SAINT JOSEPH Époux de la Très Sainte Vierge - par Son Éminence Le Cardinal Lépicier

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Message  Monique Dim 28 Mar 2021, 8:25 am

Bénédictions données par Jacob à l'ancien Joseph, vérifiées dans le saint Epoux de Marie

Pour connaître pleinement en quoi consiste l'accroissement signifié par le nom de Joseph et dont nous avons parlé plus haut, il sera opportun de rapporter ici les paroles de bénédictions prononcées par le patriarche Jacob par rapport à son fils Joseph, et de voir comment ces bénédictions se sont vérifiées dans le cas du saint Epoux de Marie.

Dans le livre de la Genèse, nous lisons que Jacob, sur le point de mourir, après avoir, par ces mots[78]:
« Les filles ont couru sur les murs », fait allusion à la beauté spirituelle de saint Joseph, ajouta [79]:  Mais ils l'ont irrité, ils l'ont querellé, et ils lui ont porté envie, eux qui avaient des dards. Son arc s'est appuyé sur le fort; les liens de ses bras et de ses mains ont été brisés par les mains du puissant de Jacob : de là il est sorti le pasteur, pierre d'Israël. Le Dieu de ton père sera ton soutien, et le Tout-Puissant te bénira des bénédictions célestes d'en haut, des bénédictions de l'abîme qui est en bas, des bénédictions de mamelles et de sein. Les bénédictions de ton père seront fortifiées par les bénédictions de ses pères jusqu'à ce que vienne le désir des collines éternelles; qu'elles se répandent sur la tête de Joseph et sur la tête de celui qui est nazaréen entre ses frères. »

Ce discours, comme on le voit, a trois parties bien distinctes : dans la première, la vie future de saint Joseph est décrite dans ses lignes générales; dans la seconde, les bénédictions dont il fut enrichi sont particulièrement annoncées; dans la troisième, on rappelle l'abondance de ces bénédictions.

En premier lieu, disons-nous, nous voyons décrite, dans ce passage, la vie de l'ancien et du nouveau Joseph; les persécutions qu'ils devaient subir, de la part d'hommes impies, et la confiance entière que l'un et l'autre mettraient dans le secours du Dieu fort, du Dieu de Jacob, qui devait leur accorder la délivrance, afin qu'ils pussent, chacun de son côté, remplir fidèlement l'office qui leur avait été confié, de nourrir et de gouverner - celui-là le peuple égyptien, celui-ci la sainte Famille.

Dans la seconde partie, le Patriarche Jacob énumère une à une les bénédictions dont l'ancien Joseph sera gratifié; ce sont d'abord, les bénédictions du ciel, par lesquelles, il faut entendre, à la lettre, l'abondance des pluies; en second lieu, les bénédictions de l'abîme, c'est-à-dire, des sources jaillissant de la terre pour, arroser et féconder les champs; en troisième lieu, la promesse d'une postérité nombreuse. Ce sont là des bénédictions terrestres qui, dans le cas du chaste Epoux de Marie, devaient se changer en bénédictions toutes spirituelles; bénédictions découlant de la grâce divine; bénédictions consistant dans la possession sûre et dans la pratique assidue des vertus surnaturelles, qui devaient embellir son âme d'une manière merveilleuse; la conception de l'Enfant céleste, à laquelle saint Joseph concourut par ses mérites, non quant à la substance, car personne n'a mérité la substance de l'Incarnation, mais quant à quelque circonstance de temps, de lieu ou de personne, selon que le Verbe voulait naître d'une Vierge unie en mariage à un homme qui n'était autre que saint Joseph lui-même.

Dans la troisième partie, mention est faite de l'excellence et de l'abondance des bénédictions dont nous avons parlé. Jacob y affirme que les bénédictions réservées par lui à son fils Joseph dépassent celles qu'il a lui-même reçues de ses pères, la source et la fin de ces bénédictions étant l'avènement du Christ, qui est le désir des collines éternelles, c'est-à-dire, le séparé du monde, le nazaréen ou couronné parmi ses frères. Aussi fut-il lui-même une figure très excellente du Messie, séparé du monde, et nazaréen parmi ses frères, c'est-à-dire, couronné de gloire et d'honneur parmi les enfants des hommes[80].

Observons enfin que ce que nous avons dit de la réalisation, en saint Joseph, des promesses de bénédiction faites par Jacob, n'empêche pas ces mêmes promesses de trouver leur plein et entier accomplissement dans le Sauveur du monde, que le Patriarche Jacob, mais surtout l'Esprit Saint, parlant par sa bouche, avaient principalement en vue. Comme d'ailleurs saint Joseph est celui qui a réuni le plus parfaitement toutes les qualités contenues dans ces bénédictions, rien ne s'oppose à ce que nous disions du saint Patriarche, qu'il a lui-même été 1a figure archétype du Sauveur, son Fils bien-aimé. Aussi, comme nous appelons Marie la bénie entre toutes les femmes, ainsi, pouvons-nous nommer saint Joseph le béni entre tous les hommes, après Jésus, son Fils putatif.


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78. LIX, 22
79. Ibid., vers. 23-26.
80. L'appellation de Nazaréen, donnée ici à saint Joseph, ne doit pas s'entendre dans ce sens qu'il appartînt à la secte de ce nom, le mot Nazaréen ne signifiant pas autre chose que spécialement glorifié.



A suivre... CHAPITRE III - ÉLECTION DE SAINT JOSEPH A LA DIGNITÉ D'ÉPOUX DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
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Message  Monique Lun 29 Mar 2021, 8:02 am

CHAPITRE III - ÉLECTION DE SAINT JOSEPH A LA DIGNITÉ D'ÉPOUX DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE


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Ce qu'on entend ici par élection

Dans les chapitres précédents, nous avons entretenu nos lecteurs sur le grand et profond mystère de la prédestination de saint Joseph à l'insigne dignité d'Epoux de Marie et sur les figures que, dans l'Ancien Testament, il a plu au Seigneur de susciter pour annoncer la venue de celui qui devait, sur la terre, remplir l'office de père du Verbe incarné. Il nous faut voir maintenant comment ce dessein du Très-Haut se réalisa dans le temps et quels moyens furent mis en jeu par Lui pour atteindre cette fin.

Car il y a, dans l'ordre de la Providence, à laquelle appartient tout ce qui se rapporte à la prédestination, deux choses à considérer : la première est l'ordre et la disposition des choses et des événements établis dans les conseils éternels; la seconde est l'exécution, dans le cours des siècles, de ces mêmes conseils. Ce qui appartient aux conseils éternels est uniquement l'œuvre de Dieu. « Qui, en effet, demande saint Paul[81], a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? » Au contraire, dans l'exécution de ce plan divin, les causes secondes ont une place qui leur convient, en raison de leur propre nature et selon l'ordre qu'elles ont reçu de Dieu. L'exécution de cet ordre est ce que nous appelons le gouvernement du monde.

Après avoir parlé de la prédestination de saint Joseph à la dignité d'Epoux de la très sainte Vierge et de Père putatif de Jésus, il nous faut maintenant rechercher les moyens choisis par le Saint-Esprit pour effectuer cette élection dans le temps déterminé par Dieu.

Mais, pour éviter toute équivoque dans une question si importante, et pour bien fixer l'esprit du lecteur, notons d'abord que nous prenons, dans ce chapitre, le nom élection dans un sens différent de celui employé dans le premier chapitre, où il était, pour ainsi dire, synonyme de prédestination. Car la prédestination comprend, de la part de Dieu, la dilection et l'élection; la dilection, en tant que c'est en vertu de son amour infini, que, Dieu choisit une personne plutôt qu'une autre à une dignité spéciale; l'élection, en tant que ce choix ne peut s'effectuer dans le temps, qu'en suivant la marche établie par la Providence.

Or, cette marche dépend de deux causes distinctes. Il y a d'abord les événements extérieurs de ce monde avec les circonstances qui les accompagnent : événements et circonstances préparés et aménagés par Dieu pour aboutir à ses fins. Il y a, en outre, les dispositions intérieures de la personne choisie, en tant que celle-ci peut, par les actes de sa propre volonté et, conséquemment, par ses mérites, se disposer à remplir l'ordre préparé par la douce providence de notre Père céleste.

Nous avons donc deux choses à examiner dans ce chapitre : d'abord, la manière dont s'effectua l'élection de saint Joseph à l'insigne dignité dont nous parlons; deuxièmement, comment le saint Patriarche contribua, par son mérite personnel, à réaliser cette même élection.

Bien que nous n'ayons pas la prétention de présenter les considérations suivantes comme revêtues d'une certitude absolue, puisque l'autorité dé l'Ecriture et de l'Eglise nous fait défaut, toutefois, nous aimons à rappeler au lecteur que ce que nous avançons ici nous a paru, parmi les diverses opinions, celle qui se rallie le mieux aux grands principes de la sainte théologie. Mais, d'abord, il nous faut exclure quelques opinions erronées.


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80. Rom., XI, 34.


A suivre... Le choix de saint Joseph à la dignité d'époux de la Vierge Marie n'est pas dû à une révélation divine
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Message  Monique Mar 30 Mar 2021, 8:28 am

Le choix de saint Joseph à la dignité d'époux de la Vierge Marie n'est pas dû à une révélation divine:

Certains auteurs, s'appuyant sur ce fait que souvent, dans l'Ancien Testament, nous voyons Dieu manifester, dans des cas d'exceptionnelle importance, sa volonté par des révélations particulières, ont imaginé que Marie, d'un côté, et saint Joseph de l'autre, arrivés à l'âgé nubile et ayant adressé, indépendamment l'un de l'autre, de ferventes prières au ciel, pour savoir s'ils devaient contracter le saint engagement du mariage, reçurent, chacun de son côté, une illumination surnaturelle, leur signifiant être la volonté divine qu'ils s'unissent ensemble par les liens du mariage.

Cette opinion, toutefois, ne peut guère se soutenir, si l'on considère que ces interventions divines, bien que plus fréquentes dans l'Ancienne Loi que sous la Nouvelle, ne se recommandent qu'autant qu'on peut les juger nécessaires à obtenir une décision, que les causes secondes ne sauraient indiquer. Car, c'est là précisément que reluit davantage la sagesse de Dieu dans l'adaptation qu'il fait des causes moyennes pour obtenir des effets même surprenants. Aussi n'est-il pas dans l'ordre de la Providence de mettre de côté ces causes secondes, excepté là où elles ne peuvent, de leur propre nature, arriver à obtenir la fin désirée, et c'est dans cet agencement de causes et d'effets que resplendit, dans toute sa beauté, l'ordre de l'univers. A cet ordre Dieu n'a pas coutume de déroger, si ce n'est quand il veut suppléer à l'impuissance des causes secondes, incapables par elles-mêmes de produire l'effet demandé, ou quand Il juge à propos d'exciter l'admiration des hommes. Or, comme nous le verrons tout à l'heure, il n'y a aucune raison d'invoquer l'intervention immédiate de la Providence dans le choix d'un époux pour Marie, Dieu ayant suffisamment pourvu, pour les besoins du cas, par la loi de Noise, comme on le verra bientôt.

D'autre part, il n'y avait pas lieu d'exciter alors l'admiration des hommes par une révélation de ce genre, vu que le mariage de saint Joseph avec la Vierge Marie avait précisément pour but de cacher, aux yeux d'un monde incrédule, le mystère ineffable de l'Incarnation du Verbe.

Nous n'ignorons pas que certains auteurs ont cru pouvoir appuyer la thèse que nous combattons, sur ce fait que, selon l'enseignement de graves théologiens (enseignement que nous-mêmes avons fait nôtre dans notre traité sur la très sainte Vierge), Marie, avant de contracter le mariage avec saint Joseph, aurait été instruite surnaturellement par rapport au vœu de virginité émis par son futur époux, et cela, pour que la condition où elle s'était mise elle-même, en vouant irrévocablement à Dieu sa virginité, ne causât aucun préjudice aux droits de son conjoint. Ainsi donc, Marie reçut du Ciel, avant son mariage, l'assurance que saint Joseph était dans la même condition qu'elle, et saint Joseph pareillement connut par révélation le vécu de virginité de Marie. Rien ne s'oppose donc, dira-t-on, à ce que l'un et l'autre ait eu, au préalable, un avertissement du ciel, lui indiquant le sujet qu'il devait choisir en mariage[82].
Ce raisonnement, disons-nous, ne nous convainc pas pleinement.

Afin que Marie et Joseph, déjà liés formellement l'un et l'autre par le vœu de virginité, pussent licitement contracter le mariage, il était nécessaire que chacune des parties connût l'état de liberté de l'autre; or il ne convenait, ni à l'un ni à l'autre, de s'interroger mutuellement sur ce qui était entièrement du ressort de leurs consciences respectives, d'autant plus que personne, avant eux, n'avait jamais émis un pareil vœu de perpétuelle virginité. L'unique source d'information était donc, dans ce cas, une intervention divine. Mais, pour le choix des personnes qui devaient s'unir en mariage, un autre moyen d'arriver à connaître la volonté divine existait, moyen établi par la loi de Moïse et dont nous parlerons tout à l'heure.


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82.Voyez notre traité de Bma Virgine Maria, P. II, c. III. a. 3, p, 439, 5e éd.


A suivre... Hypothèse de la verge fleurie
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Message  Monique Mer 31 Mar 2021, 9:01 am

Hypothèse de la verge fleurie

Si l'hypothèse d'une révélation immédiate de la part de l'Esprit Saint pour fixer le mariage de Marie avec saint Joseph a trouvé quelque faveur parmi les historiens de la sainte Famille, on peut dire que celle de la verge fleurie a eu un succès extraordinaire, non seulement parmi les fidèles, mais aussi parmi les écrivains sacrés les plus accrédités, tant est gracieuse la légende sur laquelle s'appuie cette opinion. Elle est tirée de quelques livres apocryphes, tels que le Protévangile de saint Jacques le Mineur, l'Evangile de la nativité de la bienheureuse Vierge Marie et celui de l'Enfance du Sauveur.

Des écrivains de marque, tels que saint Epiphane et Eustathe d'Antioche, font allusion à cette légende qui a captivé, surtout durant ces dernières années, l'attention du peuple chrétien.
En quoi consiste la légende?

Le Grand Prêtre, dit-on, désirant donner à Marie, dont il connaissait l'insigne sainteté, un homme digne d'elle, qui devînt son époux, ou du moins qui fût comme son gardien, s'adressa à Dieu, pour connaître la volonté du ciel, offrant en même temps de ferventes prières à cette fin. Après quoi, il aurait reçu l'injonction de convoquer tous les jeunes hommes nubiles de la famille de David, ordonnant à chacun de déposer leurs bâtons ou verges sur l'autel : celui dont la verge aurait fleuri, serait l'élu du Seigneur, il deviendrait l'époux de Marie; on ajoutait qu'une colombe sortirait de la verge en signe de l'assentiment divin.

Tout arriva, ajoute-t-on, comme on l'avait prévu. Le seul bâton de Joseph se trouva couvert de fleurs, et bientôt de la cime de ce même bâton on vit sortir une blanche colombe. La poésie et la peinture s'emparèrent de la pieuse légende; mais il ne semble pas que ce dernier symbole, celui de la colombe, ait eu un grand succès dans la tradition des âges suivants.

Avec le temps, la crédulité populaire a brodé, autour de cette légende, un autre épisode merveilleux. Parmi ceux qui désiraient le plus ardemment la main de Marie, était Agabus, le prophète dont il est fait mention aux Actes des Apôtres[83]. Se voyant évincé par Joseph, de dépit il brisa son bâton et courut se réfugier chez les Frères du Mont-Carmel, où il vécut saintement, fut plus tard promu à la dignité généralice, et construisit, en l'honneur de la très sainte Vierge, une chapelle, qui bientôt devint le centre d'un concours de pieux fidèles.

Que dire maintenant de cette gracieuse et poétique légende prise dans son ensemble? Peut-on l'accepter comme vérité historique ?

Non, répondons-nous, et cela pour les raisons apportées dans la discussion de l'hypothèse précédente. D'abord, l'Ecriture n'a rien qui nous autorise à voir une intervention directe du ciel dans le choix d'un époux pour Marie; d'autre, part, on ne doit introduire le miracle, disions-nous, que là où les causes secondes font défaut, ou lorsqu'il s'agit d'exciter l'admiration des hommes. Or ni l'une ni l'autre de ces raisons ne se vérifie pour cette seconde hypothèse, non plus que pour la première, celle d'une révélation particulière.

D'ailleurs, la source d'où cette pieuse légende est tirée, n'a rien qui la recommande à notre croyance. Ces récits apocryphes, composés par de simples fidèles pour donner libre cours à leur imagination, ne laissent pas sans doute d'avoir quelque valeur comme témoignages de la ferveur populaire des temps où ils furent écrits, mais ils n'en sont pas moins dépouillés de toute autorité historique; encore leur arrive-t-il, par surcroît, d'être directement en opposition avec les données de la théologie. D'ailleurs, les Pères de l'Eglise latine sont tous muets sur ce sujet. Que si, parmi les Pères grecs, quelques-uns, comme saint Epiphane, font mention d'une pareille légende, il est évident qu'ils l'ont empruntée aux sources apocryphes, auxquelles ils donnaient peut-être plus de poids qu'elles ne méritent en réalité.

Mais, demandera-t-on, si l'histoire du bâton fleuri n'est pas authentique, pourquoi l'Eglise permet-elle qu'on représente, par la peinture, et qu'on vénère, sur les autels, l'image du saint Patriarche tenant en sa main un rameau couvert de fleurs ?

On peut dire que l'esprit de l'Eglise, en tolérant, ou en permettant cette sorte de représentation, n'est pas de donner corps soit au récit des apocryphes soit aux pieuses imaginations des peintres et des poètes, mais plutôt de rappeler aux fidèles, sous ce symbole, le trésor de vertus dont était ornée l'âme du saint Patriarche et surtout son insigne virginité, et de proposer ces mêmes vertus à leur admiration aussi bien qu'à leur imitation. D'un autre côté, nous ne pouvons qu'adorer les voies mystérieuses de la Providence, qui a permis les inventions hardies des écrivains apocryphes pour que, sous une représentation symbolique, la sainteté virginale du père putatif de Jésus-Christ, reçût de la part des fidèles, dans un siècle matérialiste comme le nôtre, les hommages qu'elle mérite.


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83. XI 28; XXI, 10.


A suivre... La parenté de saint Joseph avec Marie, véritable motif qui détermina son élection à la dignité d'Epoux de cette Vierge toute sainte
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Message  Monique Jeu 01 Avr 2021, 8:25 am

La parenté de saint Joseph avec Marie, véritable motif qui détermina son élection à la dignité d'Epoux de cette Vierge toute sainte

Venons maintenant au véritable motif qui détermina le choix de saint Joseph à l'insigne dignité d'Epoux de la Mère de Dieu. Ce motif, disons-nous, est le fait de sa propre parenté avec Marie, parenté qui, selon la loi de Moïse, l'obligeait à s'unir à elle par les liens du mariage.

Deux choses sont ici à démontrer; la première, le fait de la relation de proche consanguinité de Joseph avec Marie; la seconde. l'existence d'une loi, dans le code mosaïque, prescrivant l'union matrimoniale entre personnes se trouvant dans ce cas. De cette manière. le choix de saint Joseph à cette insigne dignité se trouvait tout indiqué : il était dû non à une intervention divine immédiate, mais aux règles tracées jadis par Dieu lui-même, et promulguées par Moïse, en vue surtout, disons-le avec confiance, de cette sublime union matrimoniale qui devait unir les deux plus saintes personnes que, après Jésus, notre terre ait jamais portées.

D'abord on ne peut nier qu'il existât, entre Marie et Joseph, une relation de proche parenté. En effet, s'il en était autrement, les Evangélistes, saint Matthieu et saint Luc, n'auraient pas pu rattacher au saint Patriarche la généalogie du Christ né de Marie par l'opération du Saint-Esprit. Les écrivains sacrés ont cherché à expliquer, chacun à sa manière, comment ces deux Évangélistes ont pu faire descendre le Christ de saint Joseph. Nous choisissons, comme plus probable, l'opinion de saint Jean Damascène, opinion la plus autorisée et suivie par la majeure partie des commentateurs, selon laquelle saint Joseph, fils de Jacob selon la nature (secundum carnem), comme nous lisons dans l'Evangile de saint Matthieu, aurait été en même temps, fils légal d'Héli, frère utérin de Jacob, et par ce même Héli, que l'Evangile de saint Luc nous donne comme descendant de Lévi, consanguin de Marie, fille de Joachim.

Citons ici les paroles du saint Docteur de Damas, dont le Bréviaire Romain a adopté le sentiment[84], comme le plus digne de notre attention. « De la souche de Nathan, fils de David, écrit-il[85] Lévi vint au monde. Il engendra Melchi et Panther. Panther, de son côté, engendra Barpanther, car c'est ainsi qu'il s'appelait. Barpanther engendra Joachim, et Joachim engendra la sainte Mère de Dieu. D'un autre côté, de la souche de Salomon, fils de David, Mathan eut une épouse, de laquelle il engendra Jacob (père de Joseph). Mathan étant mort, Melchi, de la tribu de Nathan, fils de Levi et frère de Panther, prit en mariage la femme de ce même Mathan, qui était en même temps la mère de Jacob, et il en engendra Héli. C'est pourquoi Jacob et Héli étaient frères utérins : celui-là, de la tribu de Salomon; celui-ci, de la tribu de Nathan. D'autre part, Héli, qui était de la tribu de Nathan, mourut sans avoir eu d'enfants; en conséquence, son frère, qui était de la tribu de Salomon, prit sa femme en mariage; et ainsi suscitant une postérité à son frère, engendra Joseph. C'est pourquoi Joseph, selon la nature, était fils de Jacob, né de la maison de Salomon; mais, selon la loi, il était fils d'Héli, issu de Nathan. »

Notons, en passant, que ce qui est dit ici, à savoir que le frère d'Héli, c'est-à-dire Jacob, prit sa femme en mariage, afin de susciter une postérité à son frère, se rapporte au droit du lévirat, dont il est dit dans le Deutéronome[86]: « Quand des frères habiteront ensemble, et l'un d'eux sera mort sans enfants, la femme du défunt ne se mariera pas à un autre, mais le frère de son mari l'épousera et suscitera des enfants à son frère. »

Le lecteur nous saura gré de lui mettre sous les yeux ce tableau généalogique, qui résume clairement la pensée du saint Docteur de Damas.



        | -> Salomon -> ...         -> Matthan |
        |                                      |     ->   Jacob    |
        |                              Estham* |  |                |  -> JOSEPH
David -> |                                         |    épouse** |  |
        |                                         |             |
        |                                         |  ->    Héli |
        |                             | Melchi    |
        | -> Nathan -> ... -> Lévi -> |
                                      | Phanther -> Barpanther -> Joachim -> MARIE
       
       
       
*  Mathan meurt après avoir engendré Jacob avec sa femme Estham. Melchi prend Estham pour femme.
** Jacob, frère utérin de Héli mort sans enfant, prend sa femme comme épouse, elle lui donne Joseph.

D'après ces données, il est facile de résoudre l'apparente divergence qu'il y a entre la généalogie de saint Matthieu et celle de saint Luc. Dans celle-là, saint Joseph est inscrit comme fils de Jacob selon la nature, dans celle-ci, il apparaît comme fils légal d'Héli dont, pour se conformer à la prescription de la loi de Moïse, Jacob avait pris la femme en mariage, pour susciter une descendance à son frère.

Notons, en passant, l'allusion que fait saint Ambroise à cette loi du lévirat pour mettre en relief l'œuvre de la Rédemption du pence humain, accomplie par Jésus-Christ. « La stérilité, dit-il en d'autres termes, avait frappé notre premier père qui, par son péché encourut le décret de mort pour lui et pour tous ses descendants; il appartenait à son frère, le nouvel Adam, de susciter pour lui une postérité de grâce, source de vie et de résurrection[87]. »

Notons encore que certains auteurs ont cru pouvoir identifier Panther et Barpanther, dont saint Jean Damascène parle dans la série des ascendants de Jésus-Christ du côté de la sainte Vierge avec Melchi et Héli : dans ce cas, saint Joachim serait lui aussi fils de Jacob et frère de Joseph, et par conséquent l'oncle de Marie. Mais ce sont là des conjectures qu'il est impossible de tirer au clair.


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84. Au troisième nocturne de la fête de saint Joachim, père de la sainte Vierge.
85.  L. IV, Orth. Fid., c. 15
86. XXV, 5.
87.  Ces paroles ne sont qu'un commentaire très libre de la pensée du saint Docteur dans son Exposition sur d'Évangile selon saint Luc, I. III, n. 15.


A suivre... Loi régissant l'union matrimoniale chez les Juifs
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Message  Monique Ven 02 Avr 2021, 12:37 pm

Loi régissant l'union matrimoniale chez les Juifs

Ayant établi la parenté naturelle existant entre Marie et Joseph, voyons maintenant quelle était la loi qui régissait les mariages des Juifs. Cette loi se trouve enregistrée au Livre des Nombres dans le texte suivant [88] :

« Voici la loi qui a été établie par le Seigneur au sujet des filles de Salphaad. Elles se marieront à qui elles voudront, pourvu que ce soit à des hommes de leur tribu; afin que l'héritage des enfants d'Israël ne se confonde point, en passant d'une tribu à une autre. Car tous les hommes prendront des femmes de leur tribu et de leur famille; et toutes les femmes prendront des maris de leur tribu; afin que les mêmes héritages demeurent toujours dans les familles, et que les tribus ne soient point mêlées les unes avec les autres, mais qu'elles demeurent toujours séparées entre elles, comme elles l'ont été par le Seigneur. »

Il nous faut ici faire deux observations. La première est que cette loi ayant été faite pour sauvegarder la distinction des héritages chez les Hébreux, celles-là seulement, parmi les jeunes filles juives, y étaient tenues, qui étaient les héritières de biens paternels, comme il appert de tout le contexte du chapitre cité et en particulier du verset septième selon le texte hébreu; deuxièmement, ces jeunes filles héritières étaient tenues à prendre pour maris des jeunes gens non seulement de leur tribu, mais aussi de leur propre famille; comme il résulte encore du texte hébreu[89]. C'est là, d'ailleurs, nous dit l'Ecriture au même endroit, la règle que suivirent les filles de Salphaad qui, ayant obtenu l'héritage paternel, se marièrent à des hommes de leur propre famille ; ce qui fit que la possession à elles attribuée demeura dans la tribu et dans la famille de leurs pères.

On pourrait apporter à l'appui de ce que nous disons ici ces paroles du père de Sara à Tobie[90]: « Et je crois que Dieu vous a fait venir vers moi, uniquement pour que cette jeune fille se mariât dans sa parenté selon la loi de Moïse. » De graves auteurs pensent, en effet, que les sept premiers maris de Sara furent frappés de mort, précisément parce que celle-ci ne les avait pas choisis dans sa tribu et sa famille.

Mais il est temps que nous tirions la conclusion de tout ce que nous avons dit jusqu'ici par rapport au moyen établi par Dieu pour assurer l'élection de saint Joseph à l'insigne dignité d'Epoux de la très sainte Vierge. Ce moyen, disons-nous, fut leur relation de proche parenté qui, selon la loi de Moïse, les obligeait à s'unir en mariage.

Et que ce soit là le sentiment des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques, nous en avons la preuve dans ces paroles de saint Jérôme [91]: « Joseph et Marie étaient de la même tribu : c'est pourquoi celui-là était tenu à prendre celle-ci comme proche parente; en outre nous les voyons ensemble à Bethléem, étant nés d'une même souche. » Et saint Jean Damascène[92]: « La loi prescrivait qu'aucune tribu n'allât chercher des épouses dans d'autres tribus : aussi Joseph, issu de la souche de David et étant un homme juste..., n'aurait pas pris pour Epouse la sainte Vierge contre la prescription de la loi, s'il n'avait tiré son origine du même sceptre et de la même tribu; c'est pourquoi l'Evangéliste se contente de signaler l'origine de Joseph. » Ecoutons encore saint André de Crète [93]: « D'après la loi, Joseph ne devait épouser qu'une femme issue de sa tribu... Si donc il était de la tribu de Juda et de la maison et famille de David, n'est-il pas naturel de conclure que Marie, elle aussi, appartenait à cette maison et à cette famille ?... De là vient qu'on enregistre la famille de l'époux. »

On objectera que la famille de la très sainte Vierge était trop pauvre, pour qu'on puisse parler, dans son cas, de biens à hériter. Nous répondons que, de ce que nous disent les Evangélistes, on peut déduire que les parents de Marie, Joachim et Anne, vivaient en réalité dans la pauvreté; mais c'était une pauvreté qui n'était pas de la misère. Comme, plus tard, le divin Sauveur posséda quelque argent pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses disciples bien-aimés, ainsi pouvons-nous retenir que la divine Providence, qui n'abandonne jamais le juste et ne permet pas que ses enfants aillent mendier leur pain[94], avait suffisamment pourvu aux besoins de la famille de Joachim, pour que Marie pût hériter de quelques biens paternels, pour le moins de la maison que l'on montre encore à Jérusalem et qu'on nomme la maison de sainte Anne, où la tradition veut que Marie soit née.


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88.  XXXVI, 6, seq.
89. Loc. cit.
90. VII, 14
91. Comm. in c. I Matth.
92. Lib. IV, de fide orthod., c. 14
93. Orat. III in nativ. B. M.


A suivre... Marie, fille unique de ses parents
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Message  Monique Sam 03 Avr 2021, 6:44 am

Marie, fille unique de ses parents

D'après ce que nous avons dit, on peut à peine douter que Marie fût l'unique enfant des saints époux, Joachim et Anne. Le beau mot de Fulbert de Chartres, nous en donne une garantie. « Heureux Joachim, dit-il[95], plus heureux que tous les autres pères, vous méritâtes d'être appelé l'auteur d'une si heureuse enfant! Aussi bien, êtes-vous heureux, pour avoir mérité de recueillir sous votre toit non plusieurs enfants, mais une seule jeune fille, qui devait concevoir et mettre au monde l'unique Fils de Dieu. Non, il ne convenait pas que les très saints parents de cette Vierge singulière fussent maculés par la propagation de plusieurs enfants, eux qui devaient être les soutiens et les éducateurs excellents de l'unique Mère de Notre-Seigneur. »

Ajoutons encore cette remarque que, si la très sainte Vierge n'avait pas été la fille unique de ses parents et l'héritière de leurs biens, il n'y aurait pas eu pour elle de motif d'entreprendre le voyage de Nazareth à Bethléem, surtout dans l'état de grossesse où elle se trouvait. Mais elle le fit, en conformité des ordres de César, qui avait commandé le recensement des familles, précisément en vue de l'enregistrement des biens familiaux sur les cadastres impériaux. Marie était donc fille unique de Joachim et d'Anne, et il serait souverainement téméraire de lui attribuer des frères et des sœurs.

