Réunion des Chrétiens d'Orient avec l'Église romaine sous le Pape Eugène IV.

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Message  Louis Mar 17 Mar 2015, 11:51 am

Le Pape Eugène IV fait de nouvelles tentatives pour prévenir la rupture.
Les prélats de Bâle y répondent par des procédés toujours plus violents.


(suite)


De leur côté les prélats poussaient de plus en plus leur entreprise contre le chef de l'Église.

Ainsi, dans la neuvième session, du 22 janvier 1433, on déclara nul tout ce qu'il aurait fait ou qu'il pourrait faire au désavantage de l'empereur, et ce prince, qui était alors à Sienne, fut reconnu protecteur du concile; le duc de Bavière était comme vice-protecteur en l'absence de Sigismond.

Le 19 février, dans la dixième session, où l'on compta quarante-six prélats, les promoteurs requirent que la contumace d'Eugène fût déclarée, et le concile nomma des commissaires pour voir s'il convenait de faire cette déclaration.

Dans la session onzième, 27 avril, la célébration des conciles généraux fut recommandée au point même de menacer de suspense et de déposition le Pape s'il s'y opposait. Défenses étaient faites à toutes personnes, principalement au Pape, de dissoudre, proroger ou transférer un concile général, quel qu'il fût, à moins que le concile n'y consentît, et, ces règles universelles s'appliquant ensuite au Pape Eugène, on cassait tous les actes faits ou à faire dans la vue d'empêcher les prélats de la cour romaine de se rendre à Bâle.

Les décrets de la douzième session, 13 juillet, ordonnaient au Pape, sous peine de suspense, de révoquer ses premières bulles dans l'espace de soixante jours et de reconnaître que le concile avait été légitime depuis son commencement. Cet acte, dans l'idée des prélats de Bâle, tenait lieu de troisième monition adressée à Eugène, qui y est peint comme un Pontife « scandaleux et qui paraît vouloir détruire l'Église. » Ce sont les termes dont se servit le secrétaire de l'assemblée.

On trouve, à la suite de cette procédure, l'abolition de toutes les réserves et le rétablissement des élections, avec la manière de les pratiquer dans les chapitres et dans les abbayes.

La treizième session, 11 septembre, fut employée à entendre le réquisitoire des promoteurs sur la contumace du Pape. Il était question de le déclarer suspens, et l'évêque de Lectoure avait déjà commencé à lire le décret lorsque deux des envoyés d'Eugène incidentèrent sur la forme, alléguant pour raison que les soixante jours donnés au Pape pour révoquer ses bulles n'étaient point expirés. Le duc de Bavière elles magistrats de Baie avaient déjà intercédé pour la même cause, et le résultat de la délibération fut qu'on accorderait au Pape un délai de trente jours.

Enfin, dans la quatorzième session…

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Message  Louis Mer 18 Mar 2015, 12:52 pm

Le Pape Eugène IV fait de nouvelles tentatives pour prévenir la rupture.
Les prélats de Bâle y répondent par des procédés toujours plus violents.


(suite)

Enfin, dans la quatorzième session, qui eut lieu le 14 novembre et où se trouva l'empereur, on  étendit encore le terme à trois mois; ce fut Sigismond qui obtint cette prorogation, sous la clause toutefois qu'Eugène adhérerait, après ce temps-là, au concile, et qu'il révoquerait tous les décrets publiés en son nom contre cette assemblée, révocation qui se ferait selon les formules dont on récita le modèle en présence de l'empereur et de tous les prélats.

Tel est en peu de mots tout l'ordre des sessions et des procédures qui y furent faites durant cette année 1433, toujours à dessein d'obtenir du Pape la révocation de ses bulles et la confirmation du concile (1).    
                             
Voici maintenant de quelle manière, dans l'intervalle de ces sessions, les mêmes prélats reçurent les offres du chef de l'Église. Ses quatre nonces, avec les instructions conciliantes que nous avons vues, parurent dans une congrégation générale, le 7 mars, et ils haranguèrent vivement en faveur du Pape, dont ils expliquaient les droites intentions dans tout ce qu'il avait fait jusqu'alors par rapport au concile. Ils détaillèrent ensuite les divers tempéraments qu'ils étaient chargés de proposer pour concilier tous les intérêts, et ils ajoutèrent qu'au reste tous les ordres qu'ils avaient du Pape n'empêchaient pas que ce pontife « ne leur eût recommandé très-instamment d'obéir au concile. »

À ces paroles de conciliation les prélats de Bâle ne répondirent que par des paroles de hauteur et d'autorité…

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(1). Labbe, t.  12.

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Message  Louis Jeu 19 Mar 2015, 11:59 am

Le Pape Eugène IV fait de nouvelles tentatives pour prévenir la rupture.
Les prélats de Bâle y répondent par des procédés toujours plus violents.


(suite)

 À ces paroles de conciliation les prélats de Bâle ne répondirent que par des paroles de hauteur et d'autorité. Les promoteurs dirent aux nonces que le Pape n'avait point eu le droit de dissoudre ni de transférer le concile ; que, cette assemblée tenant immédiatement sa puissance de Dieu même, le Pape devait obéir à ses décrets ; qu'on ne pouvait accepter aucun des tempéraments proposés par le Pape sans blesser l'autorité supérieure qui est dans le concile général, et qu'il n'était pas non plus de la dignité du concile de révoquer ce qu'il avait fait pour maintenir ses droits.

Cependant le chef de l'Église avait fait plus encore pour ramener la paix. Le 14 février 1433 il donna une bulle qui portait en substance que la plupart des raisons qui empêchaient la célébration du concile de Bâle ayant cessé, le Pape rétractait et annulait les bulles publiées pour dissoudre et transférer ce concile; que son intention était présentement qu'il fût célébré dans la ville de Bâle, et qu'on y travaillât à l'extirpation de l'hérésie des Bohémiens et au rétablissement de la paix parmi les fidèles.

Eugène IV envoya cette bulle à l'empereur Sigismond, qui en fut si content qu'il l'adressa lui-même au concile, en l'avertissant de se conduire de manière à ne pas exposer l'Eglise aux malheurs d'un schisme. Cet avis plut d'autant moins aux prélats de Bâle qu'il leur était plus nécessaire ; ils en témoignèrent leur mécontentement à Sigismond, et ils lui marquèrent que le Saint-Esprit, au nom duquel ils étaient assemblés, n'était pas un esprit de discorde et de schisme (1). Et pour preuve ils feront bientôt un schisme et un antipape, ce qui dénote du moins quel esprit les faisait agir.

Quant à la bulle du Pape, dont l'empereur était si content, ils dirent qu'elle ne répondait point aux intentions du concile, et, en la parcourant depuis le titre de l'adresse jusqu’à la conclusion, ils prétendirent y remarquer un très-grand nombre d'articles qu'on ne pouvait passer.

1° La bulle, faisant l'histoire de la convocation du concile de Bâle, disait que le cardinal Julien de Saint-Ange avait reçu l'ordre de le célébrer s'il  trouvait dans cette ville un nombre convenable de prélats. Les prélats de Bâle se récrièrent sur cet article, prétendant, aussi bien que le cardinal de Saint-Ange, que l'ordre de présider au concile lui avait été donné sans condition. Cependant on trouve cette condition manifestement énoncée dans le bref d'Eugène IV au cardinal de Saint-Ange (1).        
                     
2° La même bulle indiquait les principales raisons qui avaient porté le Pape à dissoudre le concile ; c'étaient les inconvénients exprimés dans le rapport de Jean Beaupère, envoyé du légat et des prélats eux-mêmes. Les prélats trouvaient fort mauvais que le Pape osât leur citer encore le rapport de leur propre envoyé, que jamais cependant ils ne voulurent désavouer.

3° Le Pape marquait dans son décret que…

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(1) Martène, t. 8 ( ?) , p. 537. —   (1).  Labbe, t. 12.

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Message  Louis Ven 20 Mar 2015, 11:27 am

Le Pape Eugène IV fait de nouvelles tentatives pour prévenir la rupture.
Les prélats de Bâle y répondent par des procédés toujours plus violents.


(suite)

3° Le Pape marquait dans son décret que, les empêchements du concile ayant cessé, il allait envoyer quatre légats pour le célébrer . Ces mots révoltèrent extrêmement les prélats de Bâle ; car, disaient-ils, le Pape ne reconnaîtra donc le concile que du moment de l'arrivée de ses légats, et il tiendra pour nul tout ce qui s'est fait jusqu'ici dans les sessions; ce qui détruit manifestement l'autorité de cette assemblée et de tous les autres conciles généraux, surtout de celui de Constance, qui a décidé que le concile général tient son autorité immédiatement de Dieu.

4° Eugène ne parlait dans sa bulle que de l'extirpation de l'hérésie des Bohémiens et de la pacification des princes chrétiens; d'où les prélats concluaient encore qu'il avait voulu exclure des délibérations de l'assemblée l'article essentiel de la réformation de l'Eglise. A la vérité, dans une autre bulle du 1er mai, le Pape avait chargé ses quatre légats de travailler avec le concile à la réformation de l'Église dans tous ses membres; mais cela ne contentait point les prélats de Bâle ; car ils craignaient que, par cette disposition, les légats ne fussent seuls arbitres de la réformation ; que le concile ne fût réduit à donner simplement ses conseils sur cet article ; que, si les légats ne voulaient point approuver certains décrets relatifs à cette matière, le concile ne pût pas l'emporter sur eux, et qu'ainsi son autorité suprême ne parût dégradée ou avilie. On se plaignait aussi que le Pape eût parlé de réformation par rapport aux membres sans faire mention du chef même de l'Église, expression consacrée par le concile de Constance et dont l'omission ne pouvait être tolérée. Voilà, en abrégé, quelle fut la révision sévère de la bulle du 14 février 1433.

Avec des esprits aussi intraitables Eugène IV voulut au moins mettre à couvert l'autorité du Siège apostolique. Le 29 juillet il donna une bulle par laquelle il cassait tout ce qui avait été fait à Bâle au delà des trois articles qu'il permettait de traiter dans le concile, savoir : l'extirpation des hérésies, la pacification des princes chrétiens et la réformation de l'Église. Mais cet éclat n'eut point de suite, et, trois jours après, pressé de plus en plus par l'empereur Sigismond, le chef de l'Eglise donna une autre bulle où il disait :

« Nous voulons bien et nous sommes content que le concile de Bâle ait été continué et qu'il continue encore, comme depuis son ouverture. Nous révoquons tout ce qui a été fait par nous pour le dissoudre et le transférer. Nous adhérons à ce concile purement et simplement, et nous avons intention de le favoriser de tout notre pouvoir, à condition toutefois que nos légats seront admis à y présider, et qu'on y révoquera tout ce qui a été fait contre nous, notre autorité, notre liberté, et contre nos cardinaux ou quiconque s'est attaché à nos intérêts. »

La date est du 1er août, et, le 13 du même mois, le Pape chargea l'archevêque de Spalatro, l'évêque de Cervia et l'abbé d'un monastère d'Italie, de recevoir à Bâle la révocation des décrets contraires à l'autorité apostolique, en révoquant aussi, de leur côté et au nom du Saint-Siège, tout ce que le Pape avait fait contre le concile.

Cette bulle du 1er août fut rédigée sous les yeux de l'empereur ; il en parut très-content et dit même au Pape qu'il en faisait plus qu'il ne devait. « Et si les Pères de Bâle, ajoutait-il, n'acceptent pas cette bulle, je ferai des merveilles contre eux. » C'étaient les termes dont s'était servi Sigismond. Cependant…

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(1). Labbe, t. 13, col. 1488.

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Message  Louis Sam 21 Mar 2015, 11:37 am

Le Pape Eugène IV fait de nouvelles tentatives pour prévenir la rupture.
Les prélats de Bâle y répondent par des procédés toujours plus violents.


(suite)

Cependant, durant son voyage de Rome à Bâle, il renvoya au Pape pour le prier de faire un changement dans son décret; ce changement consistait à y mettre : Nous décernons et nous déclarons, au lieu de nous voulons bien et nous sommes content. Eugène IV eut encore la condescendance d'y acquiescer, mais toujours à condition que le concile révoquerait tous les actes publiés contre le Pape et ses adhérents.

Une des pièces qui, avec raison, indignait le plus ce Pontife, était la sommation qu'on lui faisait dans la douzième session d'adhérer au concile dans soixante jours, sous peine d'être déclaré suspens de ses fonctions. A cette menace schismatique il opposa une bulle du 13 septembre, où il cassait tout ce qui avait été réglé dans cette session.

Eugène IV essuyait alors des embarras, des inquiétudes et des chagrins de toute espèce. Poussé par les entreprises militaires du duc de Milan, en butte aux révoltes des Bolonais, ajourné par les prélats de Bâle, abandonné par plusieurs de ses cardinaux, exhorté avec une sorte d'empire par l'empereur, avec cela presque toujours malade, on ne peut guère imaginer de situation plus triste pour la première personne de l'Église et du monde, et le comble des honneurs était pour lui une croix bien pesante.

Cependant…

A suivre : Réconciliation telle quelle entre le Pape et les prélats de Bâle, qui font d'étranges raisonnements pour prouver la supériorité du concile sur le Pape.

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Message  Louis Dim 22 Mar 2015, 1:03 pm

Réconciliation telle quelle entre le Pape et les prélats de Bâle,
qui font d'étranges raisonnements
pour prouver la supériorité du concile sur le Pape.

Cependant, à force de négociations, la réconciliation eut lieu sur la fin de cette année 1433 ; les préliminaires de la paix étaient comme arrêtés quand on tint la quatorzième session, où le terme de trois mois fut accordé au Pape pour adhérer au concile.

L'empereur était à Bâle depuis le 11 octobre ; dès le lendemain de son arrivée il avait présenté au concile la bulle du 1er août. On l'expliqua, on la modifia, on la réduisit à des formules qu'on imagina plus favorables au concile que l'énoncé du Pape ; mais la bulle même fit toujours le fond de ces modèles proposés par le concile.

Enfin, suivant les actes publiés par Augustin Patrice, chanoine de Sienne, et qui avait travaillé d'après les manuscrits conservés précieusement à Bâle, l'accord se fit entre les prélats du concile et le Pape Eugène, de manière que les légats du Saint-Siège furent admis à présider, et que tout ce qui s'était fait par le concile contre le Pape et par le Pape contre le concile fut révoqué. Dans les actes de la seizième session cette bulle d'Eugène IV n'est pas complète ; on n'en a inséré que la première partie : la révocation de ce qu'il avait fait contre l'assemblée de Bâle.

Quoique les princes fussent portés généralement pour cette assemblée, ils étaient loin d'approuver ses entreprises contre le Pape, surtout quand elle osa le menacer de suspense s'il n'adhérait dans l'espace de soixante jours. Dans le fait, si vingt ou trente prélats en opposition avec le chef de l'Église peuvent se dire le concile général, les états généraux de la chrétienté, l'Église universelle, et, par suite, régenter le Pape, lui prescrire d'un jour à l'autre des lois nouvelles, le menacer, le suspendre, le déposer comme un ministre révocable à leur gré, à plus forte raison vingt ou trente députés pourront-ils se dire les états généraux d'une nation, le parlement, la représentation nationale, et, par suite, régenter, suspendre, déposer, bannir ou tuer les empereurs et les rois.

Aussi, le 20 août 1433, le roi de France Charles VII écrivit-il aux prélats de Bâle pour leur témoigner l'effroi que lui causaient leurs attentats contre le souverain Pontife de l'Eglise universelle et pour les prier avec instance de ne pas pousser les choses si loin. Les autres princes de l'Europe pensèrent de même : les monuments du temps, qu'on peut voir dans la grande collection du Bénédictin Martène, signalent à cet égard le mécontentement de l'empereur, du roi d'Angleterre, des électeurs de l'empire, du doge de Venise, du duc de Bourgogne et du duc de Savoie (1).

Les dix sessions suivantes…

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(1). Martène, Vet. Script, ampliss. collect.,t. 8, p. 627-641.

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Message  Louis Lun 23 Mar 2015, 11:26 am

Réconciliation telle quelle entre le Pape et les prélats de Bâle,
qui font d'étranges raisonnements
pour prouver la supériorité du concile sur le Pape.


(suite)

Les dix sessions suivantes, de la quinzième à la vingt-cinquième, sont ce qu'on appelle quelquefois le beau temps du concile de Bâle ; beau en comparaison de ce qui précède et de ce qui suivra, car, en soi, jamais cette assemblée n'a eu rien de vraiment beau ni de complètement honorable ; jamais elle n'a su se défaire de son mauvais levain d'insubordination, de discorde et de schisme, entretenu par une érudition indigeste et sophistique pire que l'ignorance. Dans les dix sessions dont il est parlé, le principal devait être de cimenter, par de bons procédés, la réconciliation qu'on avait eu tant de peine à conclure. Nous allons voir si l'assemblée ne fît pas précisément l'opposé.

La seizième session, célébrée le 5 février 1434, fut l'époque de la réconciliation du Pape et des prélats de l'assemblée qui devint ainsi un concile vraiment canonique. Eugène IV avait nommé, pour y présider, cinq cardinaux : Julien Césarini, cardinal de Saint-Ange ; Jourdain des Ursins, cardinal de Sainte-Sabine ; Pierre de Foix, cardinal d'Albane; le bienheureux Nicolas Albergati, cardinal de Sainte-Croix ; Angélotto Fosco, cardinal de Saint-Marc, avec l'archevêque de Tarente, l'évêque de Padoue et l'abbé de Sainte-Justine de cette dernière ville, pour remplacer les cardinaux qui pourraient ne pas s'y trouver.

Ces présidents ne furent admis par le concile que le 24 avril 1434, dans une congrégation générale, et l'on y détermina qu'ils feraient serment de donner leur avis selon les règles de la conscience, de tenir secrets les suffrages, de ne point s'éloigner de Bâle sans le consentement des députés des nations, de travailler pour l'honneur et la conservation du concile, surtout de maintenir ses décrets, et en particulier ceux du concile de Constance, touchant l'autorité des conciles généraux, au-dessus même de celle du Pape, en ce qui concerne la foi, l'extirpation du schisme et la réformation de l'Église, tant dans le chef que dans les membres. On indiquait par là les décrets fameux de la quatrième et de la cinquième session.

Le serment qu'on exigea des légats du Pape Eugène n'était qu'en leur privé nom, comme les actes le disent expressément. Le docteur Turrécrémata, qui était au concile, et qui fut depuis cardinal, dit qu'ils le firent comme particuliers, et non comme nonces apostoliques, qu'ils protestèrent même en cette qualité contre l'engagement auquel on voulait les astreindre (1).

La dix-septième session, qui fut tenue le 26 avril, manifesta encore davantage les…

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(1) Labbe, t. 13.

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Message  Louis Mar 24 Mar 2015, 10:54 am

Réconciliation telle quelle entre le Pape et les prélats de Bâle,
qui font d'étranges raisonnements
pour prouver la supériorité du concile sur le Pape.


(suite)

La dix-septième session, qui fut tenue le 26 avril, manifesta encore davantage les intentions du concile par rapport aux légats ; car ils ne furent reçus à présider qu'à condition qu'ils n'auraient aucune juridiction coactive, qu'ils garderaient la manière de procéder observée jusque-là dans le concile pour les congrégations générales, les députations, la façon de prendre les suffrages et de publier les décrets. Il fut réglé que le premier des présidents qui se trouverait aux assemblées ferait cette publication, et que, si aucun des présidents ne voulait la faire, ce soin regarderait le prélat qui aurait la première place après eux. On arrêta aussi que tous les actes seraient expédiés au nom et sous le sceau du concile.

Après avoir ainsi réglementé l'autorité des légats du Pape le concile de Bâle se remit à réglementer l'autorité du Pape même. Dans la dix-huitième session, tenue le 26 juin, il répéta et confirma pour la quatrième ou cinquième fois les décrets de Constance touchant la supériorité du concile général sur le souverain Pontife en ce qui regarde la foi, l'extirpation du schisme et la réformation de l'Église. Les légats du Pape n'y assistèrent point. En revanche, un docteur de l'école de Paris, nommé Jean, et patriarche d'Antioche, présenta dans cette session un ouvrage qu'il avait composé et répandu quelques mois auparavant pour appuyer la doctrine du concile.

« Il est clair, dit-il au commencement, que le concile général a plus d'autorité que le Pape ; car l'apôtre saint Pierre, qui fut le premier Pape, après Jésus-Christ, voyant approcher le temps de sa mort, choisit Clément pour lui succéder dans le Siège apostolique ; mais le concile général des apôtres, représentant l'Église universelle, crut que cette élection de Clément, faite par saint Pierre, ne convenait point au bon gouvernement de l'Église; il la réprouva par manière de réforme, et il ordonna pour le souverain pontificat d'abord saint Lin et ensuite saint Clet, ce qui fut approuvé de toute l'Église. »

Le patriarche d'Antioche cite en preuve les Chroniques de saint Clément , ouvrage totalement apocryphe, aussi bien que l'histoire que nous venons d'indiquer. Telle était l'érudition des docteurs parisiens qui voulaient en remontrer au Pape.

Leurs raisonnements ne sont pas moins curieux...

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Message  Louis Mer 25 Mar 2015, 11:32 am

Réconciliation telle quelle entre le Pape et les prélats de Bâle,
qui font d'étranges raisonnements
pour prouver la supériorité du concile sur le Pape.


(suite)

Leurs raisonnements ne sont pas moins curieux. On leur disait, comme on a toujours dit et comme on dira toujours : «  Le Seigneur a dit à Pierre : Pais mes agneaux, pais mes brebis. Or qui ne distingue point n'excepte rien. Donc le Seigneur a confié à Pierre toutes ses brebis, tout son troupeau. — Je distingue, moi, répond le même défenseur de la déclaration de Constance et de Bâle, je distingue. Par ces paroles : Pais mes brebis , le Seigneur a confié à Pierre chacune de ses brebis en particulier, mais non pas toutes les brebis ensemble (1). » C'est-à-dire, quand un propriétaire donne à son berger un troupeau de cent brebis à paître, il lui donne pouvoir de conduire chacune de ces brebis en particulier, mais non pas les cent brebis ensemble ; au contraire, son intention est que les cent brebis ensemble, ou le troupeau, conduisent le berger.

Les adversaires de ce merveilleux système rappelaient encore que, d'après toute la tradition, saint Pierre, ou le Pape, son successeur, est le chef et le pasteur de toute l'Église, le chef et le pasteur de l'Église universelle. « Je distingue, répond le même orateur de Bâle : saint Pierre est le chef et le pasteur de toutes les Églises particulières qui composent l'Église universelle, mais non pas de l'Église universelle, qui est composée de toutes ces Églises particulières (2). »

Ce qui suppose, en métaphysique, que le tout est plus grand que toutes ses parties ; en subordination militaire, que le chef d'un régiment ou le colonel peut bien commander chaque soldat, chaque escouade, chaque compagnie, chaque bataillon, et même tous les bataillons à la fois, mais non pas tout le régiment ; en science naturelle, que la tête est le chef de toutes les parties du corps, mais non pas du corps entier ; que la tête peut commander à toutes les parties du corps, mais non pas au corps entier, attendu que le corps entier doit commandera la tête, comme le concile de Bâle au Pape Eugène IV.

Le lecteur ne devinerait guère un dernier raisonnement que fait le champion de Bâle ; le voici : « Vainement on dirait pour nos adversaires que, d'après le droit canon, le Pape préside à l'Eglise romaine et aux autres Églises qui font l'Église universelle; car je réponds : Pour que le Pape présidât à l'Église universelle il faudrait qu'il présidât aux chefs et aux membres de toutes les Églises établies par l'univers. Or le Pape ne préside pas au chef de l'Église romaine, parce qu'il ne peut pas présider à lui-même. Donc il ne préside pas « toutes les Églises qui font l'Église universelle (1). » C'est-à-dire la tête ne préside pas à tout le corps parce qu'elle ne peut présider à elle-même ; le colonel ne préside point à tout le régiment, ni le père à toute la famille, parce qu'ils ne peuvent présider à eux-mêmes.

Ceci est déjà prodigieusement inepte ; la conséquence l'est encore un peu plus, car voici comment concluaient les défenseurs de la déclaration de Constance et de Bâle: « Le Pape est le chef de tous les chrétiens, excepté d'un seul, qui est lui-même ; donc les autres sont le chef du Pape! » La tête commande à tous les membres du corps, excepté à un seul, qui est elle-même ; donc les autres membres commandent à la tête !

En vérité, dira plus d'un lecteur, voilà des inepties sans nom ! Ces lecteurs se trompent ; ces inepties ont un nom français ; nous le verrons en temps et lieu. Pour le moment constatons seulement une chose : c'est que ce système de Constance et de Bâle est né d'une mauvaise érudition et de la plus mauvaise scolastique fécondées par l'esprit de discorde. Tel est le péché où il a été conçu. Un Bossuet même n'effacerait pas cette tache originelle.

La dix-neuvième session du concile de……

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A suivre : Négociations avec les Grecs pour la réunion.

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Message  Louis Jeu 26 Mar 2015, 10:39 am

Négociations avec les Grecs pour la réunion.

La dix-neuvième session du concile de Bâle, 7 septembre 1434, roula en grande partie sur la réunion des Grecs. Ceux-ci avaient d'abord agréé l'Italie pour y consommer l'union et le Pape souhaitait qu'on s'assemblât à Bologne ; mais ce projet ne réussit point parce que l'empereur Jean Paléologue aimait mieux se rendre à Ancône. Alors le Pape, pour terminer quelque chose à cet égard, fit passer à Constantinople un de ses secrétaires, nommé Christophe Garatoni, homme entendu et fidèle. C'était au mois de juillet 1433.

L'envoyé, ayant été souvent admis à l'audience de l'empereur, trouva que ce prince, toujours très-zélé pour l'union, n'était cependant plus aussi porté pour le voyage d'Italie, mais qu'il avait imaginé d'assembler à Constantinople un concile général de l'Église grecque, auquel présideraient les légats du Pape et où l'on entamerait des conférences sur les points contestés entre les deux parties. Sur ces entrefaites les prélats de Bâle, qui n'ignoraient pas les négociations du Pape auprès de Paléologue, voulurent gagner ce prince, et ils lui envoyèrent l'évêque de Sude, avec Albert de Crispis, religieux augustin, pour conférer des moyens d'éteindre le schisme. Cette députation fit plaisir aux Grecs, qui ne cherchaient qu'à être assurés d'un plus grand concert de l'Église latine afin d'en tirer des avantages plus grands, soit pour l'union, soit pour la défense de l'empire attaqué par les Turcs.

Paléologue à son tour députa, au printemps de cette année 1434, trois ambassadeurs titrés pour traiter avec les prélats de Bâle. Albert de Crispis les accompagnait; ils prirent leur chemin par la Hongrie ; ils souffrirent beaucoup durant le voyage ; enfin ils arrivèrent au concile sur la fin de juillet. On les reçut avec honneur, et, dans les congrégations où ils furent admis, on discuta toutes les propositions qu'ils avaient à faire de la part de leur maître.

Cependant le secrétaire pontifical…

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Message  Louis Ven 27 Mar 2015, 11:53 am

Négociations avec les Grecs pour la réunion.

(suite)

Cependant le secrétaire pontifical, Christophe Garatoni, était aussi retourné en Italie,  et il avait exposé au Pape l'empressement de l'empereur pour tenir le concile à Constantinople. Eugène IV crut ce moyen utile à l'union, parce que l'assemblée des Grecs ne pouvait manquer d'être nombreuse si elle était convoquée dans la ville impériale.

Or cette multitude de prélats orientaux qui signeraient tous ensemble le traité devait porter le dernier coup au schisme, au lieu que, s'il ne passait en Occident que quelques députés de l'Église grecque, il était à craindre que le gros de la nation ne persistât dans ses préventions contre l'Église romaine, lors même que les députés auraient consenti à l'union. L'événement justifia dans la suite ces réflexions du Pape Eugène IV; alors ce n'étaient que des conjectures, mais elles le déterminèrent cependant à renvoyer son secrétaire à Constantinople, pour  conclure avec l'empereur et le patriarche le projet du concile général de l'Église grecque.

Le retour de Garatoni à Constantinople se trouve daté du mois de juillet 1434. C'était le temps auquel les ambassadeurs grecs envoyés au concile tinrent leurs conférences avec les prélats de Bâle. Dès que le Pape sut qu'ils étaient arrivés il donna avis à ses légats de ce qu'il traitait à Constantinople par l'entremise de Garatoni, afin que le concile ne s'engageât point dans des projets contraires ; ce fut précisément ce qui arriva.

Après bien des discussions avec les Grecs, on tint donc cette dix-neuvième session du concile, et il y fut décidé que l'Église d'Occident ferait la dépense du voyage de l'empereur, du patriarche et de leur suite ; que, pour le lieu où serait assemblé le concile général des deux Églises, les envoyés de Constantinople tâcheraient de faire agréer la ville de Bâle à leur maître, et que, s'il ne l'approuvait pas, le concile accepterait l'endroit qui plairait le plus à ce prince. Les autres articles qu'on régla dans cette session regardaient la conversion des Juifs et le rétablissement des langues savantes dans les universités.

Dans la vingtième session...

A suivre : Le concile de Bâle, avec quelques règlements utiles, en fait plusieurs d'intempestifs, d'indigestes, pour contrarier le Pape.

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Message  Louis Sam 28 Mar 2015, 12:07 pm

Le concile de Bâle, avec quelques règlements utiles,
en fait plusieurs d'intempestifs, d'indigestes,
pour contrarier le Pape.

Dans la vingtième session, qui est du 22 janvier 1435, on fit quelques règlements utiles, particulièrement contre le concubinage des clercs.

Fleury dit à ce sujet : « Ces remèdes étaient faibles pour un si grand mal, qui n'a été détruit que par d'autres plus efficaces, employés depuis cent cinq ans : l'institution des séminaires,  les instructions données aux jeunes clercs, tant sur la doctrine que sur les mœurs, les examens et le choix pour les ordinations et la collation des bénéfices. Enfin on ne voit plus ce scandale public du quinzième siècle, et, si quelques ecclésiastiques ne sont pas fidèles à leurs vœux, ils s'en cachent autant qu'ils peuvent (1). »

Mais ce qui manqua toujours au concile de Bâle, même dans ses meilleurs moments, c'est la sagesse pratique des affaires, c'est la prudente lenteur qui ne précipite rien; on n'y voit qu'une ardeur indiscrète de réformer à tort et à travers, au risque de remplacer certains abus par des abus plus grands encore. La cause en était, entre autres, à la composition même du concile. Ce qui dominait ce n'étaient pas les évêques, seuls juges de droit dans ces assemblées, mais une multitude d'ecclésiastiques du second ordre, venus de toutes parts, des professeurs scolastiques de Paris et d'ailleurs, qui, ne voyant les choses que de bas en haut, voulaient tout brouiller suivant leurs idées étroites et indigestes, ne fût-ce que pour taquiner tout ce qui était au-dessus d'eux.

Ainsi, dans la vingt et unième session du 9 juin, on proposa d'abolir les annates, déports, premiers fruits, menus services et autres redevances qui allaient au Pape ou à des prélats inférieurs, sous prétexte de collation, d'institution, de confirmation, d'investiture en matière de bénéfices, dignités ecclésiastiques ou ordres sacrés.

L'archevêque de Tarente et l'évêque de Padoue, légats du Pape, s'y opposèrent, disant qu'il était injuste de causer un si grand préjudice à l'Église romaine sans avoir consulté le Saint-Siège ; que l'institution des annates était ancienne ; que tout le clergé avait consenti à les payer; qu'on n'avait fait aucun changement à ce égard dans plusieurs conciles qui s'étaient tenus depuis leur établissement; que c'était, après tout, la ressource unique du souverain Pontife et de sa cour ; que, sans cette espèce de subside, la dignité du Pape serait avilie ; qu'il n'aurait ni le moyen d'envoyer des légats, ni la puissance de résister aux hérétiques, ni la facilité d'aider les princes et les prélats dépouillés de leurs dignités. Les légats concluaient qu'il fallait abandonner l'idée de ce décret, ou tout au moins chercher, de concert avec le Pape, un dédommagement pour la cour romaine.

Il se trouva, dans les assemblées préliminaires à la séance publique…

_______________________________________________________________

(1) Fleury, l, 102, n. 68.

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Message  Louis Dim 29 Mar 2015, 12:18 pm

Le concile de Bâle, avec quelques règlements utiles,
en fait plusieurs d'intempestifs, d'indigestes,
pour contrarier le Pape.


(suite)

Il se trouva, dans les assemblées préliminaires à la séance publique, plusieurs personnes considérables qui approuvaient ces remontrances ; mais la multitude y était contraire, et, le cardinal Julien se joignant à elle, le décret passa malgré les oppositions des deux autres légats apostoliques.

On défendit donc totalement la perception de ces sortes de taxes ou redevances. On menaça les contrevenants d'employer contre eux les peines marquées par les canons contre les simoniaques ; on déclara nuls tous les engagements pris à cet égard, et, comme pour mettre le comble à de mauvais procédés, le concile ajouta que, si le Pape donnait atteinte à la disposition précédente, il fallait le déférer au concile général. Voilà ce que les prélats de Bâle décrétaient contre le Pape le 9 juin 1434.

Le Pape, de son côté, qui n'en savait encore rien, leur écrivit, le 22 du même mois, une lettre d'amitié paternelle; il les assure qu'il ne reste dans son esprit aucun nuage à l'occasion des querelles précédentes.

« C'était, dit-il, une dispute sur la forme et les moyens, non sur la fin même, que l'on voulait également de part et d'autre ; cela ressemblait à la division qui se mit entre saint Paul et saint Barnabé, quoique le zèle de l'Evangile les animât l'un et l'autre. Nous avons souhaité la paix et la réformation de l'Église. C'est pour cela que nous avons cédé à vos empressements, que nous nous sommes conformé à vos décrets... Nous le répétons encore aujourd’hui volontiers, notre dessein, notre désir est de vous aimer comme nos enfants, de vous honorer comme nos frères, d'être liés avec vous par les nœuds d'une ardente charité, et nous comptons que vous serez aussi les mêmes à notre égard, que vous témoignerez votre fidélité et votre dévouement parfaits au Saint-Siège apostolique. »

Le reste de la lettre est un détail des persécutions que les Romains, poussés par le duc de Milan, qui se disait le vicaire du concile de Bâle en Italie, avaient fait endurer depuis peu à la cour romaine. Elle avait eu bien de la peine à s'échapper de leurs mains; elle s'était retirée à Pise, puis à Florence, où elle était alors ; et ce fut là que le concile envoya aussi les cardinaux Nicolas Albergati et Jean de Cervantes, pour pacifier les troubles d'Italie. On prétend toutefois que le cardinal Albergati, qui avait à Bâle la qualité de premier légat du Saint-Siège, ne fut envoyé que parce qu'il était trop zélé pour la dignité du Pape et que les prélats du concile le trouvaient toujours opposé à leurs desseins (1). Ce qui est assez probable; car le bienheureux Nicolas Albergati était à la fois un très-saint et très-savant homme.

Cependant le concile de Bâle envoya au Pape…

____________________________________________

(1). Pagi, Brev.  p. 564.

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Message  Louis Lun 30 Mar 2015, 12:36 pm

Le concile de Bâle, avec quelques règlements utiles,
en fait plusieurs d'intempestifs, d'indigestes,
pour contrarier le Pape.


(suite)

Cependant le concile de Bâle envoya au Pape deux députés lui signifier ses décrets touchant le rétablissement des élections et l'abolition des annates. L'un d'eux, Jean Bachenstein, docteur en droit canon, fit, en présence du Pape, un discours très-véhément sur cela, et il se plaignit fort que les ordonnances du concile ne fussent pas observées en cour de Rome. Cette harangue est datée du 14 juillet 1435.

Eugène promit en peu de mots d'y faire réponse par ses nonces. Il envoya à Bâle le général des Camaldules et un auditeur de son palais, qui se plaignirent à leur tour de la conduite du concile par rapport à trois ou quatre articles. Par exemple on y avait résolu de faire publier partout des indulgences et d'appliquer l'argent qui en reviendrait à la réunion des Grecs ; or le Pape représentait par ses nonces que cette manière de lever des subsides était fort contraire à l'esprit de l'Eglise, fort dangereuse, et toute propre à rendre le clergé odieux, s'il arrivait que l'affaire des Grecs ne réussît point, comme on devait toujours s'en défier. Les prélats du concile avaient aboli les annates et les autres redevances qui allaient à la chambre apostolique; sur cela les envoyés du Pape disaient qu'il fallait consulter le Saint-Siège auparavant; qu'il eût été à propos d'attendre des temps plus tranquilles, des temps où le patrimoine de l'Église ne serait pas envahi par ses ennemis; qu'on devait du moins assigner préalablement d'autres moyens de subsistance à la cour romaine, et que la promesse de les assigner n'était pas suffisante, puisqu'elle n'aurait lieu que pour un temps futur, au lieu que l'abolition des annates était actuelle.

« Cette remontrance n'était pas sans fondement, fait observer Fleury, et il y a lieu de s'étonner que les Pères de Bâle aient fait ce décret sans avoir pris aucune mesure avec le Pape, et n'aient pas prévu qu'il n'y obéirait point et que c'était rompre avec lui de nouveau, comme il ne manqua pas d'arriver (1). »

Enfin le concile avait fait faire de grands reproches au Pape sur ce qu'il attirait encore une infinité de causes à son tribunal, malgré les défenses du concile. Les envoyés du Pape répondirent que ces causes venaient au Saint-Siège par une infinité de circonstances qu'on ne pouvait prévoir; que le Saint-Père en diminuait le nombre autant qu'il pouvait; qu'il en faisait de même à l'égard des élections ; mais qu'après tout il y avait bien à se récrier contre la multitude des affaires, grandes et petites, générales et particulières, que le concile rappelait à lui ; qu'il suffisait d'être incorporé au concile pour avoir droit d'y plaider ou d'y demander des grâces; que plusieurs s'y faisaient incorporer pour jouir de ces avantages, au détriment de leurs parties et uniquement par attention à leurs propres intérêts.

Le concile répliqua aux envoyés du Pape…

________________________________________

(1).Fleury, l. 102, n. 70.

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Message  Louis Mar 31 Mar 2015, 11:36 am

Le concile de Bâle, avec quelques règlements utiles,
en fait plusieurs d'intempestifs, d'indigestes,
pour contrarier le Pape.


(suite)

Le concile répliqua aux envoyés du Pape par la bouche du cardinal Julien. Il s'étendit beaucoup sur les annates, sans les remplacer autrement que par des promesses, mais il ne toucha point l'article de la multitude des affaires qui se traitaient à Bâle. Dans le fait il y avait de si grands excès sur cela que les plus graves d'entre les prélats étaient les premiers à en témoigner leur mécontentement.

L'empereur Sigismond lui-même se plaignit du peu d'égards qu'on avait eus pour lui à Bâle et de l'étendue trop grande qu'on donnait aux attributions du concile. Il spécifia surtout certaines causes que les prélats avaient entamées, quoiqu'elles regardassent plutôt la puissance impériale que celle de l'Église.

Par rapport à la France le concile se réduisit un peu plus dans les affaires ecclésiastiques ; mais on lui en porta un si grand nombre qu'on ne sait comment il pouvait ou voulait satisfaire à tant de discussions (1)
.
Depuis plus de quatre ans que le concile de Bâle était assemblé il n'avait encore porté aucun décret dogmatique; tout le temps s'y passait à taquiner le Pape; à multiplier les règlements de discipline, à discuter une infinité d'affaires de toute espèce ; on eût dit qu'il voulait absorber toute l'administration de l'Église et de l'empire et se transformer en parlement perpétuel. Jamais on n'avait vu un concile si long, ni faisant tant de bruit et si peu de fruit.

Enfin, dans sa vingt-deuxième session, le 20 octobre 1435, il condamna le livre inepte d'un moine augustin où se trouvait entre autres cette proposition: « Jésus-Christ pèche tous les jours, » l'entendant de ses membres mystiques. Du reste l'auteur avait soumis sa doctrine à la décision de l'Église.

Dans la session suivante, 25 mars 1436.…

______________________________________

(1) Hist. de l''Eglise gallic. , l, 47.

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Message  Louis Mer 01 Avr 2015, 2:53 pm

Le concile de Bâle, avec quelques règlements utiles,
en fait plusieurs d'intempestifs, d'indigestes,
pour contrarier le Pape.


(suite)

Dans la session suivante, 25 mars 1436, les prélats de Bâle retombèrent en plein dans leur péché d'habitude de vouloir régenter le Pape et l'Église romaine. Ils déterminèrent par de nouveaux règlements l'ordre et la police des conclaves, les qualités de ceux qui seraient choisis pour remplir le Saint-Siège, la profession de foi et les serments qu'on exigerait d'eux, le soin qu'il faudrait prendre de les avertir tous les ans des plus essentiels de leurs devoirs. Ils fixèrent le nombre des cardinaux à vingt-quatre.

« Ce doivent être, dit le décret, des sujets choisis dans les divers États de la chrétienté, des hommes sages, éclairés, expérimentés dans les affaires de l'Eglise, très-rarement des parents de rois ou de souverains, jamais des neveux de Papes ou de cardinaux. »

Enfin les actes nous présentent encore des ordonnances pour rétablir les élections et pour condamner les réserves.

La vingt-quatrième session, 18 avril 1436, ramena l'affaire de la réunion des Grecs. Aussitôt après la dix-neuvième session, 7 septembre 1434, le concile avait envoyé au Pape un chanoine d'Orléans, nommé Simon Fréron, pour lui faire part de ses décrets et le prier d'y donner son approbation ; car, chose remarquable, c'était un point expressément stipulé par les ambassadeurs de l'empereur Jean Paléologue. Le Pape témoigna sa surprise qu'une affaire de cette importance eût été terminée sans son aveu ; il s'en plaignit même au concile, lui témoignant toutefois que, si l'union pouvait réussir de la manière qu'on avait imaginée à Bâle, il y consentait volontiers. La lettre d'Eugène, datée du 15 novembre 1434, est d'une modération qui marque combien il avait à cœur de ménager les prélats de Bâle.

Cependant, avant la fin de la même année...

A suivre : Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs. Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle, se rangent du côté du Pape, qui transfère le concile à Ferrare.

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Message  Louis Jeu 02 Avr 2015, 12:45 pm

Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs.
Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle,
se rangent du côté du Pape,
qui transfère le concile à Ferrare.

Cependant, avant la fin de la même année, le secrétaire pontifical, Christophe Garatoni, que le Pape avait député à Constantinople au mois de juillet précédent, repassa en Italie avec quelques envoyés munis de pleins pouvoirs de l'empereur des Grecs pour terminer, en présence du Pape, le projet du concile de Constantinople, et, comme ces nouveaux ambassadeurs s'attendaient à ce que leur négociation serait contraire à ce qui aurait été décidé à Bâle, décision qu'ils ne connaissaient pas encore, ils mandèrent promptement aux trois seigneurs de leur nation qui étaient à Bâle de casser les conventions faites avec le concile, parce que le Pape et l'empereur avaient pris d'autres mesures.

Ces seconds députés, venus récemment de Constantinople, passèrent eux-mêmes à Bâle quelques mois après, et le Pape leur associa le même Garatoni, son secrétaire, pour exposer au concile tout ce qui avait été réglé avec Jean Paléologue. C'était une déférence que le Pape témoignait aux prélats de Bâle, et une attention nécessaire pour concilier les diverses conclusions qu'on avait prises dans celte affaire extrêmement compliquée.

Mais le concile fit savoir à Eugène IV, par une lettre du 5 mai 1435, qu'il n'approuvait point le projet d'une assemblée à Constantinople et qu'il voulait s'en tenir à ce qui avait été conclu dans la dix-neuvième session. Sur cela le Pape prit le parti d'envoyer encore à Constantinople pour informer l'empereur de l'embarras qui s'était élevé dans la négociation. L'envoyé, qui était toujours le secrétaire pontifical Garatoni, avait ordre de proposer à l'empereur la célébration d'un concile en Italie, et le Pape promettait de s'y rendre en personne si l'on convenait d'un lieu sûr et commode.

L'empereur fut ébranlé par ces propositions; après bien des conférences il les accepta; on ne parla plus du concile de Constantinople, et les esprits se tournèrent à convenir du lieu qui agréerait le plus aux deux partis.

Dans le même temps arrivèrent à Constantinople trois envoyés du concile de Bâle, tous trois de l'université de Paris ; ils eurent audience de l'empereur le 25 novembre 1435, et ils lui présentèrent les articles conclus depuis peu dans le concile, quoique non publiés encore en pleine session ; c'étaient des assurances générales de la part des prélats de Bâle de concourir à l'union des deux Églises. Ils offraient tous les saufs-conduits nécessaires pour le transport de l'empereur et de ses évêques, et le terme était marque au mois de mai 1437. Il n'était encore rien dit du lieu où se traiteraient les affaires ; c'était toutefois la question essentielle.

L'empereur et le patriarche répondirent par…

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Message  Louis Sam 04 Avr 2015, 12:13 pm

Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs.
Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle,
se rangent du côté du Pape,
qui transfère le concile à Ferrare.


(suite)

L'empereur et le patriarche répondirent par des lettres datées du lendemain 26 novembre. Ils témoignaient toujours un grand désir de l'union ; ils consentaient à la traiter en Occident, mais ils demandaient que le lieu des conférences entre les prélats des deux Églises fût un port de mer, afin que l'empereur, sa cour et ses évêques pussent s'y rendre plus promptement, plus commodément, et qu'ils fussent moins éloignés de Constantinople, toujours inquiétée par les courses des Turcs.

Ces lettres furent apportées à Bâle par un des envoyés du concile ; il était chargé de déclarer aux prélats que, nonobstant ce qu'ils avaient réglé dans leur dix-neuvième session touchant le lieu où se ferait l'union, les Grecs étaient résolus de n'en accepter aucun qui ne fût maritime.

Il faut se souvenir ici qu'on n'avait déterminé aucun endroit particulier dans cette session dix-neuf, que la plupart des villes dont on était convenu ne sont point voisines de la mer et que celle d'Avignon n'y est point nommée.

Tout cela doit être remarqué pour la suite de l'histoire.

Au retour de son député le concile célébra sa vingt-quatrième session, le 14 avril 1436. Il ne s'y trouva, dit-on, que vingt-trois prélats, dont dix seulement étaient évêques et avaient par leur caractère droit de suffrage. Cette assemblée ne laissa pas de faire des règlements considérables. Elle ratifia les promesses faites à l'empereur de Constantinople ; elle publia des indulgences en faveur de la réunion qu'on méditait avec les Grecs. Il était dit dans le décret que quiconque fournirait pour cette bonne œuvre la valeur de ce qu'il dépensait par semaine pour sa subsistance, et qui joindrait à cela les bonnes œuvres ordinaires, confession, communion, prières vocales et quelques jeûnes, obtiendrait une fois durant sa vie, et une autre fois à l'heure de sa mort, la rémission entière de tous ses péchés.

Le concile accordait des pouvoirs très-amples aux confesseurs à cet égard ; il étendait le temps des indulgences à deux années, et il réglait la manière de percevoir l'argent des fidèles, afin qu'il ne s'y glissât aucune fraude ni soupçon de mauvaise foi ou de supercherie. Ce décret éprouva des difficultés infinies, et les légats du Saint-Siège, à la tête des principaux d'entre les prélats, ne voulurent jamais y consentir. Ils savaient les intentions du Pape, qui s'était toujours opposé à cette manière de subvenir aux besoins actuels de l'Église.

Eugène IV éleva la voix encore plus haut quand il apprit le résultat de la vingt-quatrième session. Il fit repartir les cardinaux de Sainte-Croix et de Saint-Pierre, qu'il avait retenus longtemps auprès de sa personne, et il leur ordonna de remontrer aux prélats de Bâle les inconvénients de cette publication d'indulgences. Il paraît, par les monuments qui nous restent de cette controverse, que le Pape disputait  même au  concile le droit d'accorder des indulgences plénières ; mais il considérait apparemment cette assemblée dans l'état où elle se trouvait alors, c'est-à-dire privée du consentement des légats du Saint-Siège, contredite positivement en ceci par le Pape et réduite à un très-petit nombre d'évêques.

Quoiqu’il en soit……

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Message  Louis Dim 05 Avr 2015, 12:15 pm

Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs.
Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle,
se rangent du côté du Pape,
qui transfère le concile à Ferrare.


(suite)

 Quoi qu'il en soit ; les auteurs du décret se défendirent par un Mémoire qui fut lu dans une congrégation générale, en présence des deux cardinaux porteurs des ordres du Pape ; tous leurs raisonnements prouvaient fort bien que le concile œcuménique pouvait accorder des indulgences plénières ; mais la question était de savoir si celui de Bâle, vu la contradiction et l'opposition de tant de têtes si considérables, pouvait passer alors pour œcuménique. Au reste l'assemblée de Bâle a toujours tourné dans le même cercle vicieux.

Cependant le Pape, voyant croître de plus en plus l'ardeur des prélats de Bâle, résolut d'envoyer dans toutes les cours des nonces pour informer les princes de ce qui s'était passé depuis le commencement du concile jusqu'alors, c'est-à-dire jusqu'au 1er juin 1436; c'est le terme que le Pape indiquait lui-même.

Il reprochait aux prélats de Bâle d'avoir dégradé en quelque sorte les légats du Saint-Siège par les modifications mises à leurs pouvoirs ; de s'être établis et déclarés corps acéphale en ordonnant que, si les légats ne voulaient pas publier les décrets, on se passerait de leur ministère, et que la publication se ferait par le premier prélat qui serait placé après eux ; d'avoir renouvelé et pris dans un sens étranger deux décrets du concile de Constance, « soumettant, disait-il, par là le souverain Pontife à la correction du concile, ce qui n'a jamais été reconnu des fidèles ni enseigné par les docteurs, ce qui d'ailleurs serait d'un mauvais exemple pour les princes ; car il s'ensuivrait qu'ils sont aussi soumis aux états généraux de leurs principautés. »

Le Pape se plaignait encore des décrets émanés du concile pour l'abolition des annates, et il faisait observer que cette assemblée se contredisait elle-même, puisqu'on voyait partout ses collecteurs et ses agents exiger les annates et les appliquer au profit du concile. Il condamnait de même tout ce qui avait été réglé à Bâle sur l'ordre des conclaves, l'élection des Papes, le nombre des cardinaux, l'extinction des réserves. Il réprouvait surtout les nouvelles indulgences accordées dans la vingt-quatrième session, malgré les remontrances des prélats les plus distingués. Il détaillait la multitude des affaires dont le concile se surchargeait : provision de bénéfices, confirmations d'assemblées capitulaires, établissements de commendes, pouvoirs de confesser et d'absoudre des censures, canonisations de saints, dispenses en matière d'ordre, d'irrégularités, de mariage, etc. Ce n'est encore que la moindre partie des objets dont le Mémoire fait mention.

Le Pape souffrait aussi…

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Message  Louis Lun 06 Avr 2015, 12:46 pm

Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs.
Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle,
se rangent du côté du Pape,
qui transfère le concile à Ferrare.


(suite)

Le Pape souffrait aussi impatiemment que le concile se fût donné un sceau particulier, qu'il rappelât à lui les causes jugées par le Saint-Siège, qu'il eût supprimé dans la célébration de la messe l'oraison que toute l'Église dit pour le Pape, qu'il eût accordé le droit de suffrage et de voix définitive à d'autres qu'aux prélats. « Ce qui est, disait-il, contre la pratique ancienne des conciles, où les évêques seuls, représentant leurs diocèses, souscrivaient aux décrets. Si l'on a un peu plus étendu ce droit de suffrage dans le concile de Constance, c'est qu'on voulait obtenir plus promptement l'extirpation du schisme ; mais les prélats de Bâle abusent de cet exemple par leur manière de terminer tout au moyen de ce qu'ils appellent les députations ; car souvent ceux qui composent ces tribunaux sont les plus minces sujets et les moins titrés de toute l'assemblée. »

Le Mémoire exposait ensuite tout ce que le Pape avait fait pour entretenir la paix avec ceux de Bâle; comment il avait remis à leur décision l'affaire de la réunion des deux Églises, quoique, avant eux, il fût convenu avec l'empereur de Constantinople d'un moyen plus court et plus facile que tout ce qu'on avait imaginé depuis dans le concile; comment il avait offert pour cette affaire des sommes suffisantes si l'on voulait convenir à l'amiable du lieu où l'on recevrait les Grecs ; comment il n'avait jamais cherché qu'à faire du bien aux membres du concile, soit en conférant des bénéfices, soit en accordant pour eux toute sorte de pouvoirs aux pénitenciers subalternes par rapport à l'absolution des crimes et des censures.

Enfin, après des plaintes très-vives sur ce que les cardinaux de Sainte-Croix et de Saint-Pierre aux Liens avaient été si mal reçus par le concile, le Pape déterminait à ses nonces ce qu'ils avaient à dire dans toutes les cours.

Leur principale fonction devait être d'engager les princes à rappeler de Bâle leurs ambassadeurs et leurs évêques, afin de procéder ensuite à un concile moins tumultueux. Il y avait des remontrances particulières pour les principaux d'entre les souverains ; par exemple, ordre aux envoyés de faire ressouvenir l'empereur du serment qu'il avait fait de protéger le Pape et l'Église romaine.

« Et, pour le roi de France, on le priera, disait le Mémoire, de considérer combien ses prédécesseurs ont eu à cœur la gloire du Saint-Siège, combien de fois ils ont procuré un asile sûr et honorable dans leurs États aux souverains Pontifes persécutés, combien de mouvements ils se sont donnés pour ménager l'extirpation du dernier schisme. »

L'objet capital des prélats de Bâle était toujours la réunion des Grecs ; il fallait nommer incessamment un lieu propre à les recevoir ; on voulait leur faire agréer la ville de Bâle et les Grecs excluaient positivement cet endroit. On leur proposait encore Avignon ou quelque autre ville en Savoie. Avignon n'était point marqué dans le traité conclu avec les envoyés de Paléologue ; il y était mention de la Savoie ; mais il paraît que les prélats affectionnaient beaucoup plus Avignon.

Sur ces entrefaites arriva…

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Message  Louis Mar 07 Avr 2015, 12:05 pm

Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs.
Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle,
se rangent du côté du Pape,
qui transfère le concile à Ferrare.


(suite)

Sur ces entrefaites arriva une ambassade de Constantinople, et Jean Dissipati, qui en était le chef, se plaignit fort, dans une audience du 15 janvier 1437, qu'on eût choisi des endroits qui n'étaient point contenus dans les actes de la dix-neuvième session du concile ; c'était d'Avignon qu'il voulait parler. Il exclut encore la ville de Bâle ; il dit que, sous le nom de Savoie, on avait entendu une ville qui serait de la domination du duc de Savoie, mais située en Italie, et non au delà des Alpes. Il demanda qu'on assignât un lieu qui fût agréable au Pape, commode pour eux et avantageux à l'union.
« Eh quoi ! dit-il, tandis que notre empereur, notre patriarche, nos prélats passent la mer et viennent de loin, vous refuserez de faire un voyage de sept à huit jours pour réconcilier les deux Églises ! »

Ce voyage de sept à huit jours indiquait le temps qui serait nécessaire pour se rendre en quelque ville d'Italie voisine de la mer et à la bienséance des Grecs. L'orateur finit par des protestations authentiques contre tout ce que les prélats pourraient décerner au désavantage de l'empereur de Constantinople et de l'Église grecque.

« Vous seuls, ajoutait-il, serez coupables du mauvais succès de cette négociation, si vous n'entrez un peu plus dans les intérêts de ceux qui nous ont envoyés.»

Ces remontrances firent naître bien des altercations dans le concile. Les uns voulaient qu'on s'en tînt à la ville d'Avignon ; les légats du Pape et les plus considérables d'entre les prélats ne jugeaient pas à propos de consentir à ce choix. Les légats proposèrent ou Florence ou Udine, dans le Frioul, ou quelque autre ville d'Italie, selon qu'il avait été réglé par la dix-neuvième session. Ils étaient appuyés dans leur demande par les ambassadeurs des princes; ceux du roi de France Charles VII avaient des ordres très-précis pour faire accepter dans le concile un lieu dont le Pape et les Grecs fussent contents. Le roi préférait même la ville de Florence à tous les autres endroits qu'on proposait, et le Pape en fit des remercîments à ce monarque.

Les partisans de l'opinion contraire formaient le plus grand nombre ; mais c'était, dit Augustin Patrice, la vile populace du concile. Il entend par là tout ce qu'il y avait de moins titré et de moins habile parmi les prélats de Bâle. Il dit même que, pour grossir le nombre, on admit aux assemblées une multitude d'ecclésiastiques de la campagne et de bas officiers attachés au service des prélats. Le cardinal d'Allemand, archevêque d'Arles, était à la tête de ce parti, et par là il se mit en possession de cette grande autorité qu'il conserva durant le reste du concile. C'était un homme pieux, austère, mais d'un esprit borné, d'une érudition indigeste, et surtout prévenu et piqué contre le Pape Eugène IV parce qu'il n'en avait pas obtenu la dignité de camerlingue. Au contraire le cardinal de Saint-Ange, Julien Césarini, jusque-là si opposé au Pape, se retourna de son côté et ne voulut plus souffrir qu'on portât des coups à l'autorité de ce Pontife.

La vingt-cinquième session manifesta...

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Message  Louis Mer 08 Avr 2015, 1:12 pm

Négociations souvent contradictoires de Bâle et de Rome avec les Grecs.
Ceux-ci, avec la plupart des évêques de Bâle,
se rangent du côté du Pape,
qui transfère le concile à Ferrare.


(suite)

La vingt-cinquième session manifesta les sentiments divers qui agitaient le concile ; elle fut tenue le 7 mai 1437. L'assemblée ne pouvant s'accorder sur le lieu qu'on assignerait aux Grecs, la délibération aboutit à deux décrets. Le premier avait pour auteurs les légats du Pape et les plus graves d'entre les prélats ; il y était dit que l'affaire des Grecs se traiterait à Florence ou à Udine, dans le Frioul, ou dans quelque autre ville commode en Italie, et que la levée des décimes ne se ferait point avant que l'empereur et le patriarche de Constantinople fussent arrivés au lieu du concile, de peur qu'on ne soupçonnât de la séduction, si l'on percevait des sommes d'argent, et que le projet ensuite ne réussît pas, comme cela pouvait arriver.

D'un autre côté la multitude, présidée par le cardinal d'Arles, décida que le concile des deux Églises serait tenu à Bâle, ou à Avignon, ou en Savoie; que l'imposition des décimes serait faite au plus tôt ; que ceux d'Avignon pourraient envoyer des collecteurs pour les lever jusqu'à la concurrence de soixante-dix mille florins, dont ils avaient déjà avancé une partie ; que les évêques de Viseu, de Lubec, de Parme, de Lausanne iraient prendre les Grecs à Constantinople, et que ceux-ci seraient obligés de se laisser conduire dans quelqu'un des trois endroits qu'on vient de nommer.

Les ambassadeurs des Grecs approuvèrent fort les décrets des légats; ils en demandèrent la confirmation au Pape, et Eugène la donna par une bulle datée de Bologne le 29 juin 1437. Dès lors tout se suivit régulièrement de ce côté.

A Bâle, au contraire, tout alla de mal en pis…

A suivre : Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques, se livre à des excès plus énormes les uns que les autres, jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.

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Message  Louis Jeu 09 Avr 2015, 12:09 pm

Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques,
se livre à des excès plus énormes les uns que les autres,
jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.

 A Bâle, au contraire, tout alla de mal en pis. En révolte contre le chef de l'Église universelle, privé des légats du Saint-Siège et des prélats les plus recommandables, le concile de Bâle ne fut plus qu'un conciliabule schismatique, où les excès les plus énormes faisaient place à de plus énormes encore.

Dès la vingt-sixième session, 31 juillet 1437, le conciliabule publie un décret où il cite le Pape et les cardinaux à comparaître en personne ou par procureur dans l'espace de soixante jours. Le 26 septembre il casse la nomination d'un cardinal faite par le Pape; il défend au Pape d'aliéner la ville d'Avignon et le comtat Venaissin.

Le 1er octobre on déclare Eugène IV contumace ; huit jours après on supprime la bulle qu'il avait donnée pour la translation du concile de Bâle à Ferrare. Les députés du conciliabule, arrivés à Constantinople, y commencent l'accusation contre le Pape ; le patriarche de Constantinople leur impose silence et leur ordonne de se retirer.

A la trentième session, 24 janvier 1438, le conciliabule déclare le Pape Eugène suspens de toutes ses fonctions, tant au temporel qu'au spirituel, et mande aux rois, aux princes et à tous les ecclésiastiques de ne plus lui rendre obéissance. Le 24 mars suivant le conciliabule de Bâle prononce anathème contre le concile œcuménique ouvert à Ferrare et le traite de conventicule schismatique.    

Au mois d'octobre 1438 le conciliabule de Bâle entreprend d'ériger en vérités de foi, au nombre de huit, ses prétentions séditieuses contre l'autorité du chef de l'Église. Les membres du conciliabule se divisent les uns contre les autres. Les évêques se récrient sur ce que, dans une question de foi, on donne voix délibérative aux ecclésiastiques du second ordre.

« Quand est-ce, demanda l'archevêque de Palerme, que de simples prêtres ont eu voix définitive dans les conciles ? Leur état ne les borne-t-il pas à donner simplement leur avis ? et l'on verra donc aujourd’hui  pour la première fois, une question de foi terminée sans l'autorité des évêques ? Quel scandale (1) ! »

L'archevêque d'Arles, président de l'assemblée, lui répondit :…

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(1) Comment, Æn. Sylv.  1, 1, p. 24.

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Message  Louis Ven 10 Avr 2015, 12:42 pm

Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques,
se livre à des excès plus énormes les uns que les autres,
jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.


(suite)

 L'archevêque d'Arles, président de l'assemblée, lui répondit : « Souvenez-vous que la manière de procéder dont on se sert ici n'est pas nouvelle; qu'elle a été établie dès le commencement du concile et qu'on ne l'a point changée depuis. Souvenez-vous que cette multitude d'ecclésiastiques inférieurs a été de votre avis en d'autres points, et que vous ne disputiez point alors du plus ou moins d'autorité qui lui appartient (1). » Cette réplique signale bien l'inconséquence des évêques, qui, après avoir reconnu le droit de suffrage aux simples prêtres, le veulent repousser comme une innovation ; mais cette réplique ne prouve pas que ce ne fût une innovation téméraire de l'assemblée de Bâle, au contraire elle en convient. Cette attaque et cette réponse sont comme deux glaives dont les deux adversaires se percent l'un l'autre. Ce qu'ajoute l'archevêque d'Arles est encore plus naïf.

« Si les évêques seuls, dit-il, sont juges dans les conciles, il faudra donc que la nation d'Italie l'emporte sur les autres, car les évêchés y sont en plus grand nombre que partout ailleurs. Si les évêques seuls et les cardinaux avaient été admis à donner leurs suffrages dans notre concile de Bâle, qu'aurions-nous fait ? que ferions-nous encore ? Car vous voyez le peu d'évêques qui est de notre côté, et ceux que nous avons ne sont guère propres encore à rompre l'effort des méchants, puisqu'ils craignent beaucoup la puissance temporelle des princes. Il n'y a que les prêtres du second ordre qui témoignent de la fermeté, de l'intrépidité, qui méprisent les menaces et les anathèmes d'Eugène. »

Ainsi le concile de Bâle, d'après l'aveu de son président, n'était pas une assemblée d'évêques, n'était pas un concile, mais un synode presbytérien. Non-seulement il l'avoue, mais il soutient que cela devait être. Pour cela il renouvelle l'erreur de certains hérétiques qui égalaient les prêtres aux évêques.

Voici un de ses raisonnements : « Dans les anciens conciles il y avait des prêtres assis comme les évêques; donc, comme eux, ils y avaient droit de suffrage. » Autant vaudrait dire : Dans les anciens conciles il y avait des écrivains et des copistes qui étaient assis; donc ils y avaient droit de suffrage comme les évêques et les patriarches. On lui objecta ce mot célèbre du concile de Chalcédoine: Un concile est une assemblée d'évêques, et non de clercs (2). On devinerait difficilement par quelle subtilité le président du conciliabule se tire de ce mauvais pas. Voici sa réponse :…

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(1). Comment. Æn. Sylv.  1, 1, p. 26 et 27. — (2). « Concilium episcoporum, non clericorum. »

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Message  Louis Sam 11 Avr 2015, 11:37 am

Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques,
se livre à des excès plus énormes les uns que les autres,
jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.


(suite)

On devinerait difficilement par quelle subtilité le président du conciliabule se tire de ce mauvais pas. Voici sa réponse :« Quand le concile de Chalcédoine a dit : Un concile est une assemblée d'évêques, et non de clercs, il a voulu dire : Un concile est une assemblée d'évêques, de prêtres, de diacres, de sous-diacres, de lecteurs et d'acolytes, mais non pas de simples tonsurés (1). »

Mais en Orient il n'y avait pas de simples tonsurés à l'époque du concile de Chalcédoine ; mais quand ce concile dit : Une assemblée d'évêques, et non de clercs, il est clair comme le jour qu'il met en opposition avec les évêques tout le clergé inférieur, y compris les prêtres.

En vérité, quand on considère attentivement l'esprit factieux du concile de Bâle, ses entreprises révolutionnaires contre le chef de l'Eglise, ses principes et ses raisonnements étranges pour les justifier, tout cela sous prétexte de réformer l'Église dans son chef et dans ses membres, on ne peut s'empêcher de convenir que, dès le quinzième siècle, le concile de Bâle préparait les voies à l'effroyable révolution de Luther et de Calvin, sous le nom de réforme du seizième siècle.

Le discours de l'archevêque d'Arles parut un chef-d'œuvre aux ecclésiastiques du second ordre ; l'archevêque de Palerme et la plupart des évêques n'en jugèrent pas de même. Quand il fut question de conclure sur les huit articles le trouble et la confusion se mirent parmi les assistants ; on criait, on disputait, on mêlait les injures aux reproches; on se plaignait que la liberté du concile était violée ; tous proposaient leur avis pêle-mêle, sans être interrogés.

L'archevêque d'Arles voulait conclure, lorsque celui de Palerme s'écria : « Eh bien ! vous méprisez donc mes prières, vous méprisez les princes et les prélats. Prenez garde de devenir à votre tour la fable du monde entier. Vous voulez conclure, cela ne vous regarde point ; je trouve fort singulier que vous entrepreniez une chose comme celle-là avec trois évêques à simple titre qui sont de votre côté. C'est à nous qu'il appartient de prononcer ; nous sommes le plus grand nombre d'évêques, nous sommes le concile, et ce titre n'est point dû à cette cohue de barbouilleurs de papier (2) que nous voyons ici. Enfin je déclare, au nom des évêques, qu'il faut surseoir à la conclusion. »

A ce mot il se fit un si grand vacarme dans l'assemblée…

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(1) « Concilium episcoporum, non clericorum. »  Comment. Æn. Sylv. — (2). « Collu(s)iem istam copistarum. »

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