LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet

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Message  ROBERT. le Ven 10 Sep 2010, 8:04 pm

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LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet Saint_11


IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.


A partir d'ici il faut traiter du don d'intelligence et du don de science. Ce sont eux qui répondent à la vertu de foi. [1]

A propos du don d'intelligence huit questions se posent :

1. L'intelligence est-elle un don de l'Esprit-Saint ?

2. Peut-elle exister dans le même individu en même temps que la foi ?

3. Cette intelligence qui est un don, est-elle spéculative seulement, ou bien est-elle pratique aussi ?

4. Tous ceux qui sont en état de grâce ont-ils le don d'intelligence ?

5. Ce don se trouve-t-il chez quelques-uns en dehors de la grâce ?

6. Comment se comporte le don d'intelligence par rapport aux autres dons ?

7. Ce qui répond à ce don dans les béatitudes.

8. Ce qui y répond dans les fruits du Saint-Esprit.





note explicative :

[1] Qu. 8, prol. — Conformément au programme qu'il s'est tracé dès le prologue de la morale spéciale, l'auteur annexe à la vertu de foi les dons qui la couronnent. Il fera de même pour toutes les vertus, théologales et cardinales, qu'il étudiera dans la suite. C'est un beau surcroît que cette grâce des dons ajoutée partout à celle des vertus. Mais c'est normal. Ceux qui sont en état de grâce et en possession de vertus infuses sont tous en droit de compter sur les inspirations du Saint-Esprit et en disposition de les recevoir.

— Quels dons s'ajoutent spécialement à la vertu de foi ? Puisque la foi est ce qui nous aide à penser Dieu, les dons qui l'ornent sont évidemment de ceux qui nous inspirent de bien penser. Quatre sur sept sont de cette sorte : l’intelligence, la science, la sagesse et le conseil. Tous les quatre ont des affinités avec la foi. Tous les quatre supposent une foi vive et y procurent cet enrichissement qu'on a coutume d'appeler l'esprit de foi.

L'auteur cependant renvoie le don de conseil à la vertu de prudence parce qu'il est surtout fait, comme son nom l'indique, pour les inspirations pratiques de la vie. Il réserve aussi le don de sagesse et le joint à la vertu de charité parce qu'il faut faire beaucoup d'amitié à Dieu pour recevoir de lui ces hautes inspirations qui le font goûter en tout. Il est vrai qu'il faut déjà aimer Dieu pour avoir cette intelligence et cette science qu'on va décrire; mais un peu d'amitié y suffit. Ces deux dons restent les plus adaptés au développement de la vertu de foi.

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A suivre…




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Message  ROBERT. le Sam 11 Sep 2010, 7:30 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.

ARTICLE 1. L'intelligence est-elle un don de l’Esprit-Saint ?

DIFFICULTES : 1. Il ne semble pas. Car les dons de la grâce sont distincts de ceux de la nature : ils sont surajoutés à ceux-ci. Mais, comme on le voit aux Éthiques, l'intelligence est dans l'âme une certaine habitude naturelle par laquelle sont connus les principes naturellement évidents. On ne doit donc pas en faire un don de l'Esprit-Saint.

2. En outre, comme on le voit dans Denys au livre des Noms divins, les dons divins sont participés par les créatures selon la proportion et la mesure de celles-ci. Or la mesure de la nature humaine c'est de connaître la vérité, non pas d'une manière simple, ce qui est essentiel à l'intelligence, mais d'une manière discursive, ce qui constitue le propre de la raison. Par conséquent, la connaissance divine qui est donnée aux hommes doit être appelée plutôt un don de raison qu'un don d'intelligence.

3. De plus, dans les puissances de l'âme l'intelligence est bien distincte de la volonté, comme on le voit au troisième livre de l'Ame. Mais aucun don de l'Esprit-Saint n'est appelé don de volonté. Donc aucun non plus ne doit être appelé don d'intelligence.


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A suivre…


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Message  ROBERT. le Sam 11 Sep 2010, 8:15 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:



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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.

ARTICLE 1. L'intelligence est-elle un don de l’Esprit-Saint ? (suite)


CEPENDANT il est dit en Isaïe : "Sur lui reposera l'esprit du Seigneur, l'esprit de sagesse et d'intelligence".

CONCLUSION : Qui dit intelligence dit une certaine connaissance intime : faire acte d'intelligence c'est en effet comme qui dirait "lire dedans". Et c'est là une chose bien claire à ceux qui voient la différence de l'intelligence et du sens, car la connaissance par sensation est tout occupée de ce qui concerne les qualités sensibles extérieures, tandis que la connaissance par intelligence pénètre jusqu'à l'essence de la réalité : l'objet de l'intelligence c'est en effet le "ce que c'est", comme il est dit au troisième livre de l'Ame. Or les choses cachées en dedans sont de beaucoup de sortes, et il faut que la connaissance de l'homme pénètre pour ainsi dire à l'intérieur de tout cela. Effectivement, sous les accidents est cachée la nature substantielle des choses, sous les mots est caché ce qui est signifié par les mots, sous les similitudes et les figures est cachée la vérité figurée; de même, les réalités intelligibles sont en quelque sorte intérieures par rapport aux réalités sensibles qui se font sentir extérieurement, comme dans les causes sont cachés les effets et inversement. D'où, par rapport à tout cela, il peut être question d'intelligence. [2]

Mais, étant donné que la connaissance chez l'homme commence par les sens, à partir de l'extérieur pour ainsi dire, il est évident que plus la lumière de l'intelligence est forte, plus elle peut pénétrer à l'intime des choses. Or la lumière naturelle de notre intelligence n'a qu'une vertu bornée : d'où elle peut parvenir jusqu'à de certaines limites déterminées. Par suite, l'homme a besoin d'une lumière surnaturelle pour pénétrer au delà, jusqu'à la connaissance de choses qu'il n'est pas capable de connaître par sa lumière naturelle. C'est cette lumière surnaturelle donnée à l'homme qui s'appelle le don d'intelligence. [3]




: notes explicatives :

[2] Qu. 8, art. 1 concl. init. — Dans ce début de l'article il s'agit de définir l'acte même d'intelligence. De l'étymologie du mot on veut déduire une forte idée de la chose. D'après certains auteurs, intelligence viendrait de inter legere et signifierait choisir entre, avec l'idée de distinguer, de discerner. D'après notre auteur qui tient évidemment à creuser davantage, intelligence vient de intus legere, ce qui signifierait lire dedans, comme quand on dit : Je lis en vous, je lis dans les événements, je lis dans les consciences. On fait acte d'intelligence lorsqu'on pénètre à l'intime d'une chose et qu'on peut vraiment dire "ce que c'est". Le verbe pénétrer est répété cinq fois au cours de ce premier article. Les mots d'intimité et d'intériorité le sont autant.


— L'auteur distingue d'abord cette intelligente pénétration d'avec la sensation. Celle-ci est tout occupée de ce qui tombe sous le sens et y fait impression : elle est touchée de ce qui se voit, s'entend, se palpe, se mesure et se compte. Celle-là prétend aller au fond des choses. La connaissance humaine se forme ainsi à deux degrés : elle commence par la sensation, elle continue par l'intelligence.

— C'est pourquoi l'auteur décrit ensuite, dans un curieux raccourci, le champ de cette pénétration d'intelligence. Nous avons là comme le tableau des principales recherches auxquelles se livre l'intelligence humaine. Elles sont indiquées au nombre de six. En premier lieu, dans ce qui nous est fourni par les sens, il y a des mots et des choses, le langage et le paysage; et, de plus, ces mots et ces choses peuvent, à leur façon, figurer autre chose. De là un triple travail d'intelligence : sous les dehors accidentels et infiniment changeants retrouver "la nature substantielle" des choses, par exemple, sous des actes humains deviner l'homme; sous l'enveloppe des mots rechercher le sens profond qui se cache, comme comprendre à fond une langue; lire enfin tout ce qu'il peut y avoir de plus secret sous la figuration et le symbolisme des mots et des choses. Voilà déjà de belles œuvres d'intelligence : elles sont celles des explorateurs et des expérimentateurs, des chercheurs et des observateurs, celles aussi des inventeurs, des artistes, des poètes. Ils lisent à livre ouvert dans le monde sensible : leur intelligence y déchiffre des secrets que le vulgaire ne verrait pas.



Cependant ce n'est pas tout. A ce premier plan d'intelligence s'en superpose un second, où l'auteur indique de nouveau un triple travail de pénétration : il faut savoir passer de l'univers des corps à celui des esprits, de ce qui se voit à ce qui ne se voit pas; savoir par là même remonter des effets aux causes, dont les principales et les plus hautes sont évidemment de l'ordre des esprits; savoir enfin redescendre des causes aux effets. Ce sont là des chefs-d'œuvre d'intelligence : les penseurs les plus profonds, les hommes les plus éminents par l'esprit, les vrais sages, y excellent et s'y distinguent. Tout ce plan est ici esquissé dans des lignes très générales, pour se vérifier aussi bien dans la raison que dans la foi. Mais c'est en vue de la foi qu'il est exposé : "Il semble, en effet, dit Cajetan, englober tout ce que l'intelligence, pour le bien de la foi, peut pénétrer. (Cajetan, in h. 1.)"



[3] Qu. 8, art. 1, concl. fin. — Dans cette fin de l'article il s'agit non plus tant de l'acte d'intelligence que de la faculté qui est à l'origine de l'acte. Elle est présentée sous la métaphore de la lumière. On peut d'autant plus pénétrer à l'intime des choses qu'on a en soi une plus forte lumière d'intelligence. Cette lumière est toujours un don de Dieu. Mais il y a des degrés dans le don. Une lumière naturelle nous aide à voir clair dans la nature qui nous environne, dans celle aussi que nous portons en nous. Malheureusement, cette lumière est bornée dans son rayonnement : du côté où il importerait que nous fussions le plus éclairés, c'est là qu'elle est le plus faible. C'est pourquoi l'homme a besoin d'une lumière surnaturelle. Cette lumière lui est offerte. Elle n'est pas autre chose que le don même de la foi.

Saint Thomas se complaît à décrire ici la foi comme la lumière de la grâce. Pour constituer la foi, rappelons le, il faut deux choses : une proposition extérieure de la révélation et une adhésion intérieure à cette proposition. D'un côté comme de l'autre, c'est une pure grâce et c'est une lumière : Dieu a rendu sa révélation lumineuse pour les esprits et, dans ceux qui sont de bonne volonté, il met assez de lumière pour qu'ils puissent la regarder et s'y rallier. Intérieurement, la foi est donc cette docilité et cette lucidité d'esprit dans l'adhésion à Dieu. Mais cette foi est donnée comme à deux degrés, suivant qu'elle est par la grâce de la vertu ou par celle des dons. La proposition extérieure demeure la même et la révélation n'est pas augmentée.

Ce qui est accru d'un degré à l'autre, ce n'est même pas l'adhésion proprement dite, puisque dans la vertu elle peut et doit déjà être absolue; mais c'est la pénétration d'esprit dans la révélation au moyen d'une plus forte illumination. A la foi qui comme telle n'est déjà pas sans intelligence, il est donné plus d'intelligence. En somme, ce don d'intelligence vient renforcer tout l'élément intérieur de la foi : une plus vive lucidité est procurée au croyant parce qu'il est dans une plus parfaite docilité à l'égard de Dieu.



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A suivre…


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Message  ROBERT. le Dim 12 Sep 2010, 8:18 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.

ARTICLE 1. L'intelligence est-elle un don de l’Esprit-Saint ? (suite)


SOLUTIONS : 1. La lumière naturelle qui est mise en nous fait connaître immédiatement certains principes généraux qui sont naturellement évidents. Mais, parce que l'homme est ordonné, avons-nous dit, à une béatitude surnaturelle, il est nécessaire qu'il parvienne au delà jusqu'à des choses plus hautes, et pour cela il faut le don d'intelligence. [4]

2. Toujours le mouvement discursif de la raison commence à l'intelligence et se termine à l'intelligence : nous raisonnons en effet en partant de certaines choses dont nous avons l'intelligence, et le mouvement de la raison est achevé dès l'instant que nous parvenons à l'intelligence de ce qui jusque-là nous était inconnu.

Donc, ce que nous élaborons dans la raison découle de quelque chose que nous avons précédemment dans l'intelligence. Mais le don de la grâce ne découle pas de la lumière de la nature; il est au contraire surajouté à cette nature, comme apportant une perfection à cette lumière.

C'est pourquoi une telle addition n'est pas appelée raison mais plutôt intelligence. Effectivement, cette lumière surajoutée a le même rôle à l'égard de ce qui nous est révélé surnaturellement que la lumière naturelle à l'égard de ce que nous connaissons primordialement. [5]


3. Qui dit volonté dit tout simplement le mouvement de l'appétit, sans détermination d'aucune excellence. Mais qui dit intelligence désigne dans la connaissance une certaine excellence, celle de pouvoir pénétrer à l'intime des choses. C'est pourquoi le don surnaturel a nom intelligence plutôt que volonté. [6]





notes explicatives :



[4] Qu. 8, art. 1, sol. 1. — Cette réponse nous remet bien devant l'objet de la foi. Cet objet n'est autre que Dieu au plus intime de son mystère. La foi, c'est le règne de Dieu dans les esprits. C'est parce qu'il nous invite et nous destine à le voir un jour face à face que Dieu nous fait dès à présent la grâce de le croire. Nous devons le connaître pour le désirer et pour l'aimer. Voilà pourquoi la grâce qui nous est faite est avant tout une lumière. Lumière surnaturelle ajoutée à la lumière naturelle de notre esprit. Lumière pour adhérer si ce n'est que la vertu de foi. Lumière pour pénétrer si c'est le don d'intelligence.


[5] Qu 8, art. 1, sol. 2. — Cette réponse et la suivante nous ramènent des hauteurs de l'objet aux profondeurs du sujet. Cet invité de Dieu, celui qui reçoit la grâce et s'en va vers la gloire, c'est l'homme. Il n'offre à Dieu que son esprit qui est fait à l'image et ressemblance de Dieu-Esprit et qui est en puissance obédientielle à entrer dans l'amitié du Dieu-Esprit. Mais c'est là notre plus profonde nature. Et c'est pourquoi les dons de la grâce, sans être jamais dans l'exigence de notre nature, sont toujours en correspondance avec notre plus vraie nature. Aussi nous arrivent-ils empreints d'une certaine excellence.


Vous en avez ici un bel exemple. La puissance de penser est chez nous en grande partie une raison chercheuse et discursive; mais elle est pour sa meilleure part une intelligence plus simple et plus intuitive, et c'est par là qu'elle ressemble le plus à Dieu. Voilà pourquoi, s'il nous aide par inspiration à penser son divin mystère, ce sera sous cette forme de simple intelligence. II nous rendra non pas plus raisonneurs, mais plus intuitifs. Cette excellente intelligence qui nous est donnée dans l'ordre surnaturel répond assez bien à celle qui est pour ainsi dire innée en nous dans l'ordre naturel : de même que nous avons d'instinct et d'intuition nos premières évidences naturelles, nous recevons d'instinct et d'intuition dans l'état de grâce toutes nos primordiales pénétrations surnaturelles. La vertu de foi est déjà ce sens primordial du divin; le don d'intelligence le sera supérieurement et surtout plus intuitivement.


[6] Qu. 8, art. 1, sol. 3. — Nous avons, avec l'intelligence qui est la faculté de penser, la volonté qui est la faculté de vouloir et d'aimer. Si la grâce touche et transforme l’une et l'autre, pourquoi n'y a-t-il pas un don de volonté comme il y a un don d'intelligence ? C'est qu'il y a dans le nom même d'intelligence une marque d'excellence : dès lors, ce que Dieu nous donne de plus parfait pour pénétrer les mystères peut porter ce nom d'intelligence. Au contraire, le mot de volonté reste quelconque : pour exprimer de ce côté le don divin il faudra des mots qui expriment plus de choix et plus de raffinement dans l'amour, comme sont ceux de dilection, d'amitié, de charité (cf. plus bas, qu. 23, art. 1; qu. 27) Dieu accorde effectivement ce don de charité avec celui d'intelligence : l'un appelle l'autre (cf. ci-après, art. 4, avec note 14).

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A suivre…


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Message  ROBERT. le Lun 13 Sep 2010, 3:44 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.

ARTICLE 2.

Le don d'intelligence peut-il exister en même temps que la foi ?


DIFFICULTÉS : I. Apparemment non, puisque saint Augustin dit que "ce qui est saisi d'intelligence est vraiment tout compris par celui qui est intelligent". Précisément, on ne comprend pas ce qu'on croit, selon la parole de l'Apôtre : "Ce n'est pas que j'aie compris ni que je sois parfait". Il semble donc que la foi et l'intelligence ne puissent pas exister dans le même individu.

2. Tout ce qui est saisi par l'intelligence, c'est vu. Or la matière de la foi, avons-nous dit, c'est ce qui ne se voit pas. La foi ne peut donc pas être dans le même individu avec l'intelligence.

3. En outre, il y a plus de certitude dans l'intelligence que dans la science. Mais il est établi que la science et la foi ne peuvent pas être sur un même point. Donc beaucoup moins l'intelligence et la foi.


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A suivre…


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Message  ROBERT. le Mer 15 Sep 2010, 8:52 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:


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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.

ARTICLE 2.

Le don d'intelligence peut-il exister en même temps que la foi ? (suite)

CEPENDANT saint Grégoire affirme dans ses Morales que "l'intelligence éclaire l'esprit sur ce qu'on entend dire". Mais quelqu'un qui a la foi peut fort bien être éclairé en son esprit sur ce qu'il a entendu dire. De là le mot de saint Luc à la fin de son Evangile : "Le Seigneur ouvrit l'esprit à ses disciples pour qu'ils eussent l'intelligence des Ecritures". C'est donc que l'intelligence peut exister en même temps que la foi.


CONCLUSION : Ici il est besoin d'une double distinction. L'une est du côté de la foi; l'autre du côté de l'intelligence.

— Du côté de la foi la distinction à faire c'est qu'il y a des choses qui par elles-mêmes et directement tombent sous la foi, ce sont celles qui dépassent la raison naturelle, comme ceci que Dieu est trine et un, que le Fils de Dieu est incarné; certaines au contraire tombent sous la foi comme étant de quelque manière ordonnées à celles-là, ce sont par exemple toutes celles qui sont contenues dans la divine Ecriture.

— Du côté de l'intelligence la distinction à faire est que de deux manières nous pouvons être dits avoir l'intelligence de quelque chose.

D'une manière nous l'avons à la perfection, c'est quand nous parvenons à connaître comme c'est en soi l'essence de la réalité, et la vérité même de l'énoncé, dont nous avons l'intelligence : de cette façon, tant que dure l'état de foi, nous ne pouvons avoir l'intelligence des choses qui tombent directement sous la foi ; mais certaines autres ordonnées à la foi peuvent être saisies par intelligence même de cette manière parfaite.

D'une autre manière, il arrive qu'on ait imparfaitement l'intelligence de quelque chose, c'est quand, à propos de l'essence même d'une réalité, ou de la vérité d'une proposition, on ne connaît pas ce que c'est ni comment c'est, mais on connaît cependant que ce qui se voit au dehors n'est pas contraire à la vérité de ce qui est, c'est-à-dire que dans cette mesure d'intelligence on comprend qu'il n'y a pas à s'éloigner de ce qui est de foi à cause de ce qui se voit extérieurement : en ce sens rien n'empêche, durant l'état de foi, d'avoir l'intelligence même des choses qui par elles-mêmes tombent sous la foi. [7]





: note explicative :

[7] Qu. 8, art. 2, concl. — Avec cet article et le suivant la question de l'objet est de nouveau posée (cf. note 4). Si un certain don d'intelligence est superposé à la vertu de foi, on se demande quel est l'objet d'une pareille intelligence. D'abord, est-il même compatible avec celui de la foi (art. 2) ? Ensuite, est-il aussi extensible que celui de la foi (art. 3) ?

