CONSEILS ET SOUVENIRS

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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 10:04 pm

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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 10:05 pm

PRÉFACE


Les pages qui s'intitulent Conseils et Souvenirs n'ont pas à être présentées au lecteur. Le nom de Sœur Geneviève de la Sainte Face qui, après les avoir judicieusement recueillis, les livre aujourd'hui au public en leur intégralité, suffit à en garantir l'authenticité et à en souligner la valeur. Quiconque connaît l'Histoire d'une Âme et les liens qui unissaient Thérèse et Céline est en mesure de deviner la qualité des propos ici rassemblés.

Après l'Autobiographie, les Lettres et les Poésies, dues à la plume de la Sainte elle-même, rien ne peut mieux refléter sa pensée, livrer son enseignement, et nous apprendre à nous comporter comme ses disciples dans les mille contingences de la vie quotidienne.

Ce n'est pas un récit soutenu, une analyse méthodique, c'est au fil des jours, l'effort pédagogique d'une jeune maîtresse de novices, qui est déjà sainte, pour initier aux secrets de l'enfance spirituelle, une âme qui lui est confiée, et qui se trouve être précisément « le doux écho de son âme ». L'enseignement nous est ici donné, un peu comme dans les récits évangéliques, à propos d'événements, de circonstances de vie, qui réclament les actes de diverses vertus. La Sainte agit en pleine vie, à la façon d'une grande sœur, elle écoute les confidences, répond aux questions posées, corrige un mouvement, une tendance, là où apparaît quelque imperfection.

On n'y trouvera ni traité d'oraison, ni dissertations sur la Règle et les Constitutions. La Mère Prieure, qui s'est réservé le gouvernement du noviciat, s'acquitte de cette besogne. Thérèse de l'Enfant-Jésus nous apporte, à propos de tout, le rappel encourageant de ce qu'il faut d'humilité, de pauvreté intérieure, de confiance éperdue et d'abandon filial pour que Dieu réalise dans l'âme tout son dessein d'amour. Depuis toujours, on a rêvé de traités spéciaux pour les novices, aujourd'hui on se préoccupe particulièrement et un peu partout de réadapter les ouvrages similaires qui ont rendu des services séculaires. Les Conseils et Souvenirs constituent pour l'avenir un traité précieux pour la formation des âmes qui s'engagent dans le chemin de la perfection. Mais là ne se borne pas leur utilité. Quiconque veut vivre pleinement la spiritualité évangélique devra lire ces pages, s'en nourrir. Leur charme pénétrant et subtil, comme leur solide réalisme, entraîneront les âmes comme par des appels irrésistibles.

On l'a fort bien dit, lorsqu'il s'agit de certains grands saints dont l'action et la doctrine continuent d'influencer la marche de l'Église universelle, ce qui nous renseigne sur leurs faits et gestes, toute parole authentique nouvellement rapportée, prend l'importance d'un message de l'Esprit-Saint adressé à tous, et dont on ne sait jamais quelle sera la résonance dans les âmes aujourd'hui ou demain. Mais quand on songe à l'influence unique exercée par la Sainte de Lisieux, pourra-t-on assez dire l'importance de tant de traits qui forment la trame de cet ouvrage.

Nous ne remercierons jamais assez Sœur Geneviève de la Sainte Face d'avoir recueilli, et puis livré au public ces pages, et d'avoir par là-même secondé la mission de sa Sœur d'une manière si efficace.



P. Elisée de la Nativité, o.c.d. Provincial de Paris.
Paris, le 8 mai 1952.

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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 10:27 pm

S. CONGRÉGATION DES RITES
30 janvier 1952.



TRÈS RÉVÉRENDE MÈRE PRIEURE,


En retournant à Votre Révérence le manuscrit des Conseils et Souvenirs, jaillis plus du cœur que de la plume de la très chère
« Céline » (1), et qui constituent un digne et précieux complément aux écrits autobiographiques de son immortelle Sœur, non seulement petite mais grande : Sainte Thérèse de Lisieux, je ne trouve pas de termes mieux adaptés que ceux employés par S. S. Pie X, aujourd'hui Bienheureux, en la lointaine année 1910, pour remercier de l'hommage qui Lui avait été fait de l'Histoire d'une âme : Suavissimum jucun-ditatis fructum Nobis peperit volumen, in quo Lexo-viensis Virginis nitent virtutes et fere spirat anima. Vere floruit quasi lilium et dedit odorem, et fronduit in gratiam : collaudavit canticum et benedixit Domi-num in operibus suis (1). »

Je note, en outre, avec une intime complaisance, comment, de la source très pure du Carmel de Lisieux, coule toujours abondante cette sève propre à attirer des légions d'âmes dans la « Petite Voie ».


Avec mes religieux hommages, à vous, Très Révérende Mère, à la très chère « Céline » et à tout le Carmel,


Votre très dévoué,
Salvatore Natucci,
Promoteur Général de la Foi.


A la Très Rév.
Mère Françoise-Thérèse de l'Enfant-Jésus
Prieure du Carmel de Lisieux
(Calvados) France



1. Sœur Geneviève de la Sainte Face.
1. » Ce volume, dans lequel brillent les vertus de la Vierge de Lisieux, et qui semble, pour ainsi dire, respirer toute son âme, Nous a causé une très douce joie.
Elle a vraiment fleuri comme un lis, elle en a répandu l'agréable odeur, elle a produit une vraie frondaison de grâces divines, elle a loué pleinement et béni le Seigneur dans ses œuvres. »

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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 10:45 pm

Rome, 31 janvier 1953.


... « J'exprime à Sœur Geneviève tout mon sentiment d'admiration et de reconnaissance pour la publication des trésors recueillis petit à petit et gardés jalousement jusqu'à ce jour dans l'intimité de sa Sainte Sœur, fine maîtresse de spiritualité en toute circonstance, même dans les moindres et les plus ordinaires.

J'ai lu avec édification et profonde émotion ces Conseils et Souvenirs qui complètent bien l'Autobiographie pour donner la vraie physionomie de sainte Thérèse, en ses traits caractéristiques, que certains voudraient modifier par des interprétations arbitraires. Quelle humanité et quel héroïsme, surtout dans les derniers souvenirs du lumineux couchant !

« Merci à Sœur Geneviève et à tout le Carmel,
FIDÈLE GARDIEN D'UNE SAINTETÉ ET D'UNE VOIE QUI ILLUMINENT LE MONDE DES ÂMES. »



Adeodat, Cardinal Piazza,
secrétaire de la Sacrée Congrégation Consistoriale.
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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 10:54 pm

Rome, 3 décembre 1952.



MA BIEN CHÈRE ET VÉNÉRÉE SOEUR,


Il y a quelques jours, j'ai terminé la lecture des Conseils et Souvenirs, et depuis lors je me propose de venir vous remercier d'avoir livré au public ces pages intimes et lumineuses. Elles m'ont fait du bien et elles en feront, car elles montrent par maints détails comment se comportait dans la vie ordinaire votre sainte Petite Sœur, simple, délicate en ses paroles et ses attitudes extérieures, toujours éclairée par la lumière de l'amour qui brûlait en elle.

A travers ces pages, on découvre comment la sainteté n'est pas dans les mots, dans les gestes, dans une attitude extérieure déterminée, mais dans l'amour que l'Esprit-Saint répand dans l'âme, amour caché mais qui a transformé silencieusement l'âme, qui rayonne dans la perfection des vertus qu'il anime et par la fécondité de ses œuvres, et qui cependant se cache dans la souplesse des actes qu'il commande et sous l'humble simplicité de toutes ses attitudes. La simplicité ne peut pas être expliquée : il faut la voir pour savoir ce qu'elle est. Ces pages nous la montrent en sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Qu'elle vous remercie elle-même d'avoir fait ce geste généreux pour que nous la découvrions mieux. Veuillez lui demander de me faire profiter de ces lumières afin que j'aime un peu plus le bon Dieu.

De tout, je vous remercie, en vous redisant mon humble dévouement et ma religieuse vénération.



P. Marie-Eugène de L'E.-J., o.c.d.
Premier Définiteur Général des Carmes Déchaux.
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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 11:28 pm

AVANT-PROPOS


Les Conseils et Souvenirs publiés jusqu'en 1952 à la suite de l'Histoire d'une âme, dans la grande édition, avaient été extraits des Dépositions que les anciennes novices de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus écrivirent pour les Procès canoniques de Béatification et de Canonisation.

La présente édition ne donne que les Conseils et Souvenirs recueillis par la propre sœur de la Sainte : Sœur Geneviève de la Sainte Face. On sait la place unique que celle-ci occupait dans le cœur et dans la vie de la Sainte. Céline n'était pas seulement sa sœur selon la chair, elle devait devenir sa disciple selon l'esprit. C'est à son propos que Thérèse écrivit dans son Autobiographie : « Je puis dire que mon affection fraternelle ressemblait plutôt à un amour de mère, j'étais remplie de dévouement et de sollicitude pour son âme. »

A son sujet encore, le 16 juillet 1897, au cours d'un de ses derniers entretiens, elle confiait à la Révérende Mère Agnès de Jésus : « J'avais fait le complet sacrifice de ma Sœur Geneviève, mais je ne puis pas dire que je ne la désirais pas. Bien souvent l'été, pendant le silence du soir, étant assise sur la terrasse, je me disais : [i]« Ah ! si ma Céline était là près de moi... mais non, ce serait un trop grand bonheur... » Et cela me semblait irréalisable, mais ce n'était point par nature que je désirais ce bonheur, c'était pour son âme, pour qu'elle soit semblable à nous... Et quand je l'ai vue entrée ici et non seulement entrée, mais donnée à moi complètement pour l'instruire de toutes choses ; quand j'ai vu que le bon Dieu dépassait ainsi mes désirs, j'ai compris quelle immensité d'amour il avait pour moi... »

Ces remarques soulignent la portée des témoignages qui suivent. Leur grande valeur historique vient de ce qu'ils sont extraits :

de notes intimes que, sur l'ordre de la Révérende Mère Agnès de Jésus, Sœur Geneviève avait rédigées, en partie du vivant même de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Celle-ci prit connaissance de ces premiers essais et les trouva conformes à la vérité ;

de ses Dépositions préparées en vue des Procès canoniques dont ils donnent toute la substance.
Sœur Geneviève de la Sainte Face y a joint quelques souvenirs, rédigés sur la fin de sa vie.
Les divisions et les titres ont été ajoutés pour la publication.

Quand Sœur Geneviève de la Sainte Face, peu après la mort de Thérèse, écrivit ses notes intimes, elle leur donna pour préambule les lignes suivantes :


J.M.J.T.

J'avais lu, dans mon enfance, la vie des Saints. Ces écrits avaient transporté et enflammé mon cœur, fait naître mes aspirations vers le beau, enthousiasmé et guidé ma jeunesse...

L'idéal de la sainteté, je l'avais entrevu, rêvé, jamais atteint, car pour toucher quelque chose il faut en être tout près et pour que l'admiration soit sans nuage, il faut pouvoir imiter le héros qui l'inspire.

Au Carmel, j'ai trouvé en notre chère petite Sœur Thérèse ce que j'avais cherché. Par elle tous mes désirs ont été comblés.

O Marie, ma Mère ! c'est sous votre regard que j'écris ces quelques souvenirs afin qu'à l'heure des ténèbres, de l'épreuve, et de la tentation, je me souvienne que ces choses m'ont été dites par l'Ange que vous m'aviez donné pour guider mes premiers pas dans la vie religieuse, c'est Lui, je le sais, qui, du haut du Ciel, m'accompagne encore et guidera mes derniers pas.


Entrée dans la quatre-vingt-troisième année de son âge, Sœur Geneviève voulut revoir les notes, prises au seuil de sa vie religieuse et comme sous la dictée de sa sainte petite Sœur. Ce travail achevé, elle se rendit à elle-même l'émouvant témoignage suivant, que nous avons tenu à reproduire intégralement :

« J'ai relu et classé mes souvenirs, consignés dans des carnets intimes et dans mes préparations de Déposition pour les deux Procès.

« Ces textes, le plus souvent alternés en dialogue, donnent, comme le dit l'Imitation, le véritable accent de « la voix de la nature et de la voix de la grâce ». Et, bien que, sur certains sujets « la voix de la nature » se répète jusqu'à devenir fastidieuse, j'ai voulu ne rien en supprimer afin de ne rien perdre des sages réponses de « la voix de la grâce ».

« Puissent ces souvenirs vécus aider un peu les âmes qui luttent avec leurs défauts ou imperfections !
« J'atteste que ces pages sont, en toute vérité, conformes à ce que j'ai vu et entendu. »




SOEUR GENEVIÈVE DE LA SAINTE FACE
et de SAINTE THÉRÈSE,
o. c. d.
9 juin 1951.
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Message  Monique Mer 21 Sep 2011, 11:40 pm

Celle qui traçait ces lignes est retournée à Dieu le 25 février 1959, en sa 90e année. Elle avait elle-même mis au point, en y faisant quelques additions, une nouvelle édition de cet ouvrage. Comme elle avait fait revivre sur la toile la Face sanglante du Maître, telle que la révélait mystérieusement en ses plis le Saint-Suaire de Turin ; comme elle avait consacré son talent à reproduire le portrait de sa petite Sœur, tel que son cœur en gardait le souvenir ; ainsi employa-t-elle ses dernières forces à parfaire le volume où son étonnante mémoire et sa minutieuse fidélité d'archiviste livraient les anecdotes et les menus propos qui fixeront définitivement, pour l'Histoire, la physionomie morale de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Elle a fait plus. Le courage admirable manifesté dans sa dernière maladie, sa patience sereine au sein de la souffrance, la beauté de sa mort enfin, ont fait toucher du doigt l'efficacité de la Voie d'enfance pour acheminer l'âme à la rencontre de son Dieu.

Cet ultime témoignage confère aux pages qui vont suivre une note d'authenticité excitant tout ensemble l'admiration et l'imitation. La doctrine est vraiment du Ciel qui assure à ce point le triomphe de la grâce dans une nature ardente et généreuse, mais entière et tenace, dont on verra ici, humblement avoués, les tentations, les combats, les efforts.


Carmel de Lisieux.



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A suivre... Chap. I.- Maitresse des Novices
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Message  Monique Jeu 22 Sep 2011, 10:13 am

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MAÎTRESSE DES NOVICES


Le 20 février 1893, la Révérende Mère Agnès de Jésus, élue Prieure du Carmel de Lisieux, nomma Maîtresse des novices Mère Marie de Gonzague, qu'elle remplaçait à la tête de la Communauté. Peu après, elle demanda à Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus — âgée seulement de vingt ans, mais dont elle connaissait mieux que personne l'intelligence et les vertus de s'occuper discrètement de ses compagnes, de recevoir leurs confidences et de les former à la vie religieuse.

Il n'y avait alors, au noviciat, avec la Sainte, que deux Sœurs (converses) : Sœur Marthe de Jésus et Sœur Marie-Madeleine du Saint-Sacrement. Successivement, entrèrent au Carmel de Lisieux et se joignirent à elles : Sœur Marie de la Trinité, le 16 juin 1894; Sœur Geneviève de la Sainte Face, le 14 septembre 1894, et sa cousine, Sœur Marie de l'Eucharistie, le 15 août 1895.

Le 21 mars 1896, Mère Marie de Gonzague fut réélue Prieure et décida de cumuler cette charge avec celle de Maîtresse des novices. La Révérende Mère Agnès de Jésus lui conseilla de se faire aider le plus possible par Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus qui s'était si parfaitement acquittée de la mission à elle confiée, depuis trois ans. Mère Marie de Gonzague entra facilement dans ces vues et laissa — pratiquement — toute la direction du noviciat à Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui fut donc maîtresse, sans en porter le titre, jusqu'à sa mort, 30 septembre 1897.

Ce n'est qu'après avoir ainsi remplacé Mère Marie de Gonzague, au noviciat — c'est-à-dire à partir de mars 1896 — qu'elle rassemblait, chaque jour, les novices, après vêpres, de deux heures et demie à trois heures (1).

Elle ne leur faisait pas de Conférence proprement dite. Son enseignement n'avait rien de systématique. Elle lisait ou faisait lire quelques passages de la Règle, des Constitutions ou du Coutumier dit « Papier d'exaction », donnait les quelques explications ou précisions qu'elle jugeait utiles, ou répondait aux questions que posaient les jeunes Sœurs, puis reprenait leurs manquements, s'il y avait lieu, et parlait familièrement avec elles sur ce qui pouvait les intéresser à ce moment-là, en fait de spiritualité, ou même de travail en cours.

Dans ses conversations particulières avec les novices, la Sainte donnait les conseils les mieux adaptés à chacune. Elle éclairait les cas de conscience et les difficultés de ses novices selon leurs tendances personnelles, leurs besoins propres, leurs épreuves ou leurs joies actuelles. Il arrivait que tels conseils donnés à l'une n'auraient pu convenir à l'autre. Ceci avait été souligné par la Sainte elle-même. (On remarquera dans le passage suivant un rare don surnaturel de psychologie qui se retrouve dans tout l'exercice de sa fonction auprès des novices) :


« ... J'ai vu d'abord que toutes les âmes ont à peu près les mêmes combats, mais qu'elles sont si différentes d'un autre côté que je n'ai pas de peine à comprendre ce que disait le Père Pichon : « Il y a bien plus de différence entre les âmes qu'il n'y en a entre les visages. » Aussi est-il impossible d'agir avec toutes de la même manière... (1) On sent qu'il faut absolument oublier ses goûts, ses conceptions personnelles et guider les âmes par le chemin que Jésus leur a tracé, sans essayer de les faire marcher par sa propre voie (2).

« ...Qu'arriverait-il si un jardinier maladroit ne greffait pas bien ses arbustes ? S'il ne savait pas reconnaître la nature de chacun et voulait faire éclore des roses sur un pêcher ?... Il ferait mourir l'arbre qui cependant était bon et capable de produire des fruits.
« C'est ainsi qu'il faut savoir reconnaître dès l'enfance ce que le Bon Dieu demande aux âmes, et seconder l'action de sa grâce, sans jamais la devancer ni la ralentir ( 3). »

C'est à propos de l'éducation des enfants que la Sainte faisait ces observations si judicieuses. Comme elle sut en tenir compte dans cette éducation des âmes qu'est la formation donnée au noviciat !

En s'inspirant aussi de ces remarques, chacun fera, dans ces Conseils et Souvenirs, le choix qui correspond le mieux à ses besoins personnels, car tous ne peuvent convenir indistinctement à chaque lecteur.

Si elle était d'une grande bonté, notre sainte Maîtresse était aussi d'une grande fermeté et ne nous passait absolument rien. Aussitôt qu'elle s'était aperçue de quel qu'imperfection, elle allait trouver la coupable et, bien que cela lui coûtât beaucoup, rien ne pouvait l'empêcher de faire son devoir.

Un jour, dans un doux épanchement, Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus me dit :


« Le temps que j'ai passé à m'occuper des novices a été pour moi une vie de guerre, de lutte. Le bon Dieu a travaillé pour moi..., je travaillais pour Lui et jamais mon âme n'a tant avancé... Je ne cherchais pas à être aimée, je ne m'occupais pas de ce qu'on pouvait dire ou penser de moi, je ne cherchais qu'à contenter le bon Dieu, sans désirer que mes efforts portent leur fruit. Oui, il faut semer le bien autour de soi, sans s'inquiéter s'il lève. A nous le travail, à Jésus le succès. Ne pas craindre la bataille quand il s'agit du bien du prochain, reprendre en dépit de sa tranquillité personnelle et beaucoup moins dans le but de réussir à ouvrir les yeux des novices, que dans celui de servir le bon Dieu. Et pour qu'une réprimande porte du fruit, il faut que cela coûte de la faire et n'avoir pas une ombre de passion dans le cœur. »

Ce témoignage est exact. Je remarquais son grand renoncement, sa patience à nous écouter, à nous instruire, sans chercher aucune joie ni distraction. Je m'apercevais aussi de son désintéressement et du zèle avec lequel elle s'occupait des novices moins bien douées, leur montrant toujours la plus grande affection. Elle avait le respect des âmes quelles qu'elles soient.

A tout ce que nous lui disions, elle avait une réponse et, pour se faire bien comprendre, citait des textes de la Sainte Écriture ou racontait des histoires qui nous gravaient dans la mémoire les vérités qu'elle voulait nous inculquer.

J'admirais sa grande sagacité pour dépister les ruses de la nature, les divers mouvements de notre âme. Elle avait, en effet, une perspicacité toute céleste, à tel point qu'on croyait parfois qu'elle lisait dans notre pensée. On la sentait vraiment inspirée, je la consultais, croyant qu'elle ne pouvait pas se tromper et que le Saint-Esprit parlait par sa bouche, sans cependant que rien sortît de l'ordinaire et qu'elle parût se douter de la grâce qui opérait par elle.



★ ★ ★





1. Selon l'usage d'alors.
1. Manuscrits autobiographiques, C, fol. 23 V°.
2.Id., fol. 22 V°.
3. Ms. A, fol. 53 I°.



À suivre...
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Message  Monique Jeu 22 Sep 2011, 8:54 pm

MAÎTRESSE DES NOVICES


Il arrivait à ses novices de la déranger à temps et à contretemps, de la tracasser, de lui faire des questions indiscrètes sur ce qu'elle écrivait (le manuscrit de sa vie ou quelque lettre à l'un de ses frères spirituels). Jamais je ne l'ai vue répondre d'une façon tant soit peu impatiente, brusque ou même empressée. Elle était toujours calme et douce.

Comme elle s'en est elle-même rendu témoignage, quand il s'agissait de dire la vérité, elle ne reculait devant rien et n'avait aucune peur de la guerre. S'il fallait nous reprendre, elle ne calculait pas avec ses forces. Je la vois encore, tremblante de fièvre, la gorge en feu, dans les derniers mois de sa vie, retrouver toute sa vigueur pour flétrir et corriger une novice. Dans une de ces occasions, elle me dit : « Il faut que je meure les armes à la main, ayant à la bouche le glaive de l'Esprit qui est la parole de Dieu (1). »



★ ★ ★





1. Eph., VI, 17 et Règle du Carmel.


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Message  Monique Jeu 22 Sep 2011, 9:18 pm

Sa Prudence


Au début de sa charge de Maîtresse des novices, quand nous lui racontions nos combats intérieurs, notre chère petite Sœur cherchait à nous apaiser soit par le raisonnement, soit en nous démontrant avec clarté que telle de nos compagnes n'avait pas tort. Ceci amenait de longues discussions qui n'atteignaient pas le but désiré et n'étaient d'aucun profit pour nos âmes. Elle s'en aperçut bien vite et changea de tactique. Au lieu d'essayer de nous enlever nos combats en détruisant leur cause, elle nous les faisait regarder en face...

Ainsi, par exemple, si j'allais lui dire : « Nous voilà au samedi et ma compagne d'emploi, chargée de remplir le coffre à bois cette semaine, n'a pas pensé à le faire, alors que j'y mets tant de soin lorsque c'est mon tour ! », elle essayait de me familiariser avec la chose même qui me jetait dans l'indignation. Sans chercher à faire disparaître le noir tableau que je traçais sous ses yeux ou à essayer de l'éclaircir, elle m'obligeait à le considérer de plus près et elle paraissait se mettre d'accord avec moi :

« Eh bien ! admettons, je conviens que votre compagne a tous les torts que vous lui attribuez... »

Elle agissait ainsi pour ne pas me rebuter et travaillait ensuite sur cette base. Petit à petit, elle arrivait à me faire aimer mon sort, à me faire même désirer que les Sœurs me manquent d'égards et de prévenance, que mes compagnes remplissent imparfaitement leurs obédiences, que je sois grondée à leur place, accusée d'avoir mal fait ce dont je n'étais même pas chargée. Enfin, elle m'établissait dans les sentiments les plus parfaits. Puis, quand cette victoire était gagnée, elle me citait des exemples ignorés de vertu de la novice accusée par moi. Bientôt, le ressentiment faisait place à l'admiration et je pensais que les autres étaient meilleures que moi.

