Réunion des Chrétiens d'Orient avec l'Église romaine sous le Pape Eugène IV.

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Message  Louis Dim 12 Avr 2015, 1:13 pm

Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques,
se livre à des excès plus énormes les uns que les autres,
jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.


(suite)

A ce mot il se fit un si grand vacarme dans l'assemblée que ce cela ressemblait au bruit de deux armées qui en viennent aux mains ; » c'est l'expression d'Ænéas  Sylvius, qui était présent. Le promoteur du concile en appela au concile de l'opposition faite par l'archevêque de Palerme. Jean de Ségovie, théologien espagnol, entreprit un long discours où il disait que, s'il fallait le plus grand nombre des évêques pour décider, le concile de Bâle serait à néant, puisque, dans la plupart de ses décrets, la pluralité des évêques avait été contraire. « Par exemple, ajouta-t-il, il n'y avait guère que cinq prélats avec le cardinal de Saint-Ange quand on a réglé ce qui concerne la célébration des conciles provinciaux et des synodes. » Pour prouver la nullité du concile de Bâle il n'y a rien de plus fort que les apologies de ses défenseurs.

Au milieu de ces altercations l'archevêque d'Arles obtint un moment de silence et dit :

« J'apprends de France que les nonces d'Eugène s'y sont répandus partout et qu'ils exaltent l'autorité du Pontife romain au-dessus de celle des conciles généraux. Or, pour réfuter cette doctrine, il est nécessaire d'établir les vérités déjà proposées dans le concile ; elles sont au nombre de huit ; mais les Pères n'ont pas l'intention de les décider toutes. Aujourd'hui ils se bornent aux trois premières. Ainsi, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je conclus qu'il faut tenir ces trois articles. »

Cela dit, il leva la séance, au milieu des acclamations des siens et de la stupéfaction des autres. En effet jamais faiseur de tours n'escamota si adroitement une affaire.

Le 9 mai 1439 on tint une congrégation générale pour transformer en décret la conclusion escamotée. Il y eut de nouvelles contestations. L'archevêque de Tours, qui avait la qualité de plénipotentiaire de France, dit que, malgré la conclusion du cardinal d'Arles, il se croyait en droit d'élever la voix et de condamner cette démarche, puisque les congrégations n'étaient point le dernier et suprême tribunal du concile. « Je suis archevêque, ajouta-t-il; j'aurais dû, comme tel, être prévenu de ce qu'on voulait défini. Je suis ministre de France, obligé par conséquent d'informer de tout le roi mon maître; je veux donc avoir le temps de conférer sur cela. Mes collègues d'ambassade le souhaitent aussi. »

L'évêque de Cuença, ambassadeur de Castille, parla d'un ton encore plus ferme, et l'archevêque de Milan les surpassa tous en disant au cardinal d'Arles :…

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Message  Louis Jeu 16 Avr 2015, 2:43 pm

Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques,
se livre à des excès plus énormes les uns que les autres,
jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.


(suite)

L'évêque de Cuença, ambassadeur de Castille, parla d'un ton encore plus ferme, et l'archevêque de Milan les surpassa tous en disant au cardinal d'Arles :

« C'est vous qui êtes l'auteur de toute cette intrigue. Vous entretenez auprès de votre personne une troupe de barbouilleurs de papier et de pédants (1) pour faire avec eux des articles de foi. On vous prendrait à juste titre pour un autre Catilina; vous êtes comme lui l'asile de tous les gens sans aveu, sans espérance et sans conduite. C'est donc par le ministère de telles gens que vous prétendez gouverner l'Église, et vous aimez mieux prendre leurs avis que ceux des prélats et des ambassadeurs qui représentent ici les souverains? »

Le cardinal d'Arles essuya encore bien d'autres invectives ; mais il emporta le décret par le suffrage de ses barbouilleurs de papier et de ses pédants, et fixa le 16 mai pour le promulguer en session publique.

Ce jour on se rendit solennellement à la cathédrale de Bâle; les ambassadeurs des princes n'y parurent point, non plus que la plupart des évêques. On ne compta dans cette trente-troisième session que vingt prélats, tant évêques qu'abbés : deux d'Italie, aucun d'Espagne, dix-huit de France et d'Allemagne. En revanche on y vit plus de quatre cents ecclésiastiques du second ordre. On y vit quelque chose de plus étrange encore ; pour remplir les fauteuils des évêques absents, le président de l'assemblée y fit mettre les châsses des saints, qu'il avait fait apporter de toute la ville. C'est au milieu de cet appareil théâtral qu'on publia le décret en ces termes :

« Le saint concile de Bâle déclare et définit ce qui suit : 1° C'est une vérité de foi catholique que le concile général, représentant f Eglise universelle, a une autorité supérieure au Pape et à quiconque. 2° C'est une vérité de foi catholique que le Pape ne peut en aucune façon dissoudre, transférer ni proroger le concile général représentant l'Église universelle, à moins que le concile n'y consente. 3° On doit regarder comme hérétique quiconque contredit les vérités précédentes.»

Dans une congrégation générale du 23 juin on acheva de déterminer les cinq autres articles, savoir : que le Pape Eugène a contre dit les trois premières vérités de foi quand il s'est ingéré de dissoudre et de transférer le concile de Bâle ; qu'ensuite, de l'avis des Pères, il a rétracté cette erreur, mais qu'il y est tombé bientôt après en voulant une seconde fois dissoudre et transférer le concile; que, comme il persiste dans sa résolution malgré les monitions du concile, et tenant même un conciliabule en Italie, il se déclare contumace, opiniâtre et rebelle. Tout cela fut publié comme des vérités constantes.

Dès le surlendemain, 25 juin, trente-quatrième session, on en vint à l'application…


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(1) « Gregem copistarum et pædagogorum. »

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Message  Louis Ven 17 Avr 2015, 12:35 pm

Le conciliabule de Bâle, où il ne restait presque plus d'évêques,
se livre à des excès plus énormes les uns que les autres,
jusqu'à déposer Eugène IV et à faire un antipape.

(suite)

Dès le surlendemain, 25 juin, trente-quatrième session, on en vint à l'application. Le conciliabule schismatique de Bâle, par un attentat sacrilège, déposa le Pape Eugène IV comme désobéissant, opiniâtre, rebelle, violateur des canons, perturbateur de l'unité ecclésiastique, scandaleux, simoniaque, parjure, incorrigible, schismatique, hérétique, endurci, dissipateur des biens de l'Église, pernicieux et damnable. Le conciliabule défendait à qui que ce fût de le reconnaître pour Pape, et déclarait les contrevenants déchus par le seul fait de toutes leurs dignités, soit ecclésiastiques, soit séculières, fussent-ils évêques, archevêques, patriarches, cardinaux, rois ou empereurs.

Voilà ce qui fut statué par une assemblée où l'on comptait trente-neuf prélats, dont sept ou huit seulement étaient évêques. Finalement, huit évêques, au plus, osent prononcer une déposition aussi sacrilège que nulle contre le Pape certain et légitime, reconnu par l'Église universelle, et encore ces huit étaient-ils tous notés par quelque endroit qui devait les faire récuser dans un jugement bien réglé.

« Par exemple, dit le cardinal Turrécrémata, qui les connaissait en détail, le cardinal d'Arles était envenimé contre le Pape parce qu'il n'avait pu obtenir de lui la charge de camerlingue. Le  patriarche d'Aquilée était aussi brouillé avec Eugène à cause des démêlés qui existaient entre ce prélat et les Vénitiens. Louis de la Palu se souvenait que le Pape ne l'avait pas favorisé dans ses poursuites pour l'évêché de Lausanne.

L'ancien évêque de Vence n'avait pu digérer non plus que la cour romaine lui eût refusé l'évêché de Marseille. L'évêque de Grenoble était proche parent du cardinal d'Arles. L'évêque de Bâle était un homme sans lettres et assujetti aux volontés des autres. Raymond Talon, qui prenait la qualité d'évêque de Tricarico, était depuis longtemps ennemi du Pape parce que celui-ci l'avait privé, pour sa mauvaise conduite, de la charge d'auditeur dans la cour d'Avignon. Enfin il y avait là deux autres évêques à simple titre, religieux de profession et apostats de leur ordre (1). »

Ces détails nous montrent quels furent les auteurs du décret de déposition contre le Pape.

Pour compléter le schisme ils firent un antipape le 30 octobre 1439 ; ce fut le duc de Savoie, Amédée VIII. En 1434, à l'âge de cinquante-cinq ans, laissant ses Etats à ses quatre fils, il se retira dans une terre délicieuse nommée Ripaille, pour s'y rendre ermite avec deux gentilshommes. Il retint pour son service vingt de ses domestiques, et pour nourriture il se faisait servir les meilleurs vins et les meilleures viandes ; d'où vient, à ce que l'on croit, le proverbe de faire ripaille. C'est ce qu'il a fait de plus mémorable, et comme prince et comme antipape. Il prit le nom de Félix V et le porta dix ans, avec une obédience qui ne s'étendit jamais au delà de ses États et de quelques cantons suisses. En 1449 il abdiqua et se soumit à Nicolas V, successeur d'Eugène IV. Les débris du concile de Bâle, retirés à Lausanne, élurent alors pour Pape le Pape régnant, Nicolas V.

Tels furent le commencement, le milieu et la fin du trop fameux concile de Bâle…

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(1) Turrécrémata. Labbe, t. 13.
A suivre : Analogie entre la fête des Fous et le concile de Bâle.

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Message  Louis Sam 18 Avr 2015, 10:20 am

Analogie entre la fête des Fous et le concile de Bâle.

Tels furent le commencement, le milieu et la fin du trop fameux concile de Bâle : le commencement fut un seul homme, le milieu un schisme, et la fin un désaveu qui n'en était pas un ; commencement burlesque, milieu scandaleux, fin risible.

Dans sa vingtième session ce fameux concile défendit la fête des Fous. Voici en quoi consistait alors cette fête. Le jour des Innocents et le jour du nouvel an on habillait des enfants en papes et en évêques ; on les conduisait à l'église avec cérémonie ; ils faisaient les fonctions ecclésiastiques, et tout cela était suivi de bien des désordres, des scandales et des irrévérences.

Vers le milieu du quinzième siècle il y eut dans l'Église universelle une fête semblable, quoique plus sérieuse et plus longue; car elle dura de 1431 à 1449. Un homme d'abord, puis une dizaine d'hommes se réunirent en concile œcuménique ; de simples prêtres se travestirent en évêques, en cardinaux, en papes, en Église universelle. Comme, au treizième siècle, dans l'Église de Paris, les enfants de chœur, par manière de jeu, déposaient les chanoines de leurs hautes stalles et se mettaient à leur place un jour dans l'année, ainsi des prêtres parisiens et autres, du quinzième siècle, travestis en conciles généraux, s'amusaient à déposer les cardinaux et les Papes, à réformer l'Église universelle, mettant la tête en bas et les pieds en haut. Ce jeu de dix-huit ou dix-neuf ans, c'est ce qu'on appelle le concile de Bâle.

Jeu plus sérieux qu'on ne pense, car c'était le jeu de Satan. Le Sauveur dit à saint Pierre : « Simon, Simon, voici que Satan vous a demandés à cribler comme du froment ; lors donc que tu seras converti, confirme tes frères. »

Voyez un homme qui crible du froment, comme il le secoue, comme il le jette, comme il l'agite, comme il le tourne et le retourne, en long, en large, en rond, sans ordre ni suite, au gré de son caprice. Image de ce que Satan fait aux apôtres et à leurs successeurs, y compris Pierre et les siens ; il les secoue, les jette, les agite les uns contre les autres, de manière qu'ils se heurtent, qu'ils s'entre-choquent, qu'ils ne savent plus où ils en sont. Telle était l'agitation de Bâle, où il y avait plus de zèle que de lumière et de sagesse ; agitation qui se communique au reste de la chrétienté ; presque tous les royaumes reconnaissent toujours Eugène IV, l'Allemagne reste dans une espèce de neutralité. Quel remède à cette périlleuse tentation ?...

A suivre : L'empereur Jean Paléologue, le patriarche de Constantinople et un bon nombre de prélats grecs se mettent en route pour venir au concile de Ferrare, qui s'ouvre au jour indiqué.

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Message  Louis Dim 19 Avr 2015, 3:13 pm

L'empereur Jean Paléologue, le patriarche de Constantinople
et un bon nombre de prélats grecs
se mettent en route pour venir au concile de Ferrare, qui s'ouvre au jour indiqué.

Quel remède à cette périlleuse tentation ? Pierre, j’ai prié pour toi; lors donc que tu seras converti, affermis tes frères. C'est ce que nous allons voir : Pierre, centre d'attraction et d'unité, attirant à lui et affermissant en l'unité ses frères d'Orient, d'Egypte, d'Ethiopie, de Mésopotamie, de Chaldée et d'Allemagne.

Dans la séance du 7 mai 1437 la plus saine partie des prélats de Bâle, unis aux légats du Pape, avaient offert aux ambassadeurs de l'empereur Jean Paléologue, pour y tenir le concile de réunion, soit la ville de Florence ou d'Udine, soit toute autre ville d'Italie qui leur parût commode. Les ambassadeurs grecs approuvèrent fort ce décret et en demandèrent la confirmation au Pape, qui la donna par une bulle datée de Bologne, le 29 juin 1437. Dès lors tout le reste suivit.

Eugène IV fit expédier des sauf-conduits pour les Grecs ; il nomma Antoine Condelmer pour commander les vaisseaux de transport ; il chargea l'archevêque de Tarentaise et Christophe Garatoni, devenu évêque de Coron, de la légation de Constantinople ; il leur recommanda d'agir de concert avec les évêques de Digne et d'Oporto, chargés de la même fonction par cette partie du concile de Bâle qui s'entendait avec Eugène.

Tous les préparatifs se firent à point nommé. On conduisit neuf galères bien armées à Constantinople. L'empereur Jean Paléologue, le patriarche Joseph, les évêques grecs et tous les gens de leur suite s'y embarquèrent le 25 novembre 1437. Après une navigation longue et pénible ils arrivèrent à Venise le 9 février 1438. Venise était la ville natale du pape Eugène IV. L'empereur de Constantinople y fut reçu avec une telle magnificence que les Grecs en étaient dans l'admiration. Ils restaient stupéfait en voyant l'église de Saint-Marc, les palais du doge et des autres nobles, l'opulence et la politesse de tous les habitants.

L'historien grec du concile de Florence, qui était présent et que l'on croit être Georges Scholarius, déclare la pompe de cette entrée impossible à décrire. « Notre âme était tellement ravie à la vue de toutes ces merveilles que nous disions dans l'extase : En vérité, la terre et la mer sont aujourd'hui devenues le ciel ; car de même que personne ne peut comprendre les créatures célestes de Dieu, mais en est seulement émerveillé, ainsi restions-nous émerveillés des magnificences de cette fête. »

Cependant le Pape Eugène IV avait indiqué…
A suivre :  Vertus épiscopales du bienheureux Nicolas Albergati, président du concile.

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Message  Louis Lun 20 Avr 2015, 12:53 pm

Vertus épiscopales
du bienheureux Nicolas Albergati,
président du concile.


Cependant le Pape Eugène IV avait indiqué le concile de Ferrare comme devant commencer le 8 janvier 1438. Le cardinal Julien Césarini s'y rendit de Bâle, avec les plus recommandables des prélats. L'ouverture se fit le jour indiqué. Il s'y trouva cinq archevêques, dix-huit évêques, quatre évêques élus, dix abbés, quelques généraux et provinciaux d'ordre. Le concile s'ouvrit sous la présidence du bienheureux Nicolas Albergati , ancien Chartreux, archevêque de Bologne et cardinal de Sainte-Croix, que déjà nous avons appris à connaître.  

Au commencement de son pontificat Eugène IV l'envoya comme légat en France, pour négocier la paix entre les rois de France et d'Angleterre et le duc de Bourgogne. Au milieu de ses négociations, qui alors n'eurent aucun succès, il fut appelé pour présider le concile de Bâle au nom du Pape. De Bâle il fut envoyé en Italie pour réconcilier le duc de Milan et les Vénitiens. Eugène IV, qu'il était allé trouver à Florence, l'envoya de nouveau en France, où il réussit, en 1435, à conclure la paix, non pas encore entre les Français et les Anglais, mais entre le roi de France et le duc de Bourgogne ; ce qui donna moyen au roi Charles VII de chasser les Anglais de tout son royaume et acheva ainsi l'œuvre de Jeanne d'Arc. Le bienheureux Nicolas Albergati présida dans les premières séances du concile œcuménique de Ferrare ou de Florence. Durant le concile même le Pape l'envoya comme légat en Allemagne pour y combattre les menées schismatiques du conciliabule de Bâle. Revenu d'Allemagne à Florence au concile œcuménique, Eugène IV le nomma grand-pénitencier de l'Église romaine. Cette nouvelle dignité ne changea rien au genre de vie simple et modeste du vertueux cardinal.

On admirait en lui une humilité sincère, jointe à un caractère ferme et plein d'élévation, la candeur unie à la prudence, une charité bienveillante pour tous, un grand amour pour les pauvres et un zèle ardent pour la religion.

Sa maison était parfaitement réglée; aussi plusieurs de ceux qui la composaient parvinrent-ils aux plus hautes dignités de l'Église; deux d'entre eux furent même élevés à la papauté sous les noms de Nicolas V et de Pie II. Attaché de cœur à son premier état il pratiquait sous la pourpre romaine les austérités des Chartreux. Ami des lettres, il forma une bibliothèque considérable qu'il légua, à sa mort, à divers monastères. Il se disposait à suivre le Pape, qui retournait à Rome, lorsqu'il fut obligé de s'arrêter à Sienne, chez les Augustins, de l'ordre desquels il était le protecteur depuis dix-sept ans. Il y mourut de la pierre, à l'âge de soixante-huit ans, le 9 mai 1443. Ses entrailles furent inhumées dans l'église de la maison, et l'on porta son corps à la chartreuse de Florence, où il est encore conservé. Benoît XlV, qui avait été un des successeurs du bienheureux Nicolas dans le siège de Bologne, approuva, le 6 octobre 1744, le culte rendu de temps immémorial à ce saint prélat (1) .

L'historien grec du concile de Florence nous apprend…

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 (1).Acta SS. 9 mai. Godescard, 3 mars.
A suivre : Vertus et travaux apostoliques de saint Laurent Justinien, évêque de Venise.

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Message  Louis Mar 21 Avr 2015, 10:59 am

Vertus et travaux apostoliques de saint Laurent Justinien, évêque de Venise.

L'historien grec du concile de Florence nous apprend qu'il s'y trouva deux cents évêques ; mais on ne connaît le nom et le siège que d'un petit nombre. Parmi eux était sans aucun doute saint Laurent Justinien. Le Pape Eugène IV, son compatriote, le nomma évêque de Venise en l'an 1433.

Le saint employa tous les moyens possibles pour ne point accepter cette dignité ; deux fois ses frères, les Chanoines réguliers de Saint-Georges, observèrent un jeûne et écrivirent au Pape pour obtenir qu'il leur laissât leur père et leur guide ; deux fois le Pape les consola par des lettres paternelles, les engageant toutefois, par de bonnes raisons et par l'exemple des saints, à ne point résister à  la volonté divine. Justinien ne put donc pas ne point obéir au Pontife commandant pour la troisième fois. Il avait cinquante et un ans.

Il prit possession de son Église avec tant de simplicité et si secrètement que ses propres amis ne le surent que quand la cérémonie fut faite. Il passa toute la nuit suivante en prières devant un autel pour attirer sur lui les grâces du Ciel; il fit la même chose la nuit qui précéda son sacre. Il ne diminua rien des austérités qu'il avait pratiquées dans le cloître. Son assiduité à la prière lui mérita des lumières toutes célestes, cette fermeté invincible, cette activité infatigable dont toute sa conduite porta l'empreinte. Il sut pacifier les dissensions intestines qui agitaient la république, et gouverna son diocèse dans les temps les plus orageux avec autant de facilité qu'il eût gouverné un monastère.

Son ameublement montrait son amour pour la simplicité et la pauvreté, et, comme on lui représentait qu'il devait quelque chose à sa naissance, à la dignité de son siège et à la république, il répondit que la vertu était le seul ornement du caractère épiscopal et qu'un évêque ne devait avoir d'autre famille que les pauvres de son diocèse.

Sa maison n'était composée que de cinq personnes; il mangeait dans de la vaisselle de terre; il n'avait pour lit qu'une paillasse couverte de haillons et n'avait qu'une mauvaise soutane pour vêtement. Sa sévérité envers lui-même, jointe à un grand fonds d'affabilité et de douceur envers les autres, le faisait universellement respecter.

Il acquit un tel ascendant sur tous les esprits et tous les cœurs qu'il vint facilement à bout des abus qui s'étaient glissés dans le clergé et parmi les laïques. Son troupeau l'aimait et le respectait, et il n'y avait personne qui ne se soumît avec docilité à toutes ses ordonnances. Si l'exécution de ses pieux desseins éprouvait d'abord quelque difficulté, il savait en triompher par sa douceur et sa patience.

Son zèle contre les théâtres lui suscita quelques ennemis. Un d'entre eux, qui était puissant, s'éleva avec beaucoup d'indécence contre un mandement qu'il avait donné à cet égard; il faisait passer le saint évoque pour un homme qui voulait porter dans le monde la rigidité du cloître, pour un moine minutieux que de vains scrupules agitaient et il fit tous ses efforts pour soulever le peuple contre lui.

Une autre fois Justinien fut insulté publiquement …

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Message  Louis Mer 22 Avr 2015, 10:31 am

Vertus et travaux apostoliques de saint Laurent Justinien, évêque de Venise.

(suite)

Une autre fois Justinien fut insulté publiquement dans les rues et traité d'hypocrite; il écouta les injures dont on le chargeait sans changer de visage et sans rien perdre de sa tranquillité. Il n'était pas moins insensible aux louanges et aux applaudissements qu'on lui donnait ; on ne remarquait en lui aucun mouvement de tristesse ni de quelque passion que ce fût ; il jouissait d'une égalité d'âme que rien ne pouvait altérer.

La première visite qu'il fit de son diocèse opéra des fruits incroyables. Il fonda quinze monastères et un grand nombre d'églises; il réforma tous les abus qui s'étaient introduits par rapport à la célébration de l'office divin et à l'administration des sacrements. Il établit un si bel ordre dans sa cathédrale qu'elle devint le modèle de la chrétienté ; il y fonda de nouvelles prébendes, afin qu'elle fût desservie avec plus de décence et de dignité ; il érigea dix paroisses à Venise, et il y en eut alors trente dans cette ville au lieu de vingt qui y étaient auparavant.

On voyait tous les jours une multitude innombrable de peuple dans son palais ; les uns venaient y chercher de la consolation dans leurs peines ou des secours dans leurs misères ; les autres venaient consulter le saint dans leurs doutes. Sa porte n'était jamais fermée aux pauvres; il aimait mieux distribuer du pain et des habits, pour éviter le mauvais emploi de l'argent, qui n'est que trop commun, même parmi les indigents, ou, s'il en donnait, c'était toujours en petite quantité.

Des dames pieuses portaient ses aumônes aux pauvres honteux ou à ceux qui avaient souffert des pertes considérables. Dans les charités qu'il faisait il n'avait égard ni à la chair ni au sang. Quelqu'un étant venu le trouver de la part de Léonard, son frère, il le renvoya en lui disant : « Retournez vers celui qui vous a envoyé, et je vous charge de lui dire qu'il est en état de vous assister lui-même.»

Personne ne porta jamais plus loin que lui le mépris de l'argent. II confia le soin de son temporel à un économe fidèle, et il avait coutume de dire à ce sujet : « II est indigne d'un pasteur des âmes d'employer une partie considérable d'un temps qui est si précieux à entrer dans les petits détails qui ont l'argent pour objet (1). »

L'an 1438 saint Laurent Justinien publia un manuel de discipline canonique pour son diocèse ; il était tiré des constitutions provinciales des patriarches de Grade, des ordonnances synodales de Castella et de Venise, parmi lesquelles plusieurs du saint évêque même (1).

Au lieu de crier ou de procéder tumultuairement à la réforme des autres, comme les prélats de Bâle, il commençait la réforme sans bruit par lui-même et par son diocèse : c'est qu'il était vraiment animé de l'Esprit de Dieu. Son exemple fut plus efficace que bien des conciles. Les étrangers comme les indigènes, les cardinaux et les princes comme le peuple, accouraient pour le voir, étudier sa vie, sa chambre, ses ameublements, et s'en édifier (2). Le Pape Eugène IV lui ayant mandé de venir le voir à Bologne, il le reçut avec de grandes marques de distinction et l'appela l'ornement de l'épiscopat. C'était sans doute à l'approche du concile œcuménique de Ferrare et de Florence.

Ce concile…

________________________________________________________________

(1). Acta SS., 8 janvier. Godescard, 5 septembre. — (1).Mansi, Concile t, 31, col. 289.—   (2). Vita. Acta SS.t 8 janv., c. 9, n. 51.
A suivre : Arrivée du Pape Eugène IV à Ferrare et au concile.

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Message  Louis Jeu 23 Avr 2015, 1:04 pm

Arrivée du Pape Eugène IV à Ferrare et au concile.

Ce concile s'était ouvert le 8 janvier 1438 sous la présidence du saint cardinal Nicolas Albergati. Deux jours après il y eut une première session, où se trouvèrent deux évêques de plus. On y déclara que, le Pape ayant transféré le concile de Bâle à Ferrare pour de très-justes causes, qui avaient paru nécessaires au Saint-Siège et avaient été approuvées par les prélats de la cour de Rome, cette translation était légitime et canonique, et qu'ainsi le concile général de Ferrare était dûment et légitimement assemblé pour travailler à l'union de l'Église grecque avec l'Église romaine et achever ce qui avait été commencé à Bâle; que tout ce qu'on ferait dans cette dernière ville après cette translation serait nul, à moins que cela ne tendît à la réduction des Bohémiens, ce qui serait approuvé par le concile de Ferrare; qu'enfin tous étaient absous du serment qu'ils avaient déjà fait à Bâle (3).

Le Pape Eugène IV, parti de Bologne, arriva le 24 janvier au monastère de Saint-Antoine, hors des murs de Ferrare. Le 27 il fit son entrée solennelle dans la ville ; l'ambassadeur de Castille et de Léon tenait les rênes de son cheval à droite, le marquis de Ferrare à gauche.

Le 8 février il présida une congrégation à laquelle assistèrent tous les cardinaux, évêques et docteurs. Il s'y plaignit des prélats de Bâle, et déclara que, quoiqu'il fût très-innocent, si néanmoins lui ou les siens se trouvaient coupables de quelques fautes, il se soumettait volontiers à la correction des Pères, et il les exhorta à se gouverner avec tant de régularité qu'ils fussent le modèle des autres. Le plus ancien des cardinaux le remercia au nom de ses collègues et lui promit leur active coopération. Le plus ancien des archevêques, celui de Ravenne, parla de même au nom de tous les autres prélats.

On tint encore deux autres congrégations générales pour préparer le décret de la seconde session, qui se tint le 15 février. Le Pape y présida, ayant avec lui soixante-douze évêques. On y lut le décret par lequel le Pape, après avoir déduit fort au long tout ce qu'il a fait pour porter à la paix les prélats de Bâle, prononce, avec l'approbation du concile, que tous leurs décrets séditieux sont nuls, et déclare que tous ceux qui continueront cette assemblée, de quelque dignité qu'ils soient, encourent l'excommunication et les autres peines marquées dans la bulle de translation, ordonnant à ceux qui sont à Bâle pour la tenue du concile d'en sortir dans le délai de trente jours, sous les mêmes peines et censures; aux magistrats, officiers et habitants de cette ville, de les en chasser après l'expiration de ce temps, sous peine d'excommunication et d'interdit pour le peuple; défendant enfin, sous la même peine, de porter aucune marchandise ou choses nécessaires à la vie des hommes dans cette ville de Bâle, si ceux qui y tiennent le concile persistent dans leur opiniâtreté (1).

Le cardinal de Sainte-Croix, le bienheureux Nicolas Albergati, après avoir fait l'ouverture du concile, se rendit à Venise pour saluer l'empereur de Constantinople de la part du Pape ; il était accompagné de Nicolas d'Este, marquis de Ferrare. Ils furent bientôt suivis du cardinal Julien Césarini, qui avait présidé le concile. L'empereur grec envoya…

______________________________________________________________

(3). Labbe, t. 13, col. 879 et seqq. — (1). Labbe, t. 13, col. 895 et seqq.

A suivre : Arrivée de l'empereur Jean Paléologue, du patriarche Joseph et des autres prélats grecs.

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Message  Louis Ven 24 Avr 2015, 12:41 pm

Arrivée de l'empereur Jean Paléologue,
du patriarche Joseph et des autres prélats grecs.

 L'empereur grec envoya de son côté à Ferrare rendre ses devoirs au Pape. Jean Paléologue, y étant arrivé lui-même par eau, y fit son entrée le 4 mars. Tous les cardinaux, suivis d'un très-grand nombre de prélats, allèrent au-devant de lui jusque hors de la ville. L'empereur marchait à cheval, sous un dais bleu céleste, porté par les fils et les plus proches parents du marquis de Ferrare. Lorsque le cortège fut arrivé au palais où le Pape faisait sa résidence tous ceux qui étaient à cheval mirent pied à terre à la grande porte. L'empereur seul resta sur le sien et monta l'escalier, qui était en rampe douce, jusqu'à l'entrée de la salle qui précédait la chambre du Saint-Père. Il descendit alors de cheval, et, ayant traversé la salle, il entra chez le Pape, qui vint au-devant de lui, et qui sut si bien mesurer ses pas qu'il le joignit au milieu juste de l'appartement. L'empereur voulant mettre le genou en terre, le Pape le retint et l'embrassa ; puis, lui donnant la main, que ce prince baisa avec respect, il l'introduisit dans une chambre plus reculée, où il le plaça à sa droite. Eugène, après avoir conversé avec Jean Paléologue pendant quelque temps, le fit reconduire au logement qu'on lui avait préparé, et où il fut traité avec autant de somptuosité et de magnificence qu'il aurait pu l'être à Constantinople.

Le patriarche n'arriva que trois jours après à Ferrare, avec une partie des métropolitains et des évêques du clergé grec députés au concile. Il y fut amené par eau, sur un navire d'une construction particulière et qui ressemblait à un palais flottant. Ce navire lui avait été envoyé de Ferrare à Venise par le marquis d'Este. Le patriarche ne débarqua pas sur-le-champ ; il resta sur son bâtiment le reste du jour et la nuit suivantes, pour attendre qu'on eût réglé le cérémonial suivant lequel il voulait être reçu. Tout l'ayant été à sa satisfaction, deux cardinaux, accompagnés de vingt-cinq évêques et d'un grand nombre de prélats et d'officiers de la cour romaine, le marquis d'Este, avec les princes, ses fils, et les grands du pays, allèrent le recevoir à la descente du navire. Après les premiers compliments on lui présenta, ainsi qu'à ceux de sa suite, de superbes chevaux, sur lesquels ils montèrent. Le cortège se mit en marche et s'avança dans le plus bel ordre vers le palais du souverain Pontife. Le patriarche avait à ses côtés deux cardinaux, dont l'un était Prosper Colonne, neveu de Martin V. Lorsqu'on fut arrivé au palais pontifical le patriarche descendit de cheval, et on le conduisit, en lui faisant traverser les antichambres et les salles, jusqu'à l'appartement secret du Pape, qui, pour éviter le cérémonial, avait arrêté que cette audience ne serait pas publique. Les portes s'étant ouvertes, le patriarche entra, suivi seulement de six métropolitains. Le Pape se leva de son trône pour le recevoir. Le patriarche s'étant approché, le Pape et lui s'embrassèrent. Eugène se replaça sur son trône, le patriarche prit place à sa droite sur un siège semblable à celui des cardinaux. Les six archevêques qui accompagnaient ce prélat furent également admis au baiser du Saint-Père et se rangèrent à la gauche de leur chef; mais ils se tinrent debout, comme firent aussi toutes les autres personnes de sa suite, lesquelles furent introduites six à six. À mesure qu'elles entraient elles saluaient le Pape, les unes comme les évêques, en lui baisant la main et la joue, et les autres comme les simples ecclésiastiques, en lui faisant une profonde inclination. Il n'y eut que les laïques qui se prosternèrent pour lui baiser les pieds.

Une des difficultés du cérémonial était celle-ci. Nous avons vu le prophète Daniel prier à genoux à Babylone, Salomon dans le temple de Jérusalem, Jésus au jardin des Olives, saint Paul dans ses Epîtres et les Actes des Apôtres, et le concile de Nicée ordonnant de prier à genoux, hors les dimanches et le temps pascal. Cependant les Grecs avaient pris l'habitude de ne prier que debout. Les ecclésiastiques grecs se firent donc un scrupule de se mettre à genoux devant le Pape, suivant l'usage reçu. Eugène IV condescendit à ce scrupule des ecclésiastiques grecs.

On convint de part et d'autre de tenir la première séance publique…
A suivre : Session d’ouverture commune aux Latins et aux Grecs.

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Message  Louis Sam 25 Avr 2015, 11:29 am

Session d’ouverture commune aux Latins et aux Grecs.

On convint de part et d'autre de tenir la première séance publique le 9 avril, qui, cette année 1438, tombait le mercredi saint. On s'assembla dans la cathédrale de Saint-Georges, suivant l'ordre qui avait été réglé.

Devant le grand autel, sur un trône magnifique, était le livre des Évangiles, avec les chefs de saint Pierre et de saint Paul, qu'on avait fait venir de Rome. Au côté droit de l'autel s'assit le Pape, sur un trône plus élevé que les autres et surmonté d'un dais. Plus bas était le trône de l'empereur d'Occident, mais vide; l'empereur élu des Romains était Albert II d'Autriche. Vis-à-vis, du côté gauche, était placé le trône de l'empereur de Constantinople; plus bas on établit le siège du patriarche, mais sans dais et sans autre ornement qu'un tapis de pourpre qui le couvrait. Ensuite étaient disposés le long de l'église, de part et d'autre, des sièges pour tous ceux qui devaient avoir rang au concile. Du côté des Latins, outre les cardinaux, les archevêques et les évêques, qui étaient au nombre d'environ cent soixante, il y avait des abbés, des généraux d'ordres, des docteurs et une foule d'ecclésiastiques. On y voyait aussi des ducs, des marquis, des corn tes et des ambassadeurs de quelques princes occidentaux.

Après que les Latins eurent chanté la messe du Saint-Esprit, l'empereur et les prélats grecs, qui avaient de leur côté célébré l'office suivant leur rite, arrivèrent dans l'église et s'y rangèrent à la gauche de l'autel. Toute l'assemblée se leva, par honneur, lorsque les Grecs parurent. Le jeune Démétrius, despote de la Morée, fut assis sur un petit siège auprès de l'empereur, son frère. On avait préparé, au-dessous du patriarche de Constantinople, des places destinées aux vicaires des trois autres patriarches d'Orient. Les vicaires étaient : pour Philothée, patriarche d'Alexandrie, Antoine, métropolitain d'Héraclée, en Thrace, et Grégoire protosyncelle, confesseur de l'empereur; pour Dosithée, patriarche d'Antioche, Marc, évêque d'Éphèse, avec Isidore, métropolitain de Kiovie, en Russie, mais dont la place resta vide pour le moment Ce prélat n'arriva qu'au mois d'août, accompagné de quelques évêques moscovites et avec une suite de deux cents chevaux. Joachim, patriarche de Jérusalem, fut représenté par les métropolitains de Sardes et de Monembasie au Péloponèse. A la suite de ces prélats furent placés les métropolitains de Trébisonde, de Cyzique, de Nicée, de Nicomédie, de Mételin, celui des Géorgiens ou Ibériens, avec un de ses suffragants, et plusieurs autres encore. Venaient ensuite les dignitaires de l'Eglise de Constantinople, les abbés, les prêtres et les moines du mont Athos. Au pied du trône de Jean Paléologue furent assis les ambassadeurs de l'empereur de Trébisonde, ceux du grand-duc de Moscovie, du prince des Ibériens, des despotes de Servie et de Valachie, et les principaux officiers de l'empereur, parmi lesquels étaient plusieurs sénateurs et quelques personnages distingués dans les lettres, entre autres Georges Scholarius, de qui nous avons en grec une histoire de ce concile. On fit asseoir aux deux côtés du patriarche ses cinq assistants ou diacres, qu'on appelait staurophores ou porte-croix, parce qu'ils avaient sur leurs bonnets des croix qui les distinguaient des autres. L'historien grec dit qu'à cette première séance il y avait environ deux cents évêques, ce qui, avec les cent soixante du côté des Latins, en suppose de trente à quarante orientaux.

Les membres du concile ne se réunirent ce jour-là que…

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Message  Louis Dim 26 Avr 2015, 2:09 pm

Session d’ouverture commune aux Latins et aux Grecs.
(suite)

Les membres du concile ne se réunirent ce jour-là que pour proclamer la bulle du Pape, qui annonçait, comme on en était convenu, que, du consentement exprès de l'empereur et du patriarche de Constantinople, et de tous les Pères qui se trouvaient à Ferrare, le concile pour la réunion des deux Églises était ouvert dans cette ville, et qu'on accordait à tous ceux qui voulaient y assister quatre mois entiers pour s'y rendre et y envoyer leurs représentants. Cette bulle déclarait en même temps excommuniés tous ceux qui, après s'être dispensés de déférer à cette invitation, refuseraient de se soumettre aux décrets de cette sainte assemblée. Le patriarche de Constantinople, qui avait plus de quatre-vingts ans, étant malade, ne put assister à la séance, mais il envoya ses lettres d'adhésion.

Comme les princes d'Occident, tous attachés au Pape Eugène IV, cherchaient néanmoins à le réconcilier avec les prélats mutins de Bâle; il vint de leur côté beaucoup moins d'évêques qu'on aurait pu s'y attendre. Parmi les prélats français on trouve les évêques de Térouanne, de Châlon-sur-Saône, de Nevers, d'Angers, de Digne, de Grasse, de Cavaillon et de Bayeux. Les trois premiers étaient de la domination du duc de Bourgogne, qui les envoyait comme ses ambassadeurs ; les quatre suivants étaient de celle du duc d'Anjou, comte de Provence et roi de Sicile ; pour l'évêque de Bayeux il était soumis au roi d'Angleterre, maître encore de plusieurs places en Normandie. Il est à remarquer que ce prélat signa au concile de Ferrare et de Florence en son nom et au nom de l'archevêque de Rouen, de l'évêque de Lisieux et de l'abbé de Saint-Michel.

Cependant, après les fêtes de Pâques et en attendant l'arrivée de nouveaux évêques, les Latins demandèrent aux Grecs que l'on ne perdît pas de temps et que l’on s'assemblât souvent pour examiner les dogmes contestés. Après un assez long intervalle les Grecs y consentirent avec peine. On choisit des commissaires de part et d'autre : pour les Latins, deux cardinaux, deux métropolitains, deux évêques, deux moines-prêtres, deux abbés et deux notaires ; douze en tout. Les Grecs en choisirent autant de leur part, et ils conféraient ensemble deux fois la semaine, dans l'église de Saint-François.

La première de ces conférences particulières eut lieu le 4 juin…
A suivre : Conférence particulière sur le purgatoire, où l’on se trouve d’accord.

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Message  Louis Lun 27 Avr 2015, 4:24 pm

Conférence particulière sur le purgatoire,
où l’on se trouve d’accord.

La première de ces conférences particulières eut lieu le 4 juin. Les Latins proposèrent la question du purgatoire et exposèrent ainsi la doctrine de l'Église romaine :


« Les âmes des justes, qui sont pures et sans tache, vont droit au ciel et jouissent immédiatement de la vue de Dieu; mais celles qui décèdent avec des péchés véniels, ou n'ont pas satisfait pleinement pour des péchés mortels déjà remis, sont purifiées par le feu, soulagées ou délivrées par les prières, les aumônes et les suffrages de l'Église, Quant à ceux qui meurent en péché mortel et sans pénitence, ils sont aussitôt envoyés en enfer. » Les Latins appuyèrent cette doctrine de plusieurs passages de l'Écriture et des Pères.


Marc d'Éphèse répondit alors au nom des Grecs :


« Tout ce que vous avez dit, et les témoignages des saints que vous avez lus, l'Église grecque les embrasse et les lit ; sur cet article il y a peu de différence entre nous. Mais nous vous prions de nous donner votre sentiment par écrit ; nous y répondrons de même. »


Les Latins eurent une grande joie d'entendre ces paroles et en rendirent grâces à Dieu. Ainsi se termina la première conférence. Les suivantes roulèrent, non sur la substance du dogme, où l'on se trouvait d'accord, mais sur des questions théologiques. Par exemple les Grecs admettaient que les âmes du purgatoire sont purifiées par la tristesse et d'autres peines et soulagées par les prières de l'Église ; mais ils ne convenaient pas qu'elles souffrissent d'un feu proprement dit, comme celui de l'enfer. On discuta encore sur ce que la résurrection des corps ajouterait à la gloire des saints et au supplice des réprouvés.

Cependant les Grecs s'ennuyèrent d'attendre les autres prélats latins, particulièrement ceux de Bâle, dont aucun ne vint au temps marqué. De plus la peste survint à Ferrare, et Denys, évêque de Sardes, vicaire du patriarche de Jérusalem, en mourut. Enfin les quatre mois de surséance étant écoulés…

A suivre : Première et seconde session, etc. Les Latins cherchent à entamer la question du Filioque; le  Grec Marc d'Éphèse cherche à l'esquiver par des questions préjudicielles.

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Message  Louis Mar 28 Avr 2015, 11:29 am

Première et seconde session, etc.
Les Latins cherchent à entamer la question du Filioque;
le Grec Marc d'Éphèse cherche à l'esquiver par des questions préjudicielles.

…Enfin les quatre mois de surséance étant écoulés, on résolut de commencer les sessions du concile, et la première se tint le 8 octobre de la même année 1438.

Ce ne fut pas dans l'église cathédrale, mais dans la chapelle du palais où logeait le Pape, parce qu'il était malade. Pour porter la parole on avait choisi, de la part des Grecs, trois prélats : Marc, métropolitain d'Éphèse ; Isidore de Russie et Bessarion de Nicée; Xantopule, grand-sacristain de Constantinople ; Michel Balsamon, garde des archives, et Georges Gémiste ; et, de la part des Latins, le cardinal Julien Césarini, le saint cardinal Nicolas Albergati; André, archevêque de Rhodes; Jean, évêque de Forli, et deux moines, docteurs en théologie. Bessarion fit en grec une harangue qui nous a été conservée tout entière. Après avoir marqué la joie que devaient ressentir tous les fidèles dans l'espérance de voir bientôt réunis les membres divisés de l'Église, il loue beaucoup le Pape, l'empereur et le patriarche du zèle avec lequel ils voulaient contribuer à la paix et les exhorte à persévérer courageusement jusqu’à la fin. Il parla jusqu'au soir, et la session fut remise au samedi suivant.

Entre les deux rangs de ceux qui devaient porter la parole se voyait, sur un petit siège, Nicolas Secondin, de l'île de Négrepont, qui traduisit sur-le-champ, avec une facilité et une fidélité prodigieuses, en latin ce qu'on venait de dire en grec et en grec ce qu'on venait de dire en latin.

Dans la seconde session, qui fut célébrée le 11 octobre, André, archevêque de Rhodes ou de Colosse, traita en latin le même sujet que Bessarion, et aussi longuement, en sorte que son discours ne finit qu'avec la fin de la séance, qui fut ajournée au mardi d'après. Cependant on examina l'ordre qu'on observerait dans la discussion, quelle matière on y traiterait, et qui des Latins ou des Grecs commencerait; si l'on userait de demandes et de réponses ou si ce serait en faisant des dissertations de part et d'autre. On convint qu'on se servirait de la méthode dialectique, el les Grecs furent nommés pour commencer la discussion dans la session troisième.

Elle se tint le mardi 14 octobre, et Marc d'Éphèse, ayant parlé de la charité que l'on devait garder dans les discussions, fit entendre qu'il commencerait à parler de l'addition faite au Symbole du mot Filioque. André de Rhodes répondit, de la part des Latins, qu'ils priaient les Grecs d'avoir pour eux la même affection réciproque, et que, s'il lui échappais quelque expression un peu dure, on l'attribuât plutôt au sujet de la discussion qu'aux personnes qui discutaient. Il voulut ensuite entrer en matière sur l'addition du mot Filioque mais Marc d'Éphèse l'arrêta en lui disant qu'il n'était pas encore temps de répondre sur cet article, et, après avoir insinué que l'Église romaine avait négligé par le passé la paix qu'elle souhaitait à présent, il dit que cette paix ne pouvait se faire si l'on n'ôtait entièrement les principes de la discorde. Il finit par demander qu'avant de rien faire on lût les définitions des conciles précédents.

« Premièrement, dit-il, lisons les définitions des saints Pères…

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Message  Louis Mer 29 Avr 2015, 10:38 am

Première et seconde session, etc.
Les Latins cherchent à entamer la question du Filioque;
le Grec Marc d'Éphèse cherche à l'esquiver par des questions préjudicielles.


(suite)

« Premièrement, dit-il, [Marc d'Éphèse] lisons les définitions des saints Pères, si le temps nous le permet, afin que nous puissions faire voir que nous pensons et que nous parlons comme eux. C'est ce que nous croyons absolument nécessaire avant que d'entrer en matière et de commencer la discussion. »

André de Rhodes répondit à son discours, qu'il réduisit à cinq chefs, et dit à Marc d'Éphèse :

« J'admire comment vous avez oublié la sollicitude que l'Eglise romaine a toujours eue pour l'Église orientale ; elle a été telle que jamais il ne s'y élève une hérésie quelconque sans qu'elle travaille à y porter remède, soit par ses lettres, soit par ses légats, soit par tous autres moyens. Car vous vous souvenez que Sylvestre présida au concile de Nicée et aux autres, sinon par lui-même, du moins par ses légats. Et si les empereurs ont aidé aux Pontifes romains, cela n'est pas étonnant ; depuis que le lien de la paix a été rompu, les Pontifes romains n'ont point cessé d'exhorter les empereurs et les autres Orientaux à revenir à la paix par l'obéissance. Or, quoique ce que je vais dire semble dur, je vous prie de l'écouter sans trouble.

Si c'est nous qui n'avons pas gardé la paix, quand est-ce que vous autres l'avez demandée? Quand est-ce que vous avez réclamé cette dilection que vous nous reprochez d'avoir abandonnée ? Quand est-ce que vous avez envoyé des ambassadeurs à ce sujet ?

Pour ce que vous dites aujourd'hui que l'Église romaine a appelé la paix, cela est véritable, témoin le bienheureux Pape qui a consacré de grandes sommes à cette affaire et envoyé souvent des légats. Que si vous aviez cherché cette dilection auparavant, vous l'auriez trouvée comme aujourd'hui, témoin le Pape Grégoire, qui envoya des légations à l'empereur, au patriarche et aux Orientaux, célébra le concile de Lyon et y conclut l'affaire de l'union qui se fit alors. Vous n'avez donc pas de quoi accuser l'Église romaine touchant la charité, qui, soit dit sans vous offenser, demeure et demeurera toujours en elle. »

Marc d'Éphèse convint que la charité de l'Église romaine était véritable ; mais il conclut que, pour cela même, elle devait ôter la cause de la division, l'addition au Symbole.

André de Rhodes lui fit observer avec beaucoup de justesse que ce n'était pas une cause de division, puisque la paix avait subsisté longtemps et s'était rétablie plusieurs fois sans que cette addition eût été ôtée. Enfin il s'offrit de prouver deux choses : 1° que ce n'était pas une addition ; 2° que, en fût-elle une, elle était juste et nécessaire.

La quatrième session (15 octobre) se passa tout entière à disputer sur la manière de procéder ; on remit la décision à une commission de six membres. Dans la session du lendemain on lut les définitions des conciles de Nicée, d'Éphèse, de Chalcédoine et autres, le tout pour conclure, de la part des Grecs, que ces conciles avaient défendu de faire aucune addition au Symbole.

Dans la session sixième…
A suivre : Dans la session sixième et les suivantes, les Latins, notamment André, archevêque de Colosse, traitent à fond et admirablement bien la question du Filioque et de la procession du Saint-Esprit.

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Message  Louis Jeu 30 Avr 2015, 1:14 pm

Dans la session sixième et les suivantes, les Latins,
notamment André, archevêque de Colosse,
traitent à fond et admirablement bien
la question du Filioque et de la procession du Saint-Esprit.

Dans la session sixième (20 octobre) on convint de ne point parler du huitième concile général, attendu que les catholiques reconnaissaient pour tel celui où Photius fut condamné, tandis que Marc d'Ephèse entendait sous ce nom le concile où Photius fut rétabli.

Ensuite André de Rhodes commença un long discours où il fît voir que ce mot Filioque n'est ni une addition ni un changements, mais une simple explication, une simple conséquence tirée de son principe. Il le prouve par les Pères grecs, notamment par saint Chrysostome, qui dit :


« Tout ce qu'a le Père, le Fils le possède aussi, excepté la paternité. Ce que le Fils de Dieu dit positivement dans l'Evangile : «. Tout ce qu'a le Père est à moi. »


D'où il suit que, si le Père est le principe d'où procède le Saint-Esprit, le Fils est aussi nécessairement le même principe. Ce n'est donc qu'une de ces explications, comme le deuxième concile en inséra plusieurs au Symbole du premier. D'ailleurs, quand le sens est le même, il ne faut pas s'inquiéter des paroles. C'est ce qu'enseigne votre docteur Grégoire Palamas, que vous estimez beaucoup, quand il dit :


« Je me soucie peu des expressions ; car ce n'est pas dans les mots, mais dans les choses, que consiste la piété, suivant Grégoire le Théologien; ce sont les dogmes et les choses que j'ai à cœur, et, si quelqu'un s'accorde dans la chose, je ne dispute pas des mots. »


Enfin, comme il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême, il n'y a aussi qu'une Église, qui est toujours la même. Si donc elle a pu, dans un temps, ajouter quelque explication au Symbole, elle le pourra également dans un autre, d'autant plus que le Seigneur a promis d'être avec elle tous les jours jusqu'à la consommation des siècles.»

Ayant ainsi constaté sommairement que…  

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Message  Louis Ven 01 Mai 2015, 1:12 pm

Dans la session sixième et les suivantes, les Latins,
notamment André, archevêque de Colosse,
traitent à fond et admirablement bien
la question du Filioque et de la procession du Saint-Esprit.


(suite)

Ayant ainsi constaté sommairement que le mot Filioque n'était pas une addition, mais une explication orthodoxe, et que, fût-ce une addition proprement dite, l'Église avait pouvoir de la faire, l'archevêque de Rhodes annonce, dans la session suivante, qu'il lui reste à prouver que c'est un dogme vrai et nécessaire et que tout chrétien doit tenir ; mais auparavant il répondra aux objections des Grecs. C'étaient les conciles généraux qui défendaient de composer une autre créance ; mais ces conciles s'expliquent assez par eux-mêmes. Ceux qui viennent après les autres disent toujours que les définitions précédentes suffiraient si tout le monde voulait bien les entendre, mais que les chicanes des hérétiques obligent de donner des définitions ou déclarations contre de nouvelles erreurs.

Il y a plus : Marc d'Éphèse convenait que le Symbole de Nicée et de Constantinople était le même; cependant le concile de Constantinople y avait ajouté des lignes entières. On ne pouvait donc faire un crime à l'Église romaine d'avoir ajouté un mot pour expliquer un dogme vrai et nécessaire : « Vrai, comme on le voit par les Pères latins et grecs, entre autres par Siméon Métaphraste que vous lisez tous les jours dans vos églises, par Anastase le Sinaïte et saint Épiphane ; nécessaire, non-seulement parce qu'il est vrai, mais à cause des circonstances dans lesquelles l'explication en a été ajoutée au Symbole par l'Église romaine, Église qui en a le pouvoir. Car votre docteur Étienne, que vous appelez le nouveau martyr, c'est saint Étienne d'Auxence, disait aux hérétiques assemblés à Constantinople : « Comment osez-vous convoquer un synode et tenir votre assemblée illégitime sans la présence du souverain Pontife des Romains ou d'un autre qui tienne sa place? »

Paroles qui montrent bien que la présence du Pontife romain est nécessaire, mais non celle des autres. »

Dans la huitième et neuvième session (ler et 4 novembre), Bessarion, métropolitain de Nicée, répondit de la part des Grecs à l'archevêque de Rhodes ou de Colosse. Voici la substance de sa longue argumentation, où il recommande toutefois beaucoup la brièveté :

Il n'est plus permis de faire au Symbole aucune addition quelconque, fût-elle la vérité même. Cela était permis d'abord, puisque le deuxième concile a fait des additions au Symbole du premier ; mais le troisième concile l'a défendu, non-seulement à des particuliers, mais encore, suivant nous, aux conciles généraux et à l'Église universelle. Ce qui suppose qu'après le troisième concile, celui d'Éphèse, l'Église n'avait plus le même pouvoir qu'auparavant et qu'ainsi elle n'était plus la même; ce qui suppose au concile œcuménique d'Éphèse une intention absurde et impossible ; car il est impossible et absurde qu'un législateur entende s'ôter à lui-même le pouvoir d'ajouter jamais à une loi qu'il vient de publier un seul mot explicatif, que des circonstances ultérieures pourront rendre utile ou nécessaire.

L'archevêque de Nicée finit son discours…

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Message  Louis Sam 02 Mai 2015, 12:19 pm

Dans la session sixième et les suivantes, les Latins,
notamment André, archevêque de Colosse,
traitent à fond et admirablement bien
la question du Filioque et de la procession du Saint-Esprit.


(suite)

L'archevêque de Nicée finit son discours L'archevêque de Nicée finit son discours par poser cette question : « La défense du troisième concile, de rien ajouter ou retrancher, regarde-t-elle le Symbole, ou non ? »

Les six orateurs latins s'étant consultés entre eux et avec les cardinaux, et ayant pris les ordres du Pape, le cardinal Julien dit ; « Cette sainte assemblée a ouï ce que vous avez allégué aujourd'hui et avant-hier; mais nous étions convenus que les discours se communiqueraient par écrit. C'est pourquoi, pour observer cette forme, les écrivains collationneront leurs écritures, et, à la prochaine réunion, vous recevrez une pleine et pertinente réponse. Quant à votre question, nous y répondons en cette manière :

D'après votre propre exposition du troisième concile, les Pères y lurent le Symbole de Nicée, l'épître de saint Cyrille à Nestorius, les blasphèmes de Nestorius, son symbole, celui de Taraise, les autorités des autres saints, avec quelques définitions de la foi. Puis viennent ces paroles : « Qu'il ne soit permis à personne de proférer ou d'exposer une autre foi, etc., que ce qui a été exposé par les Pères de Nicée. » Nous disons que la défense se rapporte à tout ce qui a été exposé à Nicée, non pas plus au Symbole qu'aux autres définitions. Mais nous prions les Pères d'écouter avec patience quelque chose que l'archevêque de Colosse aurait à leur dire. »

Comme le discours de Bessarion avait rempli deux séances, l'archevêque de Colosse eut à cœur de bien ramener l'état de la question.

« Votre problème était : Comment la sainte Église romaine a-t-elle fait une chose défendue? A cela j'ai dit que ce n'était pas une addition, que ce n'était pas défendu, que c'était vrai, que c'était nécessaire, que c'était une vérité manifeste dans l'Église de Dieu, et que cela devait se faire par le Pontife romain, que ces affaires regardent spécialement. D'où j'ai conclu qu'il était tout à fait loisible à l'Église romaine de faire cette déclaration. Mais en répétant ce que j'ai dit vous n'en avez observé ni l'ordre ni le sens. Par exemple, je me suis servi de cet argument : « Nulle explication ou déclaration de quelque parole n'est une addition ; or, dire que le Saint-Esprit procède du Fils, c'est une explication de ce qui est contenu dans ce qui précède; donc ce n'est pas une addition. » Vous, au contraire, vous me faites dire : « Toute addition se fait de dehors; donc une exposition n'est pas une addition. » L'archevêque de Colosse prouve sa mineure par ce syllogisme : « Tout ce qu'a le Père, le Fils l'a; or le Père a que l'Esprit procède de lui; donc le Fils l'a aussi. Vous admettez les prémisses, qui sont de l'Évangile; il faut donc aussi admettre la conclusion. »

L'archevêque la prouve d'ailleurs par des passages de saint Épiphane, qui dit expressément que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.

Voilà ce que l'archevêque de Colosse ou de Rhodes dit à la fin de la neuvième session, d'après les actes latins recueillis par Horace Justiniani, bibliothécaire en chef du Vatican. On voit que l'archevêque de Colosse ne se laissait pas dérouter par les longs discours. Or voici maintenant à ce sujet une curiosité historique.

Le continuateur de Fleury…
A suivre : Le continuateur de Fleury altère les faits pour déprécier les Latins, tandis que le célèbre Bessarion, archevêque de Nicée, les admire.

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Message  Louis Dim 03 Mai 2015, 12:14 pm

Le continuateur de Fleury
altère les faits pour déprécier les Latins,
tandis que le célèbre Bessarion, archevêque de Nicée,
les admire.

Le continuateur de Fleury, l'Oratorien Fabre, année 1438, nº 49, dit, en parlant du concile de Ferrare : « Tout ce que nous dirons de ce concile est tiré des actes qu'en a recueillis Horace Justiniani, premier bibliothécaire du Vatican, et qu'on a imprimés à Rome en 1630. »

Or, sur la même année, n° 99, ce même continuateur résume ainsi la fin de la neuvième session ; « Après que Bessarion eut fini son discours, ceux des Latins choisis pour la dispute, avec tous les cardinaux et quelques autres, s'approchèrent du Pape et s'assirent auprès de lui, après avoir délibéré quelque temps, et, quoiqu'il fût nécessaire de répondre au discours de Bessarion, cependant aucun ne le fit; il n'y eut qu'André de Colosse ou de Rhodes qui osa l'entreprendre; mais, comme il n'était pas préparé, les actes disent qu'il battit la campagne et qu'il s'écarta beaucoup de son sujet.

Enfin, après avoir dit plusieurs choses inutiles, il tomba sur le fond du dogme, mais d'une manière si vague que le secrétaire qui écrivait ces disputes dit qu'il n'a pas cru qu'il fût à propos de les rapporter, d'autant plus que ce n'était pas le dessein des Grecs d'y répondre. »

Voilà comment l'Oratorien Fabre, après avoir promis de ne rien dire que d'après les actes du Vatican, dit tout le contraire. Quel est ce mystère ? Fabre était janséniste, et tous les sectaires sont parents. En conséquence, sans en prévenir son lecteur, il suit ici l'histoire, altérée ou non, d'un Grec.

Quant à l'orateur grec des deux séances, Bessarion de Nicée, il est loin de nous donner une si chétive idée des Latins. Voici comment il en parle, au sujet de ces mêmes conférences, dans une lettre à Alexis Lascaris :


« Les Latins sont si studieux et si diligents dans tous leurs actes, comme vous l'avez éprouvé vous-même, que non-seulement dans les choses divines, mais encore dans les choses humaines et civiles, rien ne leur échappe des anciens gestes ou écrits. C'est pourquoi, dans chaque ville, vous trouverez dans leurs archives beaucoup d'écrits sur leur ancienne histoire. La même chose s'observe dans l'Église catholique et dans les lieux de piété ; il y existe beaucoup d'actes de Pontifes, beaucoup d'épîtres et de canons de conciles. C'est de là qu'ils nous ont produit, sur un très-ancien parchemin, une lettre du Pape Libère au bienheureux Athanase (1) »  


C'est ainsi que le plus savant des Grecs parle de la science commune des Latins au concile de Ferrare et de Florence.  

Dans la dixième session…

_______________________________________________

(1). Labbe, t. 13, col. 1238.
A suivre : Dans les sessions dix, onze et douze, les orateurs latins, surtout le cardinal Julien Césarini, traitent la question du Saint-Esprit et réfutent les objections des Grecs avec un génie aussi merveilleux qu'il est peu connu.

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Message  Louis Lun 04 Mai 2015, 1:18 pm


Dans les sessions dix, onze et douze, les orateurs latins,
surtout le cardinal Julien Césarini,
traitent la question du Saint-Esprit
et réfutent les objections des Grecs
avec un génie aussi merveilleux qu'il est peu connu.


Dans la dixième session (8 novembre) Jean, évêque de Forli, répondit au long discours de Bessarion. Le point principal de la controverse pour les Grecs était de dire : « Le mot Filioque est une addition de dehors; donc elle est justement défendue, et, fût-ce la vérité même, il n'est pas permis de l'ajouter. »

L'évêque de Forli répond :

« Nous disons tout nettement le contraire, niant que ce soit une addition proprement dite, niant qu'elle soit défendue, et nous le démontrons par les paroles des saints et par des explications faciles. Que ce ne soit pas une addition, l'ensemble des deux Testaments en est une preuve. Les Pères nous disent que le Nouveau Testament est une évolution de l'Ancien Testament, et non pas une addition. « Les temps ont varié, dit saint Augustin, mais non la foi, qui est la même chez les ancêtres et chez les descendants.»

Cela se voit encore dans le développement progressif des articles de la foi. Il est dit à Abraham : « Toutes les nations seront bénies dans votre race. »

Vient ensuite une explication plus grande dans Isaïe : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un Fils qui sera nommé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. »

Enfin, quand la Vierge demande de quelle manière, une explication plus grande encore lui est donnée :« L'Esprit-Saint viendra sur vous. » La même chose est arrivée pour l'article du Saint-Esprit.

Au temps des apôtres l'Eglise le professait en ces termes : Je crois au Saint-Esprit. Lorsque ensuite elle dit dans le concile : Qui procède du Père, ce ne fut pas une addition d'un article nouveau, mais une explication plus claire du même.

Pareillement, lorsque plus tard on l'expliqua par ces mots : Et du Fils, on n'ajouta point un nouvel article, mais on fit du même une détermination plus précise. »

Ces idées nous paraissent aussi justes que grandes et profondes. Les Latins, on le voit, entraient tout d'abord dans le fond même de la question, tandis que les Grecs se tenaient toujours à la surface des mots.

L'évêque de Forli montra ensuite, et par la nature de la chose, et par l'exemple des Pères et des conciles eux-mêmes, que, quand ils défendaient de rien ajouter à la foi, ils entendaient rien de contraire, ou rien de divers, mais nullement des explications orthodoxes, même au Symbole, lorsqu'elles y étaient insérées par l'autorité compétente.

Dans la même session ou dans la suivante car le collecteur grec les distingue tandis que le latin les réunit…

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Message  Louis Mar 05 Mai 2015, 12:40 pm


Dans les sessions dix, onze et douze, les orateurs latins,
surtout le cardinal Julien Césarini,
traitent la question du Saint-Esprit
et réfutent les objections des Grecs
avec un génie aussi merveilleux qu'il est peu connu.


(suite)

Dans la même session ou dans la suivante car le collecteur grec les distingue tandis que le latin les réunit, le cardinal Julien demanda la permission de faire quelques observations simples et faciles à comprendre, non-seulement pour les théologiens, mais encore pour le commun des laïques, et qui cependant pourraient éclaircir tous les doutes.

L'empereur l'ayant invité à parler, le cardinal dit :

« Pour en venir à la racine même de la difficulté, il est question de la défense portée par le concile d'Ephèse en ces termes : « Qu'il ne soit permis à personne de proférer, ou d'écrire, ou de composer, ou de croire une autre foi que celle de Nicée. » Nous disons que ces paroles doivent s'entendre en ce sens qu'il n'est permis à personne de dire rien de contraire à la foi de Nicée. » Vous dites qu'il faut les entendre non-seulement d'une foi autre et contraire, mais de toute explication, exposition ou addition, et qu'il est interdit par cette défense d'insérer dans le Symbole aucune exposition ni explication quelle qu'elle puisse être. Or les jurisconsultes nous disent qu'on ne peut bien comprendre une loi si on ne la considère pas tout entière. Pour l'intelligence de cette affaire il faut donc examiner ce qui a procédé cette loi. Or on voit par les actes du concile d'Éphèse que le prêtre Carisius y lut deux professions de foi, la sienne et celle de deux Nestoriens ; le concile approuva la sienne, comme conforme à celle de Nicée, quoique conçue en d'autres termes, et il condamna celle des Nestoriens comme y étant contraire. Ce qui montre évidemment que l'intention du concile était de ne défendre que ce qui est contraire à la foi de Nicée.

« En second lieu ce concile a défendu à qui que ce soit non-seulement de proférer, d'écrire, etc., mais encore de croire ou de penser autrement que ne porte la foi de Nicée. Si je vous demandais : Croyez-vous au fond de votre cœur que Dieu soit éternel! vous répondriez sans doute affirmativement. Or quelqu'un pourrait dire que par là vous êtes soumis à l'anathème, parce que cela n'est pas contenu dans le Symbole, et que vous croyez autrement que le Symbole ne porte. On en peut dire autant de vérités sans nombre. »

A coup sûr on ne pouvait réfuter les Grecs d'une manière à la fois plus simple, plus spirituelle et plus péremptoire…

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Message  Louis Mer 06 Mai 2015, 12:03 pm


Dans les sessions dix, onze et douze, les orateurs latins,
surtout le cardinal Julien Césarini,
traitent la question du Saint-Esprit
et réfutent les objections des Grecs
avec un génie aussi merveilleux qu'il est peu connu.


(suite)

A coup sûr on ne pouvait réfuter les Grecs d'une manière à la fois plus simple, plus spirituelle et plus péremptoire. Pour se tirer de là ils allèrent jusqu'à cette subtilité incroyable qu'il était permis à chaque particulier d'exposer sa foi de la manière qu'il jugerait à propos, mais que cela n'était point permis à l'Église catholique. Le cardinal les réfute encore de même.

« Quant à ce que vous dites qu'il est permis aux personnes privées de faire par leur autorité propre des expositions et des déclarations comme il leur plaît, mais que cela n'est pas permis à l'Église catholique, moi je dis que c'est contraire aux paroles du concile ; car on lit au commencement : « Il ne sera permis à personne, etc., » et à la fin : « Si c'est un évêque ou un clerc ils seront déposés ; si c'est un laïque il sera excommunié. » Il est donc incontestable que la défense s'adresse à tous en général et à chacun en particulier, évêques, clercs et laïques. Si donc il faut entendre cette défense comme vous faites, il y aura bien des chrétiens sous l'anathème, peut-être tous.»

« Le cardinal termina par le trait suivant, qui ne décèle pas moins de génie :

« Vous savez qu'Eutychès fut condamné dans un concile de Constantinople par Flavien; qu'ensuite se tint le concile d'Éphèse, qui a été réprouvé, auquel présida tyranniquement Dioscore et assista Eutychès. Celui-ci, pour plaider sa cause et montrer qu'il n'avait point erré, récita sa foi, c'est-à-dire le Symbole de Nicée, mot à mot, et dit ensuite : « Telle est la foi des Pères, dans laquelle je veux vivre et mourir. » Mais comme la foi de Nicée a été confirmée par le concile d'Éphèse, qui défendit de proférer une autre foi que cette première, d'y ajouter ou d'en retrancher quoi que ce soit, Eutychès disait : « Je tiens la foi orthodoxe, mais Flavien ne la tient pas, puisqu'il soutient que le Christ est de deux natures et en deux natures, tandis que, dans le Symbole de Nicée, il n'est pas dit que le Christ ait deux natures ou qu'il soit de deux natures. » Eutychès détruisait ce grand mystère de la piété jusqu'à en proscrire les termes. Ce qu'entendant Eusèbe de Dorylée il s'écria : « Vous avez menti, nul canon ne l'a déterminé. » Dioscore répondit : « Comment ! nul canon ? Voici deux exemplaires ; dans tous deux on lit qu'il n'est pas permis d'ajouter rien au Symbole. »

« Ces choses ont été lues au concile de Chalcédoine, qui ne dit rien contre Eusèbe de Dorylée, mais le reçut et l'embrassa. Plus loin Dioscore prononce la sentence contre Flavien et dit qu'il le prive de l'épiscopat parce qu'il a violé le décret d'Éphèse ordonnant de déposer l'évêque ou le clerc qui ajouterait à la foi de Nicée. Or, quand on lut cette partie des actes à Chalcédoine, tout le concile s'écria : « Anathème à Dioscore parce qu'il a mal jugé ! »

« Le concile cassa donc tout ce qu'on avait fait contre Flavien et décida que Flavien n'avait agi ni contre le concile de Nicée ni contre celui d'Ephèse en disant que Jésus-Christ avait deux natures, parce que, si ces paroles ne sont pas textuellement dans le Symbole de Nicée, elles n'y sont pas contraires, mais renfermées virtuellement. Aucun exemple ne me paraît plus propre à éclaircir la question. Je conclus donc que la défense du concile d'Éphèse s'applique à ceux qui tiennent une foi contraire à celle de Nicée, ou diverse, ou qui font des changements à l'Écriture sainte et au Symbole de Nicée.»

« Voilà ce qui, d'après mon faible jugement, peut éclaircir tous les doutes…

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Message  Louis Jeu 07 Mai 2015, 11:22 am


Dans les sessions dix, onze et douze, les orateurs latins,
surtout le cardinal Julien Césarini,
traitent la question du Saint-Esprit
et réfutent les objections des Grecs
avec un génie aussi merveilleux qu'il est peu connu.


(suite)

« Voilà ce qui, d'après mon faible jugement, peut éclaircir tous les doutes. S'il n'en est pas ainsi je désire être redressé par vous. C'est pourquoi, comme l'Église latine dit qu'elle n'a rien ajouté ni contre la vérité, ni contre la sainte Écriture, ni contre le Symbole de Nicée, ni contre les définitions d'autres conciles, il serait convenable de laisser cette question, s'il est permis ou non, et de passer à cette autre : Est-il vrai que le Saint-Esprit procède du Fils ? Que si vous pouvez démontrer qu'il n'en procède pas, je conviendrai sans détour que c'est une addition, et qu'il n'a point été loisible à la sainte Église romaine d'ajouter ce qui est contraire à la vraie foi ; mais, si vous ne pouvez démontrer que cela est faux, si, au contraire, on démontre que c'est utile et vrai, alors il faudra bien accorder qu'on a pu l'expliquer dans le Symbole, et la paix sera faite de part et d'autre. Voilà ce que j'ai pu dire, le soumettant à la correction de notre bienheureux Père et seigneur, ainsi que du sérénissime empereur et des autres révérendissimes Pères. »

A ces mots Bessarion, archevêque de Nicée, fît compliment au cardinal sur tout ce qu'il venait de dire et annonça la réponse des Grecs pour les séances suivantes. Ces remarquables détails sont tirés textuellement des actes grecs du concile.

La douzième session (15 novembre) se passa tout entière, de la part de Marc d'Éphèse, à incidenter sur l'affaire de Carisius et d'autres accessoires, essayant, par une foule de petites questions captieuses, à dérouter, à surprendre le cardinal Julien, sans pouvoir y réussir. Au contraire le cardinal releva une contradiction flagrante dans la réponse écrite des Grecs. Ceux-ci soutenaient que, d'après le concile d’Éphèse, il était permis à tous les particuliers d'exposer leur foi en tels termes qu'ils voulaient, et en même temps, suivant leur interprétation, ce même concile le défendait aux évêques, aux clercs et aux laïques, c'est-à-dire à tout le monde (1).

Il fit encore cette observation : « Vous avez dit bien des fois que la défense de rien ajouter n'existait pas avant le troisième concile ; pour moi je pense qu'elle est plus ancienne. Le Pape saint Célestin écrivait, avant la tenue de ce concile : « Nous lisons dans nos livres qu'il ne faut rien ajouter ni retrancher.» Et bien longtemps avant Célestin, quelqu'un disait : « Ne transportez pas les bornes anciennes qu'ont posées vos pères. » C'est Salomon ou plutôt l'Esprit de Dieu. Plus haut que Salomon Moïse s'écriait : « Maudit quiconque transporte les bornes éternelles ! maudit qui transporte les bornes de ses pères  (2) ! »

Dans la treizième session…

________________________________________________

(1). Mansi, t. 31, col. 667, E. — (2). Id.  ibid.  col.   680 et 681.
A suivre : Arrivée des ambassadeurs du duc de Bourgogne. Prodigieuse présence d'esprit avec laquelle le cardinal Julien répond à un très-long discours de Marc d'Éphèse.

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Message  Louis Ven 08 Mai 2015, 1:33 pm


Arrivée des ambassadeurs du duc de Bourgogne.
Prodigieuse présence d'esprit avec laquelle le cardinal Julien
répond à un très-long discours de Marc d'Éphèse.

 Dans la treizième session (27 novembre) on reçut les ambassadeurs du duc de Bourgogne ; ils présentèrent leurs respects au Pape, puis allèrent à leur place sans saluer l'empereur grec ; ce qui le piqua tellement qu'il menaça de quitter le concile avec tous les siens si on ne lui faisait réparation de cette insulte. Le Pape et le patriarche eurent bien de la peine à calmer cette affaire. Dans la session suivante (4 décembre) les ambassadeurs saluèrent l'empereur, mais d'une manière qui pouvait paraître une nouvelle offense. L'empereur dissimula pour le bien de la paix.

Après cet incident Marc d'Éphèse, reprenant ses arguties, fit un très-long discours dans l'espérance que personne ne pourrait y répondre ; à l'instant même le cardinal Julien prit la parole et dit entre autres paroles ; « Si vous me proposez dix chapitres je vous en rendrai dix mille. » Et de fait il divisa le long discours de son antagoniste en vingt-huit points, et les réfuta l'un après l'autre avec une telle abondance de preuves et de paroles que Marc d'Ephèse ne trouva point où placer un mot. Ce fut dans ces dernières conférences que le cardinal produisit un ancien exemplaire d'une lettre du Pape Libère à saint Athanase, qu'il venait de recevoir de Vérone, et dans laquelle on lisait que le concile de Nicée lui-même avait défendu de rien ajouter, retrancher ou changer au Symbole, sous peine de déposition contre les évêques et les clercs, d'anathème contre les moines et les laïques; en sorte que la prétention des Grecs, que cette défense n'existait que depuis le troisième concile, se trouvait ruinée une fois de plus (1). Cette lettre fit une grande impression sur Bessarion de Nicée (2).

Les Grecs, voyant que les Latins ne se rendaient point aux longs discours…


A suivre : Les Grecs se découragent, parce que, suivant Bessarion, ils ne s'étaient pas attendus à tant de science et d'esprit de la part des Latins.
________________________________________________________

(1) Labbe, t. 13, col.  1010 et 1011. — (2). Id., ibid., col. 1238.

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Message  Louis Sam 09 Mai 2015, 1:55 pm

Les Grecs se découragent,
parce que, suivant Bessarion,
ils ne s'étaient pas attendus à
tant de science et d'esprit de la part des Latins.

 Les Grecs, voyant que les Latins ne se rendaient point aux longs discours, commencèrent à s'ennuyer et parlaient de retourner à Constantinople ; l'empereur ranima leur courage. Les Grecs auraient voulu une fin à ces longues disputes ; les Latins répondaient que pour cela il fallait examiner le fonds même de la question, si le Saint-Esprit procède du Fils aussi bien que du Père ; car cette parole : du Fils, Filioque , une fois mise dans le Symbole, ne pouvait en être ôtée si l'on ne montrait auparavant que c'est un blasphème.

Marc d'Éphèse disait : « Qu'on l'ôte du Symbole et qu'on la mette dans une définition. »

Mais le cardinal Julien répliquait : « Qu'on l'examine, mon Père, qu'on l'examine ! Si cette parole : du Fils, se trouve un blasphème, elle ne doit être ni dans le Symbole ni ailleurs, car un blasphème n'est jamais à dire; si, au contraire c'est une parole de piété, il faut la recevoir partout, et elle est souverainement nécessaire dans le Symbole (1). » Voilà ce qu'on lit clans le collecteur grec.

Mais Bessarion, archevêque de Nicée, nous révèle le véritable état des esprits et des affaires dans sa lettre déjà citée à Lascaris. Voici ses paroles :

« Les Latins ayant dit ces choses et autres semblables, comme nous n'avions rien à y répondre (car que dire impudemment contre une telle vérité?), nous gardions le silence. Les Latins, au contraire, après avoir prouvé qu'il est permis d'ajouter une vérité au Symbole, promettaient encore de prouver que le dogme ajouté au Symbole était vrai, savoir que l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils; mais les nôtres, vaincus dans un premier combat, craignaient d'en subir un second, et il leur arriva ce que j'avais prévu dès le commencement lorsque je les empêchais de commencer par cette question.

« Ils craignaient donc et ne voulaient absolument point demeurer davantage; mais chacun désirait s'en retourner chez soi. « Retournons, retournons! » s'écriaient-ils sans cesse. Interrogés pourquoi ils ne pouvaient le dire.

« Que dirons-nous donc aux Latins lorsqu'ils nous demanderont pourquoi ce départ au milieu du combat ou plutôt au commencement? Car ce qu'on a dit jusqu'à présent sur ce qu'il n'est pas permis de rien ajouter ne touche pas seulement à la question.  Pourquoi donc s'en retourner sans avoir même commencé ? »

A cela ils ne savaient que dire ; mais ils criaient sans raison aucune : « Retournons, retournons! » Ils disaient aussi entre eux avoir appris que les Latins étaient en état de produire de nombreuses autorités des Pères occidentaux pour prouver clairement que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.

« Qu'y répondrons-nous? Partons, retournons, allons-nous-en! Attendez-vous la sentence des Pères et des docteurs? Puisque, disent-ils, les Latins ont à produire plusieurs autorités de saints auxquelles nous n'avons rien à répondre, allons-nous-en d'eux. »  

A peine le sentiment de ce qu'il y avait d'absurde dans leur projet, ainsi que les discours de l'empereur, purent-ils leur faire prendre la résolution de demeurer (1). »

Cependant, la peste s'étant déclarée à Ferrare…

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(1) Mansi, t. 31, col. 691. (1) Labbe, t.13, col. 1239.
A suivre : Le Concile transféré à Florence à cause de la peste.

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