— La première réponse est résolument affirmative. Pas d'incompatibilité entre l'acte de foi, qui consiste à croire, et celui d'intelligence, qui consiste à comprendre. Il peut même y avoir beaucoup d'intelligence dans la foi. Cependant il convient de méditer la double distinction que fait ici l'auteur : il y a dans notre foi mystère et mystère et nous portons dans cette foi intelligence et intelligence.

— 1º Les principaux mystères, Trinité, Incarnation, qui sont par soi l'objet essentiel de la révélation gardent toujours aux yeux de notre foi un fond impénétrable qui nous dépasse et nous échappe. Pourtant, même devant ces mystères, nous ne sommes pas sans intelligence : il y a une marge entre ne pas comprendre le tout d'une chose et ne rien comprendre du tout à cette chose : Pascal, qui dit que nous ne savons le tout de rien ne veut pas dire que nous ne savons rien du tout.

A la fin de sa conclusion, l'auteur indique un minimum d'intelligence devant les mystères de foi : le croyant comprend que rien ne peut le détourner d'adhérer, il saisit que Dieu a parlé, il sait que Dieu dit vrai; aucune des réalités éprouvées dans le monde visible ne détache l'esprit des réalités révélées du monde invisible. Ce minimum d'intelligence, Cajetan dit que c'est négatif (cf. in art. 4, n. 2). Mais cela laisse le champ ouvert à quelque chose de plus positif, soit comme investigation, soit comme compréhension, à l'égard même des grands mystères. Un saint Augustin et un saint Thomas, ou même seulement une sœur Elisabeth de la Trinité, pénètrent le mystère sacré plus que ne le font les bonnes gens de la chrétienté. L'auteur a simplement voulu marquer l'intelligence minima : elle est de nécessité pour les croyants et d'expérience parmi eux. Quant à l'intelligence maxima, il n'a rien fixé : elle varie suivant le degré de lumière d'un chacun.


— 2º Autour des principaux mystères, il y a tout un ensemble de mots et de choses qui est ordonné à ces mystères. Là, tout n'est pas également impénétrable. Bien des points demeurent accessibles et peuvent même devenir entièrement intelligibles. Bien des parties de nos saints Livres ne dépassent pas la portée de nos esprits, et bien des événements de l'histoire sainte se relient à notre histoire humaine. Ce qu'ils ont en surplus ne fait pas que nous saisissions moins ce qu'ils sont. Ainsi, l'ancienne Eglise d'où est sorti Jésus-Christ et la nouvelle Eglise qui est sortie de lui sont des faits humains dont nous pouvons avoir l'intelligence autant que de certaines formations ou fondations religieuses purement humaines.

Nous pouvons comprendre nos saints livres au moins autant que d'autres livres. Même le merveilleux dont ils sont parsemés n'est pas partout totalement mystérieux. A vrai dire, les miracles et les prophéties n'atteindraient pas leur but et n'auraient pas de raison d'être s'ils restaient absolument hors de nos prises. Il faut, au contraire, qu'ils fassent sur nos sens de vives impressions et qu'ils donnent à nos intelligences beaucoup à comprendre.

Aussi est-ce par ce côté intelligible des choses accidentelles de la foi, ordonnées aux essentielles, que s'élabore la science apologétique et que se constitue la théologique : toutes les deux supposent une véritable intelligence de leur objet. Il peut même arriver chez certains esprits que des croyances se changent en des évidences. Ainsi advient-il à l'exégète lorsque sur tel point de chronologie ou de géographie toute sa documentation épigraphique et toute son exploration archéologique corroborent indubitablement la leçon biblique.

Ainsi advient-il à l'apologète s'il perçoit d'expérience et comme de première main certains miracles, étant mêlés par exemple à la vie merveilleuse d'un curé d'Ars, ou témoin d'une éclatante guérison à Lourdes. Et pareillement advient-il au théologien pour qui la preuve de l'existence de Dieu n'est plus un dogme de foi, mais une démonstration de raison. Lorsque l'intelligence se fait si pénétrante, on ne dit plus : je crois; on dit : je vois.

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A suivre…

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Message  ROBERT. le Jeu 16 Sep 2010, 8:58 pm

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QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE.

ARTICLE 2.

Le don d'intelligence peut-il exister en même temps que la foi ? (suite)

SOLUTIONS : 1-3. Par là, la réponse aux objections est claire. Car les trois premières sont valables pour ce qui est d'avoir l'intelligence parfaite de quelque chose. Quant à la dernière raison, elle est recevable s'il s'agit de l'intelligence des choses qui sont seulement ordonnées à la foi. [8]




note explicative :

[8] Qu. 8, art. 2, sol. 1-3. — Concluons donc : ici-bas, tout l'essentiel des mystères de foi échappera toujours à une intelligence totale; mais en revanche, aux alentours de l'essentiel, beaucoup de points pourront être parfaitement saisis et compris. C'est encourageant pour l'apologétique qui cherche à comprendre ces choses ordonnées à la révélation. C'est encourageant aussi pour la théologie, mais plus peut-être pour la positive que pour la spéculative, car [b]la positive cherche seulement à comprendre comment le mystère nous est révélé et en quels termes il est énoncé, tandis que la spéculative cherche à comprendre ce qu'il est dans l'essence même de sa réalité.


Ces deux fonctions de la théologie répondent, somme toute, à ce double aspect de l'objet de foi signalé au corps de l'article : Vérité des énoncés, essence des réalités.


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A suivre…



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Message  ROBERT. le Lun 20 Sep 2010, 4:05 pm

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ARTICLE 3.

Cette intelligence qui est un don, est-elle spéculative seulement, ou pratique aussi ?

DIFFICULTES : 1. Selon toute apparence, elle n'est pas pratique, mais spéculative seulement. En effet, l'intelligence, comme dit saint Grégoire, "pénètre des choses plus hautes". Mais les choses appartenant à l'intellect pratique ne sont pas élevées, ce sont des choses infimes, à savoir : les particularités qui sont la matière même de nos actes. L'intelligence que l'on tient pour un don n'est donc pas une intelligence pratique.


2. D'ailleurs, l'intelligence qui est un don est quelque chose de plus noble que l'intelligence qui est une vertu intellectuelle. [9] Mais la vertu intellectuelle d’intelligence est uniquement en matière nécessaire, comme le fait voir le Philosophe. Donc bien davantage le don d’intelligence est-il uniquement en matière nécessaire. Au contraire, l'intellect pratique ne s'occupe pas du nécessaire, mais du contingent, qui peut être autrement qu'il n'est : là est le domaine de ce qui peut être fait par le travail de l'homme. Le don d'intelligence n'est donc pas une intelligence pratique.


3. Du reste, le don d'intelligence éclaire l'esprit dans ce qui dépasse la raison naturelle. Mais les ouvrages de l'homme, qui sont l'objet de l'intelligence pratique, ne dépassent pas la raison naturelle puisque c'est elle qui a la direction dans les choses à faire : nous avons vu cela précédemment. Le don d'intelligence n'est donc pas une intelligence pratique. [10]




notes explicatives :


[9] Qu. 8, art. 3, diff. 2. — Une même allusion à l'habitude ou vertu naturelle de simple intelligence a déjà paru à la première objection de l'article 1 et reparaîtra à la deuxième de l'article 6. L'auteur a promis qu'en étudiant les dons intellectuels du Saint-Esprit il aurait un regard pour les vertus intellectuelles de mêmes noms : il tient parole. Ce rapprochement vaut d'ailleurs un éclaircissement. Il y a plus que ressemblance verbale, il y a analogie valable. Le don d'intelligence, c'est comme l'habitude des premiers principes en matière de foi.

Nous l'avons déjà indiqué ci-dessus (note 5 in fine). Nous en tirons maintenant la conclusion du présent article 3 qui est celle-ci : de même que l'habitude naturelle des premiers principes ne se borne pas à la pure contemplation mais s'étend aussi à l'action pour la diriger de haut et par manière de syndérèse, de même l'habitude surnaturelle des premières vérités de foi... Ainsi, l'intelligence que Dieu nous procure par grâce et par inspiration n'est pas seulement pour la contemplation, elle est également pour l'action : entendez celle même de notre perfection et de nos bonnes œuvres.


[10] Qu. 8, art. 3, diff. 3. — Et pourtant, selon la philosophie comme selon la théologie de saint Thomas, l'intelligence pratique est une fonction très distincte de la spéculative. Les trois objections de cet article l'ont rappelé avec insistance et par des traits que ne désavoue pas la conclusion. L'action, c'est tout le travail de l'homme sur soi-même et l'ouvrage de sa vie.

Il y a là forcément quelque chose de singulier, qui se déroule dans le domaine des contingences, et qui, à chaque instant, pourrait être autrement que ce n'est. C'est d'une qualité d'être, pas toujours bien relevée et souvent bien infime. Que cela fasse l'objet d'un instinct d'intelligence, inné chez l'homme, passe encore! Mais, que ce puisse aussi être l'objet d'un véritable don d'intelligence, inspiré à l'homme, est-ce possible et est-ce bien vrai ?

.

A suivre…


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Message  ROBERT. le Jeu 23 Sep 2010, 8:54 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 3.

Cette intelligence qui est un don, est-elle spéculative seulement, ou pratique aussi ? (suite]

CEPENDANT il est dit dans le psaume : "Il y a une bonne intelligence chez tous ceux qui font le bien".

CONCLUSION : Le don d'intelligence, on vient de le dire, s'applique non seulement à ce qui tombe sous la foi à titre premier et principal, mais encore à tout ce qui est ordonné à la foi. Or les bonnes actions ont un certain rattachement à la foi, car, comme dit l'Apôtre, "la foi par la dilection est agissante". C'est pourquoi le don d'intelligence s'étend aussi à certaines actions à faire. Ce n'est pas qu'il soit tourné vers cela principalement, mais dans la mesure où nous sommes réglés en ce que nous avons à faire "par ces raisons éternelles que s'attache à contempler et à consulter la raison supérieure", d'après saint Augustin. La perfection de cette raison supérieure est assurée par le don d'intelligence.


