VIE DE GEMMA GALGANI - La Séraphique Vierge de Lucques - R. P. Germain

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Message  Monique Mer 14 Juil 2021, 8:21 am

VIE DE GEMMA GALGANI - La Séraphique Vierge de Lucques - R. P. Germain Couve212



*********



VIE DE GEMMA GALGANI



CHAPITRE I



NAISSANCE DE GEMMA. PREMIERE ÉDUCATiON,

PRÉCOCES FLEURS DE VERTU.

(1878-1886)



*****




L'ANGÉLIQUE vierge dont j’entreprends d'esquisser la vie vint au monde le 12 mars 1878 à Camigliano, commune de Toscane. peu distante de la ville de Lucques. Son père, Henri Galgani, s'était fixé depuis quelque temps dans cette loca lité où il exerçait la profession de pharmacien-chimiste. Né à Porcari, gros bourg de la région lucquoise, il descendait, dit-on du côté maternel, de la famille du Bienheureux Jean Léonardi. Son épouse, Aurélie, sortait de l'honorable maison des Landi. C'étaient deux chrétiens de foi antique, comme on en rencontre de moins en moins dans nos sociétés décadentes. De leur union naquirent huit enfants : cinq garçons dont un mourut au berceau, et trois filles ; sauf trois encore vivants, les autres se sont éteints dans la fraîcheur de la première jeunesse. Gemma, l'aînée des filles. avait trois frères plus âgés. (1)

Selon la coutume des parents foncièrement chrétiens, monsieur et madame Galgani, soucieux de procurer au plus tôt à leurs nouveau-nés la grâce de la régénération, s'empressaient de les présenter aux fonts sacrés le jour qui suivait leur naissance. Gemma fut ainsi baptisée sans délai le matin du 13 mars sous le beau nom qui devait si bien lui convenir.

On voit dans nos saints Livres que le nom même entre fréquemment dans l'ordre de la prédestination de certaines âmes privilégiées. Ne pourrait-on attribuer à une inspiration céleste l'imposition de celui de Gemma à cette enfant qui devait un jour, par l'éclat de ses vertus illustrer sa famille et resplendir dans l'Église de Dieu comme une gemme des plus brillantes ? Ses parents furent peut-être poussés à le choisir par le sentiment extraordinaire de complaisance qu'ils éprouvèrent pour cette fille bénie : la mère, tant qu'elle la porta dans son sein, et le père, dès sa naissante. Ils ne ressentirent jamais rien de semblable pour leurs autres enfants. Dieu leur faisait ainsi comprendre qu'il leur confiait une vraie pierre précieuse.

C'est bien comme telle qu'ils la regardèrent toujours ; et entre tous ses frètes et sœurs, Gemma parut recueillir la meilleure part de leur tendresse, « Je n'ai que deux enfants, disait parfois monsieur Galgani : Gemma et Eugène. » Eugène, émule de Gemma dans la vertu, méritait bien après elle la première place dans le cœur paternel.


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(1) Voici, par ordre de naissance, les noms de ces huit enfants :

Guido, 13 mai 1571

Ettore, 21 mars 1873.

Gino, 5 juin 1876, mort à Lucques le 11 Septembre 1894.

Gemma Maria Umberta Pia, 12 mars 1878, morte le 11 avril 1903.

Antonio, 14 mars 1880. mort à Lucques le 21 octobre 1902.

Angela, 30 septembre 1881.

Giulia, 30 octobre 1883, morte à Lucques le 19 août 1902.

De l'autre fils mort au berceau, je n'ai aucun renseignement certain.


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Message  Monique Jeu 15 Juil 2021, 7:32 am

Moins d'un mois après la naissance de la fillette, monsieur Galgani, pour être à même de donner à ses fils une éducation soignée, alla s'établir à Lucques avec toute sa famille.

Il y avait dans celle ville, place Saint-François, un demi-pensionnat pour les tout jeunes enfants des deux sexes, admirablement tenu par deux sœurs, les demoiselles Émilie et Hélène Vallini. Monsieur Galgani, qui les avait beaucoup connues dans sa petite ville natale lorsque encore jeune homme il demeurait chez son père Charles, docteur en médecine, n'hésita pas à leur confier Eugène et Gemma, puis successivement Antoine, Angèle et Julie. Gemma fréquenta cette institution pendant cinq ans, s'y rendant le matin pour ne rentrer que le soir dans sa famille, domiciliée alors dans la rue voisine dite des Borghi.

Elle apprit bien vite les premier éléments des lettres ainsi que la pratique des petits ouvrages manuels propres à son sexe et à son âge, et ses heureuses dispositions morales non moins que ses qualités intellectuelles frappèrent d'admiration ses maîtresses, qui écriront quelques années après son départ de leur maison :

« La chère Gemma n'avait que deux ans lorsque son père la mit dans notre demi-pensionnat. Dès cet âge, une intelligence précoce laissait croire à l'éveil de sa raison. Sérieuse, réfléchie, posée dans toute sa conduite, elle ne ressemblait en rien à ses compagnes, même plus grandes. Jamais on ne la vit pleurer ni se quereller, et sa physionomie respirait toujours une paix souriante. Ni les louanges, ni les blâmes ne paraissaient l'émouvoir ; sa réponse dans ces circonstances consistait en un modeste sourire, cependant que son attitude, malgré un tempérament vif et ardent, conservait un calme imperturbable.

« Tant que nous eûmes le bonheur de l'avoir, jamais l'occasion ne se présenta de la punir. Il suffisait, dans ses petits manquements inévitables à un âge si tendre, de lui adresser une légère observation pour la faire aussitôt rentrer dans l'ordre.

« Deux frères et deux sœurs l'accompagnaient à notre école ; or pas une seule fois on ne la surprit en dispute avec eux. Elle se privait en leur faveur du meilleur de sa collation. Au repas de midi, préparé à l'institution, qu'il y eût lieu ou non d'être satisfait du menu, Gemma se montrait toujours contente ses lèvres ne perdaient pas un moment cette perpétuel sourire.


« Elle apprit de suite et avant les autres élèves les prières en usage dans notre école, et dont la récitation intégrale ne demande pas moins d’une demi-heure. À cinq ans, elle lisait l’office de la Sainte Vierge et celui des morts avec autant de facilité qu'une grande personne, tellement la sainte enfant avait apporté de diligence dans l'étude du bréviaire, qu'elle savait être un tissu de louanges du Seigneur, D'ailleurs, assidue au travail, elle saisissait en un clin d'œil tout ce qu'on voulait bien lui apprendre, fût-ce des chose hors de portée de son âge. De telles qualités, si rares dans une tendre fillette, la faisaient adorer dans notre institution, surtout de ses compagnes qui paraissaient ne pouvoir se rassasier de sa compagnie. »

Ces détails, dont la sincérité m'a été naguère pleinement confirmée par les demoiselles Vallini, se terminent par le fait suivant :

« De cette innocente et vertueuse enfant nous dirons encore que par ses prières nous avons reçu de Dieu une grâce extraordinaire. La coqueluche venait de se déclarer dans la ville frappant à la fois tous les membres de notre famille. Nous ne pouvions en conscience, à cause du danger de la contagion, garder les cinq enfants de monsieur Galgani ; cependant grande était notre perplexité, car nous savions leur mère gravement malade et en danger de mort. Sur le conseil du curé de leur paroisse, nous résolûmes de ne pas abandonner ces pauvres petits, et aussitôt, suivant nos désirs, Gemma se mit en prières. La coqueluche disparut sans avoir atteint une seule de nos élèves. - Signé : Emilie et Hélène Vallini. »


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Message  Monique Ven 16 Juil 2021, 8:04 am

Monsieur Galgani. qui suivait d'un œil ravi les rapides progrès de sa Gemma dans la vertu et dans l'étude. sentait de plus en plus croître pour elle sa tendresse paternelle. Les jours de congé, comme au retour de l'école, il la voulait sans cesse près de lui. S'il avait dû s'absenter, sa première parole le soir lorsqu'il rentrait était presque toujours : « Et Gemma, où est-elle ? » On lui montrait alors la chambrette où la paisible enfant se retirait d'habitude pour étudier, travailler ou prier, car elle aimait la solitude et passait comme inaperçue dans la maison.

C'était une joie pour monsieur Galgani de conduire la chère petite en promenade, dans la ville on dans la campagne, et s'il ne lui était pas possible dans ces circonstances de rentrer pour l'heure du repas familial, il commandait pour elle aux meilleurs hôtels les mets les plus exquis. de même lui faisait-il venir des magasins les plus en renom les habits et les parures.

En vérité une pareille partialité, si méritée soit-elle, n'est pas à louer dans un père. On sait combien de jalousies et de discordes elle éveille presque toujours. D'ailleurs elle déplaisait à Gemma elle-même dont la rectitude d'esprit et de cœur se manifesta, peut-on dire, au sortir du berceau ; et bien que ses petits frères et sœurs, qui eux aussi l'aimaient beaucoup, n'en témoignassent aucune ombre d'envie, elle s'en plaignait vivement à son père, protestait qu'elle ne méritait pas de distinctions et n'en voulait point. Quand elle ne parvenait pas à les empêcher, de chagrin elle fondait en larmes.

Il arrivait parfois à ce père affectueux de prendre la charmante enfant sur ses genoux pour la combler de caresses et de baisers. Il éprouvait de la résistance et ne réussissait presque jamais. Cet ange dans la chair pensait à un âge si tendre, qu'en fait de modestie il n'y a pas de distinction à faire entre les personnes. Se débattant de ses forces naissantes : « Papa, criait-elle en pleurant, ne me touchez pas. - Mais je suis ton père, répliquait celui-ci. - Oui, papa, mais je ne veux être touchée par personne. » Pour ne pas la contrister, le père la laissait bien vite et, quoique mécontent, finissait d'ordinaire par mêler ses larmes à celles de sa fille. Il s'en allait, stupéfait de voir tant de vertu dans un si jeune âge.

Attribuant, non sans raison, ses victoires à ses pleurs, la petite Gemma, qui fut toujours très avisée, savait bien en tenir en réserve pour des cas innocents où leur effet était infaillible.


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Message  Monique Sam 17 Juil 2021, 8:36 am

La tendresse de madame Galgani pour sa fille, non moins profonde que celle du père, était d'une autre trempe. D'une vertu rare, celte femme offrait un des plus parfaits modèles de la mère chrétienne. Elle priait sans cesse et s'approchait chaque matin de la sainte table, bien que son état de santé ne lui permît de se rendre à l'église qu'avec de très grandes difficultés. Le pain de vie la remplissait de force et de courage pour s'acquitter avec ponctualité et perfection de tous ses devoirs. Elle chérissait tous ses enfants, mais son cœur la portait plus particulièrement vers Gemma, parce qu'en elle mieux qu'en tout autre apparaissait le don de Dieu.

La grâce d'En-Haut avait commencé, en effet, de fort bonne heure à travailler cette jeune âme ; elle se manifestait dans son caractère si bon et si souple, dans son penchant pour la solitude et le silence, dans son éloignement des jeux et des futilités puériles, et dans son maintien d'une gravité qui n'était pas de l'enfance.

Au lieu de s'épancher en de vaines démonstrations de tendresse sensible, madame Galgani, consciente de son devoir : mit tous ses soins à cultiver ces germes précoces de vertu et se fit sans hésiter directrice spirituelle de sa fille. Gemma rappellera souvent avec reconnaissance les industries incessantes, le zèle et le tact déployés dans ce magistère maternel, en déclarant devoir surtout à sa mère la connaissance de Dieu et l'amour de la vertu.

Madame Galgani prenait fréquemment la chère petite dans ses bras. et la pressant sur ce sein qui l'avait déjà nourrie lui donnait de saints enseignements souvent accompagnés de larmes. « J'ai tant prié Jésus, lui disait-elle, de ne donner une fille il m'a exaucée, mais un peu tard, car je suis malade et il me faudra bientôt te quitter. Profite bien des instructions de ta mère. »

Elle lui expliquait les vérités de notre sainte foi, le prix de l'âme, la laideur du péché. le bonheur d'être toute à Dieu et la vanité des choses fugitives de ce monde. Parfois, lui montrant l'image du crucifix : « Regarde, Gemma, disait-elle, ce cher Jésus est mort sur la croix pour nous. » Elle faisait comprendre à cette intelligence à peine éclose, par des explications à sa portée, le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes et la manière dont tout chrétien est obligé d'y correspondre. Pour lui donner l'habitude de la prière, elle récitait avec elle diverses oraisons, le matin dès le lever, le soir avant le coucher, et très fréquemment dans la journée.

On sait combien il en coûte aux enfants d'écouter les instructions religieuse et de réciter des prières vocales, incapables qu'ils sont d'une longue attention, et très enclins à la dissipation et aux amusements. Telle n'était point la petite Gemma, dont ces premiers essais de piété chrétienne faisaient le bonheur. Elle ne se lassait point de prier et d'écouter les enseignements de sa mère ; et lorsque celle-ci la laissait pour les soins domestiques, la tendre fillette, qui voulait la retenir, s'attachait, suppliante, à ses vêtements. « Maman, disait-elle, parlez-moi encore un peu de Jésus. »


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Message  Monique Dim 18 Juil 2021, 8:05 am

Plus la pieuse mère sentait à l'accroissement de ses souffrances l'approche de sa fin, plus elle redoublait de zèle dans l'éducation religieuse de ses enfants. Chaque samedi, elle aimait à conduire elle-même au saint tribunal de la Pénitence, après les y avoir préparés avec soin, ceux d'entre eux capables de discernement, Ainsi entendait-elle les accoutumer de bonne heure à la fréquentation de ce salutaire sacrement. Lorsque venait le tour de Gemma, la vue de sa gravité, de son recueillement et du vif repentir de ses petites fautes lui arrachait souvent des larmes.

Cette admirable mère lui dit un jour : « Gemma, si je pouvais t'emmener là où Jésus m'appelle, viendrais-tu avec moi ? - Et où ? demanda la petite. - Au Paradis avec Jésus et les anges. » Ces paroles remplirent l'enfant d'une grande joie ; dès ce moment s'alluma dans son cœur un ardent désir du ciel qui, allant toujours croissant, finira par la consummer.

« Ce fut ma mère, dira-t-elle plus tard à son directeur, qui me fit, toute petite, désirer le Paradis. » Et elle ajoutera avec sa simplicité coutumière, faisant allusion à la défense de demander la mort : « Maintenant, si je désire encore m'en aller au ciel au plus tôt, et que je vous en demande la permission, vous me répondez par un grand non et me faites de fortes réprimandes. J'avais dit à ma mère que je voulais la suivre, et comme elle m'avait renouvelé sa demande, de son lit d'agonie, je ne voulais plus la quitter ni sortir de sa chambre, de peur de manquer le moment de partir avec elle. »

Depuis cinq ans une lente tuberculose consumait madame Galgani, Dès que les médecins eurent reconnu la nature du mal, on interdit sévèrement aux enfants d'approcher de son lit. Vivement affligée de se voir tout à coup séparée de celle qu'elle aimait doublement et comme sa nièce et comme sa maîtresse, Gemma disait en pleurant : « Et maintenant, loin de maman, qui m'excitera à prier et à aimer Jésus ? » À force de supplications et d'instances elle obtint pour elle une exception. La fervente fillette, on le pense bien, ne se fit pas faute d'en profiter ; elle en usa tellement que plus tard, dans un sévère examen de conscience, il lui parut s'être laissé guider par le caprice et avoir par conséquent désobéi, ce qu'elle se reprocha amèrement.

Mais, que pouvait-elle bien faire auprès de la malade ? Elle-même nous l'a dit : « Je m'approchais, je m'agenouillais au chevet du lit et je priais. » Sublime impulsion dans une enfant de sept ans à peine !

Cependant la phtisie multipliait ses ravages, et le jour de la séparation suprême ne pouvait tarder. La pieuse mère se préoccupa de faire donner à Gemma le sacrement de Confirmation. (2). « Que pourrais-je faire de mieux, pensait-elle, que de confier avant de mourir celle chère fille à l’Esprit-Saint. Quand je viendrai à lui manquer, je sais à qui je l'aurai laissée. »


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(2) En Italie comme en plusieurs autres pays catholiques les enfants reçoivent ce sacrement avant la première communion.


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Message  Monique Lun 19 Juil 2021, 7:46 am

Malgré son jeune âge, Gemma se trouvait préparée à la réception de ce sacrement. Sa mère, qui l'y avait elle-même disposée et enflammée, fit venir cependant chaque soir pendant quelque temps une personne capable de perfectionner son œuvre ; puis, à la première occasion, c'est-à-dire le 26 mai 1885, on conduisit l'enfant à la basilique de St-Michel in Foro, (3) où Monseigneur l'Archevêque Nicolas Ghilardi conférait la Confirmation. Un détail échappé plus tard à sa réserve donnera une idée des grâces de choix dont l'Esprit-Saint dut la combler.

Après la cérémonie sacrée, les personnes qui l'avaient accompagnée restèrent à la basilique pour entendre une messe d'action de grâces. Gemma s'en réjouit à la pensée de pouvoir consacrer ce temps à recommander à Dieu sa pauvre mère presque mourante. « J'écoutais de mon mieux la sainte messe, raconte-elle ingénûment, et je priais pour maman lorsque une voix me dit soudain au cœur : Veux-tu me lu donner, ta maman ? - Oui, répondis-je, mais à condition que vous me prendrez aussi. - Non, reprit la voix, donne-moi volontiers ta maman je te la conduirai au ciel. Toi, tu dois rester avec ton papa. - Je fus bien forcée de répondre oui. »

Telle est, d'après mes souvenirs, la première locution surnaturelle dont Gemma fut favorisée, parmi tant d'autres que je rapporterai en partie dans cet ouvrage, La circonstance de la descente de l'Esprit-Saint par le sacrement de Confirmation dans une âme si pure et, à elle seule, une preuve convaincante de l'origine divine de ces paroles que l'événement d'ailleurs démontra véridiques.

Gemma avait fait à Dieu le sacrifice de l'objet qui lui était le plus cher au monde ; le mérite lui en était assuré dans le ciel. De retour à la maison, elle entre dans la chambre de sa mère qu'elle trouve à toute extrémité. S'agenouillant au pied de son lit, elle éclate en sanglots, prie d'un cœur angoissé et déclare qu'elle n'abandonnera pas ce chevet, qu'elle veut recueillir les suprêmes paroles de sa mère. Bien que résignée à la volonté divine généreusement acceptée au pied de l'autel, elle gardait le secret espoir de la suivre au ciel.


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(3) Église de Lucques.


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Message  Monique Mar 20 Juil 2021, 8:17 am

Cependant la malade se releva un peu, et l'amélioration se maintenait depuis plusieurs mois, lorsque l'implacable mal reprenant son cours enleva définitivement tout espoir. Gemma ne pouvait plus s'arracher du lit de sa mère ; aussi monsieur Galgani dans la crainte que la présence d'une fille si aimée n'avançât la fin de la mourante lui fit signe de sortir. Il la confia jusqu'à nouvel ordre à une tante maternelle, Hélène Landi, du bourg de San Gennaro. La fillette obéit et partit le jour même.

Madame Galgani s'éteignait bientôt saintement, le 17 septembre 1886, dans sa trente-neuvième année.

On apprit la triste nouvelle à Gemma chez sa tante de San Gennaro. La résignation de cette enfant de huit ans fut d'autant plus admirable que son cœur si affectueux ressentait plus cruellement la douleur d'une telle séparation.

C'est donc ainsi ô mon Dieu, que pour les détacher de ce monde et les purifier toujours davantage. vous vous complaisez à livrer au martyre les âmes les plus belles, et dès leurs plus jeunes ans !


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Message  Monique Mer 21 Juil 2021, 8:57 am

CHAPITRE II



INSTITUTION GUERRA. PREMIÈRE COMMUNION.

(1886-1887)



*****


Pour si bonne et si pieuse que fut madame Hélène Landi. elle ne pouvait faire oublier la sainte disparue. Gemma, qui ne trouvait de charme qu'aux pratiques de piété, sentit bientôt le vide causé en elle par l'éloignement d'abord, et ensuite par la perte de sa bien-aimée mère. « C'est alors, que dit-elle un jour, que je regrettai le temps où maman me faisait tant prier. La chère petite aurait voulu se rendre à l'église à une heure matinale, et personne ne voulait l'y accompagner si tôt ; elle désirait se trouver seulette pour s'entretenir avec Dieu, et on ne la laissait pas un moment tranquille.

Une grande pécheresse comme elle avait besoin, disait-elle, de se confesser chaque jour, et rarement on lui donnait cette satisfaction : si manifeste était d'ailleurs aux yeux de tous sa candide innocence. Privée de directeur spirituel, personne ne lui parlait de Jésus, seul amour de son âme. La pauvre fillette souffrait donc et mourait d'ennui à San Gennaro.

Cependant Hélène Landi, qui chérissait sa nièce pour ses manières ingénues et graves, pour sa modestie et sa piété éclairée, vraiment exceptionnelle dans une enfant d'âge si tendre, espérait bien obtenir de la garder encore longtemps. Mis an courant de ce projet, le frère de Gemma, Eugène, auquel l'absence de sa chère sœur depuis déjà quelques mois paraissait intolérable, fit valoir auprès de son père tous les arguments propres à empêcher une plus longue séparation. Mais monsieur Galgani n'avait pas moins à cœur de conserver à son foyer sa fille de prédilection.

Après de mûres réflexions sur le meilleur parti à prendre à la suite du deuil cruel qui venait de le frapper, il rappela près de lui, pour veiller à leur instruction, tous ses enfants dispersés ça et là. C'était en fin décembre 1886.


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Message  Monique Jeu 22 Juil 2021, 8:30 am

Gemma rentra donc à la maison paternelle au milieu des larmes de joie de toute sa famille et particulièrement de son frère Eugène.

Il ne pouvait être question de la mettre en pension ; un nouvel éloignement eût trop coûté au cœur de son tendre père. On l'envoya comme externe à l'institution, si renommée, des Sœurs de sainte Zite, vulgairement appelée institution Guerra, du nom de sa fondatrice. Ce fut une excellente pensée de monsieur Galgani de confier son enfant à ces éminentes maîtresses qui donnent aux jeunes filles, avec de larges connaissances littéraires et artistiques, une forte instruction religieuse, tout en les formant à une solide piété.

Gemma exprimait en ces termes à son directeur la joie que lui causa celte détermination de son père, très probablement inspirée par elle : « Lorsque je commençai à fréquenter l'école des religieuses, j'étais au paradis. » Et, en effet, sous des maîtresses consacrées à Dieu, parmi tant d'exercices et de pratiques de piété, heureusement distribués dans le cours de la journée, avec tant d'instructions et d'exhortations religieuses, la fervente enfant, habituée par sa mère à vivre plus au ciel que sur la terre, devait sûrement se trouver dans son élément.

À peine dans cette institution, Gemma sollicita la faveur de faire sa première communion. Depuis longtemps déjà, blessée an cœur par Jésus des flèches de son plus pur amour, cette innocente colombe gémissait et se consumait du désir de s'unir à Lui par le sacrement de l'Eucharistie. Son admirable mère lui en avait dévoilé toutes les douceurs et donné comme un avant-goût. Pour embraser de plus en plus ses ardeurs, elle la conduisait souvent au pied du saint tabernacle, d'où le Seigneur répand ses rayons et ses flammes sur ceux qui le cherchent, et surtout sur les âmes simples et pures.

Éperdûment éprise de l'Ami divin, Gemma le voulait et tous les jours suppliait avec larmes son confesseur, son père, sa maîtresse de le lui donner. On lui opposait l'usage de ne pas admettre à la communion des enfants si jeunes, et avec d'autant plus de raison qu'à voir sa petite taille et ses membres délicats, à peine lui eût-on donné six ans au lieu de neuf. Mais elle revenait sans cesse à la charge, avec des arguments toujours nouveaux : « Donnez-moi Jésus, vous verrez que je serai plus sage ; je ne ferai plus de péchés ; je ne serai plus la même. Donnez-le moi ; je sens que je me consume, et je n'en puis plus. »

Devant de si extraordinaires instances, le confesseur, monsieur l'abbé Volpi, aujourd'hui très digne évêque d'Arezzo, finit par céder et dit à monsieur Galgani que s'il ne voulait voir son enfant dépérir de chagrin il fallait l'autoriser sans délai à se nourrir du Pain de vie.


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Message  Monique Ven 23 Juil 2021, 8:36 am

Qui dira la joie de notre ange à cette détermination ? Après d'ardentes actions de grâces au Seigneur et à la très sainte Vierge, elle cherche le meilleur moyen de se préparer à cette insigne faveur, et s'arrête, sans grande délibération, au parti de se renfermer dans le couvent de ses maîtresses, pour y suivre dans une paisible solitude un cours régulier d'exercices spirituels. Il n'était pas facile de faire accepter ce projet par son père, qui croyait ne pouvoir rester un seul jour privé de sa chère fille mais Gemma fut si pressante et versa tant de larmes que cette fois encore monsieur Galgani se vit contraint de céder. Entendons-la nous raconter elle-même la suite. « j'obtins la permission le soir, et le lendemain matin je me rendis en hâte au couvent, où je restai dix jours. Durant ce temps je ne vis personne de ma famille ; mais que j'étais bien ! quel paradis ! À peine dans le couvent, je courus à la chapelle remercier Jésus et le prier ardemment de me bien préparer à la sainte communion. Alors, je sentis naître en mon âme un grand désir de connaître en détail toute la vie de Jésus et sa Passion. »

Nous l'avons dit précédemment, Gemma avait été initiée à la méditation par sa propre mère mais qui donc avait appris à cette enfant de neuf ans que le mystère de la Passion, du Sauveur est si intimement lié au mystère de l'Eucharistie, que la meilleure voie pour arriver au second est de passer par le premier ? Certainement l'Esprit-Saint lui-même, qui l'avait déjà inondée de tant de lumière et embrasée de tant d'amour pour l'auguste sacrement de l'autel. »

« Je manifestai donc ce désir à ma maîtresse, continue Gemma, et elle commença aussitôt ses explications. Un soir, à une heure tardive, elle me parlait du crucifiement, du couronnement d'épines, de tous les supplices de Jésus ; elle en fit une peinture si vive, qu'une douteur intense me saisit, m'occasionnant à l'instant une forte fièvre qui m'obligea de garder le lit toute la journée suivante. On me supprima du coup les explications. »

« Je suivais les instructions à la chapelle. Chaque jour le prédicateur nous disait : Qui se nourrit de Jésus vivra de sa vie. Ces paroles me remplissaient d'une grande consolation, et je me faisais ce raisonnement Donc, quand Jésus sera avec moi, je ne vivrai plus en moi, puisque en moi vivra Jésus. Et je mourais du désir d'arriver au moment où je pourrais dire en toute vérité : Jésus vit en moi. Parfois, en méditant cette pensée, je passais la nuit entière à me consumer de désir. »

« Je me préparai à la confession générale que je fis en trois fois à monsieur l'abbé Volpi, et je la terminai le samedi, veille du jour heureux. »


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Message  Monique Sam 24 Juil 2021, 8:46 am

Ce jour heureux était le 17 juin 1887, fête du Sacré-Cœur de Jésus, transférée du vendredi précédent. La veille. Gemma voulut écrire à son père. Puisant dans son cœur si rempli de célestes affections, elle fit seule la lettre suivante, brève parce que plus le cœur déborde, moins on parle.

« Cher papa, nous sommes à la veille du jour de la première communion, jour pour moi d'un bonheur infini. Je vous écris cette seule ligne pour vous assurer de mon amour et vous dire de prier Jésus afin que, à sa première venue en mon âme, il me trouve préparée à recevoir toutes les grâces qu'il me réserve.

« Je vous demande pardon de tant de désobéissances et de toutes les peines que je vous ai causées, et je vous prie, ce soir, de vouloir tout oublier.


« En vous demandant votre bénédiction, je me dis votre fille bien affectueuse, Gemma. »

Avant de sortir des saints exercices de la retraite. Gemma prenait par écrit les résolutions suivantes : « 1°- Je me confesserai et communierai chaque fois comme si la mort devait aussitôt après me surprendre ; 2°- Je visiterai souvent Jésus au saint Sacrement, surtout en temps d'affliction ; 3°- Je me préparerai à chaque fête de ma céleste Mère par quelque mortification, et chaque soir je lui demanderai sa bénédiction ; 4°- Je veux toujours me tenir en la présence de Dieu ; 5°- Chaque fois que sonnera l'heure, je dirai à trois reprises : Mon Jésus, miséricorde ! »

Gemma eût bien voulu ajouter à ces résolutions, mais la maîtresse qui la surprit les écrivant ne le lui permit pas de crainte qu'en se chargeant trop elle ne nuisit à sa santé ; car elle savait bien que la tendre fillette, douée d'une grande fermeté de caractère et d'une ferveur extraordinaire, appliquerait toutes les énergies de son âme à l'accomplissement de ses promesses.

Le dimanche matin arriva enfin, continue l'admirable enfant avec une foi ardente, je me levai promptement et courus à Jésus pour la première fois. Mes soupirs furent enfin satisfaits et je compris alors la promesse de Jésus : Celui qui se nourrit de moi vivra de ma vie. »

« Ô mon père, écrira-t-elle plus tard à son directeur spirituel, ce qui se passa en ce moment entre Jésus et moi, je ne saurais l'exprimer, Jésus se fit sentir fort, bien fort à mon âme indigne. Je goûtai à cet instant combien les délices du ciel diffèrent de celles de la terre. Je me sentis prise du désir de rendre continuelle cette union avec mon Dieu. Je me trouvais toujours plus détachée du monde, et toujours plus disposée au recueillement. »

Gemma voulut faire sa seconde communion le jour suivant, dans l'église paroissiale, l'insigne basilique de St-Prédien, où se conserve le précieux trésor des restes mortels de sainte Zite.

Les impressions célestes de sa première communion ne s'effacèrent jamais. « La chère enfant, atteste une de ses maitresses, se rappelait ce beau jour avec une joie inexprimable ; aux heures de récréation, elle parlait des pures et suaves délices goûtées en ces instants fortunés. Chaque année, lorsque arrivait l'époque de la première communion sa joie était à son comble, et elle suivait avec les premières communiantes les exercices de la retraite préparatoire. » Chaque année encore, elle commémorait avec une toute spéciale dévotion ce grand jour qu'elle appelait le jour de sa fête. La lettre suivante, adressée à son directeur en 1901, au lendemain d'un de ces anniversaires, nous dira quels sentiments l'animaient alors. Elle a deux parties : la premiere, sorte d'entrée en matière, fut écrite dans un de ces ravissements qui la prenaient souvent même en présence de ses familiers.

« Mon père, je ne sais si je vous ai dit que le jour de la fête du Sacré-Cœur de Jésus est aussi le jour de ma fête. Hier, père, j'ai vécu un jour de paradis : je suis toujours restée avec Jésus, j'ai toujours parlé de Jésus, j'ai été heureuse avec Jésus, et j'ai pleuré aussi avec Jésus. Le recueillement intérieur m'a tenue, plus que de coutume, unie à mon bien-aimé Jésus... Ô froides pensées du monde, éloignez-vous de moi ; je ne veux être qu'avec Jésus, et Jésus seul. » Se repliant à ce moment sur elle-même pour s'humilier, selon son habitude après ses élans d'amour, elle continue : « Mon Jésus, et vous me supportez encore ? Plus je songe à mes démérites, plus je reste confondue, et je ne trouve d'autre moyen de me rassurer que de recourir promptement à votre immense miséricorde, ô compatissant Jésus ! »

Après cette effusion, Gemma recouvre ses sens et se trouve une plume à la main devant la lettre commencée : elle reprend son sujet avec la plus grande aisance : « Père, où s'en va maintenant ma pensée ? Au beau jour de ma première communion. Hier, fête du Cœur de Jésus, j'ai éprouvé de nouveau la joie de ce beau jour. Hier, j'ai de nouveau goûté le paradis. Mais qu'est-ce que le goûter un seul jour, quand plus tard nous en jouirons à jamais ? »

« Le jour de ma première communion a été, je puis le dire, celui où mon cœur s'est trouvé le plus embrasé d'amour pour Jésus. Que j'étais heureuse lorsque, possédant Jésus, je pouvais m'écrier : Ô mon Dieu. votre Cœur est à moi. Ce qui fait votre bonheur peut bien aussi faire le mien. Que manquait-il alors à ma félicité ? Rien. » Gemma rentre encore en elle-même pour s'humilier : Ô père, père, mais tous les jours ne se ressemblent pas il en est où je rougis de moi. Oh ! combien de fois j’ai cédé aux attraits du monde ! Que Jésus me prenne vite le cœur et se l'assure, s'il ne veut se le voir ravir encore bientôt par mes péchés. »

Je serais infini s'il me fallait reproduire en entier les pensées et les sentiments exprimés dans les lettres de Gemma avec une éloquence toujours nouvelle sur ce sujet de sa première communion. Le peu que j'en ai donné suffira pour montrer à quelle hauteur planait, loin des petitesses de la terre, le grand cœur de cet ange dès l'âge de neuf ans.


Heureuse enfant, il vous a été donné de bien bonne heure de connaître les mystères du royaume de Dieu, cachés à la plupart des hommes et de savourer la suavité céleste de la manne eucharistique préparée par celui qui a dit : Celui qui mangera ma chair et boira mon sang aura la vie éternelle.


A suivre...
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Message  Monique Dim 25 Juil 2021, 9:34 am

CHAPITRE III



CARACTÈRE DE GEMMA. - SON ESPRIT DE PIÉTÉ.

(1888-1894)



*****




Après les fêtes de sa première communion, Gemma reprit avec ardeur la vie scolaire. Maîtresses et élèves, qui s'étaient aperçues dès le début des rares dispositions de la nouvelle venue ne se lassaient point de l'admirer. La fillette s'étudiait cependant à dissimuler ses qualités pour rester inconnue, mais sans y réussir tant la candeur de sa belle âme transparaissait dans toute sa personne et surtout dans ses yeux.

« Gemma, Gemma, lui dit un jour une de ses maîtresses, si je ne lisais dans tes yeux je ne te connaîtrais pas. »

Bien que des plus jeunes de sa classe, elle inspirait un tel respect que toutes la traitaient comme leur aînée, « Elle était l'âme de l'école, atteste une autre maîtresse, et rien ne s'y faisait sans elle. Toutes ses compagnes la chérissaient et aimaient à l'associer à leurs fêtes et à leurs jeux ; cependant elle avait une nature peu expansive, la parole brève, l'action résolue et parfois les manières apparemment rudes. »

Telle elle apparaissait à l'extérieur ; mais ce n'était là que l'écorce, sa vraie nature était tout autre. Elle m'a avoué bien des fois qu'elle prenait à dessein des dehors quelque peu hérissés, en vue de se cacher et de crainte, en se répandant par les sens, de tomber dans la dissipation et l'offense de Dieu. Elle savait se dominer au point de laisser prendre pour un effet de notre pauvre nature ce qui était un fruit de sa vertu. Ainsi, en la voyant si grave et si avare de paroles quelqu'un la traita d'altière et d'orgueilleuse. « Que me parlez-vous d'orgueil ? répondit-elle, souriante ; je n'y pense même pas. Je ne parle guère parce que je ne sais que dire ; je ne sais non plus si je parlerais bien ou mal, et alors je me tais. » Lorsque, devenue plus grande, Gemma se souviendra d'avoir été taxée d'orgueil, elle écrira avec une touchante humilité « Oui, je n'avais que trop ce péché : Jésus jugera si c'était à mon insu ou non. J'ai été bien des fois en demander pardon à mes maîtresses, à mes compagnes, à la mère Supérieure ; puis, le soir et souvent la nuit, je pleurais en silence je ne me connaissais pas ce péché. » Oh !... que n'avons-nous tous d'autre orgueil que celui-la, d'où germe une si belle fleur d'humilité !


A suivre...
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Message  Monique Lun 26 Juil 2021, 9:27 am

La vivacité formait le trait dominant du caractère de Gemma. Un observateur attentif découvrait bien vite en elle un tempérament ardent dont le sang facilement irritable, bouillonnait dans les veines. Sans une violence continuelle, cette enfant eût été, comme on dit, un vrai lutin ; tandis que par les ressources d'un esprit prompt et perspicace elle eût dominé tout le monde. Combien de fois ne l'ai-je pas vue étouffer, même au prix d'efforts musculaires, les premiers embrasements de la colère !

D'autres ont porté sur elle le même jugement. « Bien que d'une nature vive, dit un témoin, Gemma était paisible parce qu'elle triomphait toujours d'elle-même. Loin de se troubler, de se disputer, si on lui cherchait querelle, si on la maltraitait même, elle répondait d'abord par un aimable regard, et puis par un sourire si doux que parfois son adversaire, désarmée, se jetait dans ses bras et la pressait affectueusement sur son cœur. »

Lorsqu'on lui attribuait un désordre survenu dans la maison, déclare un autre témoin, et qu'on l'en reprenait avec vivacité, Gemma écoutait en silence, et puis, qu'elle eût tort ou raison, disait d'une voix calme « Ne vous troublez pas ne vous emportez pas je serai sage, je vous l'assure, je ne le ferai plus. » Tellement cet ange savait se dominer.

Quant à l'apparente rudesse dont parle une de ses maîtresses, elle provenait du naturel franc et sincère qui distingua particulièrement cette enfant bénie. Pour elle oui était oui, et non, non ; blanc était blanc, et noir, noir. Pas de replis dans son cœur ; elle parlait et agissait suivant sa pensée, sans user de détours. Ce que dans le monde on appelle cérémonies, façons, elle l'ignorait. Attentive à observer les règles essentielles de la politesse. Gemma ne voulait pas savoir autre chose. Elle parlait donc franchement à tous sans distinction de personnes, et n'eût pas compris qu'on pût trouver à redire à cette sincérité. De fait, personne ne s'offensa jamais de son langage ni de ses manières.

