CES IRLANDAIS étaient de rudes saints

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Message  Monique Mer 13 Juil 2011, 5:34 pm

CES IRLANDAIS étaient de rudes saints Bureau20


ON ne sait s'il y a, dans toute l'histoire du christianisme, — et pourtant que d'épisodes pittoresques ne compte-t-elle pas ? — de pages aussi étonnantes, et prêtant au rêve, que celles du chapitre où s'inscrit, au cœur des temps barbares, la chronique de l'Irlande et de ses saints. Pages, au surplus, assez mal connues des catholiques du continent : en dehors de saint Colombar, de saint Gall, voire de saint Kilian, quels sont-ils, les vieux saints irlandais, dont un chrétien de France peut encore évoquer pieusement la mémoire ? Et ces grands lieux de la ferveur passée que tous les Irlandais connaissent, Clonmacnoise, Glendalough, Monasterboice, Elonard, qui, chez nous, sait seulement qu'ils existent ?

C'est cependant une histoire admirable en soi que celle de l'Irlande à l'époque des barbares, un vrai miracle, — le miracle irlandais, dit, très bien, un livre récent, — mais c'est une histoire dont l'influence sur l'Europe occidentale tout entière fut immédiate, déterminante. Comme on a eu raison, dans l'ouvrage qu'on vient de dire, de l'évoquer avec piété!

Nous sommes donc aux environs du VIe siècle. Depuis cent ans, les « grandes invasions » ont déferlé sur l'Europe et le vieil édifice de l'Empire romain s'est effondré par grands pans. A sa place s'est installée une mosaïque de royaumes barbares : Francs, Ostrogoths, Vandales, Burgondes, Wisigoths, dont les chefs tentent de rétablir et de maintenir un semblant d'ordre dans le sanglant chaos où achève d'agoniser un monde. L’Église chrétienne, qui, grâce à la sagesse surnaturelle de ses chefs, a réussi à survivre au désastre, s'applique, depuis déjà longtemps, à absorber les éléments nouveaux, à catholiciser les barbares hérétiques ariens, à baptiser les barbares païens. En 498 ou 499, Clovis a reçu l'eau sainte. Mais cette christianisation d'une humanité sauvage va demander encore énormément d'efforts, de sacrifices... c'est-à-dire d'hommes. Qui les fournira?

C'est alors que les Irlandais interviennent. Isolée à l'extrême Occident, la vieille île gaélique n'a pas été touchée par les invasions. Pas un seul Germain n'a foulé son sol sacré. Des années et des années, elle a vécu, séparée du reste du continent par le rideau de fer de la barbarie. Et elle a suivi en paix le cours de ses destins. Destins chrétiens, s'il en fût jamais. Touchée par l'ensemencement évangélique dès le IVe siècle, grâce au pape saint Célestin qui y avait envoyé un premier missionnaire, Palladius, l'île des Celtes, — on disait alors encore des « Scots », — était devenue un véritable bastion de christianisme grâce au travail, à la lettre prodigieux, de celui qui devait, jusqu'à nos jours, demeurer son héros national, saint Patrick. Ce jeune « breton », razzié par un commando de pirates irlandais, élevé dans l'île, évadé, mais y revenant volontairement pour y porter l’Évangile, quelle significative figure, et aussi combien révélatrice, son histoire, du charme qu'exerce l'Irlande ! Dûment mandaté par saint Germain, — le célèbre « Auxerrois » cher aux Parisiens, — évêque missionnaire, saint Patrick, jusqu'à sa mort en 461, n'a pas cessé de parcourir toute l'île, évangélisant les bourgs et les campagnes à grands coups de sermons et de miracles, luttant contre les écoles de bardes en discutant poésie avec eux, fondant en 444 le siège archiépiscopal d'Armagh et, au total, marquant si fort son empreinte qu'on ne peut faire dix pas en Irlande sans la retrouver.

Ainsi, — le saviez-vous ? — si vous prenez un avion de l'Aer Lingus pour Dublin, vous verrez, sur le nez de l'appareil, peint un trèfle, car la feuille trilobée orne le blason de l'Irlande. Pourquoi ? parce que, dans un de ses plus célèbres sermons, prononcé au roc de Cashel, saint Patrick s'est servi de la comparaison avec la feuille de trèfle pour faire comprendre à son auditoire le mystère de la Sainte Trinité !

D'élan donné par saint Patrick fut tel que, en moins de cinquante ans, l'île entière fut convertie; convertie à un christianisme qui fit littéralement corps avec elle, absorba et baptisa ses plus anciennes traditions, devint la moelle et le sang de la civilisation irlandaise.


A suivre...
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Message  Monique Ven 22 Juil 2011, 6:25 pm

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Le caractère le plus frappant de ce christianisme à la mode gaélique fut de voir à la lettre pulluler les couvents. On peut même dire que l'élément séculier n'apparaît presque pas dans ce type de chrétienté : à tel point que certains historiens ont soutenu que ces communautés monastiques, c'étaient des collèges de druides baptisés d'un seul coup ! En tout cas, leur nombre stupéfie.

Tels monastères étaient de véritables villes, de quelque trois mille habitants, avec jusqu'à sept églises. Chaque moine avait ordinairement sa petite maison ou sa hutte, un peu comme les chartreux d'aujourd'hui. Dom Leclercq, espiègle, compare ces couvents à de vastes rassemblements de taupinières, — mais, on va le voir, pour des taupes, leurs occupants devaient se révéler singulièrement migrateurs !

La vie, dans ces monastères de la « règle de saint Patrick », était, c'est le moins qu'on puisse dire, d'une austérité terrible! Les Irlandais avaient substitué à la vieille confession publique des premiers temps chrétiens, la confession auriculaire, telle que nous la pratiquons, et pour guider les confesseurs, ils avaient établi des pénitentiels, véritables manuels de direction spirituelle, catalogues de péchés avec les pénitences correspondantes, que Gabriel Le Bras a étudiés avec infiniment de science et quelque malice.

On reste rêveur devant la rigueur de cette réglementation, de la libéralité avec laquelle elle recourait aux coups pour punir la faute la plus vénielle, — oublier de répondre « amen » à la fin d'une prière, par exemple, — de l'abondance de jeûnes, amendes et châtiments qui étaient prévus. Et ces moines irlandais renchérissaient encore sur la règle : on nous parle de l'un d'eux qui, en plein hiver, récitait le psautier entier le corps plongé dans l'eau glacée, d'un autre qui priait, les bras en croix, si longtemps immobile que les oiseaux avaient le temps de faire leur nid sur sa tête ! Ah, c'étaient de rudes saints que ces saints irlandais !

De telles vertus pouvaient-elles être confinées entre les murs des monastères perdus au fond des campagnes irlandaises ? Ils connaissaient trop bien, ces vrais serviteurs du Christ, le devoir qui s'impose à tous les chrétiens de porter l’Évangile au monde, pour demeurer chez eux. Alors commença une admirable, une prodigieuse histoire, celle de la « pérégrination » des Irlandais au nom du Christ. Le continent était là, en face de leurs côtes, ce continent recouvert des ténèbres barbares, et où tant de parties attendaient l'évangélisateur. Ils partirent donc, eux, les fils de cette île privilégiée où la foi avait pu se maintenir et se développer sans à coups, sans brisure. Ils rendraient le Christ à l'Occident !


A suivre...
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Message  Monique Lun 08 Aoû 2011, 11:38 am

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Le VIe siècle va être le grand siècle de cette expansion missionnaire de l'Irlande. La côte ouest de la Grande-Bretagne, cette région que nous appelons encore le pays des Scots, l’Écosse, voit surgir des couvents à la mode irlandaise, Bangor avec saint Comgall, Iona avec saint Columba, Kentigern avec saint Nénian... L'Islande elle-même reçut la visite de ces audacieux. Et comme il faut bien que la légende se mêle à l'histoire dans ces aventures, saint Brendan le navigateur accumule les épisodes cocasses, où il est question de messes dites sur le dos d'une baleine et des portes de l'Enfer aperçues par lui.

Notre Bretagne en a reçu beaucoup, de ces messagers du Christ venus de l'île d'en face, sa sœur de race. Saint Corentin, saint Sanson, saint Pol de Léon, saint Malo, saint Brieuc, saint Tudual, saint Cadoc, saint Guénolé, et le plus célèbre de tous saint Gildas. N'allez pas discuter de trop près les détails de leurs aventures ! ne cherchez pas d'explication à ces auges de pierre qui flottent sur la mer tout exprès pour amener sur le continent les missionnaires celtes ! Et la Bretagne n'est pas la seule partie du continent où ces moines pérégrinants aient fait du bon travail. La Brie, près de Paris, serait-elle chrétienne sans l'Irlandais saint Fiacre. Et Henri Davignon, qui nous montre les Irlandais à l'œuvre dans sa patrie, la Belgique, sait bien qu'on n'y compte pas moins de trente-neuf saints irlandais, sans oublier trois saintes !
Le plus étonnant de ces pérégrinants du Christ on le connaît

— il y a quatre ans, Luxeuil, sa fondation, l'a noblement fêté, — c'est saint Colomban, — lui aussi un rude saint, un type d'homme peu ordinaire. Regardons-le, vêtu de bure rude, les cheveux longs sur les épaules, mais le sommet du crâne rasé, brandissant la canne du pèlerin, les boîtes à reliques et les évangéliaires en bandoulière, sorte de prophète d'Israël ressuscité, s'en allant dire leur fait aux pires bandits couronnés de l'époque, semant à pleines mains les couvents, entraînant sur ses traces d'innombrables disciples, Avon, Ouen, et cette charmante Fare qui fonde Faremoutiers. Le voici dans l'Est, en pays germanique, en Suisse où, — Gonzague de Reynold l'y évoque, — il crée, avec son élève saint Gall, l'illustre monastère qui porte encore ce nom. Il s'en ira mourir, en 615, à Bobbio, en Italie, laissant derrière lui une immense et profonde trace. La « règle » qu'il aura donnée sera suivie longtemps, — et quelle règle ! irlandaise, c'est tout dire ! — et de ses abbayes sortiront d'innombrables saints qui vont refaire chrétienne l'Europe occidentale à Philibert, Omer, Bernon, Wandrille... On peut le dire : l'Europe n'eût pas été chrétienne telle qu'elle le sera aux grands siècles du moyen âge, s'il n'y avait pas eu, pour labourer et semer avec tant de zèle, l'Irlande et ses rudes saints.

Irlande, île des saints, île d'une civilisation chrétienne si particulière, si attachante ! Patrie d'un art chrétien qui ne se voit que là, plein de réminiscences immémoriales, de thèmes et de motifs d'allure géométrique, de figures de rêve, venues d'on ne sait quel très obscur passé. Patrie des « croix gaéliques », patrie des « tours rondes », patrie des manuscrits merveilleusement ornés, au charme impérieux et indéfinissable. Irlande aussi d'une spiritualité profondément originale, qui, jusqu'en plein moyen âge, avec un saint Malachie, par exemple, l'ami de saint Bernard, continuera à se développer et à exercer son influence.

C'est tout cela qui fait la grandeur de ces siècles d'histoire, sur lesquels il était juste que fût faite plus de lumière :
c'est cela le miracle irlandais ».


FIN
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