.

A suivre…


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Message  ROBERT. le Dim 26 Sep 2010, 9:41 pm

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LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet Saint_11


IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 3.

Cette intelligence qui est un don, est-elle spéculative seulement, ou pratique aussi ? (suite)

SOLUTIONS : 1. Les actions que l'homme peut faire, considérées en elles-mêmes, n'ont pas une haute excellence. Mais, en tant qu'elles sont rapportées à la règle de la loi éternelle et à la fin de la béatitude toute divine, alors elles prennent de l'altitude, assez pour qu'il puisse y avoir à leur égard de l'intelligence. [11]

2. Ce qui fait la dignité du don d'intelligence c'est ceci même qu'il regarde les réalités intelligibles qui sont éternelles ou nécessaires, non seulement comme elles sont en elles-mêmes, mais aussi en tant qu'elles sont des règles pour les actes humains : effectivement, une sorte de connaissance est d'autant plus noble qu'elle s'étend à plus de choses.

3. Les actes humains ont pour règle, avons-nous dit plus haut, et la raison humaine et la loi éternelle. Mais la loi éternelle dépasse la raison naturelle. C'est aussi pour cela que la connaissance des actes humains, en tant qu'ils sont réglés par la loi éternelle, dépasse la raison naturelle et a besoin de la surnaturelle lumière que lui procure le don de l'Esprit-Saint. [12]




notes explicatives :


[11] Qu. 8, art. 3, sol. 1. — Oui, c'est possible et c'est vrai. Et voici la raison profonde. L'action, la vie humaine, peut en effet demeurer médiocre si on ne la regarde qu'en elle-même. Mais elle revêt une grandeur infinie si on la rattache à ce qui en est le principe et la fin. Étant faits par Dieu, nous sommes faits pour Dieu.

La règle de notre vie n'est pas autre que sa pensée sur nous, telle qu'elle nous est déjà intimée par la raison et en surplus révélée par la foi. Le but de notre vie n'est pas autre que de répondre à l'amitié de Dieu pour nous, amitié qu'il nous offre à un degré insoupçonné par la raison, mais certifié par la révélation. Mesurée par la pensée de Dieu, attirée par l'amitié de Dieu, l'action humaine prend, comme dit le texte, une singulière altitude.


[12] Qu. 8, art. 3, sol. 2-3. — Bien clair et bien concluant. Impossible de concevoir notre action autrement qu'on ne vient de dire : sinon, c'est la mutiler, c'est la massacrer. Or, pour la diriger dans cette voie, nous avons besoin qu'aux lumières mêmes de la foi s'ajoutent celles provenant de l'inspiration du Saint-Esprit. Il faut être inspiré pour remplir pareille destinée.

Déjà la foi dirige notre vie sous le regard de Dieu, mais le don d'intelligence y réussit encore mieux. Grâce à lui les saintes âmes ont ce tact instinctif d'insinuer jusque dans les plus humbles actes les plus hautes pensées, et d'imprimer aux choses du temps un air d'éternité. Aussi, à la seconde question posée quant à l'objet du don en cause, nous pouvons répondre que cette intelligence inspirée a un empire aussi étendu que la foi.

.
A suivre…


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Message  ROBERT. le Lun 27 Sep 2010, 7:18 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 4.

Le don d'intelligence existe-t-il chez tous ceux qui ont la grâce ?


DIFFICULTES : 1. Il semble bien que non, puisqu'il est donné, au dire de saint Grégoire, contre "l'hébétude d'esprit", et que beaucoup qui ont la grâce souffrent encore de cette hébétude d'esprit. Le don d'intelligence n'est donc pas chez tous ceux qui ont la grâce.

2. D'ailleurs, dans l'ordre de la connaissance, il n'y a que la foi, semble-t-il, qui soit nécessaire pour le salut, car "par la foi le Christ fait son habitation dans nos cœurs", comme il est dit aux Ephésiens. Mais ceux qui ont la foi n'ont pas tous le don d'intelligence; bien plus, au dire de saint Augustin, "ceux qui croient doivent prier pour avoir l'intelligence". Cela prouve que le don d'intelligence n'est pas nécessaire pour le salut, et qu'il n'est pas dans tous ceux qui ont la grâce.

3. Du reste, ce qui est commun à tous ceux qui ont la grâce ne leur est jamais retiré tant qu'ils demeurent en état de grâce. Or la grâce de l'intelligence et des autres dons [13] "quelquefois se retire utilement, car parfois, tandis que l'esprit s'élève en hauteur par l'intelligence qu'il a de choses sublimes, il traîne paresseusement par une lourde hébétude dans des choses infimes et viles", comme dit saint Grégoire. C'est donc que le don d'intelligence n'existe pas chez tous ceux qui ont la grâce.


CEPENDANT il est dit dans le Psaume : "Ils n'ont eu ni science ni intelligence, ils marchent dans les ténèbres". Mais personne, s'il a la grâce, ne marche dans les ténèbres. Selon ce qui est dit en saint Jean : "Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres". Personne donc ayant la grâce n'est privé, du don d'intelligence.




note explicative :

[13] Qu. 8, art. 4, diff. 3. — Notez cette expression « la grâce des dons », et distinguez-la de cette autre «la grâce des vertus». Voyez 3º, qu. 62, art. 2. Même grâce au fond de l'âme, mais se répandant de deux façons différentes dans les puissances et dans les actes, soit sur un mode humain et par de saintes activités, soit sur un mode plus divin et par une espèce de sainte passivité. Les théologiens d'aujourd'hui diraient voie ascétique et voie mystique.

.

A suivre…


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Message  ROBERT. le Mar 28 Sep 2010, 3:31 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 4.

Le don d'intelligence existe-t-il chez tous ceux qui ont la grâce ? (suite)

CONCLUSION : Chez tous ceux qui ont la grâce il est nécessaire qu'il y ait la rectitude de la volonté, puisque par "la grâce la volonté de l'homme est préparée au bien", comme dit saint Augustin. Mais la volonté ne peut être tournée comme il faut vers le bien sans que préexiste quelque connaissance de la vérité, car l'objet de la volonté c'est le bien aperçu par l'intelligence, ainsi qu'il est dit au troisième livre de l'Ame. Or, de même que c'est par le don de charité que l'Esprit-Saint dispose la volonté de l'homme à se porter vers un bien surnaturel, de même c'est aussi par le don d'intelligence qu'il donne à l'esprit de l'homme de la lumière pour connaître une certaine vérité surnaturelle, qui est celle à laquelle doit tendre la volonté droite. Voilà pourquoi, de même que le don de charité existe chez tous ceux qui ont la grâce sanctifiante, de même aussi le don d'intelligence. [14]





note explicative :

[14] Qu. 8, art. 4, concl. — Les articles 2 et 3 ont cherché quel est l'objet du don d'intelligence. Les articles 4 et 5 vont chercher qui est le sujet d'un si beau don. La réponse est très nette : Tous ceux qui sont en état de grâce, et seulement ceux-là. Cette réponse est tirée d'une profonde doctrine de la grâce dans les âmes. Doctrine fondée sur des autorités rapportées par ces articles. A l'accoutumée, nous avons ainsi une théologie d'architecture spéculative dont les assises et les matériaux sont d'une bonne théologie positive.

— La première partie de la réponse est la conclusion du présent article. A tous ceux qui sont en état de grâce, ce don de pensée est accordé au même titre que le don de charité et comme à l'appel même de celui-ci. Comprenons bien cette sainte économie. La grâce habituelle travaille à transformer tout notre être spirituel. D'abord elle infuse à notre cœur une surnaturelle vertu d'aimer d'où découle ce sentiment tout prompt et tout prêt, que va dire le texte (art. 5, diff. 1), qui nous incline à de bonnes affections envers Dieu et le prochain.

Mais une telle charité ne peut s'épanouir dans l'âme si notre esprit n'est lui-même touché et inspiré en proportion. La simple foi n'y suffirait pas : quand il n'y a qu'elle, et qu'elle n'est pas très vive, Dieu ne nous paraît pas assez aimable, ni le prochain non plus. Il y faut une plus grande finesse, un plus grand tact intérieur, qui nous fasse toucher davantage l'amabilité et l'amitié de Dieu et nous la rende sensible. C'est là un des beaux côtés du don d'intelligence : il est cette finesse d'esprit accordée à la charité.

.
A suivre…


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Message  ROBERT. le Mer 29 Sep 2010, 8:22 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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QUESTION 8.

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ARTICLE 4.

Le don d'intelligence existe-t-il chez tous ceux qui ont la grâce ? (suite)

SOLUTIONS : 1. Il en est, parmi ceux qui ont la grâce sanctifiante, qui peuvent souffrir d'hébétude dans des choses qui ne sont pas de nécessité pour le salut. Mais dans celles qui sont de nécessité pour le salut ils sont suffisamment instruits par l'Esprit-Saint, selon la parole de saint Jean : "L'Onction vous enseigne sur toutes choses".

2. Bien que ceux qui ont la foi n'aient pas tous la pleine intelligence des choses qui sont proposées et qu'on doit croire, ils ont cependant assez d'intelligence pour saisir que c'est là ce qu'on doit croire et que pour rien on ne doit s'en écarter.

3. Jamais le don d'intelligence ne se soustrait aux saints en ce qui concerne les choses nécessaires pour le salut. Mais, en ce qui concerne les autres choses, de temps en temps il se soustrait, de telle sorte que les saintes gens ne puissent pas pénétrer toutes choses bien au clair par intelligence, à cette fin que toute matière d'orgueil soit ôtée. [15]




note explicative :

[15] Qu. 8, art. 4, sol. 3. — Cette fine intelligence dont sont douées les âmes en état de grâce, comprenons-la bien. Elle n'a pas à s'exercer sur tous les mystères ni encore moins sur ce que l'auteur appelle les subtilités de la foi. Mais, comme il le précise, elle s'exerce sur tout ce qui est de nécessité pour le salut, et c'est beaucoup. Ce n'est pas à dire, par conséquent, que tout soit limpide à l'esprit des saints ni qu'ils aient la pleine intelligence de tout dans la foi. Il y a de bonnes âmes qui peuvent même garder une certaine hébétude sur bien des points de foi.

