VIE DE GEMMA GALGANI - La Séraphique Vierge de Lucques - R. P. Germain

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Message  Monique Dim 30 Jan 2022, 8:58 am

Un témoin très digne de foi nous rapporte le fait suivant : « Je fus priée par une dame de ma connaissance de recommander à Gemma son frère, un grand pécheur. Je le fis, et elle ne l'oublia pas. Mais Jésus lui dit dans une extase, évidemment pour éprouver sa foi, qu'il ne connaissait pas ce pécheur. « Comment ne le connaissez-vous pas, répondit-elle, s'il est votre fils ? » Puis elle s'adressa à Marie ; mais la voyant silencieuse et tout en larmes elle se tourna vers le Bienheureux Gabriel qui lui aussi garda le silence. Gemma ne perdit pas courage et redoubla de prières. Cependant elle me disait : « Cet homme doit être vraiment un grand pécheur, car Jésus dit qu'il ne le connaît pas, la divine Mère pleure, et le confrère Gabriel se tait. »

« Après un an d'inlassables supplications, un jour que je me rendais à l'église avec Gemma, je rencontrai la servante de la dite dame, toute bouleversée ; elle nous apprit que le frère de sa maîtresse se mourait. Nous en fûmes très douloureusement affectées, mais à peine avions-nous fait une vingtaine de pas, Gemma se mit à crier « Il est sauvé, il est sauvé - Qui donc ? demandai-je. - Le frère de la dame. » J'ai su, depuis, que cet homme avait expiré en serrant la main du prêtre, au moment précis de la rentrée de la servante dans la maison ; or, cet instant coïncidait exactement avec celui où Gemma s'était écrié : il est sauvé, il est sauvé »

On le voit, des personnes amies, mûes par leur zèle et leur haute estime de la sainteté de Gemma, avaient recours à ses prières pour la conversion d'êtres aimés ; mais il n'était pas rare que Dieu lui fit connaître directement certains pécheurs dans des rencontres providentielles, ou dans la maison même de ses bienfaiteurs. De quelque côté qu'ils lui vinssent, la charitable fille les adoptait avec joie comme des trésors ; et plus leur nombre augmentait, plus elle désirait le voir s'accroître. « Je voudrais que tous les pécheurs fussent sauvés, disait-elle, car ils ont été rachetés par le sang de Jésus. »

Le dernier dont elle eut le salut particulièrement à cœur, ou, suivant son expression, qu'elle porta sur ses épaules, fut un habitant de Lucques, pêcheur fameux et endurci, personnellement inconnu d'elle. Pendant longtemps la sainte jeune fille implora de Jésus sa conversion, sans le moindre découragement, dans sa dernière maladie elle dit à une intime confidente : « Je le tiendrai sur mes épaules tout ce carême, puis je m'en déchargerai. » Or, le jeudi saint, le prêtre pieux qui lui avait recommandé cette âme m'apprenait, tout joyeux, qu'il venait de réconcilier avec Dieu un grand pécheur c'était le pécheur de Gemma. Deux jours après, la jeune vierge, soulagée de ce poids et cette nouvelle palme à la main, s'envolait vers les cieux.

Telle fut la dernière conversion visiblement opérée par la servante de Dieu. La première date de l'époque de la longue et douloureuse maladie dont elle fut frappée à la maison paternelle, avant d'avoir reçu la solennelle investiture de son apostolat. Elle est vraiment digue de mention.


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Message  Monique Lun 31 Jan 2022, 8:26 am

Parmi les personnes qui donnaient alors leurs soins à la jeune infirme se trouvait une femme de vie peu édifiante, que la famille voyait venir avec chagrin et eût voulu remercier. « Comment, disait Gemma, le visage enflammé, la Madeleine fut-elle repoussée par Jésus, parce qu'elle était pécheresse ? Laissez-la venir. Qui sait si on ne pourra pas lui faire un peu de bien ? Ne me l'éloignez pas, je vous en prie. » Et bien qu'exténuée et presque mourante elle s'occupa d'elle.

Le cas était difficile, car la femme vivait dc son infâme métier ; mais que ne peut la charité du Christ exercée par une âme aussi ardente que celle de Gemma ?

Une de ses tantes lui envoyait de temps en temps quelque argent pour ses graves besoins ; la malade le passait à la pécheresse avec une grâce charmante, et payait son loyer pour qu'elle n'eût pas à s'en procurer le prix par l'offense de Dieu. Lorsqu'un membre de sa famille lui demandait : « Qu'avez-vous fait de l'argent envoyé par la tante ? - Soyez tranquille, répondait-elle, je ne gaspille rien ; vous verrez, vous saurez l'usage que j'en fais. »

Elle acquit ainsi un tel empire sur cette âme qu'en peu de temps ses infatigables exhortations l'eurent arrachée à ses honteux désordres. La femme repentante fit une confession générale et vécut désormais en véritable chrétienne.


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Message  Monique Mar 01 Fév 2022, 8:04 am

Le démon pouvait-il ne point frémir de rage devant le zèle de la pieuse jeune fille, qui lui enlevait des mains les plus belles proies ? Assez souvent il lui apparaissait les yeux sinistrement éclairés d'une flamme d'enfer, eu criant d'un ton menaçant : « Pour ce qui te regarde personnellement, agis comme il te plaira ; mais garde-toi de rien faire en faveur des pécheurs, car tu me le payerais. »

Il se déguisait parfois en prudent conseiller. « Comment, disait-il, d'où te vient tant de présomption ? Tu es chargée de péchés ; toutes les années de ta vie ne suffiraient pas à les pleurer et à les expier ; et tu perds le temps à t'occuper des péchés d'autrui ! Ne vois-tu pas que ton âme est en péril ? Le beau gain de penser aux autres en se négligeant soi-même ! »

Vains efforts, qui activaient plutôt les saintes ardeurs de l'âpôtre. « Voulez-vous savoir, Jésus, disait-elle dans une extase, qui m'a défendu de m'occuper des pécheurs ? Le diable. Mais au contraire, Jésus, pensez aux pauvres pécheurs ; je vous les recommande. Enseignez-moi à faire beaucoup pour les sauver. »

Si quelqu'un de ces derniers lui marquait de l'hostilité, les prières en sa faveur n'en devenaient que plus vives. En voici une preuve entre beaucoup d'autres. On l'a entendue dire, ravie hors des sens : « Jésus, par ordre de mon confesseur je vous recommande mon plus grand ennemi, mon plus méchant adversaire. Guidez-le, accompagnez-le, et si votre main devait s'appesantir sur lui, appesantissez-la plutôt sur moi. Comblez-le de bénédictions, Jésus ; ne l'abandonnez pas, consolez-le. Laissez-moi dans les douleurs, peu importe ; mais lui, non ; je vous le recommande maintenant et pour toujours. Faites-lui beaucoup de bien, deux fois plus, vous m'entendez, Jésus ? deux fois plus qu'il n'eût voulu me faire de mal. Pour vous montrer que je l'aime. je communierai demain à son intention. Lui pensera peut-être à nous nuire et nous, nous lui voulons beaucoup de bien. »


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Message  Monique Mer 02 Fév 2022, 8:11 am

C'était une passion chez la servante de Dieu, non seulement de travailler à ramener au bercail les brebis garées, mais d'aider toutes les âmes à progresser dans l'amour de Dieu, dans la fidélité à son service, dans la perfection de la vertu. À la vue de tant de langueur dans les chrétiens de nos jours, dans les membres de l'un et de l'autre clergé, et jusqu'au sein des cloîtres sacrés, son cœur paraissait ne pouvoir rester en paix. Non contente de prier sans répit dans ce but, elle saisissait toutes les occasions de donner des conseils, d'avertir, de corriger et au besoin de menacer au nom du Seigneur. « Cela ne plaît certainement pas à Jésus, disait-elle à une personne ; vous devriez y renoncer. » Et à une autre : « Pour plaire à Jésus, vous devriez suivre telle ligne de conduite. »

Un vénérable supérieur, venu pour la consulter, lui demanda en ma présence si sa manière de gouverner agréait au Seigneur. Gemma, qui le savait quelque peu précipité dans ses décisions et plutôt dur pour ses subordonnés, lui répondit : « Il conviendrait d'agir avec plus de maturité, et d'user en tout de douceur ; si non, vous ne contenterez personne. »

La jeune fille, pleine de simplicité, disait ainsi à tous sa pensée, avec modestie sans doute et humilité, mais sans aucune réticence ; et cette liberté ne déplaisait à personne tant le fonds d'angélique candeur dont elle procédait frappait tous les yeux.

