AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Mar 24 Fév 2009, 5:54 pm



AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210

Bonjour à vous tous,

Dieu qui s’ingénue à trouver des moyens tous plus divins les uns que les autres –si l’on peut s’exprimer ainsi- pour nous sortir de notre aveuglement et nous ramener en grâce devant Son Père. Je m’exécute simplement et humblement devant vous.

On étudiera la part de Dieu dans les causes extérieures du péché en quatre articles, en commençant par la question suivante : DIEU est-il cause du péché?

Quatre difficultés se posent :
Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ, quæ. 79, art. 1, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


DIFFICULTES: 1. L’Apôtre semble le dire lorsqu’il de ces gens que « Dieu a livrés à leur sens réprouvé pour qu’ils fassent ce qui ne convient pas ». Et la Glose précise en affirmant que « Dieu agit dans le cœur des hommes, inclinant leur volonté à tout ce qu’il veut, en bien comme en mal ». Faire ce qui ne convient pas, avoir dans la volonté une inclinaison au mal, c’est le péché. Dieu est donc pour les hommes une cause de péché.

2. Il est écrit dans la Sagesse que « les créatures ont été faites en haine des hommes et pour la tentation de leurs âmes ». Or, on appelle ordinairement tentation tout ce qui est une provocation au mal. Les créatures n’ayant été faites que par Dieu, il semble donc qu’il provoque lui-même au mal et qu’il est ainsi une cause de péché.

3. La cause d’une cause est aussi la cause de l’effet. Or Dieu est la cause du libre-arbitre, lequel est la cause du péché. Dieu est donc aussi la cause du péché.

4. Tout mal s’oppose au bien. Malgré cela, il ne répugne pas à la bonté divine que Dieu soit l’auteur du mal de la peine. C’est de ce mal en effet que parle Isaïe, lorsqu’il dit que « Dieu en est le créateur », et Amos, lorsqu’il dit : « Y a-t-il dans la cité un châtiment que Dieu n’ait pas envoyé? » Il ne répugne donc pas plus à la divine bonté que Dieu soit l’auteur du mal de la faute.


A SUIVRE : sed contra…


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:53 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Mer 25 Fév 2009, 12:06 pm


AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210




Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


CEPENDANT, il est écrit au livre de la Sagesse que Dieu « ne hait rien de ce qu’il a fait ». Or il hait le péché, puisqu’il est dit au même livre qu’il a « en haine l’impie avec son impiété ». Dieu n’est donc pas cause du péché.

CONCLUSION : L’homme peut être de deux manières du péché, du sien ou de celui des autres. D’une manière directe, s’il incline sa volonté ou celle des autres à mal faire. D’une manière indirecte, lorsque dans certains cas, il ne retire pas les autres du péché : « Si tu ne cries pas aux impies : Vous mourrez, est-il dit au veilleur dans Ezéchiel, c’est à toi que je redemanderai leur sang ». –Mais Dieu ne peut pas être directement cause du péché ni pour lui ni pour personne. Car tout péché se fait par éloignement de l’ordre qui a Dieu pour fin. Or Dieu, au contraire, incline et ramène tout à soi comme à l’ultime fin, selon le mot de Denys. Il est donc impossible qu’il soit cause d’éloignement, pour lui-même ou pour d’autres, d’un ordre qui est tout orienté vers lui. Il ne peut donc être directement cause du péché.

Indirectement, pas davantage. Il lui arrive bien de ne pas donner à certains le secours dont ils auraient besoin pour éviter des péchés; et réellement, si ce secours leur était accordé, ils ne pécheraient pas. Mais quand Dieu fait cela, c’est en toute sagesse et en toute justice. On ne peut donc nullement lui imputer, comme s’il en était cause, le péché de personne. Le pilote n’est vraiment rendu responsable du naufrage d’un navire que s’il quitte le gouvernail au moment où il a le pouvoir et le devoir d’y être. Ainsi, de toute évidence, Dieu n’est en aucune manière cause du péché.