Mais ce que tous les vrais amis de Dieu possèdent, souvent même avec acuité, c'est l'intuition décrite ici (sol. 2) : ils sentent vivement qu'ils doivent croire tous ces mystères, que là est la vérité, et que pour rien au monde il n'en faut démordre ni dévier. Dans l'état de grâce, on a cela d'instinct : on voit qu'on doit croire, on sent qu'il y a de très hautes vérités cachées dans les articles et de profondes réalités enfouies dans les mystères, on a le sentiment qu'il y a tout un monde invisible plus vrai que le visible, on en devine la présence et l'imminence, le sens de l'éternité se rattache à cela.

D'une manière générale, se trouve augmentée, et « comme multipliée », suivant le mot de Cajetan, la lumière de la foi: le sens de "la crédentité" s'affermit et s'aiguise; celui de l'intelligibilité s'affine également; surtout dans l'ordre des vérités nécessaires au salut comme l'est au premier chef celui de l'amour de Dieu et du prochain.


.

A suivre…


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Message  ROBERT. le Ven 01 Oct 2010, 5:48 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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QUESTION 8.

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ARTICLE 5.

Le don d'intelligence se rencontre-t-il même chez ceux qui ri ont pas la grâce sanctifiante ?

DIFFICULTÉS : 1. Il semble que oui. Saint Augustin, commentant cette parole du psaume : "Mon âme a souhaité désirer tes justices", dit en effet ceci : "L'intelligence vole en avant, le sentiment suit lent ou nul". Mais, chez tous ceux qui ont la grâce sanctifiante, il y a en raison de la charité un sentiment tout prêt. Donc, chez ceux qui n'ont pas cette grâce sanctifiante, il peut y avoir pourtant le don d'intelligence.

2. Il est écrit en Daniel qu' "il y a besoin d'intelligence dans la vision", la vision prophétique. C'est dire, semble-t-il, qu'il n'y a pas de prophétie sans le don d'intelligence. Mais la prophétie peut exister sans la grâce sanctifiante, comme on le voit dans saint Mathieu à l'endroit où à ceux qui disent : "Nous avons prophétisé en ton nom", il est fait cette réponse : "Je ne vous ai jamais connus". C'est la preuve que le don d'intelligence peut exister sans la grâce sanctifiante.

3. D'après ce passage d'Isaïe selon une autre version : "Si vous n'avez pas la foi, vous n'aurez pas l'intelligence", le don d'intelligence répond à la vertu de foi. Mais la foi peut exister sans la grâce sanctifiante. Donc aussi le don d'intelligence.



CEPENDANT le Seigneur dit en saint Jean : "Quiconque est allé à l'école de mon Père et s'est fait son disciple vient à moi". Mais quand nous apprenons et pénétrons ce que nous entendons, c’est par l’intelligence, ainsi que nous le fait voir saint Grégoire. Cela revient à dire que quiconque a le don d'intelligence vient au Christ. Venir au Christ c'est avoir la grâce sanctifiante. Cela prouve que le don d'intelligence n'existe pas sans la grâce sanctifiante.

.

A suivre…


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Message  ROBERT. le Lun 04 Oct 2010, 8:00 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 5.

Le don d'intelligence se rencontre-t-il même chez ceux qui n'ont pas la grâce sanctifiante ? (suite)


CONCLUSION : Les dons de l'Esprit-Saint, avons-nous dit, consistent en cette perfection qui fait que l'âme se prête bien à l'action de l'Esprit-Saint. En ce sens donc, la lumière intellectuelle procurée par la grâce, on peut dire que c'est un don d'intelligence dans la mesure où l'esprit de l'homme se prête bien à l'action de l'Esprit-Saint.

Or le point d'application d'un tel mouvement est en ceci, que l'homme appréhende bien la vérité concernant sa fin.

Dès lors, tant que l'esprit humain n'est pas mû par l'Esprit-Saint jusqu'au point d'avoir une juste évaluation de la fin, c'est qu'il n'a pas encore obtenu le don d'intelligence, si grande que soit en lui sous la lumière de l'Esprit la connaissance de certaines autres choses qui sont des préambules. Eh bien, cette juste évaluation de la fin, ne la possède que celui qui ne fait aucune erreur à l'égard de cette fin mais s'attache fortement à elle comme à ce qu'il y a de meilleur. C'est là le fait uniquement de celui qui a la grâce sanctifiante, comme du reste dans les choses morales, si l'homme a une juste évaluation de la fin, c'est qu'il a l'habitude de la vertu. Par conséquent, nul ne possède le don d'intelligence sans la grâce sanctifiante. [16]




note explicative :

[16] Qu. 8, art. 5, Concl. — Ceux-là seuls qui sont en état de grâce ont le don d'intelligence. C'est la deuxième partie de la réponse (cf. note 14, début). Assurément, en dehors même de l'état de grâce, l'homme n'est pas sans intelligence. Il a son intelligence naturelle, elle pourrait être géniale. Il pourrait avoir une certaine intelligence préternaturelle, comme serait le privilège de lire dans les consciences ou de voir dans l'avenir : ces charismes rattachés au don de prophétie sont le plus souvent réservés aux sénateurs et amis de Dieu, mais pas fatalement.


Nous savons enfin que même dans l'ordre surnaturel l'homme peut avoir la foi sans l'état de grâce : cette foi lui procure une intelligence surnaturelle; au service de sa foi il peut mettre les ressources de son intelligence naturelle et devenir ainsi savant dans les mystères. Cette connaissance dans la foi n'est cependant pas encore celle que procure le don d'intelligence : ce ne sont là que des préambules, dit le texte (sol. 1-2). Celle-ci est une connaissance par affinité et par intimité. Tant qu'on n'a pas les dons du Saint-Esprit, on n'a pas ce sens intime et pénétrant des choses divines; en revanche, dès qu'on les a, on l'a. Ces dons en effet ne sont jamais dans une âme sans qu'elle ait une entière docilité envers le Saint-Esprit, et le Saint-Esprit ne sait jamais, suivant le mot de Notre-Seigneur, que "nous guider vers l'entière vérité (Jean, XVI, 13) ".

Mais l'entière vérité, c'est de comprendre que Dieu est la fin de tout et que toute notre béatitude est de nous attacher à lui. Là est donc la pensée cruciale à laquelle le mouvement de l'Esprit de Dieu applique l'esprit de l'homme. Qui n'a pas saisi cela, n'a pas saisi l'entière vérité, et n'est pas intelligent à fond. Au contraire, quiconque a saisi cela et est fixé sur ce point, a vraiment le don d'intelligence et donne l'indice d'une âme en état de grâce. Si une intelligence pense ainsi à Dieu et mène à lui, c'est qu'elle est inspirée par lui ; et, si elle est inspirée par lui, c'est qu'elle est amie avec lui et qu'elle a le sens de l'amitié divine. De même qu'en matière morale, en fait de justice par exemple, ou de chasteté, ou de véracité, si quelqu'un perçoit d'instinct où il doit aller, s'il a en lui ce sens de la fin à poursuivre, c'est qu'il est bien dans l'habitude de la vertu et en état de vertu.

— A regarder d'une vue d'ensemble ces deux articles 4 et 5, il semble que nous tournions dans un cercle : l'article 4 nous fait passer de l'état de grâce au don d'intelligence; l'article 5, du don d'intelligence à l'état de grâce. C'est exact, mais le cercle n'est pas vicieux, car il ne s'agit pas de démontrer, mais d'expliquer; or, ces dons de la grâce s'expliquent les uns par les autres : celui de charité appelle celui d'intelligence, et on n'a pas cette intelligence de Dieu si on n'a pas au cœur la charité envers Dieu. L'inspiration que Dieu est notre fin n'est d'ailleurs pas tout ce que procure le don d'intelligence, mais c'est pour ainsi dire le point critique, l'indice indubitable.



.

A suivre…


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Message  ROBERT. le Mar 05 Oct 2010, 10:12 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 5.

Le don d'intelligence se rencontre-t-il même chez ceux qui n'ont pas la grâce sanctifiante ? (suite)



SOLUTIONS : 1. Saint Augustin donne le nom d'intelligence à toute illumination de l'esprit, quelle qu'elle soit. Celle-ci cependant ne parvient à la parfaite réalisation du don que si l'esprit de l'homme est amené jusqu'à ce point où l'on a une juste évaluation en ce qui concerne la fin.

2. L'intelligence qui est nécessaire pour la prophétie, c'est une certaine illumination de l'esprit relative à ce qui est révélé aux prophètes. Mais ce n'est pas une illumination de l'esprit relative à la juste évaluation de la fin ultime, évaluation qui appartient au don d'intelligence.

3. La foi c'est uniquement l'adhésion à ce qui est proposé. Mais l'intelligence c'est une certaine perception de la vérité. Cette perception ne peut avoir lieu, en ce qui concerne la fin, que dans celui qui a la grâce sanctifiante, comme on vient de le dire. C'est pourquoi il n'y a pas la même raison à faire valoir pour l'intelligence que pour la foi. [17]



note explicative :


[17] Qu. 8, art. 5, sol. 3. — Pesons ces mots : la foi, avant tout une adhésion à ce qui est dit; l'intelligence, une perception de ce qui est.

— N'oublions cependant pas que cette intelligence n'est jamais accordée qu'aux âmes saintes. Si elle leur procure une lucidité plus étendue et plus de perspicacité à l'égard de Dieu, c'est qu'elle suppose chez elles une plus entière docilité envers l'Esprit qui seul peut scruter les profondeurs de Dieu. Pour se faire une première idée de cela, on peut s'aider d'une analogie. En face de certaines merveilles de la nature ou de certains chefs-d'œuvre de l'art, il faut, pour en percevoir le sens et la beauté, une fraîcheur d'âme et une candeur d'esprit qu'on qualifie parfois d'état de grâce.

Effectivement, toute connaissance qui entre en son objet avec une sorte de connaturalité exige de la part du sujet un renoncement à soi et une soumission à ce qui est pour ainsi dire l'esprit même de l'objet. Si mon œil perçoit si vivement et si distinctement les choses, c'est parce que son regard est extrêmement net et qu'il s'abandonne pour ainsi dire à la lumière. Si mon entendement perçoit d'une ouïe si fine les enseignements reçus, c'est qu'il est tout fondu dans l'intime pensée du maître qui les donne.

.

à suivre...


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LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet Empty Re: LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet

Message  ROBERT. le Mer 06 Oct 2010, 7:11 pm

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LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet Saint_11


IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 6.

Le don d'intelligence est-il distinct des autres dons ?

DIFFICULTES : 1. Il semble qu'il ne l'est pas. Car, quand des choses ont les mêmes opposés, c'est qu'elles sont elles aussi les mêmes choses. Or, comme on le voit dans saint Grégoire, à la sagesse est opposée la folie, à l'hébétude l'intelligence, à la précipitation le conseil, à l'ignorance la science. Mais il ne semble pas qu'il y ait de différence entre la folie, l'hébétude, l'ignorance et la précipitation. Il n'y en a donc pas non plus entre l'intelligence et les autres dons.


2. Du reste, l'intelligence classée comme vertu intellectuelle diffère des autres vertus intellectuelles en ceci, qui lui est propre, qu'elle a pour objet les principes évidents par eux-mêmes. Mais le don d'intelligence n'a pas pour objet de tels principes. Car, pour les choses qui sont naturellement connues par elles-mêmes, il suffit de l'habitude naturelle des premiers principes ; quant aux choses qui sont surnaturelles, il suffit de la foi, étant donné que les articles de la foi sont, avons-nous dit, comme de premiers principes dans la connaissance surnaturelle. Le don d'intelligence n'est donc pas distinct des autres dons intellectuels. [18]

3. Toute connaissance intellectuelle, d'ailleurs, ou est spéculative, ou est pratique. Mais le don d'intelligence, avons-nous dit, est pour les deux. Il n'est donc pas distinct des autres dons intellectuels, mais les embrasse tous en lui-même.


CEPENDANT toutes les fois que des choses sont énumérées les unes à côté des autres, il faut qu'elles soient distinctes les unes des autres de quelque manière, puisque la distinction est le principe de l'énumération. Mais le don d'intelli¬gence, on le voit en Isaïe, est énuméré à côté des autres dons. Il est donc bien distinct des autres dons.




note explicative :

[18] Qu. 8, art. 6, diff 2. — Rapprochement, à nouveau, entre l’habitude des premiers principes dans la connaissance naturelle à l’homme et le sens accordé à l’esprit dans la connaissance de la grâce (cf. notes 5 et 9). Lorsqu’on devient savant en certaines matières, c’est que d’abord on voit certains principes : ces principes se sentent ; sinon, l’esprit n’avance à rien.

De même, lorsqu’on est vraiment croyant, les principaux articles de la foi comme autant de principes dont on sent la vérité. La vérité de foi, dit ici l’objection, confère déjà ce sens premier des révélations. Oui, dit la réponse, mais le don d’intelligence aide à les pénétrer.

Autrement dit, l’esprit de foi et l’esprit d’intelligence sont le sens des premiers principes dans l’ordre surnaturel, le premier pour adhérer, le second pour pénétrer de façon plus aigüe, le premier discursif et même verbal dans son adhésion, le second beaucoup plus intuitif et tout mental dans sa pénétration.


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A suivre…


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Message  ROBERT. le Ven 08 Oct 2010, 4:51 pm

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LE DON D'INTELLIGENCE (Saint Thomas d'Aquin) - Complet Saint_11


IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 6.

Le don d'intelligence est-il distinct des autres dons ? (suite)


CONCLUSION : La distinction du don d'intelligence d'avec les trois autres dons, de piété, de force et de crainte, est manifeste, puisque le don d'intelligence appartient à la faculté de connaissance, tandis que ces trois appartiennent à la faculté d'appétit. Mais la différence de ce don d'intelligence avec les trois autres, de sagesse, de science et de conseil, qui appartiennent aussi à la faculté de connaissance, n'est pas manifeste au même point.

Il semble à certains que le don d'intelligence soit distinct des dons de science et de conseil par le fait que ces deux s'attachent à une connaissance pratique, lui au contraire, à une connaissance spéculative. Pour ce qui est du don de sagesse, appliqué aussi à une connaissance spéculative, le don d'intelligence s'en distingue en ceci qu'à la sagesse appartient le jugement, mais à l'intelligence la capacité de lire au dedans de ce qui est proposé ou encore la pénétration à l'intime des choses [19].


C'est d'après cela que nous avons précédemment réparti le nombre des dons. Mais, pour qui regarde avec soin, le don d'intelligence ne se borne pas seulement aux choses à contempler; comme nous venons de le dire, il s'attache également aux choses à faire ; et pareillement, le don de science, comme nous allons le dire plus loin, s'attache aussi à l'une et à l'autre chose. Voilà pourquoi il faut interpréter autrement la distinction des dons.


— Tous ces quatre, en effet, dont il s'agit, sont tournés vers cette connaissance surnaturelle qui est fondée en nous par la foi. Or la foi, comme il est dit aux Romains, est une connaissance par ouï-dire : il faut donc que des propositions soient faites à l'homme pour qu'il y croie non comme à des choses vues mais comme à des choses entendues. D'autre part, si la foi premièrement et principalement s'attache à la Vérité première, secondairement elle s'applique à certaines considérations concernant les créatures, et ultérieurement s'étend même à la direction des œuvres humaines en tant qu'elle devient "par la dilection une foi agissante" ainsi qu'on l'a déjà observé. Il s'ensuit donc que deux choses sont requises de notre part à l'égard des propositions de foi que nous devons croire.

En premier lieu il s'agit de les pénétrer, de les saisir intellectuellement, et c'est l'affaire du don d'intelligence. Mais en second lieu il faut qu'on ait à leur sujet un jugement droit, au point d'estimer que c'est bien à cela qu'on doit s'attacher et du contraire de cela qu'on doit s'éloigner. Ce jugement-là, par conséquent, quant aux réalités divines, c'est l'affaire du don de sagesse, mais quant aux réalités créées, c'est l'affaire du don de science, et quant à l'application aux œuvres particulières c'est l'affaire du don de conseil. [20]





notes explicatives :

[19] Qu. 8, art. 6, concl. init. — Ce passage me paraît se référer à l'étymologie du mot intelligence (cf. art. 1); aussi je me suis permis de traduire par la capacité de "lire dedans". En outre, on peut voir ici une allusion à la double intelligence qui devra pénétrer la matière de foi. Dans la foi, des choses nous sont affirmées ou de vive voix ou par écrit, elles nous viennent par audition. D'où cette nécessité, particulière à toute foi, d'abord de comprendre ce qui s'est dit, et ensuite de scruter sous ce qui s'est dit l'intime de ce qui s'est fait et de ce qui est.


[20] Qu. 8, art. 6, concl. fin. — Cette distribution des quatre dons de bien penser est à retenir avec soin. C'est elle qui commandera l'étude détaillée de chacun d'eux. L'auteur dit que lui-même a tout regardé avec soin. Il s'est ravisé non seulement par rapport à de précédents ouvrages, mais dans le cadre même du présent ouvrage [Ia-IIæ, qu. 68, art. 4). Le partage auquel il se rallie désormais est d'ailleurs limpide. Les quatre dons couvriront tous les quatre tout le champ de la foi, chacun suivant sa voie. La première opération est de saisir, de capter le message et de pénétrer le mystère. C'est là l'œuvre propre au don d'intelligence.

Il apparaît ainsi comme la racine des autres. Ceux-ci nous feront avancer dans le jugement et l'appréciation des réalités révélées : don de science, s'il s'agit d'évaluer les créatures; don de sagesse, s'il s'agit de savourer Dieu. Mais toujours il y aura, au commencement de la science et de la sagesse des saints, cette vive appréhension des données révélées. L'expérience mystique confirme pleinement cet exposé théologique. Les saintes âmes ont toutes, selon le mot de Catherine de Sienne, "l'œil de l'intelligence" grand ouvert sur la révélation de Dieu. Avec quelle acuité, par exemple, elles scrutent les Ecritures, s'attachent aux symboles et aux définitions de l'Eglise ! Avec quel tact elles perçoivent les principaux mystères et s'orientent vers les réalités éternelles ! Autant de traits d'une intelligence inspirée par Dieu pour mener à Dieu.

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A suivre…


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Message  ROBERT. le Sam 09 Oct 2010, 8:05 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 6.

Le don d'intelligence est-il distinct des autres dons ? (suite)


SOLUTIONS : 1. Telle qu'on vient de la définir la différence des quatre dons s'accorde manifestement avec la distinction de ces choses que saint Grégoire déclare leur être opposées. L'hébétude est en effet le contraire de l'acuité : or par similitude on dit qu'une intelligence est aiguë quand elle peut pénétrer à l'intime de ce qui est proposé ; de là, l'esprit émoussé, hébété, lorsqu'il n'a pas de quoi pénétrer à fond.

D'autre part, on est qualifié de fou dès lors qu'on a le jugement de travers en ce qui concerne la fin générale de la vie; et c'est là proprement l'opposé de la sagesse qui fait qu'on a un jugement droit en ce qui concerne la grande cause de tout. L'ignorance c'est par ailleurs la déficience de l'esprit même en toutes sortes de choses particulières, et c'est là l'opposé de la science, laquelle permet à l'homme d'avoir un jugement droit dans le domaine des causes particulières, c'est-à-dire dans le domaine des créatures. Quant à la précipitation, visiblement elle est l'opposé du conseil qui fait qu'on ne s'engage pas dans l'action avant la délibération de la raison. [21]


2. Le don d'intelligence est attaché aux premiers principes de la connaissance dans l'ordre de la grâce, autrement cependant que la foi. Car le rôle de la foi c'est d'adhérer à ces principes, tandis que le rôle du don d'intelligence c'est de pénétrer par l'esprit ce qui est dit. [22]


3. Le don d'intelligence se rapporte à l'une et à l'autre connaissance, à la spéculative et à la pratique. Il s'y rapporte, non pas quant au jugement, mais quant à la simple appréhension qui fait qu'on saisit ce qui est dit. [23]






notes explicatives :


[21] Qu. 8, art. 6, sol. 1. — A l'ensemble des dons intellectuels est opposé celui des vices contraires. Ce contraste est une lumière. Suprême sagesse, de voir et de goûter Dieu en tout, et de ne vivre au fond que pour lui ; suprême folie de ne le voir en rien, et de vivre au fond comme s'il n'existait point. Science des saints, d'apprécier la créature pour ce qu'elle est, et d'en user pour ce qu'elle vaut; ignorance des mondains, de surfaire ou de déprécier le créé, pour presque toujours en mésuser. Finesse surnaturelle à l'origine de toute sagesse et de toute science des spirituels; hébétude spirituelle à la source de la folie et de l'ignorance susdites. Nous retrouverons ces vices à la question 15 (note 132).

