Un Maître de la jeunesse et de l'enfance

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Message  Monique Mer 12 Oct 2011, 3:01 pm

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J'ai été l'élève des Frères, à Lyon, pendant mon enfance et dans un moment douloureux où les persécutions religieuses les avaient contraints à la « sécularisation ». Je n'oublie pas tout ce que je dois à mes instituteurs. Certes, malgré leur patience et leur persévérance, ils n'ont pu m'apprendre ni le dessin, ni cet art de la calligraphie où excellaient leurs premiers de classe ; mais ils m'ont enseigné l'orthographe, la ponctuation et le calcul mental, toutes connaissances qui, j'ai pu le constater, ne sont point si répandues et qui présentent une incontestable utilité pour un journaliste. J'ajoute que mon père, s'il fut un produit de la « Communale », avait, par la suite fréquenté des cours professionnels organisés par les Frères et qu'il s'était lié avec le Frère Pygménion, fondateur de l’École de La Salle.

A la différence de nombreux écrivains d'aujourd'hui, empressés à baver sur leurs éducateurs pour défouler d'étranges complexes, j'avoue que je garde un bon souvenir de mes instituteurs comme de leurs leçons et que je ne leur en veux pas... même des tours qu'il m'est arrivé de leur jouer ! Ils avaient d'ailleurs assez d'expérience de la jeunesse pour ne pas s'indigner outre mesure de nos « polisses » comme disent les « gones », et, au besoin, pour nous laisser croire, avec indulgence, qu'ils ne voyaient et n'entendaient rien.

En apportant mon hommage au livre qui chante la gloire de leur propre « instituteur » dans tous les sens de ce mot, je m'acquitte d'une vieille dette, ce qui fait toujours plaisir. Et, du haut du Ciel, le vieux maître qui inscrivait, dans la marge de mes « narrations », des éloges à l'encre rouge, avec sa belle écriture moulée, doit se réjouir en constatant que son travail n'a pas été tout à fait vain.

J'ai donc lu les pages d'André Merlaud (1) avec toute la sympathie que m'inspirent le thème et l'auteur. Je dois dire que cette lecture n'a rien d'un pensum. Elle m'a non seulement instruit, ce qu'on exige de toute œuvre d'histoire, et édifié, ce qui est le propre de l'hagiographie, mais captivé, et, quelquefois amusé, résultat auquel ne parviennent pas toujours les biographes de saints personnages. Elle va d'une allure presque cavalière, comme poussée par un souffle épique.

Après tout, n'est-ce pas une épopée que la carrière de Jean-Baptiste de La Salle?... Une épopée de la charité inventive, obstinée et courageuse. Quand nous chantions enfants, le cantique aux sonorités pompeuses :

Honneur à toi, glorieux de La Salle, et que nous échangions de petits sourires entendus lorsque arrivait cet alexandrin trop superbe:

Vainqueur de l'ignorance à l'âme si fatale; quand nous contemplions les horreurs de la statuaire sulpicienne qui maltraite le « glorieux de La Salle » et ses protégés à peu près autant que Vincent de Paul et à peine un peu moins que le pauvre saint Joseph, nous ne savions tout ce que sa gloire pseudo-baroque cachait d'aventures et de mésaventures, de persévérance contre tous les vents contraires, de hardiesse humble et silencieuse, de souffrances héroïques supportées, de sainteté chrétienne et — il faut le dire après un homme qui n'avait rien de clérical, Ferdinand Buisson — de génie humain. Si j'avais quelques raisons de rancune envers mes éducateurs, ce serait, sans doute, que, par excès de discrétion, ils ne m'aient point parlé de leur Père spirituel ou qu'il ne me l'aient fait voir que sous la fausse lumière de panégyriques stéréotypés et de statuettes rococo.



(1) André Merlaud : Jean-Baptiste de la Salle, maître de l'enfance et de la jeunesse, éditions Spes, 270 pages.


ECCLESIA
Lectures chrétiennes
No 81, 1955.


