Pierre Cauchon : Lettre adressée au Pape avec un postcriptum au Sacré Collège.

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Message  Louis Mer 02 Mai 2012, 8:40 pm

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Pierre Cauchon : Lettre adressée au Pape avec un postcriptum au Sacré Collège.

Ayroles, tome I, pp. 178-182 a écrit:La dernière page du triste et glorieux monument tel que nous l'a transmis Cauchon, c'est la lettre suivante adressée au Pape et suivie d'un postcriptum au collège des cardinaux.

« A notre avis, bienheureux Père, il faut travailler avec d'autant plus de soin à ce que les faux prophètes et les hommes pervers ne souillent pas l'Eglise du souffle empesté de leurs erreurs, qu'il semble que nous touchons à la fin des siècles.

« Le docteur des nations nous a prédit qu'alors il y aura des jours pleins de périls, où l'on ne supportera pas la saine doctrine. Les oreilles se fermeront à la vérité et s'ouvriront au mensonge. La vérité même nous dit de son côté : On verra se lever des faux christs et des faux prophètes, ils feront des merveilles et des prodiges tels que les élus eux-mêmes, si ce n'était impossible, seront entraînés dans l'erreur.

« Or, à la vue des nouveaux prophètes, qui se vantent d'avoir reçu des révélations de la part de Dieu, ou de l'Église triomphante; en les entendant annoncer aux hommes un avenir bien au-dessus de tout regard humain; en les voyant oser des entreprises nouvelles et insolites; la vigilance pastorale doit redoubler de sollicitude, pour que les peuples trop enclins aux nouveautés ne se laissent pas séduire par des enseignements étrangers, avant qu'il ne soit prouvé qu'ils viennent de Dieu. Le peuple chrétien pourrait être facilement perverti par d'astucieux et pernicieux semeurs de mensonges, si, sans l'approbation de sainte mère Église, chacun pouvait à sa guise forger des révélations d'en haut, et alléguer l'autorité de Dieu et des saints.

« Aussi, bienheureux Père, elle nous semble bien digne d'éloges l'active diligence déployée récemment pour la défense de la religion chrétienne, par révérendissime père en Dieu, le seigneur évêque de Beauvais, de concert avec le vicaire de l'Inquisiteur, délégué en France par le siège apostolique contre la perversité hérétique.

« Une femmelette (mulierculam) avait été prise dans le diocèse de Beauvais, en habits d'homme et faisant le métier des armes; elle feignait faussement des révélations divines, et était accusée de graves méfaits contre la foi ; elle a été judiciairement accusée à leur tribunal ; ils l'ont examinée avec soin et sont arrivés à la pleine connaissance de ses faits.

« Ils nous ont communiqué le procès déduit contre elle, et nous ont requis de délibérer sur les aveux qu'elle faisait. Nous avons pensé, afin de ne pas ensevelir dans le silence ce qui a été fait pour l'exaltation de la foi, devoir communiquer à votre béatitude ce qui nous a été transmis.

« Ainsi que nous l'ont appris les juges susdits, cette femme, qui se donnait le nom de Jeanne la Pucelle, a fait spontanément bien des aveux. Ces aveux ont été l'objet d'un sérieux examen. De fort nombreux prélats, docteurs, savants versés dans le droit divin et humain, les ont mûrement pesés; notre Université en a délibéré et les a qualifiés doctrinalement superstition; de divination; de blasphème contre Dieu, ses saints et ses saintes ; de schisme ; d'erreurs multiples dans la foi chrétienne.

« Pleins de douleur et de tristesse à la vue d'une âme si pécheresse, engagée dans les liens mortels de si grandes iniquités, plusieurs se sont efforcés par de fréquentes admonitions, et des exhortations caritatives, de la faire revenir de l'erreur de sa voie, et de lui persuader de se soumettre au jugement de sainte mère l'Église. Mais les esprits mauvais s'étaient si fortement emparés de son cœur que longtemps elle s'est obstinée à mépriser ces salutaires avertissements, refusant de se soumettre à homme vivant quel qu'il fût, à quelque dignité qu'il fût élevé, pas même au concile général, ne reconnaissant aucun juge après Dieu.

« L'effort persévérant des juges a fini par amollir insensiblement tant d'orgueil. Acquiesçant à de meilleurs conseils, elle a abjuré ses égarements, en présence d'une grande multitude; elle a révoqué ses erreurs en termes exprès; elle a souscrit et signé de sa main la cédule d'abjuration.

« Mais, peu de jours après, la malheureuse femme est revenue à ses premières aberrations et a professé de nouveau ce qu'elle avait abjuré. C'est la cause pour laquelle les juges susdits l'ont condamnée comme relapse, l'ont déclarée hérétique par sentence définitive, et l'ont abandonnée comme telle au bras séculier.

« Aux approches de la mort, elle a confessé avec de grands gémissements avoir été trompée et jouée par les esprits qui vraisemblablement lui avaient apparu ; elle a donné dans la mort de vrais signes de repentir, a demandé pardon, et a ainsi quitté cette vie.
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« Cet exemple redoutable a appris à tous combien il était périlleux de donner trop légèrement créance à des nouveautés sans fondement, telles qu'en ont répandu dans ce royaume très chrétien, non seulement la susdite femme, mais encore plusieurs autres. Un fait si éclatant doit avertir tous les chrétiens de ne pas se laisser facilement émouvoir, de s'en rapporter aux enseignements de l'Église, aux ordres de leurs prélats plutôt qu'aux contes de femmes superstitieuses.

« Si, à cause de nos péchés, un jour doit venir où des devineresses, des femmes parlant au nom du Seigneur qui ne les a pas envoyées, trouveront auprès de peuples légers plus de créance que les pasteurs et les docteurs de l'Église, auxquels il a été dit par le Christ : allez, enseignez les nations;c'en sera fait aussitôt de la religion ; la foi sera détruite, l'Église renversée, et l'iniquité de Satan dominera dans l'univers.

« Daigne Jésus-Christ écarter ces malheurs, et sous la fidèle direction de votre Béatitude préserver son troupeau de la contagion. »

POUR LE COLLÈGE DES CARDINAUX.

« Ce que nous avons appris, Pères Révérendissimes, ce que nous avons vu de la condamnation des scandales qu'une femmelette a perpétrés dans ce royaume; dans l'intérêt de la foi et de la religion chrétienne, nous avons cru devoir le porter à la connaissance de notre très saint seigneur le Souverain Pontife, par la lettre Eo diligentius, envoyée à Sa Sainteté.

« Le Seigneur, Révérendissimes Pères, ayant constitué vos Paternités en sentinelles au faîte du Siège Apostolique, pour qu'elles contemplent tout ce qui se passe dans l'univers, surtout dans les choses qui intéressent l'intégrité de la foi, nous avons pensé qu'il serait inconvenant que vos mêmes Paternités n'eussent pas connaissance, elles aussi, des faits rapportés. — Vous êtes en effet la lumière du monde, à laquelle aucune vérité ne doit être dérobée, pour qu'en matière de foi tous les fidèles reçoivent une salutaire direction de vos Paternités révérendissimes, que le Très-Haut daigne heureusement garder pour le salut de son Église (1). » (1. Procès, t. I, p. 496.)


Ce dernier acte du procès est digne de ce qui précède. Étudié de près, on y retrouve tous les caractères de l'esprit qui a conduit toute la noire tragédie. Esprit d'imposture : l'histoire de la Pucelle y est entièrement travestie ; d'hypocrisie effrontée : quel grec du Bas-Empire a menti avec plus de sang-froid, de profond mépris de tout ce qui ne se rattache pas à l'Université de Paris? Les docteurs de Poitiers, les évêques du parti de Charles, tous ceux qui en si grand nombre ont applaudi à Jeanne ne méritent pas même une mention; ils sont comme s'ils n'existaient pas; Cauchon seul et le vicaire de l'Inquisition ont le zèle de la foi.

L'Université dissimule d'ailleurs fort mal le remords et les sentiments d'effroi qui l'agitent. Elle a tout provoqué, tout conduit, tout approuvé, tout ratifié; et, à lire sa lettre, il semble qu'elle n'a fait qu'adhérer à des décisions rendues par d'autres.

Cette lettre est remarquable à un autre point de vue. L'Université dans ses lettres au roi d'Angleterre, au duc de Bourgogne, à Luxembourg, est obséquieuse, prodigue de ses expressions de respect, de dévouement, d'éloges. Rien de semblable dans sa lettre au Pape; elle se montre raide, froide, sèche, pédantesque ; elle rappelle des principes que le Pape connaissait mieux que les rogues docteurs; elle en fait à Jeanne une application qui ne souffre pas de contestation. Pas un mot qui indique les prérogatives
du successeur de saint Pierre, l'obéissance qui lui est due. Cette sécheresse contraste avec l'effusion qui se manifeste dans les lignes adressées aux cardinaux. La lumière du monde, ce n'est pas le vicaire de celui qui a dit : Je suis la lumière du monde; ce sont les cardinaux, qui, quelque vénérables qu'ils soient, forment un collège dont l'institution est une œuvre des Pontifes Romains. Ce n'est pas le Pape qui est en sentinelle au plus haut sommet du siège apostolique: ce sont les cardinaux, in sublimi specula sedis apostolicæ ; ce n'est pas du Pape, c'est des cardinaux que les fidèles doivent recevoir les enseignements de salut, salutarem recipiant eruditionem.

Pareille doctrine n'a pas lieu de nous surprendre de la part de ceux qui ont répondu à la martyre qu'être soumis au Pape ne suffisait pas pour être soumis à l'Église : qu'il fallait pour cela être soumis aux clercs et gens en ce connaissant.

Autre commentaire du même Père à propos de la même lettre de l'Évêque de Beauvais :

Ayroles, tome V, page 477 a écrit:

L'Université de Paris se chargea de tromper le Pape et le Sacré-Collège. Le procès de condamnation ouvert par l'Université de Paris se termine justement par la lettre qu'elle écrivit au Saint-Père. Une copie en fut adressée aux cardinaux avec un billet d'envoi. L'un et l'autre ont été traduits dans La Pucelle devant l'Église de son temps (p. 178).

Il a été observé combien la lettre au Souverain Pontife est pédantesque, sèche, pleine d'hypocrisie. Elle contraste avec les lettres si obséquieuses écrites au roi d'Angleterre, au duc de Bourgogne, à Jean de Luxembourg, et même avec le billet adressé aux cardinaux. Ce n'est pas le Pape qui occupe le faite du Siège Apostolique ; ce sont les cardinaux ; ils sont la lumière du monde ; ils sont pour donner la direction aux fidèles. L'on sent les doctrines que l'Université se préparait à faire définir à Bâle. Le Pape est un simulacre destiné à publier ce qu'auront décidé les cardinaux, qui tiennent, auprès de Sa Sainteté, la place des clercs en ce connaissant, dispersés dans le monde.

La condamnation de la Vierge est présentée comme un fait accompli, dont le bien-fondé n'est pas à discuter, pour lequel grande louange est due à l'évêque de Beauvais.

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Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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