L'Éducation en Temps de Persécution - 1909.

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Message  Roger Boivin Mer 04 Mar 2020, 7:37 pm

C'est un petit livre de 62 pages,
avec imprimatur 1909,
écrit en France par un R. P. Delbrel,
à la suite de la loi de Séparation de l'État et de l'Église :

L'Éducation en Temps de Persécution - 1909. R2601210




AVANT-PROPOS (1)
________



(1) Le travail que voici parut d'abord en articles dans une publication périodique à peu près exclusivement destinée au personnel enseignant des petits séminaires et des collèges libres. Il était resté enfoui dans les livraisons de cette revue. L'intelligent et sympathique éditeur de la collection Enfance et Jeunesse a pensé qu'il y avait lieu de l'exhumer et de le donner à lire à tous les prêtres qui, dans l'enseignement, dans les catéchismes paroissiaux, dans la confession des enfants ou des jeunes gens, dans la direction de patronages, de colonies de vacances, de cercles d'études, ont à s'occuper d'éducation, et encore aux parents chrétiens et aux catéchistes volontaires.

Ces lignes datent de trois ou quatre ans déjà
-[aujourd’hui donc, de 114 ans environ, (note de Roger)]-. On ne s'étonnera donc pas de constater ça et là que telles informations, telles allusions ont perdu un peu de leur fraîcheur primitive. Mais l'ensemble de mon étude a gardé, je crois, toute son actualité. (Note de l'auteur. Septembre 1909.)

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Message  Roger Boivin Jeu 05 Mar 2020, 6:42 pm



AVANT-PROPOS (1)
________


Dans les premiers jours de décembre de l'année 1905, le lendemain de la promulgation, au Journal officiel, de la loi de Séparation, une mère chrétienne, la prière du soir achevée, dit à ses deux enfants, deux garçons, l'un de quatorze ans, l'autre de dix :

« Mes enfants, un grand événement vient de se passer en France, un grand crime vient d'être commis, qui vous impose, pour aujourd'hui et surtout pour le jour où vous serez devenus des hommes, de grands devoirs. »

Et elle leur notifia le vote des deux Chambres qui prononçait le divorce entre le Christ et la France officielle ; avec cette facilité des mères à mettre au niveau des plus petites intelligences les vérités les plus relevées, elle leur expliqua la nature de cet acte, leur en fit mesurer la portée, leur en exposa les conséquences, et appuya sur celle-ci, que, l'État se refusant désormais totalement à aider l'Église de Jésus-Christ dans son œuvre d'évangélisation des âmes et de salut social, menaçant même d'entraver son action, de lui contester tous ses droits, de la persécuter, chacun des chrétiens de France devait se considérer plus tenu que jamais de l'aider et de la défendre.

Elle leur dit que, « si la cause de Jésus-Christ était actuellement malheureuse, c'était justement, pour ses fidèles, le moment de redoubler de fidélité à son service, que cette recrudescence de haine contre Jésus-Christ, du côté de ses ennemis, imposait à ses amis l'obligation de l'aimer avec encore plus d'intensité qu'auparavant.

Et elle conclut : « Puisque les gens qui gouvernent la France, la nation très chrétienne, prétendent la forcer à renier son Baptême qu'elle reçut, il y a quatorze cent ans, en la personne de Clovis, nous, mes enfants, pour notre compte personnel, nous allons répondre, tous trois, en renouvelant, ce soir même, avant de nous endormir, les promesses de notre baptême. »

Et la mère et les enfants, en présence du Crucifix et de l'image de la Vierge, prononcèrent ensemble la formule du serment baptismal :

« Je m'attache à Jésus-Christ pour toujours. »

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Message  Roger Boivin Jeu 05 Mar 2020, 6:43 pm


Ce trait vint à ma connaissance, de bonne source, quelques jours plus tard.

Autrefois directeur spirituel de collège, passionné aujourd'hui encore, en vertu du pli professionnel, pour les questions de pédagogie religieuse, et habitué à rapporter à peu près tout à cet ordre d'idées, je me demandai pourquoi ce qui s'était passé dans l'intimité d'un oratoire de famille ne se reproduirait pas dans tous nos établissements catholiques, - si l'exemple de cette mère chrétienne ne méritait pas d'être proposé à tous les instituteurs chrétiens, particulièrement au personnel de nos collèges ecclésiastiques et de nos petits séminaires, - et, enfin, si la rupture du Concordat, et les conséquences qui en résulteraient pour l'Église de France, devant mettre les générations chrétiennes de demain en face d'une situation nouvelle, n'imposaient quelques devoirs nouveaux aux maîtres chargés de les y préparer.

Puis, l'horizon de mes réflexions élargi peu à peu, je songeai, non plus seulement à la loi de Séparation, mais à tant d'autres attaques dirigées en ces dernières années contre le catholicisme dans notre pays, à celles qui le menacent encore, et, en même temps, à la tâche qui incombe à des éducateurs chrétiens, de nous faire une jeunesse chrétienne telle que la réclament des circonstances à la fois si solennelles et si périlleuses, bref, à ce que doit être l'éducation chrétienne en temps de persécution. Et j'écrivais ces quelques pages, que j'offre et que je soumets aux prêtres éducateurs, - dont je fus le collègue longtemps, jusqu'au jour où la loi Waldeck-Rousseau me sépara de mes enfants, me déclarant incapable et indigne d'élever la jeunesse.

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Message  Roger Boivin Jeu 05 Mar 2020, 6:44 pm



TABLE DES MATIÈRES
______

AVANT PROPOS

I. Parlons à nos élèves de la persécution religieuse.

II. Dans quel sens nous devons parler à nos élèves de la persécution religieuse.
1o Pas de pessimisme. - La conception chrétienne de la persécution.
2o Les leçons du passé.
3o Avertissements pour l'avenir.


III. Instruisons nos élèves des obligations qui un jour résulteront pour eux du fait de la persécution religieuse.
1o Envers Dieu, envers la religion.
2o Envers l'autorité ecclésiastique.
3o Envers les autres catholiques.
4o Envers eux-mêmes.
5o Envers les persécuteurs.


IV. Enseignement à donner à nos élèves sur l'action catholique.
1o Notion de l'action catholique. - Ses divers terrains. - Sa nécessité. - Ses conditions.
2o Quelques types de catholiques à ne pas reproduire.


V. Enseignement à donner à nos élèves sur leur préparation actuelle à l'action.
1o Accomplissement des devoirs d'état.
2o Instruction religieuse. - Travail.


VI. Encore la préparation.
1o Développement de la vie chrétienne et des qualités naturelles.
2o Éducation civique.

APPENDICE

L'éducation civique de la jeunesse chrétienne.

L'Évangile.
_______

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Message  Roger Boivin Ven 06 Mar 2020, 10:20 am


I

PARLONS À NOS ÉLÈVES
DE LA PERSÉCUTION RELIGIEUSE

Nous sommes tous d'accord, je pense, pour admettre que la guerre, si violente et si prolongée, faite au catholicisme en ce pays de France, entraîne pour nous le devoir de dresser nos jeunes catholiques à la soutenir vaillamment, victorieusement s'il est possible, - et, par conséquent, de mettre l'éducation qu'ils reçoivent de nous en harmonie avec ce but qui lui est marqué par les circonstances actuelles, - et donc, enfin, de la leur donner un peu différente, en quelques points, de ce qu'elle eût pu et dû être en un temps de paix religieuse.

Et tout d'abord, cette guerre faite à la religion qui est celle de nos élèves, en leur propre pays, il faut - n'êtes-vous pas de cet avis ? - ne pas la leur laisser ignorer.

Il faut leur en parler quelquefois, leur en communiquer les nouvelles, au moins les plus graves, leur en faire connaître les résultats, au moins les plus considérables, leur raconter les victoires de l'armée du bien quand il y aura lieu, et, pour le moment, ses défaites, que bientôt il leur appartiendra de venger et de réparer.

Vers la fin de décembre 1905, un collégien de seize à dix-sept ans, élève d'un important établissement ecclésiastique, ramené dans sa ville natale par les vacances du jour de l'an, va revoir le prêtre qui l'avait préparé à la première communion. Au cours de la conversation, M. l'abbé dit un mot de la séparation de l'Église et de l'État, votée trois semaines auparavant.

Et le grand garçon de répondre : « Ah ! oui, à propos, la séparation de l'Église et de l'État... on en causait en chemin de fer, dans mon compartiment... En quoi cela consiste-t-il ?

- Tu ne sais donc pas ? On ne vous en a rien dit, au collège ?

- Ma foi, non. Vous comprenez... il y a les examens à préparer... Alors notre professeur de mathématique nous parle de mathématique, le professeur de littérature fait son cours de littérature, et puis c'est tout... »

Pour ma part, j'en ai rencontré un autre qui, durant les grandes vacances de 1905, longtemps après les monstrueuses applications, par le cabinet Combes, de la loi des Associations, ayant loué dans un cabinet de lecture l'Isolée, me demanda avec sérénité : « M. René Bazin n'a-t-il pas un  peu poussé au noir ses descriptions de la misère des religieuses expulsées ? Je n'ai jamais entendu dire qu'elles fussent tombées dans un pareil dénuement... » Je le stupéfiai en lui racontant que dans la ville même où se faisait son éducation, une religieuse jetée à la rue avait été vue demandant l'aumône à la porte d'une église.

Non, vraiment, il n'est pas normal que de jeunes catholiques ne sachent pas ces choses-là.

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Message  Roger Boivin Sam 07 Mar 2020, 7:49 am


Ce n'est pas l'avis de tout le monde. Dans un petit séminaire, quelques jours après le vote de la loi de Séparation, pendant la récréation des maîtres, un de ses Messieurs raconta qu'il avait donné à ses élèves une idée du régime nouveau sous lequel allait vivre l'Église de France : plus de budget des cultes, et le reste...

« Que voulez-vous ? ajoutait-il assez judicieusement, puisque ces enfants pensent au sacerdoce, ils ont le droit de savoir quelle situation leur sera faite s'ils avancent dans cette voie, et à quoi ils vont s'engager... » Un des principaux représentants de l'autorité dans la maison accueillit cette communication sans enthousiasme et déclara :

« Je ne blâme pas, pour cette fois, mais je désir qu'on ne traite plus ce sujet devant nos élèves. Ce serait les jeter dans des préoccupations qui ne sont pas de leur âge, leur enlever la tranquillité d'esprit que réclament leurs études classiques. »

Et ce trait, quand il me fut rapporté, me fit songer à celui-ci : dans un congrès de l'Alliance des maisons d'éducation chrétienne, en 1897, chargé de présenter à l'Alliance les conférences d'études dans les collèges, institution alors nouvelle, et déjà si florissante à l'École Saint-Michel de Limoges, j'en signalai cet avantage, entre bien d'autres, qu'elles permettent d'ouvrir à nos rhétoriciens et à nos philosophes des horizons sur ces grandes questions actuelles qui ne figurent pas au programme du baccalauréat, et au sujet desquelles un catholique instruit doit avoir, de bonne heure, au moins quelques notions, quelques jugements arrêtés.

Or, ce passage de mon rapport provoqua, de la part d'un des plus respectables professionnels de l'enseignement, l'observation que voici :

« Il ne convient pas que nos élèves soient initiés à ces questions du jour, nécessairement troublantes, et nous devons plutôt les maintenir dans le calme atmosphère des idées générales. »

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Message  Roger Boivin Sam 07 Mar 2020, 3:58 pm


Il y a du vrai, et beaucoup, dans cette pensée ; il y a du bon, et beaucoup, dans le système d'éducation qui s'en inspire. Mais évitons qu'il ne s'y introduise des exagérations insoutenables.

Et c'en est une que de dérober, du moins en grande partie, à la vue d'enfants chrétiens, le spectacle des malheurs de l'Église.

Quand leur mère est malade, mourante, nous ne songeons pas à arrêter la lettre qui leur  apporte la désolante nouvelle. Beaucoup d'entre nous, collégiens ou séminaristes en 1870, voient encore leurs professeurs, leur préfet de discipline, leur supérieur, pénétrant dans la cours de récréation, parfois dans la salle d'étude, l'air accablé, pour leur faire part de nos désastres.

C'est que pas un éducateur ne songe à tenir ses élèves complètement à l'écart de la vie de famille, de la vie nationale.

Pourquoi donc les isoler de la vie catholique, ne pas les mettre au courant d'événements d'une importance capitale dans l'existence de l'Église, qui est leur famille religieuse, la patrie de leur âme ?

En fait, du reste, comme nos établissements, nos internats eux-mêmes, ne sont plus aujourd'hui les retraites paisibles et silencieuses, monacales un peu, qu'ils purent être à d'autres époques, comme il y a le parloir, très fréquenté, et les nombreux congés et les vacances, nécessairement nos enfants sauront ce qui se passe par delà les murs de leur collège ou de leur séminaire.

Mais par qui en seront-ils informés ? Et comment ?

Et que vaudront, et quelles impressions produiront sur eux les appréciations, les jugements dont s'accompagneront les nouvelles lues dans tel journal, entendues dans telle réunion mondaine ?

Si nous voulons que nos élèves entrent dans la vie avec des notions exactes et des idées saines sur les principaux faits de l'histoire religieuse de ce temps, chargeons-nous donc de les leur donner, et ne livrons pas au premier venu cette partie, qui n'est pas la moins importante, de leur éducation.

Pour vernir tout de suite à une résolution pratique, et puisque je parlais à l'instant  des conférences d'études, aujourd'hui établies dans un très grand nombre de nos collèges, tout directeur de conférence voudra certainement, sur la liste des sujets à traiter cette année, inscrire celui-ci : la loi de Séparation ; les nouvelles conditions d'existence qu'elle va faire à l'Église de France ; ce que l'Église perd à l'abolition du régime concordataire, et ce qu'elle y gagne ; double devoir des catholiques : réclamer, imposer par tous les moyens légaux, l'amélioration du nouveau régime, mais, pour le moment, en tirer, au profit de la cause religieuse, le maximum d'avantages, et en réduire les inconvénients au minimum ; comment y parvenir...

_______

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Message  Roger Boivin Dim 08 Mar 2020, 4:20 pm



II

DANS QUEL SENS NOUS DEVONS PARLER
À NOS ÉLÈVES
DE LA PERSÉCUTION RELIGIEUSE


1o - Pas de pessimisme. - La conception chrétienne de la persécution.


Nous n'hésiterons donc pas à mettre et à tenir nos élèves au courant de ce qui se commet et se trame, dans leur pays, contre leur religion. Mais, évidemment, nous leur peindrons l'état religieux de la France tel qu'il est, sans charger nos tableaux de couleurs plus sombres que la réalité.

Bien des familles catholiques, et des plus croyantes et des plus dévouées, trop fortement émotionnées par la vue des blessures faites à l'Église de France pour apercevoir tant de symptômes d'indestructible vitalité qu'elle porte toujours en elle, tant de chances de guérison, la croient morte ou agonisante, et ont communiqué ces décourageantes impressions à leurs enfants.

Or, il n'est pas bon que ces jeunes gens, qui demain seront appelés sous les drapeaux du Christ, d'avance considèrent sa cause comme perdue et les efforts qu'elle leur demandera comme inutiles. Je ne sais quel grand général a dit : « Une bataille qu'on s'attend à perdre, c'est déjà une bataille perdue. » Rassurons cette jeunesse sur l'avenir de sa religion en France et dans le monde.

Aux démoralisantes inquiétudes qui lui viennent, tantôt de la persécution gouvernementale, et tantôt, - ceci soit dit pour les plus avancés et les plus sérieux, - de la crise de la foi dans les intelligences cultivées de notre époque, ou enfin de n'importe quel autre ordre de choses, répondons par des raisonnements et des faits empruntés à des livres dont trois ou quatre ont un peu vieilli, mais restent encore utilisables, dont les autres datent d'hier : Espérance, de Mgr Baunard (Paris, Poussielgue.) ; Nouvelles tendances en religion et en littérature, de M. l'abbé Klein (Paris, Lecoffre.) ; Quelques Motifs d'espérer, du même auteur (Paris, Lecoffre.) ; Les Motifs d'espérer, de M. Brunetière (Paris, Bloud.) ; Ce qu'il faut penser du XIXe siècle, de Mgr Bonomelli (Paris, Vic et Amac.) ; Le Mouvement chrétien, de M. Guibert (Paris, Bloud.) ; Le Catholicisme dans les temps modernes, de Mgr Gibier, t. II (Paris, Lethielleux.).

Au réfectoire ou en lecture spirituelle, faisons lire et commentons l'encourageant et fortifiant opuscule de M. l'abbé Paul Barbier : L'Église se meurt, l'Église est morte (Paris, Letheilleux.), où, sous ce titre ironique, s'accumulent de nombreuses preuves de cette bienheureuse vérité, que notre sainte Église est vivante toujours, bien vivante, en France comme ailleurs, au moins autant qu'ailleurs.

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Message  Roger Boivin Lun 09 Mar 2020, 2:56 pm


Même les événements douloureux que nous sommes bien forcés de rapporter à nos élèves, nous ne leur présenterons sous un jouir plutôt optimiste, parce que nous les ferons envisager du point de vue chrétien, et que l'esprit chrétien est optimiste essentiellement, étant un esprit de foi en la cause d'un Maître tout-puissant, éternel, donc invincible, et qui aura toujours le dernier mot.

La persécution, qui déconcerte et désole tant d'âmes insuffisamment chrétiennes, nous ferons observer à nos enfants que, regardée à la lumière de l'Évangile, elle est un phénomène normal dans la vie de l'Église, puisque Jésus-Christ la lui a promise, qu'elle est même un bien, un bonheur, puisque ainsi l'a qualifiée Jésus-Christ.

Nous leur ferons lire la parole évangélique : « On vous livrera aux tortures et on vous fera mourir, et vous serez en haine à toutes les nations, à cause de mon nom (Matth., XXIV, 9.) », avec le commentaire si vivant et si actuel qu'en fait le P. Le Doré dans un livre récent, un des plus sérieux et des plus utiles entre tous ceux que les circonstances présentes ont inspirés à des écrivains catholiques, La Persécution (Paris, Lethiellieux.). Nous citerons à ces jeunes chrétiens ces autres paroles du Maître : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice... Heureux serez-vous lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse (Matth., v. 10, etc.)... » Et, nous adressant à leur esprit de foi, nous leur dirons nettement : « Croyez-vous qu'il y ait trois personnes en Dieu ? Oui, n'est-ce pas ? Pourquoi le croyez-vous ? Parce que Jésus-Christ l'a dit. Eh bien ! pour la même raison, croyez que la persécution est un bonheur. C'est aussi l'enseignement du Christ, et c'est donc aussi un article de foi. »

Et néanmoins, afin de leur faciliter l'acceptation de cette vérité révélée, donc absolument sûre, mais étrange de prime abord, efforçons-nous de la leur rendre intelligible, en leur exposant les avantages de la persécution, son utilité pour le chrétien qui la subit, et celle aussi qu'en retire l'Église.

Si nous voulons leur dire tout à fait bien toutes ces choses, allons chercher nos inspirations auprès des quelques Pères et Docteurs qui ont traité ce sujet de la persécution, des épreuves de l'Église, saint Augustin, Lactance, saint Cyprien, Salvien (1). Empruntons à ces maîtres, exceptionnellement autorisés, leurs plus belles pages, vraiment si belles et si bonnes, et faisons-les connaître à nos élèves.

Même dans les meilleurs des livres modernes que j'ai signalés ou que je pourrais signaler au cours de ce travail, nous ne trouverons rien qui vaille ce que nous lirons dans ceux-là, rien qui respire un esprit aussi authentiquement et aussi intégralement chrétien, rien qui soit de nature à nous offrir, pour nous en sustenter nous-mêmes et la partager avec nos enfants, une aussi saine et aussi forte nourriture d'âme.


_____


(1) SAINT AUGUSTIN, Serm., 280, 316, 134, 275, 276, ; De sermone Domini in monte, lib. I, cap. VI ; De civitate Dei, lib. I, cap. XIV. - LACTANCE, Divin. Instit., lib. V, cap. XXIII. - SAINT CYPRIEN, Epistola ad Fortunatum de exhortatione martyrii. - SALVIEN, De gubernatione Dei, passim.


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Message  Roger Boivin Mar 10 Mar 2020, 2:57 pm


2o - Les leçons du passé.


Du reste, disons aussi à nos élèves - et en ce point encore nous serons l'écho fidèle de l'enseignement des Docteurs (SALVIEN, op. cit., lib. III.) - que la persécution, que les calamités qui fondent à de certains moments et en certains pays sur l'Église, ont parfois, souvent même, le caractère d'un châtiment. Et ceci n'est pas incompatible avec ce que nous avons vu plus haut : de ce que la persécution est un châtiment, une expiation, il ne s'ensuit pas qu'elle ne soit pas un bien, et tout au contraire. [Qui aime bien, châtie bien. -(note de Roger)]

Nous ne dissimulerons donc pas à ces enfants de familles chrétiennes que la guerre religieuse actuelle a sa cause, au moins partielle, dans les fautes, les erreurs et les maladresses des chrétiens de France, dont quelques-uns des événements que nous déplorons sont la conséquence nécessaire, et surtout dans les péchés, dans les crimes des chrétiens de France, qui ont déchaîné sur eux la colère de Dieu.

Les péchés des chrétiens de France, ils se résument en celui-ci : la plupart des chrétiens ne l'ont pas été assez, à beaucoup près, et un grand nombre ne l'ont pas été du tout, si ce n'est par titre ou peut-être encore par quelques pratiques cultuelles, déguisement qui ne tromperait personne, et sous lequel s'apercevaient bien vite une mentalité, des mœurs, une vie, presque totalement soustraites à l'influence de Jésus-Christ.

Un romancier, assez exact observateur de la société actuelle, et qui d'ailleurs, pour sa part, n'a pas précisément contribué à l'améliorer, M. Marcel Prévost, lui a un jour dit son fait : « Ah ! Société païenne, pourquoi te parer hypocritement d'un vêtement chrétien, qui n'est plus pour toi qu'une mascarade d'âmes ? Parmi ceux qui croient, qu'ils sont rares, ceux dont la vie est réellement dirigée par leurs croyances, et qui, vraiment, en action, sont chrétiens ! (1) »

Cette « mascarade d'âmes » ne trompait personne, ai-je dit : Dieu surtout n'y a pas été trompé ; il a vu le mal, et, à titre de remède aussi bien que de punition, il nous a envoyé la persécution, qui si souvent déjà, à d'autres époques, fut salutaire aux âmes restées capables de la mettre à profit.

Les fautes, les erreurs, les maladresses des catholiques de France, voilà une autre explication, purement naturelle celle-là, mais d'ailleurs fort intelligible à tout esprit logique, des malheurs qu'ils ont à supporter.

Ces deux explications, l'une et l'autre, l'une autant que l'autre, si nous savons les mettre à la portée de la jeunesse catholique, nous offrirons l'occasion de lui donner des leçons excellentes pour le moment où elle sera appelée à prendre dans la vie, dans la lutte, la place de ses devanciers.

N'hésitons donc pas à les lui fournir, après en avoir recueilli les éléments dans les livres où fut traité, au cours de ces dernières années, ce sujet exceptionnellement fécond : les torts des catholiques.


______


(1) La Princesse d'Erminges (Revue des Deux Mondes, 1er octobre 1904).

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Message  Roger Boivin Mer 11 Mar 2020, 3:16 pm


Je viens de parcourir quelques écrits de cette nature : des accusations qu'ils renferment, certaines sont peut-être injustes, d'autres sûrement exagérées ; toutes, ou à peu près, méritent d'être connues et pesées.

Voici, indiquées pêle-mêle, ces publications, pour les prêtres éducateurs qui voudraient s'y documenter en vue de prémunir les jeunes générations de catholiques contre les errements où tomba celle qui les a précédées : Pourquoi les catholiques ont perdu la bataille, par M. l'abbé Naudet (Paris, Fontemoing.) ; La Grande Faute des catholiques de France, par Ch. Bota (Paris, Perrin.) ; Les catholiques français et leurs difficultés actuelles, par Léon Chaine (Paris, Storck.) ; Que devons-nous faire ? par l'auteur des lettres à M. Waldeck-Rousseau (Paris, Bloud.) ; La décadence du catholicisme en France, par Pierre de Bovis (Paris, Société française d'imprimerie de librairie.) ; Questions religieuses et sociales du temps présent, par M. l'abbé Planeix (Paris, Lethielleux.) ; La Crise catholique, par O. Jousse de la Motte (Paris, Amat.) ; La Persécution, par P. A. Le Doré (Paris, Lethielleux.) ; Le Catholicisme social, t. I : les Vérités mâles, par Paul Lapeyre (Paris, Lethielleux.) ; Les Doctrines de haine, par A. Leroy-Beaulieu (Paris, Calmann-Lévy.).

Un écueil est ici à craindre : ne laissons pas croire à ces enfants que leurs pères et leurs ainés n'ont rien compris au exigences actuelles de la défense religieuse et du salut social.

Plus tard, bientôt, enrôlés à leur tour, ils seraient de ces conscrits présomptueux que nous entendons traiter couramment de ganaches les vieux soldats et les vieux capitaines, juger de haut les plans conçus et les manœuvres exécutées alors qu'ils n'étaient pas encore là, et se targuer d'apporter enfin le vrai, le seul secret de la victoire.

Sans doute, devant ces recrues de demain, puisque leur instruction le demande, faisons franchement la critique des opérations effectuées par l'armée du bien au cours de ces dernières années, regrettons ce qu'elles eurent de défectueux, blâmons ce qui fut blâmable. Mais aussi, mais surtout, exaltons l'intrépidité, le dévouement, l'esprit de sacrifice, de tant de défenseurs de la bonne cause, racontons les exploits accomplis, les quelques avantages remportés, les positions conquises ou gardées, les services rendus, excusons les échecs, en alléguant les difficultés de telle situation, ou encore en expliquant que tel mouvement heureux, opéré aujourd'hui, n'a été possible que parce qu'il avait été préparé par telle tentative sans succès immédiat.

A l'égard de quelques-uns des chefs, il a été commis des injustices, des ingratitudes : réparons-les. Que certains noms ne soient jamais prononcés devant cette jeunesse qu'avec respect, avec admiration, avec une exhortation à prendre pour modèles les vies qui les ont honorés.

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Message  Roger Boivin Jeu 12 Mar 2020, 1:35 pm


3o - Avertissements pour l'avenir.


Ce compte réglé avec le passé, tournons les regards de nos enfants vers l'avenir. Sans aller, par égard pour les oreilles pies, jusqu'à leur faire chanter la strophe de la Marseillaise :
Nous entrerons dans la carrière,
Quand nos ainés n'y seront plus
,

avertissons-les que leur tour viendra d'aller au feu ; mettons-les, remettons-les quelquefois, souvent, obstinément, en face de cette idée, qu'ils sont appelés à mener la vie chrétienne, non en une période de paix et de prospérité religieuse, mais en un temps de guerre à Jésus-Christ, de persécution contre ses disciples. Il importe que nous leur révélions ces conditions spéciales dans lesquelles ils auront à pratiquer leur foi, afin qu'ils comprennent mieux ce que nous aurons à leur dire des devoirs spéciaux qu'elles vont leur imposer, des qualités et des vertus spéciales qu'elles vont réclamer d'eux.

Pour la même raison, et sous peine de les exposer à se trouver en présence d'une situation à laquelle ils n'auront pas été préparés, nous devons leur donner de ce qui les attend, une notion tout à fait exacte.

La guerre à Jésus-Christ, la persécution, nous devons les leur décrire avec les caractères particuliers qu'elles ont aujourd'hui et que vraisemblablement elles auront encore demain, et ne pas leur permettre de se les figurer telles qu'elles furent à d'autre époques.

Non, ne laissons pas ces imaginations d'enfants, excitées par des lectures dans les histoires sanglantes et superbes des premiers âges du christianisme, ou de l'Église de France sous la Terreur, par le chant de certains couplets enflammés, appris dans des recueils de cantiques, s'égarer en des visions tragiques d'amphithéâtres ou d'échafauds.

Mettons sous les yeux de nos élèves, certes, faisons qu'ils lisent et relisent les Actes des martyrs du temps de Néron et de Dioclétien, et de ceux encore de 1793 et 1871, parce que, réservés à l'honneur de souffrir, eux aussi, pour le nom de Jésus-Christ, il leur faudra, à eux aussi, cet esprit de grande foi, de patience, d'intrépidité, d'invincible amour pour le Maître divin, qu'ils apprendront à l'école de leurs héroïques devanciers. Seulement, ayons soin de leur faire observer que si, entre le cas des martyrs et celui qui sera le leur, il y a des analogies, il y a aussi des différences.

Et donc, qu'ils s'attendent et se préparent, non pas au sacrifice de leur vie, que très probablement on ne leur demandera pas, mais bien à ces formes de supplices, les seules que les institutions et les mœurs actuelles permettent de leur affliger, et qui, celles-là, leur sont réservées sûrement : la douleur et la honte d'assister à la déchristianisation de leur patrie, non pas même par la propagande et la persuasion, mais par la force, au reniement et à la proscription, par les représentants de la France, d'une religion à laquelle la France et le monde doivent ce qu'a de meilleur la civilisation moderne, à la spoliation de l'Église, de ses prêtres, de ses religieux, de ses pauvres et de ses œuvres, - le dégoût de voir ces attentats se perpétrer sans courage ni franchise, avec des formes et des formules hypocritement polies, non plus le pistolet au poing (1), mais le chapeau à la main et la bouche en cœur, les cris des victimes couverts par la musique des discours qui proclament le respect de tous les droits et la liberté des consciences ; - puis, pour ce qui a trait à leur intérêts personnels, des tracasseries et des vexations, une défaveur systématique, à leur endroit, du côté du pouvoir et de ses agents, un acharnement à les exclure de toute participation à la conduite  des affaires publiques, eux, issus de familles qui sont l'élite morale du pays, les passe-droits au moment de l'avancement s'ils ont eu l'imprudence de s,engager dans des emplois qui les mettent sous la main de l'État, des atteintes souvent très graves à leurs libertés les plus saintes et les plus chères : liberté de remplir leurs devoirs religieux, liberté de choisir à leur gré leurs auxiliaires dans l'éducation de leurs enfants, ou, s'ils étaient appelés à un état supérieur, liberté de s'associer pour s'aider les uns les autres dans l'observation des conseils évangéliques.

Annonçons tout cela à nos élèves, avec des détails, avec des exemples à l'appui de nos prédications.

Ayant appris d'avance, bien précisément, quel danger les menace, ils sauront plus tard, l'heure venue, le voir arriver de pied ferme, avec ce sang-froid qui est la grande condition d'une bonne défense, ou tout au moins de la soumission patiente à l'inévitable : un homme averti en vaut deux.

______


(1) Ceci était écrit avant les premiers jours de février 1906, avant l'invasion à main armée des églises de Sainte-Clotilde, de Saint-Pierre du Gros-Caillou et de tant d'autres.

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Message  Roger Boivin Ven 13 Mar 2020, 6:02 pm


III

INSTRUISONS NOS ÉLÈVES DES OBLIGATIONS
QUI UN JOUR RÉSULTERONT POUR EUX
DU FAIT DE LA PERSÉCUTION RELIGIEUSE.


Leur ayant ainsi dépeint la situation qui leur sera créée par la persécution religieuse, nous leur enseignerons les multiples obligations que, pour y faire face, ils auront à remplir.

1o - Envers Dieu, envers la religion.


Obligations envers Dieu, envers Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa religion : de tout temps un chrétien a été tenu de faire connaître, aimer et servir Dieu dans sa sphère d'influence, de s'employer à l'extension du règne de Jésus-Christ, à la propagation et à la défense de la religion de Jésus-Christ.

Seulement, il y a eu dans l'histoire de France une longue période durant laquelle les fidèles pouvaient se décharger d'une très grande partie de cette tâche sur le Roi très chrétien, « l'évêque du dehors » ; dans ces derniers temps encore, en vertu du Concordat, l'État rendait à la cause religieuse quelques bons offices. Aujourd'hui il l'abandonne, et se tourne même contre elle.

Et néanmoins, aujourd'hui comme autrefois, « il faut que le Christ règne (I Cor., XV, 25.) », en France comme partout. « Eh bien ! rirons-nous à nos enfants, puisqu'il ne peut plus compter, pour l'aider à régner, sur le concours des pouvoirs publics, plus que jamais il a le droit de compter sur celui de chaque chrétien, sur le vôtre ; il faut que le Roi très chrétien, que l'État auxiliaire et protecteur de la religion du Christ, ce soit désormais chacun de vous.

« Cette belle mission à laquelle l'État français a eu la vilenie de se dérober, lui préférant la besogne de crocheteur du tronc des pauvres ou encore celle, qui a paru le tenter un moment, de cambrioleur de tabernacles, - partagez-vous-la. A la place de l'État, et, le cas échéant, contre l'État, servez et défendes la cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

2o - Envers l'autorité ecclésiastique.


Aux représentants de Jésus-Christ, au Souverain Pontife, aux évêques, à tous les pasteurs, en temps de guerre religieuse, les catholiques doivent plus de respect et d'obéissance que jamais.

Inculquons cette vérité à nos enfants, à l'aide d'une comparaison qu'ils comprendront bien vite : que le soldat, en pleine paix et dans le calme de la vie de garnison, ronchonne un peu contre le capitaine, et le capitaine contre le général, cela n'a pas de gravité, parce que cela n'a pas de conséquences. Mais la guerre une fois déclarée, le régiment une fois en bataille, toute faute contre la discipline est criminelle, puisqu'en ce moment elle peut devenir fatale au succès du combat et aux intérêts de la patrie.

Rappelons à nos élèves avec quelle indignation, au cours du procès encore récent des antimilitaristes, quiconque parmi nous était resté Français a entendu ce conseil monstrueux donné à nos soldats, en cas de guerre, de tourner leurs fusils contre leurs officiers.

Hélas ! dans ces quinze dernières années, que de soldats de la cause de la religion, et non des moins vaillants ni des moins dévoués, égarés par l'esprit de parti, se sont oubliés à ce point de tirer sur les officiers et jusque sur le général en chef, de lancer contre eux des critiques, des blâmes, des invectives, qui ont affaibli dans l'armée catholique le respect dû à l'autorité, propagé l'esprit d'indiscipline et fait le jeu de l'ennemi ! Plusieurs de nos enfants, dans leurs familles si chrétiennes à d'autres égards, ont reçu des exemples de cette nature, dont nous devons annihiler l'influence fâcheuse, par un enseignement très net, très énergique, sur ce point capital.

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Message  Roger Boivin Sam 14 Mar 2020, 12:35 pm



3o - Envers les autres catholiques.


Envers leurs frères d'armes, les autres catholiques, leur grand devoir sera la charité, la charité avec tous ses caractères, particulièrement avec celui-ci : un ardent et sincère désir de concorde, qui, sans préférer la concordia fratrum (Eccli., XXV, 2.) absolument à tout, le met au-dessus de presque tout, et, pour l'établir et la maintenir, se résout à tous les efforts, se résigne à tous les sacrifices, se prête à toutes les concessions, s'impose tous les silences, qui ne sont pas en opposition évidente avec les rares intérêts encore supérieurs à celui-ci.

N'oublions pas de faire observer à nos enfants qu'en des jours qui offrirent quelque analogie avec les nôtres, aux époques où les chrétiens étaient encore la minorité, une minorité faible et opprimée, l'amour mutuel, l'union, furent leurs vertus les plus remarquées.

Citons le passage célèbre où Tertullien rapporte cette observation des païens de son siècle sur les chrétiens qu'ils martyrisaient : « Voyez comme ils s'aiment entre eux (Apologeticus, cap. I.) », et, pour remonter encore plus haut, ce témoignage rendu par l'Esprit-Saint aux fidèles de l'âge apostolique : « Ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. (Act. IV, 32.) »

C'est le besoin, c'est l'instinct de ceux qui sont les moins nombreux et les moins puissants, et qui le savent, de se donner du moins cette force que produit l'union, de se serrer les uns contre les autres, de s'appuyer les uns sur les autres, de s'aider les uns les autres. Si les catholiques français des dernières générations n'ont pas éprouvé ce besoin, n'ont pas été pourvus de cet instinct, c'est peut-être que leur cause ayant eu pour elle, durant des siècles, le nombre et le pouvoir, ils ne se sont pas suffisamment rendu compte que ce bon temps était passé.

Ne laissons pas aux catholiques français de demain cette illusion funeste.

Amenons-les à comprendre que si à d'autres époques l'union entre les catholiques ne fut qu'un devoir, aujourd'hui elle est une nécessité, étant une des rares chances de succès qui nous restent, et que, n'ayant pas déjà tant d'atouts dans notre jeu, nous serions fous de renoncer encore à celui-là.

En conséquence, que nos élèves emportent du collège, le jour où ils iront commencer leur vie de catholiques militants, le parti pris de rester unis entre eux et avec leurs compagnons de lutte. Quand ils se seront partagés, suivant leurs goûts et les circonstances, entre les divers groupements catholiques qui s'offrent à les accueillir, que chacun d'eux, tout en réservant ses prédilections pour l'association de son choix, garde et témoigne à ceux qui se seront dirigés d'un autre côté cette charité absolument fraternelle qu'un chrétien doit à tout chrétien, puisque tous les chrétiens sont frères : Omnes fratres estis, a dit le Maître (Matth., XXIII, 8.)

Étant tous chrétiens, et donc tous frères, qu'après cela quelques-uns soient royalistes, d'autres républicains, ceux-ci démocrates et ceux-là conservateurs, est-ce assez pour leur faire oublier leur fraternité en Jésus-Christ ? Même en matière de religion, s'ils ont tous la même foi, les mêmes convictions, sur les points que Dieu a jugé assez considérables pour mériter d'être éclaircis par des révélations, des définitions, ou tout au moins par des certitudes théologiques, qu'importe que chacun pense à sa manière sur des points secondaires, qu'en cette qualité Dieu a trouvé bon d'abandonner à la liberté des discussions ?

Que pas un d'eux ne s'irrite de ces divergences de vues jusqu'à jeter à ses frères des accusations d'hétérodoxie, des excommunications, infligeant à leur réputation et à leur cœur la blessure la plus grave pour la réputation et pour les cœurs de catholiques.

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Message  Roger Boivin Dim 15 Mar 2020, 11:54 am



4o - Envers eux-mêmes.


Pour venir à leurs intérêts individuels, les circonstances présentes leur créent ces deux nécessités : en premier lieu, augmenter en eux la vie chrétienne, rendre leur foi et leur piété assez intenses, assez solides pour qu'elles puissent se passer du stimulant et de l'appui qu'aurait été pour elles, en des jours plus heureux, l'exemple d'une profession publiques de religion, ou tout au moins de respect pour Dieu et son Église, de la part des représentants du pouvoir, et, encore, pour que leur fidélité à leur Dieu ne cède ni aux tentatives de séduction ou d'intimidation, ni aux tentations de découragement, et qu'elle soit de la trempe de celle de saint Paul, déclarant que rien ni personne ne le séparera de la charité de Jésus-Christ.

En second lieu, et pur ce qui touche à leur avenir temporel, ils devront se le faire eux-mêmes, eux seuls, à force de mérite personnel et de travail, parce que l'État ne les y aidera pas, et tout au contraire.

Soit à l'armée, soit dans n'importe quelle autre des carrières officielles, ils ne pourront pas compter pour leur avancement sur des recommandations de provenance ecclésiastique, utiles en d'autres temps, et qui seraient inefficaces aujourd'hui, à moins qu'elles ne fussent nuisibles ; d'autre part, et du côté de l'État, ils feront sagement de ne pas s'attendre aux cote d'amour, qui ne seront pas pour eux, - à moins qu'ils ne trahissent leur cause et ne passent à l'ennemi, ce que nous ne leur ferons pas l'injure de prévoir.

Ils auront donc besoin de s'imposer par des qualités remarquables et des services qui forcent l'attention.

Qu'ils le sachent bien, dès maintenant, et que cette perspective leur soit un stimulant de plus au travail et à la vie sérieuse.

Peut-être, leur attention attirée par nous sur ce côté singulièrement grave de la question du choix d'un état, plusieurs ne trouveront-ils pas en eux les ressources exceptionnelles d'intelligence, de savoir-faire et de volonté, qu'il leur faudrait pour arriver au succès dans des conditions aussi difficiles ; peut-être redouteront-ils pour leur persévérance religieuse les dangers de semblables situations, les sollicitations, les menaces, les offres, les marchandages avec les courtiers de trahison, et ne se découvriront-ils pas le ferme caractère que leurs bonnes dispositions auraient besoin de trouver à côté d'elles pour les soutenir contre de tels assauts.

Mais alors, voilà pour eux de sérieuses raisons de préférer aux fonctions publiques les carrières indépendantes.

Et en voici d'autres, également fournies par les circonstances présentes : ce n'est pas seulement à l'impossibilité de pratiquer ouvertement sa religion, qu'un catholique devenu fonctionnaire peut se trouver, et, en fait, se trouve bien souvent réduit, c'est encore à la nécessité de s'en faire le persécuteur, - innocent et responsable peut-être, attristé, navré, mais enfin le persécuteur, - par sa coopération forcée à des mesures prises contre elle.

Sous des gouvernements sectaires au point de se permettre, dans leur lutte contre l'Église, toutes les injustices, toutes les violences, sans excepter celles qui se compliquent de goujaterie, le malheureux enfant de l'Église qui s'est exposé à leur service d'instrument sera facilement condamné à es besognes révoltantes pour sa conscience de chrétien, quelquefois pour ses fiertés et ses délicatesses de galant homme.

Ce n'est pas tout : nombre de nos élèves, il faut leur faire l'honneur de le penser, ne se proposent pas uniquement de rester, pour leur compte personnel, des disciples fidèles de la religion de Jésus-Christ, ils comptent bien de se faire ses apôtres, et, puisqu'elle est attaquée, ses défenseurs ; nous devons les confirmer dans ces dispositions, et, je le dirai bientôt, les instruire à lutter énergiquement contre les oppresseurs de l'Église.

Or, pour le moment et sans doute pour quelques années encore, les oppresseurs de l'Église sont au pouvoir, ils sont le pouvoir, ils sont l'État.

Et comment donc voulez-vous que des catholiques qui, en s'engageant dans les carrières officielles, se seront placés sous la main de l'État, aient la possibilité de faire campagne contre l'État pour la défense de l'Église ? En mettant les choses au mieux, accordons que les catholiques qui se seront fait fonctionnaires pourront encore rester des catholiques pratiquants, mais ils ne seront pas des catholiques agissants et militants.

N'hésitons donc pas à prévenir nos enfants que ceux d'entre eux qui jugeront à propos d'orienter leur vie de ce côté devront se considérer d'avance comme autant de forces perdues, ou à peu près, pour la défense religieuse. J'ai dit : à peu près, tenant à faire une réserve que m'imposent et la vérité, et aussi la justice à l'égard de certains des fonctionnaires d'aujourd'hui. Dépendre de l'État, par le temps qui court, c'est sans doute, pour un catholique, se trouver dans l'impossibilité de lutter ouvertement contre lui au profit de la bonne cause, mais détenir une partie de la puissance de l'État, c'est être à même d'enrayer discrètement, dans une certaine mesure, son action oppressive, et d'empêcher, sans bruit, quelque mal. Nous connaissons, dans les administrations actuelles, de vrais et fidèles chrétiens, qui, même là, savent s'utiliser au service de leur religion.

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Message  Roger Boivin Lun 16 Mar 2020, 9:42 am


Cela dit parce que j'ai voulu être complet, on comprendra que je maintienne ma thèse, qui n'en saurait guère être infirmée.

Puis, nos élèves n'ont pas à se préoccuper seulement de leur avenir religieux, à eux, mais appelés, ceux du moins qu'une vie supérieure n'attire pas, à fonder une famille, ils doivent, quand se pose devant eux la question du choix d'une carrière, introduire parmi les données du problème les intérêts d'âme des enfants que la Providence leur confiera.

Eh bien ! qu'ils se supposent fonctionnaires, et qu'ils envisagent la situation où ils se trouveront un jour : absolument décidés à faire de leurs enfants des chrétiens, n'ayant eu eux-mêmes qu'à se louer, sous le rapport religieux, de l'éducation, de l'éducation qu'ils ont reçue de nous, et, d'autre part, sachant à quels dangers l'enseignement du lycée expose la foi et la piété d'une jeune âme, ils voudront, ils voudront ardemment, que leurs fils aillent prendre leur place dans le collège catholique où leur père, à eux, les avait envoyés...

Là-dessus, ils seront appelés dans le cabinet de leur chef, qui leur signifiera que les fils des fonctionnaires sont la propriété de l'État, et ne peuvent décemment être élevés que dans les établissements de l'État. Après cela, conciliant et libéral, M. le Préfet, à moins que ce ne soit M. le Directeur des contributions indirectes, leur fera observer que l'État n'entend pas les retenir contre leur gré à son service, et qu'à la seule condition de démissionner, de renoncer à une situation péniblement acquis et qui était leur unique gagne-pain, ils peuvent faire de leurs enfants ce qu'ils voudront.

Entre autres considérations à suggérer à nos élèves lorsqu'ils nous consultent sur la direction à donner à leurs vues d'avenir, mettons celle-là en bonne place.

Au surplus, et pour le cas où les observations qui précèdent ne leur enlèveraient pas l,envie de se diriger vers les carrières officielles, qu'ils se tiennent pour avertis que l'accès, en bien des cas, leur en sera interdit.

Ces jours derniers, j'ai reçu la visite d'un licencié en droit, ancien élève d'un collège chrétien, qui, désireux d'entrer dans la magistrature, avait cru pouvoir s'autoriser d'anciennes relations entre ses parents et la femme d'un très gros personnage pour solliciter la protection de la haute et puissante dame.

Il venait me communiquer la réponse, qui était celle-ci : après en avoir référé à qui de droit, on lui déclarait que, étant données les idées religieuses de sa famille et les siennes, on le priait de s'orienter d'un autre côté.

Qui de vous ne connaît, pour en avoir été témoin ou les avoir appris par les journaux, bien des faits de cette nature ? N'omettons pas d'en faire part à nos élèves. Et, à l'aide de cette considération et de celles qu'on a lues plus haut, formons peu à peu leurs idées sur la question du choix d'un état envisagée du point de vue de la persécution religieuse.

Surtout, et sans prétendre établir de règles absolues en une matière qui n'en comporte pas, écartons-les le plus possible des situations officielles, et, pour les aider à chercher ailleurs, mettons entre leurs mains le livre excellent d'une si riche documentation, écrit pour eux par leur distingué et dévoué camarade M. Bettencourt, du Comité général de l'Association catholique de la jeunesse Française : Du choix d'une carrière indépendante (1).

______


(1) Paris, Poussielgue. Sur la question du choix des carrières, consulter également : Hugues Le Roux, Nos fils, que feront-ils ? Paris, Calmann-Lévy ; Gabriel Hanotaux, Du choix d'une carrière, Paris, Flammarion ; Jules Lemaître, Opinions à répandre, Paris, Société française d'imprimerie et de librairie (Passion) ; Paul Jacquemart, Professions et métiers, Paris, Armand Colin, 2 vol. ; F. de Donville, Guide pour le choix d'une profession, Paris, Garnier ; D. Massé, Pour choisir une carrière, Paris, Librairie Larousse ; Gaston Valran, Préjugés d'autrefois et carrières d'aujourd'hui, Paris, Didier, et Toulouse, Privat ; Paul Bastien, Les carrières libérales, Les carrières administratives des jeunes gens, Les carrières commerciales, industrielles et agricoles, Les carrières coloniales, 4 vol., Paris, Fontemoing ; du même, la Revue des carrières, Paris, 3, rue de Bretonvilliers, 3 fr. par an ; Vuibert, Annuaire de la jeunesse.

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Message  Roger Boivin Lun 16 Mar 2020, 9:50 am


Pour les touristes qui lisent ou liront ce texte, je dois rappeler que contrairement à aujourd'hui, on était alors sous le pontificat du saint Pape Pie X ; donc avec un pape et une hiérarchie légitimes ; avec collèges et séminaires vraiment catholiques, etc.. [note de Roger]
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Message  Roger Boivin Mar 17 Mar 2020, 9:59 am


Ai-je besoin d'ajouter qu'au-dessus de toutes les autres carrières - à prendre ce mot dans son acception la plus large et la plus haute : un emploi à donner à sa vie - nous aurons soin de mettre, quand nous traiterons cette question devant nos enfants, le Sacerdoce ?

Je parlais de carrières indépendantes : sous le régime concordataire celle-ci l'était pas complètement ; elle l'est devenue, et en France, aujourd'hui, le prêtre comme tel, et dans l'exercice de son ministère, ne relève plus que de son évêque, du Pape, de Dieu...

Je parlais du choix des carrières en temps de persécution religieuse : c'est surtout alors, qu'une âme élevée, généreuse, chrétienne tout-à-fait, c'est-à-dire passionnément dévouée à Jésus-Christ, doit se sentir portée à se rapprocher de Lui, à se donner tout entière à Lui.

En 1801, un petit breton de vingt ans, qui devait être l'abbé Jean-Marie de Lamennais [le frère de l'autre (note de Roger)], s'en vint trouver son évêque, encore réfugié dans un coin de Paris, et lui déclara son désir d'entrer au séminaire. L'évêque le conduisit à l'église et au jardin des Carmes, - où neuf ans auparavant les massacreurs de septembre avaient martyrisé un archevêque, deux évêques et cent quarante prêtres, - lui raconta tout cela, et lui dit : « Voilà ce qu'on peut gagner à être prêtre par le temps qui court... Rien ne nous garantit que ce qui s'est passé ici, il y a neuf ans, ne se renouvellera pas... Veux-tu encore être prêtre ?...

Et le jeune chrétien répondit : « Oh ! Monseigneur, ce n'est pas là ce qui m'arrêtera, et au contraire... » (1)


______


(1) Recrutement sacerdotal, novembre 1902, page 316. - Ouvrages à consulter sur la vocation en général, et sur les principes chrétiens qui régissent cette question, particulièrement sur le choix à faire entre la simple vie chrétienne, l'état ecclésiastique et l'état religieux : on en trouvera une longue liste dans mon livre intitulé : Pour repeupler nos séminaires, Paris, Lethielleux, chap. V : Bibliographie du sujet. Quelques-uns de ces livres ou opuscules s'adressent aux enfants, aux jeunes gens, et peuvent être mis entre les mains de nos élèves. Il sera bon également de leur faire lire ceux-ci, parus depuis la publication de mon volume et qui par conséquent ne figurent  pas sur la liste que je viens de signaler : Serai-je prêtre ? par M. l'abbé Belmon, Paris, Bonne Presse ; L'appel de Dieu. Serai-je missionnaire ? par le P. Lorthiuit, Tourcoing, Debisschop ; Prère et vocation, par le P. Lintelo, Tournai, Corteman. Je signale enfin mon opuscule : Le recrutement du clergé, paru tout récemment dans la collection de l'Action populaire, Reims (Note de l'auteur, septembre 1909).

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Message  Roger Boivin Mer 18 Mar 2020, 12:25 pm


5o - Envers les persécuteurs.


Enfin, à l'égard des persécuteurs, quels sentiments, quelle conduite leur suggérer ? La réponse tiendra en peu de mots : la charité et la résistance ; la charité, mais aussi la résistance ; la résistance, mais aussi la charité.

Parmi les catholiques que nos enfants voient autour d'eux, dans le cercle de leurs relations de famille, dans leurs familles mêmes, et dont ils sont exposés à subir l'influence, il s'en trouve qui ont l'âme assez bonne pour n'entretenir aucune espèce de sentiment mauvais contre les ennemis de leur foi, qui vont jusqu'à les aimer et les plaindre, à demander à Dieu leur conversion, mais qui trembleraient à la seule pensée de les combattre ; il en est, au contraire, d'assez énergiques pour s'indigner, pour lutter vaillamment, mais en qui l'indignation et la vaillance ne s'accompagnent pas de  pitié, de pardon, d'amour ; et nous en voyons d'autres, enfin, qui, sans peut-être aller jusqu'à maudire, ragent de tout leur cœur, déblatèrent de toutes leurs forces, mais à qui il ne reste plus ni cœur ni force pour agir.

À ces enfants nous enseignerons la charité pour ces frères égarés, ces « mauvais frères », comme Tertullien appelait les persécuteurs. Sans doute, leur disait-il, nous, chrétiens, nous nous regardons les uns les autres comme frères, mais nous considérons que nous sommes, à vous aussi, vos frères, en vertu de la communauté de nature, encore que vous soyez, vous, de si mauvais frères pour nous, « mali fratres (Apologeticus, cap. XXXIX.) ».

Et nous leur ferons observer qu'entre les persécuteurs d'aujourd'hui et nous il y a une fraternité plus étroite encore, la fraternité en Jésus-Christ, puisqu'ils sont comme nous des chrétiens par leur baptême, oublié, renié, mais ineffaçable toujours.

Or, a-t-on jamais le droit de haïr, même de ne pas aimer un frère, quelques torts qu'il se soit donnés, quelques crimes qu'il ait commis ? Nous répèterons souvent à ces jeunes chrétiens la grande et douce parole de leur Maître : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent » ; nous leur citerons souvent son exemple, la prière de son agonie : « Père, pardonnez-leur. »

Nous leur montrerons les premiers chrétiens, dans leurs réunions des catacombes, appelant les bénédictions de Dieu sur les tyrans qui demain allaient lâcher sur eux les lions et les tigres : « Nous prions tous, continuellement, pour tous les empereurs », dit encore Tertullien (Apologeticus, cap. XXX.).

Mais, tout en leur prêchant la charité, nous les exciterons, nous les dresserons à la résistance. Et si, de prime abord, il leur paraît impossible de concilier entre elles ces deux obligations, un exemple leur montrera qu'il n'en est rien : en vertu des mœurs militaires que le christianisme nous a faites et que la guerre païenne ne connaissait pas, le soldat français, au cas où nos voisins d'outre-Rhin tiendraient absolument à se battre avec vous, tirera très bien et sans aucun scrupule sur son camarade allemand, puisqu'il le faudra pour protéger sa vie et sauver son pays ; après quoi, s'il l'a tué, il l'enterrera avec honneur, et, s'il lui a seulement cassé la jambe, il le portera à l'ambulance et le soignera fraternellement.

Ceci étant bien compris, nous montrerons comment les chrétiens français d'aujourd'hui ont le droit, le devoir aussi, de défendre leurs intérêts et leur religion contre toute agression, vint-elle même de l'État.

Je dis : les chrétiens français d'aujourd'hui, dont la situation et les devoirs, en ce point spécial, diffèrent absolument de la situation et des devoirs des chrétiens du temps de Néron. Expliquons cette différence, disons bien à nos élèves que, si d'autres vertus des martyrs sont à imiter en tout temps et en tout pays, leur résignation n'est plus de circonstance au XXe siècle, en France, et donnons-leur-en la raison :

Les premiers chrétiens vivaient sous un régime politique qui comportait ces deux éléments : l'empereur, souverain absolu, et des sujets, et qui ne mettait aux mains des sujets, en cas d'oppression par le souverain, aucune arme, qui ne leur ouvrait, pour s'y dérober, d'autre refuge que la mort.

Nous, en vertu des institutions qui régissent actuellement notre patrie, et qui ne reconnaissent ni souverain ni sujets, mais uniquement des citoyens, nous avons, pour imposer nos volontés à ceux de nos concitoyens qui momentanément nous gouvernent, et, s'ils refusent de tenir compte de nos réclamations, pour leur enlever le pouvoir, les campagnes d'opinion, les réunions publiques, la presse, le bulletin de vote.

Il y a là tout un arsenal que la Providence, nous faisant vivre dans ce siècle et dans ce pays, a mis à notre disposition en nous disant : « Prenez, et défendez-vous, et défendez ma cause. »

Quand tous les jeunes chrétiens, nombreux encore dans nos écoles, auront compris ces intentions de Dieu, et sortiront d'entre nos mains et entreront dans la vie bien décidés à s'en inspirer, les beaux jours de tyrannie-maçonnique seront près de finir.

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Message  Roger Boivin Jeu 19 Mar 2020, 9:10 am



IV

ENSEIGNEMENT À DONNER À NOS ÉLÈVES
SUR L'ACTION CATHOLIQUE


La résistance, c'est déjà beaucoup. Mais l'ensemble des efforts qu'ont à faire des catholiques pour servir utilement la cause de leur Dieu en un temps de crise religieuse a besoin d'être signifié par un mot d'une portée plus vaste : l'action.


1o - Notion de l'action catholique. -
Ses divers terrains. -
Sa nécessité. - Ses conditions.


Nous dirons à nos élèves en quoi consiste l'action qui est demandée à des chrétiens considérés comme tels : c'est une action religieuse et fraternelle, en vue d'obtenir que Dieu soit plus connu, plus aimé, plus obéi, que dans l'éternité les âmes  de nos frères soient, en plus grand nombre, sauvés, que leur vie présente même soit plus heureuse, s'écoule en de meilleures conditions de bien-être et de joie.

Nous leur montrerons les divers terrains sur lesquels l'action catholique doit s'exercer : celui des relations de famille, d'amitié ou d'affaires, qui déjà fournissent à un chrétien zélé bien des occasions d,apostolat. - celui des travaux intellectuels, des recherches historiques ou scientifiques, de la presse, - celui des œuvres de propagande et de défense catholique, - ou encore des œuvres de réforme sociale et d'amélioration du sort des classes populaires, où le chrétien travaille indirectement mais sûrement à l'extension du règne de Jésus-Christ, puisque par là il concilie à sa religion les sympathies et peu-à-peu lui gagne les voix de la multitude, avec laquelle, en un temps de suffrage universel, il faut absolument compter, - et aussi le terrain de la politique, car l'action politique en vue de l'action religieuse.

Insistons sur l'utilité, sur la nécessité, pour la défense des intérêts religieux à notre époque et sous un régime démocratique, de l'action politique ainsi comprise ; engageons nos élèves à s'y adonner courageusement et constamment, et si quelques-uns d'entre eux ont le goût d'en faire leur occupation principale, leur carrière, si d'autre part ils nous paraissent avoir les aptitudes requises pour y faire du bien, encourageons-les à s'engager dans cette voie, n'allons surtout pas les en détourner par des tirades trop fréquentes contre les politiciens de profession : les politiciens mènent le pays, et si parmi eux les chrétiens étaient le plus grand nombre, ils les ramèneraient aux pieds de Jésus-Christ.

Nous ferons connaître à nos enfants les principes de la morale chrétienne qui rendent obligatoire pour un disciple de Jésus-Christ l'action religieuse et fraternelle ; nous appuierons sur ce commandement, duquel le Maître a déclaré qu'il est le plus grand et le premier : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Or, ajouterons-nous, transformant en un commentaire de ce précepte évangélique, à l'aide d'une variante, un vers plutôt connu :

L'amour qui n'agit point, est-ce un amour sincère ?


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Message  Roger Boivin Ven 20 Mar 2020, 8:52 am


De cette action religieuse et fraternelle à laquelle les exhorte l'Évangile, nous leur révélerons les conditions, et, par exemple, nous leur dirons :

Qu'elle doit être pieuse et ne pas se séparer de l'emploi des moyens surnaturels, de la pénitence, de la prière, qui la rendront efficace en lui assurant l'indispensable concours de Dieu ;

Qu'elle doit être réglée par les principes chrétiens, exactement connus grâce à une sérieuse étude de la religion, de ses dogmes, de sa morale, morale individuelle et morale sociale ;

Qu'elle doit être confiante, ne pas se laisser paralyser par le pessimisme qui à tout propos murmure : « A quoi Bon ? » mais répondre à ces décourageantes suggestions que les efforts d'une énergique volonté d'homme, aidés de la grâce de Dieu, sont toujours bons à quelque chose.

Nous dirons qu'il le faut vaillante, généreuse, renoncée, capable de ne pas reculer devant le travail et les sacrifices, - puis, sincère, loyale, ne cachant pas sous des apparences de dévouement à Jésus-Christ un attachement purement humain à des intérêts de parti ou de caste, - et encore savante, habile, inspirée d'une intelligence et d'une connaissance suffisantes de l'état actuel des esprits, des mœurs, des institutions, de la législation, - ajoutons : et pratique, sans aspirations utopistes vers des résultats irréalisables, sachant se contenter de faire le bien possible en telle occasion donnée, parfois même de réduire l'adversaire à faire un moindre mal.

Il est nécessaire, continuerons-nous, que l'action des catholiques soit sérieux, que leur opposition ne s'en tienne pas à des paroles, à des discours, à des épigrammes sur les défauts et les travers de nos ennemis, à des caricatures, à des démonstrations platoniques et quelquefois enfantines, mais qu'elles consistent en des actes qui portent coup ;

Qu'elle soit appuyée sur l'influence sociale que procurent la valeur intellectuelle, la valeur professionnelle garantie par des succès notoires, les services rendus, et, avant tout, sur la réputation d'une vie privée intégralement chrétienne : personne ne prendra au sérieux les professions de foi et les tentatives d'apostolat d'un catholique qui, par ses mœurs, n'est pas un chrétien ;

Qu'elle soit disciplinée, subordonnée à la direction du Pape, des évêques, et, dans chacune des diverses associations laïques constituées pour la défense des intérêts religieux et sociaux, aux instructions des chefs.

Enfin, conseillerons-nous à nos élèves, si vous voulez que votre action soit puissante, efficace, victorieuse, unissez-la à celle de vos frères, associez-vous, entrez dans les cercles et les conférences d'études ou d’œuvres, dans les associations d'anciens élèves, dans les divers groupements catholiques.

Et ne nous bornons pas à leur donner ce conseil : le moment venu, poussons-les et aidons-les à le suivre ; rappelons-nous ce vœu émis pat l'Alliance des maisons d'éducation chrétienne au Congrès de Paris, en 1901 : « Que pas un de nos élèves, sa Philosophie achevée, ne parte pour les villes de Facultés sans emporter une lettre de recommandation pour le Directeur d'un des Cercles catholiques d'étudiants ou d'autres groupements animés du même esprit. »

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Message  Roger Boivin Sam 21 Mar 2020, 8:05 am


2o - Quelques types de catholiques
à ne pas reproduire.


Nous pourrons confirmer et illustrer cette doctrine par des exemples négatifs, de ceux qui montrent ce qu'il ne faut pas être et comment il ne faut pas faire.

Puisant dans le répertoire de nos souvenirs, de nos observations quotidiennes, nous pourrons faire défiler devant nos jeunes auditeurs, comme sur un écran à projection, toute une série de portraits :

Les catholiques apathiques, qui verraient souffleter encore Jésus-Christ comme au prétoire de Pilate, sans en être autrement émus ;

Les catholiques égoïstes, incapables de renoncer pour lui à une heure de leur oisiveté, à la dépense d'une fête ;

Les catholiques individualistes, qui se confondent, ou à peu près, avec les précédents : ceux dont toute la religion se réduit à se ménager, à eux, un bon coin de Paradis, sans jamais aucune préoccupation de ce que pourront devenir les âmes de leurs frères ;

Les catholiques jouisseurs, parfois dans le pire sens du mot, qui prétendent rétablir le règne de Jésus-Christ en France et ne commencent pas par l'établir en eux, par conformer aux commandements du Maître leur conduite privée, leurs mœurs ;

Les catholiques rêveurs, qui attendent, l’œil au ciel, qu'en descende « l'homme providentiel », ne se doutant pas que l'homme providentiel, c'est chacun de nous, s'il est vrai que chacun de nous a reçu de la Providence la mission de travailler, de son côté et de toutes ces forces, pour le salut commun ;

Les catholiques beaux parleurs, qui auraient tant fait pour le triomphe de l'Église s'ils avaient passé à agir la moitié seulement du temps qu'ils ont employé à discourir, à « brandir le Labarum », à « citer les persécuteurs au tribunal de l'histoire ; »

Les catholiques facétieux, qui sur leurs états de service, à la colonne des faits de guerre, ne pourront guère montrer à Dieu, le jour de la reddition des comptes, que des plaisanteries, spirituelles quelquefois, sur l'accent de M. Loubet, le tour de taille de M. Fallières et la barbe de M. Pelletan ;

Les catholiques élégiaques, qu'on pourrait appeler encore les Ça-va-mal, ceux qui pleurent copieusement sur les ruines du temple, et qui font certainement très bien, mais qui feraient mieux encore s'ils aidaient un peu à son relèvement ;

Les catholiques ahuris, qu'après chacun de nos malheurs vous entendez s'exclamer : « Comprenez-vous cela ?... Et que faire ?... Mon Dieu que faire ?... » et qui jamais n'ont pris le parti de réfléchir avec calme sur les causes du mal, et de chercher, dans une étude sérieuse de notre état religieux, social et politique, les bons remèdes ;

Les catholiques chanteurs de cantiques, qui jettent aux échos de Lourdes le beau refrain : « Nous voulons Dieu », et qui s'en tiennent là. Les Grognards de Napoléon, en 1815, chantèrent un peu moins qu'ils voulaient Napoléon, mais, à son retour de l'ile d'Elbe, ils allèrent le chercher, l'escortèrent en armes, et, se battant tout le long de la route, recevant mais donnant des coups, ils le replacèrent sur le trône.

Puis viendront les catholiques indisciplinés, qui répondent aux mots d'ordre du Chef suprême par une invitation à se mêler de ses affaires ;

Les catholiques grincheux et critiqueurs, qui, par des censures, des récriminations, des accusations, prodiguées à quiconque ne pense pas sur tous les points comme eux, entretiennent la désunion dans nos rangs, nous affaiblissent et constituent un obstacle de plus à nos succès...

Nous supplierons nos élèves de s'arranger pour ne pas mériter plus tard une place dans cette galerie intéressante et instructive.

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Message  Roger Boivin Dim 22 Mar 2020, 8:51 am


V


ENSEIGNEMENT À DONNER À NOS ÉLÈVES
SUR LEUR PRÉPARATION ACTUELLE À L'ACTION


Leur ayant enseigné d'avance les devoirs que, pour plus tard, leur impose la guerre religieuse, nous leur enseignerons aussi et surtout  ceux qu'elle leur impose pour aujourd'hui, et qui se réduisent à celui-ci : se mettre dès maintenant en état de remplir, le moment venu, ces obligations futures que nous venons de leur exposer.

Comment y parviendront-ils ?


1o - Accomplissement des devoirs d'état.


La voie la plus sûre sera l'accomplissement consciencieux de ce que leur demandent, pour le moment, les règlements du collège ou du séminaire.

Voilà ce qu'il faut leur faire comprendre, toucher du doigt ; il faut leur présenter les cours de religion, les confessions, les communions et les autres pratiques de piété, les efforts contre les défauts de caractère, le travail, tout l'ensemble et chacun des détails de l'éducation religieuse, morale et intellectuelle, qu'ils reçoivent de nous, sous cet aspect spécial, et comme une préparation aux luttes de demain.

Ainsi envisagés, du point de vue d'une nécessité indispensable pour les rendre capables de défendre leur vie chrétienne et leurs intérêts temporels contre tels dangers que nous leur aurons annoncés, tels exercices qu'ils négligeaient les intéresseront davantage, et ils s'ils livreront avec plus de conviction et d'ardeur.

Dans plus d'une caserne, aujourd'hui, plus d'un petit soldat, averti des intentions guerrières que le bruit public prête à Guillaume II (Écrit vers la fin de 1905 (septembre 1909)), et, d'autre part, se rendant compte que sa théorie lui apprendra les meilleures méthodes de parer les coups et d'en donner, l'étudie probablement de tout son cœur.

Ainsi feront les futurs soldats du Christ que nous sommes chargés d'instruire.

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Message  Roger Boivin Lun 23 Mar 2020, 9:06 am


2o - Instruction religieuse. - Travail.


Un ou deux exemples : le catéchisme, d'ordinaire, ne passionne guère nos élèves.

Est-ce indifférence religieuse ? Pour la plupart, je ne le pense pas. Ils tiennent à garder leur foi. Seulement, n'ayant vécu encore que dans des milieux où elle n'était exposée à aucune atteinte, la pensée ne leur vient pas qu'elle puisse jamais être en péril, et ils ne sentent pas le besoin de la fortifier par une étude sérieuse des preuves de la religion.

Prudemment, mais nettement, avertissons-les que leur foi instinctive d'aujourd'hui ne leur suffira pas toujours, que, destinés à vivre dans une société en proie à une terrible crise religieuse, ils entendront discuter toutes les vérités du Symbole, jusqu'à l'existence de Dieu, et disons-leur que, sans doute, elles reposent sur des fondements solides, mais que ces fondements, il faut les avoir vu, que sans doute les objections ne sont pas insolubles, mais que les solutions ne se devinent pas, ne s'improvisent pas.

Racontons devant eux l'histoire de tant d'élèves de collèges chrétiens tombés jusqu'à l'apostasie pour avoir négligé leur instruction religieuse. Et très probablement, au catéchisme suivant, nous les trouverons plus attentifs.


Les versions, les problèmes, les attirent généralement assez peu. Si, des fenêtres de leur salle de classe, nous leur faisons entrevoir là-bas le champ de bataille où le drapeau du Christ, sur le point de tomber aux mains de l'ennemi, attend des défenseurs, et si nous leur expliquons que les connaissances acquises aujourd'hui seraient autant de munitions entassées dans leur giberne pour le moment où ils auront à prendre part aux luttes religieuse, les plus généreux se mettront vaillamment au travail.

Si nous leur faisons comprendre que les bouleversements sociaux, toujours imminents, peuvent les réduire un jour à n'avoir d'autre gagne-pain que les diplômes, ou encore que la guerre à la religion, ne permettant pas aux catholiques d'escompter les faveurs de l'État, les force à mettre de leur côté des chances d'une autre nature, le mérite personnel, la valeur intellectuelle, les plus pratiques seront gagnés par ces arguments positifs et se sentiront plus de goût pour l'étude.

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Message  Roger Boivin Mar 24 Mar 2020, 7:49 am



VI


ENCORE LA PRÉPARATION


Suffira-t-il d'utiliser ainsi, en vue de la préparation de nos enfants à la résistance et à l'action catholiques, les règlements et les exercices ordinaires et traditionnels de la vie de collège, nos vieux systèmes d'éducation, sans y introduire les changements que, au dire de quelques-uns, réclameraient les circonstances présentes ? Je suis assez porté à le penser, et d'autant plus que le rendement des institutions ne dépend pas principalement de leur organisation considérée en elle-même, mais plutôt du degré de savoir-faire des hommes qui les dirigent, et de l'esprit qui préside à leur fonctionnement.

Il suffira, me semble-t-il, mais il est indispensable que les maîtres de nos maisons chrétiennes aient en tête et au cœur la préoccupation de nous former, non pas des catholiques quelconques, mais des catholiques tels qu'il les faut à notre pays et à notre temps.

S'ils veulent cela, ils parviendront à le faire, dans n'importe quelles conditions et sans qu'il soit besoin de révolutionner celles au milieu desquelles s'exerce aujourd'hui leur action.

L'avons-nous voulu assez ? L'avons-nous fait assez ?

Il y a là, pour nous, matière à un sérieux examen de conscience. Il nous sera facilité par la lecture d'un livre dont le titre est une injustice, mais dans lequel nous trouverons, à côté d'accusations outrées, bien des observations bonnes à recueillir. Banqueroute des maîtres chrétiens au XIXe siècle, par X. Milès (Paris, Amat,).

L'examen de conscience achevé, et, s'il y a lieu, suivi d'un acte de contrition, remettons-nous à notre oeuvre, dont le but, je le répète, est celui-ci : former des catholiques tels que les demandent les circonstances actuelles.

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