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Message  Monique Jeu 13 Oct 2011, 11:34 am

Génie humain, disais-je, oui, un vrai génie d'éducateur. Un éducateur populaire — l'instituteur des paysans, des fils d'artisans ou d'ouvriers — au moment où la culture humaine semblait à jamais confondue avec les « humaniores litterae », avec l'enseignement du latin et le culte de l'antique, au moment aussi où la diffusion par l'imprimerie de la civilisation graphique jusque dans les campagnes les plus reculées appelait, de toute urgence, l'instauration de méthodes nouvelles.

Spécialiste des problèmes de l'enfance, André Merlaud insiste, avec une juste raison, sur les innovations pédagogiques de Jean-Baptiste de La Salle, nouveautés qui nous paraissent aujourd'hui toutes naturelles, mais qui, à l'époque, prenaient figure de scandale. L'abandon du latin pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture, les méthodes globales et collectives d'enseignement, le travail des élèves par équipes et la correction mutuelle, l'adoucissement continu des procédés pédagogiques, l'identification des maîtres aux enfants par l'imagination et la charité, l'insistance sur l'enseignement moral et religieux, la constitution d'humanités populaires, tout cela qui rénova l'école que nous appelons aujourd'hui du premier degré, Jean-Baptiste de La Salle l'a conçu et réalisé, ou, pour le moins, entrevu et tenté.

De même que notre enseignement secondaire vit encore sur les Ratio Studiorum des Jésuites, notre enseignement primaire marche encore sur la lancée de Jean-Baptiste de La Salle et de ses religieux. Il faut que nos instituteurs — même les plus rouges — le sachent, parce que c'est la vérité historique. Il me semble que la paix religieuse aura fait un grand pas en France le jour où des « groupes scolaires » porteront le nom de Jean-Baptiste de la Salle (même si on supprime l'épithète de « saint » (parce qu'elle ne paraît pas assez « laïque »!) Cet accord sur le passé préfigurerait un accord sur le présent.





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Message  Monique Mer 19 Oct 2011, 9:11 am

Ce n'est d'ailleurs pas tout; le génie de Jean-Baptiste de La Salle, comme le montre André Merlaud, a ouvert bien d'autres avenues. Il a découvert la nécessité d'un enseignement post-scolaire et technique. Il a pressenti la valeur proprement culturelle de l'enseignement scientifique. Il a flairé les problèmes posés par les retardés et les « caractériels », par la « rééducation ». Il a frôlé des formules comme celles des patronages et des cercles d'études, de l'école du dimanche, dont le XIXe siècle devait assurer l'épanouissement. Par sa conduite envers les enfants des Huguenots, il a montré le chemin de la tolérance scolaire : un chemin que ses disciples allaient ouvrir tout grand, dans leurs collèges de Syrie ou d’Égypte, en formant des générations d'élèves recrutés à même la population musulmane. Tant de prescience étonne; elle explique les résistances, les cabales, les calomnies auxquelles se heurta le novateur; oui, un génie de l'éducation.

Parfaitement sensé, d'ailleurs, et les pieds posés par terre. L'expérience a montré que ses méthodes pédagogiques pour l'enseignement du premier degré sont assurément perfectibles, mais aussi qu'elles forment un tout qui se tient et auquel il importe de ne toucher qu'avec précaution. Il se peut qu'elles ne conviennent pas à tous les élèves, mais elles conviennent certainement à la majorité, presque à la généralité. Dans la mesure où notre école primaire s'écarte de ces règles d'or pour emprunter les méthodes de l'enseignement secondaire, il n'est pas sûr, tant s'en faut, qu'elle ait progressé. L'enseignement risque de n'y plus convenir qu'à une minorité d'enfants, ceux que les psychologues rattachent au « type intellectuel », futurs instituteurs et professeurs, non futurs artisans, ouvriers ou commerçants.

Le plus étonnant dans cette vocation de sainteté, c'est le caractère soudain, surprenant, erratique d'une vocation enseignante. Apparemment, rien ne préparait le chanoine de Reims à s'occuper d'enfants, d'écoles et de pédagogie. Certes, comme la grâce tombe sur la nature, il faut bien croire que cette vocation, ce génie sommeillait dans les profondeurs de sa personne. Mais, c'est la charité, la charité pure qui les éveille, par une sorte de miracle. Jean-Baptiste de La Salle découvre cette vérité que proclamera plus tard la Révolution française en fermant, hélas! les écoles des Frères : que le peuple a besoin d'instruction et d'éducation autant que de pain, que l'instruction et l'éducation lui fournissent les moyens de gagner dignement son pain; qu'elles lui confèrent sa dignité, ses droits d'homme et de citoyen. Et il ne se contente pas, comme les Révolutionnaires, de proclamer cette vérité abstraite : il la réalise, il la fait, facientes véritatem in caritate. On saisit là, sur le vif, la différence entre la Révolution pure (ou impure) et la charité lorsque les circonstances l'obligent à devenir révolutionnaire.

Jean-Baptiste de La Salle révèle, par là, une extraordinaire intuition de son temps. Je ne sais s'il a vu, mais il a senti monter la civilisation traditionnelle de nos campagnes, les besoins qu'elle détermine, les dangers qu'elle porte pour la foi et les mœurs. Il a senti monter du peuple, des masses paysannes, de l'activité urbaine une nouvelle génération de classes moyennes, élites et cadres, qui rivaliseront bientôt avec l'ancienne aristocratie et la bourgeoisie classique; et il a compris qu'il fallait donner à ces élites non seulement l'instruction dont elles avaient besoin pour leur promotion sociale, mais une formation morale et religieuse.


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Message  Monique Mer 19 Oct 2011, 8:54 pm

On parle beaucoup de la « déchristianisation » française, et un peu trop comme si elle était la seule au monde. Je frémis en pensant ce qu'aurait été cette déchristianisation, à quelle étendue, à quelle profondeur elle aurait atteint sans Jean-Baptiste de La Salle, et ses humbles Frères qui, certes, ne prévoyaient ni Hegel, ni Marx, ni Hitler, ni Staline, mais qui eurent la vision de leur temps et surent y répondre.

Qu'un tel novateur ait porté les croix qui sont le privilège de tous les vrais réformateurs c'est, hélas ! normal, étant donné les déterminismes sociaux et le péché du monde, au reste si fréquemment confondus et cumulés. Normal, mais douloureux et scandaleux. De toutes les persécutions, de toutes les trahisons, celles qui viennent des faux frères sont les pires, surtout lorsqu'elles corrompent une autorité dont la fonction normale serait l'approbation.

Parmi toutes les résistances qui jetèrent des obstacles sur le chemin du grand instituteur, il faut signaler particulièrement les obstructions corporatives, parce qu'elles relèvent de causes sociales, et non pas simplement de misères individuelles, comme tout autre conflit. Les « maîtres d'écoles » boycottèrent avec système un concurrent qui leur paraissait « gâcher le métier ». Ils ne défendaient, au fond, que des intérêts bassement corporatifs; mais il n'y a rien de tel que des pédagogues pour couvrir leurs petits intérêts sous le rappel des grands principes. Et il existe peu de corporations plus routinières, en France, que celles qui gravitent autour de l'enseignement. Elles l'ont montré à maintes reprises, au XVIIe siècle, contre Jean-Baptiste de La Salle.

Les choses ont-elles tellement changé aujourd'hui?... Certaines hostilités contre l'enseignement ne s'expliquent-elles pas par des raisons plus corporatives que doctrinales?... Et, au XXe siècle, ni les « mandarins », ni les fonctionnaires de l'enseignement officiel ne me semblent aimer les « outsiders », les novateurs, les concurrents désintéressés !


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Message  Monique Jeu 20 Oct 2011, 3:00 pm

Une autre résistance à Jean-Baptiste de La Salle présente un intérêt historique certain : celle des jansénistes. On voit la « secte » (il n'y a pas d'autre mot) à l'œuvre. N'ayant pu annexer Jean-Baptiste de La Salle, ils le combattent, et avec quels moyens!... les pires procédés de la politicaillerie dévote, du machiavélisme bigot : l'intrigue, le noyautage, la médisance, la calomnie. Parce qu'il n'a pas voulu être des leurs, ils feront le désert autour de lui.

De par le roi, défense à Dieu
De faire miracle en ce lieu,
lisait-on sur la porte du cimetière de Saint-Médard, fermé par la police. Oui, mais aussi défense d'être saint en dehors du jansénisme qui monopolisa la sainteté, sans garantie du gouvernement, bien entendu. Jean-Baptiste de La Salle, Grignon de Montfort, subirent, tour à tour, et, pour les mêmes causes, la fureur de la secte.

Il faut rappeler ces vérités désagréables en ce temps où le snobisme littéraire de quelques écrivains catholiques remet le jansénisme à la mode. Le jansénisme, ce n'est pas simplement Pascal, Nicole, la Mère Angélique, voire M. Hamon, mais aussi les sectaires imbéciles et fielleux qui étouffèrent tous les essais de réforme entrepris sans leur agrément — les adversaires de Jean-Baptiste de La Salle, de Grignon de Montfort, du Père Gaschon et de tant d'autres.

Qu'on puisse inscrire ces réflexions en marge d'un livre, c'est à son éloge. Or les considérations que je viens de livrer un peu en vrac ne sont qu'une petite partie de celles qui viendront à l'esprit des lecteurs cultivés, amateurs d'histoire et soucieux de pédagogie. Quant au « grand public », il lira le récit d'André Merlaud comme un beau roman d'aventures : les aventures spirituelles d'un prêtre qui avait l'amour du peuple, le génie de l'enseignement et que l'Esprit-Saint révéla à lui-même par l'aiguillon de la charité, faisant de lui le grand instituteur de la France et le pionnier de l'enseignement populaire.


FIN
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Message  Gérard Jeu 20 Oct 2011, 3:52 pm

Le pauvre Saint Jean Baptiste de la salle, il a dû se retourner dans son cercueil !
En effet, déjà avant le Concile Vatican II, disons pendant le Concile, j'étais élève à Saint Etienne au Pensionnat Saint Louis;

En 1962, en 6ème, les cours de caté était sur les vedette du sport...je me rappelle même de celles-ci Jazzy , Marie France Dupurer etc

En 1963,en cinquième, le caté était sur les vedette de la chanson...jonny, Claude François, Schella, Les Shadows. Les élèves avait offert un disque de ce groupe au frère Directeur pour son anniversaire;

en 1964, en quatrieme, c'était les rapports entre garçons et filles et les enquêtes sur la vie des gens de toute sorte etc etc..je vous passe l'éducation sexuelle dans le menu détail et la défroque général des frères !

Alors, il faut arrêter de croire que le Concile Vatican II était bon au départ, quand on est allé chercher Marcel pour préparer les schémas et que les choses ont mal tourné pendant le Concile parce que l'on aurait pas écouter un soi-disant groupe d'évêques tradi, qui ont été tellement courageux qu'ils on fini par accepter et signer tout ce qu'ils prétendaient refuser!

En Afrique avant le Concile, les missionnaires non progressistes qui étaient dirigé par le Nonce Lefèbvre ont été persécuté par lui !

Marcel Tradi ! Un Maître de la jeunesse et de l'enfance 962688 Un Maître de la jeunesse et de l'enfance 545542 geek ?

Oui, après le Concile...5 ans après...quand il a vu qu'il avait à sa disposition une armée de naïfs à déplumer et à rabattre dans l'unité de sa secte pas plus pourrie que lui ... ! Je dois avouer bien simplement que j'ai été de cette armée de naïfs et que j'ai dû m'en repentir !

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Message  gabrielle Ven 21 Oct 2011, 8:59 am

C'est vraiment de la pourriture ce truc.
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Message  Gérard Ven 21 Oct 2011, 10:28 am

gabrielle a écrit:C'est vraiment de la pourriture ce truc.

Pour ce qui est de l'église conciliaire, si l'on veut oublier sa doctrine pour s'émerveiller des fruits qu'elle a produit, on arrive à la même conclusion.

Dans cette église, dans "ce truc" comme vous dites, chère Gabrielle, il n'y a rien de bon et Marcel n'y a rajouté que l'apparence de bon. Il nous a fait croire que la tradition c'était de manger un bon repas traditionnel en nageant des les égoûts pour mieux se sanctifier en restant intimément uni à leurs odeurs maçonnes et à leurs virus mortifers du syncrétisme.
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