LA SURVIVANCE DES ŒUVRES

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Message  Monique Mar 31 Aoû 2010, 7:21 pm

LA SURVIVANCE DES ŒUVRES


Au fond de toutes nos illusions gît toujours quelque chose de positif. Nos désirs qui s'égarent et vont à de chiméues objets, procèdent d'instincts vrais, déposés par Dieu au fond de nos consciences.

Ainsi, cette conviction invincible que nous ne mourrons pas, et qui se traduit par une si grande insouciance pratique à l'égard de notre mort, n'est rien autre que la persuasion intime de notre âme, qui a conscience de sa propre immortalité. Nous ne nous abusons point sur le fond, en nous croyant immortels : nous le sommes vraiment quant à notre personnalité, qui nous le crie d'ailleurs avec une force contre laquelle ne peut rien l'effrayante éloquence de la mort.

Toute notre erreur consiste seulement à changer l'objet de cette immortalité, et à considérer l'apanage de notre âme comme la fortune de notre corps, à croire celui-ci impérissable, parce que celle-là sent qu'elle vivra toujours.

Il y a plus : l'âme, immortelle dans sa substance, prétend encore à l'immortalité de ses œuvres. Avec cette invincible énergie de tout ce qui procède des profondeurs mêmes de la nature, elle veut, d'instinct, voir éternellement subsister ce qu'elle crée. Quiconque sent au fond de soi-même quelque génie, c'est-à-dire quiconque croit à son âme et vit par elle, ne peut pas se résigner à voir périr ce qu'il engendre, et rêve les acclamations de la postérité. Nous voudrions tous signer les frêles œuvres de notre esprit, avec le mot célèbre que le poète Horace écrivait à la dernière page de son livre : « J'ai élevé un monument plus indestructible que le bronze » (1).

Quoi donc! nous sommes par la pensée supérieurs à toute la création, et nous pourrions consentir à voir, sans sécher de jalousie, les chênes impassibles dont les années sont des siècles, et les rochers stupides pour qui les siècles sont des heures ? A quoi bon alors notre âme aurait-elle reçu de Dieu cette flamme : la pensée ; cette royale couronne : la liberté ; cette divine ivresse : le sentiment, si rien, au milieu de cette aveugle et brutale matière, ne doit être aussi éphémère qu'une pensée, aussi fugace qu'un vouloir, aussi vite envolé qu'une vibration de notre cœur !


(1) Hor. Od.


Extrait: ''LE LENDEMAIN DE LA VIE''
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Message  Gérard Mer 01 Sep 2010, 3:20 pm

Monique nous apporte l'oeuvre du Père H. Bolo :

"Toute notre erreur consiste seulement à changer l'objet de cette immortalité, et à considérer l'apanage de notre âme comme la fortune de notre corps, à croire celui-ci impérissable, parce que celle-là sent qu'elle vivra toujours."


Voilà les classiques qu'il aurait été souhaitable d'apprendre à l'école et qui n'ont rien à envier, je ne dis pas aux pires mais mêmes aux meilleurs classiques que l'on a eu pour notre seule formation !

Et d'autre part, voilà le genre d'âneries, certes bien dites, qu'on nous a fourguées comme ayant le monopole de la culture...et de la profondeur de l'âme :

"
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Message  gabrielle Mer 01 Sep 2010, 3:49 pm

Cet extrait du Père est très vrai et votre citation Gérard (des âneries sortie des écoles) est comme une base de déformation de l'esprit, faut dire que c'était pas toujours évident ce qu'on lisait à l'école.

Si Louis, passe par ici, il pourrait nous raconter ce qu'il a vécu dans le collège classique qu'il a fréguenté, collège tenu par des prêtres.

S'il ne passe pas, je lui demanderai de faire un détour.

En passant, merci Monique pour ce nouveau dossier. Wink
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Message  Louis Jeu 02 Sep 2010, 9:38 am

Voici mon histoire de Baudelaire.

Notre professeur de français en 10e année (si je me rappelle bien) au Secondaire, je me rappelle son nom, le frère C., nous enseignait la poésie de Baudelaire et nous parlait d'une de ses œuvres qui portait au désespoir et ou / au suicide. Et quand il nous en parlait sa figure expressive était toute décomposée ! Il nous entretenait sur les rimes de ce monsieur Beaudelaire.

Alors je lui ai demandé quelque chose qui ressemble à ceci : Si toutes ces choses sont si désespérantes et suicidaires pourquoi nous enseignez-vous ces choses ?

Et vous savez quelle réponse il m'a faite ? (N'oubliez pas, c'est un Frère, un religieux !)…

Parce que les rimes des poésies de Baudelaire ont des rimes riches !!!

Ça ne lui faisait rien de mettre dans nos âmes des idées de désespoir et de suicide... ce qui était important pour nous, vous le savez bien, c'était de bien apprendre les rimes riches de la versification...au détriment de notre âme ? Qui s'en soucie ??? (N'oubliez pas, c'est un Frère, un religieux !)

La langue à tout prix ? … même au prix de notre Foi catholique ?

_________________
Bienheureux l'homme qui souffre patiemment la tentation, parce qu'après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. S. Jacques I : 12.
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Message  Monique Jeu 02 Sep 2010, 9:50 pm

Louis a écrit:
Ça ne lui faisait rien de mettre dans nos âmes des idées de désespoir et de suicide...

Ce religieux qui ne se sou­cient des livres, de Baudelaire et autres...

Ce ne sont pas eux qui pous­se­ront au sui­cide, même sans le vou­loir vrai­ment, des êtres un peu tendres venus à eux avec confiance, plein de vie, de santé, de force et que l’on retrouve au bout d’une corde, parce qu’ils ont pris trop au sérieux les vitu­pé­ra­tions contre la vie de leurs pro­fes­seurs, se sont mis à haïr leur propre nature, se sont vus enfer­més dans un corps effec­ti­ve­ment sujet aux ravages du temps.

Voilà la langue à tout prix ? … même au prix de notre Foi catholique ?
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Message  Monique Ven 03 Sep 2010, 8:26 pm

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En conséquence, et malgré toutes les apparences, nous persistons à penser, à vouloir, à aimer, comme si tout cela devait survivre à la rapidité du temps.

Or que peut signifier cette opiniâtreté qui se maintient à travers toutes les désillusions, et s'obstine malgré les atroces démentis apportés par les ruines de chaque jour ? N'y aurait-il pas encore, sous cette nouvelle erreur de l'esprit humain qui s'abuse, le roc indestructible de la vérité ?

Assurément, le principe de notre conviction est vrai ; notre conviction est mal placée, voilà tout. L'instinct qui nous pousse aux oeuvres immortelles vient de Dieu ; il est le plus sacré et le plus vrai des instincts. Toutes les œuvres accomplies par l'homme raisonnable ayant un côté qui regarde Dieu, un point par où elles relèvent de sa loi, appartiennent de ce chef à l'éternité, et ne doivent ni passer, ni périr.

Il faut y bien prendre garde, la mort n'atteint que la plus misérable partie de nous-même ; ce qui est poussière lui appartient, et rien autre. Le reste, l'âme, la volonté, l'amour, l'idée, et tout cet immense trésor d'actions accomplies par l'âme depuis le jour où elle s'est éveillée consciente, tout échappe à la mort, ou plutôt n'a pas à lui échapper, car rien de tout cela n'en relève.

Le temps n'emporte pas plus ce qui est éternel et ce qui touche à l'éternel, qu'un ruisseau n'emporte les arbres qui sont sur ses rives et l'ombre que leur feuillage projette sur ses eaux. Dans l'ordre de la nature, Dieu est la vie de l'âme, l'aliment de la pensée, comme la lumière est la vie et l'aliment de l'œil et du regard. Dans l'ordre de la grâce, Dieu est le foyer des généreuses amours, et l'ivresse des volontés héroïques. Même le mal moral n'existe que parce qu'il touche en quelque manière la Divinité qu'il offense. Bien ou mal, tout ce qui procède de la conscience humaine est par conséquent divin, d'une sainteté ou d'une horreur divine, puisque la conscience est un rayonnement de Dieu, suivant la définition qu'en a donnée le prophète : « La lumière de votre visage a laissé son empreinte sur nous » (1)...

Or tout ce qui est divin, comme Dieu lui-même, demeure éternellement (2). « Que ce qui est né capable de Dieu, s'écrie Bossuet, soit donc immortel comme lui! » (3).


(1) (1) Ps. IV, 7.
(2) Ps. CI, 13.
(3) Serm. p. la Toussaint. An. 1669.



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Message  ROBERT. Ven 03 Sep 2010, 8:53 pm

.

Je commence bientôt la lecture de cet autre excellent dossier, Monique.

Et, sur ce, Sleep
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Message  Monique Ven 03 Sep 2010, 9:13 pm

Bon dodo cher ami avec Jésus et Marie !
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Message  ROBERT. Sam 04 Sep 2010, 3:48 pm

Gérard a écrit:Monique nous apporte l'oeuvre du Père H. Bolo :

"Toute notre erreur consiste seulement à changer l'objet de cette immortalité, et à considérer l'apanage de notre âme comme la fortune de notre corps, à croire celui-ci impérissable, parce que celle-là sent qu'elle vivra toujours."


Voilà les classiques qu'il aurait été souhaitable d'apprendre à l'école et qui n'ont rien à envier, je ne dis pas aux pires mais mêmes aux meilleurs classiques que l'on a eu pour notre seule formation ! [... LA SURVIVANCE DES ŒUVRES 956204 ... ]

Et d'autre part, voilà le genre d'âneries, certes bien dites, qu'on nous a fourguées comme ayant le monopole de la culture...et de la profondeur de l'âme :

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Message  Monique Sam 04 Sep 2010, 9:22 pm

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Au nom de la justice, les œuvres de la conscience, bonnes actions ou forfaits, doivent survivre à ce monde qui meurt.

Remarquez bien : s'il n'existe pas une justice totale, définitive, absolue, Dieu n'est pas. Il n'est rien de grave, d'intelligent, de noble comme la justice. Celui qui est juste est, dans l'ordre moral, un roi. Toute grandeur, toute beauté est dans la justice. Où la justice est exilée, il ne reste de place que pour l'infamie et la dégradation.

Dieu, qui a été le premier maître dans le langage humain, donne à ceux qui sont « parfaits comme le Père céleste est parfait » (1), le nom de « justes » beaucoup plus souvent que le nom de « saints ».

Les prières inspirées dont les Écritures sont pleines commencent souvent par ces mots : Justus es, Domine! (2)... Vous êtes juste, ô Seigneur, comme si toute louange se trouvait condensée en cet unique hommage. C'est par respect pour l'immense gravité de la justice que ces deux choses atroces ont été créées : l'enfer et le supplice de l'Homme-Dieu. La justice est si haut placée dans l'ordre incréé, que rien de ce qui émeut ne peut parvenir jusqu'à son impassibilité sereine.

Les livres saints ne se contentent pas pour la justice de nos adorations; ils nous ordonnent de « l'aimer d'amour » (1) ; de la désirer avec « la faim et la soif» (2), qui sont les deux besoins les plus violents et les plus impérieux de la nature. Le Christ n'est le roi de ce monde, d'après une parole bien profonde de David, le Christ n'est Dieu que parce qu'il a « aimé la justice et haï l'iniquité » (3).

Nous comprenons si fortement cela, le sens de la justice est enraciné si avant dans nos entrailles humaines, qu'il n'est pas de colère comparable aux acres et irréductibles révoltes que soulève en nous la violation de ses lois trois fois augustes.

C'est avec un divin frémissement de conscience que nous jetons l'anathème à ceux qui foulent aux pieds le droit. S'il y a partout des statues pour les martyrs — même pour les faux martyrs — c'est parce que les plus irrésistibles triomphes iront toujours aux opprimés qui sont morts plutôt que d'accepter ou de paraître accepter l'injustice. L'humanité pense en cela comme Dieu, et dans ce bas monde comme là-haut, les plus ardentes bénédictions s'en vont à ceux « qui ont souffert persécution pour la justice » (1).


(1) Matt., V, 48.
(2)Tob., III, 2.
(1) (...) non lisible
(2) Matt., V, 6.
(3) Ps. XLIV, 8.
(1) Matt., V, 10.



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Message  Gérard Dim 05 Sep 2010, 4:47 am

Monique cite le Père Henri Bolo qui dit:

Nous comprenons si fortement cela, le sens de la justice est enraciné si avant dans nos entrailles humaines, qu'il n'est pas de colère comparable aux acres et irréductibles révoltes que soulève en nous la violation de ses lois trois fois augustes.

Je me permets une certaine réserve quant à cette affirmation du Père Bolo:

Je ne trouve pas que nous comprenions bien la justice ni que notre colère contre l'injustice puisse donner une bonne idée de la justice.
En fait, la pire des injustices est celle que nous infligeons à Jésus-Christ dans son incarnation et sa passion. Or, qui de nous se trouve dans l'excès de la plus grande de ses colères à la considération de ses propres péchés ? Et cependant, ce devrait être là que se trouve le paroxysme de notre indignation en faveur de la Justice ?
La plupart du temps, cette colère qui monte dans notre coeur contre l'injustice vient du fait bien mesquin de notre esprit qui ne veut voir qu'une justice partielle dans les injustices faites à notre égard, ne voulant pas voir que ces injustices à notre endroit ne sont qu'un juste retour de nos propres injustices commises contre la Bonté infinie de Dieu !
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Message  Diane + R.I.P Dim 05 Sep 2010, 10:14 am

Gérard a écrit:

Je ne trouve pas que nous comprenions bien la justice ni que notre colère contre l'injustice puisse donner une bonne idée de la justice

L’Évangile dit de Saint Joseph, qu'il était un homme juste!

Donc, la justice renferme toutes les vertus!

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Message  gabrielle Dim 05 Sep 2010, 1:17 pm

N'y-a-t-il pas un forme d'orgueil dans une "grand colère" contre nous en raison de nos péchés?

N'est-ce pas souvent le simple fait de l'amour-propre qui soulève cette colère contre nous-mêmes. Nous nous pensions trop "bon" pour commettre cette faute.

Le Saint Roi David écrit dans le psaume 50, où il pleure son péché, tu ne rejetteras pas un coeur contrit et humilié.

Point de colère, point de trouble, le regret et l'humiliation, je pense que c'est cela qui plaît à Dieu




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Message  Gérard Dim 05 Sep 2010, 1:47 pm

Gabrielle a écrit :
N'y-a-t-il pas un forme d'orgueil dans une "grand colère" contre nous en raison de nos péchés?

Oui, bien sûr Gabrielle, vous avez raison de dire que ce n'est pas tant contre nous que nous devons nous mettre en colère pour avoir péché comme si ce n'était pas digne de nous. Vous faites bien de signaler cet égarement de la vie spirituelle.
Dans un de ses ouvrages St François de Salles explique très bien qu'il faut accepter avec humilité notre condition de pécheur...je crois que c'est dans "comment utiliser ses fautes" Il n'en reste pas moins vrai que c'est les péchés et en tout premier lieux nos péchés qui sont la plus absolue atteinte à la Justice de Dieu !
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Message  gabrielle Dim 05 Sep 2010, 4:28 pm

D'accord sur ce point avec vous.



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Message  Monique Mar 07 Sep 2010, 11:20 am

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Mais alors que deviendrait un dieu sans justice ? un dieu qui ne serait pas la justice elle-même, adorée, et planant dans les hauteurs divines qui sont seules dignes de lui servir d'habitacle ? Quelle vaine idole, croulante et méprisée, dont l'œil ni l'oreille ne s'ouvriraient sur l'iniquité des oppresseurs, sur l'affliction et la prière du plus petit des orphelins ! Pourrions-nous sentir dans nos âmes autre chose que des blasphèmes et de la haine, pour une Toute-Puissance en qui ne trouverait pas son asile suprême cette justice sans laquelle l'univers ne serait plus qu'un ignoble et révoltant chaos?

Or Dieu cesserait d'être juste si les œuvres de la conscience humaine ne survivaient pas à la mort.

La justice, en effet, ne reçoit point ici-bas toutes les satisfactions qui lui sont dues. Son royaume, comme celui de Dieu, « n'est pas de ce monde » (1). La vie terrestre est souvent au rebours des promesses et des menaces du grand Souverain : elle « ne justifie pas ses paroles » (2), et ne remporte presque nulle part ces « victoires de la vengeance » (3) annoncées et attendues.

Dans la foule des âmes cyniques et vendues à l'enfer, la conscience bâillonnée agonise et meurt. « Tandis que l'insolence des méchants s'étale, les justes sont dévorés dans la fournaise du malheur » (4).

Job, les yeux gonflés, soulève sa chair immonde sur le fumier où l'a jeté une série de catastrophes imméritées, et demande « pourquoi les impies vivent, soulevés sur les ailes de la prospérité et gorgés de richesses ; pourquoi une nombreuse et prospère famille les entoure ; pourquoi leurs enfants ressemblent à des agneaux échappés, et bondissent de joie dans leurs jeux; pourquoi eux-mêmes, après avoir dit à Dieu : Retire-toi, nous ne voulons pas savoir tes volontés ; pourquoi ils coulent leurs jours dans l'abondance, et tombent sans souffrances, en un clin d'oeil, dans la mort » (1).

Un autre malheureux, Jérémie, se plaint ; il ne comprend pas que la vie semble réserver « ses biens à ceux qui prévariquent et commettent des iniquités » (2).


(1) Joan., XVIII, 36.
(2) Ps. L, 6.
(3) Id., ibid.
(4) Ps. X, sec. Hebr.
(1) Job, XXI, 7, 13, 14.
(2) Jer., XII, 1.



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Message  ROBERT. Mar 07 Sep 2010, 5:41 pm


"pourquoi les impies vivent, soulevés sur les ailes de la prospérité et gorgés de richesses ; pourquoi une nombreuse et prospère famille les entoure ; pourquoi leurs enfants ressemblent à des agneaux échappés, et bondissent de joie dans leurs jeux; pourquoi eux-mêmes, après avoir dit à Dieu : Retire-toi, nous ne voulons pas savoir tes volontés ; pourquoi ils coulent leurs jours dans l'abondance, et tombent sans souffrances, en un clin d'œil, dans la mort "

(Job, XXI, 7, 13, 14)

Les questions de Job nous aident à endurer les épreuves de la vie qui n’auront qu’un temps,

alors que la vie au Ciel durera éternellement...

.
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Message  Monique Mar 07 Sep 2010, 8:47 pm

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« Jusqu'à quand, clame le sombre Habacuc, me faudra-t-il crier sans être entendu? Jusqu'à quand vociférer, sans être arraché à l'oppression inique que j'endure? O Dieu, la contradiction du mal est plus puissante que ta justice ; la loi est déchirée, tes jugements avortent ; l'impie prévaut contre le saint... n'existez-vous donc pas dès le commencement, ô mon Dieu ? Vos yeux ont donc cessé de voir ! Pourquoi gardez-vous le silence, tandis que les méchants dévorent ceux qui sont plus justes qu'eux ? » (1).