Les solutions suivront lors du prochain « post »…


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:53 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Ven 27 Fév 2009, 11:53 am

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 1, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


SOLUTIONS : 1. Pour ce qui est des mots de l’Apôtre, la solution ressort du texte même. Si Dieu livre certains à leur sens réprouvé c’est donc qu’ils l’ont déjà. Dire que Dieu les livre à ce sens pervers, c’est simplement dire qu’il ne les empêche pas de le suivre, comme on peut dire que nous exposons ceux que nous ne protégeons plus. –Quant au passage de saint Augustin d’où la glose a été tirée, il faut l’entendre ainsi : vers le bien Dieu incline directement la volonté; mais pour le mal il se borne à ne pas empêcher, et cela même n’a lieu que parce que des fautes antérieures l’ont mérité.


2. Dans ce passage de la Sagesse la préposition « pour » indique non pas une causalité mais une conséquence. Car Dieu n’a pas fait les créatures pour le mal des hommes, mais la chose est arrivée par suite de leur sottise à eux. Aussi le texte ajoute-t-il que les créatures sont tendues « comme un piège aux insensés », c’est-à-dire à ceux qui par leur propre sottise font des créatures un autre usage que celui auquel elles ont été destinées.


3. Lorsqu’une cause intermédiaire produit son effet en se soumettant à la cause première, l’effet remonte jusqu’à celle-ci, mais si la cause intermédiaire produit son effet en se soustrayant au plan de la cause première, cet effet n’est plus rapporté à celle-ci. Ainsi, quand un ministre agit contre les ordres de son maître, le maître ne passe pas pour être l’auteur. Pareillement, Dieu ne passe pas pour être la cause du péché que le libre arbitre commet contre le commandement divin.


4. La peine est le mal qui s’oppose au bien de celui qu’on punit : par elle il se trouve en effet privé d’un bien, quelque soit d’ailleurs ce bien. Mais la faute est le mal qui s’oppose au bien de l’ordre ayant Dieu pour fin : c’est pourquoi elle est contraire à la bonté divine. A cause de cela, on ne peut pas tirer de la faute le même argument que de la peine.


Ainsi s’achève le premier article.

Le deuxième posera la question à savoir si l'acte du péché vient de Dieu. Suivra l'aveuglement proprement dit.


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:53 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Ven 27 Fév 2009, 5:39 pm


AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 2, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


Abordons maintenant la deuxième question : L’acte du péché vient-il de Dieu? (1)


DIFFICULTES :

1. Saint Augustin dit que l’acte du péché n’est pas une réalité. Or tout ce qui vient de Dieu est réalité. Donc l’acte du péché ne vient pas de Dieu.

2. Si l’homme est cause du péché, c’est uniquement parce qu’il est cause de l’acte du péché : le mal comme tel, personne en effet ne le veut d’une véritable intention. Mais nous avons dit que Dieu n’est pas cause du péché. C’est donc parce qu’il n’est pas cause de l’acte du péché.


3. Il y a des actes qui sont spécifiquement mauvais et péchés. Or tout ce qui est cause d’une chose est cause de ce qui la caractérise spécifiquement. Si donc Dieu était cause de l’acte du péché, il serait par suite cause du péché lui-même. Mais nous avons montré que cela n’est pas. Dieu n’est donc pas cause de l’acte du péché.



CEPENDANT, l’acte du péché est un mouvement du libre arbitre. Or la volonté de Dieu est la cause, dit saint Augustin, de tous les mouvements qui se font. Elle est donc la cause de l’acte du péché.



(1) Note explicative : Dieu ne peut être l’auteur ni assumer en aucune manière la responsabilité d’un acte qui est tourné contre lui, puisque c’est un désordre contrevenant à un ordre naturel et surnaturel dont il est personnellement le principe et la fin, ab ordine qui est in Deum (art.1). Cependant, tout désordonné qu’il est, cet acte n’est pas rien : c’est quelque chose qui existe, et c’est quelque chose qui se fait même par grand déploiement d’activité. Or rien n’existe ni ne se fait sans le concours de Dieu. Tel est bien ce qu’il y a de plus offensant dans le péché : il utilise contre Dieu les plus beaux dons de Dieu. C’est à proprement parler se jouer de Dieu et de ce qu’il y a de divin dans l’être et dans la vie. Une chose pareille demande justice et crie vengeance. La cause première ne peut laisser abuser d’elle. La faute appelle et mérite la peine, et si Dieu ne fait que tolérer la première, il veut positivement la seconde qui constitue la revanche de l’ordre sur le désordre : ces vérités premières sont rappelées fortement(cf. art.1, sol. 4; et plus loin dans art.4, sol 1,2,4).


