bool(false) Temps de l'Avent 2015

Temps de l'Avent 2015

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Message  gabrielle le Dim 29 Nov 2015, 7:48 am

Premier Dimanche de l’Avent

suite du sermon de la semaine dernière.


Extraits de Bourdaloue a écrit:Car cette raison nous disait elle-même que nous ne devions pas trop déférer à nos vues naturelles, et à ses connaissances; que, dans les choses de Dieu, il fallait avoir recours à des lumières supérieures et moins trompeuses, et que quelque éclairée qu'elle pût être, la foi et l'autorité de Dieu devaient l'emporter sur elle. C'est ce que la raison nous dictait : de sorte que quand nous lui avons permis de critiquer et de censurer les points de notre foi, nous lui avons donné, non-seulement plus qu'elle ne demandait, mais ce qu'elle ne demandait pas. Elle nous condamnera donc jusque dans la perte de notre foi.

C'est une doctrine aussi pernicieuse qu'elle paraît religieuse dans son principe, de croire que, depuis le péché de notre premier père, tout est corrompu dans notre raison(…)

Indépendamment de la foi, nous avons une raison qui nous gouverne, et qui subsiste même après le péché ; une raison qui nous fait connaître Dieu, qui nous prescrit des devoirs, qui nous impose des lois, qui nous assujettit à l'ordre. Or, ce qui fait tout cela dans nous ne peut pas être absolument ni entièrement dépravé. Je sais que cette raison seule, sans la grâce et sans la foi, ne suffit pas pour nous sauver(…) je prétends qu'elle est plus que suffisante pour nous condamner, et j'ai saint Paul pour garant et pour auteur même de ma proposition. J'avoue que cette raison, surtout depuis la chute du premier homme, est souvent offusquée des nuages de nos passions : mais je soutiens qu'elle a des lumières que toutes les passions ne peuvent éteindre, et qui nous éclairent parmi les plus épaisses ténèbres du péché. Soit donc que nous considérions cette raison dans sa pureté  et dans son intégrité, c'est-à-dire dans l'état où nous l'avons reçue de Dieu en naissant ; soit que nous la considérions dans sa corruption, c'est-à-dire dans l'état où nous-mêmes nous l'avons réduite par nos désordres, je dis, Chrétiens, que Dieu s'en servira également pour nous juger. Pourquoi? parce qu'il nous jugera, non-seulement par les connaissances naturelles que nous aurons eues du bien et du mal, mais même par nos propres erreurs(…)

Dieu nous jugera par la droite raison qu'il nous a donnée. Rien de plus vrai, mes chers auditeurs, et voici l'ordre qu'il y gardera. Nous choquons ouvertement cette raison, et nous nous révoltons contre elle : il la suscitera contre nous. Nous ne voulons pas écouter cette raison quand elle nous parle : il nous la fera entendre malgré nous. Nous nous formons des prétextes pour engager cette raison dans le parti de notre passion : il dissipera tous ces prétextes, en nous découvrant à nous-mêmes ce qu'il y avait en nous de plus caché, et ce que nous n'y voulions pas apercevoir. Ces trois articles, qui sont, suivant la doctrine de saint Bernard, les trois principaux degrés de l'orgueil de l'homme, fourniront à Dieu contre les réprouvés une matière infinie, et les plus justes titres de condamnation.

Nous péchons contre toutes les vues de notre raison, et c'est par où Dieu d'abord nous jugera. Car enfin, pourra-t-il dire à tant de libertins et à tant d'impies, puisque votre raison était le plus fort retranchement de votre libertinage, il fallait donc exactement vous attacher à elle ; et pour ne donner aucune prise à ma justice, plus vous vous êtes licenciés du côté de la foi, plus deviez-vous être réguliers, sévères, irrépréhensibles du côté de la raison. Or, voyons si c'est ainsi que vous vous êtes comportés ; voyons si votre vie a été une vie raisonnable, une vie d'hommes. Et c'est alors, Chrétiens, que Dieu nous produira cette suite affreuse de péchés dont saint Paul fait aux Romains le dénombrement, et qu'il reprochait à ces philosophes qui, par la raison , avaient connu Dieu, mais ne l'avaient pas glorifié comme Dieu : des impudicités abominables, et dont la nature même a horreur ; des artifices diaboliques à inventer sans cesse de nouveaux moyens de contenter les plus sales désirs, et une scandaleuse effronterie à en faire gloire ; des injustices criantes à l'égard du prochain, des violences, des usurpations, des oppressions soutenues du crédit et de la force ; des perfidies noires et des trahisons, communément appelées intrigues du monde; des jalousies enragées (qu'il me soit permis d'user de ce terme), fomentées du levain d'une détestable ambition ; des animosités et des haines portées jusqu'à la fureur, des médisances jusqu'à la calomnie la plus atroce, des avarices jusques à la cruauté la plus impitoyable, des dépenses jusques à la prodigalité la plus insensée, des excès de table jusques à la ruine totale du corps, des emportements de colère jusques au trouble de l'esprit. Mais que dis-je, et où m'emporte mon zèle? tout cela se trouve-t-il donc dans la conduite d'un homme abandonné à sa raison, et déserteur de sa foi(…)

Je sais qu'en spéculation l'un n'est pas une conséquence nécessaire de l'autre : mais il l'est en pratique, et l'a toujours été : soit que Dieu, par un juste châtiment, livre alors ces âmes profanes à leurs brutales passions, comme l'a estimé l'Apôtre ; soit que le naturel et le penchant, malgré les faibles vues de la raison, les entraîne là, quoi qu'il en soit, ces monstres de péchés se trouveront tous rassemblés dans les trésors de la colère de Dieu (…)

Dieu les représentera tous à la fois à un réprouvé; et, par une espèce d'insulte (ne vous scandalisez pas de cette expression), c'est Dieu lui-même qui parle ainsi, et qui enfin prétend à ce dernier jour être en droit d'insulter à l'impie, ou du moins à son impiété (…) Dieu, dis-je, par une espèce d'insulte, lui demandera si sa raison lui suggérait toutes ces abominations, si sa raison les approuvait, si sa raison était là-dessus d'intelligence avec lui.

Ah, Seigneur! s'écriait saint Augustin, pressé des remords intérieurs qu'une vérité si terrible lui faisait sentir, je le confesse : voilà la pensée qui a consommé l'ouvrage de ma conversion, voilà le coup de mon salut, et ce qui m'a retiré du profond abîme de mon iniquité; la crainte de votre jugement, fondée sur le jugement de ma raison, c'est ce qui m'a rappelé à vous. Je tâchais, Seigneur, à me défaire de vous, et à vivre comme n'ayant plus de Dieu; mais j'avais une raison dont je ne me pouvais défaire, et cette raison me suivait partout. Quelque secte que j'eusse embrassée, et dans quelque opinion que je me fusse jeté, le péché où je vivais me paraissait toujours péché. Soit que je fusse manichéen, soit que je fusse catholique, soit que je ne fusse rien du tout, ma raison me disait que je n'étais pas ce que je devais être, et qu'il ne m'était pas permis d'être ce que j'étais. Et quand me le disait-elle ? au milieu de mes plaisirs, parmi les divertissements et les joies du siècle, dans les moments les plus doux et les plus agréables. C'est alors que cette raison venait me troubler, et je la trouvais en tous lieux et en tout temps, comme un adversaire formidable qui s'opposait à moi. Or, de là, Seigneur, je concluais ce que je devais craindre de votre justice : car si je ne puis pas, disais-je, éviter la censure de ma raison , qui est une raison faible et imparfaite, comment pourrai-je éviter celle de mon Dieu, c'est-à-dire la rigueur de son jugement?

(…) il est certain, comme l'a fort bien remarqué saint Ambroise, que Dieu, en nous jugeant, nous forcera malgré nous à écouter notre raison. Et il lui sera bien aisé, dit ce saint docteur, ou plutôt l'état même où nous serons réduits ne nous y forcera que trop. Car ce qui nous empêche maintenant d'entendre la raison qui nous parle, c'est au-dedans de nous le tumulte de nos passions ; ce sont au dehors les objets que nous font voir nos sens, je veux dire le mensonge et l'imposture, l'adulation et la flatterie qui nous séduit ; la confusion, le bruit, le grand air du monde qui nous dissipe. Or, quand Dieu viendra nous juger, tout cela ne sera plus. Il n'y aura plus de monde pour nous, parce que la figure de ce monde sera passée(…)

Abandonnés de toutes les créatures, nous resterons seuls avec nous-mêmes : et c'est alors que notre raison parlera, et qu'elle parlera hautement; c'est alors qu'au lieu de ces mensonges agréables et avantageux qui nous auront flattés, et dont nous n'aurons pas voulu nous désabuser, elle nous dira des vérités fâcheuses et humiliantes que nous n'aurons jamais sues, parce que nous aurons affecté de ne les pas savoir. C'est alors qu'elle nous fera remarquer des défauts réels, des défauts grossiers, là où notre esprit se figurait des perfections imaginaires. Et quelle sera notre surprise de nous voir peut-être condamnés par les choses mêmes dont on nous aura tant félicités et tant applaudis !

Enfin, parce qu'en certains points où les déguisements et les artifices, pour ne pas dire les hypocrisies de l'amour-propre, sont si ordinaires, nous aurons cherché des raisons pour engager notre raison même dans les intérêts de notre passion, que fera Dieu? lui qui, dans la pensée de saint Paul, est le plus subtil et le plus pénétrant anatomiste de notre cœur; lui qui  sait si bien faire toutes les dissections, et qui entre jusque dans toutes les jointures, c'est-à-dire dans les plis et les replis de l'âme, pour en discerner les mouvements les plus cachés;(…)  il débrouillera tout ce mélange de passion et de raison, il séparera l'une d'avec l'autre, il mettra d'une part la raison, et d'autre part la passion (…)

Mais après tout, si notre raison a été en effet dans l'erreur, et que ce soient les erreurs de notre raison qui nous aient fait pécher, comment Dieu nous condamnera-t-il par elle ? c'est à quoi je vais répondre ; et je ne veux pas qu'il vous reste rien à désirer sur une si importante matière. Je dis donc que Dieu alors même  aura toujours droit de nous juger par notre raison : non pas, si vous le voulez, non pas précisément par notre raison trompée, mais par notre raison trompée sur certains articles, tandis qu'elle aura été si éclairée sur d'autres ; mais par notre raison trompée à certains temps de la vie, après avoir été si éclairée en d'autres temps.(…)

Raison si éclairée sur d'autres affaires, et raison si éclairée en d'autres temps sur l'affaire même  du salut. Car sur mille points où il ne s'agit ni de votre intérêt, ni de votre ambition, ni de votre plaisir, quelle est la pénétration de vos lumières? quelle est la droiture de vos jugements? Vous voyez d'abord ce qui convient et ce qui ne convient pas, ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas, ce qu'il faut prendre et ce qu'il faut rejeter, ce qu'il faut approuver et ce qu'il faut condamner : vous donnez là-dessus des conseils si sages, vous prenez des mesures si justes ! et c'est cela même aussi que Dieu vous opposera. La belle excuse pour vous justifier auprès de lui : J'étais dans l'erreur ! Mais vous y étiez parce que vous le vouliez, et vous le vouliez parce que votre intérêt vous le faisait vouloir; vous le vouliez parce que votre ambition vous le faisait vouloir ; vous le vouliez parce que votre plaisir vous le faisait vouloir.

Partout où l'intérêt, je dis votre intérêt propre, n'avait point de part, vous étiez si clairvoyant pour démêler la vérité de l'artifice et du mensonge ! vous vous piquiez tant d'habileté, et vous en aviez tant pour découvrir le fond de chaque chose, et pour en connaître l'équité ou l'injustice ! Partout où l'ambition ne prétendait rien, et n'avait rien à prétendre, vous saviez si bien distinguer le bon  droit,  et une probité naturelle vous donnait même tant d'horreur de certaines pratiques et de certaines menées secrètes où tous les principes, je ne dis pas seulement de la religion, mais de la société, mais de l'humanité, étaient renversés ! Dès que la passion ne parlait plus, qu'il ne s'agissait plus de vos plaisirs infâmes, vous étiez contre le crime si sévère dans vos décisions, et si rigide dans vos arrêts ! Or cette diversité, cette contrariété de sentiments, d'où est-elle venue? ce que vous pensiez en telle et telle conjoncture, pourquoi en telle autre ne le pensiez-vous plus ? ce que vous étiez à tel ou tel temps, pourquoi à tel autre ne l'étiez-vous plus ?

(…)je n'ai plus rien à vous dire que ce que disait saint Bernard écrivant à un pape, et lui faisant des remontrances que son zèle l'engageait à lui faire. Car voici comment il lui parlait : « S'il y avait un juge dans le monde qui fût au-dessus de vous, je pourrais recourir à lui contre vous. Je sais qu'il y a un tribunal pour vous et pour moi, qui est celui de Jésus-Christ mais à Dieu ne plaise que je vous y appelle jamais, moi qui n'y voudrais paraître que pour votre défense! Que me reste-t-il donc? sinon que j'en appelle à vous-même, et que je vous fasse vous-même le juge de votre propre cause. »

Soumettons-nous à notre foi, afin qu'elle ne s'élève pas contre nous. Accordons-nous avec notre raison, écoutons-la, et laissons-nous-y conduire, afin que cet adversaire domestique, avec qui nous sommes encore dans le chemin, ne nous livre pas aux ministres de cette justice rigoureuse dont, il n'y aura plus de grâce à espérer. Prévenons cette vue forcée que nous aurons de nous-mêmes, par une vue libre et volontaire.

Ah ! Seigneur, permettez-moi de vous faire ici une prière qui peut paraître téméraire et présomptueuse, mais qui ne procède que des connaissances que vous me donnez du redoutable mystère de votre jugement. Toute la grâce que je vous demande à ce grand jour, c'est que vous me défendiez de moi-même; car pour vous, mon Dieu, j'ose dire que je ne vous crains que parce que je me crains moi-même. Dans vous, je ne vois que des sujets de confiance, parce que je ne vois dans vous que bonté et que miséricorde. Mais comme cette bonté est essentiellement opposée au péché, et que, sans changer de nature, toute bonté qu'elle est, elle est justice, elle est colère, elle est vengeance à l'égard du péché ; voyant ce péché dans moi, il faut que je craigne jusques à votre bonté, jusques à votre miséricorde même. Peut-être, mon Dieu, y a-t-il ici des âmes sur qui ces grandes vérités n'ont encore fait nulle impression. Mais vous êtes le maître des cœurs, puisque c'est vous qui les avez formés ; et vous avez des grâces pour les réveiller de leur assoupissement, pour les troubler, pour les convertir par ce trouble salutaire, et les ramener dans la voie de l'éternité bienheureuse
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Message  ROBERT. le Dim 29 Nov 2015, 12:01 pm

gabrielle a écrit:
Premier Dimanche de l’Avent
suite du sermon de la semaine dernière.
Extraits de Bourdaloue a écrit:
.
(…) saint Paul (…) reprochait à ces philosophes qui, par la raison , avaient connu Dieu, mais ne l'avaient pas glorifié comme Dieu.  


(…) Dieu, dis-je, par une espèce d'insulte … demandera  [au réprouvé] si sa raison lui suggérait toutes ces abominations, si sa raison les approuvait, si sa raison était là-dessus d'intelligence avec lui.


Ah, Seigneur! s'écriait saint Augustin, pressé des remords intérieurs qu'une vérité si terrible lui faisait sentir, je le confesse: voilà la pensée qui a consommé l'ouvrage de ma conversion, voilà le coup de mon salut, et ce qui m'a retiré du profond abîme de mon iniquité; la crainte de votre jugement, fondée sur le jugement de ma raison, c'est ce qui m'a rappelé à vous. Je tâchais, Seigneur, à me défaire de vous, et à vivre comme n'ayant plus de Dieu; mais j'avais une raison dont je ne me pouvais défaire, et cette raison me suivait partout. Quelque secte que j'eusse embrassée, et dans quelque opinion que je me fusse jeté, le péché où je vivais me paraissait toujours péché. Soit que je fusse manichéen, soit que je fusse catholique, soit que je ne fusse rien du tout, ma raison me disait que je n'étais pas ce que je devais être, et qu'il ne m'était pas permis d'être ce que j'étais. Et quand me le disait-elle ? Au milieu de mes plaisirs, parmi les divertissements et les joies du siècle, dans les moments les plus doux et les plus agréables. C'est alors que cette raison venait me troubler, et je la trouvais en tous lieux et en tout temps, comme un adversaire formidable qui s'opposait à moi. Or, de là, Seigneur, je concluais ce que je devais craindre de votre justice: car si je ne puis pas, disais-je, éviter la censure de ma raison, qui est une raison faible et imparfaite, comment pourrai-je éviter celle de mon Dieu, c'est-à-dire la rigueur de son jugement ?



(…) il est certain, comme l'a fort bien remarqué saint Ambroise, que Dieu, en nous jugeant, nous forcera malgré nous à écouter notre raison. Et il lui sera bien aisé, dit ce saint docteur, ou plutôt l'état même où nous serons réduits ne nous y forcera que trop.



(…) Et quelle sera notre surprise de nous voir peut-être condamnés par les choses mêmes dont on nous aura tant félicités et tant applaudis !


(…) nous aurons cherché des raisons pour engager notre raison même dans les intérêts de notre passion, que fera Dieu ? (…)  il débrouillera tout ce mélange de passion et de raison, il séparera l'une d'avec l'autre, il mettra d'une part la raison, et d'autre part la passion (…)



Quelle est la droiture de vos jugements? (…) Vous voyez d'abord ce qui convient et ce qui ne convient pas, ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas, ce qu'il faut prendre et ce qu'il faut rejeter, ce qu'il faut approuver et ce qu'il faut condamner (…) et c'est cela même aussi que Dieu vous opposera. La belle excuse pour vous justifier auprès de lui: J'étais dans l'erreur ! Mais vous y étiez parce que vous le vouliez, et vous le vouliez parce que votre intérêt vous le faisait vouloir; vous le vouliez parce que votre ambition vous le faisait vouloir; vous le vouliez parce que votre plaisir vous le faisait vouloir.



(…) je n'ai plus rien à vous dire que ce que disait saint Bernard écrivant à un pape (…), et lui faisant des remontrances que son zèle l'engageait à lui faire. Car voici comment il lui parlait : "S'il y avait un juge dans le monde qui fût au-dessus de vous, je pourrais recourir à lui contre vous. Je sais qu'il y a un tribunal pour vous et pour moi, qui est celui de Jésus-Christ mais à Dieu ne plaise que je vous y appelle jamais, moi qui n'y voudrais paraître que pour votre défense! Que me reste-t-il donc? Sinon que j'en appelle à vous-même, et que je vous fasse vous-même le juge de votre propre cause."



Soumettons-nous à notre foi, afin qu'elle ne s'élève pas contre nous. Accordons-nous avec notre raison, écoutons-la, et laissons-nous-y conduire, afin que cet adversaire domestique, avec qui nous sommes encore dans le chemin, ne nous livre pas aux ministres de cette justice rigoureuse dont il n'y aura plus de grâce à espérer.


(…) vous êtes le maître des cœurs, puisque c'est vous qui les avez formés; et vous avez des grâces pour les réveiller de leur assoupissement, pour les troubler, pour les convertir par ce trouble salutaire, et les ramener dans la voie de l'éternité bienheureuse.

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Message  gabrielle le Lun 30 Nov 2015, 8:15 am

LUNDI. — Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme auteur de la grâce et sanctificateur des âmes.

Sermon sur la grâce

Nous avons tous reçu de sa plénitude.... La grâce et la vérité est venue par Jésus-Christ. (Saint Jean, I, 10, 17.)

Bourdaloue a écrit:Sans la grâce nous ne pouvons rien. N'entrons point là-dessus dans une sèche et longue dispute, mais tenons-nous-en à la foi : elle nous suffit. Il ne nous faut point d'autre preuve que la parole expresse de Jésus-Christ, point d'autre que l'incontestable témoignage de son Apôtre, point d'autre que les décisions des conciles contre les erreurs de Pelage, et que la créance commune de l'Église. Il est donc certain que de notre fonds, et à l'égard de ce salut qui nous est promis comme la récompense de nos œuvres, nous ne pouvons rien sans le secours de Dieu et de sa grâce ; et pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à écouter Jésus-Christ, la vérité éternelle, quand il nous dit : Vous ne pouvez rien faire sans moi. Prenez garde, remarque saint Augustin : soit peu, soit beaucoup, vous ne le pouvez faire, à moins que vous ne soyez aidé de celui sans qui l'on ne peut rien faire. Nous n'avons qu'à consulter saint Paul, l'apôtre et le docteur de la grâce , quand il nous enseigne que nous ne sommes pas capables, de nous-mêmes comme de nous-mêmes, de former une bonne pensée ; et que si nous en sommes capables, c'est par l'assistance divine . Nous n'avons qu'à parcourir les définitions des conciles et des Pères de l'Église, lorsqu'ils ont décidé tant de questions sur la grâce du Rédempteur, et qu'ils en ont déclaré leurs sentiments. Nous n'avons même qu'à suivre les lumières de la raison, qui nous dicte assez que des actions surnaturelles et dignes du royaume de Dieu ne peuvent partir d'une nature aussi faible que la nôtre, si Dieu ne prend soin de la seconder, et s'il ne l'élève au-dessus d'elle-même.

De là quatre conséquences qui doivent nous servir de règles dans toute la conduite de notre vie.

Première conséquence : c'est de reconnaître l'extrême dépendance où nous sommes de la grâce de Dieu, et de son infinie miséricorde ; c'est de nous humilier dans cette vue, et de trembler sous la main toute-puissante de Dieu ; c'est de ne nous glorifier de rien, ou de ne nous glorifier qu'en Dieu, qui fait vouloir et exécuter, suivant sa volonté toute bienfaisante, et qui, selon que s'exprime saint Augustin, en couronnant nos vertus, couronne ses dons beaucoup plus que nos mérites.

Seconde conséquence : c'est de lever sans cesse les yeux au ciel, pour attirer sur nous l'abondance des grâces divines. Car Dieu veut que nous les demandions ; il veut que, sentant notre besoin, nous ayons recours à lui, que nous lui adressions nos vœux, que nous le sollicitions; et n'est-ce pas aussi sur la nécessité de la grâce qu'est particulièrement fondée la nécessité de la prière? Dans l'impuissance où nous réduit notre faiblesse, il ne nous reste que de nous écrier presque à chaque moment : Ah! Seigneur, sauvez-nous ; autrement nous allons périr.

Troisième conséquence ; c'est de bénir la bonté de Dieu, qui ne nous a point laissé jusques a présent manquer de grâce. Tant de fois il nous a prévenus ! tant de fois il nous a éclairés, pressés, excités! Voilà le sujet de notre reconnaissance, et voilà peut-être en même temps le sujet de notre confusion et de notre condamnation. Dieu   nous a   appelés ;  mais avons-nous prêté l'oreille à sa voix? Il nous a inspirés, mais avons-nous répondu à ses inspirations? en avons-nous profité? Au contraire, combien de combats avons-nous livrés et soutenus pour nous défendre de sa grâce, et pour en arrêter les mouvements? combien de temps l’avons-nous laissé frapper à la porte de notre cœur? et maintenant même ne l'y laissons-nous pas encore sans lui ouvrir? C'est le reproche qu'il faisait à Jérusalem, et qu'il a bien droit de nous faire. Combien de fois, disait-il à ce peuple infidèle, ai-je voulu te recueillir dans mon sein et entre mes bras? mais tu ne l’as pas voulu; et ma grâce, mille fois redoublée, n'a servi qu'à redoubler tes révoltes, et qu'à te rendre plus criminel. Reproche suivi de la plus affreuse menace. Car, poursuivait le Seigneur, c'est pour cela, peuple rebelle, que tu seras abandonné, pour cela que cette grâce, si longtemps et si indignement rebutée, se retirera de toi. Or, sans le secours de ton Dieu, que feras-tu, que deviendras-tu?

Quatrième et dernière conséquence : c'est de ne plus recevoir en vain la grâce, quand il plaît à Dieu de nous la donner; de ne nous pas exposer, par nos retardements et nos résistances, à perdre un talent qui nous doit être d'autant plus cher, qu'il nous est plus nécessaire. S'il nous échappe, où le trouverons-nous? quelle autre  ressource aurons-nous? Il n'est rien que nous négligions dès que la fortune ou que la vie en dépend ; et nous négligeons, que dis-je? nous méprisons formellement, nous rejetons des grâces à quoi nous savons que le salut est attaché.

Avec la grâce nous pouvons tout. Qu'est-ce que la grâce? un secours de Dieu, qui agit dans l'homme et avec l'homme. Or, tout étant possible à Dieu, il s'ensuit que tout avec le secours de Dieu nous doit être possible à nous-mêmes. Mais comment possible? Allons par degrés : possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent; possible, jusqu'à devenir aisé et facile ; possible, jusqu'à devenir même doux et agréable. Quelle force ! voyons de quelle manière la grâce opère toutes ces merveilles.

Possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent. Paul, ce vaisseau d'élection, en est un exemple bien marqué. Assailli de la tentation, il prie Dieu de l'en délivrer, et Dieu se contente de lui répondre : Ma grâce te suffit . Mais, Seigneur, l'attaque est violente ; c'est l'ange de Satan qui me poursuit sans relâche : il n'importe; quand tout l'enfer serait déchaîné contre toi, ma grâce te suffit. Mais que suis-je, Seigneur, et que n'ai-je point à craindre de ma fragilité? Non, ne crains point, ma grâce te suffit; et c'est dans l'infirmité même qu'elle éclate davantage et qu'elle paraît plus puissante. Qui peut dire en effet combien la grâce dans tous les temps a fait de miracles? miracles de conversion, miracles de sanctification. Qui peut dire combien d'endurcis elle a touchés, combien d'opiniâtres elle a soumis, combien de lâches et de paresseux elle a portés aux entreprises les plus héroïques? Quelles sortes d'obstacles n'a-t-elle pas surmontés? quelles sortes d'engagements n'a-t-elle pas rompus? Demandons-le à Madeleine, à cette femme pécheresse que tant de nœuds attachaient si fortement au monde, et qui, d'un premier effort de la grâce, brisa tous ses liens, renonça à tous les plaisirs et à toutes les pompes humaines, se dévoua pour jamais et sans réserve à Jésus-Christ. Demandons-le à saint Augustin, en qui la grâce, par un double triomphe, surmonta si heureusement et l'obstination de l'hérésie, et la corruption du vice. Demandons-le à une multitude innombrable de pécheurs aussi fameux par l'éclat de leur pénitence, qu'ils l'avaient été par l'excès de leurs désordres.

Possible, jusqu'à devenir aisé et facile.(…)  Sa vertu est toujours la même qu'elle était alors; et quoique la charité se soit refroidie de nos jours, il y a néanmoins encore de ces âmes ferventes à qui la grâce fait accomplir tous les devoirs de la justice chrétienne avec une facilité et une ardeur que rien n'arrête.

Possible, jusqu'à devenir même doux et agréable. C'est le prodige que les siècles passés ont admiré dans les martyrs. Quel spectacle ! Des hommes livrés aux tourments les plus cruels, des hommes exposés aux bêtes féroces, attachés à des croix, étendus sur des brasiers, plongés dans des huiles bouillantes, et cependant remplis de joie, s'estimant heureux, goûtant les plus pures délices et les plus sensibles consolations ! Voilà ce qu'on voyait, et où l'on reconnaissait le doigt de Dieu. Or, ce doigt de Dieu, qu'était-ce autre chose que l'Esprit de Dieu qui versait dans leurs cœurs l'onction de sa grâce? Car tel est le caractère de la grâce, d'unir ensemble l'onction et la force, et de conduire les œuvres de Dieu avec autant de douceur que d'efficacité.

De tout ceci quelle conclusion? Quelles résolutions à prendre? quelles erreurs à corriger? Le voici en trois mots. De ne plus tant écouter nos défiances et nos craintes naturelles, quand il est question d'obéir à Dieu, et de travailler a notre salut et à notre perfection. De n'en point juger par nos propres forces, mais par la force de la grâce ; de nous abandonner à ses saints mouvements, et de compter que ce que nous aurons entrepris et commencé avec elle, elle nous le fera soutenir et achever ; de nous encourager comme l’Apôtre, et de nous affermir contre les répugnances et les révoltes de la nature par ce généreux sentiment : Je puis toutes choses en celui qui me fortifie .  Oui, je puis tout; mais en qui et par qui? non point en moi-même ni par moi-même, puisque de moi-même je ne suis rien, et que n'étant rien, je ne puis rien : mais je puis tout dans le Tout-Puissant et par le Tout-Puissant. Plus même je reconnaîtrai devant lui mon insuffisance et je me confierai en lui dans la vue de ma faiblesse, plus je l'engagerai à verser sur moi les richesses de sa grâce, et à déployer en ma faveur toute sa vertu. Aura-t-elle pour moi moins de pouvoir que tant d'autres? Le bras du Seigneur n'est point raccourci, et sa miséricorde, qui remplit toute la terre, est inépuisable.


Dans la mesure de mes possibilités, je mettrai un texte pour chaque jour de l'Avent.
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Message  gabrielle le Mar 01 Déc 2015, 7:52 am

MARDI. — Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme instituteur des sacrements, et en particulier du Baptême.

SERMON SUR LE BAPTÊME.


C'est lui qui vous donnera le baptême de l'Esprit saint et du feu. (Saint Matthieu, chap. III, 11.)

Bourdaloue a écrit:Ce feu de la charité, ces dons du Saint-Esprit répandus dans les cœurs, ces opérations divines et secrètes, voilà l'essentielle différence qui se rencontre entre les sacrements de la loi de Jésus-Christ. Il n'appartient qu'à ce Dieu-Homme de nous conférer, sous des signes extérieurs et visibles, une sainteté intérieure et invisible, et c'est surtout ce qu'il fait dans le sacrement du baptême. Sacrement que nous marque spécialement Jean-Baptiste, et auquel j'ai cru devoir m'attacher dans ce discours; sacrement dont peut-être nous n'avons jamais bien connu, ni les avantages, ni les obligations.(…)

Premier point. — Grâce du baptême, grâce infiniment précieuse en deux manières : parce que c'est une grâce de salut et de sanctification, et parce que c'est une grâce de choix et de prédilection. Grâce de salut et de sanctification : comment cela? parce que c'est en vertu de cette grâce que l'homme, conçu dans le péché et né dans le péché, est tout à coup régénéré en Jésus-Christ et revêtu de Jésus-Christ; que d'enfant de colère il devient enfant de Dieu, frère de Jésus-Christ, membre de Jésus-Christ, héritier de Dieu et cohéritier de Jésus-Christ. Car voilà, par le changement le plus merveilleux, ce qu'opèrent dans nous ces eaux saintes dont nous nous sommes lavés sur les sacrés fonts. Autrefois, écrivait l'Apôtre aux Ephésiens, nous n'étions devant Dieu, selon notre naissance, que des objets de haine et de colère; mais ce même Dieu, qui est riche en miséricorde, lorsque nous étions morts, nous a vivifiés en Jésus-Christ et avec Jésus-Christ par l'excès de sa charité . C'est donc là que tout péché est effacé, que toute peine due au péché est remise; là que l'âme est enrichie des trésors célestes, que la foi, l'espérance, la charité, que les habitudes des plus excellentes vertus lui sont infuses ; là, pour ainsi dire, que le sceau de Dieu lui est imprimé, et qu'au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit, elle reçoit un caractère ineffaçable, qui est le caractère de chrétien. Caractère plus glorieux mille fois que tous ces titres de noblesse dont le monde repaît son orgueil, et dont il tire tant de vanité. Caractère dont la dignité, si j'ose user du même langage que saint Léon, va jusqu'à nous rendre en quelque sorte participants de la nature divine. Caractère que nous porterons avec nous au tribunal de Dieu, pour y être reconnus comme les disciples de son Fils bien-aimé, comme son peuple, comme son troupeau.

Telle est, dis-je, la grâce du baptême ; tels sont pour nous les avantages inestimables qu'elle renferme. Mais y pensons-nous? est-ce par là que nous mesurons notre bonheur, et que nous nous croyons favorisés du ciel? Si Dieu, par proportion, nous avait autant élevés selon le monde; s'il nous avait délivrés des misères du monde , et comblés de ses prospérités et de ses honneurs, peut-être alors serions-nous touchés de quelque reconnaissance. Du moins serions-nous sensibles et très-sensibles à l'éclat de cette fortune temporelle. Mais qu'il nous ait purifiés, mais qu'il nous ait réconciliés, mais qu'il nous ait sanctifiés, et que par cette sanctification du baptême nous soyons entrés dans nos droits à l'héritage éternel, ce sont des faveurs trop au-dessus des vues humaines, pour intéresser des mondains accoutumés à n'estimer les choses et à n'en juger que par les sens. O homme aveugle et tout terrestre ! ne prendrez-vous jamais des sentiments conformes à votre véritable grandeur? ne la reconnaîtrez-vous jamais? Rendez grâce à la divine Providence des autres qualités dont il lui a plu vous honorer à l'égard de cette vie mortelle et présente ; j'y consens, et vous le devez.

Quoique ce ne soient que des qualités passagères, et que toutes les grandeurs qui y sont attachées doivent périr, ce sont toujours des dons du Seigneur; mais de quel prix ces dons peuvent-ils être à vos yeux, dès que vous les mettrez en parallèle avec ce don parfait, comme parle l'Apôtre, avec ce grand don qui descend spécialement du Père des lumières , et qui vous approche de votre Dieu par de si étroits et de si saints rapports? Avançons.

Non-seulement grâce de salut et de sanctification, mais grâce de choix et de prédilection. Ce choix, cette préférence nous plaît en tout, et nous flatte. Or elle est entière ici, et c'est une circonstance bien remarquable. On a formé jusques à présent et l'on forme tous les jours tant de raisonnements et de questions sur cette multitude d'enfants morts avant que de naître, et hors d'état par cette mort prématurée, de parvenir à la grâce du baptême. On demande par quel malheur imprévu, ou quelle conduite de la Providence, d'autres, heureusement nés et sur le point de recevoir la sainte ablution, ont été enlevés dans le moment qu'on s'y attendait le moins, et sans qu'on ait pu les pourvoir d'un sacrement si nécessaire. On demande pourquoi, dans les terres infidèles et dans les plus vastes empires, Dieu permet que des peuples entiers manquent de ce secours, et soient privés de ces sources de vie qui nous sont ouvertes. On fait là-dessus bien des recherches, on propose bien des difficultés, on imagine bien des convenances : et moi, sans prétendre m'ingérer dans les conseils de la sagesse éternelle , je me contente d'adorer la profondeur de ses jugements. Car à qui appartient-il de connaître les voies du Seigneur, et qui peut pénétrer dans ses pensées ? Mais, du reste, le point capital à quoi je m'attache , c'est de faire un retour salutaire sur moi-même ; c'est d'apprendre de l'infortune des autres, et du triste abandonnement où ils semblent être, que c’est donc le bien que je possède. Eh ! mon Dieu, où en serais-je, si vous m'aviez traité comme eux, et pourquoi, Seigneur, avez-vous jeté sur moi un regard plus favorable! Qu'avaient-ils fait contre vous? qu'avais-je fait pour vous? Mystère de grâce dont je suis redevable à votre miséricorde, et sur quoi je n'ai autre chose à dire que de m'écrier avec le Prophète royal, dans les mêmes sentiments d'admiration, d'amour et de gratitude : Le Dieu d'Israël, le Dieu de l'univers n'en a pas usé de même envers toutes les nations ; il ne les a pas distinguées comme moi, et ne leur a pas révélé ses commandements . Heureux si je sais lui rendre ce qu'il attend de ma fidélité !

Second point. —Le baptême est une grâce, nous n'en pouvons douter; mais c'est en même temps une dette. Nous y avons contracté des engagements inviolables; et pour concevoir une juste idée de ces engagements du baptême, considérons-en, dans une courte exposition, et l'étendue et la solennité. Engagements les plus étendus, puisqu'ils embrassent toute la loi ; engagements les plus solennels, puisque nous en avons pris Dieu même à témoin, et toute son Eglise.

Je dis d'abord engagements les plus étendus : car, comme l'Apôtre , instruisant les Galates, leur déclarait, et, afin de donner plus de force à ses paroles, leur protestait que quiconque , selon la pratique et l'esprit de l'ancienne loi, se faisait circoncire, était dès lors, et en conséquence de cette circoncision légale, étroitement obligé de garder tous les préceptes de la loi judaïque, ainsi dois-je, avec la même assurance, non-seulement annoncer et déclarer, mais protester, à tout homme honoré dans la loi nouvelle du caractère de chrétien, que du moment qu'il commença de renaître par l’eau et par le Saint-Esprit, il commença d'être soumis à la loi et à toute la loi du divin Législateur dont la grâce lui fut communiquée ; c'est-à-dire que dès ce jour et dès cet instant il s'assujettit à l'indispensable obligation où nous sommes de professer cette loi, de ne rougir jamais de cette loi, de vivre selon cette loi , de persévérer jusqu'à la mort dans l'observation de cette loi, d'éviter tout ce que cette loi défend, et de ne rien omettre de tout ce qu'elle ordonne. Et parce que l'ennemi commun de notre salut, parce que le monde, la chair, s'opposent continuellement dans nous à la pratique de cette loi, et qu'ils emploient tous leurs efforts à nous en détourner, c'est pour cela qu'en entrant dans la milice de Jésus-Christ, nous avons renoncé à Satan et à toutes ses illusions, au monde et à toutes ses pompes, à la chair et à toutes ses cupidités. D'où vient que, selon l'excellente morale des apôtres, et les enseignements qu'ils nous ont laissés, avoir été baptisé en Jésus-Christ, c'est être mort au péché , mort à soi même, à ses passions, à ses sens, à tous les désirs du siècle, pour ne mener sur la terre qu'une vie céleste.

Saints engagements, aussi solennels qu'ils sont étendus. Je dis engagements solennels, et c'est l'autre article que j'ajoute. En effet, ces engagements du baptême, ce sont des promesses, mais des promesses faites à Dieu, faites au ministre de Dieu, faites dans le temple de Dieu, à la face des autels, au milieu des fidèles, les uns simples spectateurs, les autres garants des paroles qu'ils ont données en notre nom, et que nous-mêmes, dans le cours des temps, nous avons confirmées. Quand donc, par le dérèglement de nos mœurs, nous démentons des promesses si authentiques, et si dignes du maître auquel nous nous sommes dévoués, voilà ce que les Pères ont traité de parjure, de désertion, d'apostasie. Or, n'est-ce pas le désordre presque général du christianisme? Où en sommes-nous, et que sommes-nous? Sommes-nous chrétiens, sommes-nous païens? A le bien prendre, nous ne sommes ni l'un ni l'autre : ni païens, puisque nous croyons en chrétiens; ni chrétiens, puisque nous vivons en païens. Quoi qu'il en soit, la sainteté de notre caractère en qualité de chrétiens, et la corruption de notre vie en qualité de pécheurs, c'est une alliance monstrueuse, c'est un abus sacrilège et une profanation.

Elle ne demeurera pas impunie. Ce saint caractère que nous aurons profané, nous le conserverons jusque dans l'enfer. Le réprouvé l'aura toujours devant les yeux, pour sa confusion et pour son désespoir ; et Dieu en aura toujours le souvenir présent, pour allumer sa colère et pour exciter ses vengeances. Car c'est de là en effet que les péchés d'un chrétien ont un degré de malice tout particulier, et c'est de là même aussi qu'ils doivent être punis plus rigoureusement. Nous mesurons la grièveté des péchés selon la sainteté des états; et, suivant cette règle très-juste et très-bien fondée, nous disons qu'un prêtre qui pèche est plus coupable qu'un simple laïc, parce qu'il est plus obligé, comme prêtre, à honorer son sacerdoce par la pureté de ses mœurs et par une conduite exemplaire.(…)  Or nous devons raisonner de même d'un chrétien, par comparaison avec tant de peuples nés dans les ténèbres de l'infidélité et privés de la grâce du baptême. Malheur à vous, disait le Sauveur des hommes, parlant aux Juifs, et leur reprochant tout ce qu'il avait fait pour eux dans le cours de ses prédications évangéliques, malheur à vous : car au jugement de Dieu vous serez traités avec plus de sévérité que ceux de Tyr et de Sidon ! pourquoi? parce que ces idolâtres se seraient convertis, et qu'ils auraient fait pénitence sous le sac et sous la cendre, s'ils avaient été éclairés comme vous et prévenus des mêmes secours. Appliquons-nous à nous-mêmes cette terrible menace, et prenons garde qu'elle ne s'accomplisse un jour dans nous-mêmes, quand Dieu nous demandera compte du précieux talent qu'il nous a mis dans les mains. Comme il eût mieux valu pour Judas de n'être point né, que d'avoir trahi et vendu son maître, il vaudrait mieux alors pour nous de n'avoir jamais été initiés au christianisme, que de n'en avoir pas rempli les devoirs, et d'avoir violé des engagements aussi indispensables et aussi sacrés que le sont les promesses de notre baptême.
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Temps de l'Avent 2015 Empty Re: Temps de l'Avent 2015

Message  gabrielle le Mer 02 Déc 2015, 8:13 am

MERCREDI.
Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme juge de l'univers.
SERMON SUR LE JUGEMENT UNIVERSEL.

Il a le van en main, et il  nettoiera son aire. (Saint   Matthieu, chap. III, 12.)


Bourdaloue a écrit:Premier point. Jugement par Jésus-Christ, afin que ce soit un jugement plus sensible. Développons cette première pensée. C'est un mystère de notre religion, que ce qui nous est déclaré en termes exprès dans l'Evangile au sujet du jugement général, savoir: que le Père céleste, tout Père et tout Dieu qu'il est, ne juge personne, mais qu'il a donné à son Fils toute la puissance de juger . Et ce qui paraît encore plus surprenant, c'est ce que l'Evangile ajoute, que le Père a donné cette puissance à son Fils, non pas absolument et précisément parce qu'il est son Fils, mais parce qu'il est Fils de l'Homme . Mystère qui ne nous est pas tellement révélé par la foi, qu'il ne se trouve en même temps fondé sur une très-importante raison. Car, il est vrai, c'est à Dieu qu'il appartient de juger souverainement ; mais, comme a fort bien remarqué saint Augustin, Dieu, demeurant dans la forme et dans la nature de Dieu, était trop élevé au-dessus de nous, trop éloigné de notre vue et de nos sens, pour entreprendre d'exercer lui-même à notre égard un jugement public et réglé. Il a fallu qu'il s'humanisât, et, si je l'ose dire, qu'il se proportionnât à nous ; c'est-à-dire, il a fallu qu'il se fit homme, afin qu'ayant à juger des hommes, il pût se montrer sensiblement à eux et se faire entendre. Voilà ce qu'exprimait admirablement le saint patriarche Job, lorsque, parlant à Dieu dans l'excès de sa douleur et dans l'amertume de son âme, il lui disait :Seigneur, ne me condamnez pas ; quelque coupable que je sois, ne me poursuivez pas dans la rigueur de votre justice : mais suspendez-en les arrêts; et s'il est nécessaire, pour m'en défendre, que je me prévale de ma faiblesse, en vous opposant votre propre grandeur et l'excellence de votre être, permettez-moi de vous demander s'il vous convient d'entrer en jugement avec moi ? Avez-vous, comme moi, des yeux de chair? voyez-vous les choses comme je les vois ? vos jours sont-ils semblables aux miens, et êtes-vous homme mortel comme je le suis? Sentiment, au rapport même de l'Ecriture, dont Job était prévenu, dans la connaissance anticipée qu'il avait qu'en effet notre Dieu se ferait chair, et que, dans cette chair empruntée de nous, il serait plus en état de faire comparaître devant lui toutes les nations, et d'appeler tout l'univers à son tribunal.

Nous le verrons donc, et nos yeux seront frappés de l'éclat de sa gloire. Nous le verrons, dis-je, ce Fils de l’Homme, venir sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté . Quel spectacle, quel objet de terreur, quand, après les guerres, les famines,  les pestes; après les tremblements de terre, les frémissements et les débordements de la mer ; après la chute des étoiles, les éclipses de la lune, du soleil ; après le bouleversement du monde et la résurrection générale des morts, il paraîtra accompagné de toute la milice du ciel, et qu'il s'assiéra sur son trône ! Les hommes en sécheront de peur . Et qui ne tremblerait pas, à la présence de ce Juge redoutable, devant qui toute distinction humaine disparaîtra, toute dignité sera abaissée, toute autorité détruite, toute grandeur anéantie? Car il n'y aura plus là, à proprement parler, ni grands, ni petits, ni rois, ni sujets, ni riches, ni pauvres : tout  sera confondu; et,  d'homme à homme, il ne restera plus d'autre différence que le mérite des œuvres. Craignons dès maintenant Celui qu'il ne sera plus temps de commencer à craindre, lorsqu'il se fera voir sensiblement à nous, le bras levé, et prêt à lancer la foudre sur nos têtes. Honorons-le et imitons-le dans les travaux et les humiliations de son premier avènement, si nous voulons nous le rendre  favorable dans  son avènement  glorieux, et au grand jour de ses vengeances éternelles.

Second point. — Jugement par Jésus-Christ, afin que ce soit un jugement plus irréprochable. Comme Dieu est la vérité même et la sainteté, c'est le caractère de tous ses jugements d'être saints et sans reproche. Dès que ce sont les jugements du Seigneur, dit le Prophète, ils n'ont point besoin de justification, puisqu'ils se justifient assez par eux-mêmes. Cependant, afin que ce dernier jugement, où tous les hommes seront cités et qui fera la consommation des siècles, fût encore, autant qu'il est possible et dans le sens que nous devons l'entendre, un jugement plus irréprochable, il fallait que Jésus-Christ même, rédempteur du monde, y tînt la place de juge, et qu'il y prononçât la sentence. La preuve en est évidente, et la voici : car s'il y a un jugement qui soit à couvert de tout soupçon, c'est-à-dire s'il y a un jugement qui ne puisse être suspect, ni de prévention, ni d'inimitié, ni d'antipathie, ni d'envie, ni d'intérêt propre, ni de toute autre disposition mauvaise et de toute autre passion , c'est sans doute celui d'un ami, celui d'un bienfaiteur, d'un patron, celui d'un frère uni à nous par les nœuds les plus étroits de la nature et du sang. Or Jésus-Christ, en qualité de Sauveur, est à notre égard plus que tout cela ; et quel droit, par conséquent, le pécheur aurait-il de le récuser? Qu'aura-t-il à lui opposer? Quelle plainte aura-t-il lieu de former, ou de quelle excuse pourra-t-il s'autoriser ?

Dira-t-il que c'est un juge préoccupé contre lui? mais de quel front oserait-il le dire, lorsqu'il verra ce Dieu fait homme pour lui; lorsqu'il verra la croix où ce Dieu fait homme fut attaché pour lui ; lorsqu'il verra sur le sacré corps de ce Dieu fait homme les cicatrices des plaies qu'il reçut pour lui? Dira-t-il qu'il n'était pas instruit des voies du salut, et qu'il ne les connaissait pas? Mais comment pourrait-il le dire, lorsque ce Dieu fait homme lui présentera la loi qu'il est venu, comme nouveau législateur, nous enseigner autant par ses exemples que par ses paroles, et qui tant de fois, au milieu du christianisme (car c'est à des chrétiens que je parle ici), lui a été annoncée, notifiée, expliquée ? Dira-t-il que les grâces et que les moyens lui ont manqué ? Mais aurait-il l'assurance de le dire à ce Dieu fait homme, qui lui produira son sang comme une source inépuisable de secours spirituels dont il fut si abondamment pourvu, qui lui demandera compte de tant de lumières et de vues, de tant d'inspirations et de mouvements intérieurs, de tant de retours secrets et de remords de la conscience, de tant d'avertissements, de conseils, d'exhortations, de leçons; qui lui fera le même reproche que Dieu faisait à Jérusalem, et dans les mêmes termes : Réponds, âme ingrate, réponds. Qu'ai-je pu faire pour toi, que je n’aie pas fait  ? et de tout ce que t'a suggéré la malice de ton cœur, que n'as-tu pas fait contre moi ? De là cette conviction qui accablera le pécheur, forcé de reconnaître la multitude et l'énormité de ses iniquités ; de là cette confusion qui le troublera, qui l'interdira, qui lui fermera la bouche. Hé ! quelle pourrait être sa défense? Quoi qu'il voulût alléguer en sa faveur, l'univers assemblé le démentirait. Car c'est ainsi que le Saint-Esprit nous le fait entendre au livre de la Sagesse et dans les termes les plus formels : Il armera toutes les créatures pour tirer vengeance de ses ennemis, et le monde entier combattra avec lui contre les insensés . Humilions-nous dès maintenant en sa présence. Ne cherchons point par de vaines excuses à nous justifier; mais confessons-nous coupables et dignes de ses châtiments, afin que l'humilité de notre confession et la sincérité de notre repentir attire sur nous ses miséricordes.