Elle adressait des lettres pressantes aux directeurs d'âmes connus d'elles et à son propre confesseur, pour les prier de corriger certains de leurs pénitents : « Telle âme s'aime plus que Jésus ; dites-lui qu'il n'en peut être ainsi et corrigez-la. » Je ne fus pas non plus épargné ; maintes fois elle me signala franchement mes défauts, frappant toujours juste. Cette angélique créature, qui abhorrait cependant de s'occuper des affaires d'autrui et restait si concentrée en elle-même que le monde ne paraissait pas exister pour elle, pressée par son zèle de le gloire de Dieu, se trouvait ainsi très fréquemment en exercice d'apostolat.

Quelquefois le Seigneur l'envoyait comme en ambassade porter des avertissements même à des personnages de marque, et elle parlait sans délai, non sans avoir, toujours défiante de ses propres lumières, sollicité l'approbation de son confesseur ou de son directeur. « Il y a déjà plusieurs jours, écrivait-elle pour demander une semblable autorisation, que Jésus me dit ces paroles : « Va trouver la supérieure (de tel monastère de religieuses) et dis-lui que si elle persiste dans son projet et continue de mépriser mes inspirations en résistant aux ordres de ses supérieurs, elle aura bientôt à s'en repentir, car son châtiment est déjà prêt. Malheur à elle s'il n'est tenu compte de ce dernier avertissement Dis-lui que son châtiment a été différé jusqu'ici en considération de quelques âmes qui me sont bien chères. Mais maintenant, plus de délai. Dis-lui que tout dépend d'elle. »


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Message  Monique Jeu 03 Fév 2022, 7:42 am

Peu de temps après Gemma réécrivait sur le même sujet : « Jeudi, pendant l'heure sainte, Jésus me demanda si j'avais volontiers souffert cette nuit des tourments périodiques du jeudi au vendredi, pour l'expiation des fautes de quelques religieuses. Je lui répondis : oui, très volontiers. - J'entendis ensuite ces paroles : Malheur à elles et à celle qui les dirige, si elles refusent d'accomplir la volonté de Jésus Si elles restent sourdes à sa voix, elles s'en repentiront bien vite, mais trop tard. Jésus ne fera plus régner parmi elles la paix dont elles jouissaient depuis longtemps ; la discorde ira toujours croissant, jusqu'à les forcer bientôt de se séparer. » La voix du Seigneur fut heureusement entendue et la paix s'affermit dans le monastère, grâce aux prières et aux douloureuses expiations de celle qui cependant voulait être appelée « la pauvre Gemma. »

Dieu facilitait merveilleusement à sa servante son ministère près des âmes par des dons extraordinaires, tels que le discernement des esprits et la connaissance des choses cachées et futures. Elle était en commerce spirituel, sans les avoir jamais vues, avec quelques grandes âmes, leur écrivait même et avait d'elles une connaissance qui étonnait leurs confesseurs de vieille date. Certaines impressions intérieures lui révélaient le plus souvent l'état des personnes qui se présentaient devant elle même pour la première fois. Elle distinguait ainsi les âmes chères à Dieu des âmes vulgaires, reconnaissant tout particulièrement celles que souillaient des fautes graves. En présence de ces dernières sa physionomie trahissait une vive répugnance, et si les convenances le permettaient elle ne manquait pas de les avertir. C'est ainsi qu'elle utilisait de son mieux pour le bien du prochain ces secrètes lumières d'en-haut.

Moi-même, qui en matière de spiritualité accorde difficilement ma confiance aux pénitents, surtout aux femmes, sans preuves certaines de leurs véritables dispositions, j'ai recouru plusieurs fois dans mes doutes aux lumières surnaturelles de Gemma. Après quelques jours j'avais sa réponse. « Croyez-moi, père, me disait-elle dans un de ces cas, je puis me tromper, mais la personne dont vous me parlez n'est pas animée de bonnes intentions. Il m'en coûte de le dire, mais vous ferez bien de ne pas vous en occuper, vous perdriez votre peine. Ah ! cette âme, comme je l'ai vue difforme devant Dieu ! » L'avenir ne tarda pas à démontrer la justesse de cette appréciation, et je rendis grâces à la sainte enfant de m'avoir éclairé à temps.

D'autres fois elle me rassurait au contraire sur certaines âmes dont toutes les apparences m'inspiraient la défiance, et que j'étais sur le point d'abandonner. Je suivais ses avis sans avoir jamais à m'en repentir.


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Message  Monique Ven 04 Fév 2022, 8:18 am

La jeune fille annonçait avec non moins de sûreté les conséquences funestes qui se produiraient si la ligne de conduite transmise par elle de la part du Seigneur n'était pas suivie. Sur ce point, que je me contente simplement d'indiquer, les détails abonderaient.

Cependant Gemma, presque toujours silencieuse et d'une circonspection extrême, se montrait très sobre de ces prédictions ; il ne fallait rien moins que le motif certain de la gloire de Dieu ou du bien d'une âme, pour la faire sortir de sa réserve. En dehors de ces cas, jamais elle ne posait en prophétesse je dis jamais, et lorsque des personnes curieuses, fût-ce son propre directeur, essayaient de la tenter : « Je ne sais rien, répondait-elle modestement, demandez à Jésus. »

Voici d'après ces propres paroles, comment lui venaient ces lumières sur les choses cachées ou futures : « Cher père, je le dis à vous seul parfois, sans penser à rien, une lumière brille à mon esprit. Je ne m'y arrête pas, et un jour après, je m'aperçois que l'illumination venait de mon Dieu. Cela m'arrive très souvent ; mais tout se fait en silence. » Telle est bien, - de l'avis des mystiques, la manière la plus ordinaire dont Dieu parle à ses serviteurs. Gemma dans son humilité paraissait ajouter peu de créance à ces révélations ; mais au fond de son âme n'existait pas une ombre de doute, et son père spirituel seul eût pu la persuader de la réalité d'une illusion.

En vue de mettre mieux en son jour l'esprit apostolique de la servante de Dieu, je me permettrai de rappeler une œuvre qui me touche de près.



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Message  Monique Sam 05 Fév 2022, 7:58 am

J'avais institué à Rome et dans divers lieux, sous le nom de Collège de Jésus, une association d'âmes généreuses qui, sans aucun apparat de charges et d'offices, sans secrétariats et sans caisses, tout en s'appliquant à cultiver en elles-mêmes la vie intérieure, s'efforcent, sous la direction d'un bon prêtre, d'assurer dans l'église la décence et la beauté du culte divin, surtout du culte eucharistique, et d'opérer un peu de bien dans les hôpitaux, les prisons, les familles, partout où se rencontrent des âmes à aider, des désordres à extirper. Le règlement de la pieuse société plut à beaucoup ; en peu de temps les adhérents affluèrent, et, grâce à Dieu, le bien se fit.

J'en parlai à Gemma, qui sen réjouit vivement et voulut être la première dans la ville de Lucques à s'inscrire dans la nouvelle association. Elle s'occupa immédiatement de la propager, multipliant ses courses pour recruter des membres, exciter le zèle des directeurs et organiser les œuvres. Dans ses extases elle parlait fréquemment à Jésus de la société naissante, et le Seigneur daignait répondre qu'il l'avait grandement pour agréable, et qu'il bénissait avec une particulière affection ceux qui en faisaient partie. Puissent ces derniers trouver un encouragement dans la pensée qu'ils ont eu dans leurs rangs la séraphique vierge de Lucques.

L'amour, quand il est vrai, embrasse indistinctement tous les hommes, et ne connaît point de limites. Celui de Gemma, parvenu à une suprême perfection, étendait sa sollicitude, non seulement aux pécheurs privés de l'inestimable don de la grâce, et aux âmes imparfaites qui se traînent mollement dans les sentiers de la vertu, mais aux pauvres à âmes émigrées de ce monde, que des fautes insuffisament expiées retiennent loin de la béatitude céleste, dans des tourments purificateurs. Avec un extraordinaire dévouement elle offrait à Dieu pour toutes en général des prières continuelles, des pénitences et ses grandes souffrances physiques et morales. Mais parmi elles comme parmi les pécheurs se trouvait toujours quelque heureuse privilégiée.

« Oui, souffrir, disait-elle, souffrir pour les pécheurs et en particulier pour les âmes du Purgatoire, surtout pour une telle. » Et le Dieu de miséricorde, auquel il tarde d'abreuver de sa propre félicité ces âmes justes, stimulait encore le zèle de sa servante et lui ménageait de nouveaux moyens d'expiation.

« L'ange m'a dit, écrivait-elle, que ce soir Jésus me ferait souffrir quelque chose de plus, pendant deux heures et à partir de neuf, en faveur d'une âme du Purgatoire. » De son propre aveu, la douleur fut très vive et dura juste le temps annoncé. « J'avais la tête. dit-elle, excessivement endolorie, et chaque mouvement me réveillait des tortures terribles. » Le ciel acceptait les généreuses expiations d'une créature si digne, et les pauvres âmes sentaient s'alléger leurs souffrances et diminuer le temps de leur captivité.


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Message  Monique Dim 06 Fév 2022, 7:54 am

Voici un trait entre bien d'autres : Gemma connut par voie surnaturelle qu'une religieuse passioniste du monastère de Corneto, belle âme très chère à Dieu, venait de tomber mortellement malade. Elle me demanda si le fait était exact ; sur ma réponse affirmative, elle supplia Jésus de faire payer ici-bas à sa servante ses dettes à la justice divine, pour qu'à sa mort le ciel lui fût promptement ouvert. Le Seigneur l'exauça, du moins en partie, car la fervente religieuse ne mourut qu'après plusieurs mois de cruelles souffrances. Elle apparut alors à la jeune fille sous les traits les plus douloureux, implorant son secours dans les peines terribles qu'elle endurait au Purgatoire à cause de certains défauts. Il n'en fallait pas davantage pour émouvoir toutes les fibres de son cœur. Afin de procurer à la pauvre sœur de nombreux suffrages, Gemma se hâta d'annoncer son décès à sa famille adoptive, la désignant par son nom de religion, pourtant inconnu à Lucques : Marie-Thérèse de l'Enfant Jésus ; et elle-même à partir de ce moment ne connut plus de repos. Sans trève elle priait, pleurait, luttait amoureusement avec son Seigneur. « Jésus, sauvez-la, l'entendait-on s'écrier ; Jésus, envoyez vite Marie-Thérèse en paradis. C'est une âme qui vous est bien chère ; faites-moi beaucoup souffrir pour elle ; je la veux au ciel. »

Victime volontaire, la généreuse enfant souffrit cruellement seize jours consécutifs, au bout desquels, la justice divine étant satisfaite, sonna l'heure de la délivrance. Elle m'écrivit alors : « Vers une heure et demie (de la nuit), la Madone est venue, m’a-t-il semblé, m'annoncer que le moment était proche. Quelque temps après j'ai cru voir s'avancer vers moi Marie-Thérèse vêtue en religieuse Passioniste, accompagnée de son ange et de Jésus. Ah ! que son aspect était différent de celui du jour où je l'avais vue pour la première fois ! S'approchant de moi toute souriante, elle ma dit : « Je suis vraiment heureuse et je vais jouir de mon Jésus pour toujours. » Après de nouveaux remerciements, elle m'a fait de la main à plusieurs reprises un geste d'adieu, et avec Jésus et son ange a pris aussitôt son essor vers les cieux. C'était environ deux heures et demie de la nuit. »

Que ne compte-t-on parmi nous beaucoup de ces âmes pures et généreuses dont les héroïques vertus et l'esprit apostolique. par leur puissant rayonnement, attirent tant de bénédictions sur la terre ! Dieu, qui convertit le monde au moyen de douze pauvres pécheurs pourrait le sauver encore par les larmes secrètes. Les pénitences et les expiations d'humbles vierges, méprisées des hommes mais grandes à ses yeux, telles que Gemma de Lucques.


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Message  Monique Lun 07 Fév 2022, 8:18 am

CHAPITRE XXIII


TRAIT SPÉCIAL DE LA SAINTETÉ DE GEMMA.



********


Il y a dans la sainteté un esprit général essentiel, commun à tous les justes, et un esprit particulier, propre à chacun d'eux. Le premier consiste dans la possession de toutes les vertus enseignées par le Seigneur Jésus, chef et modèle des prédestinés ; le second, dans la profession spéciale dc telle ou telle vertu, qui donne son cachet à toutes les autres, et une physionomie originale à chaque saint.

Dès ses plus jeunes années, Gemma dépensa une infatigable ardeur pour l'acquisition de toutes les vertus, aussi est-elle arrivée à les posséder toutes à un degré si éminent qu'il semble difficile d'assigner à l'une d'entr'elles la première place. Il en est une cependant qu'elle a pratiquée d'un amour singulier, qui est, peut-on dire, sa vertu caractéristique ; elle rayonnait au dehors, embellissait ses actions et lui gagnait tous les cœurs : c'est la simplicité évangélique.

Il ne sera pas inutile de faire admirer sous tous ses aspects une si rare qualité. Qu'importe que le monde la prise fort peu et même la tourne en dérision ? C'est Dieu qui est le véritable appréciateur des choses, et Dieu la tient à si haut prix que tout son cœur est incliné vers ceux qui marchent dans la simplicité (1) Il leur réserve ses plus intimes communications (2). Si vous ne devenez comme des petits enfants, dit-il dans l'Évangile, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux (3).


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(1) Prov. XI, 20.

(2) Prov. III, 32.

(3) Matth. XVIII, 3.


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Message  Monique Mar 08 Fév 2022, 6:27 am

Cette comparaison expressive donne le vrai sens de la simplicité chrétienne : elle rend l'homme, par vertu, ce que l'enfant, au mural, est par nature, en éloignant son âme de toute malice ou duplicité, et en imprégnant de parfaite droiture toutes ses facilités ; car cette vertu, au jugement de saint Thomas d'Aquin, est un fruit de vérité et de modestie.

Or, Gemma l'a possédée à un degré extraordinaire et sous une forme toute personnelle.

D'abord elle avait l'œil simple et clair, dont parle l'Évangile, qui reçoit les rayons de l'éternelle Vérité et guide toutes les puissances de l'âme dans les droits sentiers du ciel. Son esprit, toujours dirigé vers Dieu, découvrait en Lui la véritable valeur morale des choses : leur bonté ou leur malice, leur utilité ou leur nocivité ; it était comme un cristal très pur où tout pouvait se refléter sans laisser la moindre impression et sans troubler jamais son admirable transparence. Aussi Gemma jouissait-elle d'un calme inaltérable, d'une perpétuelle sérénité.

Cette aimable vertu avait gravé son empreinte sur son extérieur qui, loin d'inspirer une crainte révérentielle, attirait et ravissait les cœurs en les remplissant de sentiments de vénération et de douce confiance. Au sortir d'un court entretien avec la jeune fille, un prélat disait : « Je n'éprouvais aucune difficulté à ma confession générale à cette enfant, et à lui confier les plus intimes secrets de ma conscience, tant est grande la confiance que m'inspire la candeur de son âme. »


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Message  Monique Mer 09 Fév 2022, 6:39 am

De fait, bien des personnes, charmées et conquises par cet air d'angélique ingénuité, venaient traiter avec elle les affaires même les plus délicates de leur âme. Gemma écoutait modestement, donnait en peu de mots sa réponse, y ajoutait au besoin une exhortation, et rentrait aussitôt en elle-même, pour ne plus songer à l'objet de la confidence car elle eût craint, en mêlant des idées étrangères aux pensées célestes dont elle entendait uniquement s'occuper, d'altérer tant soit peu la simplicité de son âme. J'ai voulu, plus d'une fois, pour l'éprouver sur ce dernier point, amener la conversation sur des sujets qui ne pouvaient plus la regarder, c'était en vain. « Je n'ai pas oublié, mon Père, interrompait-elle, de prier Jésus pour ce malheureux ; je lui ai rendu grâces de l'heureuse issue de cette affaire : je ne m'y laisse plus penser. »

Elle était également incapable, dans son ingénuité, de concevoir du prochain une mauvaise opinion, malgré les apparences et les faits.

Des pensées de vaine gloire auraient-elles pu se glisser dans un esprit de tant de candeur et d'une pareille rectitude ? En réalité, Gemma n'en connut jamais. Le démon, malgré son adresse à faire passer insidieusement devant ses yeux ses mérites et ses bonnes qualités ne réussit pas à la surprendre. Le est est, non non de l'Évangile était la règle de sa conduite, le gond qui la tenait en parfait équilibre. Les louanges, à n'en pas douter, déplaisaient à sa profonde humilité, mais ne la troublaient nullement, pas plus d'ailleurs que les mépris et les injures, car elle considérait de même œil les unes et les autres, absolument comme les tout petits enfants dont l'innocence et la simplicité ne sauraient faire cas de ce qui tourmente tant les pauvres mortels.


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Message  Monique Jeu 10 Fév 2022, 7:45 am

Tel était l'esprit, et tel était aussi le cœur de cette innocente colombe. Encore ici ordre parfait, calme, franchise, candeur. Ce cœur appartenait tout à tous, mais en Dieu. Sa reconnaissance était acquise aux personnes qui lui témoignaient de l'affection, comme elle ne savait en vouloir à celles qui la regardaient d'un œil mauvais. Libre de toute attache terrestre, elle ne désirait rien, ne recherchait rien, ne se troublait de rien. Dans les horribles vexations qu'elle avait à supporter presque sans trêve de la part des démons, la seule crainte d'offenser Dieu l'affligeait ; et, sans cette appréhension qui la forçait à les révéler, son propre directeur les eût ignorées, tant elle aimait à garder le secret de ses souffrances. Bien des fois, elle fut injuriée publiquement, même dans l'église où elle allait se confesser, et presque chassée du lieu saint par d'impertinents oisifs costumés en clercs ; elle se taisait et ne parlait à personne de l'incident. L'Agneau divin gravissait ainsi le Calvaire en silence, sans même ouvrir la bouche pour dire ses douleurs, sans détourner sa face de celui qui voulait l'outrager.

La bouche, dit le Sauveur, parle de l'abondance du cœur ; c'est dire qu'une exquise simplicité était l'inspiratrice de toutes les paroles de Gemma. Ne pensant jamais mal de personne, elle n'en parlait non plus jamais en mauvaise part. « Il fallait des tenailles, dit un témoin, pour lui arracher, lorsqu'il était nécessaire ou utile de le savoir, ce qu'elle connaissait de répréhensible sur les autres ; » et elle n'agissait pas différemment avec son propre directeur. Interrogée par lui, la charitable jeune fille en venait si vaguement an fait, qu'il était difficile de la comprendre. Devait-elle répondre par écrit, elle usait de points de suspension qui laissaient tout à deviner, et passait prestement à un autre sujet. Quelle discrétion plus grande encore, lorsqu'elle prenait l'initiative de découvrir à son père spirituel l'irrégularité de la conduite d'autrui ! « Mon père, un tel ne va plus son droit chemin, écrivez-lui de s'amender » et puis, des points.

Pour s'acquitter d'une communication, Gemma n'usait pas de ces préambules souvent superflus, mais parfois conseillés par les convenances ; c'était à ses yeux une perte de temps et presque un artifice destiné à surprendre l'intéressé. Elle entrait brusquement en matière, sans égard à la dignité des personnes, à moins qu'on ne prenne pour des exordes certaines formules d'une ineffable simplicité, par lesquelles débutaient beaucoup de ses lettres. « Monseigneur, veuillez me prêter votre attention ; aujourd'hui il m'est arrivé ceci. - Mon cher père, vive Jésus ! voici une chose intéressante, » et d'autres phrases semblables, qui plaisent infiniment plus à un homme de jugement que toutes les cérémonies affectées du style convenu.


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Message  Monique Ven 11 Fév 2022, 7:30 am

Dans sa correspondance avec son directeur, sachant bien à qui elle s'adressait, Gemma n'avait nul souci de la façon de s'exprimer, et peu lui importait que sa lettre tournât à sa louange ou à son humiliation ; une fois finie, elle la cachetait sans la relire, pour n'y plus penser. Faute d'une feuille entière de papier à lettre, elle se servait d'une demie, et, au besoin, du premier morceau de papier venu. Une fois cependant je reçus des excuses n'ayant aucun timbre-poste à sa disposition, elle m'envoya sans l'affranchir, une lettre pressante. « Qui sait, disait-elle en post-scriptum, ce que le père dira lorsqu'il lui faudra payer la surtaxe ? Mais pardonnez-moi, je suis pauvre, pauvre ; je n'ai pas le sou. » Assaisonnées d'une si aimable ingénuité, de telles négligences ne pouvaient pas déplaire.

Cependant la chère enfant cédait parfois trop à l'instinct de sa belle âme, s'exposa par ce naïf abandon à quelques légers inconvénients. Il fallait alors épuiser tous les arguments pour lui faire saisir l'imprudence d'une confiance aveugle en tout le monde, et le bien-fondé des plaintes acerbes qu'elle s'attirait. Supposant à tous une candeur égale à la sienne, elle croyait pouvoir aller librement à tous. Lorsque des paroles amères venaient lui faire sentir sa méprise, elle n'y voulait point voir une explosion de colère ou une toute autre passion désordonnée, mais une suggestion diabolique permise de Dieu pour l'humilier, et elle gardait tout son calme. Nous avons vu cependant combien Gemma était loin d'être dépourvue d'esprit et d'intelligence ; mais elle se comportait de la sorte parce qu'elle s'était faite enfant par vertu. pour l'amour de son Dieu.

Dès lors que l'admirable simplicité de cette jeune vierge était un fruit de sa vertu, on devait la distinguer jusque dans les moindres détails de sa vie et de sa conduite. Simplicité dans son maintien et dans ses manières, simplicité dans ses habits, dans la robe et son usage - car on ne peut dire qu'elle en possédât une en propre. Elle n’eut et ne voulut jamais dans ses vêtements rien de superflu. Sur ce point, elle interprétait le mot simplicité dans toute sa rigueur, comme excluant la moindre recherche, et se contentait du pur nécessaire. Il suffisait de la regarder pour demeurer frappé d'étonnement. Rien de singulier et d'affecté dans son air et sans cette gravité digne qui était l'effet de sa continuelle union avec Dieu, on l'eût prise pour une jeune fille ordinaire. À l'église, où elle passait de longues heures en prière au pied du tabernacle, elle gardait l'immobilité des statues, ne laissant rien transpirer des sentiments de son âme : pas un soupir, pas une attitude étrangère au commun des personnes pieuses. Si l'ardeur de ses flammes lui faisait répandre d'incoercibles larmes, elle couvrait immédiatement des deux mains son visage doucement incliné sur la poitrine. En somme, la simplicité évangélique brillait dans toute sa personne et dans toutes ses vertus, dont elle était comme un doux condiment ; on peut conclure qu'elle constitue l'esprit propre et la caractéristique de cette vierge, épouse du Christ.


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Message  Monique Sam 12 Fév 2022, 7:47 am

Une si aimable qualité n'ajoutait pas seulement son charme aux vertus qui captivent les regards et l'admiration des hommes ; prenant ses racines dans le cœur et l'esprit mêmes de Gemma, elle devait la suivre dans les voies sublimes de la contemplation mystique à laquelle Dieu daigna l'élever. Enfant par l'esprit, comme elle l'était par l'âge, lorsqu'elle entra dans ces voies mystérieuses. telle elle y resta toujours : c'est en enfant qu'elle traita avec la Majesté divine, qu'elle en accueillit d’ineffables secrets, qu'elle en goûta les inénarrables douceurs. voilà, je le déclare sincèrement, la merveille qui m'a toujours le plus étonné et ravi en Gemma ; voilà l’argument le plus convainquant qui me fit porter, dès le début, un jugement favorable sur son esprit de sainteté je veux dire, ce naturel, cette spontanéité, cette aisance au milieu des manifestations les plus élevées de l'ordre surnaturel.

Les hauts mystères de la foi et de la mystique sont tels de leur nature que devant eux notre faiblesse demeure déconcertée. Ceux-là mêmes qui en ont une très grande connaissance expérimentale ne réussissent jamais à s'y habituer complètement, et c'est dans un profond respect et dans la crainte, dans l'espoir et dans l'amour, qu'ils reçoivent les condescendantes communications du Seigneur. Il n'en était pas ainsi pour Gemma. Chez elle, la foi ne paraissait plus la foi, mais l'évidence ; dans ses mystères les plus cachés elle se trouvait à l'aise et comme dans sa sphère naturelle ; nul besoin d'effort pour se sentir l'esprit et le cœur suavement pénétrés de ces grandes vérités. Dieu, l'humanité sainte du Verbe, Jésus-Eucharistie, les anges et les saints du ciel, elle leur parlait cœur à cœur, à leurs pieds s'humiliait, adorait, priait, pleurait, comme s'ils eussent apparu sans voile à ses regards ; et ainsi en était-il, non seulement durant les extases, les ravissements et les plus vives illuminations de la contemplation, mais d'une manière pour ainsi dire habituelle, et jusque dans les temps de profonde aridité spirituelle.

Un doute, je l'avoue, me prit un jour touchant une telle clarté de la foi, qui me paraissait trop la clarté même de l'évidence ; il fut vite dissipé. Comme si elle se fût aperçue de mon hésitation, Gemma me rendit compte de quelques unes de ses plus hautes communications avec la divinité et termina par ces paroles qui valent, à mon sens, une théologie : « Voilà certes le paradis sur la terre, et cependant j'aspire au paradis même car, voyez-vous, mon père, si d'ici-bas je vois mon Dieu, je vois Jésus, je ne le vois pas entièrement. Il ne se donne pas à contempler tout entier, bien que ce qu'il laisse entrevoir dépasse toute imagination. Et moi, je veux le contempler tout entier. »


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Message  Monique Dim 13 Fév 2022, 7:28 am

Telle est bien ici la foi méritoire ; elle reste intacte avec le désir brûlant des biens futurs, malgré l'éclat d'une si grande évidence et une si intime familiarité.

Autant qu'il est permis à une créature humaine, Gemma s'approche donc de Dieu, sans se sentir éblouie par son infinie Majesté. Elle lui parle avec l'abandon et la confiance d'une petite fille qui s'asseoit sur les genoux de son père, comme à sa place naturelle, pour lui faire entendre son naïf babillage. Sans manquer en rien au respect qui Lui est dû, elle apporte dans ses entretiens avec son Créateur la même simplicité de parole et la même ingénuité de manières, dépouillées de toute cérémonie, dont elle use avec les créatures. Pour en donner une idée complète, il nous faudrait reproduire les longs colloques de ses extases et de ses contemplations, heureusement conservés. Nous détachons seulement quelques lignes d'un compte-rendu de conscience destiné à son directeur, l'occasion s'étant déjà offerte d'admirer bien des traits charmants de son enfantine simplicité : « Vendredi, Jésus s'est fait voir à moi ; cette lois il était très grave ; il paraissait pleurer, et je lui dis : Oh ! qu'avez-vous, Jésus, pour pleurer ainsi ? Ne serait-il pas mieux de me laisser pleurer, moi qui en sens tant d'envie ? Mais Jésus ne me répondait pas ; et et alors m'éloignant doucement, doucement, je m'approchai de ma céleste Mère, et je lui dis : Dites-moi, ma Mère, qu'a Jésus pour tant pleurer ? et que pourrais-je faire pour le consoler ? » Tandis que Gemma s'abandonnait ainsi à ce touchant enfantillage, le Seigneur l'élevait par de hautes idées infuses à l'intelligence des mystères de sa justice et de sa miséricorde dans le gouvernement du monde, et de son amour infini pour les âmes.

La présence visible de son ange gardien, était pour la vierge naïve une des choses les plus naturelles. Elle lui parlait de même façon qu'à toute personne amie, lui donnait des commissions sans fin et de toute nature pour les habitants du ciel et pour ceux de la terre, avec un respect en vérité très humble, mais plein d'affectueuse familiarité ; et si, taudis qu'ils s'entretenaient ensemble, elle s'entendait appeler, ou devait se rendre à quelque occupation pressante, elle partait à l'instant et, sans autre compliment, courait à son devoir, laissant l'ange l'attendre. Le soir, sitôt dans son lit, elle le priait de lui faire un signe de croix au front et de veiller à son chevet ; ainsi mise en sécurité, et sans un mot de plus, elle se tournait de l'autre côté pour dormir.

Qu'ils doivent être doux les sommeils de la vierge que les anges protègent de leur présence visible!


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Message  Monique Lun 14 Fév 2022, 7:49 am

Le matin, à son lever, si le céleste gardien était encore à son poste, à peine le remarquait-elle, dans son anxiété de se rendre à l'église pour y recevoir son Bien-Aimé, dont la pensée l'avait occupée presque toute la nuit. « J'ai bien mieux que vous, disait-elle à l'ange ; je vais à Jésus ; » et, sans retard, elle partait. Lorsque ensuite l'ange avec une grâce ineffable prenait congé d'elle, Gemma lui répondait d'habitude : « Adieu, cher ange ; saluez Jésus pour moi. »

Chaque semaine, pendant plusieurs années, les mystérieuses plaies des stigmates se renouvelaient. Du jeudi au vendredi soir, elle participait à la passion du Sauveur et souffrait des douleurs atroces dont elle paraissait devoir mourir. Cependant, l'extase finie, Gemma se levait comme si de rien n'était, se lavait les mains et la tête pour faire disparaître toute trace du sang qui avait coulé abondamment, allongeait ses manches pour couvrir les larges cicatrices de ses mains, et croyant n'avoir été vue de personne, retournait, calme et sereine, parmi les membres de la famille.

Et ce qui étonne par-dessus tout, c'est qu'une femme, une jeune fille, sujet de phénomènes si insolites et si graves, ne s'arrêtât pas à se demander anxieusement : « Mais qu'est cela ? est-ce un bon ou un mauvais signe ? une opération divine ou une insidieuse manœuvre de Satan ? » Sa profonde humilité lui inspirait bien quelque crainte, surtout à la vue de l'étonnement de son entourage ; cependant, s'abandonnant à Dieu et au jugement de ses pères spirituels, elle reslait bien tranquille et sans souci de s'informer. Après avoir vu face à face son Dieu crucifié, souffert avec Lui et contemplé les grands mystères de la Rédemption, elle se trouvait parfaitement disposée, dès la reprise des sens, à présider aux amusements des plus jeunes enfants de la maison.

Très fréquemment la voyante recevait dans l'extase, pour elle-même ou pour d'autres, des avertissements sur telle chose à faire ou à éviter. Elle se hâtait de le dire ou de l'écrire à son directeur. « Jésus a dit ceci, cela, et m'a commandé de vous le communiquer. Si j'ai mal compris, faites-le vous mieux expliquer par Lui-même ; » et elle n'y pensait plus. La même locution divine se répétait-elle cinq fois, dix fois, davantage, Gemma revenait la manifester à son directeur avec une tranquillité et une ingénuité toujours égales, rappelant la conduite du jeune Samuel à l'égard du grand-prêtre Héli : « Jésus a dit ceci. Écoutez-le, allez, père, et faites-lui plaisir. »

Pour donner une idée complète de la candeur de la jeune fille, il me faudrait transcrire toutes ses lettres et les colloques de ses extases qui sont un vrai tissu de pensées sublimes et de paroles ingénues. En lisant on ne peut vraiment s'empêcher de s'écrier : Oh ! la ravissante simplicité, devenue si rare dans le monde !

