Les Templiers

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Message  gabrielle Sam 20 Nov 2010, 6:11 pm

Par d'autres dépositions, on voit que les chefs de l'ordre, quoique laïques, s'attribuaient le pouvoir d'absoudre des péchés ; qu'il y avait deux espèces de statuts : les uns plus communs, quoiqu'ils ne fussent pas entre les mains de tous les frères ; les autres si secrets, que Gervais de Beauvais disait : Je possède un petit livre des statuts de l'ordre, que je montre volontiers; mais il y en a un autre, plus secret, que je ne vondrais pas laisser voir pour tout l'univers 1. On remarque encore que dans la règle primitive, dressée par saint Bernard, il y avait une année de noviciat, mais que dans le fait les Templiers l'avaient supprimée. Telle est la substance de cette procédure.

Cependant le jeudi septième de mai 1310, après la déposition de Jean Langlois, les quatre Templiers qui s'étaient portés défenseurs de l'ordre comparurent dans la chapelle où étaient les juges, et leur présentèrent un nouvel écrit de défense, qui fut lu. Il contient en substance leurs premiers écrits et des plaintes sur la violence des procédures, où ils prétendaient qu'on n'avait gardé nulle forme de droit « qu'on les avait tous pris en France, jetés dans les fers à l'improviste, menés à la boucherie comme des brebis, tourmentés de manière que les uns étaient morts, d'autres avaient perdu la force et la santé pour toujours, d'autres obligés de déposer faux contre l'ordre et eux-mêmes; qu'on leur avait enlevé jusqu'au plus précieux des biens, qui est le libre arbitre ; de sorte que les confessions des frères ne prouvaient rien contre la dignité de l'ordre et leur propre innocence; que les témoins chevaliers n'étaient pas plus croyables que les autres, en témoignant contre eux-mêmes , parce qu'on leur montrait des lettres du roi, pour leur faire entendre qu'on leur donnerait la vie, la liberté et des revenus considérables, en les avertissant, au reste, que tout l'ordre était proscrit. Sur quoi les accusés protestaient contre tout ce qui s'était dit par ces motifs, dont ils s'offraient de prouver la notoriété. Ils ajoutaient que la présomption était tout entière en faveur de l'ordre. Quelle vraisemblance, disaient-ils, qu'aucun fut assez insensé pour entrer ou persévérer, au préjudice de son salut, dans un corps aussi corrompu! que tant de personnes nobles et réputées vertueuses n'eussent pas élevé la voix contre les horreurs qui font actuellement la matière des procédures, si elles les eussent remarquées dans l'ordre! »


1. Moldenhawer, p. 152,154.

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Message  gabrielle Mar 23 Nov 2010, 10:04 am

Les quatre défenseurs demandaient encore « qu'on leur communiquât la copie des pièces de la commission et des articles d'information marqués par le Pape; qu'on leur donnât les noms des émoins, afin qu'on pût agir contre eux, qu'on ne confondit point les témoins entendus avec ceux qui ne l'étaient pas; qu'on leur fit à tous jurer de n'informer qui que ce fut de ce qui se passait, de ne suborner personne par lettres ou autrement, et de garder le secret : article qu'on priait les commissaires eux-mêmes d'observer jusqu'à ce que les dépositions fussent portées à sa Sainteté. Enfin ils priaient qu'on interrogeât les gardes, les compagnons, et les serviteurs des chevaliers détenus sur ce qu'ils avaient entendu ou su de ceux qui étaient morts en prison, savoir, dans quels sentiments ils avaient fini leurs jours, et ce qu'ils avaient dit de l'ordre en mourant, surtout ceux qu'on disait réconciliés; qu'on interrogeât de plus les frères qui s'étaient défendus de rien déclarer pour ou contre l'ordre, sur les raisons de cette conduite ; qu'on leur fit prêter le serment et qu'on les contraignit de parler, puisqu'ils savaient la vérité touchant l'ordre, ainsi que les autres frères. »

Telles furent les demandes des quatre défenseurs, leurs protestations et leurs raisons, conformes à tout ce qu'ils avaient avancé dans les autres interrogatoires. Ils finirent ce mémoire par l'histoire suivante : « Il y a chez nous un noble chevalier nommé Adam de Valincour. Après avoir vécu longtemps dans l'ordre, il eut dessein de passer dans un ordre plus austère. Il en obtint la permission et se fit Chartreux ; mais, peu de temps après, étant sorti de chez eux, il revint nous supplier avec de vives et longues instances de le recevoir une seconde fois. On le reçut, mais sous les conditions qui s'observent parmi nous à l'égard des apostats. D'abord il parut nu et en simple caleçon à la porte extérieure ; il entra ainsi, s'avança, jusqu'au chapitre, tous les frères assemblés et en présence de plusieurs nobles, ses parents et ses amis, se prosterna aux pieds du maître, demandant miséricorde et priant avec larmes d'être reçu encore une fois parmi les frères. Il le fut, mais on ne lui fit point grâce de la pénitence. Durant une année entière, tous les vendredis il couchait sur la dure, jeûnant au pain et à l'eau; tous les dimanches il se présentait devant l'autel en posture de pénitent, préparé à recevoir la discipline que lui donnait le prêtre officiant. Il reçut enfin l'habit et la communication avec les frères. Comme Adam est à Paris, et qu'il ne s'est pas présenté pour défendre l'ordre, nous supplions les juges de le faire comparaître, prêter serment et déposer en vérité sur l'état de l'ordre et sur les articles proposés. Est-il croyable, ajoutaient-ils, qu'un personnage si vertueux eût souffert un traitement pareil, réservé aux apostats, si l'ordre était tel qu'on le prétend 1 ? »