Il nous faut donc conclure que Dieu n'a pas choisi d'autres moyens de pourvoir au mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge, si ce n'est les prescriptions de la loi de Moïse, prescriptions que lui-même avait inspirées, croyons-nous, en vue de cette sainte alliance, qui devait aboutir à la naissance de son Fils bien-aimé sur la terre. Ainsi donc, les lois dictées par Moïse dans l'Ancien Testament devaient, dans ce cas encore, servir à l'accomplissement des desseins divins, par rapport aux saints parents de Jésus-Christ.


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95. Serm. in ortu almae Virg. Mariae.



A suivre... Mérite personnel de saint Joseph par rapport à son élection à la dignité d'Époux de la Vierge Marie
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Message  Monique Dim 04 Avr 2021, 12:11 pm

Mérite personnel de saint Joseph par rapport à son élection à la dignité d'Époux de la Vierge Marie
nous abordons ici le second doute se rapportant à l'élection de saint Joseph à la dignité d'Epoux de la Vierge Marie : jusqu'à quel point ses mérites personnels ont-ils contribué à lui assurer un si grand privilège ?

D'abord, il est à peine besoin de rappeler ce que nous avons déjà dit, à savoir que nous ne parlons pas ici de l'élection de saint Joseph à cette dignité, selon que ce mot, élection, est synonyme de prédestination, ou au moins fait partie de l'acte par lequel Dieu choisit de toute éternité une personne à un certain degré de gloire éternelle : l'élection, prise dans ce sens, est entièrement gratuite et ne peut être influencée par aucune cause seconde. Il s'agit donc de l'exécution du plan divin, c'est-à-dire, des moyens choisis par Dieu pour obtenir, dans le temps, le résultat voulu.

Nous avons déjà mentionné les circonstances extérieures qui ont déterminé le choix du saint époux. Ces circonstances, avons-nous dit, étaient les prescriptions de la loi de Moïse par rapport aux contrats de mariages chez les Juifs. La stricte parenté, existant entre Marie et Joseph, fut le motif extérieur qui détermina le choix de Joseph à la dignité d'Epoux de Marie.

Mais, outre cela, il y eut un motif intérieur : ce motif fut l'insigne mérite du saint Patriarche.
Rappelons d'abord que le mérite est de deux sortes : l'un est dit de condigno, l'autre de congruo. Celui-là consiste en ce que la bonne œuvre que nous faisons procède en vertu de la motion divine, c'est-à-dire, en tant que l'homme est mû par le don de la grâce vers la fin à laquelle il est destiné, qui est la vie éternelle. De cette manière, l'homme peut mériter non seulement la béatitude finale, mais aussi l'augmentation de la grâce et jusqu'aux biens temporels, en tant que ceux-ci sont utiles pour accomplir les œuvres de vertu qui nous conduisent à la gloire. Le mérite de congruo, consiste en ce que la bonne œuvre que nous faisons procède du libre arbitre, c'est-à-dire, en tant que nous l'accomplissons librement; car il est convenable que, tandis que l'homme se sert dignement de son libre arbitre, Dieu, de son côté, agisse encore plus excellemment selon son pouvoir transcendant, qui n'est autre que sa bonté même.

Ces considérations nous amènent à affirmer que le glorieux saint Joseph mérita, non pas seulement de congruo , mais aussi de condigno,  selon l'ordre établi par la divine Providence dans ses décrets éternels, le privilège d'être élu à la dignité d'Epoux de la très sainte Vierge et de Père putatif de Jésus-Christ. Car, d'une part, ce que nous acquérons par nos propres mérites rejaillit à notre honneur plus que ce que nous recevons gratis; d'autre part, saint Joseph, en vertu de la grâce du Saint-Esprit, put être dirigé par lui, même sans qu'il le sût, à cette insigne dignité, dont la nature ne surpassait pas la valeur de ses mérites. Nous pouvons donc conclure que c'est à ses propres mérites, comme à une cause directe et immédiate, que saint Joseph dut d'être choisi, de préférence à tout autre concurrent, à cette incomparable dignité, en tant que cette même dignité devait le préparer à la gloire sublime qui l'attendait au ciel.

Mais, comme nous ne devons rien avancer en théologie qui ne soit fondé sur l'Ecriture sainte ou sur l'autorité de l'Eglise, voyons maintenant si d'une source ou de l'autre nous pouvons tirer quelque preuve en faveur de notre thèse.

Ouvrons l'Evangile de saint Matthieu, et qu'y lisons-nous ?[96] « Joseph, fils de David, est-il dit, ne craignez pas de garder Marie comme votre épouse. » Ces paroles de l'Ange ne supposent-elles pas, chez saint Joseph, un droit acquis par ses mérites, à la main de Marie, soit qu'il ne l'eût pas encore choisie pour son épouse, soit que, comme nous l'avons enseigné, elle habitât déjà avec lui?

L'autorité de la sainte Liturgie n'est pas moins explicite. Dans l'hymne des Vêpres de la fête de saint Joseph, l'Eglise chante ces paroles : « Illustre par vos mérites, vous avez été uni, par un chaste lien, à la Vierge célèbre. » Les paroles de saint Bernard ne sont pas moins explicites [97]: « Il n'y a point de doute que ce Joseph, auquel la Mère du Sauveur fut donnée en mariage, ne fût un homme bon et fidèle. Il fut, dis-je, ce serviteur fidèle et prudent, que le Seigneur a choisi pour être la consolation de sa Mère, et le nourricier de sa chair. »


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96. I, 20.
97.  Hom. II super Missus est.


A suivre... On résout quelques objections
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Message  Monique Lun 05 Avr 2021, 7:44 am

On résout quelques objections

Contre cette thèse du mérite de saint Joseph, concourant comme cause déterminante à son élection à la dignité d'Epoux de Marie et de Père putatif de Jésus, on objectera peut-être que ni les mérites du Sauveur, ni ceux de la sainte Vierge n'ont concouru, dans l'ordre de l'exécution du plan divin, à l'élection, pour Jésus, de la filiation divine, pour Marie, de la divine maternité; et cependant les mérites de l'un et de l'autre n'étaient certainement pas inférieurs à ceux de saint Joseph.

Nous répondons que la raison pour laquelle saint Joseph a pu mériter et a mérité en réalité cette dignité, n'est pas que ses mérites fussent supérieurs à ceux de Jésus et de Marie; mais à ce fait, qu'il y avait proportion entre ses mérites et la dignité que Dieu lui conférait, proportion qui manque entre les mérites de Jésus et de Marie et leurs dignités respectives. Quant à la dignité de Jésus ainsi qu'à celle de Marie, elles appartiennent intrinsèquement, comme nous l'avons dit, à l'ordre de l'Incarnation; ce qui n'est pas le cas pour la dignité de saint Joseph, qui ne surpassa pas l'ordre des choses créées, et qui par conséquent conserve une certaine proportion avec les mérites du glorieux Patriarche. La dignité de saint Joseph ne sort pas du cadre de la grâce sanctifiante, puisque la raison d'être de son élection à l'office d'Epoux de Marie et de Père nourricier de Jésus fut le fait d'être plus uni à Dieu par les liens de la charité.

Qu'on ne dise pas non plus que les saints Patriarches de l'Ancien Testament n'ont mérité que de congruo les circonstances de l'Incarnation, dont précisément fait partie la dignité de saint Joseph. La raison pour laquelle ces anciens Pères n'ont mérité ces circonstances que de congruo, est que l'objet de leur mérite, c'est-à-dire les circonstances de lieu, de temps, de personnes, ne leur appartenaient pas personnellement, tandis que la dignité de saint Joseph était son bien propre à lui : or nous savons que si un homme en état de grâce mérite pour un autre, il ne peut le faire que de congruo, tandis que pour lui-même, toute proportion gardée, il peut, selon les enseignements de la théologie, mériter de condigno[98].

Nous avons rappelé comment le motif qui détermina la très sainte Vierge à choisir saint Joseph pour son Epoux, fut la prescription de la loi de Moïse, qui ne lui permettait pas de s'unir en mariage avec un homme d'une autre famille. Mais il faudrait bien nous garder de voir, dans cette disposition légale, un obstacle au mérite du saint Patriarche. Nous savons que deux ou plusieurs causes d'ordres différents peuvent très bien marcher de pair dans la production d'un même effet. Dans notre cas, ces deux causes, la loi de Moïse et le mérite de saint Joseph appartiennent à deux ordres différents mais se complètent mutuellement : la première cause est l'œuvre de l'Esprit Saint; la seconde, l'œuvre du saint Patriarche.


-------------


98. Nous avons expliqué cette différence entre le mérite de condigno eu le mérite de congruo, dans notre traité De gratia, Question CXIV, art. 3, p. 385, 2e éd.


A suivre... Le mérite de saint Joseph par rapport à celui de ses frères
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Message  Monique Mer 07 Avr 2021, 9:38 am

Le mérite de saint Joseph par rapport à celui de ses frères

On peut aller plus loin encore et dire que d'autres jeunes hommes, peut-être, se trouvaient aussi proches parents de Marie que saint Joseph et ainsi auraient eu également droit à sa main. D'abord, une tradition constante veut que saint Joseph ait eu pour frère Cléophas, ou Alphaeus, que l'Ecriture nous montre comme étant le père de Jacques le Mineur[99]. En outre, de graves auteurs nous donnent aussi saint Joachim comme frère de saint Joseph selon la nature, et dans ce cas, Marie aurait été la nièce de son Epoux.[100] Pour Joachim, il ne pouvait pas être question d'union nuptiale avec Marie, puisque par son mariage avec Anne, il était devenu son père selon la nature; pour Cléophas, la chose aurait été possible, n'eût été son mariage avec cette autre Marie, que l'Ecriture appelle précisément Marie de Cléophas[101]. Il ne restait donc que saint Joseph que, d'un côté, les circonstances indiquaient comme devant être l'Epoux de Marie, et que, de l'autre, ses mérites personnels rendaient entièrement digne de ce choix.

D'ailleurs, comme Marie était liée à Dieu par le vœu de chasteté, elle aurait très bien pu s'abstenir entièrement de tout mariage; aussi bien, peut-on attribuer aux mérites de saint Joseph, que Dieu ait incliné la volonté de la future Mère du Sauveur à contracter avec lui l'union matrimoniale.


------------


99. Marc., III, 18.
100. Voir plus haut, n. 4
101.  Ibid., xv, 40; .Jo., XIX, 25.


A suivre... Question
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Message  Monique Jeu 08 Avr 2021, 8:21 am

Question

Qu'il nous soit permis ici de proposer et résoudre une question qui a trait au sujet qui nous occupe et qui intéresse particulièrement la vie des personnes ecclésiastiques.

De ce que saint Joseph a obtenu, par ses mérites, la réalisation de son élection à la dignité d'Epoux de la Bienheureuse Vierge, peut-on conclure que tous ceux qui sont appelés à occuper une place dans la hiérarchie ecclésiastique doivent cette faveur à leurs mérites personnels?

Non, cette conclusion ne peut s'admettre dans sa généralité. Il est des cas où ceci peut avoir lieu : c'est ainsi que nous lisons de saint Pierre Martyr, dans la collecte du jour de sa fête, qu'il mérita d'obtenir la palme du martyre. Mais ce serait une erreur de vouloir trop généraliser. N'est-ce pas à la grâce divine, et nullement à ses mérites personnels, que le grand saint Paul fut redevable de sa vocation à l'apostolat? « Si saint Paul a obtenu la grâce, observe saint Augustin[102], ce n'est certes pas à ses bons mérites qu'il le doit; au contraire, nous savons quels démérites il s'était acquis. »

Le mérite regarde donc l'augmentation de la grâce et l'acquisition de la vie éternelle, en tant que Dieu nous meut à faire le bien pour cette fin; quant aux autres choses, telles que les biens temporels, la vocation à l'apostolat et autres semblables, elles peuvent bien être l'objet du mérite de condigno, non pas absolument parlant, mais en tant que ce sont là des moyens pour augmenter la grâce et procurer la gloire finale. « Cela tombe sous le mérite de condigno, dit saint Thomas[103], à quoi la motion de la grâce s'étend. Or la motion d'un être qui meut une chose ne s'étend pas seulement au terme dernier du mouvement, mais aussi à toute la suite du mouvement. »


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102.  L. de gr. et lib. arb., e. 6, n. 14
103. Tr. De gratia, ibid., art. 8, p. 416.


A suivre... Choix de saint Joseph à la dignité d'Epoux de Marie, dû à ses mérites
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Message  Monique Ven 09 Avr 2021, 7:22 am

Choix de saint Joseph à la dignité d'Epoux de Marie, dû à ses mérites

Pour revenir au glorieux Patriarche, disons que sa sainteté et sa chasteté dépassant celles de tous les hommes qui vivaient alors sur la terre, excepté la Vierge de Nazareth, ses mérites augmentèrent dans des proportions immenses. Aussi Dieu voulut-il établir un rapport exact, entre ses mêmes mérites et la haute dignité à laquelle il l'avait destiné.

D'autre part, cette même dignité devait être, pour saint Joseph, un moyen très efficace de croître en grâce et d'obtenir finalement le degré de gloire auquel il était prédestiné.

Ainsi, toutes les actions que le saint Patriarche avait accomplies jusqu'alors, avaient été, sous la motion de la grâce, comme autant de retouches de l'artiste divin, qui embellissaient son âme et la rendaient digne de sa sublime mission. Car, si la dignité incomparable d'Epoux de Marie exigeait dans celui qui devait en être revêtu une sainteté sans pareille, cette même sainteté, se trouvant de fait dans le glorieux Patriarche, ne pouvait être dignement couronnée, que par une récompense sans exemple, celle précisément d'être choisi pour Epoux de la Vierge Mère, type achevé de toute pureté.
Béni soit le Très-Haut, pour avoir accordé au glorieux saint Joseph une faveur si extraordinaire! Apprenons de ce grand Patriarche, à accomplir saintement toutes les actions de notre vie, et à profiter, comme lui, des secours de la grâce et des moyens que Dieu nous donne pour croître dans la charité et parvenir au salut.


A suivre... Conclusion
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Message  Monique Sam 10 Avr 2021, 9:25 am

Conclusion

Nous arrivons à la conclusion finale, qui est que la cause méritoire première de l'élection de saint Joseph, à la dignité d'Epoux de la très sainte Vierge, dans l'ordre de l'exécution, fut le mérite de Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, mérite de condigno, que Dieu, dans sa bonté, avait ordonné à cette fin.

En effet, quelques privilèges que les hommes aient jamais pu acquérir, dans le Nouveau, comme dans l'Ancien Testament, ils les doivent tous aux mérites de Notre-Seigneur qui, étant le chef de l'Eglise, est la cause universelle de notre sanctification. La sainte Vierge elle-même n'a été exemptée du péché originel, qu'en vue des mérites futurs de notre divin Sauveur. Les mérites de la Mère de Dieu ont concouru, eux aussi, mais par une sorte de convenance, de congruo, à réaliser l'élection de saint Joseph à la dignité à laquelle il avait été prédestiné. Enfin les mérites de saint Joseph, appuyés, comme nous l'avons dit, sur ceux de Jésus-Christ, lui ont valu cette prérogative unique, d'être choisi par Dieu comme véritable Epoux de Marie et Père putatif du Verbe incarné.

De cette manière tous les membres de la sainte Famille, chacun à sa manière, ont concouru à cet heureux événement, qui devait procurer une si grande gloire à la très sainte Trinité et un si grand bien à la société des élus.



A suivre... CHAPITRE IV - LE MARIACE DE SAINT JOSEPH AVEC LA TRÈS SAINTE VIERGE
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Message  Monique Dim 11 Avr 2021, 8:49 am

CHAPITRE IV - LE MARIACE DE SAINT JOSEPH AVEC LA TRÈS SAINTE VIERGE


Le fait du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge, principe et raison d'être de toutes ses grandeurs.


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Nous avons dit que l'élection de saint Joseph à l'insigne dignité de Père nourricier du Verbe incarné et au suprême degré de gloire auquel il avait été prédestiné de toute éternité, dépendait, dans l'ordre de l'exécution, du fait de son mariage avec la très sainte Vierge. C'est pourquoi il est d'une souveraine importance, dans le sujet que nous traitons, de bien établir, à la double lumière de l'autorité et de la raison, les preuves de cette union singulière entre deux époux également liés par le vœu de virginité.

Cette délicate question, comme on le voit, regarde également la très sainte Mère de Dieu, et nous l'avons traitée avec une certaine ampleur dans le traité que nous avons écrit sur cette Vierge bénie[104]; nous ne pouvons cependant pas nous dispenser de rappeler ici les grands principes qui nous conduisent à conclure à la réalité de cet auguste mariage. La difficulté, comme nous l'avons fait remarquer, vient précisément du vœu de virginité émis préalablement par chacun des saints époux.

C'est précisément cette circonstance du vœu de virginité qui a porté plusieurs auteurs à nier catégoriquement la réalité du mariage de Marie avec saint Joseph. Considérant comment le vœu de chasteté virginale entraîne avec soi le renoncement à l'usage du mariage, ils ont pris ce que l'Ecriture rapporte de l'union de Marie avec Joseph, pour de simples épousailles et non pas pour une véritable union conjugale. D'autres auteurs, tout en admettant la possibilité d'une telle union, nonobstant le vœu de virginité, ont cru plus conforme à l'honneur de ces saintes personnes de dire qu'elles se sont abstenues de contracter un véritable mariage, pour ne pas s'exposer au danger d'enfreindre leurs promesses.

Ne parlons pas de certains hérétiques, tels que Pierre Martyr et les Centuriateurs, qui ont admis la vérité de ce mariage en ce sens que les deux époux auraient consenti à se servir de l'union matrimoniale, sans reculer devant la violation de leurs saintes promesses. Nous repoussons avec indignation de tels blasphèmes. Nous soutenons que Marie fut unie à saint Joseph, sans que la virginité de l'un et de l'autre, virginité promise à Dieu par un vœu formel, en subit la moindre atteinte.

Ce mariage est vraiment la plus belle, la plus noble, la plus sainte, et, ajoutons, dans un certain sens, la plus féconde, de toutes les unions matrimoniales qui ont jamais existé. C'est le phare lumineux placé sur le sommet du monde pour l'admiration des générations qui se succéderont jusqu'à la fin des temps



------------


104. Tract. De Bma Virgine Maria, P. l, art. 4.


A suivre... En quoi consiste l'essence du mariage
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Message  Monique Lun 12 Avr 2021, 10:18 am

En quoi consiste l'essence du mariage

Pour nous convaincre du fait que l'union des saints Epoux, Joseph et Marie, fut un véritable mariage, il faut d'abord nous rappeler que l'essence ou la forme de ce contrat consiste dans l'union de l'homme et de la femme, par laquelle ces personnes se donnent mutuellement un droit sur leur propre corps, en vue de la génération des enfants. - Nous disons en vue de la génération des enfants; ce qui veut dire que la donation dont nous parlons ne contient pas nécessairement l'accomplissement de l'acte matrimonial, mais seulement le pouvoir de l'accomplir, soit que les époux consentent à se servir de ce pouvoir, soit qu'ils choisissent librement de s'en abstenir, ou qu'ils en soient empêchés par une force majeure, comme serait, par exemple, une absence indéfiniment prolongée.

Il faut donc distinguer le droit qu'ont les époux sur le corps de leur conjoint, de l'exercice de ce même droit; par conséquent, un mariage pourra être valide, même s'il est contracté avec la condition formulée de part et d'autre, de s'abstenir, d'une manière honnête, de l'acte conjugal, soit que cette condition représente l'expression d'une simple intention, soit qu'elle s'accompagne d'une promesse formelle faite à Dieu, promesse que nous appelons un vœu. C'est pourquoi l'Église reconnaît comme valide l'union matrimoniale contractée par des personnes ayant émis le vœu de chasteté perpétuelle. Elle défend cependant de contracter cette sorte d'union, de peur que les conjoints ne s'exposent au danger de rompre leurs saintes promesses.


A suivre...Biens du mariage dans les personnes qui professent la chasteté perpétuelle
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Message  Monique Mar 13 Avr 2021, 8:24 am

Biens du mariage dans les personnes qui professent la chasteté perpétuelle

Il nous faut ici examiner la question, à savoir comment se vérifient les biens du mariage chez des personnes professant la chasteté perpétuelle. Et d'abord, qu'entend-on par biens du mariage?

Les biens du mariage sont ces fruits que, d'institution divine, produit l'union de l'homme et de la femme, et qui justifient, aux yeux de Dieu et des hommes, la perte de l'intégrité virginale. Ces biens sont au nombre de trois; en latin, on les appelle : fides, sacramentum et proles; termes que l'on peut rendre en français par ces mots : fidélité, sacrement et enfants. La fidélité est cette disposition d'esprit dans les époux à ne rien faire qui pourrait blesser le droit d'un conjoint sur le corps de l'autre et qui, par conséquent, exclut tout adultère; par sacrement, on entend non pas le sacrement du mariage, mais le signe extérieur de l'union invisible du Christ et de l'Eglise, union que le mariage a pour but de mettre en relief. Par enfants, on entend la fin principale du mariage, qui est de multiplier le genre humain, en vue de l'héritage céleste.

Or, il faut bien se rappeler que l'obtention de la fin principale n'appartient pas à l'essence d'une chose. Ainsi, un arbre peut très bien exister, même s'il ne produit pas les fruits qu'il est destiné à produire, ce qui cependant constitue la fin pour laquelle il existe. En autres mots, la fin propre à une chose ou à une institution appartient, non pas à la première, mais à la seconde perfection de cette même chose; aussi l'essence du mariage peut vraiment subsister, même si les époux, pour une raison ou pour une autre, restent sans enfants.

Ainsi donc, dans un mariage contracté par des personnes liées par un vœu perpétuel de chasteté, les deux premiers biens, ci-dessus mentionnés, c'est-à-dire la fidélité et le sacrement se réalisent parfaitement; le troisième, au contraire, celui de la fécondité ou procréation des enfants, n'a pas lieu. C'est pourquoi un tel mariage, bien que manquant d'un des trois éléments que nous avons rappelés plus haut, devra se considérer, aux yeux de Dieu, comme aux yeux des hommes, comme un mariage valide. Il faut cependant excepter le cas du venu solennel de chasteté émis dans un ordre approuvé par l'Eglise; mais cet empêchement est de droit ecclésiastique.

Ces notions étaient nécessaires pour mettre en son vrai jour le saint mariage dont nous nous occupons. En un mot, notre intention est de revendiquer, à la lumière de la théologie et des Pères, la vérité du mariage contracté par saint Joseph avec la très sainte Vierge, malgré le vœu de chasteté perpétuelle émis par les saints Epoux. Et nous le ferons avec d'autant plus de soin et d'attention, que, comme nous l'avons déjà fait remarquer, de ce mariage dépendent la grâce et la gloire incomparables qui distinguent, parmi tous les Saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, le très chaste Epoux de Marie


A suivre... Erreurs touchant le mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge
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Message  Monique Mer 14 Avr 2021, 7:11 am

Erreurs touchant le mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge

Avant d'apporter les preuves qui militent en faveur de notre thèse, observons que le fait d'un véritable mariage entre Marie et saint Joseph a rencontré de nombreux adversaires, non seulement parmi les hérétiques, mais aussi parmi quelques théologiens catholiques.

Déjà, dès les premiers siècles de l'Eglise, Julien, auteur infecté des doctrines de Pélagius, et pour cette raison appelé le Pélagien, avait, ainsi que nous le dit saint Augustin[105], nié ouvertement l'existence d'un vrai mariage entre Marie et saint Joseph, précisément à cause de la perpétuelle virginité observée par l'un et l'autre des saints époux, comme si l'usage des droits matrimoniaux constituait l'essence même de l'union conjugale. Parmi les théologiens catholiques, que cette raison semble avoir convaincus, nous trouvons Michel de Medina et Gratien. Pour ceux-ci, Joseph n'aurait été l'époux de Marie que dans l'estime des étrangers.

Mais, ni Julien le Pélagien, ni les docteurs que nous venons de nommer, ne représentent le sentiment de l'Eglise, sentiment profondément enraciné dans le cœur des fidèles, aussi bien que dans l'enseignement de la grande majorité des théologiens, de sorte que Suarez[106] n'hésite pas à appeler hérétique celui qui nierait cette vérité, bien que le savant Benoît XIV se contente de lui décerner la note de téméraire.

Voyons maintenant les preuves que nous fournissent, en faveur du dogme du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge, l'Ecriture, la Tradition et la raison théologique.


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105. L. contra Jul. Pel., c. IX, XII.
106. In IIIam partem, Quaest. XXIX, art. 3, sect. I.


A suivre...Preuves de l'Ecriture en faveur du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge - I. Texte de saint Matthieu
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Message  Monique Jeu 15 Avr 2021, 8:47 am

Preuves de l'Ecriture en faveur du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge - I. Texte de saint Matthieu

Ouvrons d'abord l'Evangile de saint Matthieu, là où nous lisons [107] : « Marie, sa Mère, étant mariée avec Joseph, il se trouva qu'elle avait conçu de l'Esprit Saint avant qu'ils eussent été ensemble. Mais Joseph, son Epoux, étant un homme juste, et ne voulant pas la déshonorer, résolut de la renvoyer en secret. Or, comme il était dans cette pensée, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut dans son sommeil, et lui dit : Joseph, fils de, David, ne crains point de garder avec toi Marie comme ton épouse ; car ce qui est né en elle procède du Saint-Esprit... Et il ne la connut point, jusqu'à ce qu'elle enfantât son premier-né[108]

Sur ce texte si explicite quelques observations s'imposent. D'abord ces mots _ « Avant qu'ils n'eussent été ensemble », prouvent bien que la condition des saints époux était telle qu'ils auraient très bien pu s'unir dans l'acte du mariage, ce qui suppose nécessairement l'existence d'un lien conjugal. D'autre part, saint Joseph n'aurait pas pu penser à renvoyer Marie, si elle ne lui avait pas été unie dans un véritable mariage, comme l'observent très bien saint Ambroise[109] et après lui, le docte Pontife, Benoît XIV[110].

Les mots de l'ange à saint Joseph : « Ne crains pas de garder avec toi Marie comme ton épouse », ne prouvent pas moins notre assertion. Ces mots supposent que, jusqu'à ce temps-là, saint Joseph avait considéré Marie comme sa propre épouse ; car on dit d'un homme qui veut se marier, qu'il prend une telle pour épouse, accipit in coniugem, et non pas qu'il la conserve son épouse, accipit coniugem ; c'est pourquoi le sens propre de ces paroles est celui-ci : « Retenez, ô Joseph, la femme que vous avez et déposez toute pensée de la renvoyer. »

Enfin, remarquons encore ces autres paroles : « Comme il ne voulait pas déshonorer ou diffamer, traducere, Marie, il voulut la renvoyer en secret » ; ce qui ne veut pas dire autre chose, si ce n'est que le saint Patriarche ne voulant pas diffamer en public Marie déjà introduite dans sa demeure et habitant avec lui, consentait seulement à la renvoyer secrètement pour ne pas être souillé par son voisinage. – Gardons-nous cependant de croire que, par ce renvoi, saint Joseph ait eu l'intention de donner à Marie le libelle de la répudiation, libellus repudii, permis par la loi de Moïse, document qui donnait à l'un et l'autre des époux la permission de contracter d'autres noces. Car une telle concession, comme l'atteste Notre-Seigneur lui-même[111], avait été accordée aux Juifs en raison de la dureté de leurs cœurs ; d'autre part, la justice de saint Joseph était trop grande, pour lui permettre de bénéficier de cette indulgence.

En outre, ces mots : « Et il ne la connut point, jusqu'à ce qu'elle enfantât son premier-né », donnent à entendre clairement l'existence d'un vrai mariage entre Joseph et Marie, c'est-à-dire d'une union dans laquelle seule on peut supposer la possibilité d'un commerce conjugal licite. Mais nous reviendrons plus tard sur la force de cette expression.

Enfin, quant au mot épousée, desponsata, dont se sert le texte sacré pour désigner Marie, observons que, dans le langage de l'Ecriture, cette parole s'emploie aussi bien pour désigner une femme déjà mariée et conduite dans la maison de son époux, qu'une vierge promise en mariage, comme on peut le voir dans le Deutéronome [112] et dans le livre d'Osée[113]. La suite de cette étude démontrera que ce mot doit s'entendre dans le premier sens.


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107.  I, 18 seq.
108.  Cette traduction française du texte de saint Matthieu que nous donnons ici, s'écarte de celle que nous trouvons communément dans des auteurs récents, d'ailleurs très respectables, mais qui n'ont pas assez tenu compte des données de la théologie, comme aussi des anciennes traductions de la Sainte Bible dans notre Langue. La traduction à laquelle nous faisons allusion semble tout inspirée par la préoccupation de faire coïncider le texte sacré avec l'idée préconçue que le mariage de saint Joseph avec la sainte Vierge n'eut lieu qu'après la révélation de l'Ange. - La traduction anglaise, catholique et protestante, la traduction italienne de Martini, la traduction allemande de Kistemaker et bien d'autres, reproduisent en substance celle que nous donnons ici.
109.  In Luc., I, II
110.  De Serv. Dei beatif., 1. III, c. 24, par. 4.
111.  Matth., XIX, 8.
112.  XXII, 23
113. IV, 13, 14.


A suivre... II. Noms de MARI (vir) donné à saint Joseph, et de FEMME (uxor) donné à Marie
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Message  Monique Ven 16 Avr 2021, 7:33 am

II. Noms de MARI (vir) donné à saint Joseph, et de FEMME (uxor) donné à Marie

La question du mariage de saint Joseph avec la sainte Vierge est si importante dans la théologie joséphite, que nous croyons utile de nous y arrêter encore davantage, pour montrer comment le langage dont se sert la sainte Ecriture ne nous permet pas d'entretenir de doutes à ce sujet. Du fait que le Texte sacré n'hésite pas à appeler Joseph le mari, vir, de la sainte Vierge, et celle-ci sa femme, uxor, il résulte clairement que ces saintes personnes étaient unies par un véritable lien matrimonial.

Nous lisons en effet [114]: « Joseph, le mari de Marie, étant homme juste » ; de même [115] : « Ne crains point de garder avec toi Marie, comme ta femme » ; de même encore [116] : « Joseph aussi monta de Nazareth... pour se faire enregistrer avec Marie, sa femme, qui était enceinte. »

Nous traduisons ici le grec δ άνήρ, 'ὴ 'ϒ'υ'νή, et le latin de la Vulgate vir, coniux ou uxor, par les mots mari et femme, pour mieux faire ressortir l'idée d'un véritable mariage entre Marie et saint Joseph, les mots époux et épouse, dont on se sert habituellement touchant ces deux saints personnages, ayant une signification plus large et pouvant s'entendre également de personnes simplement promises en mariage. Quant au mot desponsata[117], il peut signifier indifféremment une personne promise en mariage et une personne déjà mariée.

Mais, demandera-t-on, est-il bien nécessaire de prendre ces paroles vir et uxor ou coniux, dans le sens strict de personnes unies entre elles par les liens d'un vrai mariage ? Ne pourraient-elles pas, au contraire, s'entendre de personnes unies par de simples promesses ?

D'abord remarquons que le premier sens est le plus naturel et le plus en harmonie avec tout le contexte sacré. Mais rappelons-nous surtout que saint Matthieu n'hésite pas à retracer la généalogie de Jésus-Christ par les ascendants de saint Joseph. Or, nous savons, par l'autorité des Evangiles, que la naissance de Jésus-Christ n'est pas l'œuvre du saint Patriarche. Si donc nous nous refusons d'admettre qu'il fût, dans le vrai sens du mot, l'époux, c'est-à-dire, le mari de la sainte Vierge, cette généalogie devra se considérer comme entièrement fausse.

Une remarque ici s'impose, au sujet des noms mari et femme, que nous venons de donner à Joseph et à Marie. Nous l'avons fait pour mieux rendre dans notre langue la force des termes latins vir et uxor, et celle des termes grecs άνήρ et ϒ'υ'νή. Mais loin de nous l'idée de vouloir, en parlant de Joseph et de Marie, introduire ou consacrer l'usage de ces termes, dans le sens qu'on leur donne habituellement, c'est-à-dire dans le sens de rapports conjugaux qui, répétons-le très haut, n'eurent pas lieu entre ces saints personnages. Nous préférons donc nous servir, dans tout le cours de cet ouvrage, des mots traditionnels, époux et épouse, mots qui peuvent très bien s'accommoder de la profession d'une chasteté parfaite, telle que nous la reconnaissons en Marie et Joseph, pourvu que, par ces mots, on ne prétende pas exclure, comme nous l'avons dit, l'idée d'un véritable mariage.


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114. Matth., I, 19.
115. Ibid., 20.
116. Luc., II, 4,5.
117. 'Ηέµνηστευμένη,


A suivre... III. Appellation de Père de Jésus-Christ donnée par l'Ecriture à saint Joseph
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Message  Monique Sam 17 Avr 2021, 7:47 am

III. Appellation de Père de Jésus-Christ donnée par l'Ecriture à saint Joseph

Mais le plus grand privilège du saint Patriarche, celui qui découle immédiatement de sa dignité de véritable époux de Marie et qui confirme explicitement ce beau titre, consiste à être appelé du doux nom de Père de Jésus-Christ, titre ineffable, que l'Ecriture sainte et, en particulier, la très sainte Vierge elle-même, ont solennellement consacré. Nous lisons, en effet [118] : « Son père et sa Mère étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui. » Un peu plus loin, on nous dit que Marie, Mère de Jésus, lui adressa cette demande[119] : « Mon fils. Pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voici que père et moi nous vous cherchions tout affligés. » Remarquons que ces derniers mots furent prononcés par la très sainte Vierge en présence des Docteurs de la loi, devant lesquels Jésus-Christ avait disputé dans le temple.

Il y a plus. L'Ecriture semble mettre sur le même pied Joseph et Marie par rapport à Jésus. C'est ainsi que nous lisons[120] : « Lorsque l'enfant Jésus fut apporté par ses parents » ; et encore [121] : « Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem. » De plus[122] : « L'enfant Jésus resta à Jérusalem, et ses parents ne le savaient pas. » Or, il est de foi que Jésus-Christ n'est pas né de saint Joseph. Il n'y a donc pas d'autre motif de l'appeler père de Jésus, si ce n'est son véritable mariage avec Celle qui, sous l'action du Saint-Esprit, a fourni son sang très pur pour former le corps du Sauveur. Son office même, de gardien et de nourricier de Jésus, n'aurait pas suffi à lui assurer ce titre, si des liens plus étroits, ne l'avaient rattaché à Jésus.

Il est vrai que ce titre de père se donne parfois à ceux qui nous assistent dans nos besoins temporels ; en effet, c'est dans ce sens que l'ancien Joseph ne craignait pas de s'appeler lui-même[123] « le père de Pharaon » ; mais comme, dans notre cas, le saint Patriarche est parifié à Marie, dans l'application qui lui est faite du titre de « parents » du Sauveur, il faut admettre ici un motif supérieur pour justifier cette appellation, motif qui ne peut être que son union matrimoniale avec Marie.

Ce n'est donc pas, à proprement parler, pour la seule raison que saint Joseph devait pourvoir aux moyens de subsistance de Jésus, ni simplement à cause de l'opinion publique, qu'il est appelé, dans l'Ecriture, le Père de Jésus, mais pour un motif bien plus élevé, c'est-à-dire, en raison du lien matrimonial, aussi saint qu'indissoluble, qui l'unissait à Marie, vraie Mère de Jésus selon la chair.


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118. Luc., II,, 33.
119. Ibid., 48.
120. Ibid., II, 27.
121. Ibid., 41.
122. Luc., II, 43.
123. Gen., XLV, 8.


A suivre... IV. Office de père attribué à saint Joseph
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Message  Monique Dim 18 Avr 2021, 9:13 am

IV. Office de père attribué à saint Joseph

Une preuve encore plus convaincante de la vérité du mariage de saint Joseph avec la glorieuse Vierge Marie nous est fournie par ce fait, que nous voyons l'Ecriture lui attribuer, sans aucune hésitation par rapport à la sainte Famille, les devoirs incombant en propre à un père.

D'abord, il appartenait au père, dans l'Ancienne Loi, de donner un nom à l'enfant nouveau-né ; or, c'est de donner un nom à l'enfant nouveau né ; or, c'est précisément à saint Joseph que l'Ange, par ordre de Dieu, confie ce mandat[124] : « (Marie) enfantera un fils, et toi (ô Joseph), tu lui donneras le nom de Jésus » ; d'autre part, saint Joseph s'empresse d'exécuter la volonté divine [125] : « Et il lui donna le nom de Jésus ». En second lieu, c'est au père qu'il revient de gouverner sa propre famille et de pourvoir aux besoins de ses membres, surtout dans les circonstances difficiles de la vie ; or, nous voyons ici encore ce délicat office confié formellement, par ordre du ciel, au saint Patriarche [126] : « Un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, disant : Lève-toi ; prends l'enfant et sa Mère, et fuis en Egypte », ordre que l'Epoux de Marie s'empressa d'exécuter [127] : « Joseph, s'étant levé, prit l'Enfant et sa Mère durant la nuit, et se retira en Egypte. » En outre, nous ne pouvons nous empêcher d'admirer toute la sollicitude paternelle que, à l'occasion de la perte de Jésus au temple, le saint Patriarche déploya, pendant trois jours, en union avec Marie, partageant ses angoisses et multipliant avec elle les recherches laborieuses, puis faisant sienne la joie de son Epouse quand, avec elle, il eut le bonheur de le retrouver dans le temple[128]. Enfin, au retour de la sainte Famille à Nazareth, l'Ecriture nous dit encore que Jésus était soumis à ses parents[129], c'est-à-dire, indistinctement à Marie et à Joseph, expression qu'il faut prendre dans un sens plutôt large, comme l'enseigne la théologie, mais qui montre bien, entre le Christ et saint Joseph, l'existence d'une parenté fondée, sinon sur la génération temporelle, du moins sur son titre de véritable Epoux de la Mère de Dieu.

Les appellations de père putatif ou nourricier de Jésus, dont la piété des fidèles a coutume d'honorer le glorieux Patriarche, titres déjà si honorables en eux-mêmes, ne représentent donc qu'un aspect bien amoindri de sa dignité, qui consiste originairement dans le fait d'avoir été uni à Marie, par le lien le plus étroit qui existe sur la terre, celui de véritable Epoux de la Mère de Dieu, d'où découle son titre ineffable de vrai père de Jésus-Christ, sauf, nous l'avons dit, le fait de la génération temporelle.


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124. Matth., I, 21.
125. Matth., I, 25.
126. Ibid., II. 13.
127. Ibid., 14.
128. Luc, ,II, 44.
129. Ibid., 51



A suivre... La Tradition ecclésiastique
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Message  Monique Lun 19 Avr 2021, 7:29 am

La Tradition ecclésiastique

A côté de l'autorité si explicite de l'Ecriture sainte, nous avons, pour le point qui nous intéresse, celle de la tradition ecclésiastique, représentée par presque tous les auteurs sacrés qui ont écrit sur cette matière. Nous verrons plus loin quel compte on doit tenir de quelques voix qui, de prime abord, semblent donner une note dissonante.

Nous choisissons, parmi ces auteurs, celui dont l'autorité est si grande, surtout dans la matière qui nous intéresse, saint Augustin, qui toutes les fois que le sujet revient sous sa plume, ne cesse d'inculquer la vérité du mariage de Joseph avec la Vierge toute sainte, en vue surtout d'expliquer et de défendre la généalogie temporelle du Verbe incarné, telle que la donne saint Matthieu.

Voici comment ce Père apostrophe Julien le Pélagien qui, comme nous le disions tout à l'heure, avait osé nier l'existence d'un vrai mariage entre Marie et Joseph, faute de relations conjugales entre les saints Epoux. « Par rapport à Joseph, dit-il[130], dont, selon le témoignage de l'Evangile, j'ai appelé Marie l'épouse, tu disputes beaucoup et longuement contre mon opinion, tâchant de démontrer que, aucune union charnelle n' ayant eu lieu, il n'y a non plus eu entre eux aucun mariage ; et ainsi, selon toi, quand des époux cessent de s'unir entre eux, ils cessent par là même d'être époux, et cette cessation détermine le divorce. Pour éviter une telle conséquence, il faudrait, selon toi, que les vieillards décrépits s'efforçassent d'accomplir, autant qu'ils le peuvent, ce que font les jeunes gens et qu'ils ne cessassent de le faire, même quand leurs corps sont épuisés par l'âge. »

Cette doctrine de saint Augustin, nous dit Vasquez, est suivie par tous les docteurs scolastiques ; elle est défendue en particulier par le célèbre écrivain du moyen âge, Hugues de Saint Victor.


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130. L. V contra Jul. Pelas., c. XII, n. 47.


A suivre... Difficultés tirées de certains Pères
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Message  Monique Mar 20 Avr 2021, 8:21 am

Difficultés tirées de certains Pères

On trouve cependant, chez certains Pères ou écrivains ecclésiastiques, des expressions qui porteraient à croire qu'ils aient entretenu quelques doutes sur la vérité que nous défendons. Examinons ces expressions.

D'abord Tertullien dit[131] que Marie n'a été mariée que d'une certaine manière, quodammodo ». Saint Hilaire dit également de la sainte Vierge [132]qu'elle « doit plutôt s'appeler la Mère du Christ, car elle l'était réellement, qu'épouse de Joseph, car elle ne l'était pas ». Saint Epiphane fait cette remarque[133], que l'Ecriture ne dit pas de Marie : « Comme elle s'était mariée », mais bien : « Comme elle était épousée ». De son côté, saint Jean Chrysostome, parlant de la Mère de Dieu, dit [134] : « (L'ange) donne ici à l'épouse de Joseph le nom de femme au sens où l'Ecriture a coutume d'appeler gendres, les époux avant leur mariage. » Enfin, saint Pierre Chrysologue nie expressément que saint Joseph ait été le mari de la très sainte Vierge [135] : « Joseph fut un mari de nom seulement : en conscience (au for intérieur), il n'était que l'époux de Marie. »

Il n'est pas difficile de résoudre ces difficultés. Dans tous ces endroits et d'autres semblables, il faut constamment avoir sous les yeux le but que s'étaient proposé, en écrivant, les Pères que nous venons de nommer. Ce but était d'affirmer, contre les hérétiques, la virginité perpétuelle de Marie. Ils voulaient donc, qu'en parlant d'elle, on s'abstînt de se servir de mots qui, dans le langage vulgaire, impliquent une idée de mariage consommé et, par conséquent, conviennent moins à des personnes consacrées à Dieu par le vœu de virginité, telles qu'étaient précisément Marie et Joseph. Ainsi donc, bien qu'admettant les mots époux, épouse, épousailles, ils n'admettent qu'avec peine qu'on emploie ces mots, mari, femme, noces, en parlant de l'union de Joseph et Marie ; mots dont nous, catholiques, aimons également à nous abstenir.


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131. L. de vel. virg., c, 6.
132. In Matth., c. I, n. 3.
133. Haer., LVIII, n. 8.
134. In Matth., Hom. IV, II. 6.
135. Serm. LXXXV in Ev. de Dom.


A suivre... Raisons de convenance
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Message  Monique Mer 21 Avr 2021, 7:56 am

Raisons de convenance

Voyons maintenant les raisons de convenance qui militent en faveur de la vérité du mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge Marie.

La première raison regarde l'ordre de la douce Providence, qui règle toutes choses avec force et sagesse. Le mariage de Marie avec Joseph avait été ordonné par Dieu, nous l'avons dit, pour être un moyen de pourvoir à la bonne renommée du Verbe incarné et de sa Mère, et pour écarter de ce divin enfantement tout soupçon de péché ou de déshonneur. Il était donc nécessaire que, dans l'estime du peuple juif, ce mariage fût vrai et réel, un mariage d'où pussent naître honnêtement un ou plusieurs enfants. Or, cette opinion populaire ne pouvait avoir comme base qu'un fait de notoriété publique, c'est-à-dire, la cérémonie légale par laquelle les époux, selon la loi de Moïse, s'unissaient en mariage.
En quoi consistait cette cérémonie ? Elle consistait dans l'admission solennelle de la jeune fille dans la maison de son fiancé, soit que celui-ci vint la chercher lui-même, soit qu'elle y fût introduite par ses propres parents. Les amies de l'épouse lui faisaient cortège, une lampe à la main, agitant sur sa tête des branches de myrte et faisant résonner l'air de leurs chants joyeux. Cette première rencontre de l'époux et de l'épouse dans ces circonstances solennelles, rencontre accompagnée d'un signe d'union exprimé soit par des paroles soit par des gestes conventionnels, donnait à la cérémonie le caractère officiel d'un mariage légal. C'est donc ainsi que les saints époux s'unirent entre eux par les liens d'un vrai mariage.

La seconde raison en faveur de la vérité du mariage de Marie avec saint Joseph est tirée de la manière d'agir de la très sainte Vierge, qui n'aurait pu honnêtement contracter d'épousailles avec saint Joseph, si elle n'avait eu l'intention sérieuse de s'unir avec lui par les liens d'un vrai mariage. Car les épousailles, sponsalia, ne sont autre chose que la promesse de contracter le mariage dans un avenir prochain, promesse exprimée par des signes sensibles.

Qu'on ne dise pas que ces saintes personnes ont pu contracter les épousailles et non le mariage, par le fait qu'elles étaient l'une et l'autre liées par le vœu de virginité : car si ce vœu eût été un empêchement à la célébration du mariage, il l'aurait été également à celle des épousailles, puisque celles-ci conduisent directement à celui-là ; et ainsi Marie ne pourrait en aucune manière être appelée l'Epouse de Joseph, contrairement à l'enseignement formel des saintes Ecritures et des Pères de l'Eglise.

La troisième raison regarde les parents de Marie, qui n'auraient jamais consenti à ce que leur fille, une jeune vierge, habitât avec un homme en dehors de la sainteté du mariage. Les saints époux, Joachim et Anne, avaient trop au cœur la crainte de Dieu, pour confier à quelqu'un qui ne fût pas le véritable époux de Marie, le soin de l'accompagner et de veiller à sa sûreté dans le long voyage qu'elle entreprit, pour visiter dans les montagnes de la Judée, sa cousine Elisabeth, voyage auquel saint Joseph prit très probablement part comme nous le dirons plus loin. Quoi qu'il en soit de ce voyage, nous savons par le saint Evangile que Marie en fit un autre, en compagnie de saint Joseph, lorsqu'elle se rendit avec lui de Nazareth à Bethléem, pour s'y faire enregistrer[136]. Or, il nous répugne encore de croire que les saints parents de Marie aient consenti à confier leur chère fille à un homme qui n'aurait pas été son véritable époux.

Un quatrième motif qui nous porte à croire à un véritable mariage entre Marie et Joseph est le soin qu'avait la Providence de donner à la très sainte Vierge un protecteur et un témoin de sa virginité, ainsi qu'un compagnon fidèle et un soutien dans les difficultés de la vie.

De même que saint Joseph devait remplir envers Jésus les devoirs d'un père, de même ainsi devait-il se montrer, vis-à-vis de Marie, le plus fidèle des Epoux.

La Vierge Mère devait être associée au sacrifice du Verbe Incarné. Elle devait partager ses souffrances, l'accompagner dans son exil, pourvoir à sa nourriture, et le protéger avec un soin jaloux contre des ennemis acharnés, qui avaient décrété sa mort. Il lui fallait, à elle aussi, un compagnon dévoué, qui gagnât le pain de chaque jour, la protégeât dans les périls, et sût la consoler par sa présence et par ses paroles.

Ce saint mariage fit de Joseph le gardien et le témoin de la virginité de Marie, le consolateur de cette chaste Vierge, son collaborateur, son compagnon de tous les instants dans la grande mission de Corédemptrice du genre humain.


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136. Luc., II, 5.


A suivre... On résous quelques difficultés
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Message  Monique Jeu 22 Avr 2021, 7:53 am

On résous quelques difficultés

La principale difficulté que l'on puisse opposer à la thèse que nous défendons vient du vœu de chasteté perpétuelle émis, comme on le croit communément, par les saints époux, vœu qui les empêchait d'user, l'un envers l'autre, du droit matrimonial.

Mais cette difficulté a déjà été résolue par la distinction que nous avons faite entre la possession d'un droit et l'exercice de ce droit. Les époux, liés par un vœu de chasteté perpétuelle ne renoncent pas aux droits que leur donne le contrat conjugal ; ils renoncent seulement à l'usage de ce droit. De même que l'union corporelle des époux n'est pas nécessaire pour sauvegarder l'existence d'un mariage contracté en due forme, ainsi la condition formulée au préalable par les époux de ne point se servir des droits conjugaux, n'est pas un empêchement à ce que le mariage soit contracté validement : « Nous connaissons plusieurs de nos frères, écrivait saint Augustin[137], qui, sous l'impulsion fructueuse de la grâce, ont, d'un consentement mutuel, choisi, au nom du Christ, de s'abstenir de la concupiscence de la chair, mais non pas pour cela, de la charité conjugale. »

Quelques auteurs, tout en reconnaissant que le mariage peut subsister nonobstant le vœu de chasteté, ont cependant hésité à admettre, dans saint Joseph, une volonté vraie et sincère de s'unir en mariage à Marie, à cause de la crainte qu'il aurait eue de s'exposer au danger de rompre ce vœu.

Cette considération, avouons-le, tombe d'elle-même, si l'on se rappelle, combien, d'un côté, était grande la confiance de saint Joseph dans le secours de la Providence, et de l'autre, quels exemples de vertu la compagnie de la très sainte Vierge devait lui inspirer.

En effet, si saint Joseph, comme nous pouvons le croire, ne faisait rien sans recourir aux lumières d'En-Haut, il est naturel de supposer que le Saint-Esprit lui-même lui inspirait la détermination de s'unir avec une Vierge, dont la seule présence serait pour lui une exhortation continuelle à la vertu. D'ailleurs, Marie était, comme saint Joseph lui-même, liée par le vœu de chasteté. Le cas était donc bien différent de celui d'un individu qui, ayant émis le vœu de chasteté, voudrait s'unir avec une personne libre de tel vœu : ce vœu constituerait pour lui un empêchement naturel, car il se trouverait dans la nécessité, soit de priver son conjoint d'un droit qui lui appartient, soit, voulant sauvegarder ce droit, de violer ses propres promesses. Au contraire, les deux saints Epoux étaient, par rapport au vœu de chasteté, entièrement dans les mêmes sentiments, s'encourageant mutuellement à la vertu ; de sorte que leur union ressemblait plutôt à l'intense charité des esprits bienheureux, qu'à une union terrestre.


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137. Serm. Il de Conc. Matth. et Luc., c. XIII, u, 21.


A suivre...A quelle époque saint Joseph s'unit-il en mariage à la très sainte Vierge ?
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