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Message  Monique Mar 15 Fév 2022, 7:30 am


CHAPITRE XXIV



UN NOUVEAU MONASTÈRE DE RELIGIEUSES PASSIONISTES



********


Une âme si éprise des biens célestes devait se trouver mal àl'aise dans le monde. « Oh comment ferai-je, disait-elle, pour vivre dans le monde, où tout m'ennuie ! Qu'on me relire, qu'on me retire du monde ; je n'ose plus y rester. » « Je vous en conjure, au nom de Jésus, écrivait-elle à son directeur, venez me renfermer dans un cloître ; le monde n'est pas fait pour moi. »

Dans presque toutes ses lettres revenait l'ardente expression de son désir, que le Seigneur déclarait d'ailleurs conforme à sa volonté, et dont il lui avait Lui-même donné l'assurance de voir l'accomplissement, lorsque les personnes chargées de l'exécution de ses desseins voudraient se mettre à l'ouvre. (1)

Pendant plusieurs années la pieuse vierge vécut dans une vaine attente ; mais loin de faiblir à l'épreuve du temps, ses aspirations, surtout vers la fin de sa vie, devenaient angoissantes, quand it plut au Seigneur de lui faire clairement comprendre qu'il était désormais inutile d'en espérer la réalisation. Elle abandonna dès lors toute instance, ne tolérant en son âme que des pensées et des mouvements en parfaite harmonie avec le bon plaisir divin.

Sa première impulsion surnaturelle vers la vie claustrale daterait de l'année 1899, et de cette maladie mortelle dont elle dut au Sacré-Cœur la prodigieuse guérison. Voici du moins le fait attesté après sa mort par Lætitia Bartucelli, ancienne servante de la famille Galgani.

« Me rendant la nuit près de la malade, dit-elle, je trouvai sa chambre tout illuminée, et une personne à côté de son lit. Glacée de peur, car je crus à une apparition de son père, mort peu auparavant dans cette même chambre et dans ce même lit, je courus avertir la tante de Gemma. Mais elle me jugea victime d'une illusion et je dus m’en retourner, seule et tremblante, dans la chambre. Rien n'y avait changé ; la même personne, une dame, était toujours là. Je n'osai fixer les veux sur elle et je reculai, pleine d'épouvante. Cependant commee j'entendais parler, malgré la peur je me plaçai derrière la porte pour écouter. » La dame disait : « Gemma, tu avais une fois l'intention d'entrer en religion ; voudrais-tu encore la réaliser ? - Certainement oui, répondit Gemma, si la Madone daignait me venir en aide ; je suis si pauvre et si malade » - La dame reprit : « Si ton admission dans un monastère devenait impossible, il ne manquerait pas de personnes pour te secourir dans le monde. - Bien, bien, ajouta Gemma, que la volonté de Dieu s'accomplisse. » La vision disparut et j'entrai dans la chambre. La malade avoua que la Madone était venue la visiter, mais elle me défendit de rien dire, de son vivant, de ce que j'avais vu et entendu. Deux jours après elle était guérie.


------------

(1) la prophétie, onle voit, était conditionnelle. Le Seigneur entretenait ainsi clans sa servante ces vifs désirs de la vie religieuse, qui ont hâté certainement, si non mérité, la fondation d’un monastère de religieuses passionnistes à Lucques.


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Message  Monique Mer 16 Fév 2022, 7:31 am

La jeune fille sollicita vainement, on l'a vu au chapitre VI, son admission parmi les Visitandines. Dans la suite, son confesseur forma le projet de la présenter aux Capucines, puis aux Carmélites, puis à deux autres Congrégations. Gemma ne cessait de répéter : « J'irai si on le desire ; mais mon cœur me dit que Jésus ne me veut pas là. On aura beau faire, on ne réussira pas. Jésus ne parait pas de cet avis. » et en effet, tantôt pour une raison, tantôt pour une autre, les démarches échouaient.

Il était un Institut cependant dont toute l'âme de la jeune vierge se sentait éprise celui des religieuses passionistes, qu'elle avail appris à connaître par la lecture de la vie du Bienheureux Gabriel. Ce serviteur de Dieu lui avait même, parait-il, donné bon espoir d'en faire un jour partie ; et depuis, n'ayant plus d'autre désir, elle ne cessa de soupirer aux pieds de Dieu pour sa réalisation. Mais le seul couvent italien de religieuses passionistes se trouvait dans la ville de Corneto, à deux cents soixante quinze kilomètres de Lucques. Que faire ?

Après avoir mûrement réfléchi et pris conseil, elle résolut avec trois de ses compagnes d'aller s'y retremper dans les exercices d'une retraite, et une demande collective fut envoyée dans ce but.

La réponse causa une vive deception. La supérieure, femme de cœur cependant, et d'une grande élévation d'esprit, disait d'un ton résolu. « Que les trois viennent, mais sans Gemma et qu'elles se gardent de l'amener, car nous n'en recevrions aucune. »

La révérende mère, ayant entendu parler de Gemma en sens divers, la prenait sans doute pour une de ces filles hystériques ou hallucinées dont les communautés n'ont jamais à se louer.


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Message  Monique Ven 18 Fév 2022, 7:28 am

CHAPITRE XXV.




DERNIÈRE MALADIE.



********




Bien que Gemma eût tant souffert de ses fréquentes effusions de sang, des continuelles et horribles vexations du démon, des angoisses spirituelles et de la privation volontaire de nourriture, sa santé ne laissait rien à désirer.

Elle jouissait d'un léger embonpoint, de belles couleurs et d'une réelle vigueur musculaire. À part quelques aceès de fièvre, dûs plutôt aux ardeurs célestes de son amour qu'à une cause naturelle, aucune maladie, depuis sa prodigieuse guérison de l'année 1899 jusqu'à la Pentecôte de 1902, n'était venue troubler cet état florissant. En cette dernière solennité son recueillement parut plus profond et son visage plus enflammé que jamais, tandis que dans sa poitrine le cœur palpitait à tout rompre.

Elle reçut dans des communications divines exceptionnelles la révélation du grand rôle surnaturel qui allait clore sa vie.

L'angélique jeune fille s'était offerte en victime pour le salut des âmes ; mais la victime ne devient vraiment telle que dans une suprême immolation. Pour couronner sa mission expiatrice, Gemma devait donc se laisser étendre sur le bois du sacrifice, et le Seigneur daigna venir solliciter son consentement. « J'ai besoin, lui dit-il dans une extase sublime, j'ai besoin d'une expiation immense, particulièrement pour les péchés et les sacrilèges dont je me vois outragé par les ministres du sanctuaire... Si je n'avais égard aux anges qui entourent mes autels, combien j'en foudroierais sur place ! »

À ces paroles, à la vue d'un Dieu irrité, le cœur de l'épouse fidèle frémit de douleur et d'horreur ; une pâleur mortelle couvre son visage et ses yeux se remplissent de larmes. Quand ensuite le Seigneur lui propose d'accepter elle-même cette expiation, elle s'écrie dans un élan spontané de toute sa personne : « Comment, ô Jésus, si j'accepte ? mais de suite, ô Jésus ; déchargez sur moi votre colère et glorifiez-vous sur cette misérable créature. »

L'offre héroïque fut agréée, et aussitôt la virginale enfant tomba gravement malade. Son estomac se ferma au point de refuser toute sorte de nourriture. Elle ne pouvait en absorber la moindre quantité sans révolutionner ses entrailles et endurer de cruelles souffrances jusqu'à ce qu'elle l'eût rendue. À peine totérait-elle quelques gorgées de vin, qui constituèrent pendant deux mois entiers toute son alimentation. Comment à ce régime pouvait-elle vivre encore ?

Quant à la nature de son mal et à la cause des étranges et effrayants phénomènes qui l'accompagnaient, personne ne sut jamais les dire. Mais la victime ne s'y méprenait pas, car on l'entendit un jour dans une extase s'entretenir ainsi avec le Seigneur : « Jésus, nous toucherons bientôt à la fin de votre mois (le mois de juin.) Il a été vraiment tout vôtre ; vous le savez bien, Jésus. Mais pour moi, jamais je ne serai rassasiée. Après ce mois j'ai tant à faire par obéissance ; aidez-moi, Jésus. »


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Message  Monique Sam 19 Fév 2022, 8:17 am

De fait, nettement opposé à tout recours à la science médicale pour un mal dont je n'ignorais point l'origine surnaturelle, j'enjoignis à Gemma, au nom de l'obéissance, d'en demander à Dieu la guérison. Avec une pleine docilité, mais non sans se faire violence, la jeune fille pria dans ce sens, et Jésus lui répondit que par égard pour la vertu d'obéissance, comme pour bien montrer qu'il était l'auteur de la mystérieuse maladie, il l'en délivrerait sans retard, quoique pour peu de temps.

La guérison fut soudaine. Gemma reprit ses aliments ordinaires, et au bout d'une semaine, les belles couleurs, l'embonpoint et les forces étaient revenus à ce corps exténué dont soixante jours de diète absolue avaient fait un cadavre.

Cependant les desseins divins devaient s'accomplir le 9 septembre, après une trève de trois semaines, le mal reparaissait, et le 21 du même mois la douce enfant, prise de la fièvre, commençait à vomir du sang ; non plus de ce sang provoqué par les impétueux élans d'amour de son cœur, mais du sang vif des poumons. En même temps, pour aggraver ses tourments, le Seigneur sevrait la victime expiatrice des douceurs de la contemplation, des suaves palpitations du cœur, et, sauf de rares exceptions, de toute faveur mystique : comme défaillances d'amour, embrasements, visions, ravissements, etc. Seule et sans aucun réconfort, elle se consumait dans la douleur pure, en holocauste au Seigneur.

Les lettres qui me parvenaient de son entourage excitaient la pitié : « Gemma est bien malade ; c'est un squelette recouvert de peau ; elle endure des douleurs terribles et des peines intérieures qui font frémir. - Gemma n'en peut plus. Je crains qu'elle n'expire d'un moment à l'autre. - Je suis moi-même à bout, de ne savoir que faire pour la soulager. Elle éprouve un pressant besoin de vous voir. Venez vite nous donner une ligne de conduite. »

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Message  Monique Dim 20 Fév 2022, 7:47 am

Sur des instances réitérées, je décidai mon départ pour Lucques ; c'était au mois d'octobre de la même année 1902. À l'annonce de mon arrivée, la chère enfant manifeste une vive allégresse et veut sortir du lit pour me souhaiter debout la bienvenue. Quelle n'est point ma douleur de la voir en cet état, avec le pressentiment que, cette fois, le Seigneur nous la prendrait ! Je lui donne ma bénédiction et la fais retourner au lit puis, assis à côté d'elle, j'engage la conversation. « Eh bien, Gemma, lui dis-je, que faisons-nous ? - Je m'en vais à Jésus, père, répond-elle avec l'aceent d'une indicible joie. - Vraiment ? - Oui, père, cette fois Jésus me l'a dit très clairement. Au ciel ! mon cher père, au ciel avec Jésus ! - Et les péchés, ajouté-je, quand les expierons-nous ? Quel beau projet est le vôtre ! - Jésus, reprend-elle, Jésus y a pensé. Il me fera tellement souffrir le peu de temps qui me reste, que satisfait de mes pauvres peines sanctifiées par les mérites de sa passion il m'emmènera avec Lui en paradis. - Mais je ne veux pas, lui dis-je, que vous mouriez encore. La spirituelle enfant de repartir avec une ingénue vivacité : Et si Jésus le veut alors ? »

Ici, je ne sais comment, elle se prit à parler des particularités les plus minutieuses de sa mort : de la manière de lui administrer les derniers sacrements, de l'habiller après son dernier soupir, de la disposer dans le cercueil, de la transporter au cimetière, de l'ensevelir. Gemma donnait ces détails avec un abandon d'une admirable tranquillité, ni plus ni moins que s'il se fût agi simplement de changer de chambre ou de maison. Elle m'écoutait et me répondait avec une grâce enjouée ; mais lorsque l'entretien tomba sur le lieu de sa sépulture, reprenant soudain sa gravité, elle me dit d'une voix quelque peu émue : « Veillez bien, père, à ce qu'on fera de mon cadavre. Ne quittez pas Lucques avant de l'avoir bien mis en sûreté. » Ne saisissant pas le sens de ces paroles, je demandai une explication. « Je ne veux pas, précisa-t-elle, que mon corps soit vu ni touché de personne, parce qu'il est à Jésus. » Quelques paroles rassurantes dissipèrent son inquiétude.

Paraissait-elle heureuse, la sainte enfant, de voir à ses côtes son père spirituel ! Elle croyait pouvoir désormais défier les crises les plus terribles, et remerciait intérieurement le divin Maître de lui avoir donné cette consolation après tant de souffrances. Le soir même, pour sa propre satisfaction, je lui fis renouveler sa confession générale ; et je me convainquis alors de nouveau, en versant des larmes de consolation, que dans tout le cours de ses vingt-cinq ans la jeune vierge n'avait jamais commis avec pleine advertance un seul péché véniel et qu'elle emportait au ciel, pure de toute tâche, la blanche robe baptismale.

Décrire la joie spirituelle manifestée par la malade après cette nouvelle absolution des imperfections de sa vie ne serait pas facile. Il fallut la modérer, de crainte que sa trop vive émotion et ses paroles ardentes n'aggravassent encore son extrême faiblesse.


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Message  Monique Lun 21 Fév 2022, 7:30 am

Le lendemain matin, de bonne heure, tout fut disposé pour l'administration du saint viatique. Malgré les ardeurs altérantes de la congestion pulmonaire. Gemma n'avait voulu rien prendre de la nuit, afin de rester à jeun. On l'assit sur son lit, et on lui mit un voile blanc sur la tête comme à une jeune épousée. Après lui avoir adressé quelques paroles d'édification adaptées à la circonstance je me retirai dans un coin de la chambre, attendant à genoux l'arrivée du saint Sacrement.

Déjà la jeune fille était ravie hors des sens et plongée dans une profonde extase, les mains jointes sur la poitrine, les yeux fermés, l'esprit recueilli, insensible même à la brûlure des paupières par la flamme d'une chandelle. On ne se représenterait pas autrement un ange en adoration devant la majesté du Créateur.

Le prêtre entre avec le saint viatique, pose le ciboire sur le petit autel improvisé, et se tourne vers la malade ; mais à la vue de l'angélique visage qui semble lancer des rayons et des flammes, saisi d'une crainte religieuse il demeure en suspens. Je l'encourage et lui conseille de s'avancer avec la particule sacrée, lui assurant que l'extatique se comporterait comme en pleine possession des sens. En effet, à l'approche de son bien-aimé Jésus, la vierge ouvre des yeux pleins de larmes, avance la langue, reçoit l'hostie sainte et rentre à l'instant dans l'extase.

La pieuse cérémonie terminée, le prêtre reporte le saint sacrement à l'église, pour revenir en grande hâte dans la chambre de la malade, où il reste à genoux près du lit, priant et pleurant tout le temps que dure l'action de grâce de la séraphique communion. Moi-même, habitué cependant à de pareilles transfigurations de cette âme céleste, je ne pouvais maîtriser mes larmes. Jamais je n'oublierai ce jour, cette chambre, ce lit, cette scène de paradis.

Cependant la maladie suivait son cours avec des alternatives de mieux et de pire. Comme les syncopes survenaient aussi fréquentes que dangereuses, il fallait nuit et jour se tenir à côté de l'infirme, toujours prêt, pour empêcher l'asphyxie, à favoriser la respiration par des inhalations d'oxygène.


A suivre...
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Message  Monique Mar 22 Fév 2022, 7:31 am

Après quelques jours ainsi passés à son chevet je lui dis : « Gemma, pour combien de temps en aurons-nous ? Je voudrais repartir. - Si vous le voulez, père, répondit-elle, vous pouvez vous en aller ; je ne mourrai pas encore. Je finirai certainement de ce mal, mais pas pour le moment ; du moins. Jésus me l'a dit ainsi. » Je bénis pour la dernière fois ce cher ange que je ne devais plus revoir sur la terre, et je me retirai.

Avant de faire mes adieux à cette famille chrétienne, je tenais à pourvoir à la sécurité des enfants, car il ne fallait pas tenter Dieu. La plupart des médecins diagnostiquaient une tuberculose pulmonaire ; d'autres, il est vrai, n'en trouvant pas la preuve dans l'analyse microscopique, croyaient à une affection nouvelle et mystérieuse ; mais tous s'accordaient sur la possibilité de l'infection par contagion, et sur l'urgence d'isoler l'infirme. Or, qui le croirait ? Je me heurtai sur ce point à des difficultés sans fin. « Comment ? disaient grands et petits, nous priver de Gemma ? Dieu l'a conduite dans notre maison, et nous l'en laisserions sortir ? cela, jamais. Si elle doit mourir, c'est nous qui la soignerons. Et l'ainé des fils, étudiant de l'Université, s'écriait Que deviendrions-nous lorsque Gemma ne serait plus dans notre maison ? Dieu a toujours béni et favorisé notre famille par les mérites de la sainte à laquelle nous donnons l'hospitalité. Vous verriez, vous verriez ce que nous deviendrions, » Tel était le sentiment général aussi, de tergiversation en tergiversation, trois mois après mon départ on n'avait pu encore se résoudre à la séparation.

À la fin cependant, les sages conseils prévalurent et l'on consentit à un moyen terme. Une tante de Gemma loua un petit appartement qui était contigü à la maison et avait vue sur elle, et le soir du 24 janvier 1903 on y transporta la chère malade. Bien ou presque rien ne fut changé pour cela dans son service et son assistance. Ses dévoués bienfaiteurs ne quittaient pas son chevet. Leurs enfants eux-mêmes, malgré les défenses des médecins, réussissaient à tromper toute surveillance et, tantôt l'un, tantôt l'autre, se glissant furtivement derrière la tante, parvenaient jusqu'à Gemma dont ils ne savaient vivre éloignés.


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Message  Monique Mer 23 Fév 2022, 7:48 am

La pauvre infirme sentait elle aussi jusqu'au vif la douleur de la séparation, car elle aimait tendrement tous les membres de cette famille affectueuse, et plus particulièrement celle qu'elle appelait sa seconde mère. Sur le point de quitter leur hospitalière demeure où s'étaient écoulées dans la paix les dernières années de sa jeunesse, elle s'était écriée, les larmes aux yeux : « C'est la seconde fois que je perds une mère ; mais vive Jésus ! Seule avec Jésus seul ! » Le 6 février je recevais ces lignes : « Mon bon père, vive toujours Jésus ! Tel est mon cri à tout instant du jour. Vive Jésus ! car il m'a donné tant de force et de courage que je devrais sans cesse le remercier. J'ai accompli le sacrifice très volontiers, sans même m'en apercevoir. J'ai compris, cher père, qu'il n'est plus temps d'être enfant. Force et courage ! Mais venez-moi souvent en aide par quelqu'une de ces petites exhortations qui me font tant de bien. Soyez content comme moi, au milieu des afflictions. Bénissez-moi toujours et bien fort. Chaque matin, à chaque instant même, je prie pour vous et afin que vous aviez encore un peu de patience à mon égard. Je suis la pauvre Gemma. »

Une fois installée dans sa nouvelle demeure, elle écrivit un dernier billet à sa céleste Mère, selon son habitude dans ses principales fêtes ou à l'occasion de quelque besoin particulier. Or, je ne sais moi-même pourquoi, contre son constant usage, elle l'enferma dans la dernière lettre qu'elle m'adressa. La chère enfant ne pouvait certainement me laisser de souvenir plus précieux que cette feuille où se reflète toute son âme. En voici les points saillants :

« Ma Mère, ma débile existence continue ici-bas dans la lutte ; mais je suis contente, et dans la crainte et l'espérance je m'abandonne à Dieu. Si je suis tout pour toi, m'a dit ce matin Jésus, qui pourra jamais te vaincre ? … Ma chère Mère, je ne suis pas bien du tout. Ma vie s'épuise chaque jour, la consume davantage. Et mon esprit ? Oh mon Dieu ! Je crie, je crie bien fort au milieu de mes grandes peines ; je me tourne vers Jésus, lui faisant des promesses d'amour ; mais Jésus reste caché ; il ne m'aime plus ou presque plus. Patience ! Mais vous, ne restez pas loin de moi, non, non. Ah ! je dirai volontiers le nunc dimittis à mes derniers instants. Ô ma Mère, vive Jésus ! Il se vengera bientôt et saintement par son divin amour de la plus ingrate de ses créatures. Ô Mère, priez pour moi ; dites à Jésus que je serai bonne, obéissante. Mais je veux aller vite en paradis, si tel est son bon plaisir. Bénissez-moi, je suis la pauvre Gemma. »

C'est ainsi qu'au sein des flots les plus troublés surnage toujours calme, en cette jeune vierge, la foi la plus vive ; au sein des pires amertumes de l'agonie, la douce expansion de l'amour ; et devant l'horreur de la mort, la sérénité de l'espérance et le désir du ciel. Heureux celui qui sait, à son exemple, pénétrer son cœur de pareils sentiments.


A suivre...
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Message  Monique Jeu 24 Fév 2022, 7:32 am

CHAPITRE XXVI



CALVAIRE.



********


Une vie passée tout entière aux pieds de Jésus crucifié pouvait-elle recevoir son couronnement ailleurs que sur le Calvaire ? Gemma avait participé successivement à tous les tourments de l'Homme-Dieu : à ses angoisses intérieures, à sa sueur sanglante, à la flagellation et à ses nombreuses plaies, aux mauvais traitements par l'œuvre des démons, aux pénétrantes piqûres de la couronne d'épines, à la dislocation des os, aux déchirures des clous. Restait, pour qu'elle apparût un portrait achevé du Rédempteur, l'agonie et la mort dans une mer de douleur. Le divin Maitre n'en frustra point sa bien-aimée servante ; mais comme ce corps délicat et épuisé n'eût certainement pu soutenir une telle somme de souffrances, Il en compensa l'intensité par la durée, en tenant la victime volontaire clouée à la croix perdant de longs mois. Assistons à la continuation de ce martyre qui n'a fait que commencer.

Malgré la gravité de son état, la pieuse malade avait trouvé jusqu'ici dans son incroyable énergie la force de se traîner chaque matin, de bonne heure, à l'église pour communier. Son inlassable mère adoptive l'y accompagnait chaque fois et, au retour, de ses propres mains la replaçait au lit, où se faisait paisiblement l'action de grâce. Mais le bonheur de savourer le céleste aliment était trop grand pour la victime expiatrice, et trop doux le réconfort qu'elle y puisait ; Jésus le lui enleva. En moins de deux mois les progrès incessants de la fièvre lui eurent rendu tout mouvement impossible. Devant ce nouveau sacrifice, le plus sensible pour son cœur, Gemma inclina la tête dans une calme résignation.

Sa nourriture avait consisté jusque-là en quelques gorgées de liquides substantiels et fortifiants ; elle dut bientôt y renoncer, pour quelque temps du moins, son estomac les refusant invinciblemnent ce dont la sainte enfant fut loin de se plaindre. Mais peu à peu ce corps non sustenté devint une ruine lamentable, dont aucune partie ne fut saine ni sans douleur particulière. « Pauvre martyre, m'écrivait-on de Lucques, pauvre victime de Jésus ! elle souffre sans relâche ; elle sent ses os comme se broyer ; on voit qu'elle est torturée dans tous ses membres ; elle se consume et n’en peut plus. Depuis vingt jours elle a perdu la vue, et sa voix est si affaiblie que malgré ses efforts on a peine à l'entendre, même en approchant l'oreille de ses lèvres ; c'est un squelette qui se détruit d'heure en heure ; sa vue fait pitié et donne le frisson. »

Et cependant tous ces tourments n'étaient rien auprès de ceux qu'infligeaient les démons à la pauvre infirme.

A suivre...
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