à suivre: la conclusion et les réponses aux difficultés...


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:53 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Sam 28 Fév 2009, 1:47 pm



AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 2, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:



CONCLUSION : L’acte du péché est à la fois être et action et à ce double titre il a de quoi dépendre de Dieu. En effet tout ce qui est être de quelque façon que ce soit, doit, comme dit Denys, dériver du premier Être. De même, toute action est causée par quelqu’être en acte, car aucun être n’agit sinon dans la mesure où il est en acte; or tout être en acte se ramène au premier Acte, c’est-à-dire Dieu, comme à la cause qui est par son essence l’Acte même; il reste donc que Dieu soit la cause de toute action en tant qu’action.

Mais le péché est un défaut dans l’être et dans l’action. Or, ce défaut vient d’une cause créée, le libre arbitre, qui manque à l’ordre voulu par la première cause, Dieu. Ainsi un tel défaut ne se ramène pas è Dieu, comme à sa cause, mais au libre arbitre, de même que l’action de boiter est attribuée à la déformation du tibia, et non à la faculté motrice, de laquelle vient cependant tout ce qu’il y a encore de mouvement dans la démarche boiteuse. –C’est ainsi que Dieu est cause de l’acte du péché, et cependant n’est pas cause qu’il y ait un défaut dans l'acte.


SOLUTIONS : 1. Par réalité saint Augustin entend ici la substance, et il est bien vrai que l’acte du péché n’est pas une substance.

2. Il faut attribuer à l’homme non seulement l’acte mais encore le défaut qui est dans l’acte; l’homme en effet, bien que ce ne soit pas là son intention principale, ne se soumet pas à qui il doit se soumettre, et c’est pour cela qu’il est cause du péché. Tandis que Dieu est cause de l’acte de telle manière qu’il n’est nullement cause du défaut concomitant, et voilà pourquoi il n’est nullement cause du péché.

3. Comme nous l’avons dit plus haut, l’acte et l’habitude ne sont pas caractérisés spécifiquement par la privation même dans laquelle réside le mal, mais par un objet auquel se trouve jointe cette privation. Et ainsi, ce défaut dans l’acte, qu’on dit ne pas être de Dieu, n’est que consécutif à l’espèce de l’acte mais ne la constitue pas comme ferait une différence spécifique.


Ainsi se termine le deuxième article. Nous aborderons l’aveuglement proprement dit avec le troisième…




Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:54 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Dim 01 Mar 2009, 5:21 pm

Posons maintenant la troisième question, à savoir :

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 3, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


Dieu est-il cause de l’aveuglement et de l’endurcissement de certains ?

DIFFICULTES : 1. Dieu ne peut pas être cause qu’un homme devienne plus mauvais, dit saint Augustin. Or l’aveuglement et l’endurcissement rendent l’homme plus mauvais. Dieu ne peut donc être cause de cela.


2. Fulgence fait remarquer que Dieu ne se venge pas d’une chose dont il est l’auteur. Or l’Ecclésiastique dit que Dieu se vengera au dernier jour du cœur endurci. Ce n’est donc pas lui qui l’endurcit.


3. Le même effet ne peut pas être attribué à des causes contraires. Or la cause de l’aveuglement c’est, dit la Sagesse, la malice de l’homme, et aussi le diable, le dieu de ce siècle, comme dit l’Apôtre. Ce sont bien là des causes qui semblent contraires à Dieu. Dieu n’est donc pas, de son côté, des mêmes effets d’aveuglement et d’endurcissement.


CEPENDANT, nous lisons en Isaïe : « Aveugle le cœur de ce peuple et durcis-lui les oreilles », et dans l’Épître aux Romains : « Dieu prend pitié de qui il veut et il endurcit qui il veut ».


à suivre...


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:54 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Lun 02 Mar 2009, 1:05 pm


AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 3, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


Dieu est-il cause de l’aveuglement et de l’endurcissement de certains ?



CONCLUSION : Il y deux choses dans l’aveuglement et l’endurcissement. Un mouvement qui fait que l’âme humaine adhère au mal et se détourne de la lumière divine : de cela Dieu n’est pas plus cause que du péché. Mais aussi une soustraction de grâce à la suite de quoi l’esprit n’est plus éclairé de Dieu pour bien voir ni le cœur attendri pour bien vivre, et de cela Dieu est cause.

Car voici ce qu’il faut considérer. Selon le mot de saint Jean : « Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde », Dieu est la cause universelle de la lumière des âmes comme le soleil la cause universelle de la lumière des corps. Avec des différences cependant, car le soleil répand sa lumière par une nécessité de sa nature tandis que Dieu répand la sienne volontairement et suivant le plan de sa sagesse. Le soleil, autant que cela dépend de lui, éclaire bien tous les corps; néanmoins s’il en est un où il rencontre un obstacle, il le laisse dans l’obscurité, une maison par exemple dont les fenêtres sont demeurées closes : et portant la cause de cette obscurité n’est nullement le soleil puisque ce n’est pas par son propre jugement qu’il ne pénètre point dans la maison; la cause est uniquement celui qui tient les volets fermés. Pour Dieu au contraire, s’il n’envoie plus les rayons de la grâce dans les âmes où il trouve un obstacle, c’est par son propre jugement : aussi la cause de cette soustraction de grâce n’est pas seulement celui qui offre l’obstacle mais encore Dieu qui juge n’avoir plus à offrir la grâce. De cette manière, Dieu est vraiment cause qu’on ne voit plus et qu’on entend plus et que le cœur est endurci. –Effets qui sont distincts comme ceux de la grâce elle-même. Car en même temps qu’elle perfectionne l’intelligence par le don de sagesse, elle amollit le cœur au feu de la charité. Et, parce que la connaissance intellectuelle est surtout servie par deux sens, la vue qui aide à découvrir et l’ouïe à apprendre, il s’ensuit que l’on parle de la cécité et de la surdité de l’esprit, ainsi que de l’endurcissement du cœur(2)



-----------------------------------------
(2) : note explicative : Saint Thomas n’hésite pas à reconnaître que Dieu est véritablement l’auteur de sa disgrâce comme il est l’auteur de sa grâce. D’ailleurs, les premiers effets de cette disgrâce ne sont pas autre chose que le retrait même de la grâce. Il ne faut pas s’y méprendre, le péché trouve en lui-même son pire châtiment tôt ou tard, mais du point de vue de Dieu, il n’est ni tôt ni tard; et la justice en cela est immanente. Pour punir la faute Dieu n’a qu’à se retirer, en ôtant non certes sa présence d’immensité, ce qui amènerait l’anéantissement, mais sa présence d’intimité avec tous les secours qui y tendent ou en dérivent. Ainsi abandonné à lui-même, l’homme pécheur tombe dans le triste sort d’un être spirituel qui n’a plus assez de lumière dans l’esprit pour bien voir ni assez de tendresse au cœur pour aimer, et c’est la plus grande privation qui puisse arriver. C’est la peine spirituelle, celle qui doit immanquablement se révéler, un jour ou l’autre, comme étant la plus cuisante et la plus désespérante de toutes, et celle qui dès à présent sort le plus directement des péchés et mène le plus sûrement à d’autres péchés. Suite et préambule de péché, dit saint Thomas, si elle suit son cours, elle aboutit à la damnation qui n’en est que l’achèvement et la fixation à jamais. Cet aveuglement et cet endurcissement pour l’éternité, voilà la peine du dam. De sorte que, si l’état de grâce doit être considéré comme le commencement et l’ébauche, in choatio , de la béatitude, cet état de disgrâce dont il est ici question peut être regardé comme le commencement de la damnation. Au fond et en définitive, Dieu ne peut pas avoir à l’égard du péché d’autre attitude que celle-là. Nous ne saurions trop le répéter et une théologie plus étendue le pourrait démontrer : la peine est d’abord immanente à la faute, causa meritoria (art.3, sol.3).


les SOLUTIONS aux difficultés apparaitront bientôt...


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:55 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Mar 03 Mar 2009, 12:36 pm

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 3, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:

Dieu est-il cause de l’aveuglement et de l’endurcissement de certains ?

SOLUTIONS : 1. Par le côté où ils supposent une soustraction de la grâce l’aveuglement et l’endurcissement sont des peines : à cet égard ce ne sont pas eux qui rendent l’homme plus mauvais. C’est lui qui, étant devenu plus mauvais par sa faute, encourt par elle ces châtiments ainsi que tous les autres.

2. L’objection est valable si l’on considère l’endurcissement comme une faute.

3. La malice est une cause méritoire de l’aveuglement comme un faute l’est d’une peine. Et de la même manière aussi, on dit que le diable aveugle les esprits en tant qu’il les induit à la faute.

Ne croyez pas qu'en vous livrant un court texte au lieu du texte habituel, je veuille prendre congé de Saint Thomas mais plutôt prendre congé avec Saint Thomas...


La quatrième question suivra bientôt: L'aveuglement et l'endurcissement sont-ils toujours ordonnés au salut de ceux qui en sont frappés?


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:55 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Mer 04 Mar 2009, 1:43 pm

.


Passons maintenant à la dernière question sur Dieu et le péché : l’aveuglement et l’endurcissement sont-ils toujours ordonnés au salut de ceux qui en sont frappés ? (qu.79, art.4). Dans cet article en particulier, nous verrons les ingénuosités infinies que Dieu déploie…



AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 4, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


l’aveuglement et l’endurcissement sont-ils toujours ordonnés au salut de ceux qui en sont frappés ?


DIFFICULTÉS : 1. Oui, toujours, semble-t-il. Saint Augustin dit en effet que Dieu, comme il est souverainement bon, ne permettrait nullement aucun mal si de chaque il ne pouvait faire sortir un bien. A plus forte raison doit-il donc tourner en bien le mal dont il est la cause. Or, il est la cause, avons-nous dit, de l’aveuglement et de l’endurcissement des âmes. Ces maux sont donc ordonnés par lui pour le salut de ceux qui en sont atteints.

2. Il est dit dans la Sagesse que Dieu ne prend pas plaisir à la perte des impies. Or il semblerait le faire s’il ne tournerait pas à leur avantage l’aveuglement dont il les frappe, de même qu’un médecin aurait l’air de prendre plaisir à faire souffrir son malade si la médecine amère qu’il lui donne à boire n’avait pas pour but de lui rendre la santé.


3. Dieu ne fait pas acception de personnes, est-il dit au livre des Actes. Or, il y a des cas où Dieu aveugle pour sauver. Ce fut, au témoignage même des Actes et selon le commentaire qu’en donne saint Augustin, le cas de quelques-uns des Juifs : Dieu les avait aveuglés pour qu’ils n’eussent pas foi au Christ et que ne croyant pas en lui ils le missent à mort afin qu’après cela, tout contrits, ils puissent se convertir. Donc, ce que Dieu fait pour certains, il le fait pour tous.

CEPENDANT, « il ne faut pas faire le mal pour qu’il en arrive du bien », est-il dit dans l’épître aux Romains. Mais l’aveuglement est un mal. Dieu n’aveugle donc pas des âmes pour leur bien.


A suivre...


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:55 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Jeu 05 Mar 2009, 11:28 am


AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210


Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 4, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


l’aveuglement et l’endurcissement sont-ils toujours ordonnés au salut de ceux qui en sont frappés ?


CONCLUSION : L’aveuglement est un préambule du péché. Or le péché mène à deux choses : par lui-même à la damnation, mais par miséricorde et providence de Dieu, à la guérison, en ce sens que Dieu permet que certains tombent dans le péché afin que, comme dit saint Augustin, reconnaissant leur faute ils s’humilient et se convertissent. Par conséquent, il en est de même de l’aveuglement spirituel : de sa propre nature il mène à la damnation, et c’est pourquoi on y voit même un signe de réprobation; mais par la divine miséricorde il est temporairement ordonné comme un traitement médicinal pour le salut de ceux qui s’en trouvent atteints. Néanmoins cette miséricorde n’est pas accordée à tous mais uniquement aux prédestinés, chez qui tout concourt au bien, comme dit l’Apôtre. De sorte que pour les uns l’aveuglement aboutit à la guérison, mais pour d’autres à la damnation : ainsi parle saint Augustin (3).