(gras et souligné ajoutés)


[22] Qu. 8, art. 6, sol. 2. — Par remarques successives il se confirme que le don d'intelligence est primordial dans la connaissance de grâce : c'est l'habitude des premiers principes dans le domaine de la révélation. La vertu de foi est aussi cette habitude, mais pas autant, et d'une autre manière, moins divine, plus humaine : ci-dessus notes 17 et 18.


[23] Qu. 8, art. 6, sol. 3. — Il est rappelé que le don d'intelligence, comme d'ailleurs la vertu de foi, est aussi bien pour la contemplation que pour l'action. Quant à cette acuité de pénétration qui le caractérise, il est dit qu'elle se rattache, non pas à la seconde opération de l'esprit qui est déjà tout un jugement, mais à la première qui est la simple appréhension. Il ne faudrait pas forcer cette précision. Les deux opérations sont distinctes en psychologie et en logique; en réalité, elles sont rarement séparées ou même séparables. Il n'est guère possible de bien appréhender les choses sans déjà quelque peu les juger.

En revanche, il est vrai qu'avant de se mettre à juger, on ne saurait assez voir ce qui est : il y a là un premier acte de l'esprit, un premier contact avec l'objet. Si cet acte est négligé, toute la suite des opérations peut être faussée. Si au contraire il est bien fait et refait, tout le reste s'en ressent. C'est ce premier acte qui est proprement œuvre d'intelligence. C'est lui qui manque à beaucoup de gens. Nous sommes trop souvent comme les idoles dont s'est moqué le psalmiste : nous avons des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Et lorsqu'il s'agit de choses qui nous viennent par le témoignage et que nous entendons dire, la première opération est de bien capter ce qui est dit. Saint Thomas le répète : c'est primordial. La foi s'y évertue en adhérant fortement; l'intelligence s'y applique en saisissant finement. C'est quand on a cette première intelligence qu'on perçoit comme plus directement et plus distinctement ce que Dieu nous dit : les sentences principales de l'Ecriture, les paroles de l'Evangile ont un accent plus saisissant.

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A suivre…


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Message  ROBERT. le Mer 13 Oct 2010, 5:34 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 7.

La sixième béatitude : Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu, répond-elle au don d'intelligence ?


DIFFICULTES : 1. Il paraît bien que non, car la pureté du cœur semble au plus haut point affaire de sentiment, tandis que le don d'intelligence n'est pas affaire de sentiment, mais plutôt de puissance de pensée. La susdite béatitude ne répond donc pas à ce don.

2. Il est d'ailleurs écrit dans les Actes : "Purifiant leurs cœurs par la foi". Mais c'est la purification du cœur qui assure la pureté du cœur. La béatitude susdite se rattache donc plus à la vertu de foi qu'au don d'intelligence.


3. D'autre part, les dons de l'Esprit-Saint sont une perfection pour l'homme clans la vie présente. Mais la vision de Dieu n'est pas pour la vie présente : c'est en effet cette vision, avons-nous dit, qui fait les bienheureux. Donc cette sixième béatitude qui renferme la vision de Dieu ne se rattache pas au don d'intelligence.



CEPENDANT, au dire de saint Augustin, "la sixième opération de l'Esprit-Saint c'est l'intelligence et elle convient à ceux qui ont le cœur pur parce que ce sont eux qui peuvent d'un regard pur voir ce que l'œil n'a pas vu".



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A suivre…


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Message  ROBERT. le Jeu 14 Oct 2010, 10:09 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE


ARTICLE 7.

La sixième béatitude : Bienheureux tes cœurs purs car ils verront Dieu, répond-elle au don d'intelligence ?(suite)


CONCLUSION : Dans la sixième béatitude, ainsi que dans les autres, il y a deux choses : une qui est comme un mérite, c'est la pureté du cœur; l'autre qui est comme une récompense, c'est la vision de Dieu. Cela a été dit précédemment. Ces deux choses appartiennent de quelque manière au don d'intelligence. Il y a effectivement une double pureté. L'une sert de préambule et de disposition à la vision de Dieu : elle consiste à épurer le sentiment des affections désordonnées ; cette pureté de cœur s'obtient assurément par les vertus et les dons qui se rattachent à la puissance d'appétit. Mais l'autre pureté de cœur est celle qui est comme un achèvement par rapport à la vision divine : c'est à coup sûr une pureté de l'esprit, il est nettoyé des phantasmes et des erreurs, de telle sorte que ce qui est dit de Dieu ne soit plus reçu par manière de fantasmagories corporelles ni selon des déformations hérétiques ; cette pureté, c'est le don d'intelligence qui la fait. [24]

— Semblablement il y a aussi une double vision de Dieu. Une est parfaite, c'est celle dans laquelle est vue l'essence de Dieu. Mais l'autre, imparfaite, est celle par laquelle, bien que nous ne voyions pas de Dieu ce qu'il est, nous voyons cependant ce qu'il n'est pas ; et dans cette vie notre connaissance de Dieu est d'autant plus parfaite que notre intelligence saisit davantage qu'il dépasse tout ce que peut comprendre l'intelligence. Cette double vision se rattache au don d'intelligence : la première, au don consommé d'intelligence, comme il sera dans la patrie; mais la seconde, au don commencé, tel qu'on l'a dans le voyage. [25]



notes explicatives :




[24] Qu. 8, art. 7, concl. init. — Le don d'intelligence a pour effet la pureté de cœur, laquelle est tout le mérite de la sixième béatitude. Quel cœur et quelle pureté ?

— Le cœur ici c'est l'esprit dans sa finesse d'appréhension et de première pénétration. En ce sens-là, c'est une notion très biblique, très évangélique et apostolique, comme nous l'indiquons plus loin. Mais c'est également une notion chez nous très classique depuis Pascal comme nous le marquerons aussi. Il nous plaît donc que saint Thomas l'ait gardée et lui ait même donné une si belle place dans son traité de la foi. Pour lui, ces connaissances du cœur et tout cet esprit de finesse, s'appliquant aux choses de la foi, c'est tout le bon effet du don d'intelligence dans l'âme en état de grâce. Avec saint Paul nous devons souhaiter que Dieu "illumine les yeux de notre cœur (Eph., I, 18)".

— La pureté dont il s'agit est donc essentiellement celle de l'esprit. Sous les inspirations du don d'intelligence le regard de l'âme s'éclaire et se purifie. L'autre purification, celle des affections et des passions, est préparatoire et présupposée. Dans l'application à Dieu, nos images et nos idées sont les deux choses dont nous devons le plus nous méfier et nous purifier. L'imagination est faite pour se représenter le monde des corps. L'humaine raison ne se représente elle-même que faiblement et comme négativement le monde des esprits. Il nous faut par conséquent dépasser l'une et l'autre et nous élever à la fine pointe de l'esprit, au-dessus des nuées de l'imagination, et au-dessus aussi des trop claires idées d'une raison trop courte.

C'est par le don d'intelligence que s'opèrent en nous cette élévation et cette purification de l'esprit. Ce don nous empêche de penser le divin au gré de nos fantaisies et de verser ainsi dans l'anthropomorphisme et dans l'idolâtrie, avec une théologie qui ne serait qu'une mythologie. Ce don nous empêche de penser le divin au gré de nos propres idées en suivant les méandres de l'erreur et les perversités de l'hérésie. Ce don nous donne un sens très pur de tout ce qui regarde Dieu : nous l'entrevoyons dans une sorte de clair-obscur, au-delà des images, au-delà même des idées claires.

[25] Qu. 8, art. 7, concl. fin. — La récompense de la sixième béatitude, qui est la béatitude du don d'intelligence, est la vision de Dieu. L'esprit, par cette finesse inspirée, arrive en effet à voir ce que Dieu n'est pas. Les saints ont l'intuition de ce qu'il ne faut ni dire ni penser de lui. Vision très imparfaite assurément, qui est loin d'être la pleine vue. Les mystiques parlent aussi d'un toucher; et saint Thomas lui-même, d'un goûter, à propos du don de sagesse per modum gustus. Ces différentes façons de parler sont au fond concordantes. Qu'on sente la présence de Dieu comme par un toucher dans la nuit, qu'on entrevoie son indéfinissable mystère dans une sorte de négatif en clair-obscur, ou qu'on savoure ses divins effets au palais de l'esprit, c'est toujours assez la même chose.

— Mais souvenons-nous bien que l'imparfaite vision s'achèvera dans la vision parfaite qui ne sera pas autre chose qu'une intelligence consommée. Dans la patrie la vertu de foi disparaîtra, mais non pas le don d'intelligence. Il sera accordé à la lumière de gloire. Il en est une première aurore.



SOLUTIONS : 1-3. Par là on voit la réponse à faire aux objections. Car les deux premières raisons sont valables s'il s'agit de la première sorte de pureté. Quant à la troisième, elle vaut pour la parfaite vision de Dieu ; mais les dons, nous l'avons dit plus haut, dès ici-bas sont pour nous comme une certaine perfection commencée, et ils seront achevés plus tard.

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A suivre…


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Message  ROBERT. le Sam 16 Oct 2010, 4:42 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 8.


Parmi les fruits est-ce celui de foi qui répond au don d'intelligence ?


