LE FEU DE L'ENFER EST-IL SOUS TERRE?

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Message  Louis le Mar 09 Nov 2010, 9:19 am

Somme Théologique,Saint Thomas d'Aquin, suppléments, Q. 97, art. 7 a écrit:

LE FEU DE L'ENFER EST-IL SOUS TERRE?

1. Il semble que ce feu ne soit pas sous terre. Car il est dit de l'homme damné (Job, xviii, 18) que Dieu le transportera hors du globe. Donc le feu qui tourmentera les damnés n'est pas sous terre, mais hors de l'univers.

2. Rien de ce qui est violent et accidentel ne peut être éternel. Il n'y aura donc là rien par violence, mais tout existera naturellement. Or, sous la terre le feu ne peut exister que par violence. Donc le feu de l'enfer n'est pas sous la terre.

3. Le feu de l'enfer tourmentera tous les corps des damnés après le jour du jugement. Or, ces corps rempliront un lieu. Et puisque la multitude des damnés doit être très-grande, parce que le nombre des insensés est infini (Eccles. I, 15), il faut un très-grand espace pour contenir ce feu. Cependant il ne paraît pas convenable de dire qu'il y a dans l'intérieur de la terre une aussi grande cavité ; puisque les parties de la terre se portent naturellement vers le centre. Ce feu ne sera donc pas sous terre.

4. Il est dit (Sap. xi, 17) : On est tourmenté par les choses au moyen desquelles on pèche. Or, les méchants ont péché sur la terre. Donc le feu qui les punit ne doit pas être sous la terre.

Mais ce qu'il y a de contraire c'est qu'il est dit (Is. xiv, 9) : L'enfer qui est sous nos pas a été troublé et il a envoyé à ta rencontre. Donc le feu de l'enfer est sous nous.

Saint Grégoire dit (Dial. iv, cap. 42) : Je ne vois rien qui s'oppose à ce que l'on croie que l'enfer est sous la terre.

Sur ces paroles (Jon. II: vous m'avez jeté au cœur de la mer) la glose dit : c'est-à-dire dans l'enfer, et pour l'enfer l'Evangile dit (Matth. XII, 40) : au cœur de la terre : car comme on dit que le cœur est au milieu de l'animal, de même on dit que l'enfer est au milieu de la terre.

CONCLUSION. -- Quoique personne ne connaisse certainement où est l'enfer à moins de l'avoir appris de l'Esprit-Saint, cependant pour que les âmes qui ont péché par amour de la chair reçoivent ce qu'on a coutume de faire à la chair après qu'elle est morte, il est convenable de croire qu'il est sous terre.

Il faut répondre que comme le dit saint Augustin (De civ. Dei, lib. xv, cap. 16 à princ.) et comme on le voit (Sent. iv, dist. 44), je pense que personne ne sait en quelle partie du monde est l'enfer, à moins que l'esprit de Dieu ne lui ait révélé.

C'est pourquoi saint Grégoire interrogé sur cette question (Dial. iv, cap. 42) répond : Je n'ose rien définir témérairement à ce sujet. Car il y en a qui ont pensé que l'enfer était dans une partie de la terre, tandis que d'autres croient qu'il est sous la terre. Et il montre par deux raisons que cette dernière opinion est la plus probable : d'après la nature même du nom en disant : si nous l'appelons enfer (infernum) parce qu'il occupe la partie inférieure (inferius jacet), il doit être à la terre ce que la terre est au ciel ; d'après ce passage (Apoc. v, 3) : Personne ne pouvait ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre ouvrir le livre où le mot dans le ciel se rapporte aux anges, le mot sur la terre se rapporte aux hommes qui vivent actuellement, et le mot sous la terre se rapporte aux âmes qui sont dans l'enfer.

Saint Augustin parait aussi indiquer deux raisons (Sup. Gen. ad litt. lib. xii, cap. 34) pour lesquelles il serait convenable que l'enfer fût sous la terre. L'une c'est que les âmes des morts ayant péché par amour de la chair, il est convenable qu'elles aient le sort qui est ordinairement réservé à la chair après la mort, c'est-à-dire qu'on les enfouisse sous terre. L'autre c'est que ce que la gravité est aux corps, la tristesse l'est aux esprits et la joie est dans le même rapport que la légèreté. Par conséquent comme en suivant la loi de la gravité tous les corps les plus lourds sont les plus bas, de même tout ce qu'il y a de plus triste selon l'esprit doit être ce qu'il y a de plus inférieur; et comme le ciel empyrée est le lieu qui convient à la joie des élus, de même le lieu le plus infime de la terre est celui qui convient à la tristesse des damnés.

On ne doit pas faire attention à ce que di saint Augustin (ibid.et cap. 33 à princ.) quand il observe qu'on dit ou qu'on croit que les enfers sont sous terre; parce que dans son livre des Rétractations (lib. II, cap. 29) il se rétracte en disant : ïl me semble que j'ai dû dire que les enfers sont sous terre plutôt que de rendre compte pourquoi on dit ou l'on croit qu'ils sont là.

Cependant il y a des philosophes qui ont prétendu que le lieu de l'enfer était sous le globe terrestre, mais à la surface de la partie de la terre qui nous est opposée. Ce sentiment parait avoir été celui de saint Isidore quand il a dit (hab. in glos. ord. super illud Is. lx : Non erit tibi amplius) que le soleil et la lune s'arrêteront dans l'ordre où ils ont été créés, dans la crainte que les impies livrés aux supplices ne jouissent de leur lumière. Cette raison serait nulle, si l'on disait que l'enfer est au dedans de la terre. On a vu clairement (quest. xci, art. 2) comment ces paroles pouvaient s'entendre. Pythagore a placé le lieu des peines dans une sphère de feu qu'il a supposée au milieu de tout l'univers, et il a appelé cette région la prison de Jupiter, comme Aristote le rapporte ( De cœlo et mundo, lib. ii, text. 73). Mais l'opinion qui s'accorde le mieux avec ce que dit l'Ecriture, c'est celle qui soutient qu'il est sous la terre.

Il faut répondre au premier argument, que cette parole de Job : Dieu le transportera hors du globe, doit s'entendre du globe terrestre, c'est-à-dire de ce monde. Et c'est ainsi que l'entend saint Grégoire (Mor. lib. xiv, cap. 11) quand il dit : Car il est transporté hors du globe, lorsqu'à l'apparition du juge suprême, il est enlevé de ce monde où il s'est glorifié d'une manière perverse. On ne doit pas supposer que le globe signifie en cet endroit l'univers, comme si le lieu des peines était en dehors de l'univers entier.

Il faut répondre au second, que le feu est conservé éternellement dans ce lieu d'après l'ordre de la justice divine; quoique un élément ne puisse pas durer éternellement selon sa nature hors de son lieu, surtout pendant que l'état de la génération et de la corruption subsiste. Mais le feu aura en cet endroit la plus grande force, parce que sa chaleur sera réunie de toutes parts, à cause du froid de la terre qui l'environne de tous les côtés.

Il faut répondre au troisième, que l'enfer aura toujours assez d'étendue pour recevoir les corps des damnés ; car l'enfer est compté (Prov. xxx) parmi les trois choses qu'on ne peut remplir. Il ne répugne pas non plus que la puissance divine ait réservé dans les entrailles de la terre une cavité si grande qu'elle puisse recevoir les corps de tous les damnés.

Il faut répondre au quatrième, que ces paroles : On est tourmenté par les choses au moyen desquelles on pèche ne s'appliquent nécessairement qu'aux principaux instruments du péché. Car, comme l'homme pèche dans son âme et dans son corps il sera puni dans l'un et l'autre. Mais il n'est pas nécessaire qu'on soit puni dans le même lieu qu'on a péché; puisque le lieu que doivent occuper les damnés n'est pas le même que celui que doivent occuper les hommes à l'état d'épreuve. — Ou bien il faut dire que ces paroles s'entendent des peines que l'homme subit en cette vie; selon que toute faute a sa peine qui lui est annexée, dans le sens que tout esprit déréglé est à lui-même sa peine, comme le dit saint Augustin (Confess. lib. I, cap. 12 in fin.).

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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