1. Dupuy, p. 160-164.

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Message  gabrielle Jeu 25 Nov 2010, 10:09 am

Le dimanche suivant, dixième de mai, comme on eut annoncé aux commissaires que les quatre Templiers députés par les autres souhaitaient d'être ouïs, on les admit. Pierre de Boulogne, au nom de tous, dit aux juges « que le Pape les avait commis pour entendre les Templiers qui voudraient prendre en main la cause de l'ordre, et que les défenseurs avaient déjà été entendus en conséquence par les commissaires. Cependant, ajouta-t-il, nous avons ouï dire, et nous le croyons avec autant d'effroi que de fondement, nous avons ouï dire que dès demain l'archevêque de Sens doit tenir un concile provincial à Paris, avec ses suffragants, contre plusieurs de nos frères qui se sont présentés pour défendre l'ordre ; procédé qui les obligerait à se désister de leur défense. Nous vous prions donc d'entendre la lecture de notre appel du concile de Sens au souverain Pontife.»


L'archevêque de Narbonne, président de la commission, répondit que cet appel ne regardait ni lui ni ses collègues, puisque ce n'était point d'eux qu'on appelait; mais que, si l'on avait quelque chose à dire pour la défense de l'ordre, on pouvait s'expliquer en toute liberté. Sur cela, Pierre de Boulogne présenta une requête, par laquelle il demandait « qu'on envoyât les prisonniers, sous la foi publique, au Saint-Siège pour s'y défendre; qu'on dénonçât à l'archevêque de Sens de suspendre ses procédures ; qu'on les conduisit eux-mêmes chez ce prélat pour lui signifier leur appel; qu'on leur donnât deux notaires pour les accompagner et transcrire leur acte ; qu'aux dépens de l'ordre on fit signifier à tous les archevêques de France l'appel de leur tribunal à celui du Saint-Siège. » Cela se passait le matin. On les remit au soir pour leur rendre réponse. Quand on les eut fait revenir, les commissaires leur dirent qu'ils plaignaient beaucoup leur sort, mais qu'il n'était pas en leur pouvoir d'empêcher l'archevêque de Sens et ses suffragants de tenir le concile , et que, de même qu'eux commissaires sont commis par l'autorité apostolique pour informer sur l'ordre en général, afin d'en instruire le Pape, ainsi l'archevêque de Sens et ses suffragants le sont pour tenir le concile provincial ; que c'étaient deux tribunaux différents, dont le premier ne pouvait rien sur le second ; qu'ils verraient cependant ce qu'il serait possible de faire en faveur des prisonniers 1.


Avant que de parler du concile de Sens, qui se tint en effet à Paris le lendemain onzième de mai 1310, il est bon de se rappeler deux points essentiels, que la plupart des historiens méconnaissent, oublient ou confondent. Le premier, que le Pape ayant trouvé mauvais qu'on eût arrêté en France les Templiers et commencé contre eux les procédures par voie d'inquisition, de l'autorité royale et sans le consulter, suspendit le pouvoir de les continuer, en évoquant cette affaire à son tribunal. Le second est que Clément ayant ouï par lui-même en plein consistoire les aveux libres de soixante-douze Templiers, sans compter celui de son domestique, et ayant su le rapport de ses trois commissaires de Chinon sur les dépositions réitérées du grand-maître et des autres principaux chevaliers, dont il avait transporté l'examen en son nom aux trois cardinaux, songea, dès-lors à éteindre cet ordre. Mais il prit deux partis : l'un, de nommer ses propres commissaires pour informer sur le corps même de l'ordre, afin de savoir au juste les raisons et les fondements de le conserver ou de l'abolir ; ce qu'il réservait au jugement du concile de Vienne; l'autre, de lever la suspense pour la France et d'ordonner dans tout le monde chrétien, qu'après les informations de chaque évêque diocésain et des inquisiteurs , les conciles provinciaux jugeraient en dernier ressort, non du corps de l'ordre, mais des individus, soit pour les absoudre, soit pour les condamner selon la rigueur des canons ; de sorte que ces conciles pouvaient, en agissant canoniquement, livrer certains coupables au bras séculier. Nous avons montré en détail ces deux points par les actes 1.

Le concile provincial fut assemblé à Paris par l'archevêque de Sens, Philippe de Marigni, le jour que nous venons de dire, et dura jusqu'au-vingt-six de mai, c'est-à-dire quinze jours. Les actes en sont perdus ; mais on sait par les auteurs du temps qu'on y examina et jugea les causes particulières de chaque Templier, dont quelques-uns furent dégagés de leurs vœux, d'autres renvoyés après une pénitence canonique, plusieurs condamnés à une prison perpétuelle, quelques-uns livrés au bras séculier, comme relaps et contumaces. On dégrada les prêtres, et cinquante-neuf Templiers furent brûlés à Paris, dans la campagne, derrière l'abbaye de Saint-Antoine. Peu après, on déterra les ossements d'un certain Jean de Thur, Templier, et on les jeta au feu, comme on aurait fait corps d'un hérétique notoire.

1. Dupuy, p. 165.
1 Hist de l'égl, gall, 1. 36.
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Message  gabrielle Ven 26 Nov 2010, 10:38 am

Il se tint, le mois suivant, un autre concile provincial à Senlis sur le même sujet, par l'archevêque de Reims, et l'on y condamna comme relaps neuf Templiers, que le juge séculier fit brûler. Ce qu'il y eut d'étonnant, c'est que tous les cinquante-neuf de Paris et les neuf de Senlis rétractèrent leurs aveux à la mort, en disant qu'on les condamnait injustement, et que, s'ils avaient déposé contre eux-mêmes, c'était par la crainte des tourments; ce qui fit d'étranges impressions sur l'esprit du peuple,.

Quant aux commissaires du Pape, dès qu'ils entendirent parler de ces exécutions, ils suspendirent leur procédure. Ils envoyèrent prier l'archevêque de Sens et son concile d'agir avec la plus grande maturité par rapport au jugement qu'ils avaient porté, et de différer l'exécution , si cela leur semblait possible ; d'autant plus que des frères décédés en prison, comme l'assuraient les inspecteurs et beaucoup d'autres, avaient protesté jusqu'à leurs derniers soupirs et sur leur âme, qu'eux et leur ordre étaient accusés faussement des crimes qu'on leur, imputait. Il semblait aussi aux commissaires que, si le jugement définitif s'exécutait dans ce moment, leur propre procédure serait inévitablement arrêtée, attendu que déjà plusieurs témoins avaient perdu l'esprit d'épouvante 2.

Les commissaires pontificaux suspendirent en effet leur procédure pendant près de six mois, pour laisser aux témoins le temps de se remettre. Ils ne reprirent leurs séances que le trois de novembre. Les quatre défenseurs de l'ordre devaient y être entendus. Mais Guillaume de Chambonet et Bertrand de Sartiges demandèrent, comme étant d'ignorants laïques, qu'on les réunit à leurs collègues Rainaud de Pruyno et Pierre de Boulogne. Les commissaires répondirent que ces deux s'étaient volontairement et solennellement désistés de la défense de l'ordre ; sur quoi Pierre de Boulogne s'était évadé de la prison, et Pruyno avait été dégagé de ses vœux au concile de Sens, ce qui ne permettait plus de l'admettre comme défenseur ; alors les deux chevaliers se désistèrent également de la défense, qui fut entièrement abandonnée 3.

Les commissaires du Pape s'étaient fixés à Paris, depuis le mois d'août 1309 jusqu'au mois de mai 1311. Ils entendirent les deux cent trente-un témoins, Templiers et autres, qui tous, excepté un petit nombre, ayant déjà déposé ce qu'ils savaient des Templiers devant les ordinaires, reconnurent, en présence des commissaires, les crimes énoncés dans les articles envoyés par le Pape. Les commissaires jugèrent qu'il était temps de terminer leur commission et d'en rendre compte à sa Sainteté.

L'évêque de Bayeux fut chargé d'aller à la cour du Pape pour exposer tout l'ordre de ces procédures. Après les avoir communiquées à Clément et au sacré collège, il se rendit à Pontoise, où le roi tenait son parlement. L'archevêque de Narbonne, autre commissaire, y était déjà appelé. Cette assemblée tirant en longueur, le roi appela aussi à Pontoise les évêques de Limoges, de Mende, avec Mathieu de Naples et l'archidiacre de Trente, en un mot, tous les commissaires du Pape.
Ils conférèrent avec le roi sur ce que le Pape avait approuvé qu'on terminât la commission, qui lui paraissait suffisamment remplie, « à moins, ajoute sa Sainteté, que les commissaires ne pussent la rendre plus complète, en interrogeant les Templiers d'outre-mer sur la manière de leur réception dans l'ordre. » Sur quoi il leur vint une pensée dans cette conférence avec le roi, savoir, que d'un côté on avait entendu deux cent trente-un témoins, dont quelques-uns avaient répondu sur l'état et la réception des Templiers d'outremer ; et qu'on avait de plus les réponses des autres informations pour ou contre l'ordre, en différents endroits du monde, et les mêmes témoignages des soixante-douze interrogés par le Pape et le sacré collège ; que, d'une autre part, on ne voyait plus personne à interroger en France ; qu'un cardinal, même par lettres, pressait l'envoi des mémoires à sa Sainteté , et que le temps marqué pour le concile de Vienne approchait ; qu'ainsi l'on devait conclure de tout cela, que l'intention du Pape était qu'on mit fin à la commission. Ils se déterminèrent sur ces motifs et chargèrent de leur registre deux licenciés en droit, avec une lettre au pape Clément, datée du cinq de juin 1311, à l'abbaye royale, près de Pontoise 1.

A Londres, les informations durèrent de 1309 à 1311. Dans la collection des conciles d'Angleterre, complétée par les actes retrouvés au Vatican , il y eut dix-sept témoins sur le reniement au Christ, seize pour le crachement sur la croix, huit sur le mépris des sacrements, deux sur l'omission des paroles de la consécration, treize sur l'absolution laïque, plusieurs sur les baisers obscènes ; vingt-sept avaient juré de ne pas sortir de l'ordre, cinquante-deux témoignèrent de réceptions occultes, sept de sodomie, quelques-uns d'idoles. Généralement en Angleterre on entendit pour le moins deux cent vingt-huit Templiers. A York et à Cantorbéry, en Irlande et en Écosse, les chevaliers ne confessèrent rien de criminel 2.

2 Moldenhawer, p. 236
3. p. 248
1 Dupuy, p. 51, 52 et 170. Hist. de l'égli. gall., 1, 36. -
2 Wilcke, t. 1, p. 325-335.

pages 538-539
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Message  gabrielle Sam 27 Nov 2010, 9:36 am

Quant aux informations faites en Espagne, on n'a que des renseignements incomplets. En Castille, le Pape commit les archevêques de Compostelle et de Tolède, et d'autres évêques auxquels il joi¬gnit l'inquisiteur dominicain Eymeric. En Aragon, cette commission fut donnée aux évêques Raimond de Valence et Ximenès de Sarra-gosse. Ainsi en usa-t-on dans les autres provinces, avec ce tempérament , que, les informations faites , le jugement serait réservé aux conciles provinciaux ; mais les Templiers aragonais prirent les armes et se défendirent dans leurs forteresses. Le roi Jacques II les vainquit et les mit aux fers. Pour la Castille, où régnait Ferdinand IV, Gonsalve, archevêque de Tolède, ayant cité le grand-prieur, Rodrigue Ibagnes, et tous les chevaliers , le roi les fit tous prendre. Le concile qui s'assembla à Salamanque était composé de dix évêques. On s'informa sur les accusés suppliants, et le concile prononça unanimement en leur faveur, et les déclara innocents, renvoyant toutefois au Pape la décision suprême 1.

A Brindes, dans le royaume de Naples, l'archevêque entendit deux Templiers, qui confessèrent le reniement : c'était en juin 1510. En Sicile, au mois d'avril de la même année, six Templiers furent entendus, qui confessèrent plusieurs articles. Trente-deux Templiers à Messine ne confessèrent rien. En Chypre, l'information se fit en mai et juin 1310 contre cent-dix témoins ; la pluplart reconnurent l'ordre pour innocent 2.

Rainaid, archevêque de Ravenne, comme commissaire du Pape, avait à informer contre l'ordre en Lombardie, dans les Marches, en Toscane et en Dalmatie ; les actes sont à Ravenne. Les Dominicains voulaient qu'on employât la torture ; la majorité des évêques assemblés fut contre. Devant le concile provincial de Ravenne, 1310, les chevaliers soutinrent leur innocence et furent acquittes. Le concile prononça tout d'une voix cette sentence : On doit absoudre les innocents et punir les coupables suivant la loi. Ceux-là seront encore censés innocents qui auront tout avoué contre eux, par la crainte des tourments, en révoquant ensuite cette fausse confession; ou même, s'ils n'osent la révoquer par la même crainte , pourvu que la crainte et le reste soient bien et dûment constatés. Quant à l'ordre en général et à ses biens, on les conservera en faveur des innocents, s'ils font le plus grand nombre, à condition que les coupables soient punis dans l'ordre même suivant leur mérite 3.

A Florence, l'information se fit dans l'église Saint-Gilles avec dix témoins. Le crachement et le reniement furent avoués : pour commettre ces crimes, on avait établi un chapitre exprès au mois de mai; un autre pensait ce que c'était principalement le Vendredi-Saint qu'on outrageait la croix; on fit mention de l'idole, et de l'injuste acquisition des biens dans l'ordre. Au concile provincial de Pise, en 1308, où siégeait l'archevêque de Pise avec l'évêque de Florence et d'autres délégués apostoliques, les Templiers confessèrent la culpabilité de l'ordre. À Césène et dans la Marche d'Ancône, il n'y eut aucune charge contre les chevaliers 1.

Dans les états de l'Eglise, les informations commencèrent en décembre 1308, à Viterbe, sous l'évêque de Sutri, et finirent en juillet 1310. Cettus Ragonis avait été reçu à Rome d'une manière irréprochable : quelques années après, un commandeur le requit d'adorer une idole en ces termes : Recommande-toi à cette tête d'idole, et demande-lui ton bien. André Armani avait marché sur la croix et adoré une image. Guillaume de Verdun, prêtre de l'ordre, fut contraint de renier Jésus-Christ ; il avait entendu que le Vendredi-Saint était désigné pour profaner la croix, et qu'un statut défendait aux prêtres de prononcer les paroles de la consécration. Le servant Gérard de Plaisance dit : De mon temps, Jacques de Montaigu a été provincial en Lombardie,Toscane, états de l'Eglise, Spolète, Campanie et Sardaigne. Gérard dut renier le Christ; la sodomie, lui dit-on, n'est point un péché. Il a vu une idole de bois d'une aune de hauteur, et il l'a adorée, parce qu'elle pouvait rendre riche. Le servant Pierre Valentini confessa qu'il y avait des idoles à Rome. Le servant Bevole en a adoré une de force 3.

En Allemagne, l'archevêque Pierre de Mayence tenait son concile provincial le onzième de mai 1310. Un des trois jours que le concile dura, comme on traita de l'affaire des Templiers, un de leurs chefs, comte du Rhin , nommé Hugues, entra brusquement à la tête de vingt chevaliers bien armés. L'archevêque, craignant les suites, pria poliment le commandeur de s'asseoir et de s'expliquer. Celui-ci le fit d'un air cavalier et à haute voix. « Moi et mes confrères, dit-il, avons su que ce synode était principalement assemblé par commission du Pape, pour abolir notre ordre que l'on charge de certains forfaits énormes et plus que païens, lesquels on nous spécifiera en particulier. Cela nous serait intolérable, surtout si l'on nous condamnait sans être ouïs et convaincus suivant l'usage. C'est pourquoi je déclare, en présence des Pères du concile, que j'appelle au futur souverain Pontife et à tout son clergé. Je proteste aussi publiquement que ceux qui, pour ces crimes, ont été brûlés ailleurs, les ont niés constamment jusqu'au dernier soupir, en périssant dans ce désaveu au milieu des tourments. Leur innocence même a été justifiée par un miracle singulier du souverain juge.

1 Labbe. Mansi. _
2 Wilcke, t. 1, p. 340.
3 Labbe. Duuy .p. 53, etc.
1 Wilcke, 1.1, p. 338 et 339.-
2 P. 339 et 340.

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Message  gabrielle Dim 28 Nov 2010, 8:33 am

C'est que leurs habits blancs et leurs croix n'ont point souffert l'atteinte des flammes.

L'archevêque, pour prévenir l'éclat et la violence, reçut la protestation , et répondit qu'il agirait auprès du saint Père pour les mettre en repos. Il les congédia, et obtint du Saint-Siège une autre commission, suivant laquelle il procéda, et jugea pouvoir absoudre les Templiers de Mayence. On dit que, quand Hugues cita le prétendu miracle des habits des Templiers qui ne brûlèrent pas comme eux, quelqu'un reprit : C'est que les robes étaient saintes et les hommes pervers 1.

Le concile général de Vienne avait été convoqué pour la Toussaint de l'an 1310. Comme l'affaire des Templiers n'eut pas encore été prête pour cette époque, le pape Clément V prorogea le concile au premier d'octobre 1311. Il se tint en effet au jour marqué. Il s'y trouva, dit un des continuateurs de Nangis, cent quatorze prélats mitrés, sans compter les députés. Le nombre des évêques, selon Jean Villani, monta à plus de trois cents. On y vit deux patriarches, celui d'Antioche et celui d'Alexandrie.

Dans la première session, tenue le seize d'octobre, le Pape ouvrit le concile, prêcha et prit pour texte ce passage : Les œuvres du Seigneur sont grandes dans l'assemblée des justes. Il proposa les trois objets principaux du concile, savoir : l'affaire des Templiers, le secours de la Terre-Sainte, la réformation des mœurs et de la discipline. Tout l'hiver se passa en diverses conférences sur les trois motifs que le Pape avait proposés, spécialement sur le premier. On attendait l'arrivée du roi Philippe, qui avait été l'auteur de la découverte, et qui passait pour le principal zélateur de l'affaire des Templiers. En l'attendant, le Pape, au commencement de décembre, assembla les cardinaux et les prélats, à qui on lut les actes faits contre les chevaliers du Temple. Neuf Templiers se présentèrent pour défendre leur ordre, assurant que dans le voisinage de Lyon, il y avait jusqu'à quinze cents et deux mille de leurs confrères, qui adhéraient à cette défense 2. Chacun des prélats étant requis en particulier par le Pape de dire leur avis, ils convinrent qu'il devait écouter les accusés dans leurs défenses. Ce fut l'avis de tous les évêques d'Italie, excepté d'un seul, et de tous ceux d'Espagne, d'Allemagne, de Danemarck, d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Ceux de France en jugèrent de même, hormis les trois archevêques de Reims, de Sens et de Rouen.

Il y eut d'autres conférences sur cela, et nous apprenons des auteurs contemporains, qu'il s'en tint durant plusieurs mois. Enfin, le mercredi vingt-deux de mars de l'année suivante 1512, le pape Clément V, ayant appelé en conseil secret les cardinaux avec plusieurs prélats, cassa par provision, plutôt que par voie de condamnation, l'ordre des Templiers, réservant leurs personnes et leurs biens à sa disposition et à celle de l'Eglise 1.

La seconde session se tint le troisième jour d'avril. Le roi de France étant arrivé avec le comte de Valois, son frère, et les trois fils de France, Louis, roi de Navarre, Philippe et Charles, il entra au concile et prit place à la droite du Pape sur un trône un peu plus bas. Clément V ayant pris pour texte ces paroles : Les impies ne se relèveront point dans le jugement, ni les pécheurs dans l'assemblée des justes, s'adressa par manière de sermon aux Templiers, en citant cet ordre militaire. Ensuite il publia contre lui la sentence provisionnelle en ces termes :

1.Labbe

2 Raynouard monuments histor. relatifs aux Templiers, p. 477.

1. Raynald, 1312.

pages 541-543
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Message  gabrielle Jeu 02 Déc 2010, 9:21 am

https://messe.forumactif.org/doctrine-et-actualite-f6/bulle-vox-in-excelso-clement-v-t2506.htm#48551


L'historien protestant des Templiers fait à ce sujet les observations suivantes : « L'ordre était donc aboli par l'Eglise universelle. Les défenseurs de l'ordre regardent cette décision comme très-injuste et arbitraire ; mais en y regardant de plus près, on voit s'évanouir l'injustice envers l'ordre. Lorsque Clément dit que la sentence définitive ne pouvait pas être donnée de droit d'après les actes, cela montre qu'il n'avait procédé ni voulu procéder injustement : un juge injuste ne confesse pas si hautement son injustice. Clément donne à entendre qu'il ne résultait pas des actes d'informations que tout l'ordre fût corrompu, beaucoup de membres ne sachant rien des mystères, n'étant que membres et non pas chefs, mais que tout l'ordre pouvait se corrompre, et que lui, Pape, y voulait obvier et l'abolir 2...

Pour prévenir le scandale du peuple chrétien, la culpabilité de l'ordre fut donc couverte d'un voile, et son abolition remise à la sagesse du Pape. Qui jamais eût douté . de la culpabilité de l'ordre, qui surtout l'eût jamais combattu, si Clément eût exposé au monde les actes du procès, et porté un jugement conforme dans sa Bulle d'abolition ; mais comme les historiens subséquents n'entendirent parler de ces hérésies que comme d'un bruit, leur jugement demeura incertain 3... Que si l'on découvre de l'arbitraire dans la conduite de Philippe envers l'ordre, il n'eu est pas de même de Clément, non plus que des informations en général depuis que le Pape en eut pris la direction. Si Philippe et Clément avaient voulu se mettre au-dessus des formes, ils auraient arrêté les membres, aboli l'ordre, sans informer de sa culpabilité. Mais quatre années entières sont employées à des informations, qui, eu égard à l'époque, notamment sous la direction du Pape, doivent être appelées extrêmement douces. Pour prévenir toutes les accusations d'arbitraire, Clément convoque un concile général pour y abolir l'ordre; la marche de l'af-faire fut donc, non pas arbitraire, mais conforme à la justice, à la loi et à l'usage de l'Eglise d'alors 1.» Ainsi parle cet auteur protestant.
Ce jugement et ces paroles sont d'autant plus remarquables, que l'auteur se montre encore plein de préventions surannées contre l'Eglise romaine, et qu'il est loin de blâmer la doctrine secrète des Templiers; car il dit que, vu du bon côté, c'était le protestantisme en général et le rationalissme en particulier, et que le Templerisme ne succomba que parce qu'il était venu trop tôt 2. Ailleurs il dit que, considéré historiquement, c'était un gnosticisme mahométan 3. Ce qui donne une idée assez curieuse du protestantisme.

Le même auteur, examinant les prétentions de quelques sectaires qui, vers le milieu du dix-huitième siècle, se donnèrent pour les successeurs occultes des anciens Templiers, est amené à conclure que les soi-disant Templiers modernes n'ont guère de commun avec les anciens que le nom et quelque chose du costume ; qu'au lieu de remonter à Jacques Molai, ils ne sont qu'une excroissance de la moderne francmaçonnerie ; que leur charte de transmission est une pièce moderne, fabriquée avec assez peu d'adresse pour oublier deux ou trois noms dans la liste des premiers grands-maîtres, en transporter plusieurs à des années qui ne sont pas les leurs, et même d'un seul, en faire deux; que leur culte, singé du catholicisme, n'est que des jeux d'enfants et une auguste fadaise; que leur credo réel est zéro, leur doctrine officielle le panthéisme, la négation de la trinité des personnes eu Dieu, de la divinité du Christ, et ce qui s'ensuit ; que leur recueil de dogmes et de rites, qu'ils nomment léviticon et qu'ils attribuent aux anciens Templiers, est une imposture calquée sur les idées de Spinosa et de Locke ; que leur évangile de saint Jean, venu du mont Athos et souscrit en grec des cinq premiers grands-maîtres du Temple, n'est que l'évangile connu de cet apôtre, mais mutilé, tronqué, interpolé, fal-sifié par un faussaire moderne, de manière à y insinuer le panthéisme du Juif Spinosa, supprimant tout ce qui établit la distinction des personnes divines, la divinité du Christ, ses miracles, la primauté de saint Pierre, pour la transporter à saint Jean par une interpolation frauduleuse : imposture fondée sur une erreur grossière. Les anciens Templiers avaient entre autres pour principal patron saint Jean-Baptiste; les Templiers modernes, croyant que c'était saint Jean l'Evangéliste, ont attribué à leurs devanciers l'évangile falsifié de l'apôtre 1.
-


2. Wilcke t. 2, p. 37.
3. P. 38.
1 Wilcke, t. 2, p. 39.
- 2 T. 3, p. 356.
3 T. 1, p. 373.
1 Wilcke.t.3 pages 399 et 466

pages 544-546

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Message  gabrielle Sam 04 Déc 2010, 10:09 am

Tout cela nous montre quelle idée ont des anciens Templier leurs défenseurs et leurs imitateurs modernes, l'idée de moines apostats et hypocrites, qui renient, blasphèment et trahissent le Christ en feignant de le servir, qui conspuent la croix en feignant de combattre pour elle ; tout cela nous montre quelle idée les Templiers modernes ont d'eux-mêmes, puisqu'ils se glorifient d'être les héritiers et les imitateurs d'hommes pareils ; tout cela nous montre ce mystère d'iniquité, qui opère et s'opère dans le monde : mystère d'iniquité, guerre contre l'Eternel et son Christ ; guerre incessante, dont le chef est Satan, le prince de ce monde, le dieu de ce siècle : c'est d'abord, de la part des empereurs et des sophistes idolâtres, la guerre contre l'Eternel en faveur des idoles ; c'est ensuite, de la part des gnostiques, des ariens, des manichéens, des mahométans, des protestants, des incrédules, la guerre contre le Christ et sa divinité, en faveur de l'antechrist, cet ange de ténèbres qui se transforme en ange de lumière. Voilà l'infernal secret de cette lutte, de cette guerre, qui sans cesse remue et agite le monde et l'Eglise, et parmi laquelle les enfants de Dieu, les fidèles catholiques, leurs pasteurs surtout ne doivent jamais s'endormir.


Mais revenons au concile de Vienne. Il y fut souvent question des biens des Templiers et de l'usage qu'il conviendrait d'en faire. Les avis se trouvèrent partagés. Quelques-uns voulaient qu'on créât un nouvel ordre. Le pape Clément V eut une autre pensée qui fut approuvée universellement. Il considéra que les biens des Templiers leur ayant été donnés pour le secours de la Terre-Sainte , il était juste de suivre cette destination et de les transporter, pour le même usage, aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, depuis chevaliers de Rhodes et enfin de Malte. Les circonstances étaient favorables ; on ne parlait, dans tout le monde chrétien, qu'avec admiration des Hospitaliers, qui venaient de consommer une des plus glorieuses entreprises qu'on fit jamais contre les Turcs, sur qui ils avaient fait la conquête de l'île de Rhodes, commencée l'an 1308 terminée le jour de l'Assomption, quinzième d'août l'an 1310 2. Le roi Philippe consentît à ce transport, comme il parait par sa lettre au Pape du vingt-quatrième d'août 1312. Il y dit que les biens dont il s'agit pour la France, étant sous sa garde, le droit de patronnage lui appartenant, et le Pape avec le concile lui ayant demandé son consentement pour cette destination, il les donne volontiers , déduction faite des sommes employées à la garde et à l'administration de ces biens. Enfin les chevaliers de l'Hôpital en furent mis en possession la même année 1312, par arrêt du parlement, après la bulle de translation, datée du second de mai 1.


2. Baluz, t.1, p. 76.
1 Dupuy, p. 178.

pages 546 et 547
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Message  gabrielle Mar 07 Déc 2010, 5:38 pm

Pour les personnes des Templiers, le concile général régla qu'à l'exception de quelques-uns, dont le Pape se réserva nommément la destinée, tous les autres, qui restaient en très-grand nombre, seraient renvoyés au jugement du concile de leurs provinces, lequel procéderait en cette manière. Ceux qu'on trouvera innocents ou avoir mérité l'absolution, seront entretenus honnêtement, suivant leur condition, sur les revenus de l'ordre. Ceux qui auront confessé leurs erreurs, seront traités avec indulgence. Pour les impénitents et les relaps, on les traitera à la rigueur. Ceux qui, après la question même, ont persisté à nier qu'ils fussent coupables, seront mis à part et logés séparément, ou dans les maisons de l'ordre, ou dans des monastères, aux dépens de l'ordre. Voilà pour ceux qui avaient déjà été examinés par les évêques et les inquisiteurs, ou qui étaient en état de l'être par leur détention. Quant aux autres qui étaient en fuite ou cachés, on les cita par un acte public du concile pour se sister, dans le terme d'une année, devant leurs évêques, afin d'être jugés par les conciles provinciaux, sous peine, s'ils différaient à comparaître, d'être d'abord excommuniés ; puis, au-delà du terme prescrit, d'être regardés et traités comme hérétiques.

En définitive, la plupart des Templiers furent rendus à la liberté. Un grand nombre entrèrent dans l'ordre de Saint-Jean, et avec les mêmes dignités qu'ils avaient dans celui du Temple : ainsi Albert de Blacas, prieur d'Àix, conserva, sa vie durant, la comman-derie de Saint-Maurice, comme prieur des Hospitaliers ;Frédéric, grand-prieur de la Basse-Allemagne, entra comme tel dans l'ordre de Saint-Jean 1. En Portugal, les Templiers formèrent le nouvel ordre du Christ, qui a subsisté jusqu'à nos jours..
1. Wilcke.t.2 .p 54

pages 547 et 548
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Message  Louis Sam 11 Déc 2010, 11:28 am

Avant le concile de Vienne, le pape Clément s'était réservé l'exa-men et le jugement du grand-maître Jacques de Molai, du visiteur de France et des commandeurs de Guienne et de Normandie. Nous avons vu qu'il en chargea d'abord trois cardinaux, qui firent leur rapport à sa Sainteté après le voyage de Chinon, et qu'ensuite ces commandeurs furent encore interrogés par les commissaires du Pape, à Paris. Enfin le Pape, après le concile, nomma d'autres commissaires, auquel il abandonna le jugement des quatre chevaliers en son nom. Ces derniers commissaires furent Arnaud d'Aux, évêque d'Albane, deux autres cardinaux-légats, l'archevêque de Sens et quelques évêques, avec des docteurs qu'on avait fait venir exprès de Paris. Ils tinrent conseil entre eux sur la sentence qu'ils devaient prononcer touchant les quatre chevaliers du premier rang. Ceux-ci, sans exception , avaient confessé ouvertement et publiquement les crimes dont on les chargeait, et cela en présence des nouveaux commissaires ; de sorte qu'ils leur parurent déterminés à persister dans le parti qu'ils avaient pris. Les commissaires-juges ayant donc digéré mûrement leur sentence, firent dresser une estrade au parvis de Notre-Dame, le lundi après la fête de Saint-Grégoire, dix-huitième de mars 1514, et les condamnèrent ous quatre à une prison perpétuelle. La sentence prononcée , les juges croyaient tout fini, lorsque, contre toute apparence, deux de ces quatre, savoir, le grand-maître et le frère du Dauphin d'Auvergne, réclamèrent sur l'estrade contre un des cardinaux qui prêchait actuellement, et contre l'archevêque de Sens. Ils rétractèrent à haute voix leur confession, et soutinrent avec opiniâtreté, devant le peuple, qu'ils n'étaient point coupables, au grand éton-nement des assistants. Les cardinaux prirent le parti de les remettre entre les mains du prévôt de Paris, qui était présent, afin qu'il les représentât le lendemain et qu'on eût le temps de délibérer sur cet incident singulier 1.

Cependant, dès que le roi Philippe le Bel, qui se trouvait dans son palais, eut appris cette nouvelle, il prit l'avis de son conseil, sans y appeler d'ecclésiastiques; et, sur le soir du même jour, il fit conduire les deux criminels dans une petite île de la Seine, qui était entre le jardin du roi et les ermites de Saint-Augustin. Ils y furent livrés aux flammes, et soutinrent la rigueur de ce supplice, en persistant jusqu'à la fin dans le désaveu de leur confession, avec une constance et une fermeté qui causèrent beaucoup de surprise à tous ceux qui en furent témoins 2. Le grand-maître surtout parut supérieur à tous les tourments. Sollicité par ses amis de se conserver la vie, en répétant les aveux qu'il avait faits dans sa prison, il eut le courage, si nous en croyons l'historien Paul-Emile, de répondre en ces termes : « Prêt à finir mon sort, et au moment où l'on ne peut mentir sans un crime affreux, je confesse de tout mon cœur la vérité, savoir, que j'ai commis un forfait abominable contre moi et contre mes frères, et j'ai mérité le dernier supplice avec les plus horribles tourments , pour avoir, par le désir d'une vie heureuse et en faveur de personnes qui ne méritaient pas cette lâche complaisance, forgé et soutenu , jusqu'à la torture, des calomnies exécrables contre mon ordre, qui a rendu tant de services à la religion chrétienne. Je n'ai plus besoin d'une vie qu'il me faudrait acheter par un nouveau mensonge plus détestable que le premier. »

Jacques de Molai et son compagnon, le frère du Dauphin d'Auvergne, moururent dans ces sentiments ; pour les deux autres qui avaient avoué , on les laissa encore quelque temps en prison, puis on les renvoya, selon la promesse qu'on leur avait faite 3.

1 Nangis Continuat. Apud d'Acheri,t. 3, in-fol., p. 67. Dupuy, P. 66 et seqq.
2 Ibid.
3 Paul. AEmil. in Philipp, pulchr, Hist. de l'égl. gall., 1.36.

FIN DES TEMPLIERS, SELON L'ABBÉ ROHBARCHER

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