DIFFICULTÉS : 1. Il ne semble pas, puisque c'est l'intelligence qui est le fruit de la foi : "Si vous n'avez pas la foi, vous n'aurez pas l'intelligence", est-il dit en Isaïe, suivant une autre version, à l'endroit où nous avons : « Si vous n'avez pas la foi, vous ne durerez pas". La foi n'est donc point le fruit de l'intelligence.


2. D'ailleurs ce qui est avant n'est pas le fruit de ce qui est après. Or la foi semble bien être avant l'intelligence : c'est la foi qui est le fondement, avons-nous dit plus haut, de tout l'édifice spirituel. Elle n'est donc pas le fruit de l'intelligence.


3. En outre, les dons se rapportant à la pensée sont en plus grand nombre que ceux se rapportant à l'appétit. Pourtant, entre les fruits, il ne s'en trouve qu'un se rapportant à l'esprit, c'est celui de la foi ; tous les autres, au contraire, se rapportent à l'appétit. Le fruit de la foi ne répond donc pas plus, semble-t-il, à l'intelligence qu'à la sagesse ou à la science ou même au conseil.


CEPENDANT la fin d'une chose c'est son fruit. Mais le don d'intelligence semble fait principalement pour procurer cette certitude de foi qui est qualifiée de fruit. II est dit en effet dans la Glose que ce fruit de foi c'est « la certitude des réalités invisibles ». Parmi les fruits c'est donc la foi qui répond au don d'intelligence. [26]




note explicative :


[26] Qu.8, art. 8, cependant. — L’Apôtre dit au singulier le fruit de l’Esprit. Il faut entendre, soit l’Esprit divin qui est le principe de la vie surnaturelle en nous, soit cet esprit participé qui nous est donné et qui fait de nous des spirituels (Gal. V, 17-22 ; I Cor. II, 13). Dans cette fructification est désignée la foi. En stricte exégèse il s'agirait là, dit le P. LAGRANGE (in Gal. V, 22), non de la vertu théologale de foi, mais de la vertu morale de fidélité. Mais saint Thomas, suivant en ceci une interprétation assez courante, prend cette foi forte dont parle l'Apôtre pour le fruit bien mûr et délectable de la vertu théologale. Il estime que cette foi cueillie et dégustée comme un fruit du Saint-Esprit est la vertu mûrie à la chaude lumière du don d'intelligence. La certitude des réalités invisibles.

Effectivement, chez les saints, les objets de la foi sont toujours présents aux yeux de leur foi : le monde invisible leur devient aussi familier que peut l'être le monde visible, ils n'hésitent pas plus que « s'ils voyaient ce qui ne se voit pas » ainsi qu'il est dit de Moïse (Hebr. XI. 27).


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A suivre…
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Message  ROBERT. le Mar 19 Oct 2010, 8:18 pm

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IIa-IIæ, qu. 8, par R. Bernard, O.P., Éd. Des Jeunes, Paris, 1950, et notes explicatives a écrit:

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LA FOI

QUESTION 8.

LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 8.

Parmi les fruits est-ce celui de foi qui répond au don d'intelligence ? (suite)


CONCLUSION : Ainsi qu'il a été dit plus haut lorsqu'il s'est agi des fruits, on appelle fruits de l'Esprit certaines activités ultimes et délectables qui chez nous proviennent de la vertu de l'Esprit-Saint. Or l'ultime délectable a raison de fin et la fin c'est l'objet propre de la volonté. Voilà pourquoi il faut que ce qui est dernier et délectable dans l'ordre de la volonté soit en quelque sorte le fruit de toutes les autres activités qui se rattachent aux autres puissances. D'après cela le don ou la vertu qui perfectionne une puissance peut donc offrir un double fruit : un qui se rattache à sa puissance même ; mais encore un autre qui est pour ainsi dire tout à fait dernier et qui se rattache à la volonté. D'après quoi il faut conclure qu'au don d'intelligence répond, comme fruit propre, la foi, c'est-à-dire la certitude de foi; mais, comme fruit extrême, à l'intelligences répond la joie, qui se rattache à la volonté. [27]




note explicative :

[27] Qu. 8, art. 8, concl. — Le fruit est le produit ultime et délicieux d'une activité qui est venue à sa maturité naturelle ou surnaturelle. Chaque puissance en nous est comme un plant produisant son fruit propre. Toutes nos puissances peuvent donner du fruit, mais les plus riches en fruits sont les spirituelles : j'ai du goût à me restaurer et à me promener, j'en ai à regarder et à écouter, mais j'en ai encore plus à penser et à aimer. Et même, entre nos puissances spirituelles, la plus riche en fruits est celle du vouloir, car l'idée de fruit est très proche de celle de fin, le fruit comme la fin étant ce qu'on cherche au terme de tout et qu'on trouve agréable au-dessus de tout.

Voilà pourquoi à tous les fruits provenant de nos autres puissances s'ajoute toujours, comme un fruit tout dernier et plus complètement savoureux, celui provenant de notre faculté de vouloir et de vivre : ce que nous goûtons en tout se résout dans le goût de vivre, dans un profond sentiment de contentement et de bien-être, dans la joie plus haute de se sentir pleinement être et vivre. Si une telle fructification se produit au naturel, elle se reproduit bien plus dans le surnaturel. Mais là il n'y a de véritable maturité que celle qui a lieu au souffle du Saint-Esprit. D'où cette conclusion relative à la vie de la foi. Mûrie par l'intelligence, la foi produit deux fruits : l'un dans l'esprit et c'est cette certitude à l'endroit du monde invisible; l'autre dans la volonté, et c'est CETTE JOIE QUE L'ON ÉPROUVE DE PENSER COMME DIEU ET DE CROIRE QU'ON EST APPELÉ À LE VOIR, LA JOIE D'ÊTRE TOUT À FAIT DANS LE VRAI SECRET DE DIEU.

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Gras, souligné et majuscules ajoutés
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Message  ROBERT. le Ven 22 Oct 2010, 8:23 pm

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LE DON D'INTELLIGENCE

ARTICLE 8.


Parmi les fruits est-ce celui de foi qui répond au don d'intelligence ? (suite)


SOLUTIONS : 1. L'intelligence est bien le fruit de la foi, de la foi qui est vertu. Or ce n'est pas dans ce sens-là qu'on prend la foi lorsqu'on la dit fruit; mais on la prend pour une certitude de foi, certitude bien déterminée à laquelle on parvient par le don d'intelligence.


2. La foi ne peut pas devancer en tout l'intelligence : l'homme ne pourrait pas en effet adhérer par croyance à des choses qui lui sont affirmées s'il n'avait quelque peu l'intelligence de ces choses. Mais, à la suite de la foi qui est vertu, ce qu'il y a, c'est une perfection d'intelligence; et ce qu'il y a à la suite de cette perfection d'intelligence, c'est une certitude bien déterminée de la foi. [28]


3. Le fruit d'une connaissance pratique ne peut pas être dans cette connaissance même, parce que dans une telle connaissance on ne sait pas pour savoir mais pour autre chose. Au contraire, la connaissance spéculative a son fruit en elle-même et ce fruit est la certitude des choses qui sont de son domaine. Voilà pourquoi au don de conseil qui regarde uniquement la connaissance pratique ne répond aucun fruit propre, alors qu'aux dons de sagesse, d'intelligence et de science, qui peuvent s'élever même à la connaissance spéculative, répond seulement un fruit unique qui est la certitude signifiée par le nom de foi. Il y a, en revanche, des fruits en plus grand nombre se rapportant à la partie affective, parce que, comme nous l'avons déjà dit, cette raison de fin impliquée dans le mot de fruit regarde la faculté affective plus que l'intellective. [29]




notes explicatives :


[28] Qu. 8, art. 8, sol. 1-2. — Une certaine intelligence est déjà donnée avec la lumière même de la grâce et produit la vertu de foi. Cette foi, si elle est vive, s'accompagne du don de l'intelligence. Cette intelligence, si elle vient à maturité, produit cette spéciale certitude qui est le fruit de foi. On ne peut mieux marquer l'engendrement de ces différentes grâces : Dieu traite bien ceux qui le cherchent.

— Nous dirons en quoi consiste cette certitude de foi. Elle découle non pas seulement de la simple adhésion mais d'une réelle pénétration. Entre autres effets, elle donne le sens du mystère et de la majesté de Dieu.



[29] Qu. 8, art. 8, sol. 3. — Cette certitude de foi est pour notre pensée, dit saint Thomas, le fruit et même l'unique fruit non pas seulement du don d'intelligence, mais encore des autres dons intellectuels de science et de sagesse. C'est-à-dire que, pour recueillir tout le fruit de la foi, il faut avoir, par la science des saints, amèrement apprécié tout le créé et, par la sagesse, délicieusement savouré que le Seigneur est bon et si bon que meilleur ne peut être. A ce prix la foi vive et bien assurée donne tout son fruit, et c'est comme un avant-goût de la vision.

— Le texte dit aussi pourquoi le don de conseil n'est pas ici en cause et n'a pas à proprement parler de fruit à lui. Il est essentiellement assorti à la connaissance pratique, c'est-à-dire à une vérité de direction. Or, la fin ultime de la pensée n'est pas tant de commander que de comprendre et contempler. Aussi, le fruit le plus mûr et le plus exquis de la pensée, ce n'est pas l'action, c'est la contemplation.


— Le texte dit enfin pourquoi l'affectivité rapporte plus de fruits que l'intellectualité. Les fruits sont des produits dont on jouit. Or, la puissance affective est plus faite pour jouir que ne l'est la puissance intellective : celle-ci est faite pour saisir. C'est pourquoi l'âme que Dieu inspire et en laquelle fructifie l'Esprit abonde en sentiments de charité, de joie, de paix, d'affabilité et de longanimité, elle est rayonnante de douceur et de bonté, et tout cela est plein d'une sève divine et d'une saveur extrême : c'est le pur fruit de la charité qu'on a au cœur et que la sagesse inspire (cf. qu. 9, art. 4, sol. 1).


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A suivre…

Prochain fil: LE DON DE SCIENCE.
ROBERT.
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