Troisième point. — Jugement par Jésus-Christ, afin que ce soit un jugement plus rigoureux. Il paraît étrange, et il semble d'abord que ce soit un paradoxe, de dire que nous devons être jugés avec moins d'indulgence, parce que c'est un Dieu Sauveur qui nous jugera. Nous comprenons sans peine la parole de saint Paul : Qu'il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant  ; Mais qu'il soit en quelque sorte plus terrible de tomber dans les mains d'un Dieu médiateur, d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se faire la victime de notre salut : voilà ce qui nous étonne et ce qui renverse toutes nos idées. Cette vérité néanmoins est une des plus constantes et des plus solidement établies : comment? c'est qu'après avoir abusé des mérites d'un Dieu Sauveur et profané son sang précieux, le pécheur en sera plus criminel, et qu'une bonté négligée, offensée, outragée, devient le sujet de l'indignation la plus vive et de la plus ardente colère. Job disait à Dieu : Ah ! Seigneur, vous êtes changé pour moi dans un Dieu cruel . Funeste changement qu'éprouveront tant de libertins et de pécheurs, de la part de ce Dieu-Homme qu'ils auront les uns méconnu en renonçant à la foi, les autres méprisé et déshonoré par la transgression de sa loi. Ce qui devait leur donner un accès plus facile auprès de lui, et leur faire trouver grâce, je veux dire les abaissements et les travaux de son humanité, sa passion, sa mort, c'est par un effet tout contraire, ce qui l'aigrira , ce qui l'irritera , ce qui lui fera lancer sur eux les plus sévères arrêts et les anathèmes les plus foudroyants.

Juge d'autant plus inexorable qu'il aura été sauveur plus miséricordieux. Aussi est-il remarquable dans l'Ecriture qu'à ce dernier jour, qui sera son jour, il nous est représenté comme un agneau, mais un agneau en fureur , qui répand de tous côtés la désolation et l'effroi. Telle est l'affreuse peinture que nous en fait le disciple bien-aimé saint Jean, au chapitre sixième de son Apocalypse, lorsque annonçant par avance le dernier jugement de Dieu, dont il avait eu une vue anticipée, et le décrivant, il dit que les rois, les princes, les potentats de la terre, les conquérants, les riches, que tous les hommes, soit libres, soit esclaves, saisis d'épouvante et consternés, allèrent se cacher dans les cavernes, et dans les rochers des montagnes, et qu'ils s'écrièrent : Montagnes et rochers, tombez sur nous, et dérobez-nous à la colère de l'Agneau : car le grand jour de sa colère est arrivé ; et qui peut soutenir ses regards ?

Il n'y aura donc point à lui remontrer, dans l'espérance de le fléchir, tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il a souffert pour nous; il s'en souviendra , mais pour régler par ce souvenir même la mesure de ses vengeances. Je le sais ; j'ai tout fait pour vous, tout souffert pour vous ; mais vous en avez perdu tout le fruit. Or il faut que j'en sois dédommagé, que j'en sois vengé ; et pour cela : Retirez-vous de moi, maudits ! allez au feu éternel  ! Ils y descendront, et c'est là qu'ils seront tourmentés, selon qu'ils auront été, dans la distribution de ses grâces, plus ou moins libéralement partagés. Car la rigueur de ce jugement, quoiqu’extrême du reste, aura ses degrés. Jugement rigoureux pour tous, mais plus encore, pour les uns que pour les autres. Il ne tient qu'à nous de le prévenir, de nous rendre Jésus-Christ propice, en nous revêtant de son esprit et nous conformant à lui; d'employer utilement ses dons, et de marcher dans les voies du salut qu'il nous a tracées ; de pratiquer fidèlement son Evangile, de prendre tous ses sentiments, d'imiter toutes ses vertus. C'est ainsi que nous mériterons qu'il nous mette au nombre de ses élus, quand il fera cette fatale séparation des bons et des méchants, et qu'il nous dise : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père : possédez le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde .
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Message  gabrielle le Jeu 03 Déc 2015, 7:34 am

JEUDI.

Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme rémunérateur de la vertu dans les justes et les prédestinés.

SERMON SUR LE BONHEUR DU CIEL.

Il amassera son blé dans le grenier. (Saint Matthieu, chap. III, 42.)


Bourdaloue a écrit:Premier point. — Bonheur du ciel, bonheur dont la possession est pour les élus de Dieu une félicité consommée. Car un état où l'homme n'a plus rien à désirer de tout ce qui peut contribuer à sa béatitude, et un état où l'homme n'a plus rien à craindre de tout ce qui pourrait troubler sa béatitude et la terminer, voilà ce que nous pouvons appeler une félicité complète. Or tel est l'état des élus de Dieu dans le ciel. Ils possèdent Dieu, et dans Dieu ils trouvent le repos le plus parfait et l'assemblage de tous les biens : le repos le plus parfait, puisque Dieu est leur fin dernière, et que chaque être parvenu à sa fin s'y repose comme dans son centre : l'assemblage de tous les biens, puisque Dieu est seul tout leur bien, et que lui seul, par une conséquence naturelle , il leur tient lieu de toutes choses. C'est pourquoi le Sauveur des hommes disait à ses disciples : Quand vous serez avec moi dans ma gloire, vous ne demanderez rien à mon Père  ; leur faisant entendre que rien alors ne leur manquerait. Mais qu'est-ce que cette possession de Dieu? Qu'opère-t-elle dans l'âme bienheureuse? comment la remplit-elle , la rassasie-t-elle, l'enivre-t-elle de ces torrents de joie dont a parlé le Prophète ? Mystères, nous répond le grand Apôtre, qu'il n'est permis à nul homme sur la terre de pénétrer; mystères au-dessus de tout ce que l'œil de l'homme a jamais vu, de tout ce que l'oreille de l'homme a jamais entendu, de tout ce que l'esprit de l'homme a jamais compris. Et de ce que ni l'œil de l'homme n'a jamais rien vu, ni l'oreille de l'homme n'a jamais rien entendu, ni l'esprit de l'homme n'a jamais rien conçu de pareil, n'est-ce pas cela même qui nous fait mieux connaître l'excellence de ce bonheur incompréhensible et ineffable?

Quoi qu'il en soit, il nous suffit de savoir, et la foi nous l'enseigne, que dans cette béatitude tous les désirs de notre cœur seront tellement accomplis, qu'il ne nous restera plus rien à souhaiter; de même aussi que, dans tout l'avenir et dans tout le cours de cette éternelle béatitude, nous n'aurons plus rien à craindre, parce que c'est une béatitude sans terme, et qu'elle nous mettra à couvert de toutes les révolutions et de tous les changements. Ainsi nous a-t-elle été annoncée dans l'Evangile et promise par Jésus-Christ, comme une joie durable et permanente que personne ne peut ravir ; comme un bonheur indépendant de tout accident humain, de toute puissance ennemie ; comme une rédemption , un affranchissement, une délivrance de tous les maux, soit de l'âme, soit des sens; de toutes les entreprises et de toutes les persécutions où peuvent exposer l'animosité, l'envie, la violence, l'intrigue, la cabale. Eternellement les élus du Seigneur rassemblés dans son sein, aimeront Dieu et seront aimés de Dieu ; et dans cet amour mutuel et invariable, éternellement ils jouiront de l'abondance de la paix et des plus purs délices.

Que prétendons-nous et à quoi aspirons-nous, si ce n'est pas là que nous portons tous nos vœux? Qui nous arrête, et quel autre bonheur nous enchante? Où le faisons-nous consister, ce faux bonheur dont nous sommes si jaloux? Est-ce dans ces biens bornés qui jamais n'éteignent notre soif, et nous laissent toujours un vide infini dans le cœur? Quel opulent du siècle a dit quelquefois : C'est assez? Quel ambitieux, comblé d'honneurs, a dit : Il ne m'en faut pas davantage, et je ne vise pas plus haut? Quel voluptueux, nourri dans le plaisir, a dit : Je suis content, et je ne veux rien de plus? Est-ce dans ces biens passagers, que nous ne possédons jamais sans inquiétude, parce que nous savons à combien de revers et à quelles décadences ils sont sujets ? Hommes aveugles et insensés ! jusqu'à quand le charme de la bagatelle nous fascinera-t-il les yeux, et nous cachera-t-il le seul bien solide et véritable que nous devons rechercher? Quelle comparaison de ce souverain bien, et de ces ombres sans fond et sans consistance, de ces vaines figures qui nous éblouissent et qui nous jouent? Cependant, par le renversement le plus déplorable et par une espèce d'ensorcellement, c'est à ces figures que nous nous attachons, et c'est après ces ombres que nous courons. Car voilà à quoi se passe la vie de tout ce que nous voyons de mondains : les uns tout occupés de leur agrandissement selon le monde; les autres dominés par un vil intérêt, et dévorés d'une insatiable avidité qui ne demande qu'à se remplir; d'autres plongés dans une oisive mollesse, et uniquement attentifs à contenter leurs sensuelles cupidités; tous aussi peu touchés de l'avenir que s'ils n'avaient rien à y prétendre, et qu'ils n'eussent aucune part aux promesses du Seigneur. Dis-je rien dont nous ne soyons témoins; et pour peu qu'on ait de zèle, peut-on voir un égarement si prodigieux sans en ressentir la douleur la plus amère?

Second point. — Bonheur du ciel, bonheur dont la seule attente est, dès ce monde même, pour les élus de Dieu, une félicité anticipée. Deux effets qu'elle produit dans une âme chrétienne : l'un est d'y retrancher les principes ordinaires des peines qui nous troublent en ce monde, et l'autre est d'y répandre une onction toute divine, et d'y faire couler les plus douces consolations par un avant-goût des biens de l'éternité. Donnons à l'un et à l'autre l'éclaircissement nécessaire.

Quels sont communément les principes de tant de peines dont nous sommes sans cesse agités et troublés? C'est notre extrême attachement aux biens de la vie, et c'est la vivacité de notre sentiment dans les maux de la vie. Nous estimons les biens de la vie, nous les aimons; et de là, pour les acquérir ou pour les conserver, mille désirs qui nous brûlent, mille passions qui nous déchirent, mille jalousies qui nous rongent, mille soins, mille embarras qui nous tourmentent. Nous redoutons les maux de la vie, nous y sommes sensibles à l'excès; et de là, soit que nous en soyons attaqués ou seulement que nous en soyons menacés, ces frayeurs mortelles qui nous dessèchent, ces impatiences qui nous aigrissent, ces dépits qui nous désespèrent, ces chagrins, ces désolations qui nous accablent. N'est-ce pas là ce qui fait dès maintenant le supplice de tant de gens; n'est-ce pas ce qui les rend malheureux?

Mais quel serait le remède? c'est une sainte indifférence qui corrigeât  cet amour désordonné des biens de la vie; et c'est une généreuse patience qui  modérât cette sensibilité excessive dans les maux de la vie. Or, telles sont les heureuses dispositions où s'établit une âme fidèle qui tourne toutes ses pensées vers le ciel, et ne s'occupe que du royaume de Dieu où elle est appelée. Voit-elle  les grandeurs  du monde,  les fortunes  du   monde? tout cela ne la touche point, parce qu'elle sait qu'elle n'est point faite pour tout cela, mais qu'elle est destinée à quelque chose de plus grand. J'ai prié le Seigneur, dit-elle avec le Prophète-roi, et je lui ai demandé qu’il me fît connaître ma fin. J'ai considéré que mes jours sont mesurés, et que toute la vie de l'homme ici-bas n’est que vanité; qu'il thésaurise sans savoir pour qui, et qu'après s'être fatigué inutilement, il disparaît comme un songe. Eh! quelle  est  donc mon attente? ai-je conclu; n'est-ce pas le Seigneur, et ce qu'il me réserve dans sa gloire? Que m'importe tout le reste? Est-elle assaillie de disgrâces temporelles, de souffrances, d'adversités, de misères ; tout cela ne l'ébranle point, parce qu'elle sait que tout cela ne sert, en l'éprouvant, qu'à lui assurer la couronne qui est le terme de son espérance. Je souffre, s'écrie-t-elle avec l'Apôtre des nations, mais je n'en ai point de confusion, et, au milieu de toutes les calamités humaines, je ne me laisse point déconcerter ni abattre : car je n'ignore pas quel est celui en qui je me confie, et je puis compter qu'il me garde mon dépôt, et que mon trésor ne périra point entre ses mains. Quel soutien ! et dans ce lieu d'exil où nous vivons, s'il peut y avoir quelque bonheur pour nous, en concevons-nous un autre que ce dégagement du cœur, que cette paix inaltérable, que cette indépendance de toutes les vicissitudes et de tous les événements ; que cette force, cette fermeté supérieure à tout ce qui peut arriver d'infortunes, de pertes, de traverses, d'humiliations, d'infirmités?

Que sera-ce, si nous ajoutons l'onction sainte et les consolations intérieures que l’on goûte à contempler la maison de Dieu et toutes ses richesses ? Car, dès cette vallée de larmes, où nous n'en avons encore qu'une image imparfaite et ne la voyons que de loin, la méditation, aidée de la grâce, nous la rend en quelque sorte présente, et nous en fait déjà sentir par avance les beautés inestimables. Mais n'entreprenons point ici d'expliquer ce que c'est que ce sentiment, que ce goût : il en faut faire épreuve pour le connaître. David l'éprouvait et le connaissait, et c'est au souvenir de la céleste Jérusalem que son âme s'enflammait, qu'elle s'abîmait pour ainsi dire, et se perdait heureusement en Dieu : Seigneur, Dieu des vertus, que j’aime à me retracer la magnificence, l’éclat, la splendeur de vos tabernacles! Plus j'y pense, plus la vue que j'en ai me touche ; et le trait qui me pénètre est si vif, que j'en tombe même en défaillance. Tant de saints l'ont éprouvé et l'ont connu ; bien d'autres l'éprouvent chaque jour et le connaissent : car, dans tous les états, malgré la corruption du siècle, il y a toujours, par la Providence divine, un petit nombre d'âmes ainsi dégagées de la terre, et dont tout le commerce est au ciel. Envions leur sort, et déplorons le nôtre. Reconnaissons notre aveuglement, et travaillons à le guérir. Nous voulons dès ce monde une vie tranquille, et nous négligeons d'apprendre où se trouve cette tranquillité et ce calme. Ouvrons les yeux de la foi. Elevons-nous par l'espérance chrétienne au-dessus de tous les objets mortels et périssables ; et, pour notre bonheur même présent, ne nous occupons que du bonheur à venir.
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Message  gabrielle le Sam 05 Déc 2015, 9:20 am

Pardonnez-moi le retard. Embarassed


VENDREDI.

Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme vengeur des crimes dans les pécheurs et les réprouvés.

SERMON SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE.

Pour la paille, il   la brûlera dans un  feu qui ne  s'éteint point. (Saint Matthieu, chap. III, 12.)

Bourdaloue a écrit:Premier point. — Dieu, comme Dieu et souverain bien, séparé pour jamais du réprouvé. Afin de mieux comprendre le malheur de cette fatale séparation, il faut d'abord supposer que Dieu, comme Dieu, étant le souverain être, il est aussi le souverain bien : non-seulement le souverain bien en lui-même et pour lui-même, mais le souverain bien de l'homme et sa fin dernière. Il faut encore poser, pour principe incontestable, que de vouloir être heureux, c'est un désir si naturel à l'homme, une inclination si nécessaire, que rien ne peut l'arracher de son cœur. D'où suit enfin une troisième vérité, que dans tous ses sentiments, dans toutes ses démarches, l'homme, par une pente née avec lui, et dont il n'est pas en pouvoir d'arrêter l'impression, tend sans cesse vers Dieu : comment cela? parce que sans cesse il tend vers son propre bien et son bonheur, et que Dieu seul est ce bien dont il ne peut se passer, et ce souverain bonheur qu'il cherche. Car, comme disait à Dieu saint Augustin :Seigneur, c'est pour vous que vous nous avez faits, et ce n'est que pour vous ; et tant que notre cœur ne se reposera pas en vous, il sera dans l’agitation et le trouble.

Voilà ce que le réprouvé sur la terre ne connaissait pas, ou de quoi il n'avait qu'une vue confuse. Il sentait assez que tout ce que le monde lui présentait ne lui pouvait suffire; d'un objet il courait bientôt à un autre, et toujours il lui fallait quelque chose de nouveau : mais ce quelque chose où il aspirait et qui lui manquait, qu'était-ce? il ne faisait pas attention que c'était Dieu. Quand l'a-t-il connu? hélas ! lorsqu'il n'a pu le connaître que pour son supplice et pour son désespoir. La mort, toute ténébreuse qu'elle est, en l'enlevant et l'ensevelissant dans ses ombres, lui a ouvert les yeux et l'a éclairé. Depuis ce terrible moment, il porte toujours dans son esprit l'image de Dieu profondément gravée ; mais une image qui le concerne et qui l'accable, mais une image qui le transporte jusqu'à la fureur, mais une image qui, lui retraçant le prix infini du bien qu'il a perdu, lui retrace tout le malheur de la perte infinie qu'il a faite. En effet, plus de Dieu pour lui. Non pas que ce Dieu, dont il est séparé et entièrement abandonné, ne soit plus le Dieu de l'univers  ni qu'en particulier et à la lettre ce ne soit plus son Dieu ; mais plus de Dieu en qui il puisse espérer, plus de Dieu qu'il puisse posséder, plus de Dieu qu'il puisse aimer de cet amour qui fait la béatitude des saints, et qui devait faire dans les siècles des siècles sa suprême félicité.

Ah ! plus de Dieu ! par conséquent plus rien : ni dons de la nature, ni dons de la grâce, ni dons de la gloire, ni paix, ni repos; car la perte de Dieu enferme la perte de tout cela, ou ce qui peut rester de tout cela ne doit être qu'un surcroît de peine.

Séparation d'autant plus affreuse, et perte d'autant plus désolante, qu'elle est irréparable. Dieu l'a dit, il a lancé ce foudroyant anathème, il a prononcé cette parole atterrante : Retirez-vous! jamais il ne le révoquera. Eternellement le réprouvé ressentira une telle perte, parce qu'éternellement il aura dans son souvenir l'idée du Dieu qui s'est séparé de lui, et qu'éternellement cette idée lui représentera l'excès de sa misère ; éternellement il souhaitera d'être reçu au festin de l'Epoux céleste , et Dieu éternellement lui dira :Retirez-vous ! Eternellement il s'écriera : Où est mon Dieu? et Dieu éternellement lui répondra : Retirez-vous  ! De là quel dépit dans le cœur de ce malheureux , frappé d'une malédiction qu'il pouvait prévenir, et dont il ne lui est plus possible de se relever ! dépit contre Dieu, et dépit contre lui-même : contre Dieu, qui se rend inexorable à tous ses vœux, et inaccessible à toutes ses poursuites; contre lui-même, parce que lui-même il a commencé ce funeste divorce, et qu'il en est l'auteur; parce que de lui-même, et par une aveugle passion qui l'entraînait, il s'est détaché de Dieu son créateur, pour s'attacher à de viles créatures.

Jugez de ses sentiments, mondains ambitieux, mondains voluptueux, mondains avares et intéressés : jugez-en par ces douleurs mortelles et ces regrets qui vous percent l'âme, par ces cruelles jalousies dont vous vous rongez, par ces tristesses profondes où vous vous abîmez, par ces langueurs et ces défaillances où vous tombez, si quelquefois dans le monde il vous arrive, et surtout par votre faute, ou de vous voir exclus d'une préférence et d'un rang d'honneur à quoi vous pouviez prétendre, ou d'être frustrés d'un gain et d'une opulente fortune qui n'a dépendu que de vos soins et de votre vigilance ; ou dans le cours d'un engagement sensuel, de perdre ce que vous aimez, et de ne plus éprouver de sa part que du mépris et de l'indifférence. Conclusion. Point de plus juste ni de plus salutaire (résolution), que celle du Prophète : Pour moi, c'est au Seigneur que je veux me tenir inviolablement uni par la grâce, et dès maintenant, afin que le péché ne m'en sépare jamais dans l'éternité.

Second point. — Dieu, comme vengeur et souverain Juge, présent pour jamais au réprouvé. Ce fut, entre les autres motifs, ce qui détermina le généreux Eléazar à demeurer ferme dans l'observation de la loi, malgré les ordres du tyran et la sévérité de ses menaces. Il est vrai, dit ce sage et zélé vieillard, en obéissant au prince, ou feignant de lui obéir plutôt qu'à Dieu, je pourrai éviter le supplice qui m'est préparé de la part des hommes, et prolonger encore mes jours; mais, vif ou mort, je n'échapperai pas à la main vengeresse du Tout-puissant. Raisonnement solide, et digne de l'esprit de religion dont ce  saint et glorieux martyr était animé. Car comme Dieu est présent dans le ciel pour y glorifier sa miséricorde, il est présent dans l'enfer pour y glorifier sa justice. Sa présence dans le ciel fait le bonheur des élus, et c'est ainsi que sa miséricorde y est glorifiée ; et sa présence dans l'enfer fait le tourment des réprouvés, et c’est par là qu'il y glorifie sa justice et qu'il venge ses intérêts.

C'est donc lui qui de son souffle allume ce feu et ces tourbillons de flammes où les pécheurs, selon le terme de l'Evangile, sont ensevelis; c'est lui qui, par une vertu toute divine, sans nourriture nourrit ce feu, et, sans matière qui serve à son entretien, l'entretient; c'est lui qui, par un miracle supérieur à toute la nature, fait passer jusques à l'âme toute l'ardeur de ce feu, et lui en fait sentir toute la violence : comme si c'était un feu spirituel, ou que l'âme, toute spirituelle qu'elle est, devînt, ainsi que le corps, un sujet sensible et combustible; c'est lui qui, depuis la création du monde, par une action que toutes les révolutions des temps n'ont jamais ni interrompue ni altérée, renouvelle à chaque moment l'activité de ce feu, et qui, sans terme, sans fin, le fera subsister au delà des siècles, et lui conservera toujours la même force : car, suivant la parole expresse de Jean-Baptiste, ce feu ne s'éteint point.

Que dirons-nous encore? c'est lui qui, pour seconder sa colère, déchaîne toutes les puissances infernales, et les emploie, comme les ministres de ses vengeances, contre ces troupes de malheureux qu'il a précipités dans ce feu, et qu'il y tient liés et entassés; c'est lui qui, pour redoubler l'horreur de l'affreuse prison où il les a rassemblés, y répand ces épaisses ténèbres que ce feu, privé lui-même de toute lumière,  elle ne peut percer ni éclairer; c'est lui qui, non content de cette peine de feu, quelque extrême qu'elle puisse être, y joint de plus ce ver intérieur, ce ver de la conscience, qui de sa pointe pique sans relâche le cœur du réprouvé, et le ronge impitoyablement sans le consumer; ce ver qui ne meurt point , parce que le péché, d'où il naît, ne s'efface point, et que la mémoire ne s'en perd point.

Demeurons-en là, et ne nous engageons pas plus avant dans un détail que nous ne pourrions épuiser. Ne descendons point à des particularités qui ne nous sont pas assez connues pour les bien exprimer; mais arrêtons-nous à ces idées générales : que c'est Dieu alors qui punit en Dieu ; que c'est Dieu qui se satisfait par un châtiment digne de sa majesté offensée; que c'est Dieu qui, sans compassion, sans nul sentiment d'amour, décharge toute sa haine sur une âme criminelle. Elle est dans ses mains; et qui pourra la dérober à ses coups? où ira-t-elle pour le fuir? et puisqu'il la suit jusque dans le fond de l'abîme où il la tient captive et asservie, quand, malgré lui, sera-t-elle en état d’en sortir? Je dis malgré lui : car jamais il ne le voudra ; jamais, dis-je, il ne voudra qu'elle sorte de cet abîme de misère; jamais il ne le permettra, et c'est un point capital de notre foi.

Il veut maintenant que par nos soins, aidés de sa grâce, nous nous préservions de cette éternelle réprobation. Il nous fournit pour cela tous les moyens; il nous fait donner sur cela tous les avis nécessaires. Heureux, si nous y pensons; si nous marchons au milieu des dangers qui nous environnent, avec toute la vigilance et toute la précaution convenable ; si nous ne perdons jamais de vue le précipice où tant d'autres avant nous se sont laissé entraîner, et où chaque pas peut nous entraîner nous-mêmes. Gardons-nous de la présence redoutable de Dieu dans l'enfer, par une présence utile et profitable dès ce monde; c'est-à-dire ayons Dieu dès ce monde toujours présent à l'esprit, comme ennemi du péché, Imaginons-nous partout le voir armé de son tonnerre, et sur le point d'éclater et de nous frapper. La frayeur dont cette pensée nous doit saisir ne sera point une frayeur chimérique. C'est la crainte la plus juste, puisqu'elle est fondée sur les principes les plus solides. C'est une crainte toute chrétienne, puisque Jésus-Christ lui-même a voulu nous l'inspirer dans cette grande maxime qu'il a prononcée, et qu'il a cru même, à raison de son importance, devoir confirmer par un serment. Méditons-la, repassons-la mille fois, afin que ce soit pour nous un appui inébranlable dans la voie du salut, et un préservatif assuré contre toutes les occasions et toutes les tentations. La voici : Ne craignez point ces maîtres  qui donnent seulement la mort au corps, et qui ne peuvent rien faire de plus. Mais je vais vous montrer qui vous devez craindre. Craignez celui qui, après avoir ôté la vie au corps, peut encore perdre l’âme et la damner. Oui, je vous le dis, voilà le maître qu'il faut craindre, et craindre souverainement.

Il n'y a pas de sermon pour le samedi.
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Message  ROBERT. le Sam 05 Déc 2015, 11:05 am




VENDREDI.

Jean-Baptiste faisant connaître Jésus-Christ comme vengeur des crimes dans les pécheurs et les réprouvés.

SERMON SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE.

Pour la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint point. (Saint Matthieu, chap. III, 12.)

Bourdaloue a écrit:

Premier point. — Dieu, comme Dieu et souverain bien, séparé pour jamais du réprouvé.


(…) l'homme (…) (…) tend sans cesse vers Dieu (…)sans cesse il tend vers son propre bien et son bonheur, et que Dieu seul est ce bien dont il ne peut se passer, et ce souverain bonheur qu'il cherche (…)


(…)saint Augustin: Seigneur, c'est pour vous que vous nous avez faits, et ce n'est que pour vous; et tant que notre cœur ne se reposera pas en vous, il sera dans l’agitation et le trouble.(…)


(…) Point de plus juste ni de plus salutaire (résolution), que celle du Prophète : Pour moi, c'est au Seigneur que je veux me tenir inviolablement uni par la grâce, et dès maintenant, afin que le péché ne m'en sépare jamais dans l'éternité.





Second point. — Dieu, comme vengeur et souverain Juge, présent pour jamais au réprouvé.


(…) le généreux Eléazar à demeurer ferme dans l'observation de la loi, malgré les ordres du tyran et la sévérité de ses menaces (…) l'esprit de religion dont ce saint et glorieux martyr était animé (…)


(…) ces troupes de malheureux qu'il a précipités dans ce feu, et qu'il y tient liés et entassés (…)


(…) cette grande maxime [que Notre-Seigneur] a prononcée (…) La voici: Ne craignez point ces maîtres  qui donnent seulement la mort au corps, et qui ne peuvent rien faire de plus. Mais je vais vous montrer qui vous devez craindre. Craignez celui qui, après avoir ôté la vie au corps, peut encore perdre l’âme et la damner. Oui, je vous le dis, voilà le maître qu'il faut craindre, et craindre souverainement.

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http://messe.forumactif.org/t6800-temps-de-l-avent-2015#123466
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Utile complément: http://messe.forumactif.org/t5681-75-100#106657
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Message  gabrielle le Dim 06 Déc 2015, 7:08 am

Deuxième Dimanche de l’Avent

Sermon sur le délai de la pénitence

La cognée est déjà à la racine des arbres.

Bourdaloue a écrit:Il n'y a donc point lieu de différer et d'attendre, puisque l'arbre est si près de sa chute, et que le coup qui va l'abattre va bientôt partir et le renverser. Parlons sans figure, ou tirons de cette figure l'avis important que Jean-Baptiste voulait donner à tout pécheur actuellement engagé dans le désordre du péché, qui est de n'y point demeurer, de ne s'y point obstiner, mais de retourner promptement à Dieu, et de ne s'exposer pas aux suites funestes d'un retardement très-dangereux. Je dis d'un retardement très-dangereux ; et sans insister sur ces accidents imprévus, où la mort, par un juste châtiment de Dieu, surprend un pécheur qui diffère, mais pour ne prendre la chose que dans le cours même le plus naturel et le plus commun, arrêtons-nous aux deux effets les plus ordinaires du délai de la pénitence, et renfermons-les en deux propositions. (…)

Le délai de la pénitence forme l'habitude du péché. Il n'est pas difficile de le comprendre, et l'on en voit d'abord la raison. Car ce qui forme les habitudes, ce sont les actes fréquents et réitérés ; et ce qui doit par conséquent former l'habitude du péché, ce sont les longues et fréquentes rechutes dans le péché. Or tel est l'état d'un pécheur qui diffère sa pénitence; voilà l'effet de ses remises continuelles et de ses retardements.

Il s'agit d'un homme que ses passions ont entraîné hors des voies de Dieu, et fait entrer dans les voies de l'iniquité ; il s'agit d'une femme, d'une jeune personne que le monde éblouit, que le plaisir enchante, que certains objets attachent, que la sensibilité du cœur précipite dans les dérèglements, ou secrets, ou même connus. Dieu les rappelle, il les presse par sa grâce : on leur parle de sa part, on leur prêche la pénitence. (Nous devons être les semeurs de la doctrine que nous connaissons) Mais que répondent-ils? Ils ne s'aveuglent point assez pour prétendre justifier leur conduite ; ils conviennent qu'il y a du libertinage, et qu'ils ne vivent pas dans l'ordre ni selon la loi de Dieu ; ils comptent sur l'avenir, et ils se promettent bien de changer quelque jour, de prendre une route tout opposée, et de travailler sérieusement à la réformation de leurs mœurs. Mais ce jour, disent-ils, n'est point encore venu : il serait trop tôt maintenant, et il faut attendre. Ah ! il faut attendre ! c'est-à-dire qu'il faut laisser le vice jeter de profondes racines et se bien établir; c'est-à-dire qu'il en faut contracter l'habitude, qu'il faut la laisser croître, et lui donner tout le loisir et tous les moyens de se fortifier; c'est-à-dire qu'il faut se lier au péché, se livrer au péché, se rendre le péché si familier qu'on ne le craigne plus, et qu'on n'en ait plus de scrupule.

Car, qu'est-ce que tous ces retardements dont on use, et à quoi se réduisent-ils, si ce n'est à multiplier les péchés en suivant toujours le même train de vie, en demeurant toujours dans les mêmes engagements, en s'abandonnant toujours aux mêmes excès ; en ne corrigeant rien, mais ajoutant toujours crimes sur crimes, débauches sur débauches? Or, pour reprendre le principe que nous avons déjà posé touchant l'habitude et son origine, n'est-ce pas là ce qui la fait naître, et n'est-ce pas ainsi qu'elle s'insinue dans un cœur et qu'elle se l'assujettit? Un premier péché ne la forme pas ; mais, comme a remarqué saint Bernard, ce premier péché dispose au second; celui-ci donne une facilité toute nouvelle pour l'autre qui lui succède : de degrés en degrés la contagion se répand ; le cœur se tourne au mal, il s'y accoutume, il s'y attache, et tombe dans un esclavage où il n'est presque plus maître de lui-même.

Triste vérité, d'autant plus constante que les habitudes vicieuses ont cela de propre, qu'elles s'impriment beaucoup plus aisément et plus profondément : pourquoi ? parce que notre nature corrompue est plus disposée à les recevoir, et que nous portons au dedans de nous-mêmes de malheureuses concupiscences qui les secondent et qui les appuient. Une prompte pénitence les préviendrait et leur couperait court. Elle ne nous mettrait pas à couvert de toute rechute, et, quoique pénitents, nous ne serions pas impeccables, mais nous serions moins sujets à la tyrannie de l'habitude. En appliquant le remède aussitôt que le mal viendrait à paraître, on l'empêcherait de s'invétérer. En jetant l'eau, selon la comparaison de saint Augustin, à mesure qu'elle entrerait, tout fragile et tout ouvert qu'est le vaisseau, on le garantirait du naufrage. Et c'est à quoi l'Apôtre exhortait si fortement les fidèles, et ce qu'il leur recommandait par ces paroles : Mes Frères, ne souffrez donc point que le péché règne dans votre corps mortel, en sorte que vous vous soumettiez à toutes ses convoitises .

Prenez garde : ce saint apôtre ne leur disait pas précisément : Ne tombez jamais, et préservez-vous de tout péché : heureuse disposition, qui serait bien à désirer, et qui n'est guère à espérer ! Mais du moins, leur faisait-il entendre, si, par le poids de la faiblesse humaine, vous tombez quelquefois, si vous péchez, ne permettez pas au péché d'affermir son empire dans vous et sur vous, par une possession paisible et habituelle. Leçon d'une conséquence infinie ; leçon dont nous ne comprendrons jamais mieux la nécessité, que lorsque nous comprendrons toute la malignité d'une criminelle habitude. Le péché est un mal ; mais au-dessus de ce mal, tout extrême qu'il est, on peut dire qu'il y a quelque chose encore de plus pernicieux et de plus à craindre : et quoi ? c'est l'habitude dans le péché. Il n'y a qu'à consulter sur ce point de morale les Pères de l'Eglise et les maîtres de la vie chrétienne; il n'y a qu'à voir avec quelle force et en quels termes ils s'en expliquent. Mais allons plus loin : car peut-être dira-t-on que si, par le délai de la pénitence, l'habitude s'est formée, on n'est pas après tout sans ressource, et que désormais n'apportant plus à sa conversion de nouveaux retardements, on peut, par un vrai retour à Dieu, réparer le passé et sanctifier le reste de ses années : espérance dont on se flatte, mais espérance que doit pleinement détruire une seconde proposition qui va faire le sujet du second point.

L'habitude du péché entretient jusques à la mort le délai de la pénitence, et par là conduit à l'impénitence finale. N'exagérons rien, et, pour nous renfermer dans les bornes de la vérité la plus exacte, convenons d'abord du sens de cette proposition, et mettons-y tous les tempéraments et toutes les modifications convenables. Ce n'est point une règle universelle ni absolue; ce n'est point à dire que l'habitude soit à la pénitence du pécheur un obstacle insurmontable, ni qu'elle le détermine tellement à persévérer dans son péché, qu'il ne lui soit plus libre d'en sortir. Ce n'est point à dire même que de temps en temps on n'ait vu et qu'on ne voie encore un petit nombre de pécheurs que la grâce enfin, par un dernier effort, semble arracher à l'iniquité, et en qui elle triomphe de mille résistances, et des retardements les plus opiniâtres. Voilà, pour ne donner dans aucune extrémité, ce que nous sommes obligés de reconnaître. Mais du reste, il n'en est pas moins vrai que si le retour d'un pécheur d'habitude n'est pas impossible, il est toujours d'une difficulté extrême, et en voici la preuve convaincante.

Car, si le pécheur n'ayant point encore l'obstacle de l'habitude à surmonter, et avant qu'elle se soit fortifiée, n'a pas eu néanmoins le courage de rompre ses liens, et d'entrer dans les voies de la pénitence, que sera-ce quand, aux autres obstacles qui l'ont arrêté, celui-ci se trouvera joint? Que sera-ce, dis-je, quand il aura laissé le vice s'enraciner dans son âme, quand il se sera attaché plus étroitement que jamais au péché, qu'il se sera, pour ainsi dire, vendu au péché, asservi au péché, naturalisé avec le péché; quand, par la force et l'impression de l'habitude, il aura presque perdu tout le remords du péché, et que ce ne lui sera plus une charge sur la conscience, ni un sujet d'inquiétude?

De là remises sur remises, et retardements sur retardements. Ce n'est pas, comme je l'ai déjà observé, qu'on rejette tout à fait la pénitence, et qu'on prétende ne quitter jamais son péché. Il n'y a qu'un petit nombre d'impies qui s'abandonnent à ce désespoir. Mais tandis qu'on se flatte, qu'on se promet de retourner quelque jour à Dieu, parce qu'on en voit l'indispensable nécessité ; dans la pratique, et quant à l'exécution, on ne veut jamais se persuader que ce jour soit venu, et, selon que saint Augustin le témoigne de lui-même, on dit toujours : Demain, demain; tantôt, tantôt; encore un peu, encore un peu. Voilà par où tant de pécheurs, esclaves de l'habitude, vieillissent dans leurs désordres : et n'en avons-nous pas mille exemples devant les yeux? Cependant les années passent, la mort arrive, une dernière maladie se déclare, et alors même le malade croit toujours pouvoir remettre. Si, dans les premières atteintes du mal, on l'avertit de penser à lui, que répond-il? Attendons. Si, dans le cours du mal qui augmente, on le presse de nouveau, même réponse : Attendons encore. Enfin, à force d'attendre, ou tout à coup il est surpris par une subite révolution qui l'enlève, ou, dans une extrémité qui lui ôte presque toute connaissance, tout sentiment, il ne fait plus qu'une pénitence imparfaite, qu'une pénitence précipitée et forcée. Tout cela veut dire qu'après avoir vécu dans l'impénitence, il meurt impénitent.

Concluons avec l'Apôtre : Voici l'heure de nous réveiller de notre sommeil, voici le temps favorable, voici les jours du salut  ; ne les perdons pas, et hâtons-nous. Car ces jours de salut, ce temps, cette heure favorable que nous avons présentement, nous ne les aurons pas toujours. Ils s'écoulent, et nous ne savons quand ils reviendront. Que dis-je, et savons-nous même si jamais ils reviendront? Peut-être nous persuadons-nous qu'une pénitence différée cause moins de peine, et qu'avec le temps elle devient plus aisée. Mais c'est une erreur, et la plus trompeuse de toutes les illusions. Tout le reste, il est vrai, s'affaiblit avec l'âge : le tempérament s'altère, les forces du corps diminuent, les lumières mêmes de la raison s'obscurcissent ; mais les passions du cœur, mais les habitudes vicieuses prennent toujours de nouveaux accroissements.

Le temps serre les nœuds et les endurcit ; les années donnent à la passion et à l'habitude plus d'ascendant; et dans un âge avancé, non-seulement on se trouve tel que l'on était dans une première jeunesse, mais c'est alors qu'on sent les funestes progrès du vice, et qu'on se voit presque hors d'état de l'attaquer et de le vaincre. De là cette maxime générale de remédier aux plus petits maux, et de bonne heure, afin d'en arrêter de plus grands où l'on se laisserait entraîner. Maxime dictée par la sagesse humaine, et appliquée à toute la conduite de la vie, en quelque conjoncture et sur quelque sujet que ce soit ; mais, à plus forte raison, maxime spécialement nécessaire dans la conduite du salut et dans la pénitence chrétienne. Quoi qu'on en puisse penser et qu'on en puisse dire, vouloir sans cesse remettre sa pénitence d'un jour à un autre jour, d'une semaine à une autre semaine, d'un mois à un autre mois, c'est en quelque manière vouloir absolument et pour toujours y renoncer. Or, y renoncez-vous en effet? y renoncez-vous pour jamais? Quelle est dans cette assemblée l'âme si endurcie, qu'une telle proposition ne lui fasse pas horreur? Voilà néanmoins à quoi l'on s'expose, et ce qu'on ne peut trop craindre ni prévenir avec trop de soin.
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Message  ROBERT. le Dim 06 Déc 2015, 12:38 pm

Deuxième Dimanche de l’Avent

Sermon sur le délai de la pénitence

La cognée est déjà à la racine des arbres.

Bourdaloue a écrit:


(…) tout pécheur actuellement engagé dans le désordre du péché, qui est de n'y point demeurer, de ne s'y point obstiner, mais de retourner promptement à Dieu, et de ne s'exposer pas aux suites funestes d'un retardement très-dangereux (…)


(…) Le délai de la pénitence forme l'habitude du péché(…).


(Nous devons être les semeurs de la doctrine que nous connaissons)


(...) Un premier péché ne (…) forme pas (l’habitude); mais, comme a remarqué saint Bernard, ce premier péché dispose au second; celui-ci donne une facilité toute nouvelle pour l'autre qui lui succède: de degrés en degrés la contagion se répand ; le cœur se tourne au mal, il s'y accoutume, il s'y attache, et tombe dans un esclavage où il n'est presque plus maître de lui-même.


(…)  quoique pénitents, nous ne serions pas impeccables, mais nous serions moins sujets à la tyrannie de l'habitude (…) En appliquant le remède aussitôt que le mal viendrait à paraître, on l'empêcherait de s'invétérer. En jetant l'eau, selon la comparaison de saint Augustin ,à mesure qu'elle entrerait, tout fragile et tout ouvert qu'est le vaisseau, on le garantirait du naufrage (…)


(…) Le péché est un mal (…) il y a quelque chose encore de plus pernicieux et de plus à craindre: et quoi ? C’est l'habitude dans le péché (…)


(…) L'habitude du péché entretient jusques à la mort le délai de la pénitence, et par là conduit à l'impénitence finale (…)


(…) Mais du reste, il n'en est pas moins vrai que si le retour d'un pécheur d'habitude n'est pas impossible, il est toujours d'une difficulté extrême (…)


(...) saint Augustin le témoigne de lui-même, on dit toujours : Demain, demain; tantôt, tantôt; encore un peu, encore un peu. Voilà par où tant de pécheurs, esclaves de l'habitude, vieillissent dans leurs désordres (…)  


(…)Tout cela veut dire qu'après avoir vécu dans l'impénitence, il meurt impénitent (…)


(…) les passions du cœur, mais les habitudes vicieuses prennent toujours de nouveaux accroissements (…)


(…) vouloir sans cesse remettre sa pénitence (…) c'est en quelque manière vouloir absolument et pour toujours y renoncer (…)

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Message  gabrielle le Lun 07 Déc 2015, 7:55 am

Lundi de la deuxième semaine de l’Avent

LA PÉNITENCE DU CŒUR.

Rendez droites les voies du Seigneur. (Saint Luc, chap. III, 4.)


Bourdaloue a écrit:Premier point. — Sans la pénitence du cœur, point de vrai détachement du péché, ou des objets qui ont été la matière du péché. Ce n'est point par les larmes ni par les gémissements : ce n'est point par les vœux, les longues prières, les promesses, les protestations ; ce n'est même précisément, ni par la confession de ses offenses, ni par la réparation qu'on en fait au jugement des hommes; ce n'est point, dis-je, par tout cela qu'on se détache du péché : pourquoi? parce qu'avec tout cela on peut encore avoir au péché une attache secrète et criminelle. En effet, tout cela peut subsister et se trouver dans un pécheur, sans que le cœur n’y ait aucune part, ou sans qu'il y ait la part qu'il y doit avoir. Les Juifs s'humiliaient, se prosternaient contre terre, se couvraient la tête de cendres, déchiraient leurs habits en signe de pénitence. Mais le Prophète leur reprochait qu'en déchirant leurs habits, ils ne déchiraient ni ne brisaient pas leurs cœur. Or, dès que le cœur n'entre point dans ces démonstrations extérieures, elles ne peuvent opérer un vrai détachement du péché : la raison en est aisée à comprendre. Car qu'est-ce que se détacher du péché? c'est renoncer au péché, c'est détester le péché, c'est prendre une sainte résolution de quitter le péché, et de ne le plus commettre. Or renoncer de la sorte, détester, résoudre, ce sont des opérations du cœur. Par conséquent, si le cœur n'agit, il n'y a ni vrai renoncement, ni vraie détestation, ni vraie résolution, et, par une même conséquence, point de vrai détachement du péché.

Mais, dira-t-on, le prêtre ( doctrine de la Sainte Église, laisser pour rappel)  néanmoins, comme ministre de la pénitence, sans autres preuves que la parole du pécheur, que son accusation, sa confession, ses larmes, et les témoignages ordinaires de repentir, lui confère le bienfait de l'absolution. J'en conviens, et en cela il s'acquitte de son devoir, bien loin d'être répréhensible. Car, ne pouvant lire immédiatement dans le cœur pour en connaître la véritable disposition, il est obligé de s'en tenir à certains dehors, et de former là-dessus son jugement. Ces dehors, naturellement et par eux-mêmes, sont les signes visibles du détachement intérieur. Ce ne sont que des apparences je le sais: mais dès que le ministre a pris toutes les mesures convenables pour en bien juger, dès qu'il a fait tout l'examen nécessaire, et qu'il va employé toutes les lumières de la prudence évangélique, alors s'il se trompe, il n'est point responsable de son erreur ; elle ne lui peut être imputée, et le seul pénitent en doit rendre compte à Dieu.

Car, sous l'extérieur le plus apparent, Dieu sonde le cœur ; et parce que souvent il arrive que, sous le voile le plus spécieux, le détachement du cœur n'est pas tel qu'il doit être, que sert au pécheur l'absolution qu'il a reçue, ou qu'il a cru recevoir? à le charger devant Dieu d'un nouveau crime, et à lui attirer de la part de Dieu un nouvel anathème. Terrible vérité  pour tant de mondains et de mondaines, (…) Sont-ils vraiment touchés ? sont-ils dans le cœur vraiment détachés de leur péché? prennent-ils les moyens de l'être, et y font-ils toute l'attention qu'il faut? se détache-t-on sans violence, sans réflexion, sans une ferme détermination? et cette violence, cette réflexion, cette détermination ferme et inébranlable, est-ce le fruit d'une revue courte et superficielle, d'une confession faite légèrement et à la hâte, de quelques prières récitées par mémoire et prononcées avec indifférence, de quelques propositions ou de quelques velléités qui n'engagent à rien de particulier, ni ne décident rien? Sous cet appareil trompeur, la plaie reste toujours dans l'âme ; et si l’on a jeté sur le feu quelques cendres pour le couvrir, il est toujours dans le cœur aussi ardent que jamais. La suite le montre bien, et dès la première occasion on n'éprouve que trop combien l'on tenait encore au péché, et combien peu il avait perdu de son empire. Mais vérité surtout terrible pour tant de mourants. Ils font assez entendre de soupirs et de regrets. On voit la tristesse répandue sur leur visage ; on lit dans leurs yeux le trouble qui les agite, et la frayeur dont ils sont saisis. Ils réclament la miséricorde du Seigneur, ils déplorent amèrement la perte et le mauvais emploi qu'ils ont fait de leurs années. Mais de savoir s'ils sont pour cela pleinement dégagés des liens du péché, il n'y a que vous, mon Dieu, qui le puissiez connaître, puisqu'il n'y a que vous qui puissiez démêler les replis du cœur, et en découvrir les sentiments. Ce que nous savons, c'est que, malgré toutes ces marques de repentir, la pénitence de la plupart des pécheurs à la mort a toujours paru suspecte aux Pères de l'Eglise et aux maîtres de la morale chrétienne : pourquoi? parce qu'ils ont toujours craint que ce ne fût pas une pénitence du cœur, c'est-à-dire une pénitence où le cœur se fût détaché réellement et sincèrement du péché.

Second point. Sans la pénitence du cœur, point de vrai attachement à Dieu, ni par conséquent de réconciliation avec Dieu. Je l'ai dit, et c'est un principe universellement reconnu, que la pénitence, en nous détachant du péché, doit en même temps nous rapprocher de Dieu. Telle est la doctrine expresse de saint Augustin, lorsqu'il nous enseigne que la pénitence est renfermée en deux mouvements tout contraires, l'un de haine, l'autre d'amour : de haine par rapport au péché, et d'amour à l'égard de Dieu.

De haine, voilà le détachement du péché; et d'amour, voilà l'attachement à Dieu. Je n'examine point quel doit être le degré de cet amour : il me suffit que, sans quelque amour, ou parfait ou commencé, il n'y a point de pénitence recevable au tribunal de Dieu. Or, qui ne sait pas que c'est le cœur qui aime, le cœur qui s'affectionne, le cœur qui s'attache : et de là qui ne conclut pas que, de la part du pécheur pénitent, il ne peut donc y avoir de véritable attachement à Dieu que par la pénitence du cœur ? Faisons du reste tout ce qui nous peut venir à l'esprit de plus généreux, de plus héroïque et de plus grand; sacrifions nos biens, mortifions notre chair, versons notre sang, donnons notre vie : tout cela, sans l'action du cœur, n'est point s'attacher à Dieu ni aimer Dieu; et, par une suite évidente, tout cela n'est point conversion à Dieu, ni pénitence. Qu'est-ce donc? c'est, pour user des expressions figurées de l'Apôtre, courir en vain, et battre l'air inutilement. C'est pour cela même aussi que Dieu, par la bouche des prophètes, rappelant les pécheurs et les invitant à la pénitence, ne leur recommandait, à ce qu'il paraît, rien autre chose que de revenir à lui de cœur, de rentrer dans leur cœur, de se faire un cœur nouveau, parce que, n'étant point à lui de cœur, c'était n'y point être du tout.

Vérité que le Roi-Prophète avait bien comprise, lorsque, reconnaissant les désordres où la passion l'avait conduit, et voulant en obtenir de Dieu le pardon, il lui disait : Si, pour vous apaiser et pour me réunir à vous, vous demandiez, Seigneur, des victimes, j'en aurais assez à vous offrir : mais que serait-ce pour un Dieu que le sang des animaux, et quelle estime feriez-vous de tous les holocaustes? Le grand sacrifice qui doit vous plaire, ô mon Dieu ! poursuivait ce roi pénitent, c'est celui de mon cœur. Sans cette offrande, toutes les autres ne vous peuvent être agréables : mais un cœur contrit et humilié devant vous, mais un cœur qui se tourne vers vous, qui se donne à vous, voilà ce que vous n'avez jamais méprisé, et ce que jamais vous ne mépriserez.

Non, il ne le méprise point; et que dis-je? il en est même jaloux, et tellement jaloux, qu'il daigne bien, selon le témoignage de l'Ecriture, se tenir lui-même à la porte de notre cœur, pour nous en demander l'entrée et la possession. Il ne le méprisa point, ce cœur contrit, quand, touché de la pénitence de Manassès, il lui pardonna toutes ses impiétés et le rétablit dans tous ses droits; il ne le méprisa point, quand il remit à Madeleine tous ses péchés, parce qu'elle avait beaucoup aimé, c'est-à-dire parce qu'ayant détaché son cœur de tous les engagements du monde, elle le lui avait dévoué désormais et sans réserve; il ne l'a point méprisé en tant d'autres, et il ne le méprisera point dans nous.

Que de raisons nous engagent à lui faire ce sacrifice, et que de puissants motifs doivent nous exciter à cette pénitence du cœur ! Après nous être séparés d'un maître si bon et si digne d'un attachement éternel, retournons à lui, non point dans un esprit de servitude, ni par une crainte basse et toute naturelle, mais dans un esprit de confiance, d'espérance, d'amour. Si donc en ce saint temps il nous fait entendre sa voix, n'endurcissons point nos cœurs; mais ouvrons-les à sa grâce, qui nous est communiquée pour les amollir et pour les rendre sensibles. A quoi le seront-ils, s'ils ne le sont pas à l'offense du souverain auteur qui les a formés, et qui ne les a formés que pour lui?


Note de gabrielle : Quelle consolation que ce sermon, l’absolution de nos fautes ne tient qu’à nous, en ces temps troubles, si nous sommes par notre faute, privé de tout, nous ne sommes pas privés de notre cœur, ça la secte ne peut nous l'enlever.
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Message  Roger Boivin le Lun 07 Déc 2015, 8:52 am



Voici un trésor :


LE RETOUR CONTINUEL À DIEU PAR LA VRAIE PÉNITENCE ET LA VRAIE ORAISON - Par le T. R. P. Achille DESURMONT - 1911 :

Introduction : https://archive.org/stream/leretourcontinue00desu#page/n7/mode/2up


Première Partie : https://archive.org/stream/leretourcontinue00desu#page/40/mode/2up

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Message  gabrielle le Mar 08 Déc 2015, 9:17 am

MARDI.
Jean-Baptiste prêchant une pénitence humble et sans présomption.

LA FAUSSE CONFIANCE EN LA MISÉRICORDE DE DIEU.

Race de vipères, qui vous a appris à fuir la vengeance dont vous êtes menacés?... Et ne dites point : Abraham est notre père. (Luc, chap. III, 7.)

Bourdaloue a écrit:Premier point. — Confiance, par rapport à Dieu, la plus injurieuse. Dire : Dieu ne veut pas me perdre, il est bon, il est miséricordieux; et, en conséquence de ce principe, se confirmer dans son péché et devenir plus libre à le commettre, c'est se rendre tout à la fois coupable envers Dieu, et de l'abus le plus énorme, et de la plus sacrilège profanation.

1° Abus le plus énorme : de quoi? de la bonté de Dieu. Car, de cette bonté même de Dieu, qui est un des motifs les plus puissants pour nous attacher à lui, c'est prendre sujet et se faire une raison de se tourner contre lui. Hé quoi ! disait l'Apôtre parlant aux Romains, ignorez-vous que la miséricorde du Seigneur vous invite à la pénitence ? N'est-ce pas par sa miséricorde qu'il est plus digne de notre amour? Et est-il donc enfin une dureté de cœur pareille à celle d'un homme qui veut vivre ennemi de Dieu et dans un état de guerre avec Dieu ; parce qu'il sait que Dieu l'aime assez pour être toujours disposé à le recevoir et à lui pardonner ?

2° Profanation la plus sacrilège: car c'est profaner la miséricorde divine. Sa fonction la plus essentielle est d'abolir le péché en faisant grâce au pécheur ; mais par l'usage le plus monstrueux, et par le plus abominable renversement, ce péché qu'elle doit effacer, un pécheur la fait servir à l'entretenir, à le fomenter et à le perpétuer. Voilà de quoi le Dieu d'Israël se plaignait si amèrement à son peuple, et de quoi il peut se plaindre à nous-mêmes : Vous m'avez fait servir à vos iniquités ; comme si j'en étais le fauteur ; comme si ma miséricorde, cet excellent attribut de ma divinité, n'était qu'une indulgence aveugle et molle ; comme si, par une patience contraire à ma sainteté et aux intérêts de ma justice, elle devait excuser tout, tolérer tout, me rendre insensible à tout.

Telle est en effet l'idée que le pécheur présomptueux conçoit de Dieu, et qu'il en veut concevoir : pourquoi ? parce que cette idée est favorable à sa passion, et voici le mystère. Quelque libertin et quelque abandonné qu'il puisse être, il y a toujours de secrets reproches de la conscience qui le troublent : et à moins qu'il n'ait éteint dans son cœur toutes les lumières de la foi, les menaces du ciel et ses vengeances l'effraient malgré lui à certains moments. Mais que fait-il pour se délivrer de ces remords et de ces frayeurs? Il se figure dans Dieu une miséricorde selon son gré, une miséricorde qui ne lui manquera jamais, une miséricorde où il trouvera dans tous les temps une ressource prompte et présente. De cette sorte, il vient à bout de deux choses qui l'accommodent : l'une, de demeurer dans son péché; l'autre, d'y être tranquille et sans alarmes. De demeurer, dis-je, dans son péché ; et voilà ce qui lui plaît, voilà ce qui fait toute la douceur de sa vie : mais afin de mieux goûter cette douceur, il faut qu'il y soit exempt de toute inquiétude; et voilà ce qu'il obtient, ou ce qu'il tâche d'obtenir, en éloignant de son esprit, autant qu'il peut, les formidables jugements du Seigneur, et ne conservant que le souvenir de ses bontés infinies.

Or, à l'égard de Dieu, est-il un outrage plus signalé ? Malheur à moi, mon Dieu, si la passion m'aveuglait jusqu'à ce point! Je me souviendrai de votre miséricorde ; et comment pourrai-je l'oublier, Seigneur, lorsqu'elle m'environne de toutes parts, et que dans mes égarements elle ne cesse point de me suivre et de m'appeler? mais je m'en souviendrai et je m'y confierai, pour me laisser vaincre enfin à ses aimables et favorables poursuites; pour m'encourager moi-même, et m'exciter à rompre, par un généreux effort, les habitudes criminelles qui me retiennent ; pour me répondre du secours tout-puissant de votre bras, qui m'aidera et me soutiendra; pour me reprocher l'obstination de mon cœur, et pour la fléchir par la considération de tant d'avances que vous avez déjà faites en ma faveur, et de tant de sollicitations auxquelles j'ai toujours résisté; pour comprendre combien mon âme jusques à présent vous a été chère, combien elle l'est encore ; et pour apprendre ce que je dois à l'amour d'un Dieu qui, tout pécheur que je suis, veut me sauver. Car voilà, Seigneur, à quoi doit me servir la vue de cette miséricorde dont j'ai trop longtemps abusé ; voilà désormais l'usage que j'en dois faire.

Second point. — Confiance, par rapport au pécheur, la plus trompeuse. Il compte sur une miséricorde dont il se rend spécialement indigne, et il s'expose par sa confiance même aux châtiments de Dieu les plus rigoureux. C'est donc une grossière illusion que cette confiance sur laquelle il s'appuie; et c'est, pour établir l'espérance de son salut, un fondement bien peu solide et bien ruineux.

1° Miséricorde dont il se rend spécialement indigne. Tout pécheur, dès là qu'il est pécheur est indigne de la miséricorde de Dieu : mais, outre cette indignité commune et générale, il y en a une spéciale et particulière ; c'est celle du pécheur présomptueux. Car est-il rien par où l'on se rende plus indigne d'une grâce, que d'en abuser ; que de s'en jouer, pour parler ainsi, et de la mépriser; que de l'employer contre celui même ou de qui on l'a reçue, ou de qui on l'attend ?

Or, se rendre non-seulement indigne, mais spécialement indigne de la miséricorde du Seigneur, et cependant faire fonds sur elle et s'en tenir assuré, tandis qu'on l'insulte, tandis qu'on s'oppose à ses desseins et qu'on renverse toutes ses vues, tandis qu'on en tarit toutes les sources, n'est-ce pas une témérité insoutenable, et y a-t-il confiance plus vaine et plus chimérique? Hé quoi ! les pénitents mêmes, je dis les vrais pénitents, touchés du repentir le plus vif et le plus sincère, n'osent encore se tenir assurés d'avoir obtenu grâce. A en juger selon les règles de la prudence chrétienne, ils ont pris toutes les mesures nécessaires pour fléchir la divine miséricorde, et pour se la rendre propice ; ils se sont humiliés devant Dieu ; (…) ils ont pleuré, gémi, renoncé à leurs engagements ; ils se sont accusés, condamnés , assujettis à des exercices pénibles et contraires à toutes leurs inclinations. Que de sujets de confiance, et que de raisons pour bannir de leur esprit toute inquiétude ! Cependant ils tremblent toujours; la vue de leur indignité les trouble, et les jette quelquefois dans des alarmes dont ils ont peine à revenir, tant ils sont frappés de cette parole de l'Ecclésiastique, que nous ne devons point être sans crainte pour les offenses mêmes qui ont été remises . Comment donc le pécheur présomptueux peut-il demeurer tranquille sur celles qui sont à remettre , et dont tous les jours il augmente le nombre ?

2° Confiance aussi qui expose le pécheur aux châtiments de Dieu les plus rigoureux. Mille exemples l'ont fait voir; et combien de fois Dieu, également jaloux de toutes ses perfections et de ses divins attributs, a-t-il montré aux hommes, par des coups éclatants, que s'il est miséricordieux, il n'est pas moins juste; et qu'autant qu'il est libéral et bienfaisant dans ses dons, autant est-il sévère et terrible dans ses vengeances?

Et sur qui les exercera-t-il avec plus de sujet, ces vengeances redoutables, si ce n'est sur des pécheurs qui se retirent de lui, qui s'obstinent contre lui, qui foulent aux pieds toutes ses lois, qui le trahissent et le déshonorent, en présumant de sa grâce? Le jour viendra, dit-il, et vous apprendrez alors, mais à vos propres dépens et à votre ruine, vous le verrez, vous le saurez, quel mal c'était pour vous d'abandonner le Seigneur votre Dieu , et de l'abandonner parce que vous vous répondiez à vous-mêmes de son amour. Ce n'était pas seulement l'offenser, mais l'insulter : or il aura son temps, où lui-même il insultera à votre malheur, quand la mort viendra fondre sur vous comme un orage, et que , dans une prompte et fatale révolution, vous vous trouverez tout à coup au fond de l'abîme. Car, c'est ainsi que l'Esprit du Seigneur s'en est expliqué, et telle est la menace qu'il vous fait encore aujourd'hui, mais peut-être pour la dernière fois : c'est à vous d'y prendre garde. De là, en effet, ces accidents imprévus que le ciel permet; de là ces morts subites qui surprennent un pécheur ; de là cet aveuglement de l'esprit, dont Dieu le frappe ; de là cet endurcissement du cœur où il le laisse tomber ; de là ce foudroyant arrêt qu'il lui prépare dans l'éternité. Espérons et tremblons.

Espérons en la miséricorde de Dieu, mais tremblons sous le glaive de la justice de Dieu. Deux sentiments ordinaires au Prophète-royal. Que notre confiance soutienne notre crainte qui pourrait nous abattre; et que notre crainte retienne notre confiance qui pourrait trop nous élever. Que l'une et l'autre, dans un parfait accord, nous conduisent au terme du salut!

Joyeuse Fête de l'Immaculé Conception à tous les catholiques fidèles.
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Message  ROBERT. le Mar 08 Déc 2015, 10:15 am

gabrielle a écrit:
Joyeuse Fête de l'Immaculé Conception à tous les catholiques fidèles.
A vous également, chère amie.
ROBERT.
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Message  Roger Boivin le Mar 08 Déc 2015, 11:11 am


Merci beaucoup, Gabrielle !

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Message  gabrielle le Mer 09 Déc 2015, 7:26 am

Mercredi

SERMON SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE.


Faites de dignes fruits de pénitence.
(Luc, III, 8.)

Bourdaloue a écrit:
Premier point. — Pratique de nos devoirs, pratique fidèle qui ne laisse rien échapper. Quand Dieu parle , dans l'Apocalypse, à cet évêque d'Ephèse dont la charité s'était refroidie, et qu'il l'avertit de faire pénitence : Souvenez-vous, lui dit-il, d'où vous êtes déchu, et reprenez vos premières œuvres . Ces première œuvres, c'étaient ses fonctions, c'étaient ses devoirs qu'il avait négligés, et à quoi Dieu lui ordonnait de s'appliquer avec une fidélité toute nouvelle. Sans cela, qu'est-ce que la pénitence? Car une solide pénitence n'est pas seulement de s'abstenir du mal qu'on a commis, mais de pratiquer le bien qu'on n'a pas fait. Voila pourquoi Dieu rappelant les pécheurs par la bouche de ses prophètes, et les exhortant à la pénitence, ne se contentait pas de leur dire : Quittez vos voies corrompues; mais ajoutait : Marchez dans mes voies, marchez dans les voies de la justice.

Or nos devoirs , ce sont pour chacun de nous les voies de la justice, ce sont les voies de Dieu. Devoirs envers Dieu , devoirs envers le prochain, devoirs à l'égard de nous-mêmes. Devoirs envers Dieu, qui sont tous les devoirs de religion et de piété ; devoirs envers le prochain, qui sont tous les devoirs de charité, de miséricorde, de société, de droiture et d'équité, de vigilance sur autrui et par rapport à autrui, selon la différence des états et les divers degrés de subordination ; devoirs à l'égard de nous-mêmes , qui regardent la réformation de nos mœurs et la sanctification de notre vie, le retranchement de nos vices et notre avancement dans les vertus. Devoirs généraux et devoirs particuliers : les uns qui nous regardent en général comme hommes, comme chrétiens, comme enfants de l'Eglise ; les autres qui nous concernent spécialement et en particulier , selon les divers engagements et les obligations propres que nous imposent notre vocation, notre profession, notre condition, la place que nous occupons, le rang que nous tenons, le caractère dont nous sommes revêtus. Quel champ pour la pénitence, et que de fruits elle peut produire?

Fruits abondants : car dans une exacte observation de ces devoirs, surtout après un libertinage de plusieurs années, il n'y a pas peu de violences à se faire, ni peu de victoires à remporter. A combien d'exercices faut-il s'assujettir, dont on n'a presque jamais eu l'usage? à combien de soins faut-il descendre, qu'on avait jusque-là négligés, et même tout à fait abandonnés? Combien de dégoûts et d'ennuis y a-t-il à soutenir, et en combien de rencontres faut-il rompre sa volonté et agir contre son inclination? Fruits solides,  puisque dans la pratique de ses devoirs, tout communs qu'ils sont, il n'y a pas une perfection commune, et que rien au contraire n'est plus selon l'esprit et le gré de Dieu. Tout le reste est bon, et l'on n'en doit rien omettre autant qu'il est possible ; mais les devoirs sont préférables à toute autre chose, et Dieu ne demande rien de nous plus particulièrement ni plus expressément. Fruits durables et permanents : d'autres pénitences qu'on peut s'imposer, et que suggère un saint désir de satisfaire à Dieu, sont passagères, elles ont leurs jours , elles ont leurs temps; mais l'accomplissement de nos devoirs est une pénitence de toute la vie ; elle ne souffre point d'interruption , et c'est un joug que nous portons jusques au tombeau. Suivant ce plan, formons-nous l'idée d'une âme vraiment pénitente: car en voilà la plus juste image. Mais où la trouve-t-on , cette âme, et où voyons-nous de tels fruits? Ne pourrais-je pas dire d'un pénitent de ce caractère ce qui est dit de la femme forte , qu'il est aussi rare que ce qu'on apporte de plus précieux des extrémités du monde  ? Malgré la corruption du siècle, nous entendons encore parler de quelques conversions : mais à quoi se terminent-elles ? à corriger certains excès, à se défaire de certains vices, de certains attachements honteux et scandaleux; mais du reste en devient-on plus fidèle aux devoirs du christianisme, aux devoirs de son état, à tout ce qui est du bon ordre et d'une vie réglée? Là-dessus nulle exactitude, nulle attention.

Second point. — Pratique de nos devoirs, pratique fervente, qu'une sainte ardeur anime et que rien ne ralentit. C'était une excellente règle que donnait l'apôtre saint Paul aux Romains, quand , pour leur apprendre de quelle manière ils devaient se comporter dans la loi nouvelle qu'ils avaient embrassée, il leur disait : Comme vous avez fait servir vos corps à l'impureté et au crime pour tomber dans le péché, faites-les servir maintenant à la vertu et au devoir, pour vous rendre saints . Règle que tout pénitent doit s'appliquer à lui-même, et qui lui fournit un des plus puissants motifs pour exciter son zèle dans la nouvelle route où il est entré, et dans tous les exercices d'une vie chrétienne. Ce n'est point assez pour lui de se remettre à la pratique de ses devoirs : il faut de plus que la ferveur dont cette pratique est accompagnée la relève et la sanctifie. Car, doit-il dire, la même ardeur que j'ai eue dans mes égarements, et avec laquelle je me suis porté à tout ce qui pouvait contenter mes passions au préjudice de mon devoir, ne serait-il pas bien indigne qu'elle vînt à se refroidir dans mon retour et à m'abandonner, lorsqu'il s'agit de satisfaire à mes obligations les plus essentielles ?

Ferveur tellement nécessaire, que sans cela notre pénitence ni ses fruits ne peuvent longtemps se maintenir. Et en effet, sans ce feu , sans cette ferveur et la force qu'elle inspire, le moyen qu'un pénitent surmonte toutes les difficultés qu'il doit immanquablement rencontrer dans un genre de vie auquel il n'est point fait, et qui le gêne, qui le rebute, qui le tient toujours dans un état pénible et violent? De là donc tant de pénitents, semblables à ces lâches combattants d'Ephrem, qui prirent la fuite au jour du combat et cédèrent dès le premier choc, se sont rendus aux moindres assauts et ont démenti toutes leurs résolutions : pourquoi ? parce qu'un fonds de tiédeur où ils sont demeurés, quoique pénitents, leur a affaibli le courage, et qu'ils ont manqué de fermeté pour résister. Et voilà aussi la dernière et la plus commune ressource qui reste à l'ennemi de notre salut, ou plutôt à la nature corrompue, pour reprendre l'empire sur nous, et pour nous enlever tout le fruit de notre pénitence. A ces heureux moments où la grâce nous touche, nous pénètre, nous possède, l'enfer, le monde, la nature, la passion, sont en quelque sorte réduits à se taire. On ferme l'oreille à toutes leurs suggestions, on repousse tous leurs efforts, on franchit toutes les barrières qu'ils nous opposent. Il faut qu'ils cèdent, et qu'ils nous laissent agir selon les saints mouvements qui nous transportent. Mais ce feu n'est pas toujours également vif. On pourrait l'entretenir : mais on n'y emploie pas les moyens convenables. Il diminue, il passe, il s'éteint : et si peut-être on n'en vient pas d'abord jusqu'à retomber dans les mêmes dérèglements, du moins au bout de quelques jours on se relâche, on devient lent, froid, tout languissant. Or, c'est alors que ces mortels ennemis sur qui l'on avait eu l'avantage, et qui semblaient abattus et vaincus, commencent à se relever. C'est là l'heure justement, c'est la dangereuse conjoncture qu'ils attendaient pour renouveler leurs attaques. L'esprit tentateur sollicite plus fortement que jamais : le monde se présente avec ses charmes les plus engageants; la nature, la passion se réveillent, et, dans la disposition où l'on est, dans cette langueur et cet attiédissement, il n'est que trop ordinaire de rendre bientôt les armes et de reprendre ses premières voies.

Si nous voulons être à Dieu, soyons-y comme nous y devons être, et d'une manière digne de Dieu. Honorons-le d'autant plus, que nous l'avons plus déshonoré ; édifions d'autant plus le prochain, que nous l'avons plus scandalisé; tâchons de regagner tout ce que nous avons dissipé de temps, de grâces, de mérites, et enrichissons-nous d'autant plus, que nous sommes plus appauvris. Or, tout cela ne se peut sans une ferveur toujours vive, toujours agissante. Telle a été la ferveur de Madeleine, et d'une multitude innombrable de pénitents dans tous les siècles : telle soit la nôtre !
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Message  gabrielle le Jeu 10 Déc 2015, 8:49 am

JEUDI.

Jean-Baptiste prêchant une pénitence austère et sans ménagement.

SERMON SUR LES ŒUVRES SATISFACTOIRES.


Or, son vêtement était de poil de chameau. Il avait autour des reins une ceinture de cuir : et sa nourriture, c'étaient des sauterelles et du miel sauvage. (Matthieu, III, 4.)

Bourdaloue a écrit:Premier point. — L'intérêt de Dieu que nous avons à venger, soit par un esprit de justice, soit par un esprit de reconnaissance et d'amour : double raison qui regarde Dieu directement, et qui, en vue de ses droits que nous avons violés, doit nous animer d'un saint zèle contre nous-mêmes.

Esprit de justice : car il est bien juste que Dieu, après l'offense qu'il a reçue de l'homme par le péché, reçoive aussi de l'homme, par une peine proportionnée, la satisfaction qui lui est due. Ainsi, nous devons là-dessus nous regarder comme juges établis par la justice divine entre Dieu même et nous. Dieu nous dit à chacun ce qu'il disait par son prophète aux infidèles habitants de Jérusalem : Soyez juge entre moi et ma vigne  ; c'est-à-dire entre moi et vous, pécheur que j'ai formé , que j'ai cultivé avec le même soin que le vigneron cultive une vigne dont il veut recueillir de bons fruits. Où sont-ils ces fruits que j'attendais? sont-ce tant d'iniquités où la passion vous a porté ? sont-ce tant d'outrages que vous m'avez faits et à ma grâce? Voilà donc sur quoi nous devons prendre en main  la cause de Dieu et nous juger nous-mêmes, sans égard, ni aux prétextes de l'amour-propre, ni aux répugnances de la nature, ni aux révoltes des passions; car il n'y a que l'équité qui doive ici nous animer et nous conduire.  Selon cette droite équité, nous mesurerons la vengeance par la grièveté de l'offense; et plus nous nous reconnaîtrons criminels, plus nous redoublerons le châtiment et la peine. Or, pour comprendre combien   nous sommes  coupables, comprenons, autant qu'il est possible à la faiblesse de nos connaissances, ce que c'est que Dieu, et ce que c'est que l'homme rebelle à Dieu : ce que c'est, dis-je, que Dieu, et combien les droits de ce souverain Maître sont inviolables et sacrés ; ce que c'est que l'homme devant Dieu, et quelle est sa dépendance, quels sont ses devoirs. De là nous conclurons de quoi nous sommes redevables à Dieu en qualité de pécheurs : et que faudra-t-il davantage pour nous déterminer à tout ce qu'il y a, dans une vie pénitente, de plus rude et de plus sévère ?

2° Esprit de reconnaissance et d'amour. Plus un pécheur pense à la grâce que Dieu lui a faite en le rappelant, en se réconciliant avec lui, en lui remettant son péché et la peine éternelle où l'exposait son péché, plus il sent croître son amour pour un Maître dont il ne peut assez admirer l'infinie miséricorde; et plus il est touché d'amour pour Dieu, plus il se condamne lui-même, plus il se hait lui-même de cette haine évangélique qui nous sauve en nous perdant. Dans cette disposition, on ne cherche guère à s'épargner. Vous m'avez pardonné, mon Dieu, et c'est pour cela que je ne me pardonnerai pas moi-même ; vous pouviez exercer sur moi vos vengeances pendant toute l'éternité : je le méritais ; mais vous ne l'avez pas voulu ; et c'est pour cela que je veux, au moins dans le temps, vous venger de moi-même, selon qu'il vous plaira de me l'inspirer, et que votre gloire le demandera. Ah! Seigneur, j'étais un ingrat lorsque je me suis tourné contre vous, et que j'ai transgressé vos divins commandements. Tant de bienfaits que j'avais déjà reçus, c'étaient des raisons bien fortes pour vous être fidèle jusques à la mort, et pour ne me détacher jamais de vous. Je vous ai toutefois oublié, et j'ai suivi la passion qui m'entraînait; mais dans mon égarement même vous avez pris soin de moi, vous m'avez recherché, et vous daignez me recevoir. Or, après cette nouvelle grâce, ne serait-ce pas dans moi une ingratitude toute nouvelle et même le comble de l'ingratitude, si je refusais de vous satisfaire, si je ne voulais me faire pour cela nulle violence, si je ne voulais rien supporter pour cela, et si de moi-même je ne me condamnais à rien? Ainsi parle une âme contrite; et de là à quoi n'est-elle pas préparée? quelles réparations ne voudrait-elle pas faire à Dieu ? Il n'y a pas d'état si mortifiant dont elle ne se juge digne, et souvent on est plutôt obligé de la retenir que de l'exciter. Mais nous, par des principes bien opposés, de quels ménagements n'usons-nous pas, lors même que nous sommes pénitents, ou que nous croyons l'être? La pénitence consiste dans le repentir du cœur, il est vrai ; mais dès que ce repentir est dans le cœur, il se produit au dehors et passe bientôt aux œuvres; autrement, il est bien à craindre que ce ne soit un faux repentir qui nous trompe, et une illusion que nous n'apercevons pas, ou que nous nous cachons à nous-mêmes, mais que Dieu connaît.

Second point. — Notre propre intérêt que nous avons à procurer, soit pour la vie présente , soit pour l'autre vie : deux motifs qui nous regardent spécialement, et qui, en vue des avantages attachés aux œuvres d'une pénitence satisfactoire, sont encore pour nous de nouveaux engagements à les pratiquer, autant que notre condition le comporte, et selon qu'elle le peut permettre.

1° Par rapport à la vie présente. Le plus grand intérêt que nous ayons sur la terre, c'est de vivre dans la grâce de Dieu, et de mettre par là à couvert notre salut; de tenir en bride nos passions, et de réprimer leurs appétits déréglés; de nous prémunir contre les tentations du démon, contre les dangers du monde, contre les illusions de la cupidité, contre les convoitises de la nature corrompue ; de marcher ainsi dans les voies du ciel, et d'y persévérer jusques à la mort. Or, qui ne sait pas que le moyen le plus assuré pour tout cela, ce sont les exercices de la mortification chrétienne? Mener une vie aisée, passer ses jours dans le repos et dans le plaisir, ne rien refuser à sa sensualité et à ses désirs de tout ce qu'on croit pouvoir leur accorder sans crime, et en même temps vouloir garder son cœur et le préserver de toute corruption, c'est vouloir être au milieu du feu, et ne pas brûler. Ils se sont réjouis, disait le Prophète, ils se sont traités et nourris délicatement, ils se sont engraissés  ; et qu'est-il arrivé de là ? C'est qu'ils ont abandonné le Seigneur, leur Dieu et leur Créateur. Source ordinaire de tant de vices qui règnent parmi les hommes, et dont les saints ne se sont garantis qu'en se renonçant eux-mêmes, et en se déclarant les plus implacables ennemis de leurs corps. Que dis-je? tout saints qu'ils étaient, et avec toutes les pénitences qu'ils pratiquaient, ils n'ont pu même éteindre absolument en eux le feu de cette concupiscence qu'ils avaient apportée en naissant. Quoique morts en apparence, ou réduits par la continuité de leurs abstinences et de leurs jeûnes, par les excès de leurs austérités, à n'être plus, pour ainsi dire, que des cadavres vivants, ils ressentaient néanmoins encore l'aiguillon de la chair. Le grand Apôtre lui-même n'en était pas exempt : il s'en plaignait humblement à Dieu, et il demandait avec instance d'en être délivré. Saint Jérôme, jusque dans le fond de son désert , en éprouvait les importunes atteintes, et en gémissait. Que serait-ce s'ils eussent flatté leurs sens, et qu'ils eussent vécu dans les délices?

2° Par rapport à l'autre vie. Car c'est une loi indispensable que le péché soit expié, et que la justice de Dieu soit satisfaite, ou maintenant, ou après la mort. Maintenant nous sommes, pour parler de la sorte, dans nos mains ; mais après la mort nous serons dans les mains de Dieu. Or l'Apôtre nous avertit que c'est une chose terrible que de tomber dans les main du Dieu vivant ; pourquoi ? parce que ce n'est plus proprement alors sa miséricorde qui agit, mais sa plus pure et plus étroite justice. Car c'est là, selon le langage de l'Evangile, que Dieu redemande tout, et qu'il fait tout payer jusqu'à un denier. Il vaut donc bien mieux nous acquitter dès ce monde à peu de frais : je dis à peu de frais ; et qu'est-ce en effet que toute la pénitence de cette vie, en comparaison de ce feu où les âmes sont purifiées des taches qu'elles emportent avec elles, et qu'elles n'ont pas pris soin d'effacer? Que ne pouvons-nous là-dessus les interroger ! que ne pouvons-nous être témoins de leurs regrets, lorsqu'elles pensent à la perte qu'elles ont faite, en ne ménageant pas des temps de grâce qui leur devaient être précieux, et où il ne tenait qu'à elles de prévenir toutes les peines qu'elles endurent ! Oh ! si elles étaient en état de les rappeler, ces heureux moments ! s'il leur était permis de revenir sur la terre, et de réparer l'extrême dommage que leur a causé une trop grande indulgence pour elles-mêmes et pour leurs sens! que leur proposerait-on de si austère qui les étonnât ; et quel prétexte la délicatesse de la chair pourrait-elle leur opposer qui les arrêtât? Déplorable aveuglement des mondains! leur sensibilité est infinie, le moindre effort les incommode , la moindre douleur leur paraît insoutenable, et ils ne craignent point de s'exposer à des flammes dont l'atteinte la plus légère est au-dessus de tout ce que nous pouvons imaginer de plus douloureux. Apprenons à mieux connaître nos véritables intérêts : moins nous nous épargnerons, plus nous gagnerons.

Note de gabrielle: la soumission à la volonté de Dieu, le respect de la Sainte Église et de ses lois, sont les premières pénitences que l'âme doit faire de façon parfaite.

La privation des sacrements, est le plus grand jeûne qui ait jamais existé...
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Message  gabrielle le Ven 11 Déc 2015, 7:37 am

VENDREDI.

Jean-Baptiste prêchant une pénitence efficace et salutaire.

SERMON SUR L'EFFICACE ET LA VERTU DE LA PÉNITENCE.


Tout homme verra le salut qui vient de Dieu. (Luc, III, 6.)


Bourdaloue a écrit:Premier point. — Nul péché si grave et si énorme que la pénitence ne puisse effacer, et par là même, point de pécheur qu'elle ne puisse justifier. Cette proposition suppose une vraie pénitence, une pénitence parfaite, une pénitence accompagnée de toutes les conditions requises : car c'est en ce sens que nous devons l'entendre. Or, tel est alors son pouvoir, qu'il n'y a rien dont elle n'obtienne une rémission assurée, une rémission prompte, une rémission entière; et c'est ainsi qu'en humiliant l'homme devant Dieu, elle triomphe du cœur de Dieu, quelque irrité qu'il soit, et lui fait une espèce de violence pour le fléchir et le gagner.

Rémission assurée : non pas que Dieu, selon les droits de sa justice, ne pût rejeter le pécheur, et lui refuser sa grâce pour jamais. Mais la miséricorde l'emporte sur cette justice rigoureuse ; et c'est assez que le pécheur, renonçant à son péché, lève l'obstacle qui le séparait de Dieu, pour engager Dieu comme un père tendre, ou comme ce bon pasteur de l'Evangile , à recevoir cette brebis égarée, et à reprendre en faveur de cet enfant prodigue les premiers sentiments de son amour. Nous en faut-il d'autre garant que Dieu lui-même et que sa parole? Toutes ses Ecritures sont pleines sur cela des promesses les plus authentiques et les plus expresses. Point d'exception : elles s'étendent à tout péché, de quelque nature qu'il soit, et quelque abominable que nous le puissions concevoir. On ne peut lire, sans en être frappé et comme saisi d'horreur, tous les reproches que le Dieu d'Israël faisait à son peuple. C'est une nation vendue au péché, disait le Seigneur, c'est un peuple chargé de toutes les iniquités, une race pervertie et corrompue; ce sont des enfants ingrats et scélérats : malheur à eux ! Quelle image et quel anathème ! Ne semble-t-il pas qu'il n'y avait plus de ressource pour ce peuple , et qu'ils étaient perdus ? Cependant que s'ensuit-il de tout cela? Après tant de reproches et de si terribles menaces : Revenez, conclut le même Seigneur parlant aux mêmes pécheurs, convertissez-vous, cessez de faire le mal et ne craignez point. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendraient comme la neige ; et quand vous auriez été tout noircis de crimes, vous serez blancs à mes yeux comme la laine la plus blanche . Quelle assurance pouvons-nous demander plus formelle et plus marquée?

Rémission prompte : un moment suffit ; comment cela? c'est qu'il ne faut qu'un moment pour former l'acte d'une contrition parfaite. Or, cet acte est toujours et immédiatement suivi de la rémission. David avait péché : le Prophète, de la part de Dieu, vient lui reprocher son crime, un adultère et un meurtre tout ensemble. Mais, à la voix du Prophète, ce roi pécheur ouvre tout à coup les yeux, rentre en lui-même, se reconnaît coupable, se tourne vers Dieu, et, dans un sentiment de repentir, s'écrie : J'ai péché contre le Seigneur . Que lui répond Nathan ? Il ne lui dit pas : Le Seigneur vous pardonnera ; il ne lui dit pas : Allez vous humilier , prier devant l'arche et demander miséricorde, le Seigneur vous l'accordera ; mais il lui dit, dès l'heure même et sans retardement : Le Seigneur a éloigné de vous votre péché, vous ne mourrez point. C'est-à-dire, le Seigneur vous a pardonné, votre péché vous est remis, vous voilà réconcilié et en état de grâce. Du moment qu'un criminel crucifié à côté de Jésus-Christ lui eut témoigné son regret, et que, se reconnaissant digne du supplice qu'il endurait, il lui eut fait, avec un cœur contrit et pénitent, cette humble prière : Seigneur , souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume, que lui promit ce divin Maître ? Je vous le dis en vérité, lui répondit Jésus, dès aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis . Différence remarquable entre la rémission du péché et la satisfaction : celle-ci demande des œuvres et du temps ; mais l'autre ne veut qu'un mouvement du cœur et qu'un instant.

Rémission entière. Car Dieu ne pardonne point à demi, et sa grâce n'est point partagée. En remettant un péché, j'entends un péché mortel, il remet tous les autres ; de même aussi que le pécheur vraiment contrit d'un péché l'est de tous les péchés dont il se trouve chargé devant Dieu.

Rémission même si réelle et si complète, que, selon le langage de l'Ecriture, Dieu perd en quelque manière le souvenir de tout le mal que le pécheur a commis. L'impiété de l’impie tombera sur lui ; mais s'il se remet dans le devoir et qu'il fasse pénitence, je ne me ressouviendrai plus de toutes ses injustices , et il vivra . Non pas que Dieu en effet les perde jamais de vue, puisqu'il est incapable du moindre oubli, et que tout le passé comme l'avenir lui est toujours présent. Mais le pécheur alors n'est plus aux yeux du Seigneur un objet de colère; et comme si tous ses péchés avaient été rayés des livres de la sagesse divine, Dieu n'y pense plus pour les lui imputer, et le condamner à une peine éternelle.

Ne disons donc point comme Caïn : Mon iniquité est trop grande ; je n'en aurai jamais le pardon . Ce serait faire injure au Père des miséricordes. Eh ! pourquoi mourrez-vous, maison d'Israël  ? Pourquoi, pécheur, n'irez-vous pas vous jeter dans le sein de votre Dieu, tandis qu'il vous est ouvert, et que la pénitence peut vous y conduire? Il vous appelle, venez : venez, dis-je, qui que vous soyez. Si vous vous rendez sourd à sa voix, et si vous le forcez de vous perdre, vous ne pourrez attribuer votre perte qu'à vous-même. Car c'est vous-même, vous dira-t-il, qui vous êtes obstiné contre ma grâce. Votre innocence avait malheureusement échoué, et fait un triste naufrage; mais je vous présentais une planche pour vous sauver. Vous étiez au fond de l'abîme, mais je vous tendais les bras pour vous en retirer. La grièveté, la multitude de vos offenses vous troublait; mais je ne cessais point de vous faire entendre, et par moi-même,(...)  que rien ne pouvait épuiser les trésors infinis de ma bonté, et que j'étais encore plus miséricordieux que vous n'étiez pécheur. Il fallait profiter de ces dispositions favorables de votre Dieu. Il le voulait : que ne le vouliez-vous comme lui?

Second point. — Nulle sainteté si éminente et si parfaite où la pénitence ne puisse nous élever , et par conséquent point de pécheur qu'elle ne puisse sanctifier : pourquoi cela ? pour deux raisons : l'une prise du côté de Dieu, et l'autre tirée de la nature même de la pénitence. Car, à prendre d'abord la chose du côté de Dieu, il est certain que Dieu de tout temps, mais surtout depuis la loi de grâce, a toujours pris plaisir à faire éclater les richesses de sa miséricorde dans la sanctification des plus grands pécheurs. Pierre avait renoncé Jésus-Christ, et Dieu en a fait le prince des apôtres. Saul était un blasphémateur et un persécuteur du nom chrétien, et Dieu en a fait le maître des nations. Augustin avait été également corrompu et dans sa foi et dans ses mœurs ; mais Dieu en a fait le plus célèbre docteur de l'Eglise. Qu'était-ce, avant leur conversion, que tant de pénitents de l'un et de l'autre sexe? à quels vices n'étaient-ils pas sujets? à quels désordres ne s'étaient-ils pas abandonnés? quels scandales n'avaient-ils. pas donnés au monde? Mais Dieu en a fait des solitaires, des anachorètes, de sublimes contemplatifs, des modèles de mortification, d'abnégation de soi-même, d'oraison, de toutes les vertus chrétiennes et religieuses. Miracles de la droite du Très-Haut, qui, pour sa gloire et pour notre salut, a voulu nous donner de tels exemples, afin de nous piquer d'une sainte émulation, quelque criminels que nous soyons, et de nous faire comprendre qu'il ne tient encore qu'à nous d'aspirer, par la voie de la pénitence, à ce qu'il y a de plus relevé dans la perfection de l'Evangile : car le même Dieu , auteur de tant de merveilles, n'est pas moins puissant pour nous qu'il l'a été pour des millions de pécheurs et de pécheresses qui sont tombés avant nous dans les plus grands égarements, et qu'il a fait monter aux premiers rangs parmi ses élus. Il n'est pas moins jaloux présentement de sa gloire qu'il l'était dans les siècles passés, et l'intérêt de cette gloire divine ne l'engage pas moins à faire de nous, selon les tenues de l'Apôtre, des vases d'honneur pour être placés sur le buffet, après avoir été, par nos dérèglements et nos excès, des vases d'ignominie et de colère. D'ailleurs, à considérer la nature même de la pénitence, rien ne doit être plus sanctifiant. Car elle fait trois choses : elle attire sur le pénitent des grâces de sainteté; elle inspire au pénitent le goût de la sainteté; et elle fournit au pénitent les sujets et les occasions les plus capables de le conduire à la sainteté.

Grâces de sainteté : la pénitence les attire sur le pénitent, en sorte que, selon la parole de saint Paul, où le péché abondait, la grâce devient surabondante ; pourquoi ? pour récompenser la fidélité du pécheur à suivre l'impression des premières grâces qui l'ont touché, et qui l'ont excité à rechercher Dieu. Et en effet, ce n'est jamais en vain ni sans fruit qu'on est fidèle aux grâces de Dieu, et sa main libérale ne cesse point de les répandre sur nous, si nous ne cessons point d'y coopérer et d'y répondre. Parce que vous avez été fidèle dans l'administration des cinq talents que je vous ai confiés, en voici cinq autres que j'y ajoute .

Goût de la sainteté : la pénitence l'inspire au pénitent, et c'est ce que l'expérience nous montre. Par une providence particulière de Dieu, un pécheur dégagé de la servitude du péché trouve dans les pieux exercices qui l'occupent une onction dont il est lui-même surpris: si bien qu'il peut dire comme Job : Ce qui m'était auparavant le plus insipide est maintenant ma plus douce nourriture . En quel repos se trouva tout à coup saint Augustin, dès le moment de sa conversion ? en quel dégagement et quelle liberté d'esprit? Il l'admirait et ne le comprenait pas ; il en était comme hors de lui-même. Quel changement, s'écriait-il, et où en suis-je depuis que mes liens sont rompus ? Je ne croyais pas pouvoir me passer des plaisirs qui m'enchantaient, et maintenant mon plaisir le plus sensible est d'être privé de tout plaisir.

Sujets et occasions les plus capables de conduire un pénitent à la sainteté : c'est enfin ce que la pénitence lui fournit. Car, dans le cours d'une pénitence généreusement entreprise et constamment soutenue, en combien de rencontres faut-il pratiquer les vertus les plus héroïques? combien de fois faut-il se captiver, se gêner, se raidir contre soi-même, sacrifier ses inclinations, surmonter ses répugnances, combattre ses habitudes, essuyer les discours du monde, fouler aux pieds le respect humain, sans parler de toutes ces œuvres secrètes que l'esprit de pénitence ne manque point de suggérer? Or est-il rien de plus sanctifiant que tout cela? Quels trésors de mérites n'amasse-t-on pas? quels progrès ne fait-on pas? Ainsi ces ouvriers de l'Evangile qui vinrent après tous les autres travailler dans la vigne du père de famille, furent égalés aux premiers,et reçurent le même salaire : pourquoi? parce qu'en peu d'heures ils avaient réparé le temps perdu , et autant avancé, par l'ardeur de leur travail, que ceux qui s'y étaient appliqués dès le grand matin. Ce n'est pas même assez ; et combien y a-t-il eu de pénitents élevés à des degrés de sainteté où ne sont jamais parvenus le commun des fidèles? De quels dons ont-ils été favorisés; et, en sortant de ce monde, quels riches fonds ont-ils emportés avec eux?

De là, si nous sommes justes, c'est-à-dire si, par une protection spéciale de Dieu, nous avons eu jusques à présent le bonheur de vivre dans l'ordre et dans la règle, gardons-nous de nous confier en nous-mêmes, ni d'entrer dans les sentiments de ce pharisien qui se préférait avec tant d'orgueil au publicain, et même à tous les autres hommes. Ne méprisons jamais le pécheur, quel qu'il soit, et quelque abandonné qu'il paraisse. Ce pécheur, dans la suite des temps, sera peut-être un saint, et peut-être dans sa personne la parole de Jésus-Christ se vérifiera-t-elle : Je vous dis en vérité que les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu . De là encore, si nous nous trouvons nous-mêmes engagés dans l'état du péché, réveillons-nous de notre assoupissement, et, pour allumer tout notre zèle, sans égard à ce que nous sommes, ayons sans cesse devant les yeux ce que nous pouvons devenir; car est-il rien de plus touchant et de plus consolant pour l'âme la plus criminelle, que cette pensée : Tout pécheur que j'ai été et que je suis, si je le veux, je puis être un saint! Mais est-il rien en même temps qui doive plus nous confondre au jugement de Dieu, si nous nous rendons insensibles à une telle espérance?
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Message  gabrielle le Dim 13 Déc 2015, 6:43 am

Troisième dimanche de l’Avent

Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère. (Marc, VI, 18.)

Bourdaloue a écrit:Toute la raison de l'homme renversée par l'impureté. On n'en doit pas être surpris : car il n'est rien de plus opposé à la raison que les sens; or l'impureté est un péché des sens, et c'est même de toutes les convoitises des sens la plus animale et la plus grossière. De là donc, ou bien elle éteint en nous toutes les lumières de la raison, ou, sans les éteindre, elle nous fait agir contre toutes les vues de notre raison.

1° Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison. En effet, à consulter la seule raison, combien y a-t-il de motifs les plus forts et les plus puissants pour nous détourner d'un vice aussi honteux et aussi dangereux que l'est l'impureté? La pudeur naturelle, les bienséances de l'état, du rang, de l'emploi, de la profession ; les suites malheureuses où s'expose surtout une personne du sexe, aux dépens de sa réputation et de tout le bonheur de sa vie; les périls où elle s'engage là-dessus, et les risques qu'elle a à courir ; le dérangement où vit un homme par rapport à ses devoirs, par rapport à son avancement dans le monde, par rapport à la conduite de ses affaires, et souvent par rapport à sa santé qu'il ruine; l'esclavage et la dépendance où il passe ses jours auprès d'une idole dont il est adorateur; les infidélités qu'il éprouve, les désagréments qu'il essuie, les inquiétudes qui l'agitent, les dépenses qu'il fait et qui l'incommodent; les exemples d'une infinité de gens qui, par là, se sont perdus ; les discours du public, les remontrances et les reproches de ses amis; mille autres considérations plus particulières encore et plus secrètes : tout cela bien examiné et bien pesé, si l'on était raisonnable, devrait servir de préservatif contre les amorces de la plus flatteuse passion. Mais dès qu'elle s'est emparée du cœur, plus d'attention à tout cela : on dépose toute pudeur, on ferme les yeux à toute bienséance, on méprise tout danger, on oublie tout intérêt, on supporte toute contrainte, toute gêne; on dévore tout chagrin, on ne craint nulle dépense, on ne profite de nul exemple, on n'écoute nul avis, nul conseil. L'esprit et le cœur ne sont occupés que d'un objet : tout le reste disparaît; et où est alors la raison ?

2° Si l'impureté n'éteint pas dans nous les lumières de la raison, du moins nous fait-elle agir contre toutes les vues de notre raison. Point de preuve plus sensible que le témoignage de saint Augustin, qui le connaissait par son expérience propre, et qui s'en est si bien expliqué. Je soupirais, dit-il, je voyais ma faiblesse, j'en rougissais ; et cependant j'étais toujours attaché, non point par une chaîne de fer, mais par ma volonté dépravée, plus dure que le fer. Voilà comment la passion tyrannise un homme qui s'y est une fois livré. Il gémit de sa servitude, et il en sent tout le poids. Il voit tout ce qu'une saine raison demanderait, et il est le premier à reconnaître ses égarements ; mais de briser ses liens et de se dégager, c'est à quoi il ne peut se résoudre. Il suit le charme qui l'enchante, et quoiqu'il condamne dans lui le vice, il n'en est pas moins vicieux.

Samson n'ignorait pas que Dalila le trahissait. Que lui disait sur cela sa raison ? Mais sa raison avait beau parler, il ne laissait pas de rechercher avec la même assiduité cette perfide, et de se tenir auprès d'elle. Peut-être à la fin de nos jours vient-il un temps où la raison prend le dessus : mais peut-elle désormais réparer les dommages infinis qu'on s'est causés à soi-même? Plus sage mille fois celui qui les prévient de bonne heure, et qui n'attend pas si tard à y apporter le remède !

Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté. Deux sortes de profanations : l'une générale, par rapport à tous les états du christianisme; l'autre particulière et plus criminelle encore, par rapport à certains engagements et à certains caractères.

1° On peut dire en général que toute impureté dans un chrétien est une profanation : pourquoi ? parce qu'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus-Christ, honorée d'une alliance toute pure avec Jésus-Christ, devenue le temple du Saint-Esprit que l'Apôtre appelle l'Esprit de Jésus-Christ. Morale que nous ne devons point traiter d'idée subtile et superficielle, mais dont nous comprendrions toute la solidité et toute la force, si nous étions plus remplis des principes de la religion et plus touchés de ses sentiments. Morale dont les Pères ont fait plus d'une fois le sujet de leurs instructions, et sur laquelle Tertullien insistait si vivement. Car, disait-il, avant que le Fils de Dieu se fût revêtu d'un corps semblable au nôtre, c'était toujours un crime de s'abandonner aux désirs de la chair ; mais depuis le mystère de l'Homme-Dieu, maintenant et plus que jamais, ce n'est plus seulement un crime, c'est un sacrilège. Morale qu'ils avaient puisée dans l'excellente et sublime théologie de saint Paul, et dans ces fréquentes exhortations qu'il faisait aux fidèles, en leur représentant qu'ils étaient les frères de Jésus-Christ, qu'ils étaient ses membres, qu'ils étaient son corps, et par conséquent qu'ils avaient une obligation plus étroite de se conserver purs et sans tache. Quoi donc! s'écriait dans l'ardeur de son zèle ce maître des Gentils, quoi! les membres de Jésus-Christ, je les abandonnerai à une prostituée ! Quel scandale dans la foi que nous professons ! quel abus énorme !


2° Profanation particulière, et plus criminelle encore par rapport à certains engagements, à certaines vocations, à certains caractères. N'entrons point là-dessus trop avant dans un détail qui pourrait blesser les âmes innocentes et chastes. Il serait à souhaiter que ces abominations fussent ensevelies dans un éternel oubli : mais le moyen de dérober à la connaissance du public des désordres si publics? Que veux-je donc dire ? Vous le savez, vous qui, liés par le sacré nœud du mariage, après vous être juré, au pied de l'autel, une fidélité mutuelle et inviolable, démentez toutes vos promesses, et profanez un sacrement si saint par des attachements si illégitimes;(…); vous le savez, vous qui, voués spécialement au Seigneur, élevés aux plus hauts ministères, employés à la célébration des mystères les plus redoutables, consacrés pour cela, et comme marqués du sceau de Dieu, vous dégradez vous-mêmes, et n'avez point horreur de profaner dans votre caractère ce que la religion a de plus auguste et de plus divin. Après cela nous étonnerons-nous de tant de calamités qui se répandent sur la terre ; et n'est-ce pas le juste châtiment de la licence effrénée de notre siècle et du débordement de nos mœurs? Rappelons toute notre raison, ranimons toute notre religion : l'une et l'autre, avec la grâce du ciel, purifieront nos voies, et rétabliront le peuple de Dieu dans sa première sainteté.
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Message  ROBERT. le Dim 13 Déc 2015, 12:14 pm

Troisième dimanche de l’Avent

Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère. (Marc, VI, 18.)

Bourdaloue a écrit:
. il n'est rien de plus opposé à la raison que les sens

1° Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison.


(…)  L'esprit et le cœur ne sont occupés que d'un objet : tout le reste disparaît; et où est alors la raison ?


2° Si l'impureté n'éteint pas dans nous les lumières de la raison, du moins nous fait-elle agir contre toutes les vues de notre raison.


(…) saint Augustin: (…) Je soupirais, dit-il, je voyais ma faiblesse, j'en rougissais; et cependant j'étais toujours attaché, non point par une chaîne de fer, mais par ma volonté dépravée, plus dure que le fer.


Samson n'ignorait pas que Dalila le trahissait.


Toute la religion du chrétien profanée par l'impureté. Deux sortes de profanations: l'une générale, par rapport à tous les états du christianisme; l'autre particulière et plus criminelle encore, par rapport à certains engagements et à certains caractères.


1° On peut dire en général que toute impureté dans un chrétien est une profanation: pourquoi ? Parce qu'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus-Christ, honorée d'une alliance toute pure avec Jésus-Christ, devenue le temple du Saint-Esprit que l'Apôtre appelle l'Esprit de Jésus-Christ.


Tertullien : (…)  avant que le Fils de Dieu se fût revêtu d'un corps semblable au nôtre, c'était toujours un crime de s'abandonner aux désirs de la chair ; mais depuis le mystère de l'Homme-Dieu, maintenant et plus que jamais, ce n'est plus seulement un crime, c'est un sacrilège.  



2° Profanation particulière, et plus criminelle encore par rapport à certains engagements, à certaines vocations, à certains caractères.


(…) vous qui, liés par le sacré nœud du mariage (…) démentez toutes vos promesses, et profanez un sacrement si saint par des attachements si illégitimes;(…); vous le savez, vous qui, voués spécialement au Seigneur, élevés aux plus hauts ministères, employés à la célébration des mystères les plus redoutables (…) vous dégradez vous-mêmes (...)


(…) Après cela nous étonnerons-nous de tant de calamités qui se répandent sur la terre; et n'est-ce pas le juste châtiment de la licence effrénée de notre siècle et du débordement de nos mœurs ?

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Message  gabrielle le Lun 14 Déc 2015, 9:17 am

Troisième semaine de l’Avent

Lundi

Jean-Baptiste condamnant l'ambition.


Toutes les montagnes et toutes les collines seront abaissées.  (Luc, 111,5.)

Bourdaloue a écrit:
Premier point. — Ambition criminelle devant Dieu dans les projets qu'elle inspire à l'ambitieux. On veut s'agrandir précisément pour s'agrandir ; on le veut pour jouir des avantages temporels de la grandeur. On le veut à l'infini, sans se prescrire aucun terme où l'ambition s'arrête; on le veut indépendamment de Dieu ; on le veut sans égard au mérite, et sans être en peine si l'on a les dispositions requises; enfin, on le veut par les voies les plus illicites, et aux dépens de la conscience. Tout cela autant de désordres par où l'ambition devient criminelle devant Dieu. Reprenons toutes ces propositions.

1° On veut s'agrandir précisément pour s'agrandir : on ne cherche dans la grandeur que la grandeur même. Or la grandeur, comme grandeur ne convient qu'à Dieu, qui est seul grand, et qui le doit seul être. Vouloir donc s'élever et se faire grand, c'est une espèce d'attentat sur les droits du Seigneur, et de cet Etre suprême devant qui tout être créé n'est que néant.

2° On veut s'agrandir pour jouir des avantages temporels de la grandeur, c'est-à-dire pour se glorifier, pour recevoir des hommages et des respects, pour tenir partout le premier rang, pour vivre dans la pompe et dans l'éclat. Or, ce n'est point à cela que les grandeurs du siècle sont destinées, et n'y envisager que cela, c'est un abus hautement condamné dans la loi de Jésus-Christ : elles sont établies pour la gloire de Dieu, et non point pour la nôtre.

3° On veut s'agrandir à l'infini, et sans se prescrire jamais un terme où l'ambition s'arrête : plus on monte, plus on veut monter ; et à peine a-t-on fait un pas, que la pensée naît d'en faire un autre. Désir insatiable, désir déréglé, contraire à la modestie et à la modération chrétienne. Mais désir surtout condamnable dans des gens de rien, quand à force de se pousser, devenus plus audacieux, ils ne rougissent point d'aspirer enfin aux degrés les plus éminents, et prétendent, comme l'ange superbe, se placer au-dessus des nues et des astres de la première grandeur.

4° On veut l'agrandir indépendamment de Dieu et sans faire nul fonds sur Dieu. L'ambitieux compte sur lui-même, compte sur son industrie, compte sur des amis, sur de puissants protecteurs; mais pense-t-il à mettre Dieu dans ses intérêts? Contre l'oracle et l'expresse défense du Saint-Esprit, il s'appuie sur un bras de chair. Voilà toute sa ressource.

5° On veut s'agrandir sans égard au mérite, et sans examiner si l'on a les dispositions requises : témérité insoutenable ; on s'ingère dans des postes, dans des ministères, dans des prélatures qu'on n'est pas en état de remplir, et où l'on ne doit néanmoins entrer que pour en accomplir tous les devoirs.

6° On veut s'agrandir par les voies les plus illicites et aux dépens de la conscience : y a-t-il iniquité que l'ambition n'emploie pour venir à bout de ses desseins? Mais la conscience y répugne : hé ! qu'est-ce que la conscience d'un ambitieux? ou a-t-il une autre conscience que son ambition? Concluons par les paroles de Jésus-Christ, et disons que, de la manière dont on se comporte dans la poursuite des honneurs du monde, ce qui est grand aux yeux des hommes n'est qu'abomination aux yeux de Dieu.

Second point. — L'ambition malheureuse de la part de Dieu : comment? par les jugements et les coups du ciel qu'elle attire sur l'ambitieux. Nous ne lisons point dans l'Ecriture de menaces plus ordinaires que celle-ci, savoir : que Dieu confondra les orgueilleux de la terre ; que tandis qu'ils s'épuiseront de travaux et de soins pour l'établissement de leur fortune et pour leur agrandissement, il déconcertera leurs mesures, il dissipera leurs desseins, il fera échouer leurs entreprises : que s'il les laisse parvenir au point de prospérité où ils visaient, ce sera pour tourner contre eux leur prospérité même, et qu'ils y trouveront une source de chagrins et de déplaisirs les plus mortels; que s'il les laisse atteindre jusques au faîte de la grandeur, ce sera pour rendre leur chute d'autant plus désastreuse et plus éclatante qu'ils tomberont de plus haut, et que, dans leur ruine, il les abandonnera à eux-mêmes et à leur désespoir. Menaces qui ne regardent que la vie présente : car ne parlons point de ce que Dieu prépare à l'ambitieux dans l'éternité. Menaces confirmées par tant d'exemples dont les saints livres nous font le récit. Menaces qui se vérifient encore de siècle en siècle par mille événements que nous devons attribuer à la justice de Dieu, et qui sont de visibles, mais terribles châtiments de l'ambition.

1° Combien y en a-t-il que Dieu arrête au milieu de leur course? Ils s'agitaient, ils se tourmentaient, ils disposaient les choses avec toute l'adresse et toute l'assiduité imaginable ; une espérance presque certaine leur répondait du succès ; mais un fâcheux contre-temps, mais la mort d'un patron, mais le refroidissement d'un ami, mais la faveur d'un concurrent, mais quelque sujet que ce soit, a tout à coup rendu inutiles tant de démarches et tant de mouvements. Comme cette tour de Babylone, l'ouvrage est demeuré imparfait; et de cette fortune qu'on voulait bâtir, il n'est resté que la douleur d'y avoir perdu ses peines et vainement consumé ses jours. Ils édifieront, dit le Seigneur, et de mon souffle je disperserai tout ce qu'ils auront amassé de matériaux et fait de préparatifs.

2° Combien y en a-t-il qui, plus heureux en apparence, ont obtenu ce qu'ils souhaitaient? Tous les chemins leur ont été ouverts, tout les a soutenus; mais, dans leur élévation, à quoi se sont-ils vus exposés? à la censure et aux mépris, aux plaintes et aux murmures, aux traverses et aux contradictions, aux alarmes continuelles, aux affaires les plus désagréables, aux embarras les plus accablants, aux dégoûts et aux déboires les plus affreux; de sorte qu'ils ont été forcés de reconnaître que dans la médiocrité de leur premier état ils étaient mille fois, et plus honorés du public, et plus contents en eux-mêmes. Ils se promettaient de marcher dans des voies tout aplanies, mais Dieu les a semées d'épines.

3° Combien d'autres, après avoir vécu un certain nombre d'années dans la splendeur, et y avoir eu tout l'agrément qu'ils pouvaient attendre, ont été renversés par une disgrâce? de quelles chutes avons-nous entendu parler, et avons-nous même été témoins? Tout s'est éclipsé : des familles entières sont tombées avec leur chef, et l'éclat des pères n'a pu passer jusques aux enfants : car ce sont là les coups du bras tout-puissant de Dieu, et c'est ainsi qu'il abat de leur trône les potentats qui se confiaient en leur pouvoir.

4° Encore s'il daignait les consoler dans leur infortune! mais parce que jamais ils ne se sont occupés de Dieu et que jamais ils n'ont su recourir à Dieu, il les livre à leurs noires mélancolies. Il les voit se ronger, se désoler, dépérir, sans verser sur eux une goutte de son onction divine pour leur adoucir l'amertume du calice. Apprenons de Jésus-Christ à être humbles; c'est ce qu'il vient nous enseigner,  et c'est dans notre humilité que nous trouverons tout à la fois et l'innocence et le repos de nos âmes.
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Message  gabrielle le Mar 15 Déc 2015, 8:35 am

MARDI.

Saint Jean Baptiste condamne l’attachement aux richesses

Ne demandez point au delà de ce qui vous est marqué... contentez-vous de votre solde. (Luc, III, 14.)

Bourdaloue a écrit:Premier point. — Passion la plus vaine dans son objet. Il ne s'agit point ici de la vue sage et modérée qu'on peut avoir de ne pas manquer dans son état, et de s'y soutenir honnêtement. C'est une prudence, et Salomon lui-même demandait à Dieu de ne pas tomber dans l'extrême pauvreté ; mais il ne souhaitait pas avec moins d'ardeur que Dieu le préservât de la passion des richesses, la regardant comme une des passions les plus frivoles et les plus vaines.

En effet, à quoi aspire-t-elle, et pourquoi y aspire-t-elle? A quoi aspire-t-elle ? aux biens de la vie ; à les amasser, à les multiplier, à les accumuler; car c'est une de ces deux sangsues qui nous sont représentées au livre des Proverbes, et qui, ne se trouvant jamais remplies, ne cessent point de crier : Apporte, apporte. Or, qu'est-ce que ces biens qui allument une soif si ardente? des biens temporels, passagers, périssables; des biens qu'on acquiert aujourd'hui et qu'on perd demain, des biens qui du moins un jour nous seront certainement enlevés et dont on n'emportera rien avec soi, des biens qui du moins nous causeront d'autant plus de douleur quand, malgré nous, il les faudra quitter, que nous y aurons été plus attachés. En vérité, pour peu qu'on raisonne, peut-on ne pas voir que des biens de cette nature ne doivent point faire naître des désirs si vifs, et que de s'en infatuer, c'est une vanité et une faiblesse pitoyables? .

2° De plus, cette passion si aveugle, pourquoi aspire-t elle à ces biens visibles et terrestres? Est-ce pour en jouir? est-ce pour en goûter les douceurs? C'est seulement et précisément pour les posséder : car pour en jouir il faudrait en user, et l'usage les diminuerait. Or c'est ce qu'une âme intéressée ne veut point. On veut toujours mettre en réserve, et jamais ne rien ôter. De là, jusqu'au milieu de l'abondance, les plus sordides épargnes. Au lieu que l'Apôtre, plein de l'esprit de l'Evangile, disait : Nous n'avons rien et nous possédons tout ; l'avare, idolâtre de son trésor, doit dire : J'ai tout, et je vis comme ne possédant rien. Qui donc jouira de tant de biens? Des héritiers, et non point le maître qui les a actuellement dans les mains. Voilà ce que le Saint-Esprit, dans la Sagesse, appelle une grande misère, et ce que nous pouvons appeler une insigne folie.

Second point. — Passion la plus inquiète dans ses mouvements. C'est pour cela que l'Evangile compare les richesses à des épines, qui de leurs pointes piquent le cœur et déchirent l'âme. Inquiétude dans l'acquisition des biens après lesquels on soupire, et inquiétude dans leur possession.

1° Inquiétude dans l'acquisition : car ces biens ne viennent pas se présenter d'eux-mêmes ; il faut les rechercher, et Ce n'est pas sans peine qu'on les trouve. Mille obstacles s'opposent aux desseins qu'on forme, mille accidents les dérangent et les arrêtent. Cependant la passion d'avoir sollicite, presse, ne peut souffrir de retardements, tant elle est précipitée ; ne peut se contenter de rien, tant elle est avide. De là donc les troubles et les agitations. On se surcharge de travail, d'affaires, d'entreprises. L'une terminée, on s'engage dans une autre, et souvent même on les embrasse toutes à la fois. On y pense la nuit, on s'en occupe le jour ; on y sacrifie son repos, on y altère sa santé, on y expose sa vie. A force de vouloir se procurer un prétendu bonheur que l'imagination fait consister dans l'opulence, on se rend malheureux, et l’on consume ses années dans un tourment que la mort seule finit.

2° Inquiétude dans la possession. Il n'en coûte pas moins pour conserver que pour acquérir. Ce qu'on aime, on craint de le perdre ; et plus on l'aime, plus les alarmes sont fréquentes : car on les prend aisément. Une perte qui arrive chagrine, et est capable de désoler un homme à qui néanmoins il reste d'ailleurs beaucoup plus qu'il ne lui faut pour être en état de porter le dommage qu'il a souffert. Parce qu'on est âpre sur l'intérêt, on ne veut rien laisser inutile, mais on prétend que tout ce qu'on a profite, et ce sont toujours pratiques nouvelles, toujours nouvelles fatigues. On ne veut rien céder, rien relâcher de ses droits ; on les exige à la rigueur, et de là les contestations, les démêlés, les procès. Il n'y a là-dessus qu'à interroger tant de riches du siècle, et qu'à les faire parler. Leur convoitise les dévore; mais s'ils savaient la contenir et la régler, avec une fortune un peu moins ample, ils vivraient beaucoup plus tranquilles, et cette paix vaudrait mieux que toutes leurs richesses.

Troisième point. — Passion la plus dangereuse dans ses effets à l'égard de la conscience et du salut. Outre que l'attachement aux biens de la vie est en soi un péché, et qu'il a sa malice propre, c'est encore la source de mille péchés. Vérité d'autant plus triste et plus déplorable, qu'elle a moins besoin de preuves, et que les exemples en sont plus communs. Y a-t-il injustice que cette passion ne fasse commettre, et y a-t-il injustice qu'elle n'empêche de réparer?

1° Quelles sortes d'injustices cette criminelle passion ne fait-elle pas commettre? Qu'a-t-on vu dans tous les siècles, et que voyons-nous autre chose tous les jours, que des usures, que des fraudes, que des violences, que des concussions ( escroquerie)? Quelles voies n'a-t-on pas imaginées pour gagner et pour s'enrichir aux dépens des particuliers, aux dépens du juste, aux dépens du pauvre, aux dépens de la veuve, de l'orphelin ; et cela, non point seulement dans le monde libertin et corrompu, mais dans le monde même chrétien, parmi un certain monde assez réglé d'ailleurs, et réputé vertueux et dévot? Iniquités plus grossières dans les uns, iniquités plus subtiles et plus couvertes dans les autres, mais toujours iniquités qu'on ne justifiera jamais au tribunal d'une conscience droite et saine, quoiqu'on ne manque pas d'artifices et de détours pour les accorder avec une conscience fausse et erronée.

2° Le comble de l'iniquité, c'est que la même passion qui fait commettre tant d'injustices empêche de les réparer. La nécessité de la restitution est un principe universellement reçu; nul ne l'ignore : mais la pratique de la restitution est une chose presque absolument inconnue. Chacun sait s'en dispenser : pourquoi? parce que chacun ne consulte que son attache au bien, et qu'il n'est rien de plus ingénieux que cette damnable avarice à inventer des prétextes et à éluder les plus étroites obligations. Mais si elle se déguise à nos yeux, elle ne peut se déguiser aux yeux de Dieu, qui la dévoilera dans son jugement, et qui la réprouvera. Gardons-nous d'une si terrible condamnation, et suivons l'avis que nous donne le Sauveur des hommes : Ne cherchez point à amasser des trésors sur la terre, où la rouille et les vers consument tout; mais travaillez à amasser des trésors dans le ciel, où il n'y a ni rouille ni vers qui consument. Car où est votre trésor, là est votre cœur.

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Message  gabrielle le Mer 16 Déc 2015, 8:09 am

MERCREDI.

Jean-Baptiste condamnant les violences et les emportements.

Ne faites point de violence. (Luc, III, 14.)


Bourdaloue a écrit:Premier point. — Le mérite de la douceur chrétienne. Il consiste en ce que cette vertu demande une victoire de nous-mêmes la plus héroïque, et une victoire de nous-mêmes la plus constante.

1° Victoire de nous-mêmes la plus héroïque. Car il n'est pas ici question d'une douceur de naturel qui ne s'émeut de rien, et qui, sans effort, s'accommode à tout ce qui se présente et à tout ce qu'on souhaite. C'est un don de Dieu, mais ce n'est pas précisément une vertu. II s'agit d'une douceur chrétienne dont les devoirs sont de réprimer dans le fond de l'âme toutes les vivacités et toutes les saillies que la colère peut exciter ; de ne donner au dehors nuls signes ni d'impatience, ni d'aigreur, en des rencontres néanmoins où le cœur souffre intérieurement et se sent piqué ; de mesurer toutes ses paroles, et de n'en laisser pas échapper une ou de mépris ou de plainte même à l'égard de ceux dont on a plus lieu d'être malcontent; de se comporter dans toutes ses manières avec un air toujours honnête, modeste, humble et affable ; d'user de condescendance dans les occasions contre son inclination propre, et de se gêner, de se contraindre en faveur de certains esprits difficiles, en faveur de certaines personnes, plus capables que les autres, par leurs imperfections et leurs faiblesses, d'inspirer de l’éloignement et du dégoût. Or, pour cela quelles violences n'est-on pas obligé de se faire, et que ne doit-on pas prendre sur soi ? Car la douceur ne rend ni aveugle ni insensible : on s'aperçoit des choses, on en est touché, et si l'on suivait les impressions de la nature, on éclaterait; mais en vue de Dieu, et par un esprit du christianisme, on étouffe sa peine et on l'ensevelit. Est-il un plus beau sacrifice ? est-il une abnégation de soi-même une mortification plus parfaite?

2° Victoire de nous-mêmes la plus constante. Il y a des vertus dont la pratique est plus rare, parce que les sujets en sont moins ordinaires et moins fréquents. Mais la douceur dont nous parlons est une vertu de tous les états, de tous les lieux, de toutes les conjonctures, de tous les temps; une vertu de toute la vie et de tous les moments de la vie : car toute la vie se passe à penser, à converser, à traiter avec le prochain, à agir; et par conséquent, les sujets sont continuels de se vaincre, en ne se départant jamais d'une douceur toujours égale, soit dans les sentiments, soit dans les paroles, soit dans les actions. Continuité qui donne le prix à toutes les vertus, et qui en est comme le couronnement et la perfection. Hélas! les moyens de se sanctifier ne nous manquent point, mais nous leur manquons. Où est cette douceur évangélique, et où la trouve-t-on? Je ne demande pas où l'on trouve une douceur affectée et de politique, une douceur apparente et de pure bienséance, une douceur de tempérament et d'indifférence : or voilà quelle est la douceur que font paraître en certaines rencontres un nombre infini de mondains. L'intérêt les retient, et ils craignent de se faire tort en éclatant, et de nuire à leur fortune. Une vaine gloire les arrête, et ils croiraient se déshonorer s'ils venaient à perdre la gravité et la modération qui convient à leur âge, à leur état, à leur caractère.

Une lente et molle indolence les rend insensibles à mille choses qui, selon les vues ordinaires et humaines , devraient les piquer et les soulever. Mais tout cela ne peut être devant Dieu de nulle valeur, puisque tout cela n'a Dieu ni pour principe ni pour fin. Je demande donc où l’on trouve cette douceur que Jésus-Christ a canonisée, et dont il a été le modèle; cette douceur qui, par le motif d'une charité fraternelle et toute divine, apprend au fidèle à se renoncer, à se captiver, à se modérer, à se taire, à supporter, à pardonner, à ne s'expliquer qu'en des termes obligeants, et à ne témoigner jamais ni amertume ni dédain. Où, dis-je, est-elle ? L'usage du monde et de toutes les conditions du monde ne fait que trop voir combien elle y est peu connue et peu mise en œuvre.

Second point. — Le fruit de la douceur chrétienne : c'est la paix au dedans de soi-même, et la paix au dehors.

1° La paix au dedans de soi-même. Un des plus grands biens que nous avons à désirer pour le bonheur de notre vie et en même temps pour la sanctification de notre âme, c'est de nous rendre maîtres de nous-mêmes et de nos passions ; surtout maîtres de certaines passions plus vives, plus impétueuses, plus turbulentes. Sans cet empire, point de paix intérieure. Et de quelle paix en effet peut être assuré et peut jouir dans son cœur un homme sujet aux colères, aux promptitudes, aux dépits, aux aversions, aux antipathies, aux envies, aux vengeances ?

D'une heure à une autre peut-il compter sur lui-même, et n'est-il pas comme une mer orageuse, où les flots s'élèvent au premier vent et forment de rudes tempêtes ? Or, que fait la douceur chrétienne? elle bannit toutes ces passions, ou elle les combat ; et, à force de les combattre, elle les soumet et les calme. On prend tout en bonne part : ce qu'on ne peut justifier, on le tolère; on ne s'offense point, on ne s'aigrit point; et par la que de mouvements du cœur et de pénibles sentiments on s'épargne ! que de réflexions chagrinantes ! que d'agitations de l'esprit et de dissipations ! Mais, ce qui est encore plus important, de combien de fautes, de combien de péchés se préserve-t-on ! Quelles grâces du ciel, quelles communications divines est-on en disposition de recevoir! Car, comme Dieu ne se plaît point dans le trouble, il aime à demeurer dans la paix, et une âme pacifique est d'autant mieux préparée à le posséder, qu'elle sait mieux se posséder elle-même.

2° La paix au dehors. On l'entretient par la douceur ; c'est-à-dire qu'on vit bien avec tout le monde. Et le moyen qu'on eût avec qui que ce soit quelque démêlé, puisqu'on est toujours attentif à ne rien dire et à ne rien faire qui puisse blesser personne ; puisqu'on est toujours prêt à prévenir les autres et à leur céder ; puisqu'on a un soin extrême d'éviter toute contestation qui pourrait naître entre eux et nous ; puisque partout on leur donne toutes les démonstrations d'une affection sincère, et d'une pleine déférence à leurs volontés? C'est ainsi qu'on se les attache, et que la parole du Fils de Dieu s'accomplit, savoir, que les débonnaires gagneront toute la terre .

Heureuses donc, soit dans l'état séculier, soit dans l'état religieux, toutes les sociétés qu'une charité douce et officieuse assortit, et où elle maintient la bonne intelligence et l'union des cœurs ! Mais, par une règle toute contraire, on ne saurait assez pleurer le sort de tant de familles, de tant de maisons et de compagnies, où des esprits ardents, des esprits impatients et brusques, des esprits durs et intraitables, des esprits fiers et hautains, défiants et délicats, des esprits critiques et sévères à l'excès, des faux zélés, d'impitoyables et de faux réformateurs, allument le feu de la discorde, et sèment les querelles et les divisions. Quels scandales, quels maux s'ensuivent de là ! On n'en est que trop instruit ; mais pour couper court à de tels désordres, et pour y remédier, on ne peut trop s'étudier soi-même, ni trop prendre de précautions.
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Message  gabrielle le Jeu 17 Déc 2015, 7:34 am

JEUDI.

Jean-Baptiste condamnant la médisance.

Ne parlez mal de personne. (Luc, III, 14.)

Bourdaloue a écrit:Premier point. — Facilité de la médisance. Un péché où nous porte le penchant de la nature ; un péché dont l'occasion nous est fréquente et presque continuelle ; un péché que nous nous justifions à nous-mêmes par de spécieux prétextes et des sujets apparents ; un péché qui ne coûte que quelques paroles, et dont les moyens sont toujours les plus présents et les plus prompts ; enfin un péché qui fait l'agrément des conversations, et qui se trouve applaudi et bien reçu de tout le monde, c'est sans doute un péché aisé à commettre. Or telle est la médisance.

1° Péché où nous porte le penchant de la nature, je dis de la nature corrompue ; car voici quelle est la perversité de notre esprit ; nous nous rendons mille fois plus attentifs à découvrir dans le prochain le mal que le bien, et nous sommes incomparablement plus enclin à nous entretenir de ses mauvaises que de ses bonnes qualités. C'est ce que nous éprouvons tous : mais outre cette inclination commune, il y en a encore de plus particulières dans une multitude infinie de gens, les uns légers à parler, et ne pouvant rien retenir de ce qu'ils savent ou qu'ils croient savoir ; les autres critiques et censeurs, trouvant partout à reprendre, et s'épanchant volontiers sur tout ce qu'ils remarquent dans autrui, ou qu'ils pensent y remarquer, d'imperfections et de défauts : or  dès que c'est la pente naturelle qui nous conduit, a-t-on de la peine à suivre le mouvement dont on se sent emporté?

2° Péché dont l'occasion nous est fréquente et presque continuelle. Eh ! que fait-on autre chose dans la société humaine, que de se voir, que d'avoir ensemble d'oisifs et de longs entretiens ; et parce qu'il ne semble pas qu'on puisse les soutenir sans le secours de la médisance, de quelle autre chose s'occupe-t-on? On se donne l'exemple les uns aux autres, on s'excite les uns les autres ; les plus sages ne peuvent résister au torrent, et sont en quelque manière forcés d'entrer dans le discours, et de se joindre à ceux qui l'ont entamé. Bien loin qu'il leur fût difficile de médire, il ne leur serait presque pas possible de s'en abstenir et de se taire.

3° Péché que nous nous justifions à nous-mêmes par de spécieux prétextes et des sujets apparents. On dit : Que faire? il faut bien que quelqu'un soit mis en jeu ; autrement on tarirait bientôt, et on demeurerait dans le silence. On dit : Il faut bien être instruit de tout ce qui se passe ; il faut bien connaître le monde, afin de ne s'y pas tromper. On dit : Je n'ai rien contre ces personnes, et je ne prétends point leur nuire ; si j'en parle, c'est fort indifféremment. On dit : La chose n'est pas secrète, ou dans peu elle cessera de l'être. On dit : C'est un homme dont je n'ai pas lieu d'être content, il en use mal : pourquoi l'épargnerai-je? il se fait trop valoir ; il est bon de l'humilier. On dit : Je n'en impose point, je n'avance rien de faux, tout est comme je le rapporte. Enfin, que ne dit-on pas? et, rassuré de la sorte, avec quelle liberté ne s'explique-t-on pas et ne lance-t-on pas les traits les plus piquants?

4° Péché qui ne coûte que quelques paroles, et dont les moyens sont toujours les plus présents et les plus prompts : il ne s'agit que de s'énoncer, ou même, au défaut de la voix, un geste, un signe, un coup d'oeil suffit, et dans un moment fait concevoir tout ce que la bouche pourrait exprimer : car on médit en plus d'une façon, et il y a pour cela plus d'un langage.

5° Péché qui fait l'agrément des conversations, et qui se trouve applaudi et bien reçu de tout le monde. Ce n'est pas que dans le fond de l'âme, on n'ait souvent en horreur le médisant; mais la médisance plaît, surtout quand elle est assaisonnée de bons mots, c'est-à-dire de mots qui percent, qui déchirent, qui exposent le prochain à la risée, et qui insultent en quelque sorte à sa honte et à son malheur. Tous les esprits alors se réveillent pour écouter, et on redouble l'attention : il n'est donc point surprenant, après cela, qu'avec un accès si facile la médisance fasse de si grands progrès, et que sans obstacle elle répande de tous côtés son venin. Aussi est-ce le péché le plus commun, et de là les parfaits chrétiens tirent deux conséquences : la première, d'éviter, autant qu'il leur est possible, le commerce du monde; et la seconde, d'y être toujours en garde toutes les fois qu'ils y sont appelés : car ils n'ignorent pas combien la médisance est un mal contagieux, et avec quelle subtilité et quelle vitesse il se communique.

Second point. — Grièveté de la médisance. C'est un principe général, et que nous devons reconnaître avant toutes choses, savoir : que la médisance est, de sa nature, un péché grave : pourquoi? par le tort qu'elle fait au prochain, à qui elle ravit le plus cher de tous les biens de la vie humaine et civile, qui est la réputation. Car la réputation, disent les théologiens, est un bien propre où chacun a droit, et un bien d'une valeur inestimable dans l'opinion des hommes : par conséquent, si je l'enlève à mon frère sans un titre légitime et sans une solide raison, c'est une injustice dont je me rends coupable envers lui, et dont je lui dois une réparation aussi entière qu'elle le peut être. Mais, pour ne pas insister davantage sur un point si universellement établi et tant de fois traité(…),   attachons-nous à quelques circonstances particulières sur quoi il est moins ordinaire de s'expliquer, et mesurons ici la grièveté de la médisance par le caractère des personnes qu'elle attaque, par les tours malins qu'on lui donne, par le dessein prémédité qu'on s'y propose, par l'éclat avec lequel on la répand, par les scandales qui en naissent : cinq degrés d'injustice, et cinq articles qui contiennent tout le fond de cette seconde partie.

1° Grièveté de la médisance par le caractère des personnes qu'elle attaque. A qui fait-elle grâce, et où ne porte-t-elle pas ses coups? Y a-t-il une dignité si auguste qu'elle respecte? y a-t-il une profession si sainte qu'elle épargne ? Or, il est vrai néanmoins qu'il y a des places, des rangs, des professions où la réputation est beaucoup plus précieuse, plus délicate, plus aisée à blesser que dans les autres, et où les brèches qu'on y fait ont des conséquences beaucoup plus funestes. (…) Mais la médisance ne connaît point cette distinction, et ne la veut point connaître (…)

2° Grièveté de la médisance par les tours malins qu'on lui donne. Un fait rapporté simplement, et mis dans son jour naturel, peut faire moins d'impression. Mais ce n'est point assez pour la médisance ; il faut qu'elle en raisonne, il faut qu'elle l'enfle, qu'elle l'exagère, qu'elle l'interprète à son gré, qu'elle en pénètre les plus secrètes intentions, qu'elle en développe tous les plis et tous les replis : comme si elle n'était pas contente du récit injurieux qui la rend déjà criminelle, et qu'elle voulût encore y ajouter le jugement téméraire de la calomnie.

3° Grièveté de la médisance par le dessein prémédité qu'on s'y propose. Médire par entretien et par une espèce d'amusement, médire par inconsidération et par envie de parler, c'est toujours être condamnable : mais qu'est-ce donc de médire pour médire? Expliquons-nous. Qu'est-ce de médire pour déshonorer, de médire pour diffamer, de médire pour couvrir des gens d'opprobre, sans autre vue que l'opprobre même qui doit rejaillir sur eux? Car voilà jusqu'où va la médisance. Est-ce méchanceté pure? est-ce quelque intérêt, quelque passion qui anime? Quoi que ce soit, on ne s'en tient pas à ce qui semble de soi-même se présenter, ni à ce qu'on sait par les voies communes; mais on s'informe, mais on tâche de s'instruire, mais on recueille de toutes parts des mémoires, et l'on en grossit des volumes. Tout cela à quelle fin, et quelle en est l'utilité? quel en est le fruit? point d'autre que de décrier des particuliers, que de flétrir des familles, que d'humilier des maisons, que de scandaliser le public , et de le susciter contre des compagnies entières.

4° Grièveté de la médisance par l'éclat avec lequel on la répand. Plus le déshonneur est public, plus l'injure est sanglante : et souvent n'est-ce pas là ce qu'on demande et à quoi l'on vise? On sonne, pour ainsi dire, de la trompette, afin de faire entendre la médisance plus au loin. On veut qu'elle retentisse dans toute une ville, dans toute une province, dans tout un royaume. De là ces bruits qui courent comme des torrents impétueux, et dont toutes les oreilles sont rebattues. De là ces écrits, ces libelles dont toute la terre est inondée.

5° Grièveté de la médisance par les scandales qui en naissent. Un médisant dans une assemblée, c'est un homme contagieux, c'est un tentateur qui expose tous les assistants à deux sortes de tentations. En effet, un abîme attire un autre abîme, et une médisance une autre médisance. Si vous n'aviez point produit sur la scène celui-ci ou celle-là, il n'en eût point été question : on n'y pensait pas. Mais vous avez commencé, et on vous a suivi. Ce que vous avez dit pouvait être moins essentiel, mais on a bien enchéri sur vous. Vous ne l'avez pas prévu, mais il le fallait prévoir. De plus, si quelques-uns plus réservés et plus circonspects se sont abstenus de la médisance, ne l’ont-ils pas écoutée, et, en l'écoutant, ne l’ont-ils pas favorisée? n'y ont-ils pas pris goût? Or en cela ils sont coupables, et vous êtes l'auteur de leur péché. Scandale sur quoi on n'entre point en scrupule, dont on ne se fait point de peine, dont on ne s'accuse point, mais dont on ne sera pas sans reproche au tribunal de Dieu. Arrêtons-nous-là, laissons bien d'autres circonstances que nous pourrions marquer, et que nous sommes obligés d'omettre; c'est une matière inépuisable que toutes les injustices de la médisance et tous les désordres qu'elle cause. Prions Dieu qu'il dirige notre langue, et qu'il la conduise : car le Sage nous apprend que c'est au Seigneur de la gouverner). Apportons-y nous-mêmes toute l'attention et toute la circonspection nécessaire; et n'oublions jamais cette autre parole du Saint-Esprit, que la langue, selon que nous la réglons ou que nous lui permettons de s'échapper, porte la mort ou la vie.

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Message  gabrielle le Ven 18 Déc 2015, 8:21 am

VENDREDI.

Jean-Baptiste condamnant la dureté envers les pauvres.

Que celui qui a deux habits, en donne un à celui qui n'en a point; et que celui qui a de quoi manger en use de même. (Luc, II, 11.)


Bourdaloue a écrit:Premier point. — Devoir d'obéissance : car l'aumône est un commandement de Dieu. Commandement que Dieu a pu faire, commandement que Dieu a dû faire, commandement que Dieu a fait.

1° Commandement que Dieu a pu faire. Il est maître de nos biens, ou plutôt ce ne sont pas proprement nos biens, mais les biens de Dieu, qui nous les a donnés, et dont nous sommes seulement à son égard comme les dépositaires et les économes. C'est par grâce que nous les avons reçus : or, le maître qui dispense ses grâces à qui il lui plaît, peut y apposer aussi telle condition qu'il lui plaît. D'où il s'ensuit qu'il était libre à Dieu, en confiant au riche ses trésors, de le choisir seulement comme ce sage et fidèle administrateur dont il est dit dans l'Evangile, que le père de famille l'a établi sur toute sa maison, afin qu'il fournisse à chacun, quand il le faut, de quoi se nourrir.

2° Ce n'est pas assez : commandement que Dieu a dû faire. Où serait sa providence, cette providence universelle, s'il n'avait pas pourvu à la subsistance des pauvres? Or les deux voies d'y pourvoir étaient, ou de mettre entre les hommes une égalité parfaite de condition et de facultés, tellement qu'il n'y eût point de pauvres sur la terre ; ou, supposé cette inégalité que Dieu, dans le conseil de sa sagesse, a jugée plus convenable au gouvernement du monde, de porter une loi qui obligeât les uns d'assister les autres, et de suppléer à ce qui leur manque. Sans cela que feraient tant de misérables et de nécessiteux? à quoi auraient-ils recours? Dieu n'est-il pas leur père? Ne sont-ils pas ses créatures, son ouvrage, et leur a-t-il donné l'être et la vie pour les laisser périr de calamités et de besoins?

De là donc enfin commandement que Dieu non-seulement a pu faire, non-seulement a dû faire, mais qu'il a fait; et en voici la preuve incontestable. C'est que l'Ecriture, surtout l'Evangile, nous apprend que parmi les titres de damnation qui doivent être produits contre les réprouvés, un des plus formels, ce sera l'oubli des pauvres et le défaut de l'aumône. Par conséquent, disent les théologiens, il y a un commandement de l'aumône,  puisque Dieu ne nous damnera que pour une offense mortelle, et que, sans l'infraction d'un précepte, il n'y a point d'offense mortelle et digne de la réprobation. De détruire toutes les explications qu'on veut faire de ce précepte, tous les prétextes qu'on oppose à ce précepte, tous les détours qu'on prend pour éluder ce précepte, c'est ce que nous n'entreprendrons pas ; mais souvenez-vous, riches, que Dieu ne se laisse point tromper, et que, malgré toutes vos explications, malgré tous vos prétextes et tous vos détours, vous n'en serez pas moins frappés de ses anathèmes, et rejetés éternellement de sa présence.

Second point. — Reconnaissance envers Dieu, et reconnaissance envers Jésus-Christ, Sauveur des hommes et Fils de Dieu.

Reconnaissance envers Dieu. Sans parler de toutes les autres grâces dont les riches lui sont redevables, n'est-ce pas de sa libéralité qu'ils tiennent les biens  qu'ils possèdent? n'est-ce pas lui qui, dans le partage de ses dons temporels, les a distingués? et s'ils vivent dans l'abondance, tandis qu'une multitude presque innombrable d'indigents ressentent toutes les rigueurs de la pauvreté et de la disette, n’est-ce pas été de sa part une pure faveur? Or il est juste de lui en témoigner la reconnaissance qui lui est due; et celle qu'il nous demande, c'est que nous fassions retourner vers lui ses bienfaits, et que nous en usions pour l'entretien des pauvres, qui sont ses enfants. Tout méprisables qu'ils paraissent selon le monde, il les aime, et il veut que nous l'aimions dans eux ; il veut que nous acquittions envers eux sa providence, qui en est chargée.

Excellent motif de l'aumône : Je rends à Dieu ce qu'il m'a donné! Dans l'ancienne loi, on lui offrait solennellement les prémices des fruits de la terre, et il les recevait dans son temple et à son autel, par le ministère de ses   prêtres; mais sans cet appareil ni cette solennité, je lui offre encore les mêmes prémices et les mêmes fruits. Le temple où je les porte, c'est cet hôpital, c'est cette prison, c'est cette pauvre famille(…),  ce sont ces malades, ce sont ces captifs, ce sont ces orphelins; c'est cette veuve, ce père, cette mère, qui tous me tiennent la place de Dieu, et dont je deviens la ressource et le soutien. Est-il pour une âme charitable une pensée plus touchante et plus consolante?

Reconnaissance envers Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur des hommes. Dans un mot cette qualité de Sauveur nous fait comprendre tout ce que nous lui devons; et si nous le comprenons, est-il possible que nous ne nous sentions pas brûlés d'un désir ardent de lui marquer nous-mêmes notre amour? Or, ce qu'il dit à saint Pierre, il nous le dit, quoique dans un autre sens : Si vous m'aimez, paissez mes brebis .  C'est trop peu : non-seulement les pauvres sont ses brebis, mais il les appelle ses frères, mais il ne dédaigne pas de les compter pour ses membres. De sorte que tout ce qui est fait à un pauvre, et au plus petit des pauvres, il l'accepte comme étant fait à lui-même. Sommes-nous chrétiens, si des rapports aussi étroits que ceux-là entre Jésus-Christ et les pauvres n'excitent pas notre charité? Que pouvons-nous refuser à un Dieu Sauveur? Or, tout ce que nous refusons à ses frères et à ses membres, c'est à lui que nous le refusons. Après cela ne craignons-nous point qu'il ne retire de nous sa main libérale, et qu'il ne nous ferme le sein de sa miséricorde? Rien n'est plus capable de tarir la source des grâces divines, que notre ingratitude.

Troisième point. — Devoir de pénitence. Ou nous sommes dans l'état actuel du péché, et il en faut sortir par la pénitence; ou nous sommes rentrés dans l'état de la grâce, mais il faut expier nos péchés passés par la pénitence : or, un des moyens les plus efficaces pour l'un et pour l'autre, c'est l'aumône.

Moyen efficace pour sortir de l'état du péché : car il faut pour cela une grâce de pénitence, et cette grâce, nous ne pouvons plus sûrement l'obtenir que par les œuvres de la charité chrétienne envers les pauvres. C'est ainsi que les Pères entendent ce beau témoignage du saint homme Tobie en faveur de l'aumône, où il dit en termes si exprès et si précis, que l'aumône délivre de la mort de l'âme, qu'elle efface les péchés, qu'elle fait trouver grâce auprès de Dieu, quelle conduit à la vie éternelle . Comment cela? non pas, répond saint Augustin, que le pécheur soit réconcilié avec Dieu, ni que ses péchés lui soient remis du moment qu'il a fait l'aumône, mais parce que ses aumônes lui attirent du ciel de puissants secours pour se relever de ses chutes par une solide conversion, et pour se remettre dans le chemin du salut.

La grâce est le fruit de la prière; et, selon l'oracle du Saint-Esprit, l'aumône prie pour nous, et sa voix monte jusqu'au trône de Dieu pour le fléchir. Aussi est-ce une maxime constante parmi les maîtres de la morale et les docteurs les plus notoires dans la conduite des âmes, qu'à quelques excès qu'un homme soit abandonné, on peut toujours espérer de lui dans l'avenir un retour salutaire, tant qu'au milieu de ses désordres on le voit porté à faire du bien aux pauvres. Tôt ou tard Dieu récompense la miséricorde par la miséricorde.

Moyen efficace pour expier les péchés passés. Car, après être revenu à Dieu, il faut satisfaire à la justice de Dieu, il faut dès cette vie acquitter les dettes dont nous sommes chargés devant Dieu, et par là prévenir les rigoureux châtiments qui nous sont réservés après la mort, puisqu'en ce monde ou en l'autre le péché doit être puni. Or, entre les œuvres pénales et satisfactoires, il n'en est point de plus agréable à Dieu ni de plus recevable à son tribunal que l'aumône, et cela à raison de son utilité. En effet, les autres œuvres de pénitence ne sont profitables et utiles qu'au pénitent même qui les pratique; au lieu que l'aumône profite tout à la fois et au pénitent qui la fait, et au pauvre qui la reçoit. Sur quoi l'aveuglement des riches est bien déplorable quand ils négligent un moyen si présent que Dieu leur met dans les mains, et qu'ils perdent le plus grand avantage de leurs richesses; car voilà à quoi elles sont bonnes, et ce ne sont plus alors des richesses d'iniquité, mais une rançon pour racheter toutes les iniquités de la vie, et pour échapper au souverain Juge, qui n'en remet la peine qu'autant que nous nous l'imposons nous-mêmes. Tout autre usage des biens temporels est, ou criminel, ou vain, ou du moins passager; mais de s'en servir pour rendre à Dieu le devoir d'une humble obéissance, pour marquer à Dieu les sentiments d'une vive reconnaissance, pour se rapprocher de Dieu par la grâce et par une solide pénitence, c'est là l'usage chrétien qui les sanctifie, et qui, de richesses périssables, en fait les gages d'une bienheureuse immortalité.
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