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Message  gabrielle le Dim 18 Jan 2015, 7:18 am

IIe Dimanche après l'Épiphanie (2015)

Saint Bernard.

L'Evangile nous apprend aujourd'hui, que Notre-Seigneur  se rendit à des noces. Eh bien, suivant le conseil qu'il nous donne  en un endroit « soyons semblables à ceux qui attendent que leur maître revienne des noces»

Lorsque nous voyons dans les champs un homme qui à la main à la charrue ou dans le marché, quelqu'un qui vend ou qui achète quelque chose, nous ne leur disons point qu'attendez-vous ? Car ils ne ressemblent pas à des, gens qui sont dans l'attente. Mais quand nous voyons quelqu'un debout à la porte, frapper plusieurs fois de suite, et jeter les yeux vers les fenêtres, nous lui demandons ce qu'il attend, et personne n'est surpris de notre question. Ceux qui n'ont point fait la sourde oreille à la voix qui leur disait: « Soyez dans un saint repos et considérez que c'est moi qui suis véritablement Dieu » ressemblent à des gens qui sont dans l'attente. Or, le Seigneur viendra trouver ceux qui l'attendent en vérité et qui sont dans les mêmes dispositions que celui qui disait : «J'ai attendu le Seigneur dans une grande impatience. »

Il arrivera comme s'il revenait des noces, le cœur enivré du vin de la charité et oublieux de toute iniquité. Pour ceux qui ne l'attendent pas, il arrivera comme un maître qui revient des noces et comme un homme dont le vin, qu'il a bu en abondance, a doublé les forces . Oui, il sera ivre et il aura oublié son penchant à la miséricorde, car pour ce qui concerne ces gens-là, Dieu ne saura plus ce que c'est que la pitié. Il viendra, mais en colère, indigné, furieux en quelque sorte. Mais, ô Seigneur, veuillez ne point me reprendre quand vous serez ainsi animé par la fureur. Mais en voilà assez comme cela, non-seulement sur les noces présentes, mais encore sur ce qui m'a donné occasion de vous en parler.

Unissons-nous maintenant aux apôtres, et suivons le Seigneur avec eux afin de voir ce qu'il va faire, et de croire comme eux. « Or, le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : ils n'ont plus de vin » elle eut pitié d'eux dans sa bonté et prit part à leur embarras. Que peut-il couler de la source de la bonté sinon de la bonté ? Oui, je vous le demande, comment nous étonner que des entrailles mêmes de la bienveillance se produise une telle bienveillance? Est-ce que la main qui, pendant une demi-journée, a tenu un fruit n'en conservera point l'odeur le reste du jour? Quels parfums de bonté n'a donc point répandus dans les entrailles de Marie, la vertu même de charité qui y a séjourné pendant neuf mois entiers? D'ailleurs elle remplit son cœur avant d'avoir rempli son sein, mais en sortant de son sein, elle n'est point sortie de son cœur. Peut-être la réponse du Seigneur paraîtra-t-elle un peu dure et sévère; mais celui qui la fit savait bien à qui il parlait, de même que, celle-ci n'ignorait pas, qui la lui faisait. Mais si vous voulez savoir comment elle reçut cette réponse et combien elle comptait sur la bonté de son Fils, écoutez ce qu'elle dit à ceux qui servaient : « Faites tout ce qu'il vous ordonnera. »

« Or, il y avait là six grandes urnes de pierre. » Il faut maintenant que je place devant vous ces urnes qui doivent servir aux purifications des vrais Juifs, je veux dire de ceux qui sont Juifs selon l'esprit, non selon la lettre : ou plutôt il faut que je vous explique le sens de ces urnes qui se trouvaient là.

Tant que l'Eglise ne sera point encore arrivée à cet état de perfection dans lequel le Christ la fera paraître devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni rides, ni rien de semblable , elle aura besoin de nombreuses purifications, que l'indulgence abonde autant que le péché, la miséricorde à l'égal de la misère; bien plus, que la grâce ne suive même pas la proportion du péché , car non-seulement elle efface le péché, mais encore elle est la source des mérites.