D'ailleurs, lorsque la candide fillette voulait bien se prêter à une longue conversation - ce qui était rare - on serait resté de longues heures sous le charme de sa causerie. C'est ce qui arrivait à l'institution Guerra dont toutes les élèves avaient pour Gemma une telle affection qu'il y eût un deuil général le jour où, tombée malade, elle dut définitivement rentrer dans sa famille.


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Message  Monique Mar 27 Juil 2021, 7:55 am

Cette singulière parcimonie de paroles, jointe à un recueillement habituel, la firent juger par quelques-uns d'un naturel timide ; tel autre la crut presque stupide. Gemma ne se préoccupait pas de ces appréciations, et si on lui en parlait elle disait humblement : « Qu'ai-je besoin de plaire au monde ? Stupide. je ne le suis que trop ; on me tient pour ce que je suis du reste, peu m'importe. »

Un jour qu'elle était souffrante, un médecin vint la voir. Étonné de son recueillement, de sa modestie, de sa répugnance à se laisser toucher il se crut, sans en douter, en présence d'une dévote fanatique et ne se gêna point, la visite terminée, pour essayer de la convaincre d'erreur par quelques arguments rapportés des salons mondains. Gemma, jusque-là silencieuse, riposte tout à coup ; elle refute un à un ces piètres arguments, avec une telle promptitude et une telle vigueur de parole que le galant homme se trouve sans réplique et se retire confus, au singulier étonnement des personnes présentes.

J'ai voulu moi-même, plus d'une fois, éprouver sa pénétration et sa logique par différents sophismes, mais je dois avouer que ses réparties subites et judicieuses lui ont toujours donné le dessus ; tant il est vrai que les hommes jugent suivant les apparences, mais que Dieu seul connaît parfaitement les cœurs. Revenons à l'institution Guerra. L'admiration des maîtresses pour leur élève est traduite en ces termes, extraits d'un long mémoire où nous avons déjà puisé : « Toutes les religieuses, y compris la supérieure qui fut sa maîtresse de cours supérieur en l'année scolaire 1891-1892, eurent une profonde estime et une vive affection pour cette chère enfant. Moi-même, qui écris ces lignes, j'eus l'occasion, en raison de ma charge, de la voir de plus près et d'admirer particulièrement sa solide piété et son ingénuité enfantine. Dès les premiers jours que je la connus, je la jugeai une âme bien chère à Dieu, mais cachée au monde.

« J'enseignais aux élèves à faire le matin un peu de méditation, et le soir quelques minutes d'examen de conscience ; or, j'observais que Gemma, déjà au courant de ces pieuses pratiques, les prenait plus à cœur. Je n'ai jamais pu savoir d'elle le temps précis qu'elle y consacrait ; de ses réponses évasives j'ai conclu qu'elle devait en donner beaucoup surtout à la méditation. Avide d'entendre la parole de Dieu, elle manifestait une joie extraordinaire les jours où l'aumônier venait expliquer le catéchisme. Même allégresse pour les prédications qui se font dans la chapelle de l'institution aux diverses fêtes de l'année. Elle voulait devenir une sainte à l'imitation de la Vénérable Bartolomea Capitanio ; et je lui rappelais souvent sa résolution par ces mots « Pensez-y, Gemma, vous devez être une gemme de prix. »
(1)


-------------


(1) Voici en quels termes la Révérende Mère Guerra m'écrivait au sujet de Gemma, treize ans après sa sortie de l'Institution : « Mon pauvre cœur exulte en apprenant que votre révérendissime paternité travaille à glorifier une sainte de mes élèves, Gemma Galgani. Je l'ai eue environ deux ans dans les classes dont je m'occupais, et je puis attester que jamais l'occasion ne se présenta de me plaindre d'elle. Elle était fort silencieuse et toujours obéissante. - Sœur Hélène Guerra. »


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Message  Monique Mer 28 Juil 2021, 8:17 am

Comme toute sainteté se forme au pied de la Croix, Dieu mit dans cette jeune âme un vif désir de connaître le grand mystère de notre Rédemption. Elle commença dès lors d'assiéger sa maîtresse (la même qui lui parlait de la Passion pendant sa retraite de première communion) et finit par obtenir, à force d'instances, la promesse de recevoir d'amples explications sur ce mystère, une heure durant, toutes les fois qu'elle aurait remporté en classe dix bons points, c'est-à-dire l'optime tant pour l'étude que pour l'ouvrage manuel. Quelle meilleure récompense pourrais-je espérer ; se disait-elle ; et redoublant de diligence elle réussit à partir de ce moment à mériter presque chaque jour l'optime, de sorte que l'heure de l'exercice convoité lui était ordinairement assurée. « Combien de fois, me disait-elle un jour, en réfléchissant à l'amour de Jésus qui a tant souffert pour nous, et à l'ingratitude dont nous le payons de retour, la maîtresse et moi nous pleurions ensemble ! »

La pieuse directrice lui indiquait de petites mortifications corporelles pour compenser un peu cette ingratitude des hommes, et lui faisait connaître divers instruments de pénitence. La fervente enfant se procura les uns et se fabriqua les autres ; mais elle eût beau insister, on ne lui permit pas d'en faire usage. Sur les conseils de la même directrice, elle remplaça les macérations de la chair par une rigoureuse mortification des yeux, de la langue, de tous les sens, et plus particulièrement de la volonté ; et en cela elle apparut vraiment admirable tout le reste de sa vie.

Au mois de mars 1888, il plut à Dieu d'appeler à Lui cette excellente maîtresse, sœur Camille Vagliensi, religieuse d'une grande sainteté de vie, et Gemma passa sous la direction de sœur Julie Sistini, belle âme de non moins de vertu, mais particulièrement douée de l'esprit de prière. « Sous cette maîtresse, m'a-t-elle raconté, je commençai à éprouver un grand besoin de prier. Chaque soir après la classe, à peine de retour à la maison, je m'enfermais dans une chambre pour réciter à genoux le rosaire entier ; la nuit, je me levais plusieurs fois pendant un quart d'heure environ, pour recommander à Jésus ma pauvre âme. »

C'est dans une telle ferveur d'esprit et dans la paix domestique que s'écoula le reste de l'année. De cette enfant ou pouvait dire ce que l'Évangile atteste du Sauveur adolescent, qu'en avançant en âge elle croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

Mais le passage des justes sur la terre est ordinairement marqué par plus de tristesses que de joies, par plus de travaux que de paisibles loisirs et il est bien rare que le Seigneur ne les trempe dès leur jeunesse dans l'épreuve pour les accoutumer peu à peu aux grandes luttes de la vie spirituelle. Ainsi, nous l’avons vu, en a-t-il été de bonne heure pour Gemma qui perdit à l'âge de sept ans une mère telle que madame Galgani ; mais une tribulation beaucoup plus cruelle allait fondre maintenant sur son âme la désolation spirituelle, appelée par les docteurs ascétiques martyre intérieur. Jusqu'ici la pieuse enfant n'a goûté qu'aux consolations célestes et n'a connu que des attraits et des stimulants vers la vertu parfaite aujourd'hui, à son aversion sensible pour tout ce qui est du monde succèdent le dégoût, la tristesse et la répugnance à l'oraison. Elle ne sent presque plus son Jésus dont les amoureuses étreintes, soudain disparues, lui apparaissent comme des songes lointains : peine intolérable pour son cœur si peu habitué à ce délaissement, et qui se prolongera, non quelques jours, mais presque toute une année. Cette période d'extrême aridité ne sera point cependant pour elle un temps d'arrêt dans les voies intérieures, au contraire : sentant se dérober ce Dieu dont l'amour fait déjà le seul charme de sa vie, elle s'élance à sa recherche avec encore plus d'ardeur par le détachement progressif des affections terrestres, la fréquentation fervente de la sainte communion et la pratique assidue des vertus solides. Elle s'étudie à bien établir dans son cœur cette horreur du péché que nous y verrons croître sans cesse avec les années : et une douleur toujours plus intense pour ses petits défauts, qui lui paraissent des fautes graves dont elle demande pardon à tous, dans la crainte d'être pour tous un objet de scandale. Afin de mieux purifier son âme elle eût même voulu renouveler sa confession générale, mais son confesseur, bien convaincu de sa candeur, ne le lui permit point.


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Message  Monique Jeu 29 Juil 2021, 6:57 am

À vrai dire, ce genre de vie de la petite Gemma plaisait peu aux membres de sa famille, ignorants des grands desseins du ciel sur elle, et ils la reprenaient souvent de sa piété, à leur sens exagérée. On l'empêchait de se rendre à l'église à une heure matinale et de trop la fréquenter. Le soir on la voulait à la promenade, parée connue ses petites sœurs, etc. De semblables contrariétés emplissaient d'amertume le cœur de la pauvre enfant. La Providence vint à son aide. À la suite de la mort de son oncle, Maurice, survenue le 15 mars 1890, deux ans après celle de son grand-père, Charles, ses deux tantes Hélène et Élise vinrent habiter avec leur frère Henri Galgani. C'étaient deux femmes d'une grande piété, très affectionnées à leurs neveux. À leur arrivée, Gemma confiée à leurs soins recouvra une entière liberté.

Tous les matins avant la classe, elle assistait à leur côté à la première messe, et le soir visitait le Très Saint Sacrement ; ensemble elles priaient et s'entretenaient pieusement. La fervente enfant crut revenus les beaux jours où son admirable mère vivait encore. Désormais elle ne fut plus privée de la sainte communion, que son confesseur ne lui avait permise jusque-là que trois fois la semaine, et elle s'en approcha immanquablement chaque jour.

À mesure de ses progrès dans la vie spirituelle, Jésus lui devenait plus intime. « Il se faisait sentir toujours davantage à ma pauvre âme, avoue-t-elle ingénûment ; il me disait beaucoup de choses et me donnait à goûter plus fréquemment de très grandes consolations. »

Nous voici en 1891. Gemma, maintenant âgée de treize ans. Se trouve parvenue à un tel degré de vertu qu'il est à peine donné à d'autres de l'atteindre après un long temps d'efforts assidus. Cependant elle se croit presque stationnaire. À l'exemple de l'Apôtre, sans regarder aux progrès accomplis elle tient constamment les yeux fixés sur la perfection idéale à laquelle le Seigneur l'appelle, et elle travaille à grande haleine à l'acquérir. Cette année devait lui en offrir un moyen de choix.

Les Sœurs de l'institution Guerra ont coutume de faire donner à leurs élèves, tous les deux ans, un cours d'exercices spirituels. « Je ne pouvais croire, écrira plus tard Gemma, à pareille occasion de me rencontrer de nouveau avec Jésus.

Cette fois, on me laissa seule, sans aide » ; c'est-à-dire sans l'assistance de ses maîtresses, jugée inutile pour une telle âme. « Je compris, continue-t-elle, que Jésus m'envoyait une occasion de bien me connaître moi-même et de me purifier davantage pour mieux lui plaire. » Aussi note-t-elle en ces termes cette retraite dans le carnet de ses plus chers souvenirs :



« Exercices de l'année 1891, pendant lesquels Gemma doit changer et se donner toute à Dieu. » On ne pouvait souhaiter de meilleures dispositions dans une fillette de treize ans. »


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Message  Monique Ven 30 Juil 2021, 8:14 am

« Je me souviens, écrit-elle, que le prédicateur nous fit une méditation sur le péché. C'est alors que je compris vraiment combien j'étais digne du mépris de tous : je me voyais ingrate envers mon Dieu et toute couverte de péchés. Puis vint la méditation sur l'enfer ; je reconnus l'avoir mérité et je fis cette résolution : je formerai, même pendant le jour, des actes de contrition, surtout après quelque manquement. » Même pendant le jour : ces paroles laissent entendre que la sainte enfant consacrait à de tels actes une partie de ses nuits.

« Dans les derniers temps des exercices, reprend-elle, on considéra les exemples d'humilité, de douceur, d'obéissance et de patience de Jésus ; et de cette méditation je tirai deux résolutions : 1°- Faire chaque jour la visite à Jésus-Hostie, et lui parler plus du cœur que des lèvres ; 2°- veiller le plus possible à éviter des discours indifférents, et parler de choses célestes. »

Ah ! si les chrétiens d'âge mûr apportaient dans les exercices spirituels les mêmes dispositions que cette tendre enfant, quels fruits plus abondants de salut n'en retireraient-ils point !

Une telle application aux choses divines ne faisait point négliger à la pieuse élève les devoirs de classe. Au contraire, elle était notée parmi les plus laborieuses et remportait toujours les prix les plus honorables. À la fin de l'année scolaire 1893-94, elle obtint le grand prix d'or de religion qui ne se donne qu'aux élèves ayant atteint, durant tout le cours des leçons de doctrine chrétienne la note la plus élevée.

À l'approche des expositions de travaux scolaires, en usage dans l'institution, les maîtresses réussissaient quelquefois à vaincre la répugnance de l'humble enfant à paraître, et lui faisaient donner des poésies, des exercices de français, des devoirs d'arithmétique, etc. ; preuve indiscutable de ses succès en ces matières. On raconte que les siens, la voyant si absorbée dans l'étude, lui disaient parfois d'un ton de blâme « À quoi bon tant étudier ? Tu es déjà si savante, et cela ne te suffit pas ? »

Cependant une grande épreuve se préparait pour la chère enfant. Son frère Eugène, qui avait contracté la maladie de sa mère, touchait à la fin de sa vie. C'étaient deux âmes en parfaite communion d'idées et de sentiments, de sentiments de piété surtout. « Je l'aimais plus que tous les autres, disait Gemma, et les jours de vacances nous étions toujours ensemble, nous amusant à dresser des petits autels, et à faire des cérémonies religieuses. »

Eugène avait obtenu de son père l'autorisation d'entrer au séminaire ; déjà dans les Ordres mineurs, il se préparait au sous-diaconat lorsque le mal vint le terrasser. Dans une telle extrémité, ces deux cœurs pouvaient-ils se séparer ? Le bon frère lorsqu'il savait sa jeune sœur à la maison la voulait aussitôt près de son lit. Sans s'illusionner sur le danger réel de la contagion, Gemma, peu soucieuse de sa propre vie, se tenait jour et nuit au chevet du malade, le servait, le réconfortait, lui suggérant de pieuses pensées pour le préparer à une sainte mort. Le chaste jeune homme s'éteignit au mois de septembre 1894 dans des sentiments admirables.

Atteinte à son tour d'une maladie grave qui la tint alitée pendant plus de trois mois, la généreuse enfant vit ses jours menacés. Ce fut dans sa famille, devant la perspective d'un nouveau deuil, une consternation générale. On eut anxieusement recours à tous les moyens pour arracher à la mort au moins cette fille, cette sœur, cette nièce tant aimée. « Je ne puis exprimer, raconte Gemma, les soins dont j'étais l'objet de la part de tous, mais surtout de mon père que je voyais souvent pleurer et offrir à Jésus sa vie pour sauver la mienne. » Il semble que le ciel ait accepté le sacrifice du père affectueux, car il mourut au bout de deux ans, comme nous le verrons au prochain chapitre, tandis que sa fille échappait bientôt à tout danger. Cependant la lenteur de la convalescence la contraignit de dire un adieu définitif à ses chères maîtresses de l'Institution Guerra. Elle se résigna paisiblement à la volonté du Seigneur pour vivre uniquement au sein de sa famille.

Dieu sème ainsi de fleurs et d'épines les sentiers des élus. Il ne leur donne aucun bonheur sans le faire suivre bientôt de quelque amertume. Heureux celui qui accueille, ainsi que Gemma, les divers événements de la vie dans une égale conformité au bon plaisir divin.


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Message  Monique Sam 31 Juil 2021, 7:15 am

CHAPITRE IV




VIE FAMILIALE.

HÉROÏQUE PATIENCE DANS DE CRUELLES ÉPREUVES.

(1895-1897)



*****



Gemma finissait sa dix-septième année. Libre désormais des occupations de l'étude, elle se livra tout entière aux soins du ménage et surtout à l'éducation de ses petits frères et sœurs, qu'elle s'efforça de diriger dans la voie de la vertu par son propre exemple, par ses conseils et par une vigilante surveillance.

Nous n'avons pas de renseignements détaillés sur le caractère de sa direction fraternelle ; mais ce que nous savons déjà de cette enfant bénie laisse conjecturer ce qu'elle devait être. Toute pénétrée de l'importance de sa mission, dont elle craignait d'avoir à rendre au Seigneur un compte sévère, elle s'étudiait à la remplir avec un soin extrême ; et lorsque l'un de ses petits dirigés venait à tomber en quelque faute, elle s'en attribuait la responsabilité, pour n'avoir point su la prévenir par une plus active surveillance. On la voyait attentive à satisfaire aux besoins de chacun, dans le but d'éviter les mécontentements et les disputes qui naissent si facilement chez des garçons et des fillettes d'âge tendre.

D'ailleurs le bon exemple de sa propre conduite au sein de sa famille offrait un spectacle inconnu de nos jours ; il forçait l'admiration des étrangers eux-mêmes qui le rappellent encore.

Un serviteur de la maison, Pierre Maggi, plus particulièrement attaché au service de sa jeune maîtresse, exprimait souvent par ces mots son étonnement toujours nouveau devant cette extraordinaire vertu : « Que voulez-vous, Gemma n'a pas sa pareille »

Un sujet particulier d'admiration dans cette enfant, c'était son extraordinaire amour des pauvres, le seul bien resté en elle, à son avis, parmi tant de défauts et de misères spirituelles: « Chaque fois que je sortais, raconte-t-elle, je demandais de l'argent à mon père, et s'il m'en refusait je le priais de me laisser emporter du pain, de la farine ou d'autres comestibles. Grâce à Dieu, je rencontrais toujours des indigents sur mon chemin, et jusqu'à trois ou quatre. À ceux qui venaient à la maison je donnais du linge et tout ce que j'avais sous la main mais bientôt mon confesseur me le défendit ; mon père ne me donna plus d'argent et ne me laissa plus rien prendre. Cependant lorsque je sortais, je ne rencontrais que des pauvres qui tous couraient à moi, et je n'avais rien à leur donner. J'en pleurais continuellement de chagrin, et je finis par ne plus sortir du tout. »

Il ne fut pas toujours loisible à Gemma de vivre entièrement cloîtrée dans sa famille. Son père, la sachant une de ces natures ardentes qui ont besoin de mouvement, l'obligeait à faire quelques sorties, et parfois, à défaut d'autres, lui confiait la surveillance de ses autres enfants dans leurs promenades. La jeune fille s'exécutait ; mais, à peine le seuil de la maison franchi, elle se dirigeait hâtivement par des traverses bien connues vers la campagne pour y jouir à la fois, loin des habitations, du grand air et de la solitude. Le démon se servit un jour, pour la contrister, de cette innocente distraction prise par obéissance et avec tant de précautions pratiques. Un jeune officier qui l'avait remarquée se mit à la suivre. L'angélique vierge dont les yeux étaient toujours baissés ne s'en aperçut pas ; quand on l'en avertit son affliction fut extrême ; elle pleura beaucoup et après de ferventes prières prit à nouveau la résolution de ne plus sortir que pour se rendre à l'église voisine de saint Frédien. Elle sut si bien disposer toutes choses que son père ne la contraria presque jamais plus sur ce point.


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Message  Monique Dim 01 Aoû 2021, 9:15 am

Telle était dans la vie familiale la vertu de cet ange ; elle cependant croyait n'en pas avoir et se stimulait sans cesse à l'acquérir, « Gemma, se répétait-elle à tout instant, il te faut changer et te donner toute à Jésus. » Pour s'animer à la ferveur elle tirait motif de tout : des solennités de l'Église, des beautés de la nature, de la succession des saisons et des jeux eux-mêmes, auxquels parfois elle consentait à prendre part pour se délasser. Dans un de ces derniers, celui de la courte-paille, le sort lui donna un jour le brin le plus grand. « Voilà, dit-elle, un signe que Dieu veut de moi une grande sainteté, et moi aussi je la veux. »

L'année 1895 venait de finir ; la pensée du renouvellement de l'an lui inspire de nouveaux désirs de vie plus parfaite ; elle se lève du lieu de sa méditation, va prendre le carnet de ses résolutions et écrit « En cette nouvelle année, je me propose de commencer une vie nouvelle. Ce qu'elle me réserve, je ne le sais : je m'abandonne à vous, ô mon Dieu. Toutes mes espérances et toutes mes affections seront pour vous. Je me sens faible, ô Jésus, mais avec votre aide j'espère et je veux vivre différemment, c'est-à-dire plus proche de vous. »

Voici quel était son règlement de vie :

Dés le lever, toujours matinal, récitation des prières accoutumées, puis assistance à la sainte messe et communion. Chaque soir, sa visite tant aimée au saint Sacrement, plus ou moins prolongée suivant le nombre et l'urgence de ses devoirs domestiques. Le soir encore, méditation avec d'autres pratiques de piété et récitation du saint rosaire à genoux. La jeune fille continuait, la nuit, d'interrompre son sommeil au moins une fois, pendant près d'un quart d'heure, pour recommander à Jésus « sa pauvre âme. »

Quels vifs sentiments d'amour, de confiance et de repentir de ses fautes devaient jaillir de son cœur durant ces instants de prière solitaire aux pieds de son Jésus ! On a su de sa propre bouche que Dieu se communiquait dès lors à son âme par de suaves étreintes d'amour, et à son esprit par d'éclatantes illustrations, « de claires lumières » selon son expression. Et ainsi, nuit et jour, même parmi les soins du ménage, tandis que ses pieds foulaient la terre, son esprit planait dans des régions célestes.

Un si profond recueillement intérieur, loin de nuire à ses occupations matérielles, l'aidait au contraire à s'en acquitter avec plus de perfection, par la pensée de leur conformité avec le bon plaisir divin, dont l'accomplissement fera toujours la joie de la vraie piété.


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Message  Monique Lun 02 Aoû 2021, 9:14 am

Pour détacher encore davantage des choses terrestres le cœur de cette jeune vierge et lui apprendre à ne se complaire en rien ici-bas en dehors de Lui, le Seigneur s'était servi dans le cours de l'année 1895 d'un moyen extranaturel.

Ayant reçu en présent, d'un membre de sa parenté, une montre en or et une croix avec sa chaînette, de même métal précieux, Gemma pour être agréable au donateur crut devoir les porter dans une de ses sorties. De retour à la maison, tandis qu'elle quittait ces bijoux il lui sembla voir son ange gardien. L'esprit céleste la regardant d'un air sévère prononça lentement ces mots : Les seuls bijoux qui embellissent l'épouse d'un roi crucifié sont les épines et la croix ; et il disparut.

On devine l'impression produite dans l'esprit de la pieuse enfant par cette vision sans précédent et des paroles si expressives. Elle rejette loin d'elle avec mépris et la montre et la chaîne, enlève de son doigt une jolie bague, et prosternée la face contre terre prend en pleurant la résolution suivante : « Pour votre amour, ô Jésus, et pour ne plaire qu'à vous seul, je vous promets de ne plus porter d'objet qui sente la vanité, et de n'en parler jamais. » Elle tint parole et à partir de ce jour ne voulut plus rien savoir en fait de modes ni de parures.

Telle est, dans les mémoires de Gemma, la première trace de ces apparitions angéliques dont la fréquence étonnera dans la suite.

Le Roi des Anges lui-même daignait dès lors l'honorer de tendres visites, d'après cet aveu ingénu à son directeur :

« Bien que je fusse si mauvaise, Jésus venait me voir et me disait beaucoup de choses. » Et encore : « Je ne sais comment il ne m'apparaissait pas irrité ; je ne l'ai vu qu'une fois en courroux. » Cet air sévère, dans une seule circonstance, était plutôt une épreuve que le châtiment de quelque faute volontaire, puisque Gemma dans tout le cours de sa vie n'a jamais commis de péché pleinement délibéré.


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Message  Monique Mar 03 Aoû 2021, 8:19 am

Heureuse enfant, trouvée digne dès l'âge de dix-sept ans d'entendre la voix humaine de Jésus, de le voir, de le contempler de tes yeux mortels !

Sans doute de telles faveurs ne constituent pas la sainteté, puisque beaucoup de belles âmes, sans en avoir été l'objet, ont mérité par d'héroïques vertus les honneurs des autels. Elles en offrent néanmoins un signe très certain, car on ne les constate jamais dans une âme vulgaire.

Comment s'étonner que cette créature privilégiée, jetant un regard de dédain sur les biens caducs de cette pauvre vie, soupirât ardemment après la patrie céleste. Depuis le jour, écrit-elle, où ma mère m'inspira le désir du paradis, je n'ai cessé de l'éprouver, et si le Seigneur m'eût donné le choix, j'eusse préféré, voir se briser les liens de mon corps pour m'envoler au ciel. Toutes les fois que j'étais atteinte de la fièvre ou de quelque autre mal, j'éprouvais un doux espoir ; mais ma douleur devenait grande lorsque, la maladie s'éloignant, je sentais revenir mes forces. Un jour, après la sainte communion, je demandais à Jésus pour quelle raison il ne me prenait pas avec Lui : « Ma fille, répondit-il, je veux te donner dans le cours de ton existence beaucoup d'occasions de t'enrichir de mérites ; j'aviverai toujours davantage ton désir du ciel, et toi tu supporteras encore la vie avec patience. »

Avec ces incessantes aspirations grandissaient rapidement en son cœur les flammes de l'amour divin. Bientôt, dans l'année 1896, s'éveillait en elle et se fortifiait un nouveau désir, révélant la sincérité de son amour et son degré de perfection. Laissons-lui la parole : « Un autre désir se forma dans mon âme, un ardent désir de souffrir et d'aider Jésus dans ses douleurs. » (1) Et de nouveau : « Au milieu de mes nombreux péchés je demandais chaque jour à Jésus la souffrance et beaucoup de souffrance. Oui, mon Jésus, répétais-je, pour vous je veux souffrir, et souffrir beaucoup. »

Gemma dit bien un ardent désir, car il lui suffisait d'une parole, d'un souvenir, d'un regard sur l'image de Jésus crucifié, pour se sentir toute pénétrée de compassion et d'amour. « Un jour, raconte-t-elle, fixant les regards sur le crucifix, je fus saisie d'une telle douleur que je tombai évanouie. Mon père, se trouvant là, se mit à me gronder, et m'accusa de nuire à ma santé par ma vie retirée et l'habitude de me rendre à l'église à une heure trop matinale. Ce qui me fait mal, répondis-je, c'est d'être tenue éloignée du tabernacle de Jésus. Et j'allai me réfugier dans ma chambre où pour la première fois j'épanchai ma douleur dans le Cœur de Jésus seul. »


------------


(1) Plus d’une fois le sauveur se montrera à sa Servante sous l'aspect de la douleur, comme endurant vraiment les supplices de la passion, ou abreuvé d'amertume par l'ingratitude des hommes. Tous les saints ont connu ce mystère, et à cette vision de pitié. réelle ou imaginaire, se sont efforcés de compatir avec amour aux souffrances de notre tendre Rédempteur, bien que la foi le leur révélât désormais glorieux et impassible.


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Message  Monique Mer 04 Aoû 2021, 9:56 am

Jusqu'alors donc, c'est-à-dire jusqu'à sa dix-huitième année, la pieuse jeune fille avait comprimé dans son âme le chagrin que lui causaient de semblables difficultés.

« Je dis à Jésus, continue-t-elle : Je veux vous suivre, ô Jésus, au prix de n'importe quelle douleur ; je veux vous suivre avec ferveur ; non, mon Jésus, je ne veux plus vous donner de nausée par mes œuvres tièdes, ni vous inspirer de dégoût par la lenteur avec laquelle je vous ai cherché jusqu'ici. » Et comme pour garantir ses promesses, elle ajoute : « Donc, désormais oraison plus recueillie, communion plus fervente. Mon Jésus, pour vous je veux souffrir beaucoup, la prière toujours sur les lèvres. » Puis, comme elle envisage ses résolutions, la pensée de la fragilité humaine amène sous sa plume cette réflexion : « Il tombe souvent celui qui souvent forme de bons propos, mais qu'en sera-t-il de celui qui n'en forme que rarement ? »

Gemma n'était nullement novice dans la carrière de la douleur qu'elle souhaite si ardemment de parcourir à la suite de son divin Maître. Très chère à Jésus dès sa première enfance, elle avait en conséquence reçu de bonne heure sa part de la croix. « Je puis bien dire, confiait-elle à son directeur, que depuis la mort de ma mère, je n'ai point passé un seul jour sans souffrir quelque petite chose pour Jésus. »

Maintenant qu'elle n'était plus dans l'enfance mais dans un âge fait, le Seigneur allait raidir sa main divine et frapper des coups de maître.

Ce fut d'abord un mal terrible à un pied, la nécrose, avec son accompagnement de douleurs très aiguës. La vertueuse jeune fille ne croyant pas devoir en tenir compte, endurait ses souffrances avec un généreux courage ; mais le mal négligé s'aggrava, la carie s'étendit, et force fut de recourir au chirurgien. Celui-ci, à la vue des ravages de la gangrène ne cacha point ses craintes et déclara que l'amputation du pied serait probablement nécessaire. Se bornant d'abord à une opération partielle, il découvrit l'os attaqué et se mit à le sectionner et à le racler profondément pour enlever les parties mortifiées ou malades. La patiente, qui n'avait pas voulu qu'on l'endormît, supportait héroïquement ces tortures ; et tandis que tous les assistants frissonnaient d'horreur et de pitié, elle seule, immobile, paraissait rester indifférente. Au plus fort de l'opération elle poussa bien quelques soupirs involontaires, mais regardant aussitôt l'image de Jésus crucifié elle lui demanda pardon de sa faiblesse et reprit son impassibilité. C'est ainsi, pour employer sa propre expression, qu'après avoir tant demandé de souffrir un peu, Jésus l'avait consolée ! Le divin Maître délivra sa bien-aimée servante de ces premiers tourments corporels, mais pour lui présenter une bien autre amertume dans le calice de sa passion.

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Message  Monique Jeu 05 Aoû 2021, 7:54 am

Monsieur Galgani, son père, était un homme taillé à l'antique. Bon, simple, charitable, incapable de tromper personne et ne croyant pas non plus qu'on pût le tromper. Mais, sans qu'il eût l'air de s'en douter, il vivait dans des temps mauvais. Beaucoup de ceux qui connaissaient son excessive bonté cherchaient à la capter à leur profit. C'était de toutes parts dans sa maison des venues sans fin. Celui-ci venait emprunter de l'argent, celui-là le prier d'être sa caution ; les métayers le voulaient sur les produits de ses terres ; ses fermiers et ses locataires ne payaient pas leurs termes. Par surcroît, de longues et continuelles maladies dans la famille, dont celles de la mère et de deux enfants, qui furent suivies de mort, et cent autres infortunes contribuèrent à consumer peu à peu son riche patrimoine. Quand vint l'échéance, des lettres de change imprudemment cautionnées, la ruine fut complète. Tous les biens meubles et immeubles furent mis sous séquestre, et la nombreuse famille se trouva réduite à la plus lamentable misère. Peu après, le pauvre père tombait malade, atteint d'un cancer à la gorge, et il ne tardait pas à expirer laissant ses chers enfants dans un entier dénuement. À la nouvelle de son décès, les huissiers et la force publique vinrent, de par les créanciers, fermer la pharmacie et mettre sous scellés les quelques meubles qui y restaient encore.

Au récit d'une telle infortune, ne croirait-on pas voir se dérouler sous ses yeux les différentes scènes des malheurs dc Job ? Cependant, voici quels étaient les sentiments de Gemma dans une pareille extrémité :

« Nous entrions dans l'année 1897, si douloureuse pour toute la famille. Moi seule, sans cœur, je restais indifférente à tant de revers.(2). Ce qui affligeait le plus les autres,(3), c'était de se trouver sans ressources et, pour comble, de voir notre père si malade. Un matin, je compris la grandeur du nouveau sacrifice que Jésus allait m'imposer ; je pleurai beaucoup ; mais le divin Maître, en ces jours de douleur, se faisait d'autant plus sentir à mon âme ; et puis, la vue de l'édifiante résignation de mon père en face de la mort m'inspira tant de force que je reçus le coup terrible avec calme. Le jour de son décès Jésus me défendit de verser des pleurs inutiles, et je le passai en prière, très résignée à la sainte volonté de Dieu, mon père du ciel, qui prit aussi à ce moment la place de mon père de le terre. Après cette perte, nous nous trouvions sans rien ; nous, n’avions pas de quoi vivre. »

C'était le 11 novembre 1897 que Gemma se voyait orpheline pour la seconde fois.

Avec quel héroïsme elle embrasse les croix, de plus en plus lourdes, que le divin Maître prodigue comme ses meilleurs présents à tous ses bien-aimés !


------------


(2) Elle dit « sans cœur » pour voiler l'héroïsme de sa vertu.

(3) Qu'on le remarque bien : elle dit « les autres », pas « elle ».


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Message  Monique Ven 06 Aoû 2021, 8:59 am

CHAPITRE V




SÉJOUR À CAMAIORE. - RETOUR À LUCQUES.

MALADIE MORTELLE. - GUÉRISON PRODIGIEUSE.

(1897-1899)



*****



Si la désolation est toujours grande dans une famille après la mort du père, pour la maison Galgani  elle fut inexprimable. Le défunt laissait sans la moindre ressource six enfants et deux sœurs Hélène et Élise.

Heureusement les tantes du dehors, émues d'une pareille détresse, vinrent au secours de leurs neveux, et Gemma, la préférée d'entre tous, fut recueillie par celle de Camaiore, Carolina Lencioni, dont les richesses lui permettraient de faire revivre à sa nièce les jours les plus prospères de la liaison paternelle. Mais, de même que la vertueuse jeune fille ne s'était point affligée de l'extrême pénurie de Lucques, elle ne se réjouit pas de l'opulence de Camaiore, et son unique bonheur devait consister, comme toujours, dans le travail, dans la prière et dans l'union intime avec Jésus seul. Retrempée dans l'amour divin par la tribulation, elle espérait maintenant pouvoir jouir en paix de ses fruits et mener dans la demeure de sa tante comme dans un monastère une vie toute céleste.

Son attente fut déçue. Si dans sa famille on lui laissait pleine liberté de se livrer à ses pratiques de piété en évitant les distractions mondaines, à Camaiore, comme autrefois San Gennaro, les entraves à son idéal de sainteté se multiplièrent de jour en jour. D'un côté, son bon cœur souffrait de se soustraire aux convenances de sa condition, de l'autre, il éprouvait, à les suivre ; du scrupule et du remords. Que faire ? Loin de son confesseur ordinaire, Gemma ne pouvait lui manifester ses incertitudes. S'ouvrir à un autre peu au courant du travail intérieur de la grâce dans son âme, elle y répugnait invinciblement. D'ailleurs, l'eût-elle voulu, qu'elle n'aurait su s'expliquer ni se faire comprendre. Sa peine était d'autant plus vive qu'à son trouble se joignaient des difficultés extérieures apportées à la réception fréquente de la sainte communion, son unique soutien ; et lorsque dans son angoisse elle élevait une voix aimante et plaintive vers son Jésus, Jésus lui-même, paraissant rester sourd, la délaissait dans une profonde aridité.

Cependant la pieuse enfant redoublait d'efforts pour se rendre plus agréable à ses yeux ; et, à l'imitation de sainte Catherine de Sienne, elle avait comme dressé dans son cœur un autel d'où s'élevaient incessamment vers la Majesté divine d'humbles adorations et des palpitations d'amour. Lorsque l'autorisation lui en était accordée, elle se dirigeait en grande hâte en compagnie de sa cousine vers l'église de la collégiale voisine, pour vivre quelques instants trop courts près de son bien-aimé Jésus-Hostie.


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Message  Monique Sam 07 Aoû 2021, 8:12 am

Aujourd'hui encore, les révérends chanoines de la collégiale aiment à indiquer aux étrangers la place qu'occupait habituellement la jeune fille dans ses visites eucharistiques.

Ses promenades d'ailleurs forcées, avaient pour but ordinaire le sanctuaire de l'Abbaye où se vénère une antique image de la Vierge. Avec quel bonheur elle y épanchait sa tendre dévotion envers celle qu'elle se plaisait à appeler « ma chère maman ! » Elle lui recommandait avec larmes l'âme de son père défunt et ne se retirait qu'au signal de l'obéissance.

Bientôt un événement d'une autre nature vint la bouleverser profondément. La jeune vierge, alors dans ses vingt ans, était douée d'une rare beauté. D'un port noble et plein de grâce, dans sa toilette pourtant des plus simples elle apparaissait ravissante. Ses yeux, difficiles à voir, parce qu'elle les tenait constamment baissés, brillaient du doux éclat des étoiles, et à ces agréments extérieurs la piété, le recueillement et la modestie qui respiraient dans toute sa personne ajoutaient un nouveau charme.

Or, il advint pour la seconde fois qu'un jeune homme du pays, de fort honorable maison, s'éprit d'elle à sa seule vue, et sans trop prendre d'informations demanda sa main. C'était une occasion favorable pour relever de sa ruine la famille Galgani mais l'angélique jeune fille ne voulut même pas entendre parler de mariage, et pour se soustraire à d'inutiles vexations elle prit le parti de s'éloigner de Camaiore.

Comme sa tante en eût difficilement accepté le motif, elle implore de nouveau avec la plus vive confiance le secours du Seigneur, et le Seigneur pour délivrer sa servante de tout péril permet qu'en ce temps même des douleurs aiguës se déclarent à l'épine dorsale et aux reins. Prenant alors courage, et sans se laisser arrêter par la perspective des privations qui l'attendent à Lucques, Gemma prétexte son état de santé pour solliciter son départ. À force d'instances et de pleurs elle obtient de rentrer à la maison paternelle qu'elle devait revoir, comme elle l'avait laissée, plongée dans la détresse.


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