LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Mar 12 Jan 2021, 8:01 am

LES DIALOGUES
DE

S. GRÉGOIRE LE GRAND
SUR LA VIE ET LES MIRACLES DES PÈRES D'Italie


LIVRE DEUXIÈME



********


PRÉFACE


Il y eut un homme, vénérable par la sainteté de sa vie, béni[1] de nom et d'effet. Dès les jours de son enfance il eut la maturité du vieillard, et, grâce à sa sagesse, il franchit l'âge des passions sans y livrer jamais son cœur. Tandis qu'il était sur cette terre,[2] au lieu de jouir librement du monde, comme il le pouvait, il le méprisa dès lors, tel qu'une plante desséchée avec sa fleur. Issu d'une famille honorable, dans la province de Norsie,[3] il fut envoyé à Rome pour y étudier les belles-lettres. Mais à la vue d'une foule d'étudiants qui se plongeaient dans la fange du vice, après avoir, pour ainsi dire, posé le pied sur le seuil du monde, il recula : il craignit que la contagion de sa science ne le précipitât tout entier, lui aussi, dans l'affreux abîme. Ainsi, dédaignant l'étude des lettres, il quitta la maison et les biens de son père, et, désireux de plaire à Dieu seul, il rechercha la profession d'une vie sainte. Il se retira donc avec son ignorance volontaire et sa grossièreté pleine de sagesse.[4]

Je ne connais pas toutes ses actions ; mais le peu que j'en rapporte, je le dois au récit de quatre de ses disciples, savoir : Constantin, personnage infiniment respectable, qui lui a succédé dans la direction du monastère ; Valentinien, qui, pendant de longues années, a gouverné celui de Latran[5] ; Simplicius, troisième abbé du monastère que notre saint a fondé au mont Cassin ; et enfin Honorât, actuellement encore à la tête de celui de Sublac, premier séjour de saint Benoît.


---------------


[1] Benoît, nom du saint dont parle ici saint Grégoire, vient du mot latin Benedictus et signifie Béni. « Au mont Cassin, saint Benoît, abbé, qui rétablit et propagea en Occident la discipline monastique, presque entièrement déchue. Sa vie, tout éclatante de vertus et de miracles, a été écrite par le pape saint Grégoire. » (Martyrologe. rom. 21 mars.)

[2] C'est-à-dire sur la terre, ou à Rome, qu'habitait alors saint Grégoire.

[3] Norsie, située au pied de l'Apennin, était autrefois une ville épiscopale ; aujourd'hui elle est renfermée dans le diocèse de Spolète.

[4] Termes employés par Grégoire IX dans la canonisation de saint François.

[5] Les disciples de saint Benoît bâtirent à Rome le monastère de Latran, après que les Lombards eurent ravagé celui du mont Cassin.


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Mer 13 Jan 2021, 9:04 am

CHAPITRE I

Premier miracle de saint Benoît, sa retraite a Sublac.


********


GRÉGOIRE.

Lorsque, après avoir renoncé à ses études, Benoît résolut de se rendre au désert, sa nourrice, qui l'aimait avec tendresse, le suivit seule. Arrivés au bourg d'Afide,[6] ils s'arrêtèrent dans l'église Saint-Pierre, sur les charitables instances de plusieurs personnes honorables. La nourrice pria les femmes du voisinage de lui prêter un crible pour émonder du blé, et laissa imprudemment l'objet sur la table ; il vint à tomber et se cassa si complètement, qu'il se trouva partagé en deux morceaux. A son retour, cette bonne femme, ayant trouvé en pièces le crible qu'on lui avait prêté, se prit à verser un torrent de larmes. Le jeune Benoît,[7] également plein de piété et de tendresse, ne put voir pleurer sa nourrice sans compatir à sa douleur. Il emporta les morceaux de l'objet fracturé, et se mit à prier avec larmes. Lorsqu'il se releva, il trouva près de lui le crible si parfaitement rétabli, qu'il était impossible d'y remarquer les moindres vestiges de fracture. Il courut remettre à sa nourrice l'ustensile dont il avait emporté les morceaux, et la consola par des paroles pleines de bonté. Toutes les personnes du lieu furent informées de ce prodige,[8] et, dans l'ardeur de leur pieux enthousiasme, elles appendirent le crible au-dessus de la porte de l'église, afin d'apprendre aux générations présentes et à venir quelle fut dès son début la perfection de cet enfant, béni du Ciel. Pendant plusieurs années et jusqu'à l'époque des Lombards, ce monument resta, à l'endroit que nous venons de dire, exposé à tous les regards.[9]

Mais plus jaloux des souffrances que des applaudissements du monde, plus avide des rudes travaux de la vertu que des perfides faveurs du siècle, Benoît se déroba secrètement à sa nourrice, et courut, environ à quarante milles[10] de Rome, s'enfoncer dans un désert appelé Sublac, à cause de la fraîcheur et de la limpidité de ses eaux. D'abord elles s'assemblent en abondance dans un vaste lac, puis elles s'écoulent et forment une rivière. Tandis que Benoît fuyait au désert, un moine, nommé Romain, le rencontra et lui demanda où il allait. Son dessein connu, il lui garda le secret, lui vint en aide, lui donna l'habit religieux et lui rendit tous les bons offices en son pouvoir. Arrivé à Sublac, l'homme de Dieu s'enferma dans une grotte étroite, et pendant trois ans il resta inconnu à tout homme, Romain excepté. Ce moine vivait à quelque distance, dans un monastère sous la direction de Théodat, son abbé. Mais à des jours fixes il se dérobait pendant quelques heures à la surveillance de son Père, afin de porter à Benoît le pain qu'il avait pu pendant les repas se retrancher secrètement à lui-même. Du monastère de Romain à la grotte de Benoît il n'y avait pas de chemin ; une roche escarpée coupait toute communication. Du haut du rocher, Romain descendait le pain attaché à une longue corde, à laquelle il avait de plus adapté une clochette pour avertir Benoît de sortir de sa grotte et de venir prendre ce qu'il lui présentait. Mais, jaloux de la charité de l'un et de la subsistance de l'autre, l'ancien ennemi, voyant un jour Romain descendre du pain, jeta une pierre et cassa la clochette.[11] Le charitable moine ne cessa pas pour cela d'assister son frère par les voies les plus convenables.

Cependant arriva le moment où la divine Providence voulut délivrer Romain de cette peine, et donner la vie de Benoît en exemple aux hommes, afin que l’éclatante lumière, placée sur le chandelier, éclairât tous ceux qui sont dans la maison de Dieu. Au loin habitait un prêtre qui avait préparé son dîner pour la fête de Pâques. Le Seigneur daigna lui apparaître dans une vision, et lui dit : « Vous apprêtez un délicieux festin, et mon serviteur est dévoré de faim dans ce désert. » Le bon prêtre se leva, prit, le jour même de Pâques, les aliments qu'il s'était préparés, et se dirigea vers le désert, cherchant l'homme de Dieu à travers d'abruptes montagnes, des vallées profondes et des plaines incultes, jusqu'à ce qu'il l'eût trouvé caché au fond de sa grotte.[12] Ils dirent la prière, et s'assirent en bénissant le Seigneur. Après un doux entretien, le prêtre dit : « Levez-vous, prenons de la nourriture ; car c'est aujourd'hui Pâques. — Je le sais, c'est Pâques pour moi, répondit l'homme de Dieu, puisque j'ai le bonheur de vous voir. » Son éloignement de la société ne lui permettait pas de savoir que ce jour-là était effectivement la grande fête de Pâques.[13] Mais le vénérable prêtre soutint son assertion, et lui dit : « Véritablement c'est aujourd'hui Pâques, c'est la fête de la résurrection de notre Seigneur. Il ne vous convient pas de jeûner, et je suis envoyé pour prendre avec vous ces dons de la munificence infinie. » Ils bénirent donc le Seigneur et se mirent à manger. Le repas et l'entretien achevés, le prêtre regagna son église.

Vers le même temps, des pasteurs trouvèrent aussi le saint anachorète caché dans sa grotte. En le voyant vêtu de peaux, à travers les buissons, ils le prirent pour une bête sauvage. Mais lorsqu'ils surent que c'était un serviteur de Dieu, plusieurs échangèrent leurs cœurs de brute contre les doux sentiments de la piété. Ainsi le nom de Benoît devint célèbre dans tout le voisinage, et dès lors une foule de monde se mit à le visiter pour lui porter la nourriture du corps, et rapporter dans son cœur les vivifiantes paroles qui tombaient de sa bouche.


---------------


[6] Afide, ou Affite, à deux milles de Sublac.

[7] Saint Benoît avait alors de quatorze à quinze ans, selon l'opinion commune.

[8] Le pape, Victor III raconte dans ses Dialogues un miracle absolument semblable, opéré par le pape Léon IX. Il avait reçu de l'abbé de Saint-Rémi de Reims une tasse qu'il conservait comme un précieux souvenir ; l'objet s'étant cassé, le pieux pontife le rétablit en son premier état. Le pape Victor cite positivement le miracle de saint Benoît à l'appui de celui-ci.

[9] Les Lombards pénétrèrent en Italie l'an 668.

[10] Environ soixante kilomètres.

[11] Ce trait, qui accuse la malice du démon, n'est pas le seul que nous offre la Vie des saints. Pour n'en citer qu'un, le démon prenait à lâche de jeter de vils insectes dans la boisson de sainte Françoise romaine. (Boll., 9 mars.)

[12] « Habacuc avait apprêté un potage, et il avait mis du pain trempé dans un vase, et il s'en allait dans un champ, pour porter cette nourriture aux moissonneurs. Et l'ange du Seigneur dit à Habacuc : « Portez le dîner que vous avez en Babylone, à Daniel qui est dans la fosse aux lions… Et l'ange du Seigneur le prit par le haut de la tête, et le porta par les cheveux, et le mit en Babylone sur la fosse par la force de son esprit. Et Habacuc cria, disant : Daniel, serviteur de Dieu, prenez le dîner que Dieu vous a envoyé. » (Daniel, 14-32, 33, 35, 36.) C'est partout la même économie dans le plan divin, partout le même esprit. Aussi les miracles dont les saints sont les instruments et les objets, nous offrent-ils partout une saisissante, une admirable analogie. Nous aurons occasion de le faire observer plus d'une fois encore.

[13] Rien d'étonnant dans cette ignorance : outre que Benoît n'avait aucun rapport avec les hommes, cette fête ne se célébrait pas alors le même jour dans toute l'Eglise.


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Jeu 14 Jan 2021, 7:59 am

CHAPITRE II

Victoire remportée sur une tentation violente.


********



GRÉGOIRE.

Un jour que Benoît était seul, le tentateur se présente. Un petit oiseau se mit à voltiger autour de la tête du pieux solitaire. Le visiteur importun approchait si près de son visage, que le saint eût pu, s'il l'eût voulu, le saisir avec la main.[14] Benoît fit le signe de la croix, et l'oiseau se retira ; mais sa retraite fut suivie d'une tentation plus affreuse qu'il n'en avait encore éprouvé. Elle alluma dans son cœur une si violente passion, que Benoît délibéra s'il ne quitterait pas le désert. Alors une soudaine visite de la grâce le fit rentrer en lui-même : il aperçut à ses côtés des touffes d'orties et des buissons épais. Aussitôt il se dépouilla, se jeta tout nu sur les épines acérées et sur les cuisantes orties.[15] Après s'y être longtemps roulé, il se releva tout ensanglanté, et les blessures de son corps guérirent les blessures de son cœur. La cruelle inflammation qu'il s'était infligée extérieurement, éteignit dans son sein les pensées coupables. Dès lors, selon le témoignage qu'il en rendit lui-même à ses disciples, la tentation de la volupté fut si bien domptée, qu'il ne ressentit plus jamais rien de semblable.

Après cela, beaucoup de personnes s'empressèrent de dire adieu au monde pour entrera son école. Délivré de la tentation du vice, Benoît fut constitué à bon droit maître de la vertu. Aussi, selon la prescription de Moïse,[16] les lévites âgés de vingt-cinq ans et plus doivent servira l'autel, et la garde des vases sacrés ne leur est confiée qu'à cinquante ans.


-------------


[14] Le démon nous attaque sous diverses formes : il se présente sous celle du serpent à Eve (Genèse, ch. 3) ; sous celle d'animaux immondes à saint Antoine, etc. ; il apparaît sous l'aspect d'un rat, d'un porc, d'un chien, d'un loup à saint Walthène. (Boll., 3 août.)

[15] Pour se punir d'un regard trop libre, saint Bernard s'enfonce dans un étang glacé. (Baillet, Godescard, Bolland., 20 août.)

Qui ne connaît à ce sujet les généreux combats des Paul, des Jérôme, des Laurent-Justinien, des François d'Assise, etc. ?

[16] Nombr., 8-24.


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Ven 15 Jan 2021, 8:28 am

PIERRE.

J'entrevois déjà un peu le sens du passage que vous venez de citer ; toutefois veuillez m'en donner une plus ample explication.

GRÉGOIRE.

Il est clair, mon cher Pierre, que les passions mauvaises bouillonnent au cœur de la jeunesse, tandis qu'à l'âge de cinquante ans la chaleur du sang se refroidit. Or, les âmes des fidèles sont des vases sacrés. Il faut donc que les élus, à l'époque des épreuves, servent dans la dépendance ; il faut que la soumission et les travaux les fatiguent. Mais lorsque l'âge ramène le calme de l'esprit, et que l'orage des tentations s'est dissipé, ils gardent les vases sacrés, parce qu'ils deviennent les directeurs des âmes.

PIERRE.

Je suis charmé de vos paroles, je l'avoue ; maintenant que vous m'avez livré le secret du passage en question, veuillez, je vous prie, continuer la vie du juste que vous avez commencée.


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Sam 16 Jan 2021, 8:18 am

CHAPITRE III

Verre cassé par un signe de croix.


********


GRÉGOIRE.

La tentation avait disparu ; semblable à une terre qui se couvre de riches moissons, lorsqu'on a pris la peine d'en arracher les épines et qu'on l’a cultivée avec soin, la vertu de Benoît produisit des fruits abondants. La réputation de sa rare sainteté rendit au loin son nom célèbre. A quelque distance était un monastère[17] dont l'abbé vint à mourir. Toute la communauté alla trouver le vénérable Benoît, et le conjura instamment de vouloir bien la diriger. Il s'en défendit longtemps, alléguant qu'il ne pourrait se faire à leurs habitudes, ni à celles de leurs frères ; mais enfin, vaincu à force de prières, il donna son assentiment. Une fois au monastère, il tint fortement à l'observance de la vie régulière, sans permettre aucunement aux religieux de s'écarter, par des actes illicites, ni à droite ni à gauche de la voie de leur profession. Dans leur dépit insensé, ces frères adoptifs se reprochèrent d'abord de l'avoir demandé pour supérieur : toute leur puissance venait se briser contre l'inflexibilité de sa discipline. Ils virent avec chagrin que, sous sa conduite, les choses défendues n'étaient plus permises, et qu'il fallait renoncer à leurs habitudes perverses.

D'ailleurs il était dur, après avoir vieilli dans la licence, de se voir forcément soumis à une discipline nouvelle ; enfin, comme la vie des bons est un fardeau pour les méchants, quelques-uns conjurèrent la perte de Benoît, et formèrent le projet de mêler du poison dans son vin. Selon l'usage du monastère, lorsque le saint abbé fut à table, on lui présenta, pour le bénir, le vase qui renfermait ce mortel breuvage. Benoît étendit la main et fit le signe de la croix ; à ce signe, le vase, qu'on tenait à quelque distance, se brisa de telle sorte, qu'on eût dit qu'au lieu de faire le signe de la croix il avait jeté une pierre dans le verre rempli de poison.[18] Sur-le-champ l'homme de Dieu comprit qu'il renfermait un mortel breuvage, puisqu'il n'avait pu supporter le signe de la vie. Il se leva à l'instant, la sérénité sur le visage, convoqua les religieux et leur adressa ce discours : « Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, mes frères ; pourquoi avez-vous voulu me traiter de la sorte ? Ne vous avais-je pas bien prédit que nous ne poumons vivre ensemble ? Allez vous chercher un abbé qui vous convienne ; car désormais vous ne pouvez plus compter sur moi. » Alors il retourna à sa solitude chérie, et, seul aux yeux du Spectateur céleste, il habita avec lui-même.[19]

PIERRE.

Je ne comprends pas bien ce que signifient ces mots : Il habita avec lui-même.


------------


[17] Ce monastère se trouvait à Vicovarro, entre Sublac (maintenant Subiaco) et Tivoli, dans les États de l'Église. Mabillon et Montfaucon.

[18] C’est une preuve, entre mille, de l'extraordinaire puissance du signe de la croix. On sait quels prodiges ont opérée, à l'aide de ce signe, sacré, les Geneviève, les Brigide, les Colette, les Antoine, les Thomas d'Aquin, etc.

[19] Magnifique leçon pour tout chrétien, et surtout pour les religieux.


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Dim 17 Jan 2021, 8:27 am

GRÉGOIRE.

Si le saint homme eût forcé à la soumission des religieux qui avaient unanimement conspiré contre lui,[20] et dont la vie était si différente de la sienne, peut-être eût-il usé son énergie, perdu le calme de son cœur et détourné de la lumière de la contemplation le regard de son âme. En se fatiguant journellement à les reprendre, il eût négligé ses intérêts spirituels, et les eût peut-être abandonnés totalement, sans retrouver ses brebis égarées. Toutes les fois que l'agitation de nos pensées nous jette trop hors de nous-mêmes, tout en restant nous-mêmes, nous ne sommes plus avec nous, parce que nous ne nous voyons plus et que nous nous répandons sur d'autres objets. Dirons-nous qu'il était avec lui-même, ce prodigue qui est parti dans une région lointaine, a dévoré la portion qui lui était échue, et s'est loué aux habitants du lieu pour paître ses pourceaux ? Lui qui désirait avidement les restes de ces animaux immondes, et qui, enfin, songeant aux précieux avantages qu'il avait perdus, s'écria, en rentrant en lui-même, selon ces paroles de la sainte Écriture : Combien y a-t-il de mercenaires dans la maison de mon père qui ont du pain en abondance[21] ? S'il avait été avec lui, comment serait-il revenu à soi ? C'est ainsi que je puis dire que le vénérable anachorète de Sublac habita avec lui-même : toujours attentif à veiller sur soi, sans cesse ! se considérait, il s'examinait sans cesse, sous les regards de son Créateur, sans que jamais son âme portât sa vue sur les objets extérieurs.

PIERRE.

Comment donc entendre ce passage de l'Écriture, au sujet de l'apôtre saint Pierre qu'un ange délivrait de prison : Revenant à soi, il dit ; Maintenant je vois que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a délivré de la main d'Hérode et de tout le peuple juif qui attendait mon supplie[22] ?

GRÉGOIRE.

Mon cher Pierre, nous sortons de nous en deux manières : ou nous tombons au-dessous de nous par le poids de notre pensée, ou nous nous élevons au-dessus de nous-mêmes par la grâce de la contemplation. Celui qui garda les pourceaux tomba au-dessous de lui-même par la dissipation de son esprit et l'excès de ses débauches. Celui que l’ange délivra a été ravi en extase hors de lui, mais en s'élevant au-dessus de lui-même. Ainsi tous les deux revinrent à eux, le premier en quittant ses égarements pour rentrer au fond de son cœur, le second en redescendant du sommet de la contemplation à l'état d'intelligence ordinaire où il se trouvait auparavant. Dans son désert, le vénérable Benoît habitait avec lui, en se renfermant dans la sphère de ses pensées ; mais toutes les fois que l'ardeur de la contemplation le ravissait en extase, il se laissait incontestablement bien au-dessous de lui-même.

Je goûte fort ce que vous dites ; mais voici une difficulté que je vous prie de résoudre : saint Benoît devait-il abandonner des frères qu'il avait une fois adoptés ?

GRÉGOIRE.

Selon ma pensée, mon cher Pierre, il ne faut supporter une société de méchants intimement unis, qu'à la condition d'y en trouver quelques bons auxquels on peut se rendre utile. Mais s'il n'est pas de membres vertueux dont on obtienne du fruit, les peines que nous nous donnons au sujet des méchants sont parfois stériles ; c'est ce qui arrive surtout lorsqu'il nous est donné de porter ailleurs, pour la gloire de Dieu, des fruits plus précieux. Or, à la garde de qui serait-il resté, le saint homme que tous persécutaient de concert ? Il se passe souvent dans l'âme des justes une chose que je ne dois point vous taire. Remarquent-ils que leurs travaux sont stériles, ils vont ailleurs, dans l'espoir de porter plus de fruit. Voilà pourquoi cet immortel prédicateur qui désire d'être affranchi de ses liens pour être avec Jésus-Christ, pour qui Jésus-Christ est sa vie et sa mort un gain,[23] qui, non content d'ambitionner pour lui les travaux et les souffrances, en inspire aux autres le désir brûlant, cherche secrètement le moyen de se soustraire à la persécution qu'il souffre à Damas, en se faisant, à l'aide d'une corde, descendre le long des murs dans une corbeille. Dirons-nous que saint Paul redoutait la mort, lui qui proteste de son ardent désir de mourir pour Jésus-Christ ? Non, sans doute. Mais, convaincu qu'il portera peu de fruit dans cette ville, il brave tous les périls pour sauver sa vie, et faire du bien ailleurs. Ce vaillant champion ne peut voir enchaîner son zèle, et il court chercher un champ de bataille. Ainsi en fut-il du vénérable Benoît. En me prêtant une oreille attentive vous m'avez compris : s'il quitta un petit nombre de rebelles, ce fut pour faire passer ailleurs de la mort à la vie un grand nombre de personnes.

PIERRE.

Votre décision est exacte ; la lumière de la raison et l'exemple que vous alléguez le prouvent manifestement ; mais reprenez, je vous prie, la vie de cet illustre Père, et poursuivez votre récit.

GRÉGOIRE.

Les vertus et les miracles firent éclater de plus en plus la sainteté de l'homme de Dieu au fond de son désert, et alors beaucoup de personnes se réunirent à Sublac pour se consacrer au service de Dieu. Avec le secours de notre Seigneur Jésus-Christ, Benoît construisit douze monastères, dans chacun desquels il mit un abbé avec douze religieux sous sa conduite. Il conserva avec lui un petit nombre de disciples, qu'il jugeait à propos d'instruire plus parfaitement encore à son école. C'est alors que des citoyens de Rome, distingués par leur naissance et leur piété, vinrent le visiter en foule, et lui offrirent leurs enfants pour les élever dans la crainte du Seigneur. Eutyche lui présenta Maur, et le patrice Tertulle, son fils Placide ; c'étaient deux enfants de grandes espérances. Maur, quoique jeune encore se signala par l'innocence de ses mœurs, et devint dès lors l'auxiliaire et l'appui de son maître. Pour Placide, ce n'était qu'un enfant, et il avait le caractère de son âge.[24]


------------


[20] Il n'est point certain que tous les religieux aient unanimement conspiré contre l'homme de Dieu, du moins pour lui préparer frauduleusement le perfide poison ; mais le mécontentement universel les rendait tous complices de ce noir attentat.

[21] Luc, 15-17.

[22] Act., 12-11.

[23] 2 Corinth., 11-22.

[24] Il est question de saint Maur et de saint Placide au Martyrologe romain, en ces termes : « En Anjou, saint Maur, abbé, disciple de saint Benoît, qui l'instruisit dès son enfance. Rien ne montra mieux combien il avait profité des leçons d'un si ton maître que la manière dont il marcha sur la surface des eaux, ce qu'on n'avait point vu arriver depuis saint Pierre. Ce saint, ayant été envoyé en France, y bâtit un célèbre monastère qu'il gouverna pendant quarante ans, et mourut en paix, illustre par ses glorieux miracles. »

« A Messine, en Sicile, fête de saint Placide, moine, disciple de saint Benoît, abbé, et ses frères saint Eutyche et saint Victorin, et sainte Flavie, leur sœur ; et aussi saint Donat ; saint Firmat, diacre, saint Fauste et trente autres moines, tous martyrs, qui furent tués par le pirate Mamucha, pour ta foi de Jésus-Christ. »


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Lun 18 Jan 2021, 8:22 am

CHAPITRE IV

Moine vagabond ramené dans la bonne voie.



********



GRÉGOIRE.

Il y avait dans un des monastères que saint Benoît avait fondés aux alentours de sa solitude, un moine qui ne pouvait rester en place au moment de l'oraison ; aussitôt que les frères se disposaient à ce saint exercice, il quittait la chapelle, pour livrer son esprit inquiéta des préoccupations terrestres et frivoles. Son abbé lui avait adressé plus d'un avertissement ; enfin on l'amena à l'homme de Dieu, qui lui reprocha énergiquement la folie de sa conduite. Mais, de retour au monastère, à peine s'il se conforma deux jours à l'admonition du serviteur de Dieu. Le troisième, il retomba dans son habitude, et se mit à vagabonder au temps de l'oraison. L'abbé, que Benoît avait établi à la tête du monastère, en instruisit le serviteur de Dieu, et celui-ci lui répondit : « J'irai, et je le châtierai moi-même. » L'homme de Dieu se rendit effectivement au monastère, et lorsque après avoir achevé la psalmodie, les religieux, à l'heure déterminée, se furent mis en oraison, il vit un petit enfant noir tirer par le bord de son vêtement, pour l'entraîner dehors, le moine qui ne pouvait rester en prière. Alors il dit secrètement à l'abbé du monastère, nommé Pompéien, et à Maur, serviteur de Dieu : « Ne voyez-vous pas quel est celui qui tire ce moine dehors ? — Non, répondirent-ils. — Eh bien ! prions, leur dit Benoît, afin que vous voyiez aussi vous-mêmes celui que ce moine prend pour guide. » Après deux jours de prières Maur le vit ; mais Pompéien, l'abbé du monastère, ne put obtenir cette faveur. Après avoir adressé à Dieu une autre prière, le saint homme sortit de la chapelle et trouva ce religieux debout devant la porte. Voyant l'aveuglement de son cœur, il le frappa de sa baguette. Dès lors ce moine ne subit plus l'influence du petit enfant noir, et il resta fidèle à l'exercice de l'oraison. C'est ainsi que l'ancien ennemi n'osa plus exercer sur son cœur un funeste empire : on eût dit que l'homme de Dieu l'avait frappé lui-même.[25]


------------


[25] La Vie des saints est remplie de traits qui nous, prouvent leur prodigieux : empire sur le démon. Saint Mélanius le chassa en donnant un soufflet à un possédé. (Boll., 6 janvier.) Saint Potitus opère le même miracle par le même procédé. (Boll., 13 janvier, etc.)


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique le Mar 19 Jan 2021, 8:05 am

CHAPITRE V

Source jaillissant d'un rocher, au sommet d'une montagne,
par l'efficacité de la prière de l'homme de Dieu.



********


GRÉGOIRE.

Parmi les monastères que le saint avait bâtis à Sublac, trois étaient situés sur les sommets de la montagne, el c'était un rude labeur pour les moines que de descendre sans cesse jusqu'au lac pour y puiser de l'eau, d'autant plus que la rapidité de la colline offrait un si grand danger, qu'on ne la descendait qu'avec effroi. Alors les frères des trois monastères se réunirent et vinrent dire au serviteur de Dieu : « Il nous est bien laborieux de descendre tous les jours jusqu'au lac pour y puiser de l'eau ; il est indispensable de transférer ailleurs nos monastères. » Benoît les congédia, après leur avoir donné de douces consolations ; puis, la nuit même, il prit avec lui le petit Placide, dont nous avons parlé, se transporta au sommet de la montagne et y fit une longue prière. Son oraison finie, il mit trois pierres en ce lieu-là, en guise de monument, et revint au monastère à l'insu de tout le monde. Un autre jour, les mêmes frères revinrent le trouver pour lui exposer le besoin qu'ils avaient d'eau ; alors il leur dit : « Allez, et creusez un peu la roche sur laquelle vous trouverez trois pierres superposées ; le Dieu tout-puissant peut faire jaillir de l'eau jusqu'au sommet de la montagne, pour vous délivrer de la fatigue d'un si long trajet. » A leur arrivée, ils trouvèrent déjà tout humecté le rocher qu'il leur avait indiqué. Ils y ouvrirent une tranchée qui fut aussitôt remplie d'eau ; elle forma une source féconde, et aujourd'hui encore ou la voit se précipiter, en forme de ruisseau, depuis le sommet de la montagne jusqu'au fond de la vallée.[26]


------------


[26] Saint Euthyme, s'était enfoncé dans le désert de Ruban, où il devait passer de longues semaines dans le travail, l'austérité et la prière. « Épuisé par une soif dévorante, saint Salas, son compagnon, fut pris d'une faiblesse si grande qu'il était près d'expirer. Euthyme se mit en prière ; puis, frappant la terre avec son bâton, il en fit jaillir de l'eau, etc. » (Godescard, 5 décembre.)

« La difficulté d'aller quérir de l'eau à deux lieues fit mettre saint Sabas en prière pour en obtenir de Dieu plus près de sa laure. Persuadé qu'il en était exaucé, il fit creuser au bas d'une montagne, en un lieu où il se trouva une source qui continua toujours de couler depuis ce temps-là » (Saint Sabas, 5 déc., Baillet. Voyez saint Adélart, Boll., 2 janvier ; saint Sévérin et saint Victorin, Boll., 8 janvier.)


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique Hier à 8:39 am

CHAPITRE VI

Serpe qui vient du fond des eaux se rejoindre à son manche.


********


GRÉGOIRE.

Dans une autre circonstance, un Goth d'une grande simplicité vint se présenter pour être religieux. Le serviteur de Dieu l'accueillit volontiers. Un jour il lui fit donner un instrument de fer appelé faucille,[27] à cause de son analogie avec la faux, pour couper les épines d'un lieu qu'il se proposait de transformer en jardin. L'endroit que le Goth avait entrepris de défricher était situé sur le bord même du lac. Tandis qu'il déployait toute son énergie pour abattre ces buissons épais, le fer se détacha du manche en bondissant, et tomba dans Seau ; or elle était si profonde, qu'il n'y avait pas d'espoir de le retrouver jamais. Son instrument perdu, le Goth accourut vers Maur, un des religieux du monastère, lui apprit le dommage qu'il venait de causer, et s'offrit à faire pénitence de sa faute. Maur n'oublia pas d'en instruire le serviteur de Dieu. A cette nouvelle, Benoît se transporta sur les bords du lac, prit le manche des mains du Goth et le plongea dans l'eau. Aussitôt le fer revint du fond du lac et s'adapta de lui-même au manche. Alors Benoît rendit son outil au Goth, et lui dit ; « Le voilà, travaillez, et ne vous affligez pas.[28] »


------------


[27] Cette sorte de faucille est plutôt ce que nous appelons aujourd'hui une serpe.

[28] Le pape Victor III rapporte un trait semblable, arrivé à Gaète, lors de la construction de l'église Sainte-Scolastique.

La vie de saint Leufroy nous offre aussi un miracle analogue.

Pour parler d'un prodige connu de tous, c'est littéralement la répétition du miracle opéré par le prophète Elisée.

« Les fils du prophète, s'étant rendus avec Elisée sur le bord du Jourdain, se mirent à couper du bois. Or, tandis que l'un d'eux abattait un arbre, le fer de sa cognée, tomba dans l'eau, et s'adressant à Elisée il s'écria : « Hélas ! mon seigneur, hélas ! hélas ! c'était une cognée que j'avais empruntée. » L'homme de Dieu lui dit : « Où le fer est-il tombé ? » et il lui montra l'endroit. Elisée coupa donc un morceau de bois et le jeta là, et le fer nagea sur l'eau. Elisée lui dit : « Prenez-le ; » il étendit la main et le prit. » (4 Rois, 6-4, 5, 6, 7.)


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry Empty Re: LES DIALOGUES DE S. GRÉGOIRE LE GRAND - LIVRE II - par M. l'Abbé Henry

Message  Monique Aujourd'hui à 8:10 am

CHAPITRE VII

Maur, disciple du saint homme, marche sur les eaux.


********


GRÉGOIRE.

Un jour que le vénérable Benoît était dans sa cellule, le petit Placide, un des moines du saint homme, sortit pour aller puiser de l'eau dans le lac. Mais, en y plongeant le vase qu'il tenait à la main, il ne prit pas assez de précaution ; son corps suivit le vase, et il tomba. Bientôt le flot l'eut emporté, et déjà le pauvre enfant se trouvait loin du bord environ à la portée d'une flèche. Du fond de sa cellule, l'homme de Dieu connut aussitôt le funeste accident ; il appela Maur en toute hâte, et lui dit : « Mon frère, courez vite ; cet enfant qui est allé puiser de l'eau est tombé dans le lac ; déjà le flot l'entraîne au loin. » Alors éclata un étonnant prodige qui ne s'était pas renouvelé depuis l'apôtre saint Pierre.[29] Après avoir sollicité et reçu la bénédiction de son Père, Maur courut au plus vite exécuter ses ordres. S'imaginant qu'il marchait sur la terre, il parvint rapidement à l'endroit où le flot avait entraîné Placide ; il le saisit par les cheveux[30] et s'en retourna avec la même vitesse. A peine eut-il touché au rivage qu'il revint à lui, regarda derrière, reconnut qu'il avait couru sur les eaux, et, dans sa stupéfaction, il frissonna en pensant qu'il venait de faire ce qu'il n'eût point osé se permettre. De retour vers l'abbé, il lui raconta ce qui venait de se passer. Ce prodige, Benoît ne l'attribua pas à ses mérites, mais à l'obéissance de Maur. Maur, de son côté, soutenait que cela ne s'était effectué qu'en vertu du commandement du saint abbé, et qu'il ne pouvait avoir part à un miracle qu'il avait fait sans le savoir. Dans cette amicale contestation d'une humilité réciproque, l'enfant arraché aux flots survint comme arbitre, et dit : « Lorsqu'on me retirait de l'eau, je vis au-dessus de ma tête la mélote[31] du Père abbé, et je m'imaginai que c'était lui-même qui m'arrachait du sein des flots. »

PIERRE.

Vous nous racontez là des choses importantes et bien faites pour édifier une foule de personnes. Mais plus j'entends raconter les miracles du saint homme, plus j'ai envie d'en connaître la continuation.


-----------


[29] Matthieu, 14-29.

Saint Sabinien, poursuivi par des soldats, traverse la Seine à pied sec (Boll., 29 janv.) — Sainte Aldegonde marche sur les eaux, soutenue par deux anges. (Boll., 30 janv.) — Saint Aidan passe la mer à pied pour se rendre dans la Grande-Bretagne. (Boll., 30 janv.) — Le berger saint Sophie traverse un fleuve de la même sorte, après l'avoir frappé de sa verge. (Boll., 24 janv.)

Voyez aussi saint Adélelme. (Boll. 30 janv.)

Personne n'ignore que saint François de Paule passa de la même manière d'Italie en Sicile. (Boll., 2 avril.)

[30] Les novices n'étaient pas rasés ; ils avaient les cheveux et même les habits séculiers.

[31] La mélote était une peau de mouton ou de brebis avec sa toison. Les premiers anachorètes se couvraient les épaules d'une mélote, et vivaient ainsi dans les déserts. Saint Paul dit que les anciens justes étaient couverts de mélotes et de peaux de chèvre. (Hebr., 11-37.) C'était l'habit des pauvres. (Voyez Bergier.) — par mélote, quelques-uns entendent ici le capuce ou le scapulaire.


A suivre...
Monique
Monique

Nombre de messages : 10205
Date d'inscription : 26/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum