Du Célibat ecclésiastique.

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Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Jeu 18 Mai 2017, 6:35 am


Bonjour,

Le texte suivant, de  J. Cénac Moncaut, est extrait d’un recueil religieux, philosophique, scientifique et littéraire, qui s’intitule L’Université catholique, tome XXIIIe, (image en haut à gauche),  sous la direction entre autre de M. l’abbé Gerbet, vicaire-général de Meaux, 1847, dont l’ Instruction pastorale de Mgr l'Évêque de Perpignan au clergé de son diocèse sur diverses erreurs du temps présent » (1860) (image ci-dessous) aurait servi  «… aux travaux de la commission de théologiens rédigeant le Syllabus (encyclique Quanta Cura, 1864), du pape Pie IX.(wiki) »



Nous éditerons ce fil pour y déposer les liens dès leur parution.

(Note de Louis : Il est bon de se rappeler, pour mettre cet écrit dans son contexte, qu’il date des années 1850.)  

Bonne lecture à tous.

Bien à vous.


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Polémique philosophique

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DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE;

RÉPONSES AUX DERNIÈRES ATTAQUES FORMULÉES PAR
MM. MICHELET, QUINET ET AUTRES.

Introduction.

I. Symptômes de décadence dans la société.

II. Du Célibat.

III. Du droit de l’Église à imposer le célibat.

IV. Prétendue inutilité du célibat.

V. Intolérabilité prétendue du Célibat.

VI. Prétendu danger du Célibat pour les mœurs.


Dernière édition par Louis le Mar 30 Mai 2017, 6:30 am, édité 10 fois

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Jeu 18 Mai 2017, 6:42 am

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DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE;

RÉPONSES AUX DERNIÈRES ATTAQUES FORMULÉES PAR
MM. MICHELET, QUINET ET AUTRES.

On disait que les résultats pernicieux du Prêtre, de la Femme et de la Famille, s'étaient éclipsés avec le bruit passager de ce livre. Nous le pensions aussi,... mais les miasmes répandus dans l'atmosphère sont plus lents à se dissiper.

Ces jours derniers, je surpris une jeune personne versant des larmes abondantes. — Quels peuvent être vos chagrins? lui de-mandai-je. — Ah! monsieur, répondit-elle, je souffre bien depuis un an. La lecture de certaines brochures a effrayé mon père sur la confession, monté sa tête contre le célibat des prêtres, et je suis obligée de me cacher pour remplir mes devoirs, d'entrer furtivement à l'église comme dans un lieu suspect, et, quand on découvre cette faute légitime, je suis en butte aux reproches les plus pénibles.

Cette conversation me convainquit qu'il y avait quelque chose à faire sur cette matière tant débattue déjà, et je me mis à l'œuvre. Ce n'est pas un article de doctrine, ce sont des observations de simple bon sens et de raison que j'adresse à cette classe fort nombreuse qui, effleurant toute chose, surtout les choses de religion, s'abandonne au plus léger souffle d'incrédulité, ébranlée par des objections sans portée. Peut-être suffira-t-il de lui dérouler des arguments justes et appréciables, pour dissiper son erreur.

Comme l'âge viril des peuples, leur décadence a ses témoignages irrécusables...

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Ven 19 Mai 2017, 5:37 am

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DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE;

RÉPONSES AUX DERNIÈRES ATTAQUES FORMULÉES PAR
MM. MICHELET, QUINET ET AUTRES.

I. Symptômes de décadence dans la société.

Comme l'âge viril des peuples, leur décadence a ses témoignages irrécusables. Dans la première période, sacrifice de l'égoïsme à l'intérêt de tous, et des passions qui énervent aux vertus qui fortifient; dans la seconde, déchaînement de l'orgueil et de l'ambition, sous le titre pompeux d'égalité humaine ; développement de tous les vices, embellis du vernis trompeur du luxe et du philosophisme spécieux.

Quel que soit d'ailleurs le genre de civilisation, la forme du gouvernement, despotique en Asie, plus libéral en Europe, les peuples suivent une loi de progression invariable dans leur prospérité comme dans leur affaiblissement. La Grèce se place à la tête de la civilisation antique : comment règne-t-elle du haut de la roche au Parthénon? Par cet héroïsme du courage et de la vertu, qui a sa base au dévouement de Codrus, et s'élève jusqu'à Platon et Socrate, par cette succession de grands hommes, qui ont donné à nos cœurs les premiers frémissements d'admiration.

Rome veut conquérir le monde : au prix de quels sacrifices réussit-elle? En étouffant dans les cœurs de ses citoyens égoïsme, volupté, paresse, amour du luxe, lâches complaisances, triomphe sublime auquel ses héros doivent leur gloire plus encore qu'à leurs victoires par les armes. Jamais ces hommes d'airain ne composent avec la sainteté du serment et le mépris des richesses. Ils vont dans cette voie jusqu'à l'exagération. La mère n'a pas de larmes à donner à son enfant mort au combat;  Brutus sacrifie ses fils au rigorisme de la loi; Régulus retourne à une mort certaine pour sauver les droits de la parole donnée, et c'est ainsi qu'ils arrivent à la conquête du monde, toujours marchant de victoire en victoire sur les peuples et sur les passions. Quand la décadence déborde, le stoïcisme tente un dernier effort pour l'arrêter : il fait une loi du mépris de la douleur et veut rendre l'homme supérieur à la mort même.