Il y a donc six urnes disposées dans l'Eglise pour ceux qui tombent dans quelque péché après leur baptême, nous ne parlons que de ceux-là parce que nous sommes de leur nombre. Nous avons déposé notre ancien vêtement, mais hélas! nous l'avons repris pour notre plus grand mal. Nous nous sommes lavés les pieds, mais nous les avons depuis souillés plus qu'ils ne l'étaient d'abord. Mais de même que ce fut un autre que nous qui lava nos pieds qu'un autre que nous aussi avait souillés, ainsi maintenant comme c'est nous qui les avons salis de nouveau, c'est à nous de les laver. L'eau versée par des mains étrangères nous a purifiés d'une faute que nous tenions d'un autre que nous. Pourtant je ne dois point la présenter comme nous étant si étrangère qu'elle ne soit pas nôtre en même temps, autrement elle n'aurait pu nous souiller, mais elle est étrangère en ce sens que c'est à notre insu que nous en sommes tous devenus coupables en Adam, et elle est nôtre en ce sens , que, bien que nous ayons péché dans un autre, cependant c'est nous qui avons péché, et cette faute nous sera imputée par un jugement aussi juste qu'impénétrable de Dieu. Mais pour que tu n'aies point d'excuse; ô homme, pour réparer la désobéissance d'Adam, il t'a été donné l'obéissance de Jésus-Christ, en sorte que si tu as été vendu gratuitement, tu sois aussi racheté gratuitement; si tu as péri dans Adam à ton insu, c'est également à ton insu que tu es purifié en Jésus-Christ. Quand Adam a porté une main malheureuse sur le fruit défendu, tu n'en eus pas plus conscience de ce que fit le Sauveur quand il étendit ses mains innocentes sur l'arbre du salut. Du premier homme a découlé en ton âme la faute qui l'a souillée, et du côté de Jésus-Christ, l'eau qui l'a purifiée. Mais à présent, souillé par tes propres fautes, c'est dans ton eau à toi que tu devras te laver, mais toujours en celui et par celui qui seul purifie l'homme de ses péchés.

La première de ces urnes et la première de nos purifications est la componction dont nous lisons que le Seigneur a dit : « du moment que le pécheur la ressentira dans son coeur, je ne me rappellerai plus aucune de ses iniquités. »

La seconde est la confession, car la confession lave tous les péchés.

La troisième consiste dans l'aumône, selon ce que nous voyons dans l'Evangile : « Donnez l'aumône, et toutes choses seront pures pour vous . »

Le pardon des injures est le quatrième; car nous disons dans la prière : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés . »

La cinquième est la mortification de la chair, aussi demandons-nous dans la prière a d'être purifiés par l'abstinence, afin de chanter la gloire de Dieu.


La sixième est la soumission aux préceptes, à l'exemple des disciples qui méritèrent d'entendre ces paroles, et Dieu veuille que nous nous rendions dignes de les entendre aussi : « Pour vous, vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai dite . » Il est vrai qu'ils ne ressemblaient point à ceux dont il est dit : « Ma parole ne trouve point d'accès en vous« au contraire ils étaient soumis à la parole du Sauveur dès qu'ils l'entendaient.

Voilà quelles sont les six urnes qui ont été disposées pour nous purifier; elles sont vides ou ne sont pleines que de vent si elles ne vous servent qu'à la vaine gloire, au contraire elles sont remplies d'eau si elles sont gardées par la crainte de Dieu, attendu que la crainte du Seigneur est une source de vie. Oui, la crainte du Seigneur est une eau, une eau qui peut-être flatte peu le palais, mais dont la fraîcheur tempère admirablement les ardeurs des mauvais désirs; enfin c'est une eau qui éteint les traits enflammés de l'ennemi. Une ressemblance de plus entre la crainte et l'eau, c'est que celle-ci recherche toujours les fonds, et celle-là abaisse nos pensées, se plaît aussi à descendre, parcourt les endroits horribles avec une âme tremblante, selon ces paroles : « J'irai aux portes mêmes de l'enfer. » Mais par un effet de la puissance de Dieu, cette eau se change en vin, lorsque la pureté parfaite chasse toute crainte de notre âme.


(…) Le Seigneur dit donc à ceux qui servaient : « Emplissez d'eau ces urnes.» Que dites-vous là Seigneur ? Les serviteurs sont en peine pour se procurer du vin, et vous leur ordonnez de remplir d'eau ces urnes? N'est-ce pas ainsi que Laban donnait Lia au lieu de Rachel à Jacob qui soupirait après la possession de cette dernière ? C'est à nous,  à nous qui sommes vos domestiques et vos serviteurs, que Jésus-Christ ordonne de remplir les urnes d'eau, toutes les fois que le vin manque. C'est comme s'il nous disait : ils n'ont plus de dévotion, ils manquent de vin, ils demandent la ferveur ; mais mon heure n'est point encore venue, remplissez d'eau les urnes. Or, quelle est l'eau de la sagesse, cette eau salutaire, sinon douce, sinon la crainte du Seigneur, qui est la source de la vie et le commencement de la sagesse? (…) inspirez la crainte, emplissez de cette eau, non pas tant les vases que les cœurs, attendu que, pour arriver à la charité, il faut qu'ils commencent par la crainte, afin de pouvoir dire avec le Prophète : « Nous avons conçu dans votre crainte, Seigneur, et nous avons enfanté un esprit de salut » Mais comment les remplira-t-on ces urnes? L'Évangéliste nous a déjà prévenus que « les unes tiennent deux mesures, et les autres trois? Or, qu'est-ce qu'il faut entendre par ces deux mesures, et quelle est la troisième? Je vous réponds, il y a deux sortes de craintes communes et connues de tous; il en est une troisième moins commune et moins connue. La première est celle des tourments de l'enfer; la seconde est l'appréhension d'être privé de la vue de Dieu, et exclu de sa gloire inestimable; la troisième est celle qui remplit l'âme timide de toutes sortes d'appréhensions d'être un jour abandonnée de la grâce.

Or, toute crainte du Seigneur éteint la concupiscence du péché, comme l'eau éteint le feu. Mais cela est tout particulièrement vrai de la crainte qui s'élève dans une âme, au premier souffle de la tentation et lui fait appréhender le malheur de perdre la grâce et d'en venir à cet état où l'homme abandonné, tombe tous les jours d'un mal dans un pire, d'une faute moindre dans une plus grande, absolument comme on voit les personnes qui, une fois dans la malpropreté, se souillent encore davantage. Avec cette crainte, il n'y a pas de danger que l'âme se flatte elle-même, en se disant que la faute est légère, ou qu'elle s'en corrigera plus tard, car ce sont les deux prétextes qui paralysent le plus ordinairement les deux premières craintes. Eh bien, voilà l'eau dont le Seigneur nous ordonne d'emplir les urnes, car elles sont vides quelquefois, ou ne sont remplies que d'air ; ce qui arrive, par exemple, lorsque quelqu'un, est tellement insensé que, chez lui, l'amour de la vanité rend vides de mérites éternels (…)

Il peut se faire aussi quelquefois que ces urnes soient pleines, mais pleines de poison, c'est-à-dire remplies par l'envie, par les murmures, par la rancune et par les détractions. Voilà pourquoi, de peur que tous ces vices ne viennent à les remplir quand elles sont vides de vin, le Seigneur nous ordonne de les remplir d'eau, c'est-à-dire de la crainte qui fait observer les commandements de Dieu. Cette eau se trouve changée en vin lorsque la crainte cède la place à la charité, et que tout s'accomplit avec un esprit de ferveur, de plaisir et de dévotion.

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Message  gabrielle le Dim 25 Jan 2015, 7:50 am

IIIe Dimanche après l'Épiphanie

Père Louis de Grenade.

Voilà qu'un lépreux s'approche de Jésus et l'adore en disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir, vous avez dans ces paroles un exemple parfait de la manière dont il faut prier. Que ce point soit de la plus haute importance, nous ne pouvons en douter, après ces paroles de saint Jacques : " Vous demandez, et vous n'obtenez rien, parce que vous demandez mal. » Quelle est donc la manière de bien demander? Celle qu'employa le lépreux : car certainement sa prière n'eût pas été aussitôt exaucée, si elle n'eût été parfaite.

D'abord, il apporte dans sa prière la plus profonde humilité; il se prosterne la face contre terre, il adore le Seigneur, et lui expose ensuite sa demande. L'humilité de cœur est, mes frères, une condition essentielle de toute bonne prière ; « Dieu, selon la parole du Psalmiste, regarde la demande des humbles et ne méprise pas leur prière. » Vous sauverez votre peuple à cause de son humilité, lui disait-il, et vous confondrez les yeux des superbes. » Le caractère des natures généreuses est de se laisser fléchir par l'abaissement et l'infortune. Comme le dit le Poète, « Plus une âme est grande, et plus son courroux est facile à apaiser. Il suffit au lion d'avoir terrassé son ennemi : la lutte finit, dès que son adversaire est à terre. Il n'y a que les loups, les ours et les animaux aux instincts bas et rampants qui s'acharnent sur le corps de leurs victimes. » Si tel est le caractère des grandes et nobles natures, quelle sera donc, la conduite de Dieu envers sa créature suppliante? Achab, l'impie Achab, déjà dévoué à la mort, s'humilie devant le Seigneur, et le Seigneur dit à Elie : « As-tu vu Achab s'humiliant devant moi? Va le trouver, et déclare-lui que les maux prêts à fondre sur lui n'arriveront pas de son vivant. ». Voilà le pouvoir de l'humilité sur le cœur de Dieu, même chez les plus criminels des hommes.
À l'humilité le lépreux joignit cette foi inébranlable dont le divin Maitre nous marque ainsi la puissance : " tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et on vous raccordera. " Ce qui montre la foi du lépreux, c'est qu'il ne dit pas, comme un autre sans doute l'eût fait : « Si vous pouvez quelque chose, ayez pitié de moi et secourez-moi; » mais il confesse hautement sa divinité, en lui attribuant ce qui ne convient qu'a Dieu : « Si vous voulez, vous pouvez me guérir. " Il n'y a que Dieu en qui la puissance égale la volonté. De Dieu seul il est écrit : « Vous n'avez qu'à vouloir, pour qu'une chose soit exécutée," Et remarquez, que le lépreux ne prie pas le Sauveur, comme le fit le Centurion, de dire une seule parole; il le prie simplement de vouloir : « Si vous voulez, vous pouvez me guérir. » Je ne doute pas de votre puissance, mais de votre volonté; ou plutôt, le jugement que porte votre sagesse est le seul point qui me laisse quelque incertitude. Je sais que vous êtes tout-puissant, que vous êtes la bonté souveraine. Par conséquent, vous aimez le bien partout où il se présente. Ce que j'ignore, c'est la nature de ma demande. Est-elle sage, ou ne l'est-elle pas? La chair m'affirme qu'elle l'est, mais l'esprit doute et hésite. Vous, Seigneur, dont la sagesse n'est pas moins grande que la puissance et la bonté, vous savez ce qui me convient le mieux : c'est pourquoi je vous remets ma cause en toute confiance, et je m'abandonne entièrement a votre volonté. »

Ici se révèle une troisième disposition de l'âme, l'obéissance qui couronne l'humilité et la foi. C'est en effet par l'obéissance que la volonté propre se soumet entièrement au bon plaisir de la volonté divine. D'ailleurs cette troisième disposition résulte des deux autres, et elle les accompagne inséparablement dans toute prière parfaite. Nous ne devons jamais demander, sans nous soumettre entièrement ou bon plaisir de notre Dieu. Ne sachant pas prier comme il convient, il faut nous reposer de la légitimité de nos désirs sur la sagesse de la Providence, et accepter d'avance ses décrets.

Telles sont les trois qualités que nous découvrons dans la prière du lépreux, que nous devons reproduire dans nos prières. En premier lieu, humilions-nous profondément devant la Majesté infinie, et reconnaissons-nous indignes de paraître en sa présence, de nous entretenir avec elle et d'implorer son secours.

Puis ouvrons notre âme à la confiance, à la pensée de cette miséricorde qui est pour nous, suivant une expression ingénieuse, la garantie des bienfaits à venir. Que cette confiance relève notre âme abaissée par l'humilité, et comptons pour le succès de notre demande sur le trésor infini de la bonté de notre Dieu. Il faudrait que notre confiance fût semblable à la confiance de cette sainte femme dont parle l'Ecriture, qui, après avoir instamment demandé un fils au Seigneur, conserva désormais sur son visage, ajoute l'historien sacré, une expression de paix inaltérable, et cela, observe saint Augustin, parce qu'elle ne douta plus de l'efficacité de sa prière. Ainsi, loin de se combattre, ces deux vertus, la confiance et l'humilité, se soutiennent mutuellement. Si l'une se déclare indigne de toute faveur, et si l'autre ne doute jamais, c'est que la première ne considère que l'homme et ses misères, tandis que l'autre considère Jésus-Christ et ses mérites infinis.

Quant à la troisième disposition, qui est la soumission pleine et entière à la volonté divine, c'est principalement lorsque nous demandons la santé ou tout autre bien corporel, qu'il faut en être pénétré. Abandonnez-vous alors aux soins paternels du Seigneur, ne lui fixant ni temps, ni lieu, ni autre condition déterminée. Il y a des chrétiens qui marquent à Dieu toutes ces choses dans leurs prières, comme s'il n'avait qu'une seule manière de nous aider et de soulager nos besoins.

Ce n'est pas ainsi qu'agit le lépreux de notre Evangile. Quoique affligé d'un mal terrible, il ne s'obstine pas à demander sa guérison, et il s'en remet pleinement à la volonté du Sauveur. Il ne tarda pas à être exaucé. « Jésus étend sa main, le touche et lui dit : Je le veux, soyez guéri.-Et aussitôt il fut guéri de sa lèpre. » Pourquoi, mes frères, le Sauveur touche- t-il cet homme, quand il pourrait le guérir d'une seule parole?

D'abord, afin de nous apprendre par son exemple avec quel dévouement nous devons agir envers les personnes atteintes de maladies (…)

La lèpre étant l'image du péché, Jésus-Christ a voulu nous apprendre encore par cette action que personne ne peut être délivré du péché que par le secours du Seigneur et par le contact de sa main puissante. Si Dieu n'intervient, l'âme demeure sans cesse sous l'influence corruptrice du péché, sous le joug pesant du démon. Si Dieu n'intervient, le dragon infernal maintient sa demeure dans l'âme des malheureux pécheurs, et l'entoure de ses inextricables replis. (…) De même qu'une personne en mal d'enfant a besoin du secours et de l'art de la sage-femme pour être délivrée de son fruit; de même l'âme qui se propose d'exécuter le dessein de changer de vie, de briser les chaînes de Satan, de rompre avec les mauvaises habitudes, de fouler aux pieds les entraves que lui suscitent les passions et les plaisirs, a besoin du secours de la toute-puissance divine, sous peine de n'aboutir qu'à de vains résultats.

Rappelez-vous l'exemple de saint Augustin. Il y avait longtemps qu'il pensait à se convertir, avant de se donner entièrement à Dieu; mais ses efforts demeurèrent inutiles, jusqu'à ce que Dieu lui prêtât son appui. Que de chagrins, que d'angoisses il eut à souffrir, livré à lui-même ! Combien de tempêtes bouleversèrent son esprit! que de fois il renonça à l'espérance, que de fois il s'arrêta au milieu du chemin ! Que de fois il essaya d'imiter la chasteté d'autrui, et qu'il retomba vaincu par ses mauvaises habitudes. Mais dès qu'il eut éprouvé le contact salutaire de la main de Dieu, sa faiblesse disparut, et il remporta autant de victoires qu'il avait éprouvé de défaites.

Mais revenons au récit évangélique. Le lépreux ayant été guéri, le Sauveur lui dit : a Prends garde de n'en rien dire à personne. Va plutôt te montrer au prêtre. » Quelle est, ô divin maître, la raison du silence que vous lui commandez? Est-ce que la gloire de votre majesté n'exigeait pas que la magnificence de vos œuvres fût connue de tous les hommes ? Aviez-vous à redouter la vaine gloire, vous à qui tout honneur et toute gloire sont dus? Non, Seigneur, vous ne craigniez pas pour vous, mais pour nous, qui sommes plus légers que la paille, plus mobiles que la feuille emportée par le vent. C'est pourquoi il nous faut couvrir du voile du silence le bien que nous faisons et les grâces dont Dieu nous favorise, de crainte de rechercher notre propre gloire sous le prétexte de rechercher la gloire de notre Dieu. Il faudrait même, au jugement de saint Bernard, mettre plus de soin à cacher nos vertus qu'à cacher nos faiblesses. Or, comme nous mettons le plus grand soin à dissimuler nos faiblesses, pour ne pas perdre l'estime des hommes; avec quel soin devrions-nous dissimuler nos vertus, pour ne pas perdre l'estime de Dieu ! Ayons plutôt les yeux sur nos misères, que sur les bienfaits que Dieu nous accorde (…) de même, considérons les dons de Dieu en toute réserve et humilité, de peur que, au lieu d'en remercier le Seigneur, nous ne nous complaisions en notre propre mérite. C'est de la sorte que le Pharisien de l'Evangile, tout en voulant remercier Dieu de ce qu'il n'était point semblable au reste des hommes, tomba dans le piège grossier de l'orgueil.

Pour soustraire ses amis à ce péril, le Seigneur ne les comble quelquefois de ses faveurs, qu'à la condition d'ignorer eux-mêmes la préférence dont ils sont l'objet. Tous les Hébreux voyaient les rayons de lumière qui s'échappaient de la face resplendissante de Moïse; Moïse seul ne les voyait pas. Dans ces cas, Dieu ajoute un bienfait à d'autres bienfaits, et il ne permet notre ignorance, que pour sauvegarder notre humilité. C'était donc pour remédier à notre faiblesse, que Jésus-Christ recommandait au lépreux de tenir secret le miracle qui venait d'être accompli.

Il est encore question dans cet évangile de la guérison du serviteur du Centurion. « Le Seigneur étant venu à Capharnaüm, un centurion s'approcha de lui pour le prier et lui dire : "Seigneur, mon serviteur est chez moi paralytique, et il souffre beaucoup. » Jésus lui ayant répondu avec sa bonté ordinaire : « J'irai moi-même et je le guérirai" cet homme lui repartit avec la foi et l'humilité la plus touchante : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit...» Jésus l'ayant entendu fut dans l'étonnement, et se tournant vers ses disciples, il leur dit : " En vérité, je n'ai pas trouvé une pareille foi dans Israël," Et vraiment elle était bien admirable, cette foi du Centurion. Marthe avait une foi très-vive, lorsqu'elle proclamait ainsi la divinité du Christ cachée sous les traits de son humanité : « Oui, je crois que vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant, venu en ce monde. » Mais elle a dit aussi : « Si vous aviez été ici, mon»frère ne serait pas mort"

La foi du prince de la synagogue qui implorait la guérison de sa fille était encore bien vive; mais il demandait en même temps la présence corporelle du Sauveur : « Venez, lui disait-il, imposez vos mains sur sa tête, et elle vivra. ». Mais le Centurion ne demande ni présence corporelle, ni imposition de mains. « Dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »

Or la foi en la toute-puissance de Jésus ne pouvait être plus explicite. Comment, mes frères, une pareille lumière a-t-elle pu briller au milieu de si épaisses ténèbres? Il faut en rapporter la gloire à cette même toute-puissance. De même qu'elle guérit le serviteur malade, elle éclaira le maître au point d'entrevoir et d'exprimer cette vérité avec la plus admirable foi, avec une foi si surprenante, qu'elle excite l'admiration du Sauveur. Remarquez, que les empires, les royaumes, l'univers lui-même, ne sont rien aux yeux de Dieu. Eh bien ! Celui qui ne daigne pas accorder un regard aux biens de la terre, s'arrête avec admiration devant un acte de foi. Apprenez ici le prix de ce don que vous en avez reçu au jour de votre baptême : il est l'objet de l'admiration de celui duquel il est écrit : « Rien n'est admirable à ses yeux. »

Mais la foi dont je parle n'est pas une foi quelconque; c'est la foi qui ressemble à la foi du Centurion. Le caractère particulier à cette foi, est d'enflammer la volonté en même temps qu'elle illumine l'intelligence. La foi déclarait d'abord au Centurion que la science et la puissance de ce Dieu caché sous une enveloppe mortelle ne reconnaissaient aucune limite. Or la conséquence pratique de cet enseignement était qu'il fallait implorer la guérison désirée d'une simple parole de Jésus, laquelle ne pouvait pas demeurer sans une pleine efficacité. La conséquence pratique de cet enseignement était encore de témoigner à une majesté si haute la plus grande humilité et le plus grand respect. En disant au Sauveur : « Prononcez une seule parole, et mon serviteur sera guéri, » le Centurion accomplissait la première de ces choses : il accomplissait la seconde en ajoutant : « Seigneur, je ne mérite pas que vous entriez sous mon toit. Je ne me suis même pas jugé digne de venir moi-même à vous, poursuit-il dans saint Luc.

Considérez la perfection de son humilité, qui ne lui permet pas de paraître, lui Centurion, en présence du fils du charpentier, malgré le danger où était son serviteur. C'est qu'il comprenait que Jésus-Christ joignait à une puissance infinie une science sans bornes, dont la lumière découvrait à ses yeux les profondeurs de l'âme, les pensées secrètes des cœurs, les désirs et les images vaines dont ils sont remplis. Voilà pourquoi, dans la conscience de sa bassesse et de son imperfection, il redoutait sa présence. C'est le même sentiment qui inspirait à saint Pierre, après la pêche miraculeuse, ces paroles où se trahissent la crainte et l'effroi : « Eloignez-vous de moi, Seigneur, car je ne suis qu'un homme pécheur. »

Un respect si profond envers le Sauveur jaillissait du foyer intérieur d'une vive foi. Tâchons de ranimer en nous ce foyer amorti, afin que désormais, outre l'éclat qu'il répandra sur notre intelligence, il communique à la volonté une ardeur qui la détermine à suivre en toutes choses pour règle les enseignements de l'amour divin. Ainsi, après avoir marché ici-bas selon la foi, nous atteindrons la couronne qui nous est offerte ; et après avoir contemplé Dieu sur la terre d'une façon énigmatique, nous mériterons de le contempler à découvert avec les esprits bienheureux dans la céleste patrie.


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