_______________________
(3) : note explicative : - Si en fait le péché ne suit pas toujours un cours aussi fatal qu’on vient de la dire, si Dieu ne semble pas le livrer toujours aussi impitoyablement aux rigueurs de sa justice, ce ne peut être par faiblesse pour le péché : la perfection divine est tout à fait incapable d’un tel fléchissement de cette sorte(c.f. De Malo, qu.3, art.1, concl.); c’est seulement par égard pour le pécheur, et parce qu’il y a en Dieu, au-dessus même de la justice, une insondable miséricorde. Dieu n’est pas moins préoccupé de sauver le pécheur que de punir le péché. Le mystère du Verbe incarné pour notre rédemption est le gage éclatant de cette miséricorde divine et l’instrument de la providence qui en découle. Dieu, dans ce dessein et en vertu des mérites infinis du Sauveur, ne cesse de harceler les pécheurs par toutes sortes de grâces actuelles pour les faire rentrer dans l’état de grâce sanctifiante : bien loin donc de les abandonner à leur malheureux sort, il les poursuit de ses prévenances. Il n’est même pas inouï, et c’est ce que dit spécialement cet article, que Dieu laisse des pécheurs s’enfoncer pour un temps dans leur péché afin de les en guérir plus magnifiquement et plus radicalement.

Les Solutions et les notes suivront bientôt...


Dernière édition par ROBERT. le Lun 15 Nov 2010, 1:56 pm, édité 1 fois
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES Empty Re: AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES

Message  ROBERT. le Ven 06 Mar 2009, 6:27 pm


AVEUGLEMENT ET INGÉNUOSITÉS DIVINES 001_3210



Père R. Bernard, o.p., in Ia-IIæ quæ. 79, art. 4, Édition des Jeunes, Paris 1951. a écrit:


l’aveuglement et l’endurcissement sont-ils toujours ordonnés au salut de ceux qui en sont frappés ?




SOLUTIONS : 1. Tous les maux que Dieu fait ou laisse faire sont destinés à quelque bien, pas toujours cependant au bien de celui chez qui est le mal, mais quelquefois au bien d’un autre ou encore au bien de tout l’ensemble. C’est ainsi que dans le plan de Dieu la faute des tyrans est pour le bien des martyrs et la peine des damnés pour la gloire de sa justice.


2. Dieu ne prend pas plaisir à la perte des hommes pour le plaisir même de les perdre, mais en raison de sa justice ou pour le bien qui découle de leur châtiment.


3. Que Dieu aveugle certains pour les sauver, c’est miséricorde; et d’autres pour les perdre, c’est justice. Qu’il fasse miséricorde à quelques-uns et pas à tous, ce n’est point chez lui acception de personnes, nous l’avons montré dans la Ia pars de cet ouvrage, qu.23.(4)

4. Il ne faut pas faire le mal de la faute pour qu’il en arrive du bien; mais le mal de la peine, il faut l’infliger pour le bien. (5)






______________________
(4) : note explicative : Tout cela cependant, et cette justice à l’égard du péché, et cette miséricorde envers le pécheur, demeure dans l’ineffable sagesse et dans l’impénétrable jugement de Dieu. Voir à ce sujet le passage de l’Épître aux Romains auquel renvoie le texte cité plus (art.3, cependant). Saint Thomas sait bien que nous touchons ici le grave problème de la prédestination et de la réprobation. Il a été traité ailleurs, ce n’est pas le lieu de le reprendre, mais il faut y songer.


(5) : note explicative : Il sera bon de lire ( sur un prochain fil, si Dieu le veut…) à la suite de la présente question l’article du traité des lois où il est reconnu que par une disposition positive du divin législateur une véritable loi du péché pèse sur l’humanité. Cette loi par laquelle l’homme est destitué de sa propre grandeur est une peine. C’est d’abord la peine qui à la suite du péché originel atteint tout le genre humain. Et aussi cette autre, analogue à sa manière, dont nous venons de dire que certains sont frappés à la suite de péchés actuels (q.79, a.3). Ces deux peines, du reste, s’ajoutent l’une à l’autre et s’aggravent malheureusement l’une l’autre. Si l’homme est déjà par son origine soumis à la loi du péché, par ses actes personnels il y sera de plus en plus assujetti. C’est à dire que le péché deviendra de plus en plus lui une loi. Une loi de châtiment qui est, comme nous l’avons dit (note 2) immanente au désordre même et qui par conséquent se renforce et s’appesantit à mesure que le mal augmente. Une loi qui est en même temps une punition de Dieu et, comme dit expressément saint Thomas, l’effet de sa divine justice. Et, pour briser l’esclavage d’une loi pareille, il ne faut rien de moins que la loi de grâce, œuvre d’une infinie miséricorde où se révèle toute la tendresse de Dieu.


Ainsi s'achèvent les quatre articles traitant de la part de Dieu dans les causes extérieures du péché...

- FIN -
ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34642
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum