Vendredi Saint (2012)

4 participants

Aller en bas

Vendredi Saint (2012) Empty Vendredi Saint (2012)

Message  gabrielle Ven 06 Avr 2012, 8:06 am

L'ADORATION DE LA CROIX.


Les prières générales sont terminées; et après avoir imploré Dieu pour la conversion des païens, l'Eglise se trouve avoir visité, dans sa charité, tous les habitants de la terre, et sollicité sur eux tous l'effusion du sang divin qui coule, en ce moment, des veines de l'Homme-Dieu. Maintenant elle se tourne vers les chrétiens ses fils, et, tout émue des humiliations auxquelles est en proie son céleste Epoux, elle va les convier à en diminuer le poids, en dirigeant leurs hommages vers cette Croix, jusqu'alors infâme et désormais sacrée, sous laquelle Jésus marche au Calvaire, et dont les bras vont le porter aujourd'hui. Pour Israël, la croix est un objet de scandale ; pour le gentil, un monument de folie (1) ; nous chrétiens, nous vénérons en elle le trophée de la victoire du Fils de Dieu, et l'instrument auguste du salut des hommes. L'instant donc est arrivé où elle doit recevoir nos adorations, à cause de l'honneur que lui a daigné faire le Fils de Dieu en l'arrosant de son sang, et en l'associant ainsi à l'œuvre de notre réparation. Nul jour, nulle heure dans l’année ne conviennent mieux pour lui rendre nos humbles devoirs.

Ce touchant hommage offert, en ce jour, au bois sacre qui nous sauve, a commencé, dès le IV° siècle, à Jérusalem. On venait de découvrir la vraie Croix par les soins de la pieuse impératrice sainte Hélène; et le peuple fidèle aspirait à contempler de temps en temps cet arbre de vie, dont la miraculeuse Invention avait comblé de joie l'Eglise tout entière. Il fut réglé qu'on l'exposerait à l'adoration des chrétiens une fois l'année, le Vendredi saint. Le désir de prendre part au bonheur de le contempler amenait chaque année un concours immense de pèlerins a Jérusalem, pour la Semaine sainte. La renommée répandit partout les récits de cette imposante cérémonie; mais tous ne pouvaient espérer d'en être témoins, même une seule fois dans leur vie. La piété catholique voulut du moins jouir par imitation d'une cérémonie dont la vue réelle était refusée au grand nombre; et, vers le vue siècle, on songea à répéter dans toutes les églises, au Vendredi saint, l'ostension et l'adoration de la Croix qui avaient lieu à Jérusalem. On ne possédait, il est vrai, que la figure de la Croix véritable; mais les hommages rendus à ce bois sacré se rapportant au Christ lui-même, les fidèles pouvaient lui en offrir de semblables, lors même qu'ils n'avaient pas sous les yeux le propre bois lui-même que le Rédempteur a arrosé de son sang. Tel a été le motif de l'institution de ce rite imposant que la sainte Eglise va accomplir sous nos yeux, et auquel elle nous invite à prendre part.

Explication du triple dévoilement de la Croix.

Cette première ostension, qui a lieu comme à l'écart, et à voix modérée, représente la première prédication de la Croix, celle que les Apôtres se firent entre eux, lorsque, n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, ils ne pouvaient s'entretenir du divin mystère de la Rédemption qu'avec les disciples de Jésus, et craignaient d'exciter l'attention des poldève. C'est pour cela aussi que le Prêtre n'élève que médiocrement la Croix. Ce premier hommage qu'elle reçoit est offert en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans la maison de Caïphe.

Le Prêtre s'avance alors sur le devant du degré, toujours au côte de l'Epître, et se trouve plus en vue du peuple Ses ministres l'aident a dévoiler le bras droit de la croix, et après avoir découvert cette partie de l'instrument sacré, il montre de nouveau le signe du salut, l'élevant plus haut que la première fois, et chante avec plus de force ...

Cette seconde extension, qui a lieu avec plus d'éclat que la première, représente la prédication du mystère de la Croix aux poldève, lorsque les Apôtres, après la venue de l'Esprit-Saint, jettent les fondements de l'Eglise au sein de la Synagogue, et amènent les prémices d'Israël aux pieds du Rédempteur. Cette seconde adoration rendue a la Croix est offerte par la sainte Eglise en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans le Prétoire de Pilate.

Le Prêtre vient se placer ensuite au milieu du degré, ayant toujours la face tournée vers le peuple. Il achève alors le dévoilement de la Croix, en dégageant le bras gauche avec l'aide du Diacre et du Sous-Diacre. Prenant ensuite cette Croix, qui paraîtra désormais sans voile, il l'élevé plus haut que les deux autres fois, et chante avec triomphe sur un ton plus éclatant :

Cette dernière ostension si solennelle représente la prédication du mystère de la Croix dans le monde entier, lorsque les Apôtres, repoussés par la masse de la nation juive, se tournent vers les Gentils, et vont annoncer le Dieu crucifié jusqu'au delà des limites de l'Empire romain. Ce troisième hommage offerte la Croix est une réparation des outrages que le Sauveur reçut sur le Calvaire.

...il convient que, durant ces heures qui furent celles de notre salut, nous suivions du cœur et de la pensée notre miséricordieux Rédempteur. Nous l'avons laissé sur le Calvaire au moment où on le dépouillait de ses vêtements, après lui avoir présenté l'amer breuvage. Assistons avec recueillement et componction à la consommation du sacrifice qu'il offre pour nous à la justice divine.

Jésus est conduit à quelques pas de là par ses bourreaux, à l'endroit où la Croix étendue par terre marque la onzième Station de la Voie douloureuse. Il se couche, comme un agneau destine à l'holocauste, sur le bois qui doit servir d'autel. On étend ses membres avec violence, et des clous qui pénètrent entre les nerfs et les os, fixent au gibet ses mains et ses pieds. Le sang jaillit en ruisseaux de ces quatre sources vivifiantes où nos âmes viendront se purifier. C'est la quatrième fois qu'il s'échappe des veines du Rédempteur. Marie entend le bruit sinistre du marteau, et son cœur de mère en est déchiré. Madeleine est en proie à une désolation d'autant plus amère, qu'elle sent son impuissance à soulager le Maître tant aimé que les hommes lui ont ravi. Cependant Jésus élève la voix ; il profère sa première parole du Calvaire : « Père, dit-il. pardonnez-leur; car ils ne savent ce qu'ils font (1). » O bonté infinie du Créateur ! il est venu sur cette terre, ouvrage de ses mains, et les hommes l'ont crucifie; jusque sur la Croix, il a prié pour eux, et dans sa prière il semble vouloir les excuser !

La Victime est attachée au bois sur lequel il faut qu'elle expire ; mais elle ne doit pas rester ainsi étendue à terre. Isaïe a prédit que « le royal rejeton de Jessé serait arboré comme un étendard à la vue de toutes les nations (2) ». Il faut que le divin crucifié sanctifie les airs infestés de la présence des esprits de malice; il faut que le Médiateur de Dieu et des hommes, le souverain Prêtre et intercesseur, soit établi entre le ciel et la terre, pour traiter la réconciliation de l'un et de l'autre. A peu de distance de l'endroit où la Croix est étendue, on a pratiqué un trou dans la roche; il faut que la Croix y soit enfoncée, afin qu'elle domine toute la colline du Calvaire. C'est le lieu de la douzième Station. Les soldats opèrent avec de grands efforts la plantation de l'arbre du salut. La violence du contre-coup vient encore accroître les douleurs de Jésus dont le corps tout entier est déchiré, et qui n'est soutenu que sur les plaies de ses pieds et de ses mains. Le voila exposé nu aux yeux de tout un peuple, lui qui est venu en ce monde pour couvrir la nudité que le péché avait causée en nous. Au pied de la Croix, les soldats se partagent ses vêtements; ils les déchirent et en font quatre parts; mais un sentiment de terreur les porte à respecter
la tunique. Selon une pieuse tradition, Marie l'avait tissue de ses mains virginales. Ils la jettent au sort, sans l'avoir rompue ; et elle devient ainsi le symbole de l'unité de l'Eglise que l'on ne doit jamais rompre sous aucun prétexte.

Au-dessus de la tête du Rédempteur est écrit en hébreu, en grec et en latin: Jésus de Nazareth, Roi des poldève. Tout le peuple lit et répète cette inscription ; il proclame ainsi de nouveau, sans le vouloir, la royauté du fils de David. Les ennemis de Jésus l'ont compris ; ils courent demander à Pilate que cet écriteau soit changé ; mais ils n'en reçoivent d'autre réponse que celle-ci : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit (1) » Une circonstance que la tradition des Pères nous a transmise, annonce que ce Roi des poldève, repoussé par son peuple, n'en régnera qu'avec plus de gloire sur les nations de la terre qu'il a reçues de son Père en héritage. Les soldats, en plantant la Croix dans le sol, l'ont disposée de sorte que le divin crucifié tourne le dos à Jérusalem, et étend ses bras vers les régions de l'occident. Le Soleil de la vérité se couche sur la ville déicide et se lève en même temps sur la nouvelle Jérusalem, sur Rome, cette fière cité, qui a la conscience de son éternité, mais qui ignore encore qu'elle ne sera éternelle que par la Croix.

L'arbre de salut, en plongeant dans la terre, a rencontré une tombe; et cette tombe est celle du premier homme. Le sang rédempteur coulant le long du bois sacré descend sur un crâne desséché ; et ce crâne est celui d'Adam, le grand coupable dont le crime a rendu nécessaire une telle expiation. La miséricorde du Fils de Dieu vient planter sur ces ossements endormis depuis tant de siècles le trophée du pardon, pour la honte de Satan, qui voulut un jour taire tourner la création de l'homme à la contusion du Créateur. La colline sur laquelle s'élève l'étendard de notre salut s'appelait le Calvaire, nom qui signifie un Crâne humain; et la tradition de Jérusalem porte que c'est en ce lieu que fut enseveli le père des hommes et le premier pécheur. Les saints Docteurs des premiers siècles ont conserve à l'Eglise la mémoire d'un fait si frappant ; saint Basile, saint Ambroise. saint Jean Chrysostome, saint Epiphane, saint Jérôme, joignent leur témoignage a celui d'Origène. si voisin des lieux; et les traditions de l'iconographie chrétienne s'unissant à celles de la piété, on a de bonne heure adopté la coutume de placer, en mémoire de ce grand fait, un crâne humain au pied de l'image du Sauveur en croix.

Mais levons nos regards vers cet Homme-Dieu, dont la vie s'écoule si rapidement sur l'instrument de son supplice. Le voilà suspendu dans les airs, à la vue de tout Israël, « comme le serpent d'airain que Moïse avait offert aux regards du peuple dans le désert (1) » ; mais ce peuple n'a pour lui que des outrages. Leurs voix insolentes et sans pitié montent jusqu'à lui : « Toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, délivre-toi maintenant ; si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix, si tu peux (2). » Puis les indignes pontifes du judaïsme enchérissent encore sur ces blasphèmes : « Il est le sauveur des autres, et il ne peut se sauver lui-même ! Allons !


Roi d'Israël, descends de la croix, et nous croirons en toi ! Tu as mis ta confiance en Dieu ; c'est à lui de te délivrer. N'as-tu pas dit : Je suis le Fils de Dieu (1) ? » Et les deux voleurs crucifiés avec lui s'unissaient à ce concert d'outrages.

Jamais la terre, depuis quatre mille ans. n'avait reçu de Dieu un bienfait comparable à celui qu'il daignait lui accorder a cette heure ; et jamais non plus l'insulte à la majesté divine n'était montée vers elle avec tant d'audace. Nous chrétiens, qui adorons celui que les poldève blasphèment, offrons-lui en ce moment la réparation à laquelle il a tant de droits. Ces impies lui reprochent ses divines paroles, et les tournent contre lui : rappelons-lui à notre tour celle-ci qu'il a dite aussi, et qui doit remplir nos cœurs d'espérance : « Lorsque je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi (2). » Le moment est venu. Seigneur Jésus, de remplir votre promesse ; attirez-nous à vous. Nous tenons encore à la terre ; nous y sommes enchaînes par mille intérêts et par mille attraits ; nous y sommes captifs de l'amour de nous-mêmes, et sans cesse notre essor vers vous en est arrêté ; soyez l'aimant qui nous attire et qui rompe nos liens, afin que nous montions jusqu'à vous, et que la conquête de nos âmes vienne enfin consoler votre cœur oppressé.

Cependant on est arrivé au milieu du jour ; il est la sixième heure, celle que nous appelons midi. Le soleil qui brillait au ciel, comme un témoin insensible, refuse tout à coup sa lumière ; et une nuit épaisse étend ses ténèbres sur la terre entière. Les étoiles paraissent au ciel, les mille voix de la nature s'éteignent et le monde semble prêta retomber dans le chaos. On dit que le célèbre Denys de l'Aréopage d'Athènes, qui fut plus tard l'heureux disciple du Docteur des Gentils, s'écria, au moment de cette affreuse éclipse : « Ou le Dieu de la nature est dans la souffrance, ou la machine de ce monde est au moment de se dissoudre ». Phlégon, auteur païen, qui écrivait un siècle après, rappelle encore l'épouvante que répandirent dans l'empire romain ces ténèbres inattendues, dont l'invasion vint tromper tous les calculs des astronomes.

Un phénomène si imposant, témoignage trop visible du courroux céleste, glace de crainte les plus audacieux blasphémateurs. Le silence succède à tant de clameurs. C'est alors que celui des deux voleurs, dont la croix était à la droite de celle de Jésus, sent le remords et l'espérance naître à la fois dans son cœur. Il ose reprendre son compagnon avec lequel tout à l'heure il insultait l'innocent: « Ne crains-tu point Dieu, lui dit-il, toi non plus qui subis la même condamnation ? Pour nous, c'est justice ; car nous recevons ce que nos actions méritent; mais celui-ci, il n'a rien tait de mal. » Jésus défendu par un voleur, en ce moment où les docteurs de la loi juive, ceux qui sont assis dans la chaire de Moïse, n'ont pour lui que des outrages ! Rien ne fait mieux sentir le degré d'aveuglement auquel la Synagogue est arrivée. Dimas, ce larron, cet abandonné, ligure en ce moment la gentilité qui succombe sous le poids de ses crimes, mais qui bientôt se purifiera en confessant la divinité du crucifié. Il tourne péniblement sa tète vers la Croix de Jésus, et s'adressant au Sauveur: « Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi quand vous serez entré dans votre royaume ». Il croit à la royauté de Jésus, à cette royauté que les prêtres et les magistrats de sa nation tournaient tout à l'heure en dérision. Le calme divin, la dignité de l'auguste victime sur le gibet, lui ont révélé toute sa grandeur ; il lui donne sa foi, il implore d'elle avec confiance un simple souvenir, lorsque la gloire aura succède à l'humiliation. Quel chrétien la grâce vient de faire de ce larron ! Et cette grâce, qui oserait dire qu'elle n'a pas été demandée et obtenue par la Mère de miséricorde, en ce moment solennel où elle s'offre dans un même sacrifice avec son fils?Jésus est ému de rencontrer dans un voleur supplicié pour ses cri mes cette foi qu'il a cherchée en vain dans Israël; il répond à son humble prière: « En vérité, je te le dis, aujourd'hui même tu seras avec moi dans le Paradis (1) . «C'est la deuxième parole de Jésus sur la Croix. L'heureux pénitent la recueille dans la joie de son cœur ; il garde désormais le silence, et attend dans l'expiation l'heure fortunée qui doit le délivrer.

Cependant Marie s'est approchée de la Croix sur laquelle Jésus est attaché. Il n'est point de ténèbres pour le cœur d'une mère qui l'empêchent de reconnaître son fils. Le tumulte s'est apaisé depuis que le soleil a dérobé sa lumière, et les soldats ne mettent pas obstacle à ce douloureux rapprochement. Jésus regarde tendrement Marie, il voit sa désolation ; et la souffrance de son cœur, qui semblait arrivée au plus haut degré, s'en accroît encore. Il va quitter la vie ; et sa mère ne peut monter jusqu'à lui, le serrer dans ses bras, lui prodiguer ses dernières caresses ! Madeleine est là aussi, éplorée, hors d'elle-même. Les pieds de son Sauveur qu'elle aimait tant, qu'elle arrosait encore de ses parfums il y a quelques jours, ils sont blesses, noyés dans le sang qui en a jailli et qui déjà se tige sur les plaies. Elle peut encore les baigner de ses larmes ; mais ses larmes ne les guériront pas. Elle est venue pourvoir mourir celui qui récompensa son amour par le pardon. Jean le bien-aimé. le seul Apôtre qui ait suivi son maître jusqu'au Calvaire, est abîmé dans sa douleur; il se rappelle la prédilection que Jésus daigna lui témoigner, hier encore, au festin mystérieux; il souffre pour le fils, il souffre pour la mère; mais son cœur ne s'attend pas au prix inestimable dont Jésus a résolu de payer son amour. Marie de Cléophas a accompagné Marie près de la Croix; les autres femmes forment un groupe à quelque distance (1).

Tout à coup, au milieu d'un silence qui n'était interrompu que par des sanglots, la voix de Jésus mourant a retenti pour la troisième fois. C'est à sa mère qu'il s'adresse: « Femme, lui dit-il » ; car il n'ose l'appeler sa mère, afin de ne pas retourner le glaive dans la plaie de son cœur ; « Femme, voilà votre fils ». Il désignait Jean par cette parole. Puis il ajoute, en s'adressant à Jean lui-même: « Fils, voilà votre mère (2) » . Echange douloureux au cœur de Marie, mais substitution fortunée qui assure pour jamais à Jean, et en lui à la race humaine, le bienfait d'une mère. Nous avons exposé cette scène avec plus de détail, au Vendredi de la semaine de la Passion. Aujourd'hui, en cet anniversaire, acceptons ce généreux testament de notre Sauveur, qui par son incarnation nous avait procure l'adoption de son Père céleste. et dans ce moment nous l'ait don de sa propre mère.

Déjà la neuvième heure trois heures de l'après-midi, approche; c'est celle que les décrets éternels ont fixée pour le trépas de l'Homme-Dieu. Jésus éprouve en son âme un nouvel accès de ce cruel abandon qu'il a ressenti dans le jardin. Il sent tout le poids de la disgrâce de Dieu qu'il a encourue en se faisant caution pour les pécheurs. , L'amertume du calice de la colère de Dieu, qu'il lui faut boire jusqu'à la lie, lui cause une défaillance qui s'exprime par ce cri plaintif : « Mon Dieu! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné (1)? » C'est la quatrième parole ; mais cette parole ne ramène pas la sérénité au ciel. Jésus n'ose plus dire : « Mon Père ! » on dirait qu'il n'est plus qu'un homme pécheur, au pied du tribunal inflexible de Dieu. Cependant une ardeur dévorante consume ses entrailles, et de sa bouche haletante s'échappe à grand'peine cette parole qui est la cinquième: « J'ai soif (2) ». Un des soldats vient présenter à ses lèvres mourantes une éponge imbibée de vinaigre ; c'est tout le soulagement que lui offre dans sa soif brûlante cette terre qu'il rafraîchit chaque Jour de sa rosée, et dont il a fait jaillir les fontaines et les fleuves.

Le moment est enfin venu où Jésus doit rendre son âme à son Père. Il parcourt d'un regard les oracles divins qui ont annoncé jusqu'aux moindres circonstances de sa mission; il voit qu'il n'en est pas un seul qui n'ait reçu son accomplissement, jusqu'à cette soif qu'il éprouve, jusqu'à ce vinaigre 1.

dont on l'abreuve. Proférant alors la sixième parole, il dit : « Tout est consommé (1) ». Il n'a donc plus qu'à mourir, pour mettre le dernier sceau aux prophéties qui ont annoncé sa mort comme le moyen final de notre rédemption. Mais il faut qu'il meure en Dieu. Cet homme épuisé, agonisant, qui tout à l'heure murmurait à peine quelques paroles, pousse un cri éclatant qui retentit au loin, et saisit à la fois de crainte et d'admiration le centurion romain qui commandait les gardes au pied de la Croix. « Mon Père ! s'écrie-t-il, je remets mon esprit entre vos mains (2) ». Après cette septième et dernière parole, sa tête s'incline sur sa poitrine, d'où s'échappe son dernier soupir.

A ce moment terrible et solennel, les ténèbres cessent, le soleil reparaît au ciel ; mais la terre tremble, les pierres éclatent, la roche même du Calvaire se fend entre la Croix de Jésus et celle du mauvais larron ; la crevasse violente est encore visible aujourd'hui. Dans le Temple de Jérusalem, un phénomène effrayant vient épouvanter les piètres poldève. Le voile du Temple qui cachait le Saint des Saints se déchire de haut en bas, annonçant la fin du règne des figures. Plusieurs tombeaux où reposaient de saints personnages s'ouvrent d'eux-mêmes, et les morts qu'ils contenaient vont revenir à la vie. Mais c'est surtout au fond des enfers que le contre-coup de cette mort qui sauve le genre humain se fait sentir. Satan comprend enfin la puissance et la divinité de ce Juste contre lequel il a imprudemment ameuté les passions de la Synagogue, C'est son aveuglement qui a fait répandre ce sang dont la vertu délivre le genre humain, et lui rouvre les portes du ciel. Il sait maintenant à quoi s'en tenir sur Jésus de Nazareth, dont il osa approcher au désert pour le tenter. Il reconnaît avec désespoir que ce Jésus est le propre Fils de l'Eternel, et que la rédemption refusée aux anges rebelles vient d'être accordée surabondante à l'homme, par les mérites du sang que lui-même Satan a fait verser sur le Calvaire.

Fils adorable du Père, nous vous adorons expiré sur le bois de votre sacrifice. Votre mort si amère nous a rendu la vie. Nous frappons nos poitrines, à l'exemple de ces poldève qui avaient attendu votre dernier soupir, et qui rentrent dans la ville émus de componction. Nous confessons que ce sont nos péchés qui vous ont arraché violemment la vie; daignez recevoir nos humbles actions de grâces pour l'amour que vous nous avez témoigné jusqu'à la fin. Vous nous avez aimés en Dieu ; désormais c'est à nous de vous servir comme rachetés par votre sang. Nous sommes en votre possession, et vous êtes notre Seigneur. Voici que votre sainte Eglise nous convoque au service divin ; il nous faut descendre du Calvaire, pour nous joindre à elle et célébrer vos louanges. Bientôt nous reviendrons près de votre corps inanimé; nous assisterons à vos funérailles, et nous les accompagnerons de nos regrets et de nos larmes. Marie, votre mère, demeure au pied de la Croix; rien ne la peut séparer de votre dépouille mortelle. Madeleine est enchaînée à vos pieds glacés par la mort; Jean et les saintes femmes forment autour de vous un cortège de désolation. Nous adorons encore une fois votre corps sacré, votre sang précieux, votre Croix qui nousa sauvés.
1. LUC. XXIII, 34.
2. ISAI. XI, 10
1. JOHAN. XIX. 22.
1. JOHAN. III, 14.
2 MATTH. XVII, 40.
1. MATTH. XXVII, 42-43.
2. JOHAN. XII, 32.
1. LUC. XXIII, 43.
1. MATTH. XXVII, 55.
2. JOHAN. XIX, 26.
1. MATTH. XXVII, 46.
2. JOHAN. XIX, 28.
1. JOHAN. XIX, 3o.
2. LUC. XXIII, 46.


Dom Guéranger, Temps de la Passion, extraits du Vendredi Saint.


Vendredi Saint (2012) Jesus_10
gabrielle
gabrielle

Nombre de messages : 18796
Date d'inscription : 25/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Vendredi Saint (2012) Empty Re: Vendredi Saint (2012)

Message  Diane + R.I.P Ven 06 Avr 2012, 8:14 am

Liturgie de l'Eglise Grecque, en l'Office du grand Vendredi.

(In Parasceve.)


Aujourd'hui est attache à la Croix celui qui a suspendu la terre au-dessus des eaux. On met une couronne d'épines à celui qui est le roi des Anges ; on revêt d'une pourpre dérisoire celui qui a étendu les nuages sur le ciel. On donne un soufflet à celui qui, dans le Jourdain, a rendu la liberté à Adam. L'Epoux de l'Eglise est perce de clous ; le fils de la Vierge est traverse d'une lance; nous adorons vos souffrances, ô Christ ! Manifestez-nous aussi votre glorieuse résurrection.



La brebis voyait traîner son agneau à la mort ; Marie affligée suivait avec les autres femmes ; elle s'écriait : Mon fils, où allez-vous ? pourquoi cette marche si rapide ? Y a-t-il encore des noces à Cana, et vous y rendez-vous en hâte pour y changer de nouveau l'eau en vin r Irai-je avec vous, mon fils, ou vous attendrai-je? O Verbe , dites-moi une parole ; ne passez pas sans me répondre, vous qui, dans votre naissance, m'avez conservée chaste, ô mon fils et mon Dieu !



Chacun des membres de votre corps sacré a souffert son outrage à cause de nous, ô Christ ! La tête a enduré les épines ; le visage, les crachats ; les joues, les soufflets ; la bouche, le vinaigre mêlé de fiel ; les oreilles, d'impies blasphèmes ; le dos, des coups de fouet ; la main, le roseau ; le corps tout entier, l'extension violente sur la Croix ; les membres, les clous ; et le côté, la lance. Vous qui avez souffert pour nous, qui par votre souffrance nous avez rendus à la liberté, qui par vos travaux pour les hommes nous avez élevés en vous abaissant , Sauveur tout-puissant , ayez pitié de nous !



Aujourd'hui la Vierge sans tache vous considérant sur la Croix, ô Verbe, était émue de douleur dans ses entrailles maternelles. Une blessure amère transperçait son cœur, et du fond de son âme désolée elle s'é criait d'un ton plaintif: Divin Fils, hélas ! lumière du monde , hélas ! pourquoi avez-vous disparu de mes regards, Agneau de Dieu ? L'armée des Esprits bienheureux était saisie de terreur. Seigneur que nul ne peut comprendre , gloire a vous !



Lorsque vous montâtes sur la Croix, Seigneur, la crainte et le tremblement se répandirent sur toute créature. Vous défendîtes a la terre d'engloutir ceux qui vous crucifiaient, et vous permîtes à la tombe de rendre ses captifs. O Juge des vivants et des morts, vous êtes venu pour donner la vie et non la mort. Ami des hommes, gloire à vous !



La Liturgie de l'antique Eglise Gallicane nous fournit, dans son Office d’aujourd’hui, cette éloquente et touchante prière.

(Oratio ad Nonam.)



O heure salutaire de la Passion ! heure de None, signalée par la plus grande des grâces, ô la plus célèbre des heures ! A ce moment , ô notre Epoux aimé, donnez-nous le baiser du haut de votre Croix, après avoir triomphé par elle. Nous l'implorons, ce baiser ; accordez-nous le salut qui vient de vous seul, admirable triomphateur , qui conduisez votre char avec tant de noblesse, Dieu clément , notre glorieux champion ! Dites-nous : Hommes, je vous envoie le salut ; reprenez vos forces et combattez vaillamment ; soyez fermes et robustes. O Christ qui pénétrez nos cœurs, daignez leur parler. Vous qui aujourd'hui accomplîtes une telle œuvre, ne pouvez-vous la renouveler à ce moment ? Oui, vous le pouvez ; car vous êtes tout-puissant. Vous le pouvez ; car vous êtes plein d'amour; et votre puissance s'élève au-dessus de nos pensées. Rien ne vous est impossible, ô Dieu tout-puissant! Vous qui êtes remonté triomphant vers le Père, avec lequel vous demeurâtes toujours, et qui est avec vous une même chose, Jésus très aimé, donnez-nous votre baiser; car votre baiser est doux, et vos caresses plus délicieuses que le vin, plus suaves que les meilleurs parfums. Votre nom est une essence odorante ; les jeunes filles qui représentent les âmes vous ont donné leur amour ; les cœurs droits vous aiment, et vous les entraînez après vous. Votre lit est couvert de fleurs ; son pavillon est la Croix. C'est à cette heure que vous arrivez d'Edom, c'est-à-dire de votre Croix, vos vêtements ayant changé de couleur à Bosra. Après avoir foulé seul le grand pressoir, vous monterez au ciel; les Anges et les Archanges diront : Quel est celui qui arrive de Bosra, avec ses vêtements dont la couleur est changée ? A cette demande : Pourquoi votre vêtement est-il empourpré ? vous répondrez : A moi seul j'ai foulé le pressoir, et, de toutes les nations, nul homme n'a partagé mon travail. Oui, votre corps, ô Sauveur, a été pour nous empourpré ; vous avez lavé votre tunique dans le vin, et votre manteau dans le sang de la grappe. Vous qui êtes le seul Dieu , vous avez été crucifié pour nous, que l'antique prévarication avait livrés à la mort ; vos blessures ont guéri les blessures innombrables que nous avaient faites nos péchés. O Christ crucifié, dans votre bonté faites-nous part de votre rédemption, avec ceux qui vous sont le plus chers. Dieu plein de miséricorde, sauvez-nous; vous qui régnez avec le Père et le Saint-Esprit, en l'unité, à jamais, dans les siècles des siècles.

Vendredi Saint (2012) Marie10
Diane + R.I.P
Diane + R.I.P

Nombre de messages : 5488
Date d'inscription : 28/01/2009

Revenir en haut Aller en bas

Vendredi Saint (2012) Empty Re: Vendredi Saint (2012)

Message  ROBERT. Ven 06 Avr 2012, 11:21 am

Vendredi Saint (2012) 43933210

Vendredi Saint (2012) Crucif10

Vendredi Saint (2012) Crucif10

Vendredi Saint (2012) Jesus_14


ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34713
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Vendredi Saint (2012) Empty Re: Vendredi Saint (2012)

Message  Anne-Marie Ven 06 Avr 2012, 12:18 pm

Vendredi Saint (2012) Cruxif10

Vendredi Saint (2012) Cruxif11

Vendredi Saint (2012) Cruxif12

Anne-Marie

Nombre de messages : 786
Date d'inscription : 07/08/2009

Revenir en haut Aller en bas

Vendredi Saint (2012) Empty Re: Vendredi Saint (2012)

Message  ROBERT. Sam 07 Avr 2012, 11:24 am

Descente de la Croix:

Vendredi Saint (2012) Moniqu10



Mise au Tombeau:

Vendredi Saint (2012) Mise_a10

ROBERT.
ROBERT.

Nombre de messages : 34713
Date d'inscription : 15/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum