LA DÉVOTION DES NEUF CHOEURS DES SAINTS ANGES - M. Henri-Marie Bourdon

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Message  Monique Ven 25 Déc 2020, 9:26 am

Mais, dira-t-on, les bienheureux ne sont-ils pas tous parfaitement contents ? Ils le sont tous assurément ; mais leur joie n'est pas égale. Deux hommes ont chacun un vaisseau plein de pierreries : l'on peut dire que les vaisseaux de tous les deux sont entièrement remplis ; mais si le vaisseau de l'un ne peut contenir que mille pierres précieuses, et que le vaisseau de l'autre en renferme un million, leur plénitude ne sera pas égale, et la différence de leur valeur sera très grande. De même tous les bienheureux sont pleinement satisfaits ; mais la plénitude de leur satisfaction est bien différente. Il n'y a pas de comparaison entre la félicité de l'heureuse Mère de Dieu et celle des autres saints. Comme une étoile diffère d'une autre en clarté, de même la résurrection des morts. La grande sainte Thérèse, dont nous venons de parler, dit que dans une vision surnaturelle on lui montra la différence de la gloire d'un ange d'un chœur plus élevé d'avec celle d'un ange d'un ordre inférieur, et qu'elle n'est pas concevable. Le docteur spirituel Thaulère, pour tâcher d'en donner quelque idée, dit qu'il y a plus de différence entre un bienheureux qui tient les premiers rangs dans l'Empyrée et un autre qui n'est pas si élevé, qu'il n'y a entre un roi et un paysan. Ces élévations toutes glorieuses où nous sommes si saintement appelés devraient bien rehausser notre courage, et nous donner des inclinations généreuses pour les honneurs de la belle éternité. Mais quand il n'y aurait que ce seul motif, que dans notre plus grande gloire éternelle Dieu y est plus glorifié éternellement, il faut renoncer au divin amour, ou il faut mourir à la peine pour devenir quelque chose dans l'aimable paradis. Un seul degré de la gloire de Dieu à une âme qui a le pur amour, quand il ne s'agirait que d'un moment, lui ferait souffrir dix mille morts et endurer dix mille martyres. Ici il s'agit, non pas seulement d'un degré, mais peut-être d'un million et de cent millions de degrés de gloire, et pour une éternité ; et l'on ne s'en remue pas. Qu'il est vrai que nous aimons peu Dieu et ses sacrés intérêts ! Qu'il est vrai que nous nous aimons peu nous-mêmes !

Or la dévotion des anges contribue merveilleusement à la perfection du divin amour, et par suite à l'accroissement de la gloire du ciel. Ces esprits sont de vives flammes du pur amour ; il n'est pas possible de s'en approcher souvent sans prendre feu, et participer à leurs ardeurs. Avec les saints l'on se sanctifie ; avec les anges on devient tout angélique, c'est-à-dire tout céleste. C'est le propre de l'amour de rendre les personnes qui aiment semblables ; or ils ne peuvent pas nous ressembler : leur pureté est inviolable ; il est donc nécessaire que nous leur rassemblions. Leur vie a toujours été une vie du pur amour ; l'union que nous aurons avec eux nous eu procurera quelque rapport. Leurs soins auprès de Dieu pour nous, nous obtiennent de grandes grâces, et ils ne se lassent jamais de nous les augmenter et de travailler en nous, afin que, par le fidèle usage que nous en ferons, nos mérites s'accroissent tous les jours de plus en plus. Ils nous façonnent à la perfection ; ce sont les grands maîtres de la vie spirituelle ; ils nous y élèvent avec des amours inénarrables. Quels profits ne ferions-nous pas sous une telle conduite, si nous étions plus sages ? Quand sainte Thérèse fut délivrée de ses imperfections et mise dans les plus pures voies de la perfection, une voix céleste lui dit qu'il ne fallait plus converser avec les hommes, mais avec les anges. La conversation des créatures d'ici-bas nous forme de grands obstacles à la sainteté ; celle des anges y fait faire des progrès admirables.

Mais comme la sainteté est rare, la dévotion à ces esprits célestes l'est aussi ; et dans le petit nombre de leurs dévots on n'en rencontre presque pas dont la dévotion aille plus avant qu'aux anges du dernier chœur. Il y en a très peu qui excellent dans la dévotion des séraphins, des chérubins et des autres anges des premières hiérarchies. Nous lisons bien qu'un saint François, qu'une sainte Élisabeth de Portugal, et d'autres personnes saintes se sont rendus admirables dans cette dévotion ; aussi étaient-ils de grands saints, et établis dans les voies les plus parfaites de la sainteté par les premiers des troupes angéliques, comme il se voit en la personne du même saint François, qui reçut les stigmates sacrés de Notre-Seigneur par un séraphin ; et en celle de sainte Thérèse, dont le cœur fut encore si amoureusement blessé par l'un des premiers séraphins du paradis. Si nous avions un peu du pur amour, ce serait assez de nous dire que Dieu seul, étant dans tous les anges, il y a plus de ce Dieu seul dans ceux qui sont les plus élevés. Ô Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul !


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Message  Monique Sam 26 Déc 2020, 9:00 am

ONZIÈME MOTIF

La gloire de la très sainte Vierge


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Ce n'est pas un motif peu puissant à un cœur qui aime comme il faut la très sainte Mère de Dieu, que la vue de sa gloire. Nous lisons en des auteurs irréprochables, qu'il s'est trouvé même des pécheurs, et des pécheurs bien criminels, qui dans leur état déplorable ne laissaient pas d'en être si touchés qu'ils protestaient qu'ils auraient bien voulu donner leur vie pour la gloire de cette reine des bontés et des douceurs du paradis ; et ces désirs ont été suivis de tant de bénédictions, qu'enfin ils ont obtenu par les soins de la mère de miséricorde une mort chrétienne, par une entière conversion et un changement notable de leur vie. Si des âmes rebelles aux ordres de Dieu sont capables d'être touchées de l'honneur de l'auguste Reine du ciel, à plus forte raison des âmes pures et innocentes, et qui, d'autre part, lui ont une dévotion spéciale, se laisseront aller facilement au zèle d'un honneur si saint, et qui mérite d'être rendu avec tant de justice à celle que nous ne pourrons jamais assez dignement honorer.

Les anges, selon le témoignage de sainte Brigitte, dès le commencement du monde, conçurent un zèle si pur des intérêts de cette reine du paradis, qu'ils eurent plus de joie de ce qu'elle devait être que de ce qu'ils avaient été créés. Combien de personnes dans la suite des temps, à l'imitation de ces bienheureux esprits et par leurs puissants secours, ont préféré les intérêts de la Mère de Dieu à leurs propres intérêts, son honneur à leur honneur, son être à leur être ? J'en ai connu qui voudraient avoir un million de vies pour les sacrifier à Dieu pour la gloire de cette incomparable Vierge ; qui seraient contents de rester jusqu'au jour du jugement dans les feux épouvantables du purgatoire, s'il y allait de la moindre chose de son honneur ; qui voudraient de tout leur cœur être un million de fois anéantis, si Dieu en était plus glorifié. En vérité, un bon cœur ne dit jamais : C'est assez, quand il s'agit de la très pure Vierge, pourvu que l'on demeure dans l'ordre de Dieu. Hélas ! On voudrait tout quitter, tout faire, tout souffrir pour son amour, et après tout l'on voit bien que ce serait encore bien peu pour celle qui a mérité d'être Mère d'un Dieu. Ces vérités m'ôtent tout lieu de douter que le motif de sa gloire ne soit pas l'un des plus puissants dont l'on se puisse servir pour établir plus fortement l'amour et la dévotion des saints anges. C'est ici, ô âmes qui avez de la dévotion pour la glorieuse Vierge, que je vous invite à celle des saints anges. Il y va de sa gloire : c'est tout vous dire, si vous l'aimez en vérité.


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Message  Monique Dim 27 Déc 2020, 8:03 am

La divine Marie est la générale des armées de Dieu, et les anges en sont les troupes glorieuses ce soit donc les soldats de celle qui seule paraît terrible comme une armée tout entière rangée en bataille ; et ils ont fortement combattu pour sa gloire dès la création du monde, s'opposant à Lucifer et aux anges apostats qui n'ont pas voulu se soumettre à son empire, Dieu leur ayant révélé qu'elle devait être quelque jour leur souveraine. Elle est l'auguste et triomphante reine du paradis ; les anges sont les fidèles et généreux sujets qui l'ont honorée, comme nous venons de le dire, auparavant qu'elle fût, et qui tiennent à grande gloire d'être assujettis aux lois de son royaume. Elle est dame des anges, et souvent elle est invoquée sous cette qualité de Notre-Darne des Anges ; ils sont donc ses serviteurs, mais des serviteurs si zélés, qu'ils ne font qu'attendre la manifestation de ses volontés, pour les exécuter au moindre signe, avec une promptitude inénarrable. Elle est même leur amie ; c'est pourquoi dans les Cantiques (VIII, 13) le divin époux la prie de parler et de faire entendre sa voix, parce que, dit-il, les amis écoutent. Or, ces amis sont les saints anges.

L'on peut dire de plus, qu'elle est leur mère en quelque manière, et c'est le sentiment de plusieurs graves théologiens. Tous ces titres font assez voir qu'il y va de la gloire de cette reine, de cette générale, d'une si glorieuse et si puissante dame, que ses sujets, ses soldats, ses serviteurs soient considérés. L'amour qu'elle a pour eux, les traitant comme ses fidèles amis, et même comme ses enfants, demande par toutes sortes de raisons que nous aimions ce qu'elle aime, que nous ayons de profonds respects pour ceux qu'elle désire d'être honorés. Louons donc et bénissons les saints anges, parce que la très pure Vierge, l'auguste reine et dame des anges en est louée et bénie : mais louons et bénissons le Seigneur, qui a fait tout ce qu'il y a de grand et de louable, et en la dame des anges et dans les saints anges ; et c'est Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.


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Message  Monique Lun 28 Déc 2020, 8:15 am

DOUZIÈME MOTIF

Dieu seul


********



Quand on a dit Dieu, tout est dit, et il ne reste plus rien à dire, au moins au pur amour, dont tout le plaisir est de le dire mais de le dire seul. Comment pourrait-il dire autre chose, puisqu'il ne sait autre chose ? Pour nous, disait autrefois l'un des plus grands saints de ce pur amour, le divin Paul, nous ne connaissons plus personne (II Cor. V, 16) ; car c'est le propre de cet amour, d'ôter la vue de tout ce qui n'est pas Dieu : ou s'il laisse la connaissance de quelque autre chose, ce n'est que pour la voir en son néant, en la présence de cet être suradorable. De là vient qu'il s'écrie : Qu'ai-je au ciel ou en la terre, sinon vous, ô mon Dieu ! (Psal. LXXII, 25) Il n'a rien en la terre, il n'a rien au ciel ; parce qu'il n'a rien que Dieu seul. En vérité, il ne pense plus ni à plaisir, ni à réputation, ni à honneurs, ou à richesses. Il s'oublie des biens naturels, des biens temporels, des biens moraux, des biens spirituels, n'étant rempli que du souverain bien. Je dirai plus : il perd même la mémoire de soi-même, car il se voit dans le rien, comme le reste des choses : dans l'affaire de son salut, dans son âme, dans le paradis, dans l'éternité, il n'y voit que le Dieu de son âme, le Dieu du paradis, le Dieu de l'éternité. On a beau lui faire voir et lui parler d'autre chose, son cœur est toujours tourné vers Dieu seul. Son cœur et sa chair sont dans une sainte défaillance à l'égard de tout être créé ; Dieu seul, le Dieu de son cœur, et sa part éternelle, fait son unique tout.


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Message  Monique Mar 29 Déc 2020, 8:04 am

C'est dans cet état qu'était cet homme apostolique, qui assurait qu'il ne vivait plus, qu'il n'y avait que Jésus qui vivait en lui. La divine Catherine de Gènes, que l'on peut appeler la sainte de la divinité de Jésus-Christ, ne pouvait pas même supporter ce mot, de moi ; c'est-à-dire, qu'elle ne pouvait en aucune manière regarder le propre intérêt. Ô mon Dieu, et mon tout ! disait et redisait l'humble saint François ; et il passait les nuits et les jours à dire ces paroles du pur amour. Ô douces et agréables paroles, est-il écrit dans le dévot livre de l'Imitation de Jésus-Christ, et c'est un plaisir de les répéter ; car enfin, il est très vrai, et l'âme qui aime purement, ne doutera pas de cette vérité : le pur amour en sa netteté ne peut voir, ne peut s'arrêter, ne peut dire que Dieu seul. Il ne peut se réjouir, et il ne peut prendre plaisir qu'en Dieu seul. Il ne peut se soucier que de ses intérêts sacrés. Toute sa joie est de les savoir établir, et toute sa tristesse de ne les avoir pas assez considérés. Pour les siens propres, il les a en horreur ; c'est pour lui une abomination. Non, il est vrai, il ne se soucie non plus de lui que de la boue des rues, et ces soins que l'on prend de soi-même, lui font grande pitié. Celui qui est dans sa bienheureuse possession, fait un saint mépris de tout propre intérêt ; c'est pourquoi ce lui est une chose de rien d'être dans l'estime ou le mépris des créatures : disons encore davantage, les bons sortent de son cœur, aussi bien que les autres ; car il n'y a place que pour Dieu : ainsi il ne se met pas en peine d'être ruiné d'estime dans l'esprit des gens de bien, d'avoir des contradictions des serviteurs de Dieu, et de voir blâmer les meilleures actions que la grâce lui fait faire : Tant moins de créature , dit-il, et plus de Dieu. Les délaissements qu'il en souffre, font son plaisir ; et à mesure que ces délaissements s'augmentent, sa joie devient plus grande, son repos plus calme, sa paix plus profonde ; car sa dernière et extrême joie est de sortir de l'être créé, pour être plongé dans l'incréé.

Ce furent les derniers sentiments d'une âme de grâce de notre siècle, que le feu P. de Condren, homme angélique, admira, et qui lui firent souhaiter une mort pareille. Je voudrais, disait-il, mourir de la sorte, en disant : Je quitte l'être créé, pour entrer dans l'incréé.


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Message  Monique Mer 30 Déc 2020, 8:28 am

Cet être incréé, qui de Dieu seul fait toute l'occupation de la glorieuse éternité ; il remplit uniquement tous les esprits, et toutes les âmes des bienheureux qui y vivent : et il serait bien juste qu'il donnât le mouvement à tous les cœurs de la terre, comme il le fait dans le ciel. Mais la plupart des cœurs sont attachés à leurs intérêts, et ceux qui se sont faits quittes de l'intérêt temporel, ne sont pas sans intérêt spirituel. Un contemplatif eut un jour une vue du petit nombre des parfaits amants du Fils de Dieu. Il lui était montré qu'entre mille, il n'y en avait pas cent qui aimassent Dieu, et entre ces cents presque pas un qui l'aimât pour l'amour de lui-même. Cette vue lui coûta bien des larmes. « Ah ! disait-il, est-il possible qu'il y ait si peu de cœurs qui aiment de la belle manière ; mais combien dans ce très petit nombre de personnes qui aiment Dieu pour Dieu, s'en trouve-t-il qui, aimant Dieu pour Dieu, n'aiment que lui seul, et avec fidélité ? »

Le bienheureux Henri de Suso à peine en remarqua-t-il quelques-uns en sa dernière roche, c'est-à-dire, en la révélation qui lui fut faite des plus hautes voies de la perfection. C'est ce qui nous a obligé de donner d'autres motifs en ce petit Traité, afin qu'au moins les hommes aiment en quelque manière que ce soit : mais tous ces motifs ne sont considérables que parce qu'ils se terminent à Dieu. C'est Dieu qui donne la valeur à toutes choses, et sans lui toutes choses ne sont rien.


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Message  Monique Jeu 31 Déc 2020, 8:35 am

La nature angélique a des perfections admirables ; mais elle ne les tire que de Dieu seul, et ce n'est qu'en lui qu'elle possède des élévations si glorieuses. C'est à Dieu seul, enseigne le dévot saint Bernard, après l'Écriture, que l'honneur est dû et la gloire. Il est vrai, dit ce saint Père, que nous ne devons pas être ingrats envers les saints anges ; que nous leur devons avoir une grande dévotion, et être beaucoup reconnaissants pour leurs bontés ; que nous devons être tout pleins d'amour pour de si nobles créatures, qui nous aiment si véritablement ; que nous les devons honorer autant que nous pouvons, et que nous devons avoir pour eux tous ces amours et toutes ces reconnaissances. Aimons, s'écrie ce saint homme, et honorons les anges ; cependant tout notre amour et tout notre honneur doit être rendu à celui dont nous avons reçu, et eux et nous, tout ce que nous avons, soit pour aimer et honorer, soit pour être aimés et honorés : et après tout qu'avons-nous de reste, nous qui devons à Dieu tout notre cœur, toute notre âme, toutes nos forces ? C'est donc en Dieu et pour Dieu qu'il faut aimer les anges. C'est Dieu qui doit être le grand motif de toutes nos dévotions ; et heureuses les âmes que non-seulement la vue de Dieu, mais la vue de Dieu seul fait agir. C'est pour ces âmes saintement désintéressées que nous avons mis Dieu seul pour leur servir de motif dans l'amour et la dévotion que nous les invitons d'avoir pour les esprits du pur amour. Si ce n'est que Dieu seul qu'elles regardent dans les choses, à la bonne heure ; elles peuvent donc bien considérer et aimer les anges, car elles les trouveront tout remplis de Dieu seul.

L'épouse, dans les Cantiques (III, 2-4), cherche ce Dieu seul au milieu des nuits sombres, et des obscurités de cette vie ; et dans l'ardeur de l'amour qui la presse, elle va de tous côtés : elle cherche ce bien-aimé dans les rues et les places publiques, elle en demande des nouvelles à tous ceux qu'elle rencontre ; mais tous ses efforts demeurent inutiles et sans effet. Enfin, elle est rencontrée par les gardes de la ville ; et les ayant un peu passés, elle trouve avec joie le bien-aimé de son cœur. Or cette amante sacrée est l'âme, divinement éprise du pur amour ; c'est pourquoi elle est épouse à raison de son union avec Dieu seul. Comme ses affections ne sont pas partagées, elle mérite le lit nuptial du divin époux ; aussi dit-elle qu'elle le cherche en son lit. Cet époux lui déclare qu'il a été blessé d'amour par l'un de ses yeux, et par un seul de ses cheveux (Cant. IV, 9) : il veut marquer par là l'unité de ses affections ; il ne parle que de l'un de ses cheveux, parce qu'elle n'a qu'une seule liaison ; que de l'un de ses yeux, parce qu'elle ne regarde qu'une seule chose, et c'est ce qui lui a ravi son cœur : ainsi elle ne pense qu'à lui, et ne veut que lui seul. Elle va donc dans les rues et les places publiques, le cherchant uniquement ; elle ne se met pas en peine s'il fait nuit ; elle ne songe pas qu'elle marche dans les ténèbres, son amour lui sert de flambeau et de guide : de même l'âme qui a le pur amour, s'appuyant uniquement sur la foi, cherche Dieu seul sans cesse au travers de tous les voiles des choses créées, et dans les rues et les places publiques, c'est-à-dire, de tous côtés ; et comme l'épouse demande son bien-aimé, sans même le nommer, l'amour qui l'a transportée lui faisant croire que tout le monde sait le sujet de ses affections ; aussi cette âme crie partout, Dieu seul, sans prendre garde à ceux qui entendent ce langage ou non : elle méprise avec facilité l'aveuglement de ces gens, à qui ce discours est comme une langue étrangère.


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Message  Monique Ven 01 Jan 2021, 8:11 am

Le langage de l'amour, dit saint Bernard, est un langage barbare à ceux qui n'aiment pas. Si je parle, dit l'amoureux saint Augustin, à une personne qui aime, elle ressent assez ce que je dis : si je parle à un cœur glacé et dépourvu de l'amour, il ne l'entend pas. L'épouse ne trouve pas son bien-aimé ; c'est que son bien-aimé est Dieu seul : et dans tous les hommes il y a autre chose que Dieu seul ; si on excepte celle qui ne peut souffrir de comparaison, la toujours incomparable Vierge Mère de Dieu.

Le péché se rencontre dans tous, ou le péché mortel, ou véniel, ou au moins originel ; s'il est vrai que quelques saints aient été préservés du péché véniel, comme quelques-uns le pensent de saint Jean-Baptiste : mais enfin, ce bien-aimé se trouve après la rencontre de ceux qui veillent sur la garde de la cité ; c'est que ces gardes posés sur les murs de Jérusalem, qui veillent continuellement, sont les saints anges ; et on trouve le bien-aimé en les rencontrant, parce qu'il n'y a et n'y a jamais eu en eux que Dieu seul. Il est vrai que l'épouse déclare qu'elle a trouvé son bien-aimé, après avoir un peu passé ces gardes parce que le pur amour ne s'arrête pas même aux beautés, ni à toutes les autres perfections des anges, pour aimables et pour charmantes qu'elles puissent être : il passe tout cela, et s'en va uniquement à Dieu seul, l'auteur de toutes ces grâces et de tous ces dons, le principe et la fin de toutes choses.

Celui qui a le pur amour est dans une mort générale à tout ; et c'est cette mort qui apprend la science de ce pur amour : c'est pourquoi saint Bernard souhaitait de mourir de la mort des anges ; il entendait par cette mort cet éloignement parfait de toute attaque à l'être créé ; et dans le désir du pur amour, il soupirait fortement après ce saint dénuement de tout ce qui n'est pas Dieu. Où trouvera-t-on la sagesse ? dit le saint homme Job. (XXVIII, 12) Ce n'est pas en la terre de ceux qui vivent délicieusement : l'abîme et la mer disent qu'elle n'est pas avec eux. D'où vient donc la sagesse ? Elle est cachée aux yeux de tous les vivants, de tous ceux qui sont en eux-mêmes ; elle est même inconnue aux oiseaux du ciel, aux esprits plus élevés, aux personnes les plus doctes, à tous ces savants, à tous ces grands hommes. Il n'y a que la perdition et la mort, qui ont dit qu'ils en avaient appris quelque chose, et qu'ils en savaient des nouvelles.

Ô mon Père, disait notre Maître, je vous confesse que vous avez caché ces choses aux sages et prudents, et que vous les révélez aux petits ! Oh ! Que bienheureux donc les pauvres d'esprit ! Oh ! Que bienheureux ces morts qui meurent au Seigneur, à qui la science de Dieu seul est donnée, et dont la volonté n'est attachée qu'à ce Dieu seul !


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Message  Monique Sam 02 Jan 2021, 8:13 am

Ces âmes ne voyant que cette Majesté infinie dans les saints anges, sont ravies, dans l'heureuse découverte qu'elles en font, ces troupes glorieuses. Ô troupes célestes, disent-elles, que vous êtes aimables dans vos beautés, puisqu'elles ne sont que de très purs miroirs de la beauté de Dieu, sans la moindre petite tache ! Il faut bien que nous vous aimions, puisqu'on ne voit que Dieu vous, puisque vous en avez été toujours remplies, puisque n'ayant jamais été à vous-mêmes, vous avez été toujours à lui seul. Grands princes de l'Empyrée, quel moyen de ne vous pas aimer, puisque vous avez toujours aimé et toujours été aimés de l'amour même, puisque sans cesse vous avez aimé autant que vous avez pu aimer : car il très vrai que vous n'avez pas été un seul moment sans amour, et sans le pur amour. Ô mon âme, si nos inclinations doivent être réglées par les inclinations d'un Dieu, les anges doivent bien être le plus digne sujet de nos plus tendres affections. Ô mes désirs, allez donc, mais courez, volez à ces ravissants objets, à ces aimables esprits, à glorieux princes de la bienheureuse éternité. Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.


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Message  Monique Dim 03 Jan 2021, 8:17 am

SECOND TRAITÉ

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PREMIÈRE PRATIQUE

Avoir une dévotion singulière aux anges, archanges et principautés


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Les trois ordres de la troisième et dernière hiérarchie des anges sont composés des anges, des archanges et des principautés, ou, selon quelques-uns, des vertus. Cette dernière hiérarchie est appliquée spécialement aux soins des hommes, des royaumes et provinces, ou de quelques autres choses particulières qui regardent le bien de l'homme. Nos anges gardiens sont pris ordinairement du troisième ordre de cette hiérarchie : les archanges veillent sur les empires et sur les provinces ; et les principautés communiquent aux anges et archanges les ordres de la divine Providence, qu'ils reçoivent de la seconde hiérarchie. Ils sont appelés principautés, selon saint Grégoire, parce qu'ils sont les princes des célestes esprits des deux ordres inférieurs de leur hiérarchie. Les anges manifestent la divine volonté dans les choses ordinaires ; les archanges la font connaître en celles qui sont de plus grande conséquence ; et les uns et les autres l'apprennent et en reçoivent les lumières par les principautés, qui représentent d'une manière spéciale l'empire et la souveraineté de Dieu. Or, les bontés charitables des bienheureux esprits de cette hiérarchie envers les hommes, sont si excessives, sont si admirables, que jamais nous ne pourrons assez ni les reconnaître, ni les admirer ; mais au moins aimons-les autant que nous les pourrons aimer : je sais bien que ce ne sera jamais selon leurs mérites : fasse le ciel, que ce soit de toutes nos forces, autant que l'ordre de Dieu le demande de nous, et en la manière qu'il désire !

Ayons donc une singulière dévotion à nos bons anges gardiens : en vérité, il est bien difficile de s'en défendre ; et il faut n'avoir plus du tout de lumières, et être sans cœur pour ne pas entrer, à leur égard, dans tous les sentiments possibles d'une entière et parfaite reconnaissance. Honorons beaucoup tous les anges gardiens des infidèles, et allons de temps en temps en esprit pour converser avec eux, et leur tenir compagnie, pour leur marquer les regrets de nos cœurs sur l'infidélité des personnes qu'ils gouvernent. Hélas ! bien loin de les remercier de leurs soins amoureux, ces pauvres infidèles ne savent pas même qu'ils en sont assistés. Admirez ces princes du ciel, et leur patience infatigable : considérez-en tant de millions dans ces terres étrangères, qui veillent sans se lasser sur tous ces misérables, sans que jamais ils en reçoivent la moindre reconnaissance ; tâchez de suppléer, le moins mal qu'il vous sera possible, à leur oubli ; que ces ingratitudes, ou cette ignorance, vous remplissent le cœur de mouvements d'amour pour ces esprits d'amour. Communiez de temps en temps en leur honneur ; faites des mortifications, donnez des aumônes, entendez la messe, et faites-la célébrer ; surtout comme nous l'avons déjà dit, tenez-leur compagnie en esprit, allez souvent leur rendre visite. Ah ! si les princes de la terre, si les rois du monde étaient en quelque lieu où vous puissiez avoir l'honneur de les saluer, de les entretenir à votre aise, de gagner leur amitié, et ensuite d'en être considérés, que feriez-vous ?

Voici des princes et des rois de l'Empyrée que vous pouvez saluer à loisir, dont vous pouvez avoir les bonnes grâces, qui sauront bien récompenser tôt ou tard l'affection que vous aurez pour eux. Comme ils sont délaissés, ils en auront plus de sujet de vous aimer davantage. Un grand roi et bien généreux qui recevrait hors de son royaume et dans l'abandonnement de ses sujets, des services considérables, ne manquerait pas de les reconnaître hautement quand il serait paisible dans ses États ; jugez de là ce que vous devez attendre de ces nobles esprits. Faites des dévotions en leur honneur, pour obtenir de la divine bonté, la conversion des peuples qui sont sous leur charge ; afin que connaissant l'adorable Jésus et l'aimable Marie, ils connaissent aussi et révèrent ces grands de la cour céleste. Je vous dis la même chose des anges gardiens des hérétiques, des anges gardiens de tant de pauvres gens de la campagne, qui n'ont guère plus de lumières sur les saints anges, que ceux qui vivent au milieu des terres infidèles. Entrez dans les mêmes pratiques à leur égard, et priez souvent que leur dévotion s'établisse par leur connaissance et leur amour.


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Message  Monique Lun 04 Jan 2021, 6:47 am

Ayez de la dévotion aux anges gardiens de vos amis ; ils vous rendent en bien des rencontres des assistances plus grandes que vous ne pensez, et quelquefois même ils vous donnent des secours que vous ne recevez pas de votre propre ange gardien : il y a des occasions où ils s'intéressent pour le bien de ceux dont ils ont soin, sachant que votre amitié leur est utile pour le salut de leurs âmes. Comme il n'y a rien que ces saints esprits aient plus en horreur que les amitiés mauvaises ou dangereuses, une des choses aussi qui les console davantage, est une sainte union pour l'intérêt de Dieu. Les diables travaillent, autant qu'ils peuvent, à lier de mauvaises amitiés, et les bons anges à les rompre. Les saints anges unissent avec soin les personnes qui vont à Dieu, et les diables n'oublient rien pour les séparer, et y mettre quelque désunion. Une sainte personne ayant contracté une amitié fort chrétienne avec une autre, le diable, envieux du bien qui en arrivait, en prit une, et la jeta du haut d'un degré par terre. L'ange gardien de la personne amie accourut bien vite à son secours, et empêcha qu'elle ne fût blessée ; mais ce qui est remarquable, c'est que ce fut l'ange de la personne amie, et non pas le gardien de celle qui fut précipitée par le démon.

Dans ce nombre de vos amis, les directeurs spirituels y doivent tenir l'un des premiers rangs ; priez leurs bons anges qu'ils leur inspirent des conseils purs et conformes à la divine volonté : vous devez aussi bien considérer ceux de vos pères, mères, parents, ceux des autres personnes dont vous avez affaire, et qui vous rendent ou peuvent rendre quelque service ; l'honneur que vous rendrez à leurs anges ne sera pas sans effet, et vous obtiendrez par leurs moyens ce que vous ne gagneriez jamais par une autre voie. Souvenez-vous bien aussi des anges gardiens de toutes les personnes qui vous obligent ou qui vous ont obligés ; ces anges ont plus de part que vous ne croyez aux bienfaits que vous en avez reçus. Honorez les anges de vos ennemis, de ceux qui vous sont opposés en quelque manière que ce soit, c'est le vrai moyen de leur adoucir le cœur ; ou, s'il est plus de la gloire de Dieu que vous en souffriez, ces glorieux esprits vous obtiendront des grâces spéciales pour faire un bon usage de vos souffrances, et pour aimer cordialement ceux qui vous haïssent, ou qui vous font de la peine. N'oubliez pas de rendre vos respects aux princes du ciel, qui gouvernent le Souverain Pontife, les évêques et autres personnes qui veillent sur l'Église, les rois, princes, gouverneurs et autres administrateurs des choses temporelles.


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Message  Monique Mar 05 Jan 2021, 7:46 am

Les archanges des royaumes et des provinces doivent encore faire le sujet de vos dévotions ; comme aussi ceux des villes et villages où vous demeurez, et par où vous passez. C'était la dévotion du saint homme, le P. Le Fèvre, premier compagnon de saint Ignace ; et saint François de Sales en fait une honorable mention, en son livre de l'Introduction à la vie dévote. Saint François Xavier, allant aux Indes, fit ses dévotions au saint archange de ces pays ; et étant encore à Rome, il fut visité et exhorté puissamment de passer en ces terres étrangères par un ange habillé en Indien. Ce Macédonien, qui parut à saint Paul, et qui le pressait d'aller en Macédoine, pour y prêcher l'Évangile était sans doute l'archange de ce pays-là !

Nous avons dit ci-devant, qu'il y avait des anges qui prennent soin des cieux, du soleil, du feu, de l'air, des eaux, de la terre, et même des autres créatures qui sont dans le monde. Et l'angélique Docteur tient que Dieu se sert du ministère des esprits du ciel, pour tout ce qu'il fait ordinairement ici-bas en terre. C'est par eux que les fléaux de sa divine justice sont détournés, que les embrasements et les incendies s'éteignent, que les inondations cessent, que la peste s'apaise, que l'air se purifie, que les terres deviennent fertiles, et enfin que toutes sortes de biens nous arrivent, et que nous sommes préservés d'une infinité de maux ; et souvent tout cela sans que nous nous en apercevions, sans que nous sachions les obligations que nous en avons aux saints anges. Prenons donc aujourd'hui une bonne résolution de les en remercier quelquefois, et de les invoquer et faire invoquer par des prières publiques et particulières, en temps de famine, de guerre, ou de peste, dans les autres maladies et besoins, pour la sécheresse et la pluie, pour les grains de la terre, et en toutes sortes de nécessités. Nous avons aussi dit que c'étaient les protecteurs à qui nous devons avoir recours en toutes choses, et les plus puissants que le ciel nous ait donnés pour détruire toute la puissance de nos adversaires.


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Message  Monique Mer 06 Jan 2021, 7:49 am

Nos églises ont des anges qui les gardent, et les autels mêmes ; et ils se rendent à grandes troupes auprès des tabernacles, où repose le très-saint sacrement de l'autel, pour y faire la cour à leur souverain. Plusieurs saints les ont vus rendre leurs adorations à leur grand Roi et au nôtre. Un saint ermite apprit de la bouche même d'un ange, qu'il gardait un autel, et qu'il n'en était point parti depuis sa consécration. C'est à ces anges que nous devons souvent avoir recours, afin qu'ils suppléent à nos négligences, à nos tiédeurs, et à notre peu de respect devant le Dieu d'infinie majesté, au très saint sacrement, afin qu'ils apaisent sa colère justement irritée, pour tant d'irrévérences qui se commettent en nos églises, afin qu'ils ouvrent les yeux à la plupart des Chrétiens qui font si peu d'attention à la vénération qui est due à nos temples. Il est bon de s'unir à ces esprits célestes, à leurs respects, à leurs amours ; et, à l'imitation du Psalmiste, chanter les louanges de Dieu en leur présence.

Ô mon Seigneur et mon Dieu, souffrez ici que mon cœur se répande et soupire devant votre majesté, sur le déplorable aveuglement que l'on remarque parmi votre peuple, qui est le peuple de lumière. Est-ce donc vous, ô Dieu infiniment adorable ! qui êtes caché avec toutes vos grandeurs sous le voile des espèces de la divine Eucharistie ? Est-ce votre corps, votre sang, votre âme, votre divinité, qui est réellement et véritablement au très-saint sacrement de l'autel ? Reste-t-il encore quelque peu de foi pour ces vérités si indubitables ?

Mais est-ce une illusion ce que nous voyons, ce que nous touchons, ce que nous apercevons si souvent dans le traitement que vous recevez des hommes en cet auguste mystère ? Les cheveux dressent, et il n'y a partie dans tout le corps qui ne tremble de frayeur, quand l'on considère les abominables profanations que font les sorciers, de ce sacrement d'amour, et les impiétés horribles des hérétiques, à l'égard de ce mystère adorable. Mais qui pourra jamais concevoir les irrévérences des fidèles, des personnes qui croient et qui craignent, et qui se disent prêts de mourir pour cette vérité ; que vous êtes, ô mon Dieu, ô adorable Jésus, très présent en la divine Eucharistie. Anges du firmament, quel spectacle est-ce pour vous que la vue d'un tel aveuglement ? Ah ! Qu'il faut bien dire que votre patience prend ces mesures de celle de ce débonnaire Sauveur, pour souffrir de telles irrévérences ! Non, il le faut dire à la face du ciel et de la terre, on ne peut en revenir ; il n'est pas possible, il faut se perdre d'étonnement lorsque l'on considère des ténèbres si effroyables. Ô mon Dieu ! Ô mon Dieu ! Vivons-nous dans un pays catholique ? Nos églises et nos autels sont-ils entre les mains des fidèles ? Ces peuples qui s'y rendent en foule, ont-ils quelque reste de foi ? Sommes-nous enchantés dans la découverte que nous faisons de ce qui se passe ; et si ce sont des vérités, pouvons-nous vivre ? Est-il possible que nous puissions rester dans un lieu où notre Maître est si étrangement traité ?


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Message  Monique Jeu 07 Jan 2021, 8:29 am

Écoutez, Chrétiens, mais écoutez-le bien : C'est une chose hors de doute, que sous la moindre petite parcelle du très saint sacrement de l'autel, le grand Dieu des éternités y est très véritablement ; tous les catholiques en demeurent d'accord. Mais quels soins apporte-t-on pour empêcher les profanations qui en peuvent arriver ? Oh ! Combien de prêtres, peu instruits des saintes rubriques, ou peu appliqués aux soins du corps adorable d'un Dieu, ne font presque point d'attention pour recueillir soigneusement les parcelles qui peuvent rester sur la patène ou sur le corporal ! La plupart des autels portatifs sont si petits, que l'on ne peut pas retirer le saint calice un peu à côté ou en arrière pour avancer la patène sur le corporal, et pouvoir lever ledit corporal, et en faire tomber les parcelles qui y restent sur la patène, en sorte que très souvent le corps du Fils de Dieu y demeure, et tombe par terre, ou bien est porté à l'eau, quand il les faut blanchir. Combien trouve-t-on de corporaux troués, ou dans une saleté qui fait bondir le cœur ?

L'expérience fait voir dans les maisons religieuses, où l'on se sert à la grille d'une patène quand l'on communie, ou de quelque taffetas rouge ou vert, parce que la couleur du linge ne permet pas de voir les parcelles de la sainte hostie, qui sont de la même couleur ; l'expérience, dis-je, fait connaître que souvent plusieurs parcelles se détachent insensiblement du très saint sacrement, et que par suite, dans les lieux où il n'y a qu'une nappe ordinaire, elles tombent, ou sur cette nappe, ou par terre, à moins que le prêtre ne veille extraordinairement à porter le ciboire de telle manière, qu'il soit toujours au-dessous de la sainte hostie, ce qui n'est pas presque possible en plusieurs occasions. Si elles tombent sur la nappe, elles tombent aussi par terre ; car à chaque fois que l'on communie, on laisse aller la nappe, et l'on n'y fait pas davantage de réflexion ; ensuite on la plie, on ne la regarde pas, et quand on le ferait, les petites parcelles qui sont presque imperceptibles, ne se pourraient pas voir, à raison de la couleur blanche du linge. Voilà donc le corps d'un Dieu foulé aux pieds, et quelquefois sous les souliers d'une chétive créature.


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Message  Monique Ven 08 Jan 2021, 8:10 am

Combien de tabernacles pleins d'araignées ou de poussière, et si peu fermés, que l'on ne voudrait pas en sa maison avoir des armoires si peu sûres et si sales pour y renfermer les moindres choses ! Combien de prêtres en laissent-ils la clef dans l'église, sans être enfermée sous quelque autre clef, que l'on doit emporter, si l'on n'emporte pas celle du tabernacle ? Et combien de profanations arrive-t-il de ce peu de soin ? Nous parlons des choses que nous savons. Combien de ciboires, honteusement couverts de méchants haillons, pour y mettre la divinité, le corps et le sang de l'adorable Jésus ? Cependant les Chrétiens savent et voient ces choses, et presque personne ne pense à y apporter remède. L'on entend, hé mon Dieu ! Combien de fois l'ai-je entendu ? combien de fois me l'a-t-on dit ? Il n'y a point d'argent pour avoir même un peu de linge pour faire des corporaux ou purificatoires ! Les plus pauvres paysans en trouveront pour leur avoir des chemises et des collets ; mais pour vous, mon Dieu, vous n'avez pas ce crédit.

Ô Messieurs et Mesdames, qui avez tant de beau linge, tant de beaux meubles, tant de vaisselle d'argent, et qui en avez quelquefois pour les plus bas usages, que direz-vous au jour du jugement ? Pasteurs qui avez le soin de ce corps adorable, que lui direz-vous ? Sera-ce une excuse pour vous, de dire en ce jour redoutable, que l'Église n'avait pas d'argent pour avoir des corporaux, pour avoir quelque petit ciboire ou calice ? L'épargne d'un festin, de quelque repas, ou quelque autre dépense, y serait plus que suffisante ; je dis pour des calices et des ciboires ; car deux écus, ou moins, vous suffiraient pour avoir des corporaux, qui quelquefois sont si étroits, que le prêtre, après la consécration, à peine peut-il y tenir les mains. On verra dans la chapelle d'un gentilhomme un calice d'étain ; dans celle de plusieurs ecclésiastiques, qui en ont de bons revenus, la même chose, et presque point de corporaux ou d'ornements pour le saint autel. Mais est-il bien possible que ces choses que nous avançons soient véritables ? Y a-t-il encore quelque foi du très saint sacrement parmi les Chrétiens ? Nos cœurs peuvent-ils bien subsister après cela, sans se feindre de douleur ? Qui me donnera une voix de tonnerre, pour crier par toute la terre aux enfants des hommes, et leur reprocher leur dureté et leur insensibilité ?


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Message  Monique Sam 09 Jan 2021, 9:15 am

Ô anges du paradis, je m'adresse à vous, sachant bien que les hommes sont des endurcis : ayez donc soin, je vous en conjure, je vous demande cette grâce, prosterné à vos pieds, dans le regret de mon cœur, et baigné de larmes ; ayez soin du corps de notre Souverain. Ayez soin de toutes les parcelles des saintes hosties ; donnez de saints mouvements aux prêtres pour les bien nettoyer avant de les consacrer, et pour se servir ensuite de tous les moyens possibles, afin que celles qui restent après la consécration ne soient pas profanées. Inspirez de fortes vues aux prélats, aux archidiacres et aux visiteurs, pour tenir la main pour trouver des moyens à ce que le corps d'un Dieu soit traité, soit gardé avec toute sorte de respect. Donnez de plus en plus des lumières à ceux qui élèvent les ecclésiastiques dans les séminaires, à y donner les instructions nécessaires sur un sujet de telle importance ; faites que dans les conférences des ecclésiastiques l'on s'en entretienne, l'on en parle, l'on avise aux remèdes ; touchez le cœur des personnes qui ont quelque commodité, à ce que dans les diocèses l'on s'unisse ensemble pour faire quelque fonds pour avoir des ciboires, calices, corporaux. Je sais, dans l'expérience que j'en ai, par un grand nombre de visites que mon ministère m'oblige de faire tous les ans, que si l'on avait un peu de zèle, il serait facile en quelques années, par les soins d'un prélat, des archidiacres, des curés, de la noblesse et de quelques personnes accommodées, d'avoir des tabernacles décents, des ciboires d'argent ; ou dans les lieux qui sont sujets à être volés, des ciboires de cuivre, dont la concavité serait remplie d'une façon de coupe d'argent, qu'il est facile d'approprier au ciboire fort au juste, et de l'y attacher proprement pour y mettre les saintes hosties, et cela pour peu de dépense, deux écus y pouvant suffire. Ces sortes de ciboires sont aussi propres que les petites boites d'argent, et sont plus d'usage, à raison qu'ils contiennent un plus grand nombre d'hosties, qui n'y sont pas exposées, comme dans les petites boîtes, à plusieurs périls que l'on voit en arriver, lorsque l'on s'en sert pour communier à Pâques, ou en d'autres fêtes solennelles, quand il y a grand nombre de personnes qui approchent de la sainte table ; il serait aisé, dis-je, d'avoir des tabernacles raisonnables, aussi bien que des ciboires, et de ne se servir plus que de calices d'argent, et de fournir toutes les églises et chapelles de corporaux et purificatoires qui seraient en bon ordre.


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Message  Monique Dim 10 Jan 2021, 8:31 am

Sublimes intelligences, aimables gardiens des chapelles, faites connaître le désordre où elles sont ; faites-en faire la visite exacte ; car très souvent on ne les visite point, l'on se contente de celles des paroisses, ce qui fait qu'à peine sait-on ceux qui en sont les titulaires, qui souvent n'y viennent point, qui en mangent le revenu impunément, qui laissent les fondations, qui ne s'en acquittent que d'une partie et qui ne font aucune dépense pour ces chapelles ou prieurés qui sont dans un état pitoyable, sans ornements, sans décoration, qui paraissent plutôt des étables ou des granges, que des chapelles destinées à la consécration du corps et du sang d'un Dieu.

Oh ! Quel compte les prélats rendront-ils de tous ces lieux, où il se commet des irrévérences perpétuelles contre le plus auguste de nos mystères, par le peu de soin qu'ils en ont. Je ne puis ici m'empêcher que je ne dise une remarque que j'ai faite en mes visites. S'il manque à une église une bannière ou un drap de mort, l'on voit un grand empressement pour trouver de l'argent pour en avoir ; si l'on parle sur ce sujet, l'on est écouté, l'on est aidé ; chacun crie que c'est un désordre, et quoique la dépense soit assez considérable, l'on trouve les moyens de la faire : faut-il deux écus pour mettre un ciboire dans la décence, en la manière que nous l'avons dit, ou pour avoir des corporaux, chacun ne dit mot, personne n'y veut entendre. Voilà où va l'aveuglement des Chrétiens, ce qui marque assez et la dureté des cœurs, et le manque de foi. Quelquefois même l'on s'opposera à avoir un calice d'argent, ou un ciboire ; l'on criera qu'il suffit bien d'en avoir un d'étain ; que l'on s'en est bien contenté par le passé, et l'on voudra mettre l'argent de la fabrique en rente. Je laisse à penser à toutes les âmes de piété, à ce qu'elles feront pour travailler à remédier à des choses si déplorables, et je convie avec larmes, toutes celles qui sont touchées de la gloire de l'adorable Jésus au très saint sacrement, de faire quantité de dévotions en l'honneur des saints anges, et spécialement de ceux qui résident dans nos églises, qui sont auprès du très saint sacrement, qui en gardent les autels, afin qu'ils demandent pardon à la majesté divine de nos irrévérences, de nos froideurs, de notre aveuglement, de notre dureté, et à ce qu'ils inspirent des moyens convenables pour faire rendre les respects qui lui sont dus dans ce mystère d'amour.


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Message  Monique Lun 11 Jan 2021, 8:21 am

Ce que rapporte le P. de Bary Jésuite, en son digne livre de la Dévotion des anges, fait bien voir que les communautés ou congrégations ont aussi des anges qui en prennent soin. Il assure donc avoir appris du confesseur d'un jeune homme de la ville d'Eu, que ce jeune homme étant fort malade vers l'heure de midi, un jour de mercredi, deux anges, pleins de majesté et de beauté, lui apparurent, et qu'ils le consolèrent jusqu'au moment de sa mort, qui fut le samedi suivant, comme ils lui avaient prédit. Or l'un de ces anges lui dit qu'il était son ange gardien, et l'autre, le tutélaire de la congrégation de la très sacrée Vierge, établie en cette ville, au collège de la Compagnie de Jésus. L'ange de la congrégation lui dit de plus, qu'ils étaient envoyés par le commandement de la très sainte Mère de Dieu, pour l'assister de la sorte, à raison de la patience qu'il avait eue dans un mauvais traitement de son père et de sa mère, particulièrement ayant pu l'éviter, s'il eût voulu, et parce qu'il avait fidèlement observé les règles de la congrégation.

C'est une sainte pratique d'implorer le secours des anges du diocèse dans lequel on est, et des anges de celui qui en est le prélat ; et de ses officiers, afin qu'ils obtiennent l'établissement du règne de Jésus-Christ dans les fidèles qui y demeurent, la destruction de l'empire de Satan, et les lumières et la force nécessaires pour gouverner saintement le diocèse ; et afin qu'ils empêchent la malice et les ruses des diables, qui travaillent toujours à détruire les moyens dont Dieu veut se servir pour l'établissement de ses divins intérêts.

Enfin, il faut être dévot aux anges, pour en obtenir la pureté de corps et d'esprit, la charité envers le prochain, et la patience ; aux archanges, pour en obtenir le zèle de l'intérêt de Dieu pour nous et pour les autres, spécialement pour les princes de l'Église et l'État séculier, pour les personnes publiques, pour le bien spirituel et temporel des royaumes et provinces ; aux principautés, pour la réforme de notre intérieur. L'homme est un petit monde, et il doit commander à ses passions, et les gouverner en roi. Mais comme sa puissance est merveilleusement affaiblie par le péché, il a besoin d'être soutenu, pour ne se pas laisser vaincre à soi-même. Les principautés qui portent à cette glorieuse qualité, par le commandement que Dieu leur a donné sur les anges inférieurs, lui rendront de puissants secours, s'il tâche à ne s'en pas rendre indigne : mais pour cela il faut honorer, avec de profonds respects, ces grands princes du paradis.


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Message  Monique Mar 12 Jan 2021, 7:33 am

DEUXIÈME PRATIQUE

Honorer particulièrement les puissances, les vertus et les dominations


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La seconde hiérarchie est composée des puissances, des vertus et des dominations ; ou, selon quelques-uns qui mettent les vertus dans la dernière hiérarchie, des principautés, des puissances et des dominations. Les dominations, comme seigneurs ou premiers de la seconde hiérarchie, donnent les ordres dans les choses de Dieu ; les vertus donnent des forces pour les exécuter, et les puissances résistent aux diables qui s'y opposent, détruisant leur pouvoir, et surmontant tous les obstacles qui s'y rencontrent.

C'est donc les dominations qui, donnant les ordres de Dieu, nous font connaître sa sainte volonté. Oh ! Que nous serions heureux, si nous pouvions bien discerner la volonté divine d'avec la nôtre ! Combien de fois l'amour de nous-mêmes et de la créature, qui ne peut produire en nous que de l'aveuglement, nous donne-t-il le change, et nous fait-il prendre notre volonté pour celle de Dieu ? Une âme un peu touchée du divin amour a de la peine, quand elle connaît bien la divine volonté, à s'y opposer : mais la nature corrompue vient secrètement, et nous fait penser facilement que ce que nous voulons est dans l'ordre de Dieu. Nous voudrions bien que la volonté de Dieu fût faite ; mais nous serions bien aises que la nôtre se fit aussi ; ainsi l'on tâche d'accorder la volonté divine avec la sienne. Ce désordre est bien plus grand que plusieurs ne pensent parmi les spirituels : la dévotion aux dominations y est un grand remède, puisque c'est le propre de ces esprits de lumière de nous faire connaître les ordres de Dieu ; ils sont comme les secrétaires d'État du grand roi Jésus.


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Message  Monique Mer 13 Jan 2021, 8:53 am

Mais ce n'est pas assez de savoir les ordres de Dieu, il en faut venir à l'exécution. Celui qui connait la volonté de son maître, et ne la fait pas, sera grandement châtié. Ô mon Dieu ! Qu'il est juste que vos créatures vous soient parfaitement assujetties ! Ô Seigneur ! Qui est semblable à vous ? Qui peut paraître en votre divine présence, et y être considéré ? Tout l'univers devant vous n'est qu'une goutte de rosée, et toutes les nations qu'un pur néant. Quelle misère de ne pas voler au moindre signe de votre bon plaisir ! Ô bon plaisir divin ! Puisses-tu être à jamais notre unique plaisir. Allons, mon âme, allons, tirons toujours de ce côté-là : que le monde, et tout ce qu'il y a au monde, soit pour vous à jamais un sujet d'horreur. Oh ! Que votre volonté se fasse, ô mon Dieu ! En la terre comme au ciel !

Cependant avec tous nos bons desseins, nous ne faisons rien qui vaille ; nos vues sont plus longues que nos bras. L'on voit du haut d'une tour un chemin très fâcheux par où il faut passer ; et la vue en est plus facile sans doute, que la peine qu'il faut souffrir lorsqu'on y marche actuellement. Il en va de même dans nos raisons ; il nous semble que rien ne nous arrêtera ; et lorsqu'il faut combattre, de petits nains font perdre le cœur à ceux qui défaisaient, en leurs pensées, des géants et des monstres. Nous ne sommes que pure faiblesse ; nos sens, nos inclinations nous gouvernent. Vous verrez des personnes de dévotion, qui semblent faire des merveilles, rendre les armes à une petite inclination, se laisser abattre à un je ne sais quoi ; cela fait la dernière pitié : après tout cela, notre impuissance ne nous est pas encore connue ; nous sommes encore plus faibles que jamais nous ne pouvons penser. Que la dévotion aux vertus soit donc notre ressource, pour être soutenus de ces fortes intelligences.

Invoquons-les dans nos faiblesses ; conseillons-en la dévotion à tous ceux qui tombent si souvent, quelques bons désirs qu'ils aient ; appelons-les à notre aide ; aimons-les, et les bénissons quand nous aurons surmonté quelque attache, ou résisté à quelque inclination de la nature. Saint Grégoire estime que c'est par les vertus que Dieu ordinairement fait la plupart des miracles ; ayez donc bien de l'amour pour ces anges ; et dans les besoins extraordinaires du corps et de l'esprit, dans les maladies publiques et autres maux, ayez recours à eux. C'est encore par eux que Dieu gouverne les saisons, et généralement les cieux et les éléments, quoiqu'il y ait des anges de la dernière hiérarchie qui en prennent un soin particulier. Dans le temps de la peste, d'inondations et choses semblables, une des meilleures choses que l'on puisse faire, c'est de les prier et de les honorer.


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Message  Monique Jeu 14 Jan 2021, 7:53 am

Nous avons dit ailleurs les différentes tentations des démons, leurs ruses, leurs malices et leurs forces, et qu'il ne nous est pas possible de résister à ces forces invisibles, de nous-mêmes ; nous avons dit que les saints anges nous étaient donnés pour en triompher.

Mais il faut dire ici que c'est au chœur particulièrement des puissances, que Dieu adonné un pouvoir très spécial de détruire tous les efforts des malins esprits ; et l'un des plus grands secrets de la vie spirituelle est de s'appliquer avec soin à honorer les bienheureux esprits en chœur. Il n'est ni en mon pouvoir ni en celui des autres hommes, de faire voir assez hautement les merveilleux effets qui en proviennent. Selon ma petite lumière, c'est l'une des dévotions qu'il faut le plus insinuer, que celle des puissances, comme l'une des plus nécessaires et des plus avantageuses.

Quand l'on voit des orages s'élever dans l'Église ou dans l'État, des soulèvements contre des gens qui travaillent à la gloire de Dieu, des oppositions extraordinaires qui se forment aux grands biens que l'on pensait à faire dans les diocèses, dans les villes, campagnes et provinces, pour lors il faut faire quantité de dévotions en l'honneur de ces puissances du ciel, afin qu'elles détruisent et renversent toute la puissance et les misérables desseins de l'enfer.


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Message  Monique Ven 15 Jan 2021, 8:25 am

TROISIÈME PRATIQUE

Avoir de profonds respects et des amours extraordinaires pour les trônes,

chérubins et séraphins



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La première hiérarchie est composée des séraphins, des chérubins et des trônes ; elle reçoit immédiatement les lumières de Dieu, et c'est par elle qu'elles sont communiquées aux deux autres hiérarchies. Les séraphins excellent dans le pur amour de Dieu seul ; aussi leur nom ne veut dire qu'incendie, ardeur. Tous les anges sont admirables dans le divin amour ; mais les séraphins y sont incomparables. Tous ces esprits angéliques aiment grandement, mais l'amour des séraphins dit une ferveur d'amour sans comparaison (l'on excepte toujours la très sacrée Vierge, la reine du saint amour). L'amour séraphique, dit un amour excessif, qui brûle et porte des incendies partout où il se rencontre. Le grand saint Denis en rapporte huit propriétés, qu'il compare à celles du feu.

Le feu est toujours dans le mouvement, les esprits des séraphins sont continuellement dans une tendance ineffable vers Dieu.

Le feu agit toujours : les séraphins sont toujours occupés de Dieu seul, sans jamais s'occuper, non pas même pendant le moindre instant, d'eux-mêmes, ni d'aucune chose créée.

Le feu est inflexible ; l'amour des séraphins est immuable, rien ne petit lui contrarier.

Le feu a beaucoup de chaleur ; l'amour des séraphins est tout plein d'ardeur.

Le feu, demeurant feu, ne perd jamais sa lumière ; la force de l'amour séraphique demeure toujours en son entier.

Le feu est pénétrant ; l'amour des séraphins ne se contente pas d'une union commune avec Dieu, mais ils désirent la plus intime et la plus étroite.

Le feu, non-seulement pénètre ce qui est combustible, mais il le pénètre en toutes ses parties ; l'amour séraphique se plonge, se perd et s'abîme en la divinité, par une glorieuse transformation.

Le feu échauffe et purge ; les séraphins portent l'amour et la clarté dans tous les chœurs des anges inférieurs.

On attribue spécialement aux chérubins la science, comme l'on fait l'amour aux séraphins : ils ne sont pas seulement appelés les savants de la belle science du ciel, mais saint Grégoire assure qu'ils en ont la plénitude. La divine lumière leur donne des connaissances admirables, et les saintes clartés dont ils sont remplis, rejaillissent avec abondance sur les autres hiérarchies. Ils sont représentés chez le prophète Ézéchiel sous une figure sensible, qui a des yeux de toutes parts, parce que ces esprits sont tout de lumière et de clarté.


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Message  Monique Sam 16 Jan 2021, 8:13 am

Les trônes sont appelés de la sorte, par rapport aux trônes des souverains de la terre ; parce que comme les trônes matériels sont élevés de terre, de même ces trônes célestes sont dans une élévation très sublime, proche de la gloire de la majesté de Dieu ; avec cette différence, que les grands de la terre sont assis, se tiennent fermes, et se reposent dans leurs trônes ; mais au contraire, les trônes du ciel prennent leur fermeté et tout leur repos du souverain du paradis. On ne laisse pas de dire, assure saint Bernard, que Dieu est assis sur ces esprits de paix ; et c'est pourquoi on les appelle trônes ; mais Dieu, ajoute ce Père, n'y serait pas assis, s'ils ne l'étaient eux-mêmes : de là vient cette paix incompréhensible qu'ils possèdent, qui surpasse tout ce que l'on en peut penser. Il faut dire de plus, que comme les rois se font porter quelquefois dans leur chaise royale, de même Dieu, en quelque manière, porte son esprit par ces anges, et le communique aux anges inférieurs, et aux hommes : comme les rois donnent leurs jugements sur leurs trônes, c'est aussi du milieu de ces trônes que Dieu prononce ses ordres ; c'est là où les dominations les apprennent, c'est là où ses divins jugements et ses conseils se manifestent.

Après cela, disons qu'il faut aimer, à quelque prix que ce soit, les trônes, les chérubins et les séraphins ; et s'il est bien juste d'avoir du respect et de l'amour pour tous les anges, il faut pour ceux-ci avoir des respects nonpareils, et des amours extraordinaires. Le Seigneur, dit l'Écriture, a choisi sa demeure dans la paix. Portez donc, dans le temps des guerres, vos dévotions vers les trônes, pour obtenir cette paix que le monde ne peut donner ; priez-les pour l'avoir avec vous-mêmes, avec Dieu, et avec votre prochain : mais souvenez-vous que la paix de Dieu n'est pas comme le monde l'estime ; car souvent ce qui fait la paix avec Dieu, nous fait une forte guerre avec les hommes. Si je plaisais aux hommes, disait le grand Apôtre, je ne serais plus serviteur de Jésus-Christ. Il y a certaines gens, des prédicateurs, des supérieurs, des personnes en charge dans l'Église, qui ont si grande peur de déplaire aux créatures, et qui veulent tellement les contenter, qui craignent si fort la censure du monde, et le jugement que l'on peut faire d'eux ; qui sont dans une telle frayeur des contradictions, qu'ils laissent faire la guerre à Dieu par le péché et par l'infidélité dans les emplois de ceux qui sont sous leur charge. C'est cette paix que le Fils de Dieu proteste hautement n'être pas venu apporter en terre : aussi cet aimable Sauveur y a toujours été un signe de contradiction : on ne l'y a pu souffrir, et enfin il lui en a coûté sa divine vie.


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Message  Monique Dim 17 Jan 2021, 8:19 am

Pour être établi fortement dans cette paix divine, que tous les diables et les hommes ne peuvent troubler, il faut, en peu de mots, ne craindre rien, et n'espérer rien d'aucune créature vivante. Ce peu de paroles renferme une paix qui surpasse tout sentiment. Disons encore : Croyez uniquement en Dieu, espérez uniquement en Dieu, aimez uniquement Dieu seul ; ne croyez jamais au monde, ni à ses discours, à ses maximes ; n'espérez jamais rien du monde, ni de ses honneurs, ni de ses plaisirs, ni de ses biens : n'aimez jamais le monde, et vous voilà dans une profonde paix. Ne faites plus d'état de toutes les choses créées ; ne les regardez jamais que dans leur néant ; ne désirez jamais avoir aucune part ni dans l'estime, ni dans le cœur de qui que ce soit ; que les bons sortent de votre cœur, aussi bien que les autres ; ne faites aucune exception ; soyez prêt de souffrir de toutes les créatures, sans réserve de vos plus intimes, aussi bien que de vos ennemis ; ne croyez pas qu'on vous puisse faire tort : soyez dans un entier abandon à la divine Providence, pour entrer dans toutes les voies les plus affligeantes, soit extérieures, soit intérieures ; ne faites pas de réserve pour aucune croix : n'ayez plus aucun désir ; perdez-les tous dans le bon plaisir divin ; que Dieu seul vous suffise, vous voilà dans une paix du paradis.

Souvenez-vous ici que le trouble de la partie inférieure peut bien compatir avec la paix qui réside dans le fond de l'âme, et qui même quelquefois nous est cachée : ainsi il arrive que nous ne sommes jamais mieux en bien des rencontres, que lorsque nous pensons être le plus mal. Le diable donne une fausse paix, qui tôt ou tard n'empêche pas l'inquiétude et le trouble. Au reste, si la paix est le don des dons, et si Notre-Seigneur se sert des bienheureux trônes pour ordonner, il n'y a plus à douter qu'on ne doive avoir pour ces esprits de paix une dévotion toute singulière.


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Message  Monique Lun 18 Jan 2021, 8:17 am

Je dis de même pour les chérubins, puisque ce sont les anges des plus belles lumières du paradis, et qui savent mieux nous instruire dans la belle science des saints. L'on dit, et il est vrai, que nous en savons plus que nous ne faisons ; que dans les voies de la vertu, il y a plus de lumière que de pratique : cependant il est aussi vrai que la parfaite lumière est rare, et vous auriez de la peine à le croire. Oh ! Non, je ne parle pas ici de la lumière de ces savants, qu'ils ont puisée seulement dans leurs livres : l'on n'ignore pas que dans notre siècle elle est très commune ; mais de celle des saints, que l'on rencontre plus facilement dans quelque pauvre frère convers, dans quelque simple femmelette bien mortifiée, que parmi les doctes. Oh ! Qu'il est rare, non-seulement d'aimer le mépris, l'abjection, la pauvreté, le renoncement de soi-même, la vie cachée et inconnue ; mais encore d'être bien persuadé de l'excellence de ces choses !

L'on en parlera bien dans l'occasion, par la lecture que l'on en a faite, par conférences que l'on a entendues ; mais ce ne sera pas par une entière persuasion de l'esprit : ou si l'âme est touchée de ces vérités, ce n'est que fort superficiellement. C'est aux pieds de Jésus-Christ crucifié, que s'apprend cette science ; et cela, non pas tant par le raisonnement de l'oraison, du discours, ou de la méditation, que par une vive lumière surnaturelle qui est donnée, et qui n'est guère donnée qu'aux pauvres, qu'aux abjects, qu'aux personnes fort humiliées. Peu de personnes, parmi même celles qui font profession de dévotion, apprennent cette grande leçon de l'école de Dieu : Qu'il est bon qu'on ne sache pas si nous sommes au monde, d'y être entièrement inconnus, ou de n'y être connus que pour être crucifiés, et y passer pour l'opprobre des hommes ; qu'il n'y a rien de plus grand que d'y être foulés aux pieds ; que la grande consolation est d'y souffrir de terribles croix à l'intérieur et extérieur ; que tout ce qui y est, n'est rien.

À peine verrez-vous des directeurs qui, n'estimant plus que Dieu seul, que Jésus crucifié, et étant fortement persuadés qu'il n'y a rien sur la terre, ni honneurs, ni plaisirs, ni richesses qui méritent l'occupation d'une âme chrétienne, aident les âmes à marcher par les sûres voies du néant. S'il s'en rencontre quelques-uns, à même temps tout l'enfer conspire contra eux ; il en donne des frayeurs ; on les craint sans en savoir la cause ; il en fait courir mille bruits, il tâche de les rendre suspects : mille autres directeurs, ou prédicateurs, ne font pas tant de peur aux diables, que l'un de ces gens-là. Un démon forcé par l'autorité de l'Église avoua que l'homme de la terre qu'il craignait le plus, était le saint homme le P. Jean de la Croix, parce que, disait cet esprit de l'enfer, il enseigne d'aller à Dieu seul par le chemin du rien : aussi l'on vit bientôt les effets de la rage de ces esprits diaboliques, contre l'homme de Dieu, par les calomnies qu'ils lui suscitèrent, par les informations que firent ses supérieurs contre sa vie, et par les mauvais traitements qu'il en reçut.


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