Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:34 am


Les lépreux de Tracadie. - Un pêcheur pécheur repêché. - La petite mère.


La lèpre existe au Canada. Nous devrions plutôt écrire : la lèpre exista, puisque le lazaret de Tracadie se vide petit à petit, grâce à la bonne guerre qu'on a faite au fléau et à l'admirable dévouement des religieuses qui ont le grand honneur de la soigner.

Treize cas... voilà tout ; voilà peu, se dit-on, surtout quand on sait que vers 1830, le Nouveau-Brunswick et plus particulièrement les deux comtés de Gloucester et de Northumberland, en étaient infestés.

D'où venait le monstre ? Les savants, sur ce sujet, multiplient les hypothèses et leurs théories : par quoi ils confesses leur ignorance.

Pour nous, nous croyons à une tradition conservée dans la chronique de l'hôpital de Tracadie et qui paraît être l'écho fidèe de la tradition.

Vers 1759, un navire, l'Indienne, qui venait de l'Orient où depuis toujours la lèpre a sévi, naufragea sur les côtes du Nouveau-Brunswick.

Des matelots ayant échappé reçurent la plus franche et cordiale hospitalité des pêcheurs acadiens qu'ils payèrent comptant - les misérables ! - en leur communiquant leur maladie. Or, de la lèpre on ne guérit jamais ; et bientôt, hélas ! le pays acadien contaminé devint la terre classique des lépreux au Canada.

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:35 am


Aux environs de 1830, le terrible mal rongeait le litoral de la baie de Miramichi, menaçant l'intérieur des terres.

Inutile de se demander pourquoi nos frères acadiens furent les premiers et les plus profondément atteints par la contagion. Pur accident de leur vie de pêcheurs. Ils habitaient la côte, et d'ordinaire les vaisseaux qui coulent à pic ne voguent pas sur le sommet des montagnes. Ils en furent plus longtemps les victimes, parce que, Dieu les aimant, ils étaient pauvres, et donc mal nourris, mal logés, sans aucune défiance et hygiène.

On n'a jamais connu exactement le nombre de cas avoués ; mais on en trouvait un peu partout, paraît-il.

Et le gouvernement dormait... Son activité, il la gardait pour proscrire et persécuter ; l'Indienne apporta le fléau quatre ans à peine après le grand dérangement. Le gouvernement ne dormait point à l'heure du pillage et de l'incendie des propriétés acadiennes, mais quand on le suppliait de sauver les vestiges du pauvre peuple qu'il venait d'écraser... il dormait. Il avait ses raisons... les contagieux étaient Français et catholiques : Ah ! well ! It does not matter very much !

Le gouvernement dormait !... Un saint prêtre, M. Lafrance, se chargea de l'éveiller, à coups de mémoires et de lettres adressées directement au Gouverneur. Le gouvernement s'éveilla, mais de fort mauvaise humeur, telle la bête qu'on heurte du pied ;... il agit... mais, selon son tempérament, à coups de griffes et de dents. Il annonça, par ordonnances officielles, que tout lépreux devait se rendre à l'le des Becs-Scie, aujourd'hui Sheldrake, à l'entrée de la baie de Miramichi, en face de Burnt Point.

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:36 am


En 1844, on vit la plus douleureuse et macabre procession que l'on puisse imaginer : une cinquantaine de cadavres putides et vivants arrivant sur le rivage de l'ile maudite. Maudite en effet... car les malheureux qui eurent la candeur d'obéir, furent jetés pêle-mêle, parqués dans des masures ouvertes à tous les vents, ruines des bâtisses abandonnées de la Quarantaine... « Et arrangez-vous comme vous pourrez ! »

On les avait tout simplement incarcérés en plein océan !

Pardessus la palissade qui encerclait la léproserie, des vivres, deux ou trois fois par semaine, leur étaient jetés... Et ces hommes de douleurs grouillant de plaies et bientôt de vermine, laissés inhumainement à eux-mêmes, devaient, péniblement, avec leurs moignons pourris, cuisiner leurs aliments, fendre leur bois de chauffage ou... mourir !

Pas de remèdes, pas d'infirmiers... encore moins de médecins. personne qui ne consolât les coeurs plus endoloris que les corps.

Personne... rien... que des gardiens, leurs fusils et leurs chiens de garde. Aussi bien, Sheldrake n'a-t-il encore aujourd'hui le seul nom qu'il mérite... l'enfer.

L'enfer avec, en plus des fureurs et des grincements de dents, la putréfaction des chairs, le désespoir et la certitude qu'on n'a par aucun crime mérité cette injuste damnation. On s'explique que plusieurs se soient évadés sur des radeaux fabriqué en cachette et que les autres aient organisé la révolte...

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:37 am


Une nuit, le feu éclata... et tout flamba... comme en enfer !...

Le remède était donc pire que le mal. On finit par le comprendre à Fredericton.

Sur les instances du curé de Tracadie, on daigna céder au bon sens, et après cinq années de ce régime de sauvages, les martyrs furent installés dans cette paroisse.

Ce n'était pas encore l'Eldorado ; la tyrannie ne désarme pas aussi facilement ; il y eut encore des mutineries parce que beaucoup d'opression, et, comme on écrit de nos jours, de boodlage dans la gouverne et l'administration du lazaret.

Pourtant ces gens nétaient-ils pas de ceux qui ont toujours l'Évangile à la main ? Avaient-ils lu la parabole du bon Samaritain qui verse son huile et son vin sur les plaies de celui qui n'est pas de sa religion ? En tout cas, ils l'interprétaient a leur manière qui n'est pas celle de Jésus mourant pour ses ennemis.

Le croirait-on ? Malgré les protestations réitérées des parents des malades, malgré les suppliques du curé, témoin navré et impuissant des horreurs de ce pénitencier, malgré le gaspillage éhonté des argents votés pour les lépreux et qui s'égaraient au fond des poches des directeurs de l'institution, il fallut encore dix années pour que les lépreux voient se lever le jour radieux de leur rédemption.

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:37 am



*
* *

Elle leur vint dans la personne des Soeurs Hospitallières de Saint-Joseph de Montréal.

Messire Pâquet, alors administrateur du diocèse de Chatham, les avaient obtenues du saint Mgr Bourget.

Elles arrivèrent en 1868. On devine quel accueil qu'elles reçurent !

Enfin les anges de la charité daignaient descendre parmi ces parias, les adopter pour leurs enfants, et rasséréner leur ciel par le charme de leur présence et leur sincère, leur inépuisable bonté. Plus de garde-chiourmes, mais des soeurs, des mères ! Quel soulagement ! On pourrait vivre en paix, choyés par des êtres de grâce et de délicatesse infinie, quel rêve inespéré !

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:38 am


*
* *

Mais aussi, de la part des religieuses, quel vie d'héroïsme et de victoire sur soi-même pendant cinquante années ! S'enfermer avec ces rebuts du monde, leur donner toute sa vie, penser leurs plaies purulentes, vivre dans leur commerce répugnant, pour la nature, voilà qui déroute les données de l'égoïsme. tant d'autres apostolats moins dangereux pourraient suffire à des âmes très ambitieuses. Oui... mais qui prendra soin des lépreux ?

« Mais ces pauvres malades vous sont-ils toujours aimables, ma bonne Soeur ?
- Presque toujours !
- Et s'il vous arrive des endurcis, que faites-vous ?
- On souffre en patience, et cela passe.
- Et si cela ne passe pas ?
- On se tourne du côté du ciel, vers la Mère des miséricordes, et la partie est bientôt gagnée. Dernièrement nous en avons fait une nouvelle et consolante expérience.
- De grâce, racontez-la-moi pour nos chers confrères du Rosaire. »

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:39 am


*
* *

« Un de nos lépreux, Islandais sans culte à son arrivée ici, embrassa la religion catholique, pour pouvoir, disait-il, aimer et prier la sainte Vierge, sa petite mère, comme il l'appelait toujours. Elle a converti moi et pas d'autres !!! c'est-à-dire qu'il se croyait redevable à elle seule de son entrées dans le bercail de l'Église.

« Or, après de longues années de fédélité, pour on nr sait quel malentendu avec une infirmière, voilà notre homme reviré et le coeur plein de haine. « Non, moi ne pardonnera jamais à soeur X... ; moi, mourra de même... »

« Ces paroles auraient causé moins de peine dans la bouche d'un moins entêté. Lui, ancien pêcheur de contrebande et même pirate à ses heures, nous donnait à craindre. On connaissait la caboche.

« Les mois passaient et l'entêtement continuait. Il avait tout abandonné : confession, communion, assistance aux exercices de piété et toutes ces bonnes pratiques qui forment la trame de la vie de nos lépreux chrétiens et leur consolatin. Pâques de cette année approchait et, pour la première fois, nos malades allaient avoir au milieu d'eux un excommunié volontaire.

« Que faire, mon Dieu ! pour éviter cette peste pire que la lèpre du corps ?

« L'idée vint aux hommes, puis aux femmes du lazaret d'entreprendre une ou plusieurs neuvaines s'i était nécessaire, en faveur du pauvre égaré.

« On convint qu'on la ferait en l'honneur de Notre-Dame des Trois Ave Maria... car on se rappelait le tendre amour que le prodigue avait toujours témoigné à la Madone. On l'avait vu souvent baiser son image en ces dernières semaines.

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:39 am


*
* *

« La deuxième neuvaine se terminait lorsqu'un soir on prévient notre Mère qu'un malade de la salle Saint-Joseph la réclamait immédiatement.

« C'était notre Islandais aux prises avec une bronchite, mais plus encore avec un de ces coup de la grâce auxquels on ne résiste point.

« Il étouffait, prétendait-il, quelque chose lui serrait la gorge... il allait moirir... et il ne voulait pas prendre la nuit sans voir le prêtre.

« Inutile de vouloir le raisonner ; demain, c'était la mort ; il ne pouvait donc remettre sa confession. Le fameux pêcheur, pécheur opiniâtre, était repêché.

« Depuis cette date nous avons la consolation de le voir communier et servir le bon Dieu après six mois d'éloignement.

« Nous remercions bien cordialement la sainte Vierge et nous la prions de bien vouloir nous continuer sa protection.

« Pour notre Islandais, il répète que Marie est sa petite mère, récite son chapelet tous les soirs et s'endort en murmurant des Ave Maria !

« Voilà, mon révérend Père, tout le secret de ce que trop charitablement vous appelez notre héroïsme.

« Comme notre pauvre pécheur d'Island, comme tous nos chers lépreux, nous avons une petite mère et cela nous suffit amplement.

« Une léproserie est un jardin de délices avec cette petite mère, croyez-le. »


Source :

LES BONTÉS DE MARIE - Par le Père H. Couture, Dominicain - dument approuvé - 1921 - page 79.
avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  Roger Boivin le Sam 01 Oct 2016, 9:43 am

avatar
Roger Boivin

Nombre de messages : 10702
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un trait de notre histoire du Canada : LES LÉPREUX DE TRACADIE.

Message  ROBERT. le Sam 01 Oct 2016, 12:15 pm

.
Merci Roger. Je ne savais pas que la lèpre existait au Canada. Shocked

La nature humaine ne change pas:  elle "traite"

cette infirmité de la même manière depuis toujours.  Rebutant.
avatar
ROBERT.

Nombre de messages : 32047
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum