Saint-Office et de l'Index touchant la doctrine copernicienne en 1616 est donc certain. Tout ce qu'on peut dire pour atténuer la portée du décret du 5 mars, c'est que le mot « hérétique » ne s'y trouve pas. Et comme, en matière juridique, les sentences doivent être prises dans le sens le moins odieux, odiosa sunt restringenda, les partisans du système copernicien ne pouvaient être, même après le décret, poursuivis comme « hérétiques » devant les tribunaux.

La note d'hérésie apparaît plus explicitement dans la condamnation de 1633. En tête de la sentence, les juges de Galilée prennent soin de rappeler le jugement porté par les théologiens du Saint-Office en 1616 : Che it sole sia centro del mondo ed immobile di moto locale e proposizione assurda e falsa in filosofia, e formatmente eretica per essere expressamente contraria alla sacra Scrittura. Cette citation textuelle montre l'importance que la Congrégation attachait au sentiment des théologiens. Un mot seulement y a été changé : per essere au lieu de quatenus : et ce mot renforce, s'il est possible, la corrélation que le tribunal veut établir entre une proposition « contraire à la sainte Écriture » et la note d' « hérésie ». Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les juges de 1633 n'aient pas introduit  expressément  le  terme  « hérétique  » dans le corps de leur sentence; ils font entendre assez clairement leur pensée quand ils déclarent que la doctrine copernicienne est « fausse et entièrement contraire à la sainte Écriture,» falsa ed omninamente contraria alla sacra e divina Scrittura.

Cette pensée se précise encore dans les termes de la condamnation de Galilée et dans la formule d'abjuration qui lui est imposée. Galilée fut condamné comme « véhémentement soupçonné d'hérésie, c'est-à-dire d'avoir cru et soutenu une doctrine fausse et contraire aux saintes et divines Écritures, à savoir que le soleil est le centre de la terre et qu'il ne se meut pas d'orient en occident, et que la terre se meut et n'est pas le centre du monde, » d'avoir cru et tenu « qu'on peut soutenir et défendre une opinion comme probable après qu'elle a été déclarée et définie contraire à la sainte Écriture. »

Tous les mots portent : les voici textuellement : …

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Mer 04 Juil 2018, 7:24 am

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VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1077)

Tous les mots portent : les voici textuellement :

vehementemente sospetto d'eresia cioè d'aver creduto e tenuto dottrina falsa e contraria alle sacre e divine Scritture, che il sole., etc.; e che si possa tenere e difendere per probabile una opinione dopo esser dichiarata e definita per contraria alla sacra Scrittura.


En conséquence, le coupable fut contraint d'abjurer, de maudire et de renier « les susdites erreurs et hérésies, » li suddetti errori ed eresie.

Ainsi Galilée n'a pas été condamné comme hérétique, mais comme véhémentement soupçonné d'hérésie : non que la doctrine qu'il soutenait ne fût pas considérée comme une « hérésie », mais parce que la preuve n'était pas faite qu'il y eût adhéré intérieurement; car dans tous ses interrogatoires et même sous la menace de la torture, « il avait répondu catholiquement. »

L'hérésie dont Galilée était soupçonné consiste évidemment dans cette opinion que « le soleil est le centre de la terre et ne se meut pas d'orient en occident, » etc. ; elle consiste aussi dans cette prétention que « l'on peut défendre et soutenir comme probable une opinion après qu'elle a été déclarée et définie contraire à la sainte Écriture. » Ce sont ces « erreurs et hérésies » que Galilée fut contraint d'abjurer.

Quand le P. Grisar dit que les mots : li suddetti errori ed eresie sont une formule banale et sans signification précise, empruntée par les juges de 1633 au Sacro arsenale qui formait le Directorium des inquisiteurs, op. cit., p. 243, il tente en vain d'énerver la force que le Saint-Office entendait donner à sa sentence et à la formule d'abjuration qui l'accompagne.

Tous les documents que nous venons de passer en revue sont donc dans un parfait accord et se complètent mutuellement. Les uns et les autres attestent que la doctrine copernicienne doit être qualifiée d' « hérésie », parce qu'elle « est contraire à l'Écriture. » Et ces documents ayant un caractère officiel sont des sources historiques de premier ordre. La question peut dès lors être considérée comme tranchée.

On nous objecte d'autres documents. Bellarmin, nous dit-on, qui fut l'un des juges les plus autorisés du système copernicien, n'a-t-il pas déclaré dans sa lettre à Foscarini « que, s'il y avait une vraie démonstration prouvant que le soleil est au centre du monde et la terre dans le troisième ciel, que le soleil ne tourne pas autour de la terre, mais la terre autour du soleil, alors il faudrait apporter beaucoup de circonspection dans l'explication des passages de l'Écriture qui paraissent contraires et dire que nous ne les entendons pas, plutôt que de déclarer faux ce qui est démontré. » Lettre à Foscarini (12 avril 1615), dans Berti, Copernieo e le vicende del sislema copernicano, Rome, 1870, p. 121 sq.

Le savant cardinal ne témoigne-t-il pas ainsi qu'à ses yeux la démonstration de la théorie copernicienne n'était pas impossible…

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Message  Louis le Jeu 05 Juil 2018, 6:51 am

GALILÉE

VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1077-1078)

Le savant cardinal ne témoigne-t-il pas ainsi qu'à ses yeux la démonstration de la théorie copernicienne n'était pas impossible, et que par conséquent la note d'hérésie ne pouvait, sans témérité, lui être appliquée?

A cela nous répondrons: 1° dans l'esprit du cardinal, comme nous l'avons déjà remarqué, l'hypothèse qu'il indique est chose purement chimérique, bien qu'il la présente sous forme de doute ;

2° à supposer qu'il eût conservé réellement quelque doute sur la question en 1615 (15 avril), date de sa lettre, sa conviction était au moins fixée en 1616.

Le 4 mars de cette année, l'ambassadeur Pierre Guicciardini annonçait au grand-duc de Toscane que le pape Paul V et Bellarmin affirmaient que l'opinion de Galilée était « erronée et hérétique, » et qu'ils tiendraient une congrégation pour la déclarer telle: Fece Sua Santita chiamare a se Bellarmino, e discorso sopra questo fatto fermarono che questa opinione del Galileo fusse erronea ed eretica : e per l'attro sento fecero una Congrega-zione sopra questo fatto per dichiarla tale.Alberi, Le opere di Galileo Galilei, t. VI, p. 227-228. Cette révélation ne jette-t-elle pas une lumière nouvelle sur le sens du décret du 5 mars 1616 ?

On nous objecte encore que, huit ans après ce décret, le pape Urbain VIII, dans une conversation avec le cardinal Hohenzollern, affirmait que l'Église n'avait pas condamné la doctrine copernicienne comme hérétique, mais seulement comme téméraire, et que du reste il n'y avait pas à craindre que personne fût jamais capable de la démontrer nécessairement vraie. Lettre de Galilée à Cesi, 8 juin 1624, dans Alberi, Le opere, t. VI, p. 296; Favaro, Le opere, t. XIII, p. 182.

Le rôle d'Urbain VIII dans l'affaire de Galilée est assez complexe. Nul doute qu'à l'origine le cardinal Barberini ait professé pour le savant florentin une vive admiration. N'allait-il pas jusqu'à lui dédier en 1620 une ode latine en dix-neuf strophes, dans laquelle étaient célébrées ses découvertes astronomiques? Cf. Pieralisi, Urbano VIII e Galileo Galilei, Rome, 1875, p. 22.

Lorsque parut le traité des Taches solaires qui était nettement favorable au système de Copernic, le futur pape y trouva « des choses neuves, curieuses, établies sur de solides fondements. » Favaro, Le opere, t. VIII, p. 208.

En 1623, à peine élevé sur le trône pontifical, Urbain VIII accepte la dédicace du Saggiatore. Sa sympathie pour Galilée et ses théories scientifiques ont pu donner l'impression qu'il était partisan de la doctrine copernicienne. Cf. Aubanel, Galilée et l'Église, Avignon, 1910, p. 88.

Dans une conversation qu'il eut avec Campanella, il dit nettement, en parlant du décret de 1616 : « Si cette affaire nous eût regardé, ce décret n'aurait jamais été rendu. » Alberi, Le opere, t. IX, p. 176.

Mais Urbain VIII demeura-t-il fidèle à ces sentiments ? La suite des événements montre combien sa déclaration, pour sincère qu'on la tienne, était aventureuse. Ce fut, en effet, Urbain VIII qui engagea le procès de Galilée devant le Saint-Office en 1633; ce fut lui qui ordonna de menacer l'accusé de la torture, afin de lui faire avouer qu'il avait soutenu intentionnellement dans son Dialogo une doctrine hérétique, la doctrine copernicienne; ce fut d'après ses ordres que le Saint-Office condamna Galilée à désavouer cette doctrine, à l'abjurer, à la maudire, Sanctissimus decrevit. etc. Séance du Saint-Office, du 16 juin 1633; von Gebler, Die Acten, p. 112; ms. du procès, fol. 451.

On voit par là ce que valait la parole qu'il avait donnée de ne jamais rendre un décret pareil à celui de 1616. Il ne faudrait donc pas faire trop de fond sur les entretiens qu'il eut avec le cardinal Hohenzollern et avec Campanella; le langage qu'il tint en ces circonstances se trouve démenti plus tard par ses propres actes.

Pour résumer cette discussion, disons donc : …

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Ven 06 Juil 2018, 7:26 am

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VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1078-1079)

Pour résumer cette discussion, disons donc :

1° que « contraire à la sainte Écriture » n'a jamais été une censure ecclésiastique et  ne saurait  l'être davantage dans le procès de Galilée;

2° que la note « téméraire » appliquée à la doctrine copernicienne est une invention des critiques, que n'appuie aucun document officiel ;

3° que le seul terme employé par les juges de 1616 et de 1633 pour censurer cette doctrine est le mot « hérésie » ou « hérétique ».

Je m'empresse d'ajouter que la note d'hérésie ne se trouve que dans les considérants du décret de 1616 et de la sentence de 1633. Cette remarque, nous allons le voir, a une extrême importance au point de vue théologique.

On s'est, en effet, armé de la condamnation de Galilée pour en faire une objection contre l'infaillibilité de l'Église catholique. L'Église, dit-on, enseigne comme un dogme qu'elle est infaillible en matière de croyances religieuses; or, dans le procès de Galilée, elle s'est gravement trompée en matière de croyances religieuses; donc le dogme de l'infaillibilité de l'Église est  historiquement  inadmissible.

Nous ne contesterons pas la majeure de cet argument. La mineure est plus complexe et sujette à d'importantes distinctions; elle suppose : 1° que l'opinion de Galilée affirmant le mouvement de la terre est vraie ; 2° que cette opinion appartient au domaine des croyances religieuses; 3° que l'Église a formulé contre elle une sentence au moins indirectement dogmatique; 4° enfin que cette sentence est de celles auxquelles est attaché le privilège de l'infaillibilité. Cf. Jaugey, Le procès de Galilée et la théologie, p. 67. Les trois premières suppositions peuvent être admises sans difficulté; quant à la quatrième, nous en nions la justesse et du même coup nous écartons la conclusion de l'argument.

La théorie du mouvement de la terre autour du soleil est aujourd'hui considérée comme moralement certaine. A coup sûr, Galilée est loin d'en avoir fourni les preuves démonstratives. Cf., sur ce point, Müller,  Galileo Galilei, c. XXXI, p. 402-414. Il s'est même trouvé, jusqu'au XIXe siècle, des auteurs graves qui ont refusé d'y croire. Tout récemment encore, on a fait grand bruit d'une page où Henri Poincaré déclarait que cette théorie, telle qu'on l'enseigne dans les écoles, ne repose que sur une hypothèse qui n'exclut pas la possibilité mathématique d'une hypothèse contraire. Ces observations sont justes. Mais en astronomie la preuve absolue est impossible à administrer. Cela n'empêche pas que l'opinion de Copernic soit arrivée depuis longtemps à un degré de probabilité qui touche à la certitude, j'entends la certitude morale.

« L'Église l'a estimée assez bien démontrée pour revenir sur les décisions qu'elle avait formulées contre elle et pour autoriser l'explication des textes de l'Écriture en un sens contraire à l'interprétation moralement unanime des Pères et des anciens commentateurs. Nous tenons donc cette opinion pour vraie. » Jaugey, Le procès de  Galilée et la théologie, p. 68.

Qu'elle appartienne au domaine des croyances religieuses, non pas en soi, mais par certaines attaches, c'est ce qui nous semble pareillement incontestable…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Sam 07 Juil 2018, 5:46 am

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VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1079-1080)

Qu'elle appartienne au domaine des croyances religieuses, non pas en soi, mais par certaines attaches, c'est ce qui nous semble pareillement incontestable. Les juges de Galilée ne l'envisagèrent guère que dans ses rapports avec les textes de l'Écriture sainte. Aussi le décret de 1616 marque-t-il le caractère religieux de la sentence qu'il porte; son but est de conjurer le péril que la nouvelle opinion fait courir à la vérité catholique : Ideo ne ulterius hujusmodi opinio in perniciem catholicæ veritatis serpat. Von Gebler, Die Acten, p. 50; ms. du procès, fol. 280. La sentence de 1633 répète la même déclaration : Et acciochè si toglicsse affatto cosi perniciosa dottrina e non andasse più oltre serpendo in grave pregiudizio della cattolica verità. Grisar, op. cit., p. 133; Favaro, Galileo e l'Inquisizione, p. 13-33; Vacandard, op. cit., p. 390.

Peut-on dire, après cela, que ce soit vraiment l'Église qui ait condamné l'opinion copernicienne ? Certains apologistes, de grande science aussi bien que de grande foi, tels que Henri de l'Épinois, ont rejeté la faute sur les S. C. du Saint-Office et de l'Index, faisant remarquer que ce n'était là que des tribunaux de second ordre, qui n'avaient pu engager ni par conséquent compromettre l'autorité de l'Église. Nous ne saurions accepter une telle interprétation. D'après ce que nous avons dit plus haut, c'est bien au nom du pape qui est le préfet du Saint-Office, c'est-à-dire au nom du chef de l'Église enseignante, que les jugements de 1616 et de 1633 ont été portés.

« Le pape, remarque justement l'abbé Jaugey, exerce son pouvoir tantôt immédiatement, par lui-même, tantôt médiatement par l'intermédiaire des Congrégations romaines auxquelles il délègue une partie de sa suprême autorité. Mais, dans l'un et l'autre cas, les décrets rendus tirent leur origine et leur force du pouvoir pontifical. Les Congrégations romaines ne forment avec le pape qu'un seul et même tribunal, comme le vicaire général avec son évêque : elles sont des organes dont le pape se sert pour gouverner et enseigner. Si cela est vrai lorsque les Congrégations romaines rendent leurs décisions en vertu des pouvoirs généraux qu'elles tiennent du souverain pontife, cela est plus incontestable encore lorsque le pape intervient personnellement dans les décisions, soit en présidant lui-même la séance et en rendant le décret dans le sein de la Congrégation, soit en l'approuvant hors de la séance et en ordonnant qu'il soit mis à exécution. Or c'est ce qui est arrivé pour la doctrine du mouvement de la terre et de l'immobilité du soleil. Les preuves abondent. » Jaugey, op. cit., p. 55. Le P. Grisar partage ce sentiment, op. cit., p. 360.

Les  registres  du  Saint-Office marquent,  en  effet, le 25 février 1616,  que ce fut le souverain pontife qui enjoignit au cardinal Bellarmin de mander Galilée pour lui faire abandonner l'opinion copernicienne censurée comme hérétique par les théologiens consulteurs. Relata  censura... Sanctissimus  ordinavit,  etc. Von Gebler, Die Acten, p. 48; ms. du procès, fol. 278.

C'est encore le pape Paul V qui présida, le 3 mars, la séance de la S. C. et qui…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Dim 08 Juil 2018, 7:09 am

GALILÉE

VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1080-1081)

C'est encore le pape Paul V qui présida, le 3 mars, la séance de la S. C. et qui, après le rapport sur le décret de condamnation de l'Index prohibant et suspendant les écrits de Copernic, « ordonna au maître du sacré palais de publier ce décret, » Sanctissimus ordinavit publicari edictum. Gherardi, Il processo di Galileo rivedulo sopre documenti de nuova fonte, p.  29.

Le certificat remis à Galilée, le 26 mai suivant, par le cardinal  Bellarmin, atteste  également  l'intervention du souverain pontife dans la condamnation du système   copernicien: « On lui a seulement notifié (à Galilée) la déclaration faite par Sa Sainteté et publiée par la Congrégation de l'Index, dans laquelle il est dit que la doctrine attribuée à Copernic est contraire aux saintes Écritures et  par conséquent ne  peut  être défendue ni soutenue, » etc. Von Gebler, Die Acten, p. 87; ms. du procès, fol. 423.

Dans la lettre d'envoi du décret aux nonces et aux inquisiteurs, il est dit : « La S. C. de l'Index a, sur l'ordre même de Sa Sainteté, condamné quelques livres que l'on considérait comme très dangereux et porté là-dessus le décret ci-joint. » Wolynski, Fr. de Noailles et Galilée, dans Rivista europea, 1877, t. I, p. 24.

En 1633, les mêmes scènes se produisent; c'est le pape Urbain VIII qui ordonne au Saint-Office « d'interroger Galilée sur son intention; » c’est-à-dire sur l'assentiment qu'il a pu donner à la doctrine copernicienne considérée comme hérétique. Von Gebler, Die Acten, p. 112; ms. du procès, fol. 451. C'est encore le souverain pontife qui lui fait interdire « de traiter jamais, de quelque manière que ce fût, la théorie du mouvement de la terre, sous peine d'être condamné comme relaps, » ibid.; c'est Urbain VIII enfin qui donne l'ordre de prohiber l'ouvrage de Galilée intitulé : Dialogo et d'envoyer des exemplaires de la sentence à tous les nonces apostoliques et à tous les inquisiteurs de l'hérésie. Ibid.

Que faut-il de plus pour prouver que la condamnation de Galilée et la censure officielle de la théorie copernicienne en 1616 et en 1633 sont des actes de l'autorité papale?...

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Message  Louis le Lun 09 Juil 2018, 6:47 am

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VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1081-1082)

Que faut-il de plus pour prouver que la condamnation de Galilée et la censure officielle de la théorie copernicienne en 1616 et en 1633 sont des actes de l'autorité papale?

Le Saint-Office et l'Index n'ont agi que sur les ordres du pape : ils n'ont été aux mains de Paul V et d'Urbain VIII que des instruments : Paul V et Urbain VIII sont donc historiquement responsables de la condamnation de Galilée. Cf. Grisar, toe.  cit..

Est-ce à dire pour cela que le dogme de l'infaillibilité de l'Église soit compromis par leur errement ? L'infaillibilité de l'Église n'a pas été engagée dans l'affaire de Galilée. Le décret de 1616 et la sentence de 1633 n'offrent pas le caractère de propositions infaillibles. On sait comment le privilège de l'infaillibilité a été conditionné par le concile du Vatican. Il s'en faut que tous les actes, même doctrinaux, des papes jouissent de ce privilège. Le souverain pontife n'est infaillible que « lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit qu'une doctrine touchant la foi ou les mœurs doit être crue par l'Église universelle. » Constit. Pastor æternus. Or il est visible que ni Paul V, ni Urbain VIII, tout en usant de leur suprême autorité dans la condamnation de la doctrine copernicienne, n'ont dressé à ce sujet une formule dogmatique que l'Église universelle dût accepter comme article de foi.

Le décret de 1616 renferme tout ensemble une décision disciplinaire et une décision doctrinale. Mais, comme l'a fait justement observer le P. Grisar, « il est principalement disciplinaire, ce n'est qu'en seconde ligne qu'il présente un caractère doctrinal. » Op. cit., p. 360.

Que fait, en effet, la S. C. de l'Index au nom du pape ? Elle prohibe, condamne et suspend les livres qui enseignent le mouvement de la terre : Censuit... aliosque omnes libros pariter idem docentes prohibendos prout prœsenti decreto omnes respective prohibet, damnat atque suspendit. Von Gebler, Die Acten, p. 50; ms. du procès, fol. 380. Voilà l'objet propre et final du décret.

Les termes dont le législateur se sert ne constituent pas une formule dogmatique; ils ne définissent pas que telle proposition « doit être crue par l'Église universelle, » par conséquent ils ne forment pas un article de foi; ils marquent seulement que tels livres sont condamnables et condamnés, prohibés, suspendus. Mais, direz-vous, qu'est-ce qui motive la prohibition, la condamnation ? C'est la doctrine. Soit !

Mais ce n'est là qu'un considérant : Quia ad notitiam præfatæ Sacræ Congregationis pervenit falsam illam doctrinam pythagoricam divinæque Scripturæ omnino adversantem de mobilitate terræ et immobililate solis jam divulgari a multisque recipi... Ideo ne ulterius hujusmodi opinio in perniciem catholicæ veritatis serpat, censuit, etc. Von Gebler, ibid.

Les mots : quia, ideo, ne laissent pas de doute sur la pensée des juges de 1616; c'est la fausseté de la doctrine copernicienne qui les détermine à porter leur décret; ils n'agissent qu'en considération des dangers qu'elle fait courir à la foi catholique. Mais cette considération doctrinale ne change pas la nature de leur décret.

En thèse générale, les considérants ne font pas partie intégrante des décrets qu'ils accompagnent, « ils ne sont pas l'objet sur lequel tombe l'obligation imposée : voilà pourquoi les théologiens enseignent que, même dans une décision doctrinale infaillible, ils peuvent être erronés. A plus forte raison doit-on  leur refuser le privilège de   l'infaillibilité, lorsqu'ils précèdent un décret disciplinaire qui, de sa nature, n'est ni infaillible ni irréformable. » Jaugey, Le procès  de Galilée et la théologie, p. 73. Et tel est le cas du décret de 1616.

La sentence de 1633 n'a pas un autre caractère…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Mar 10 Juil 2018, 6:16 am

GALILÉE

VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1082)

La sentence de 1633 n'a pas un autre caractère. Doctrinale dans les motifs, elle est disciplinaire dans sa fin; son objet propre est la condamnation et l'abjuration d'un homme. Sans doute le motif de cette condamnation est la doctrine qu'il a professée, doctrine censée hérétique. Mais un pareil considérant ne peut constituer par lui-même un article de foi : il n'y a pas là une définition ex cathedra que le pape ait entendu imposer à l'Église universelle. Il est vrai que le pape ordonna de communiquer la condamnation de Galilée et la censure qui frappait son livre, à tous les nonces et à tous les inquisiteurs. Von Gebler, Die Acten, p. 112; ms. du procès, fol. 451. Mais cette mesure n'a pas le caractère d'une définition doctrinale imposée comme article de foi à toute l'Église.

Aussi bien, la forme du décret de 1616 et de la sentence de 1633 n'est pas en rapport avec une définition de cette sorte. Dans une définition ex cathedra, c'est le pape qui parle en personne; il peut prendre avis des Congrégations, mais leur jugement n'a alors d'autre portée que celle d'une simple consultation; la sentence proprement dite est son œuvre à lui. Or dans les procès de 1616 et de 1633 on suit une tout autre marche : le pape ordonne, mais les Congrégations agissent; ce sont elles qui prononcent le jugement; ce sont elles qui sont juridiquement responsables. Si l'infaillibilité est une prérogative incommunicable, il est manifeste que leur décision ne saurait être infaillible. Tous les théologiens sont d'accord là-dessus. Cf. Vacandard, op. cit., p. 359, note ; Garzend, L'Inquisition et l'hérésie, Paris, 1913, p. 479.

Quoique l'on puisse donc penser de la sentence qui a frappé Galilée et la doctrine copernicienne, et bien qu'il faille, à certains égards, en faire remonter la responsabilité jusqu'aux papes Paul V et Urbain VIII eux-mêmes, il n'y a pas lieu d'en tirer une objection sérieuse contre le dogme de l'infaillibilité pontificale.

A suivre : VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Mer 11 Juil 2018, 6:26 am

GALILÉE

(col. 1082-1083)

VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE. —  On peut se demander quelle était la portée des décrets de 1616 et de 1633 et dans quelle mesure Galilée ou même les catholiques en général étaient obligés de s'y soumettre.

A première vue, le cas de Galilée paraît assez simple. Si l'on s'en rapporte aux documents officiels, il n'aurait pas eu à vaincre les répugnances de sa raison pour s'incliner devant l'autorité ecclésiastique qui le contraignait d'abandonner la théorie copernicienne. II ne faut pas oublier que les preuves qu'il donnait du mouvement de la terre autour du soleil étaient assez faibles, et que lui-même put, à certaines heures, douter sincèrement de leur valeur démonstrative.

Livré à son propre génie, il ne les aurait sûrement jamais abandonnées, quitte à les fortifier par des découvertes nouvelles. Mais le respect qu'il témoignait à l'autorité ecclésiastique, devenue son arbitre, le fit changer d'attitude. Comme ses convictions scientifiques n'étaient pas fermement arrêtées, il les sacrifia résolument à ce qu'on lui présentait comme une vérité dogmatique, persuadé qu'il mettrait ainsi sa raison d'accord avec sa foi.

On se rappelle quelles étaient ses dispositions à la veille du procès de 1616 : « Je m'arracherais l'œil, écrivait-il à Mgr Dini, plutôt que de résister à mes supérieurs en soutenant contre eux, au préjudice de mon âme, ce qui me paraît certain aujourd'hui comme si je le touchais de la main. E poi prendi quella resoluzione che piace a Dio, eh' io oer me son tanto bene edificato e disposto ehe prima contravenire a miei superiori, quando non potessi far altro,eche quello che ora mi par di credere e toccar con mano m'avesse ad esser di preguidizio al anima, eurorem oculum ne me scandalizaret... Lettre du 16 février 1614, dans Favaro, Le opere, t. XII, p. 28.

Ces sentiments de docilité envers le pape et les Congrégations romaines ne se démentirent pas dans la suite. Après la publication du décret de l'Index (5 mars 1616), il écrivait tranquillement : « L'issue de cette affaire a montré que mon opinion n'a pas été acceptée par l'Église. » Alberi, Le opere, t. VI, p. 231. Rien qui indique que sa raison ait éprouvé la moindre tentation de révolte.

Faut-il relever son attitude en présence des cardinaux du Saint-Office dans la séance du 21 juin 1633, où il fut sommé de révéler sa pensée la plus intime sur la valeur de la théorie copernicienne?

« Avant la décision de la S. C. de l'Index, répondit-il, et avant qu'on ne m'intimât des ordres à ce sujet, j'étais indifférent et j'estimais que les opinions de Ptolémée et de Copernic étaient toutes deux soutenables, que l'une aussi bien que l'autre pouvait être vraie dans la nature. Mais après cette décision, convaincu de la prudence de mes supérieurs, toute ambiguïté cessa dans mon esprit, et j'ai tenu et je tiens encore pour très vraie et indubitable l'opinion de Ptolémée sur la stabilité de la terre et la mobilité du soleil. » Von Gebler, Die Acten, p. 112-113; ms. du procès, fol. 452.

Malgré la menace de la torture, on ne put obtenir d'autre expression de ses sentiments. Au reste, dans une précédente séance, il s'était engagé à démontrer, si on lui en accordait le loisir, le peu de valeur du système copernicien. Von Gebler, Die Acten, p. 85; ms. du procès, fol. 420-421 (séance du 30 avril 1633).

Un abandon si éclatant de sa thèse semble prouver qu'il n'y attachait plus, à la fin, qu'une médiocre importance. Et s'il est permis de voir dans cette volte-face quelque défaillance de sa volonté, causée par l'effroi du châtiment prévu, il n'est pas moins évident qu'une conviction ferme et rationnelle manquait à son intelligence lorsque vint pour elle l'heure de l'épreuve. Galilée s'est défié de Copernic; il s'est défié de sa propre raison; et l'Église n'eut pas besoin de violenter sa conscience pour lui faire abandonner l'opinion qu'il avait d'abord embrassée avec tant d'enthousiasme.

Telle est l'impression que donnent les documents. Répond-elle absolument à la réalité ?...

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Jeu 12 Juil 2018, 7:19 am

GALILÉE

VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1083-1084)

Telle est l'impression que donnent les documents. Répond-elle absolument à la réalité ?

On a raconté qu'après avoir signé son abjuration, et à peine debout, Galilée avait frappé du pied la terre en disant : E pur si muove ! « Et pourtant elle tourne ! »

L'invraisemblance d'une telle exclamation saute aux yeux. Pendant tout le cours de son procès, Galilée affirme qu'il a abandonné, dans son for intérieur, la foi en la doctrine copernicienne. Aussi ne fut-il pas condamné pour avoir soutenu cette doctrine, erreur ou hérésie aux yeux de ses juges, mais pour être véhémentement soupçonné d'y avoir cru malgré ses dénégations formelles et répétées.

Et l'on voudrait qu'au moment où il venait de se soumettre à l'humiliante cérémonie de l'abjuration, il eût fait spontanément et avec éclat acte de parjure et de relaps, s'attirant ainsi, par manière de foudroyante réplique, les châtiments les plus redoutables !

Et ses juges n'auraient pas relevé cette provocation !

Et le pape l'aurait ignorée, ou, la connaissant, aurait poussé la miséricorde jusqu'à gracier aussitôt, du moins en partie, le coupable ! permutata da sua Beatit. in una relegazione al giardino della Trinita de Monte. Dépêche de Niccolini, Alberi, Le opere, t. IX, p. 445.

Tant d'invraisemblances réunies constituent une véritable impossibilité historique. On ne s'étonnera donc pas que les contemporains de Galilée n'aient pas eu connaissance du   fameux mot qu'on lui attribue. La fabrication en est relativement récente. Il n'en est pas fait mention avant l'année 1761. La plus ancienne allusion se trouve dans les Querelles littéraires de l'abbé Irailh, 1761, t.  III, p. 49. Cf. Gilbert, Le procès de Galilée, dans La controverse, 1880, p. 102.

Mais si Galilée fut sincère, le 22 juin 1633, dans le solennel désaveu qu'il fit de ses ouvrages, il n'en faudrait pas conclure qu'il garda toute sa vie une sérénité parfaite au souvenir de sa condamnation. Il ne serait guère vraisemblable que son esprit n'eût pas fait quelque retour offensif dans le domaine d'idées  qui lui était interdit. Son ami Piccolomini, archevêque de Sienne, l'entretint, dit-on, dans l'espoir que ses théories finiraient par prévaloir. Lettre du  21 janvier 1634, dans von Gebler, Die Acten, p. 172; ms. du procès, fol. 547. De telles suggestions étaient de nature à provoquer chez lui des sentiments de révolte contre ceux qui avaient causé ses malheurs. On ne s'étonnera donc pas que ces sentiments aient quelquefois fait explosion, au moins dans le secret. Certaines feuilles volantes, récemment retrouvées, en ont conservé l'écho, encore tout vibrant. Ce sont de simples notes, jetées sur le papier au courant de la plume. On les trouve attachées à la feuille de garde du codex, ms. 352, appartenant à la bibliothèque du séminaire de Padoue. Voici la traduction de la plus importante :


A propos des nouveautés introduites.

Et qui doute que cette nouveauté, de vouloir que des intelligences créées libres par Dieu se fassent esclaves de la volonté d'autrui, ne soit pas de nature à engendrer de très graves scandales ?

Vouloir que les autres renient leurs propres sentiments et s'en remettent à l'arbitre d'autrui;

Admettre que des personnes absolument ignorantes d'une science ou d'un art soient appelées à être les juges de ceux qui savent, et aient le pouvoir de les tourner à leur mode en vertu de l'autorité qui leur est concédée;

Voilà les nouveautés qui sont capables de ruiner les républiques et de renverser les États.


Et s'adressant directement aux théologiens, il ajoute :

Les doctrines nouvelles qui portent préjudice, ce sont les vôtres, ce sont ces doctrines par lesquelles vous contraignez l'intelligence et les sens à ne pas entendre et à ne pas voir... C'est vous qui occasionnez l'hérésie, lorsque, sans raison aucune, vous voulez que le sens des Écritures soit celui qui vous plaît, et que les savants nient leurs propres sentiments et  les démonstrations qui  les  convainquent. C'est vous qui êtes les auteurs de nouveautés, et de nouveautés qui peuvent causer de  grandes ruines dans la religion. Domenico Berti, Copernico e le vicende del sistema copernicano in Italia nella seconda meta del secolo XVI e nella prima del secolo XVII, Rome, 1876, p. 148-149.

Ces notes, d'après certains indices, ont été écrites dans les années qui suivirent la condamnation de Galilée. Le P. Grisar, op. cit., p. 120, ne fait pas difficulté de le reconnaître.

De telles protestations font voir que, malgré sa docilité, Galilée n'avait pas perdu toute foi dans son génie et dans ses découvertes…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Ven 13 Juil 2018, 6:34 am

GALILÉE

VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1084-1085)

De telles protestations font voir que, malgré sa docilité, Galilée n'avait pas perdu toute foi dans son génie et dans ses découvertes. Est-ce à dire que sa  soumission extérieure aux décrets de l'autorité ecclésiastique fût une feintise ? Il semble que l'hypocrisie  répugnait  trop à sa loyale nature pour qu'on lui impute à la légère un si bas sentiment. On  peut concilier ses déclarations publiques et ses épanchements secrets, en considérant les uns et les autres comme des témoignages successifs d'une même et profonde sincérité ? Qu'au cours des neuf années qui suivirent sa déclaration, il ait ressenti à plusieurs reprises, dans le fond de son cœur, comme des accès de révolte, et que lors de ces soubresauts passagers, il ait confié à un papier muet l'irritation de sa pensée, il n'y a rien là que de très naturel et de très humain. Mais on aurait tort d'en conclure que de telles explosions, apparemment assez rares, aient troublé la sérénité habituelle de son esprit et lui aient fait désavouer ou simplement regretter son abjuration.

Aussi bien, ses récriminations ont moins pour objet de réhabiliter en particulier la théorie copernicienne que d'affirmer en général la légitimité des méthodes purement scientifiques et, par conséquent, la légitimité d'une science de la nature, indépendante de l'Écriture sainte. A cet égard, son langage était sûrement hardi, il dépassait même, si l'on veut, la mesure. Mais, qu'elle qu'en fût la vivacité, on ne saurait dire qu'il entamât, au fond, la sincérité de sa soumission au décret de l'Index et à la sentence du Saint-Office.

D'ailleurs, on peut se demander quelle sorte de soumission l'Église exigeait de son esprit. Le pape et les Congrégations qui représentent son autorité avaient parlé, et leur décision était une sentence doctrinale devant laquelle la raison devait s'incliner. Mais cette sentence, nous l'avons vu, n'était pas infaillible, ni par conséquent irréformable: tout danger d'erreur n'en était pas exclu : l'adhésion qu'on était tenu de lui accorder n'avait donc pas un caractère absolu.

Voici comment un critique moderne explique ce cas de conscience :

« L'autorité ecclésiastique, dit Jaugey, Le procès de Galilée et la théologie, p. 118, ne peut raisonnablement exiger que les fidèles tiennent pour tout à fait certain ce qui ne l'est pas, et écartent absolument de leur esprit la pensée que peut-être ils se trompent en donnant l'adhésion qui leur est demandée. Aussi l'adhésion exigée par l'Église, dans le cas d'une sentence doctrinale provisoire, n'est-elle pas une adhésion absolue, comme celle qui est requise pour les décisions infaillibles et qui exclut toute crainte d'erreur possible : c'est une adhésion provisoire, compatible avec la pensée que peut-être ce que l'on admet sera un jour reconnu inexact. La soumission intellectuelle requise se trouve ainsi proportionnée au motif sur lequel elle s'appuie : ce motif étant une déclaration de l'autorité ecclésiastique sujette à rescission, l'assentiment de l'intelligence ne peut être absolu. L'intelligence se soumet, sous l'empire de la volonté, en s'appuyant sur la confiance que méritent les décisions, même provisoires, du Saint-Siège; cette confiance, à son tour, est fondée sur la sagesse habituelle des papes, sur les grâces ordinaires que Dieu leur accorde pour bien diriger l'Église, sur la science et la vertu des membres des Congrégations qui leur servent de conseillers et d'organes. C'est en ce sens que Galilée, dans son interrogatoire du 21 juin 1633, dit qu'après la décision de 1616 il a quitté le système de Copernic, « en s'appuyant sur la sagesse de ses supérieurs. » Von Gebler, Die Acten, p. 113; ins. du procès, fol. 152.

Que cette confiance, qui inspira la conduite de Galilée au cours de son procès, l'ait animé pendant le reste de sa vie sans subir la moindre éclipse, cela est en soi fort douteux…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Sam 14 Juil 2018, 7:01 am

GALILÉE

VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1085-1086)

Que cette confiance, qui inspira la conduite de Galilée au cours de son procès, l'ait animé pendant le reste de sa vie sans subir la moindre éclipse, cela est en soi fort douteux, et la note secrète que nous avons citée témoigne du contraire. Nécessairement, aux heures de doute ou de colère, la docilité de son esprit fut loin d'être entière. Mais quand la confiance reprenait le dessus, sa raison se conforma sans doute de nouveau aux décisions du tribunal qui l'avait condamné. Et l'on peut concevoir de cette sorte que son génie soit demeuré,  jusqu'à la fin, sincère avec lui-même.

La sentence doctrinale du Saint-Office, par-dessus la tête de Galilée, regardait et atteignait indirectement toute l'Église. Le pape avait ordonné qu'elle fût transmise non seulement à l'inquisiteur de Florence, mais à tous les inquisiteurs et à tous les nonces de la chrétienté, afin qu’elle sortit partout son effet. Von Gebler, Die  Acten,p. 111; ms. du procès, fol. 453. L'ordre  fut exécuté. Les  inquisiteurs des villes italiennes, les nonces de Vienne, de Bruxelles, de Madrid et de France accusèrent réception de la communication qui leur était adressée. Cette correspondance se lit dans le ms. du procès, fol. 456-544; von Gebler, Die Acten, p. 116-171.

Il s'agissait d'imposer à tous les esprits, comme obligatoire en conscience, la réprobation de la doctrine copernicienne. Dans quelle mesure cette obligation allait-elle être acceptée ?

Tous les membres de l'Église avaient à résoudre le même problème moral que Galilée. Ils le résolurent différemment selon les lumières particulières de leur raison et de leur foi.

Les uns n'éprouvèrent aucune difficulté à se soumettre : ils étaient convaincus d'avance que Rome avait raison. Tel ce directeur du collège de Douai, qui écrivait au nonce de Bruxelles, le 7 septembre 1633 : « J'ai saisi la première occasion qui s'est offerte pour notifier la sentence des S. C. au chancelier et à nos autres professeurs. Bien loin d'admettre l'opinion extravagante (phanaticæ  opinioni) de Copernic et de Galilée, ils ont toujours pensé qu'il fallait la chasser des écoles et la siffler. Dans notre collège anglais de Douai, jamais ce paradoxe n'a été approuvé, jamais il ne le sera; nous l'avons toujours eu et nous l'aurons toujours en horreur. » Von Gebler, Die Acten, p. 170-171; ms. du procès, fol. 511.

Ces sentiments étaient ceux de la grande majorité des professeurs et théologiens du temps…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis le Dim 15 Juil 2018, 6:45 am

GALILÉE

VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1086)

Ces sentiments étaient ceux de la grande majorité des professeurs et théologiens du temps. Parmi les savants mieux initiés à la science de la nature, quelques-uns, qui paraissaient disposés à suivre Galilée dans la voie de ses recherches, battirent en retraite par respect pour l'autorité de l'Église romaine. De ce nombre était Gassend ou Gassendi, le célèbre ami du savant florentin. Voici en quels termes il révèle son état d'âme :

« Je respecte la décision par laquelle quelques cardinaux ont, d'après ce que l'on rapporte, approuvé l'opinion de l'immobilité de la terre. En effet, quoique les coperniciens soutiennent que les passages de l'Écriture qui attribuent l'immobilité ou le repos à la terre et le mouvement au soleil doivent être entendus des apparences et comme un langage accommodé aux idées et à la manière de parler du vulgaire..., cependant, comme ces passages sont entendus autrement par des hommes qui ont tant d'autorité dans l'Église, je me sépare en cela des coperniciens, et je ne rougis pas, en cette affaire, de captiver mon intelligence. Je n'estime pas néanmoins que ce soit un article de foi; je ne sache pas, en effet, que les cardinaux l'aient ainsi déclaré, ni que leur décret ait été promulgué et reçu dans toute l'Église; mais leur décision doit être considérée comme un préjugé qui est nécessairement d'un très grand poids dans l'esprit des fidèles. » De motu impresso a motore  translato tres epistolæ, t. III, p. 471.

La soumission de Gassendi était un acte d'obéissance religieuse fondé sur la confiance que lui inspirait la sagesse, pourtant faillible, des S. C. de l'Index et du Saint-Office. Nombre d'autres l'imitèrent. Ce ne fut cependant qu'une exception. La plupart estimèrent que le Saint-Office s'était prononcé trop vite dans une question où l'avenir de la science était engagé. Bien que la preuve définitive, absolue du mouvement de la terre autour du soleil ne fût pas encore  trouvée   — le  sera-t-elle jamais ?  — il   leur semblait que la démonstration de Copernic, fortifiée par les arguments de Galilée ou par d'autres de même genre, suffisait à convaincre les esprits non prévenus, et qu'en dépit des lacunes de la théorie, le fait à prouver était désormais hors de doute.

Telle parait avoir été, notamment, la pensée de…

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Re: Galileo Galilei : État de la question.

Message  Louis Hier à 6:44 am

GALILÉE

VIII. PORTÉE MORALE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

(SUITE)

(col. 1086-1087)

Telle parait avoir été, notamment, la pensée de Descartes, Œuvres de Descartes , édit. Charles Adam et Paul Tannery, Paris, 1897 sq.,  t.  V,  p. [550 ? ].  Par égard pour la décision des cardinaux du Saint-Office ou par peur de la censure, il renonça à enseigner publiquement la doctrine du mouvement de la terre, mais il ne consentit pas pour cela à l'abandonner.

Vers la fin de novembre 1633, il écrivait au P. Mersenne :

« Je vous diray que m'estant fait enquérir ces jours à Leyde et à Amsterdam, si le Sistème du monde de Galilée n'y était point à cause qu'il me semblait avoir appris qu'il avait esté imprime en Italie l'année passée, on m'a mandé qu'il estait vrai qu'il avait esté imprimé, mais que tous les exemplaires en avaient esté brulez à Rome au mesme temps, et luy condamne à quelque amande : ce qui m'a si fort estonné, que je me suis quasi résolu de brûler tous mes papiers, ou du moins de ne les laisser voir à per¬sonne. Car je ne me suis pû imaginer que luy qui est italien, et mesme bien voulu du pape, ainsi que j'entens, ait pu estre criminalisé pour autre chose, sinon qu'il aura sans doute voulu establir le mouvement de la terre, lequel je scay bien avoir été autrefois censuré par quelques cardinaux; mais je pensais avoir ouy dire que depuis on ne laissait pas de l'enseigner publiquement mesme dans Rome; et je confesse que, s'il est faux, tous les fondements de ma philosophie le sont aussi, car il se démontre par eux évidemment. Et il est tellement lié avec toutes les parties de mon traité que je ne l'en sçaurais détacher sans rendre le reste tout défectueux. Mais comme je ne voudrais pour rien au monde qu'il sortit de moy un discours, où il se trouvasl le moindre mot qui fust désaprouvé de l'Église, aussi aymé-je mieux le supprimer que de le faire paraître estropié. » Œuvres de Descartes, t. 1, p. 270.

Cette soumission du savant français n'engageait pas son intelligence. En février 1634, il exprime l'espoir que ni le pape ni le concile ne ratifieront la sentence de la Congrégation des cardinaux, et il demande à Mersenne « ce qu'on en tient en France et si l'autorité des cardinaux a été suffisante pour faire de leur sentence un article de foi. » Ibid., t. I, p. 281.

Lorsqu'il eut parcouru le livre de Galilée, sa réserve s'accentua encore : « Les raisons pour prouver le mouvement de la terre sont fort bonnes, dit-il; mais il me semble qu'il ne les estale pas comme il fault pour persuader. » Œuvres de Descartes, t. I, p. 305. Un homme qui parle de ce ton ne ratifiait sûrement pas dans son for intérieur la sentence doctrinale du Saint-Office. Un peu plus tard, il essaie de se tirer d'embarras en établissant le mouvement de la terre, non d'après Copernic, « mais en suivant le système de Tycho. » Ibid., t. V, p. 550, lettre de 1644.

Grâce à ce subterfuge, par lequel il maintenait les droits de sa raison, le philosophe français était en règle avec l'autorité ecclésiastique. Les théologiens, en effet, le tiennent quitte de toute autre marque de respect. Ils reconnaissent volontiers qu'on ne saurait imposer « une adhésion intérieure au savant qui a la certitude scientifique de l'erreur contenue dans une décision faillible de l'autorité » enseignante. « En ce cas, dit l'abbé Jaugey, non seulement le savant n'est pas obligé d'adhérer soit intérieurement soit extérieurement au décret, mais il ne peut pas le faire sans pécher; il ne peut qu'observer un respectueux silence. » Le procès de Galilée et la théologie, p. 120. Cf. Grisar, Galileistudien, p.  249-259.

Tous ne gardèrent pas cette attitude un peu forcée…

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