Mais, bien plus, si elle savait que le fameux coffre à bois avait été rempli par cette Sœur, depuis la visite que j'y avais faite, elle se gardait de me le dire, quoique cette révélation eût anéanti mon combat du premier coup. Suivant donc le plan que je viens de tracer, quand elle avait réussi à me mettre dans des dispositions parfaites, elle me disait simplement : « Je sais que le coffre est rempli. »

Quelquefois, elle nous laissait la surprise d'une découverte analogue et profitait de la circonstance pour nous démontrer que bien souvent on se donne des combats pour des raisons qui n'en sont pas et sur de pures imaginations.

On s'étonnera sans doute, à cette occasion, et en d'autres passages de ce livre, que des religieuses aient à livrer de telles luttes contre la nature. J'avoue avoir moi-même partagé cet étonnement au début de ma vie carmélitaine. Il me semblait qu'après avoir consenti au sacrifice de la séparation d'avec la famille et du renoncement total au monde, il devait être aisé de porter les mille petits heurts de la vie commune. Je fus bien vite détrompée, et par expériences personnelles.

Le cloître ignore les mille distractions qui servent de diversion à la sensibilité blessée, celle-ci éprouve donc plus à vif les petits malentendus provoqués fatalement par des tempéraments, des éducations, des caractères différents. On voit telle âme, héroïque devant de grandes immolations, devoir livrer une lutte à mort à propos de menus incidents. C'est ce que me fit remarquer Sœur Thérèse, en présence de faits à l'appui, comme je le dirai dans la suite.

Ce combat de tous les instants est particulièrement méritoire. Il explique le mot, souvent cité, d'une religieuse expérimentée : « Mon calice, c'est la vie commune. » Il donne tout son prix à la belle charité qui fleurit dans les monastères. Notre Sainte, qui avait su si totalement triompher de ces épreuves et pacifier son âme, apportait toute sa vigilance à nous aider à franchir ces mêmes obstacles. Sa « petite Voie », sa « petite Doctrine » y faisaient merveille.




★ ★ ★






À suivre...
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Message  gabrielle Ven 23 Sep 2011, 9:55 am

Un grand merci pour ce travail, qui profitera à tous.
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Message  ROBERT. Lun 26 Sep 2011, 4:20 pm

.

Merci Monique.
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Message  Monique Lun 26 Sep 2011, 4:49 pm

ROBERT. a écrit:.

Merci Monique.


Merci à vous cher Robert, très heureuse de votre retour. cheers sunny
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Message  ROBERT. Lun 26 Sep 2011, 5:12 pm

Monique a écrit:
ROBERT. a écrit:.

Merci Monique.


Merci à vous cher Robert, très heureuse de votre retour. cheers sunny

Un de mes mes bons amis me tient au courant... Wink
.
ROBERT.
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Message  Monique Lun 26 Sep 2011, 5:34 pm

ROBERT. a écrit:
Monique a écrit:
ROBERT. a écrit:.

Merci Monique.


Merci à vous cher Robert, très heureuse de votre retour. cheers sunny

Un de mes mes bons amis me tient au courant... Wink
.


DEO GRATIAS ! pour ce bon ami! cheers flower
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Message  Monique Lun 26 Sep 2011, 7:15 pm

Sa Prudence


Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus me parlait à moi, sa sœur et novice, parce qu'elle en avait la permission, étant chargée de ma direction, mais je me suis souvent aperçue qu'elle se privait de s'épancher pour ce qui la regardait personnellement. Elle ne nous confiait pas ses peines, son principe étant qu'une Supérieure doit s'oublier complètement et, quand on lui fait part d'une souffrance intime ou d'un malaise de santé, ne pas se plaindre de ces mêmes maux. Ainsi elle nous faisait du bien sans chercher à s'en faire à elle-même, sans s'attirer aucune consolation du cœur.

Elle me dit en confidence qu'en prenant la charge du noviciat, elle avait tout d'abord demandé au bon Dieu de ne jamais être aimée « humainement », ce qui lui fut accordé (1). Nous l'aimions beaucoup, mais nulle d'entre nous n'était tentée d'entretenir à son égard cette affection folle et inconsidérée qui est souvent le partage de la jeunesse. Nous recourions à elle par un besoin de vérité.

Quelques Sœurs anciennes, remarquant sa prudence céleste, vinrent aussi la consulter en secret. Son ascendant venait surtout de sa vertu, de son désir d'attirer les âmes au bon Dieu, et des moyens qu'elle employait pour réussir : l'abnégation totale et la prière. Souvent, pendant nos entretiens, elle élevait son cœur vers Dieu et bien des fois je discernai ce mouvement intérieur.



★ ★ ★


1. » Dans la conduite des novices dont elle eut la charge, il est remarquable qu'elle ne chercha jamais à se concilier leur affection par les concessions de la prudence humaine. Elle ne voyait que l'intérêt de leur perfection religieuse et tâchait de le procurer même aux dépens de sa popularité. J'ai été cent fois témoin de la fidélité qu'elle avait à agir envers elles suivant sa conscience. » (Rév. Mère Agnès de Jésus : Déposition au Procès de Canonisation, Summarium § 1552.)







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Message  Monique Lun 26 Sep 2011, 7:54 pm

Humilité


Parmi toutes les vertus, l'humilité surtout atteignit chez sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus les dernières limites et c'est pour être plus humble et plus petite qu'elle suivit la « Voie d'enfance spirituelle », ou plutôt c'est cette Voie, suivie fidèlement, qui la rendit humble et simple comme un petit enfant.

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus considérait avec joie que, malgré ses neuf ans de vie religieuse, elle avait toujours été au noviciat, ne faisant pas partie du Chapitre conventuel et regardée comme une « petite « (1).


« Seigneur, souffrir et être méprisé ! »


Quand elle souffrit l'épreuve si humiliante de la maladie de notre Père vénéré, elle montra que ses désirs de mépris n'étaient pas lettre morte.

Que de fois, depuis son adolescence, n'avait-elle pas répété, avec enthousiasme, cette parole de saint Jean de la Croix : « Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous! » C'était le thème de nos aspirations quand, aux fenêtres du Belvédère, nous devisions ensemble sur la vie éternelle.


» Aimer qu'on vous commande et vous blâme »



« Il faudrait surtout, me disait-elle, être humble de cœur et vous ne l'êtes point, tant que vous ne voulez pas que tout le monde vous commande. Vous êtes de bonne humeur tant que les choses vous réussissent, mais aussitôt qu'elles ne vont plus à votre idée, votre figure se rembrunit. En cela n'est pas la vertu. La vertu « c'est de se soumettre humblement sous la main de tous (1) », c'est de vous réjouir de ce qu'on vous blâme.

Au commencement de vos efforts, la même contrariété paraîtra à l'extérieur et les créatures vous jugeront aussi imparfaite, mais c'est là le plus beau de l'affaire, car vous pratiquerez l'humilité qui consiste non pas à penser et à dire que vous êtes remplie de défauts, mais à être heureuse que les autres le pensent et même le disent.
« Nous devrions être très contentes que le prochain nous dénigre quelquefois car si personne ne faisait ce métier-là que deviendrions-nous ? C'est notre petit profit... »


Au cours d'une fête de Communauté où l'on avait représenté une « récréation pieuse » de sa composition, elle fut reprise sur sa longueur et on la fit interrompre (1). Je la surpris, dans la coulisse, essuyant furtivement quelques larmes; puis, s'étant ressaisie, elle resta paisible et douce sous l'humiliation.

C'est avec une joie céleste que Sœur Thérèse acceptait tout reproche, non seulement des Supérieures, mais des inférieures. Ainsi, elle se laissait dire des choses désagréables par les novices, sans jamais les gronder à ce moment-là.

« Je veux bien accepter les remarques quand elles sont justes, lui disais-je; dès que j'ai tort, j'en conviens, mais je ne puis supporter les réprimandes si je ne suis pas en faute.

— Pour moi, reprit-elle, c'est tout le contraire, je préfère être accusée injustement, parce que je n'ai rien à me reprocher et j'offre cela au bon Dieu avec joie ; ensuite, je m'humilie à la pensée que je serais bien capable de faire ce dont on m'accuse. »

« Il me semble, avouait-elle simplement, que l'humilité, c'est la vérité. Je ne sais pas si je suis humble, mais je sens que je vois la vérité en toutes choses. »



★ ★ ★


1. Imitation, L. III, ch. XLIX, 7.
1. C'était le cantique de « l'Ange du Désert », dans la pièce de la « Fuite en Egypte », 21 janvier 1896.







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Message  Monique Mar 27 Sep 2011, 3:04 pm

Humilité


C'était son habitude de se classer parmi les faibles, d'où est venue l'appellation de « petites âmes ».
Dans les instructions particulières qu'elle faisait à chacune de ses novices, il fallait toujours en revenir à l'humilité. Le fond de son enseignement était de nous apprendre à ne pas nous affliger en nous voyant la faiblesse même, mais plutôt à nous glorifier de nos infirmités. (1)


« C'est si doux de se sentir faible et petite ! », disait-elle (2).


« Vous avez une petite chienne... »


En une circonstance où Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus m'avait montré tous mes défauts, j'étais triste et un peu désemparée. « Moi qui désire tant posséder la vertu, pensai-je, m'en voilà bien loin, je voudrais tant être douce, patiente, humble, charitable, ah ! je n'y arriverai jamais !... » Cependant, le soir, à l'oraison, je lus que sainte Gertrude exprimant ce même désir, Notre-Seigneur lui avait répondu :

« En toutes choses et par-dessus tout, aie bonne volonté, cette seule disposition donnera à ton âme l'éclat et le mérite spécial de toutes les vertus. Quiconque a bonne volonté, désir sincère de procurer ma gloire, de me rendre grâces, de compatir à mes souffrances, de m'aimer et de me servir autant que toutes les créatures ensemble, celui-là recevra indubitablement des récompenses dignes de ma libéralité et son désir lui sera quelquefois plus profitable que ne le sont à d'autres leurs bonnes œuvres. »

Très contente de cette bonne parole, toute à mon avantage, j'en fis part à notre chère petite Maîtresse qui surenchérit et ajouta :

« Avez-vous lu ce qui est rapporté dans la vie du Père Surin ? Il faisait un exorcisme et les démons lui dirent : « Nous venons à bout de tout, il n'y a que cette chienne de bonne volonté à laquelle nous ne pouvons jamais résister 1 !» Eh bien ! si vous n'avez pas de vertu, vous avez une « petite chienne » qui vous sauvera de tous les périls ; consolez-vous, elle vous mènera au Paradis ! — Ah ! quelle est l'âme qui ne désire pas posséder la vertu ! C'est la voie commune ! Mais que peu nombreuses sont celles qui acceptent de tomber, d'être faibles, qui sont contentes de se voir par terre et que les autres les y surprennent ! »


★ ★ ★



1. II Cor., XII, 5.

2. II est trop clair que la Sainte n'entendait nullement approuver l'acceptation sans combat des fautes morales, même légères. Semblable attitude lui eût paru attentatoire aux droits de Dieu. On sait avec quelle vigueur elle dénonçait l'erreur spécieuse du quiétisme (V. p. 49 de ce volume). Elle eût applaudi au langage si ferme de Sa Sainteté le Pape Pie XII, déplorant, en son Message du 23 décembre 1949, que certains fassent « du péché une simple faiblesse, et de la faiblesse jusqu'à une vertu ».

Ce que Thérèse souligne maintes fois en sa « petite Doctrine », c'est la nécessité fondamentale pour la créature de ne pas croire en sa propre force, de ne pas s'appuyer sur ses propres mérites, mais de compter exclusivement sur la grâce divine, seule capable d'inspirer, d'aider, de couronner nos efforts et de prêter vigueur à notre bonne volonté.

Reconnaître, accepter, aimer sa faiblesse, ce n'est donc pas excuser le péché ni s'en accommoder, c'est s'établir dans la vérité, perdre toute illusion sur soi-même et faire jaillir du fond même d'une misère mieux discernée le cri de confiance éperdue en l'Infinie Miséricorde. Cela vaut à plein pour les impuissances, les dépressions, les tentations, les épreuves, les imperfections, les échecs qui échappent à la fragilité humaine et sur lesquels les novices auxquelles la Sainte s'adressait avaient tendance à s'appesantir.

Cela vaut encore, mais avec des nuances importantes — d'autres textes thérésiens, notamment l'émouvante finale du Manuscrit C, fol. 36 v°, le montrent à l'évidence — pour l'héritage des fautes passées, fussent-elles accablantes comme celles de la Samaritaine, de la femme adultère, du bon larron, de la pécheresse du désert. Ces fautes, on ne peut les aimer; on doit les regretter et en prévenir le retour ; mais, loin de s'en désespérer ou de s'en dépiter orgueilleusement, il faut en tirer humblement parti pour mieux se défier de soi et se confier d'autant plus à l'Amour Miséricordieux qui pardonne, qui relève et qui comble. Thérèse rejoint ici le mot célèbre de saint Augustin interprétant et complétant saint Paul: « Pour ceux qui aiment Dieu tout tourne à bien, même les péchés ».







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Message  Gérard Mar 27 Sep 2011, 4:04 pm

On souhaite à tous ceux qui lisent ces merveilleux récits sur Sainte Thérèse, mis en ligne par Monique, d'avoir cette fabuleuse petite chienne, de la garder en bonne santé, de bien la nourrir, d'en avoir un grand soin et grande estime au point de ne jamais s'en passer, de lui donner du fortifiant tous les jours pour qu'elle soit toujours là au rendez-vous de toutes nos pensées et de toutes nos actions.

Gloria in excelsis Deo
Et in terra Pax hominibus
Bonae volontatis

Pour ceux qui n'ont rien compris à ma chienne d'histoire, ils seront obligés de relire tout ce qu'a mis en ligne Monique et ils ne perdront pas leur temps !
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Message  Monique Mar 27 Sep 2011, 6:09 pm

Sujets d'humiliation


Un jour que j'étais découragée et que j'attribuais cet état de dépression à ma fatigue, elle me dit :

« Il ne faut jamais croire, quand vous ne pratiquez pas la vertu, que cela est dû à une cause naturelle comme la maladie, le temps, ou le chagrin. Vous devez en tirer un grand sujet d'humiliation et vous ranger parmi les petites âmes, puisque vous ne pouvez pratiquer la vertu que d'une façon si faible. Ce qui vous est nécessaire maintenant, ce n'est pas de pratiquer des vertus héroïques, mais d'acquérir l'humilité. Pour cela, il faudra que vos victoires soient toujours mêlées de quelques défaites, de sorte que vous n'y puissiez penser avec plaisir. Au contraire, leur souvenir vous humiliera en vous montrant que vous n'êtes pas une grande âme. Il y en a qui, tant qu'elles sont sur la terre, n'ont jamais la joie de se voir appréciées des créatures, ce qui les empêche de croire qu'elles ont la vertu qu'elles admirent chez les autres. »


★ ★ ★



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Message  Monique Mar 27 Sep 2011, 6:24 pm

Un « petit moyen »...


« Dernièrement, me dit-elle, j'ai eu un mouvement de nature avec une Sœur, je crois qu'elle ne s'en est pas aperçue, le combat était intérieur ; cependant, je me suis nourrie de la pensée qu'elle m'avait trouvée sans vertu et j'ai été bien heureuse de m'y sentir. »

Une autre fois, dans une occasion semblable, elle me disait : « Cela me comble de joie d'avoir été imparfaite, aujourd'hui le bon Dieu m'a fait de grandes grâces, c'est une bonne journée... » Je lui demandai alors comment elle pouvait éprouver ces sentiments ? « Mon petit moyen, me répondit-elle, c'est d'être toujours joyeuse, de toujours sourire, aussi bien quand je tombe que lorsque je remporte une victoire. »


Cette âme si forte doutait tant d'elle-même qu'elle se croyait capable des plus grands péchés. Elle avait écrit au bas d'une image de Jésus en croix ces mots qui traduisent les dispositions habituelles de son âme :
« Seigneur, vous savez bien que je vous aime «( 1)..., mais ayez pitié de moi, car je ne suis qu'un pécheur (2). »

Elle me citait un petit fait où elle avait touché du doigt la frivolité humaine à laquelle personne ne peut se soustraire.
La nuit de Noël 1887 où elle espérait entrer au Carmel fut pour elle une extraordinaire épreuve ; après toutes ses démarches, se voyant encore dans le monde, son âme était à l'agonie.


« Eh bien ! me dit-elle plus tard, croiriez-vous que malgré cet océan d'amertume où j'étais plongée, j'ai cependant été contente d'étrenner mon joli chapeau bleu, orné d'une colombe blanche (1) ! Que ces retours de la nature sont étranges ! »




★ ★ ★


1. Jn, XXI, 15-16-17.
2. Lc, XVIII, 13.
1. C'était une toque d'étamine bleu-marine, avec velours assorti, en même étoffe que sa robe.




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Message  Gérard Mer 28 Sep 2011, 4:37 pm

« Eh bien ! me dit-elle plus tard, croiriez-vous que malgré cet océan d'amertume où j'étais plongée, j'ai cependant été contente d'étrenner mon joli chapeau bleu, orné d'une colombe blanche (1) ! Que ces retours de la nature sont étranges ! »


Oui, bien sûr en soit c'est étrange...mais ce n'est pas par hasard que Dieu nous fait revenir sur les bases naturelles les plus primaires.

Il y a ce vieux proverbe qui dit :

Chassez le naturel, il revient au galop !

Bien sûr, ce proverbe peut être pris dans le sens libertin et impie mais il est possible de le comprendre autrement, particulièrement ici pour cet exemple qui nous regarde.

Regardons les hauteurs que Saint Paul a atteint et à côté de cela, Dieu lui met une écharde dans la chair et tous les Pères s'entendent pour dire qu'il était terriblement tenté par la chair...comme beaucoup d'autres grands saints afin, dit-il, qu'il ne s'enorgeuillisse pas !



D'un côté, on se demande pourquoi Dieu nous ramène à la case Zéro de la sanctification en nous mettant dans la situation commune à celle des impies pour un temps.

Mais la sanctification donne une telle élévation à l'âme, que le contrecoup c'est justement de considérer l'effet de cette sanctification en nous...mais l'orgueil étant là au taquet, il fait sienne propre l'élévation de l'âme alors que l'on est en train de la voler à son auteur J-C qui nous a valu cette élévation de l'âme par les Mérites de sa Rédemption.

Le Père Alphonse Rodriguez dans son traité de l'humilité ne craint pas de dire que cette attribution de mérites que l'on se donne quand on pratique la vertu est l'outrage le plus considérable que l'on peut faire à J-C...et cependant ...avec quelle facilité et quelle désinvolture on le commet....quand on s'en aperçoit, c'est déjà fait ...et heureux encore celui qui en ressort le coeur contrit !



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Message  Monique Jeu 29 Sep 2011, 6:03 pm

La vraie joie



Je remarquais que quelque chose dont on se réjouissait, une pensée gaie, même pieuse, finissait par fatiguer le cœur quand on s'y attachait et que la persistance d'une joie devenait tristesse. Elle me répondit :

« En Dieu seul est le repos, et la vraie joie qui ne fatigue jamais est celle que l'on puise dans le mépris de soi-même. Ainsi, à propos de votre faiblesse d'hier soir... (j'avais versé quelques larmes parce que cela me coûtait d'aller à la visite des malades après Matines, alors que j'étais très fatiguée, et une Sœur l'avait vu) : si la Sœur qui vous a surprise vous juge sans vertu et que vous en convenez vous-même du fond du cœur, voilà la vraie joie !

— Oh ! vous avez raison, je comprends si bien ce que je devrais faire, je le vois clairement et je ne puis agir, non, jamais je ne serai bonne !
— Si, si, vous y arriverez, le bon Dieu vous y fera arriver.

— Oui, mais jamais les créatures ne s'en apercevront et si je tombe toujours, on me trouvera toujours imparfaite, tandis que vous, elles vous reconnaissent de la vertu.

— C'est parce que je ne l'ai jamais désiré ! Qu'on vous trouve toujours imparfaite, c'est ce qu'il faut, c'est là votre gain. Se croire soi-même imparfaite et trouver les autres parfaits, voilà le bonheur. Que l'on vous reconnaisse sans vertu ne vous enlève rien et ne vous rend pas plus pauvre, ce sont les autres qui perdent en joie intérieure, car il n'y a rien de plus doux que de penser du bien de notre prochain. C'est tant pis pour ceux qui vous jugent défavorablement et tant mieux pour vous, si vous vous en humiliez pour l'amour de Dieu. »


Je lui avouai : « Je suis dans une disposition d'esprit où il me semble que je ne pense plus.

— Ça ne fait rien, me répondit-elle, le bon Dieu connaît vos intentions et, employant à dessein pour me faire sourire, un petit jargon spécial bien connu de nous deux, elle ajouta : « Tant que vous serez humble, tant que vous serez heureuse. »

— Oh ! quand je pense, lui dis-je, à tout ce que j'ai à acquérir.

— Dites plutôt à perdre !... C'est Jésus qui remplira votre âme de splendeurs à mesure que vous la débarrasserez de ses imperfections.

« Vous n'arriverez pas à pratiquer la vertu, me disait-elle souvent : vous voulez gravir une montagne et le bon Dieu veut vous faire descendre au fond d'une vallée fertile où vous apprendrez le mépris de vous-même. »



★ ★ ★





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Message  Monique Jeu 29 Sep 2011, 6:15 pm

Le Saint qui jouait à la balançoire



Prenant trop à la lettre le conseil de saint Paul : « Ayez soin de faire le bien, non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes (1) », je rêvais toujours de donner le bon exemple autour de moi, je voulais que les novices me prennent pour modèle, aussi quand j'avais le malheur de tomber, je croyais tout perdu :

« Cela, me dit-elle, c'est de la recherche de soi-même, un faux zèle et une illusion. On raconte qu'un Évêque, désirant connaître un saint, qui jouissait d'une haute réputation, alla le trouver accompagné des grands de son entourage. Le saint, voyant de loin venir le Prélat avec sa cour, eut un mouvement de vanité, c'est pourquoi, voulant réagir et apercevant des enfants qui jouaient à la balançoire sur un tronc d'arbre, il en fit promptement descendre un et se mit à sa place. L’Évêque le prit pour un insensé et s'en retourna sans autre examen.

« Ainsi, souvent, l'âme n'est pas assez forte pour porter la louange, elle doit alors, parfois, sacrifier même un bien apparent, à sa propre sanctification. Vous devriez vous réjouir de tomber, car si, en tombant, il n'y avait pas d'offense de Dieu, il faudrait le faire exprès afin de s'humilier. »



★ ★ ★

1. Rom., XII, 17.




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Message  Monique Lun 03 Oct 2011, 7:54 pm

Comme la Sainte Vierge



Elle était indifférente à ce qu'on pensait d'elle, même quand les autres se malédifiaient de quelque apparence. C'est ainsi qu'au début de sa maladie, étant obligée d'aller prendre des remèdes quelques minutes avant les repas, une Sœur ancienne s'en étonna et s'en plaignit, la trouvant irrégulière.

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus n'aurait eu qu'un mot à dire pour s'excuser et rendre le calme à cette Sœur. Elle se garda bien de le faire, prenant exemple sur la conduite de la Sainte Vierge qui préférait se laisser diffamer plutôt que de s'excuser auprès de saint Joseph. Elle me parlait souvent de cette conduite si simple et si héroïque.

Comme Marie, son grand moyen était le silence. Elle aimait « garder toutes choses en son cœur (1) », ses joies comme ses peines ; cette réserve fut sa force et le point de départ de sa perfection, comme son cachet extérieur, car elle était remarquable de pondération.




★ ★ ★

1. Lc, II, 19.




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