Cette disposition se reproduit identique dans les grands cœurs qui ont illustré les temps modernes... Demandez à Suger, à Godefroi de Bouillon, à saint Louis, à Gonzalve de Cordoue, à Washington, à tous ceux enfin qui ne se contentèrent pas de vaincre dans les combats, mais qui voulurent faire profiter la civilisation des bienfaits de la victoire : tous répètent dans leur conduite cet axiome fondamental : que l'homme ne peut faire de grandes choses bonnes et utiles que par le sacrifice des plaisirs et du repos. Qu'on nous nomme un esprit éminemment fondateur qui ne cherche sa première force dans la victoire de ses penchants.

Vienne la décrépitude, au contraire, les passions…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Sam 20 Mai 2017, 6:16 am

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I. Symptômes de décadence dans la société.

(suite)

Vienne la décrépitude, au contraire, les passions s'exaltent, la pusillanimité s'ennoblit, les vices s'enhardissent au point de se sanctifier. Que les moralistes de décadence prêchent en Grèce, ou, de nos jours, en Angleterre, en France, en Espagne, partout on retrouve la même tactique : guérir les tendances funestes par leur déchaînement même. Si peu de malades sont disposés à faire l'essai d'un remède qui peut les tuer ! Il n'est pas de mécontent qui ne veuille expérimenter sur les autres l'expédient qui peut satisfaire ses ambitions désordonnées...

L'avarice vous tourmente, au lieu de vous fortifier dans votre position médiocre, et honnête par la vertu, comme Aristide ou L'Hospital, vous proclamez certaine loi agraire, pour trouver dans les spoliations systématiques l'occasion d'une élévation légitimée.

Beau diseur ou femme sans préjugés, l'amour du luxe vous dévore-t-il, vous prostituez votre plume au plus offrant, vos avantages physiques aux héros de bonne fortune, et vous vous étalez dans le faste qui ferait votre honte, si vous n'aviez trouvé auparavant une philosophie qui justifie la débauche et le déshonneur...

L'ambition politique vous exaspère-t-elle, vous la faites descendre dans les masses, vous proclamez l'égalité des intelligences, afin de pêcher de l'or dans l'eau trouble des perturbations.

Le mariage gêne-t-il votre dépravation, vous glorifiez l'adultère, vous organisez la promiscuité, vous élevez le bâtard au-dessus du fils légitime, la courtisane au-dessus de l'épouse, dans des revues, dans des romans, dans des drames à hautes prétentions philosophiques...

Au milieu de cet aplanissement de chemins, le remords vous poursuit-il, vous niez la distinction du vice et de la vertu ;

le jugement des hommes vous inquiète? nouveau Titan, vous le détrônez ;

enfin, votre lit de roses s'enfonce-t-il sous vos pas, malgré vos efforts à l'embellir? vous recherchez un repos retentissant dans le suicide.

Voilà la tendance fatale de toute époque d'abaissement moral, cette pente rapide entraîne toutes les questions de ce 19e siècle; cela vous domine malgré vous quand vous parlez du célibat ecclésiastique.


Vouloir trouver une institution à l'abri du plus léger inconvénient…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Dim 21 Mai 2017, 6:07 am

II. Du Célibat.

Vouloir trouver une institution à l'abri du plus léger inconvénient, c'est rêver d'une chimère. Quand des hommes instruits par l'expérience ont établi une institution utile dans quel cercle d'idées que ce soit, si quelque accident vient gêner l'application, ils cherchent à la corriger, et non à renverser l'institution même. Quelquefois le remède est trop violent : les Romains enterraient vivante la vestale déshonorée ; au moyen âge, on jetait au vade in pace le moine parjure. Plus tard d'autres réformateurs ont adouci la punition, mais aucun n'aurait songé à rendre toute désobéissance impossible en renversant la loi qui la caractériserait. Qu'on cherchât aujourd'hui à punir le prêtre qui manque au célibat, nous le concevrions, pourvu que la correction fut moins draconnière qu'au moyen âge : mais ce que le bon sens se refuse à comprendre, c'est qu'on veuille détruire un point de discipline qui fait la force, le respect du clergé, en livrant carrière à un besoin qui ne favoriserait que la dépravation.

Nous abandonnerons le terrain longtemps battu. Nous ne chercherons pas si le célibat est d'institution apostolique ou seulement d'institution ecclésiastique. Warton, Beausobre, Mosheim, Barbeyrac, chez les protestants ; mille de leurs contradicteurs chez les catholiques, ont épuisé cette matière... La conclusion de l'étude des textes, c'est que Jésus-Christ et saint Paul recommandèrent le célibat aux prêtres plus particulièrement qu'aux autres hommes, mais sans en faire une loi d'obligation, comme le prouve ce texte de saint Paul : « Ce n'est pas un ordre que je vous donne, mais un conseil 1. » Là s'arrête le dogme : mais, en consultant la pratique des premiers siècles, voici les témoignages que l'histoire vient y ajouter :

Dès l'établissement du Christianisme, l'immense majorité des évêques s'honoraient de conserver la chasteté, et, si un grand nombre n'entraient dans les ordres qu'après leur mariage, jamais le mariage ne fut toléré après l'ordination. Un besoin de discipline, joint à un désir de perfection infini, fit réglementer par les conciles cette coutume spontanée. Toutefois celui de Nicée se contenta d'interdire le mariage postérieurement à l'ordination, et laissa les prêtres déjà mariés cohabiter avec leurs femmes. Le célibat ne fut exigé dans toute sa rigueur que par les conciles d'Elvire, en 300, de Tolède, en 400, de Carthage, d'Orange, d'Arles, de Tours, d'Agde, d'Orléans, confirmés par le pape Sirice, en 385, et par Innocent Ier, en 404.

A considérer les motifs d'une pareille règle, nous les trouvons dans la nature des choses. Combat et vertu sont synonymes, et de tous les temps les philosophes, comme le vulgaire, ont accordé leur admiration aux sacrifices extraordinaires qui semblent donner à certains hommes une nature surhumaine, en les rendant plus forts que la fragilité. Ainsi, tous les peuples primitifs ont considéré le célibat comme la plus haute expression du sentiment religieux ; les chrétiens pouvaient-ils manquer de développer cette idée et de l'attacher au caractère du prêtre, type de l'homme intermédiaire entre la créature et le Créateur ?... Ce n'est pas qu'en plaçant la virginité un degré plus haut que le mariage ils voulussent flétrir le devoir de la procréation et faire outrage aux droits de la nature : ils prétendaient indiquer seulement qu'un grand mérite était attaché au triomphe d'un besoin physique, occasion d'une infinité de désordres. Mais un état moins méritoire n'est nullement incriminé par la proclamation d'un état plus pur, et la magistrature, quoique moins belliqueuse que le métier des armes, n'a jamais passé pour une lâche condition.

A cette pensée intrinsèque, étrangère à la tradition, vinrent se mêler des considérations d'un autre ordre...
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1 I Cor.,chap. 7.

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Lun 22 Mai 2017, 7:38 am

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II. Du Célibat.

(suite)

A cette pensée intrinsèque, étrangère à la tradition, vinrent se mêler des considérations d'un autre ordre... A l'origine de toute société, un besoin d'initiation conduit tout sectateur à suivre jusque dans les moindres détails l'existence de son maître ; on voit cela même à l'égard de Brahma, de Confucius, de Mahomet ; cet esprit domine aussi dans l'imitation des héros les plus secondaires, et tout homme qui sort un peu des bornes communes voit la foule copier servilement même ses mœurs dépravées ou ridicules. Telle est la loi générale et invincible de l'imitation: et l'on voudrait que les chrétiens y eussent échappé, quand leur fondateur offrait le précepte vivant et divin de toutes les vertus !... Aussi quelle exaltation! Le Christ était venu révéler la nouvelle loi ; les premiers chrétiens sacrifiaient repos, honneur, fortune, pour la propager. Il était mort pour le salut des hommes : les premiers chrétiens recherchaient le martyre. Il avait vécu vierge : il était impossible que les plus fervents ne voulussent pas vivre vierges.

Telle est la puissance de l'exemple, et c'est là qu'il faut chercher la première cause du célibat des prêtres, et non dans l'ambition des papes, voulant se faire une garde prétorienne de moines, une police d'inquisition!! L'origine du célibat est si étrangère à la papauté, si inhérente à la morale chrétienne, que dès les premiers siècles on vit certaines sectes le pratiquer avec une exagération criminelle. Les Docètes, les Marcionites, les Apostoliques, les Encratites, les Manichéens surtout, osèrent condamner l'humanité à une extinction prochaine, en interdisant toute union légitime, pour arracher les âmes à ces prisons matérielles du corps, qui les retenaient loin du ciel.

Un désir plus sage à imiter le Maître dans ses exemples et ses leçons présida à la disposition des cérémonies et des autres parties du culte catholique : abstinences, prières, tout rappelle un épisode de la vie du Christ, et cette inspiration admirable s'est élevée jusqu’à ce livre, le plus sublime après l'Évangile, devant lequel les écrivains matérialistes eux-mêmes ont été obligés de s'incliner.

Suivons plus avant nos recherches.

Au commencement (et la même considération a toute sa valeur aujourd'hui), le célibat avait un but plus pratique que le simple désir d'imitation ; la débauche effrénée du monde romain offrait à sa régénération par l'Évangile un obstacle formidable : une conduite diamétralement opposée devenait la condamnation la plus énergique de ces désordres. Comment les Épicuriens auraient-ils pu soutenir encore que l'empire des sens dominait l'univers, et que nul homme ne pouvait s'y soustraire, quand ceux de la nouvelle loi le foulaient victorieusement aux pieds ? Le dieu de la matière n'était donc qu'un fantôme, et il ne restait plus qu'à chercher ailleurs le véritable..... Quel grand pas de fait vers le Christianisme !.....

D'ailleurs, la mission d'un sacerdoce est sainte, parce…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Mar 23 Mai 2017, 6:03 am

II. Du Célibat.

(suite)

D'ailleurs, la mission d'un sacerdoce est sainte, parce qu'elle sert d'intermédiaire entre Dieu et les hommes. Surmonter les faiblesses de la nature humaine devient le premier témoignage de ce rapprochement vers Dieu. Ne nous étonnons point si continence, charité, humilité, abandon des soins terrestres, furent les vertus caractéristiques et spontanées des Apôtres et des Pères de l'Église : ces vertus, inséparables d'une foi ardente, se conservèrent d'abord naturellement, sans avoir besoin de l'appui de la discipline; plus tard seulement la hardiesse des schismes exigea que les conciles posassent des règles certaines pour protéger ces vertus. Le célibat fut la loi fondamentale qui les garantit toutes.

En effet, quand les Barbares eurent envahi l'Empire, les chefs de bande, maîtres par la conquête des évêchés, des abbayes, des cures, introduisirent dans le clergé bouleversé tous les vices d'une époque violente, et Grégoire VII dut employer les moyens extrêmes pour arrêter le torrent dans ses deux sources les plus funestes, la luxure et la simonie, filles l'une et l'autre de la dépravation barbare et de l'orgueil. Elles devaient trouver la mort dans le célibat, qui rendait la successibilité, l'ambition de famille impossibles, et la vertu seule avantageuse, puisqu'elle remplaçait l'hérédité et la transmissibilité des bénéfices : aussi a-t-on dit que le célibat ecclésiastique, généralisé par Grégoire VII, avait empêché le sacerdoce catholique de devenir une caste; observation judicieuse qui justifie l'institution de chasteté que nos moralistes à la Jean-Jacques (note de Louis . : ..Rousseau)  voudraient détruire aujourd'hui.

Chose étonnante ! c'est après avoir tant et si justement déclamé contre la simonie, toujours exceptionnelle d'ailleurs, qu'on voudrait la rétablir en règle invariable!..... Supposons, en effet, le prêtre père de famille, de quelle vertu surnaturelle faudra-il qu'il soit doué, pour qu'il ne cherche pas à spéculer sur les sacrements, afin d'augmenter l'aisance de ses enfants et leur léguer sa charge? On n'a pas aujourd'hui assez d'anathèmes pour le plus modeste désir d'un pauvre prêtre : osera-t-on condamner des prétentions moins bornées, quand il sera chargé d'une famille nombreuse, ou harcelé par des enfants, immodérés dans leurs entreprises ?

Cependant, nous ferons la part assez belle à nos antagonistes. Nous accordons que l'estime des premiers chrétiens pour le célibat, fondé sur quelques passages de l'Évangile, les décrets des conciles forcément exécutés par Grégoire VII, n'ont pu donner à cette règle importante qu'une valeur disciplinaire. Avant toute chose, il faut donc examiner si l'Église avait le droit d'interdire à un de ses membres l'exercice d'une faculté naturelle...; on le lui a contesté.

Nous allons débattre la question : …

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Mer 24 Mai 2017, 6:12 am

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III. Du droit de l'Église à imposer le célibat.

Toute religion est une association de croyants ; tout sacerdoce est l'administration de cette association, le sanctuaire du précepte, et la pensée la plus élevée de cette association... De plus, toute association est faite en vue de la conservation et de la prospérité des principes, d'où suit que, pour obtenir des résultats favorables à l'ensemble, et avoir droit d'en profiter, chaque membre doit en retour apporter son contingent de sacrifices et de travaux. La société civile elle-même n'est pas fondée sur d'autres bases.

Ces sacrifices sont de deux sortes, applicables à tous, ou seulement à quelques-uns. Les premiers, appliqués à tous par la loi générale, ne doivent contrarier aucune des fonctions inhérentes à la conservation de l'espèce ; ils ne peuvent mettre des entraves qu'au repos, à la liberté, à la fortune de l'individu; mais quand la prospérité générale exige des dévouements plus exceptionnels, la loi de nécessité, reconnue par tous les peuples, peut exiger de quelques individus des efforts presque surnaturels. Interrogez la loi civile ; se fait-elle un scrupule de condamner des milliers de soldats au célibat, presque à l'esclavage, de les exposer à la mort pour les besoins publics? Toutes les nations ont jugé utile et juste de rejeter sur une fraction le fardeau d'un dévouement absolu, qui serait trop lourd à la généralité, et paralyserait l'activité sociale ; la gloire est le dédommagement qu'elle a donné au patriotisme... Pourquoi donc l'association des chefs spirituels ne pourrait-elle pas s'imposer telle loi qu'ils croiraient utile à la force, à l'autorité de l'institution? Mandataires d'un pouvoir spirituel, ils ne peuvent pas, sans doute, sanctionner la règle par des peines corporelles ; mais ils peuvent la placer sous la sauvegarde des peines disciplinaires.

Et que pourrait objecter le prêtre qui se plaindrait de sa rigueur? L'État contraint les soldats au sacrifice de leur liberté et de leur vie ; mais l'Église force-t-elle les fidèles à entrer dans le sacerdoce ; n'attend-elle pas au contraire l'époque du développement des passions, pour que le prêtre puisse juger lui-même de leur empire? S'il ne peut « garder la continence, comme dit saint Paul, qu'il se marie, cela vaudrait bien mieux que de brûler d'un feu impur 1. » S'il a plus tard des reproches à se faire, c'est à sa présomption qu'il doit les adresser.

En donnant à ses ministres les sublimes privilèges de prêcher la foi, de sauvegarder la vertu, de dispenser les sacrements, l'Église a dû en retour leur imposer certaines charges. La soumission leur est commune avec tous ceux qui remplissent des fonctions publiques ; pas de maître qui n'ait de supérieur. Là le soldat met sa vie à la disposition de l'utilité publique ; est-ce trop de soumettre la plus sainte des missions à un sacrifice spécial, celui de la continence, sacrifice que certains estiment bien compensé par l'exemption des charges, des soins pénibles, des déceptions cruelles de la famille ? Tel est le droit de l'Église.

Pour l'infirmer dans son application, il faudrait,

1º que le sacrifice exigé fût inutile ;
2° supérieur aux forces de l'homme ;
3° dangereux pour le bon ordre ou les mœurs.

Examinons ces trois éventualités...
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1 I Cor., 6, 7.

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Jeu 25 Mai 2017, 6:46 am

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IV. Prétendue inutilité du Célibat.

Aux grandes luttes, il faut d'héroïques et robustes champions. Le prêtre, personnification de la vertu dans la foi, doit combattre avec une égale vigilance, et les vices et l'incrédulité. De tous les moyens de rendre ses préceptes efficaces, il n'en est pas de plus puissant que l'exemple.

Au sceptique, le prêtre dit : J'ai tout sacrifié pour la vérité, richesse, honneur, famille. Douterez-vous encore de la puissance de la ferveur?

Au sensualiste, il ajoute : Vous prétendez justifier vos désordres par l'invincibilité des passions, triste argument ! L'homme peut tout dans le cercle négatif. Voyez plutôt ma continence et mes mortifications.

— A l'orgueilleux, il objecte sa modestie ;

à l'envieux, sa pauvreté ;

à l'avare, sa charité;

à l'égoïste, son dévouement.

Partout l'exemple est sa logique ; et qu'on y songe bien ! les beaux discours sont peu pour le triomphe des principes; il n'est pas d'éloquence spéculative qui ne cède à l'objection des faits. Pourquoi les apôtres, sans autorité temporelle, ont-ils vaincu la vieille civilisation avec ses mœurs et sa forte organisation ? Parce que leurs préceptes étaient gravés dans leurs actions, non moins que sur les pages de l'Évangile.

Eh bien ! plus que jamais, le prêtre a besoin d'attaquer les vices par la pratique des vertus. Voudrait-on qu'il fît comme ces spéculateurs de morale qui écrivent des livres d'éducation sur les genoux de leurs maîtresses, comme ces philanthropes qui prêchent la charité au milieu d'un luxe dévorant ; comme ces socialistes, qui organisent l'harmonie et la prospérité le fer à la main ou le chaos dans l'esprit. Pourquoi pas un de ces idéologues, qui exploitent le mécontentement, ne peut-il rien fonder? Parce que leur pratique est la condamnation flagrante du système.

La conduite de tout prêtre est-elle donc le miroir de toutes les vertus, dira-t-on le sourire du dédain sur les lèvres?... A cet égard, nous repousserons tout reproche généralisé ; mais nous reconnaîtrons des exceptions aux règles de l'austère devoir... Et quoi d'étonnant que sur 460,000 prêtres il s'en trouve quelques-uns qui s'égarent dans les sentiers obscurs ! Si la mission de l'Église est de les redresser, la justice veut que les hommes ne rendent pas le précepte et le corps responsable des égarements de quelques rares individus.

Ce serait peu d'établir que le célibat est utile ; il faut prouver son indispensabilité...

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Ven 26 Mai 2017, 6:51 am

IV. Prétendue inutilité du Célibat.

(suite)

Ce serait peu d'établir que le célibat est utile ; il faut prouver son indispensabilité...

Si l'on veut que tout homme remplisse sa mission ici-bas, et celle du prêtre est de servir de providence aux pauvres, de protecteur aux opprimés, de consolateur aux malheureux, il faut que sa position le lui permette. Il y a de ces luttes contre la nécessité où le mortel ne peut se promettre d'être toujours victorieux. Comment soulagerait-il la misère d'autrui, si ses fils, si sa femme étaient réduits au plus strict nécessaire? Comment serait-il un modèle de zèle dans ses fonctions, si la femme le retenait près de son lit de douleur ? Aurait-on la cruauté d'exiger de lui la sévérité inséparable du saint ministère, si un enfant le déshonorait?

Au-dessus des devoirs inhérents à tout homme, il en est de spéciaux au sacerdoce. La confiance surhumaine de la confession veut trouver en lui une discrétion absolue ; comment ne craindra-t-on pas la faiblesse d'un homme obsédé par une femme trop aimée?... La dispensation des sacrements exige une pureté presque surnaturelle ; quel prestige verra le fidèle dans cet homme exposé aux coquetteries d'une femme du monde, aux soins minutieux d'un ménage agité?... Les besoins de la prédication et de la conversion veulent que le prêtre, comme le soldat, ne soit jamais retenu quand la nécessité commande ; il faut qu'il se transporte de l'Amérique au Japon, de l'Océanie à la Chine. Comment remplira-t-il cette tâche évangélique, s'il est chargé d'une famille? L'univers entier connaît nos missionnaires, il connaît aussi les missionnaires protestants ; qu'il compare leurs progrès et surtout leurs moyens.

Il existe un livre d'une morale toute chrétienne, qui est la satire la plus mordante du mariage des prêtres, tout en voulant en faire l'apologie. Nous voulons parler du chef-d'œuvre de Fielding, que l’on trouve dans cette longue épisode du malheureux Vicaire de Wackefield. Pas un seul moment de calme où il puisse remplir ses devoirs de ministre. Il se montre bon époux, excellent père, vertueux citoyen, tout, excepté prêtre de la religion qu'il professe. S'il n'a jamais le loisir de remplir la tâche d'un ministre luthérien, que serait-ce d'un ministre catholique?

Les réformateurs s'inquiéteront peu de l'objection, sans doute ; s'ils demandent le mariage des prêtres, c'est moins pour épurer le clergé que pour arriver forcément à l'abolition de la présence réelle et de la confession, ces deux épouvantails du philosophisme. Tout se lie dans le catholicisme; le dogme, la morale, la discipline sont également intéressés au célibat, et l'on comprend alors ce que cette simple question du mariage des prêtres cache d'insidieux et de destructeur sous son apparente bénignité.

Il faut bien reconnaître néanmoins que tous ces avantages…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Sam 27 Mai 2017, 8:31 am


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V. Intolérabilité prétendue du Célibat.

(Note de Louis :Il est bon de se rappeler, pour mettre cet écrit dans son contexte,  qu’il date  des années 1850. Bien à vous.)  

Il faut bien reconnaître néanmoins que tous ces avantages devraient s'évanouir devant l'impossibilité à l'homme d'en supporter le poids. Aussi, les adversaires de la règle ont-ils soutenu que l'homme ne pouvait se soustraire à certaines lois de la nature, à moins qu'il ne fût impuissant de corps, vice d'organisation qui entraînerait l'impuissance de l'intelligence.

Le dilemme, s'il était juste, placerait le prêtre entre le rachitisme moral, intellectuel, et le parjure et la débauche.

Étrange chose qui, à la honte de l'humanité, fait mettre l'empire des sens plus haut que celui du cœur! Ceux qui s'arrêtent à cette objection n'en comprennent pas toute la portée peut-être. Mais dans cette prétendue nécessité physique du mariage, il y a tout le système d'Épicure intronisé au-dessus du Christianisme ; car, si l'âme ne peut commander aux sens, c'est donc la matière qui régit le monde, et le Dieu esprit est tout au plus un génie subordonné.

Cependant, matérialistes de toutes les sectes, vous ne pouvez nier l'héroïsme, l'amour conjugal, filial, paternel ; l'histoire vous montre trop de femmes souffrant pour leur époux, trop de pères mourant pour leur fils. Après de tels exemples, vous refusez de reconnaître la puissance du sentiment le plus exalté, de cet amour du devoir et de Dieu, qui a donné à toutes les religions leurs martyrs.

Vous comprenez Socrate, Caton, sacrifiant leur vie pour leur opinion, et vous ne comprenez pas le prêtre immolant un penchant à son Dieu...

Vous jugez de l'empire de la volupté par celui que le raffinement du matérialisme lui a laissé prendre...

Vous oubliez que cet empire est méconnu par les hommes sévères, les génies sublimes qui sont la gloire de l'humanité, Montaigne se maria vierge à 33 ans, après avoir été 12 ans soldat. Était-il un esprit mol ou un corps avorté ? Newton se vantait de sa chasteté; Michel-Ange était connu pour sa continence ; Dante n'eut d'autres amours que celui de l'ombre de Béatrix?,..

Pourquoi ces grands hommes se mettaient-ils au-dessus des tentations, devenues invincibles pour les épicuriens modernes? parce que leur esprit, constamment préoccupé de grands problèmes, ne permettait jamais au corps de parler plus haut que l'intelligence.

Si la culture de la poésie, des sciences et des beaux-arts, servit de bouclier contre la licence, que sera-ce du sentiment religieux? répondez, vestales romaines, prêtres juifs, Égyptiens, Perses, Indiens, Gaulois, Péruviens; répondez, Pythagore, Platon, Cicéron, Socrate, tous unanimes pour proclamer que la continence est l'état le plus convenable aux ministres de la divinité.

Que disons-nous ?... Mais ce besoin, que la corruption moderne déifie, un sentiment ordinaire le peut vaincre…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Dim 28 Mai 2017, 6:20 am

V. Intolérabilité prétendue du Célibat.

(suite)

(Note de Louis : Il est bon de se rappeler, que cet exposé fut exposé au milieu du XIXe siècle. Bien à vous.)  

Que disons-nous ?... Mais ce besoin, que la corruption moderne déifie, un sentiment ordinaire le peut vaincre. Que de fois on a vu l'amour du cœur triompher de l'amour des sens! Combien d'amants vivent chastes au milieu des transports et des soupirs ! La volupté ne se révélait guère chez nos pères avant l'âge de 20 à 25 ans; observation qui s'applique également aux Grecs et aux Romains des premiers siècles.

D'où vient qu'aujourd'hui cette époque de la puissance a été reportée à 15 et à 16 ans ; nos pères étaient-ils moins robustes que nous? avons-nous gagné quelque accroissement de forces dans cette précipitation à hâter une faculté physique? Nous laisserons résoudre la question aux progrès du rachitisme, des maladies de poitrine, des infirmités hideuses qui devraient être sans nom !...

D'ailleurs, si le pouvoir de la paternité est la loi générale de l'homme, on ne niera pas qu'elle souffre des exceptions assez nombreuses; la médecine est là pour en témoigner... Par ces exceptions, Dieu ne dit-il pas que ce devoir n'est pas tellement inhérent la nature humaine, qu'il ne puisse être restreint et régularisé, pour une plus parfaite conservation des biens intellectuels et moraux ?... Non, l'homme est maître de ses penchants, il a le droit et le pouvoir de se condamner à la continence.

Malgré cet empire, on a vu des désordres. Le contesterons-nous? Pas plus qu'on ne contestera que des soldats ont quitté leurs drapeaux, des citoyens trahi leur patrie, des fils même assassiné leur père. Ira-t-on, pour prévenir le retour de ces aberrations, licencier les armées ou détruire l'autorité paternelle?... Non, nous chercherons à arrêter le mal en combattant le criminel, et nous adressant à ceux qui poussent le prêtre à la révolte, en exagérant les besoins de la population, nous leur dirons :

« Est-ce bien sérieusement que l'on s'inquiète de la diminution du genre humain, parce que chaque commune a son célibataire légal, quand les grandes villes regorgent de garçons débauchés, de femmes à patente, qui gangrènent la population existante, arrêtent la population à venir, plus que tous les prêtres d'un royaume supposés mariés ne pourraient l'augmenter. Quand les ouvriers, agricoles en quelques cantons, industriels dans certaines villes, se rabougrissent, végètent ou meurent de besoin ; lorsque le caprice des maîtres interdit le mariage à deux ou trois millions de domestiques, que la jeunesse dorée se soustrait par égoïsme à la charge de la famille...

Cette proportion des prêtres est-elle donc si formidable ? En 88, la France comptait 16,000 prêtres, sur 23 millions d'habitants, et Paris seul renfermait plus de domestiques que le royaume entier n'avait de prêtres et de moines. Le nombre des religieuses était infiniment inférieur aux prostituées.

L'Espagne ne comptait que 150,000 prêtres sur 12 millions, et cependant elle était bien plus peuplée sous Charles-Quint que depuis la diminution des moines.

L'Italie avait 200,000 prêtres sur 15 millions d'habitants, nombre considérable de célibataires, qui ne l'empêchait pas d'être plus populeuse que celle des Romains, qui, au dire de Pline le naturaliste, aurait été presque déserte, sans les esclaves et les gladiateurs entretenus par les grands.

Avant de faire un appel à la paternité des prêtres…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Lun 29 Mai 2017, 7:37 am

V. Intolérabilité prétendue du Célibat.

(suite)

(Note de Louis : Se souvenir que cet écrit date des années 1850. Bien à vous.)  

Avant de faire un appel à la paternité des prêtres, comme dernière ressource, nos économistes devraient fermer les lieux de débauche, marier les soldats et les domestiques, contraindre enfin tout homme à avoir femme, quelque amour qu'il eût pour sa liberté, surtout répandre le bien-être et assurer les subsistances ; car diminuer la mortalité est un devoir plus impérieux que celui d'augmenter les naissances. Ce n'est qu'après avoir épuisé tous autres moyens de propagation de l'espèce, qu'on serait excusable, en désespoir de cause, de recourir au mariage des prêtres, comme on arme les moines et les invalides dans les villes assiégées.

N'y a-t-il pas niaiserie à venir attribuer la dépopulation de quelques royaumes au célibat ecclésiastique, quand les faits déposent tous contre cette prétention ; quand le canton suisse le plus peuplé est catholique, celui de Soleure; quand les Pays-Bas catholiques, les anciennes républiques d'Italie, la Lombardie et le Napolitain moderne, peuvent soutenir la comparaison avec les pays protestants les plus avancés? Si la Sicile est dépeuplée, la Grèce, l'Afrique arabe, les pays turcs, le sont-ils moins? La Suède a vu diminuer le nombre de ses habitants depuis qu'elle est protestante. Il faut être de bien mauvaise foi ou bien aveugle pour mettre sur le compte de quelques prêtres clair-semés les accidents dépendant du territoire, du climat, de la paresse et de la corruption.

On voudrait également objecter la question industrielle au catholicisme ; mais si l'Allemagne est fortement avancée dans cette voie, il nous semble que la Belgique et le nord de la France ne lui cèdent guère.

L'agriculture du royaume de Valence et de la Lombardie a-t-elle rien à envier à celle de  l'Angleterre?

L'Irlande marcherait, sous tous les rapports, de pair avec cette dernière, si le protestantisme ne l'accablait de son joug.

L'Espagne s'est retardée dans la marche du progrès; mais l'inquisition elle-même ne l'avait pas empêché, au 15e siècle, de découvrir la moitié du globe, de posséder le commerce, les fabriques, les armées les plus remarquables de l'époque depuis le 12e siècle jusqu'au 17e.

L'Italie fut en possession de toutes les transactions avec l'Orient; ses flottes faisaient trembler Constantinople; elle était la reine des sciences et des beaux-arts.

Comment oser prétendre, après de tels exemples, que le catholicisme est contraire à la prospérité matérielle des empires?

Nous pourrions repousser les prétentions de nos adversaires en tournant contre eux les mêmes arguments dont ils se sont armés. Cependant, nous ne renverserons pas l'injustice par l'exagération ; nous ne dirons pas que les progrès matériels sont inséparables du catholicisme. Nous ferons observer seulement que le catholicisme se préoccupe d'intérêts plus nobles, ceux de la morale et de l'intelligence. Quant aux avantages d'un ordre inférieur, il les abandonne à toutes les religions. La prospérité dépend des bonnes lois civiles ; mais une bonne religion ne saurait être contraire aux bonnes lois; si elles se détruisent dans quelques États, c'est toujours la faute des hommes, et jamais celle du dogme.

Le livre d'un écrivain bien connu (M. Michelet), mais qui ne mérite guère que le titre de pamphlet, conclut implicitement à ce sophisme étrange :…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Mar 30 Mai 2017, 6:28 am

VI. Prétendu danger du Célibat pour les mœurs.

Le livre d'un écrivain bien connu (M. Michelet), mais qui ne mérite guère que le titre de pamphlet, conclut implicitement à ce sophisme étrange :

Les femmes sont-elles adultères? c'est le confesseur qui les seconde directement après les y avoir préparées par la confession ; sont-elles acariâtres, sourdes à la philosophie? c'est la chaire qui les irrite et les hébète. Quelque ridicules qu'ils soient, prenons ces reproches au sérieux.

Aura-t-on la bonhomie de croire que le sacrement de Mariage, ajouté à celui de l'Ordre, va rendre le brouillon pacificateur, l'envieux charitable, le libertin continent....? Mais, à regarder dans le miroir du monde, nous ne voyons pas qu'un garçon débauché, devienne, de par le sacrement, un modèle de chasteté conjugale : dès que le vice a envahi le cœur, il abandonne rarement son terrain; c'est une de ces gangrènes du sentiment qui ronge et gagne, dévorant tout ce qui est âme, comme le cancer dévore tout ce qui est corps.

Quand le prêtre fait ses vœux, qu'il tâte bien ses forces; il est à l'âge où elles ont leur entier développement, dans le bien comme dans le mal. Si, malgré ses mauvais penchants, il passe outre, et qu'il ne puise pas le contre-poison dans une foi ardente, il n'y a pas mariage qui tienne. Le prêtre dévergondé ne ferait qu'ajouter l'adultère au libertinage, le mauvais exemple dans sa maison au trouble de la maison d'autrui ; et bien souvent ses malheurs domestiques viendraient prêter une apparence d'excuse à son inconduite.

Chose étrange ! pour prôner le mariage des prêtres comme la sauve-garde de la chasteté ecclésiastique, on choisit l'époque où cette union légale n'offre presque plus de barrières à la dissolution; l'époque où des socialistes de toutes les couleurs le sapent à la base, lui contestent le droit d'exister, le présentent comme un esclavage dégradant, qu'il faut envoyer suivre le sort des fieuleries (n.d.l.r.:de filleul ?) féodales.

Et en lui supposant même toute l'efficacité qu'on lui prête, ne voit-on pas que l'application vient objecter son inexécutabilité. Le mariage sera-t-il permis ou obligé?...

Permis seulement,... Alors la médiocrité des revenus ecclésiastiques, le respect des traditions de 1800 ans, retiendront les hommes fervents et charitables dans l'ancien usage; le libertin lui-même ne manquera pas de se soustraire aux charges d'une famille, autant qu'il lui sera possible; peut-être s'enhardira-t-il  à la débauche, par la perspective d'un mariage, qui pourra, le cas échéant, cacher son inconduite trop apparente.

Eh bien ? répondra-t-on , il sera obligatoire....

Sérieusement?... et quelle main, nous ne disons pas pontificale, mais législative, fera signer cet acte de tyrannie? On corrigerait une prohibition prétendue abusive par un despotisme inouï. Contraindre au mariage celui que sa constitution ou une infirmité en éloigne, ce serait le condamner à la mort, outrager la nature et exposer le conjoint au désordre..., y obliger celui que son vœu de chasteté, son respect de l'exemple apostolique en éloigne ; ce serait torturer la pensée, l'âme, ce dernier sanctuaire du libre arbitre. Après avoir proclamé la liberté de conscience, on voudrait la méconnaître chez le prêtre!

D'ailleurs, le mariage étant ordonné et contracté, le conjoint peut mourir ; l'inconduite notoire, la malversation peuvent appeler une séparation de corps. Établira-t-on le divorce pour faire aussitôt convoler le prêtre à un second hymen?.... On ne voudrait pas renverser ainsi le Code civil.

On a beau s'ingénier et chercher des expédients pour obvier à quelques inconvénients exceptionnels,  les tentatives viennent se briser contre l'odieux, l'absurde et l'impossible…

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Re: Du Célibat ecclésiastique.

Message  Louis le Mer 31 Mai 2017, 6:39 am

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VI. Prétendu danger du Célibat pour les mœurs.

(suite)

On a beau s'ingénier et chercher des expédients pour obvier à quelques inconvénients exceptionnels,  les tentatives viennent se briser contre l'odieux, l'absurde et l'impossible.

Le parlement d'Angleterre, en 1549, trouvait moins de dangers à l'ancienne discipline; même en l'abolissant, il introduisit dans la loi ce passage remarquable : « Qu'il convenait mieux aux prêtres et aux ministres de l'Église de vivre chastes et sans mariage, et qu'il serait à souhaiter qu'ils voulussent d'eux-mêmes s'abstenir de cet engagement 1. »
_____________________________________________

1 Hume, Maison Tudor, v. 3, p. 204.
                                                                             
Qui ne voit, d'après un commentaire si opposé au texte brut, qu'on céda alors au torrent des innovations, de la corruption peut-être? Aujourd'hui le même torrent gronde chez nous; ne lui opposerons-nous pas une digue? Profitons des exemples que l'histoire nous fournit. Qu'a obtenu la réforme en abolissant le célibat ? La destruction d'une hiérarchie qui faisait la force et la sainteté du sacerdoce. Et cependant quelle est la religion qui peut se conserver sans sacerdoce? Les ministres protestants peuvent être de bons citoyens, d'excellents pères de famille; mais ils n'ont aucune autorité morale pour retenir ou ramener celui qui néglige sa croyance ou l'oublie. Aussi, après 300 ans d'existence, la Réforme, propagée par une réaction violente, ne fait plus un pas; elle s’éteint, impuissante à arrêter les nombreuses sectes qui la déchirent.

L'Église catholique, au contraire, a gagné en Amérique, en Afrique, en Asie, le terrain perdu en Europe. Dix-huit cents ans n'ont pas affaibli sa force, basée sur l'austérité du sacerdoce. Cette austérité a pour fondement le célibat; 1800 ans l'ont consacré ; les plus hautes considérations de morale, d'ordre et d'unité devraient le faire promulguer, s'il ne l'avait pas été par nos pères.

J. CÉNAC MONCAUT

FIN.

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