Non, non, en ce monde, la justice n'est pas totale! Allez dans un cimetière, là où se trouvent tant d'iniquités et d'oppressions endormies. Ils sont là, plongés dans les hontes silencieuses de la terre. Celui qui fut pendant son existence un pirate, un bandit, dort d'un sommeil profond à côté de la victime morte de misère sans que son cri vers la justice semble avoir été entendu : il n'y a pas plus de honte pour les insolents oppresseurs et pas moins d'ignominie pour les innocents dont la vie fut broyée. L'horreur et le silence les couvre du même voile. Là sont étendus des êtres qui ont été brisés, volés, insultés. Ils ont cru en Dieu; ils l'ont appelé avec des clameurs qui eussent fendu des pierres, si les pierres avaient pu les entendre. La mort est venue d'un pas plus rapide que la justice et la réhabilitation.

« Les vertueux sont morts de leurs vertus » (1). La terre remplit maintenant leur bouche et étouffe leur voix. A côté d'eux, dans le même champ funèbre on a apporté les scélérats « exaspérants » (2) et maudits. Ils étaient, eux, « robustes, sains, riches et heureux; leurs entrailles étaient saturées de graisse, et leurs os suaient la moelle » (3). Leurs cendres reposent dans la même paix. La sombre sérénité de la mort ne s'est pas démentie à leur arrivée.

Bien plus, le marbre est plus riche, et les fleurs sont plus fraîches sur leur tombe. Et tout est fini là ? Et les malheureux sont écrasés pour toujours? Et Néron a rencontré sous terre la même paix que saint Paul? Et le doux Louis XVI y pourrit dans les mêmes ignominies que Marat? Et il y a un soleil qui éclaire une aussi révoltante abomination? Et il y a un sentiment de justice, une loi de justice qui règle le monde, et rugit divinement au fond de la conscience humaine? Et des philosophes qui s'appellent « déistes » n'affirment l'existence de Dieu que pour le rendre responsable de toute cette ignominie? Menteurs !

« Interrogez, dit Job, le premier venu des passants, il vous dira que le méchant est réservé pour le jour de la perdition et de la fureur ! » (1). La justice se perpétue dans l'immortalité (2). Les œuvres de la conscience, les seules qui relèvent de la justice, franchissent les barrières de la mort, et suivent les âmes (3) que le sépulcre ne retient pas, et que le Juge attend. Ce juge est « patient et fort » (4), il n'a pas à se presser de récompenser ni de punir.


(1) (1) Habac, 1, 2, 3, 4, 12, 13.
(1) Eccl., VII, 16.
(2) Ezech., II, 8.
(3) Job, XXI, 23, 24.
(1) Job, XXI, 29, 30.
(2) Sap. I, 15.
(3) Apoc, XIV, 13.
(4) Ps. VII, 12.



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Message  Monique Mer 08 Sep 2010, 9:48 pm

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D'ailleurs, il est certaines vertus trop hautes et certains forfaits trop noirs pour qu'il y ait dans la création quelque chose qui soit capable de les payer équitablement. Il leur faut attendre le monde où tout est infini, il leur faut survivre pour la justice « qui est immortelle ».

Les victimes peuvent être enfouies ou réduites au silence : quand même leur bourreau n'ait rien à en redouter ici-bas, quelque chose au fond de son être l'avertit que le compte avec la justice n'en demeure pas moins à régler. Cet avertisseur dont les païens avaient fait une divinité, et qui est beaucoup plus qu'une idole, puisqu'il est Dieu, s'appelle le remords.

Pourquoi l'homme qui vient d'apaiser sa haine, ou d'assouvir ses convoitises par un crime, ne dort-il pas tranquille? Quand la brute est satisfaite, elle se couche, calme, repue, l'œil alourdi. Tous les brigands du désert, des forêts et de l'air, les lions qui boivent le sang des gazelles, les couleuvres qui glissent la mort dans les nids, les vautours qui déchirent et dévorent les passereaux, tous digèrent en paix la proie qu'ils ont inconsciemment meurtrie, et dont ils se repaissent comme fatalement. Ils n'ont point d'âme à rendre à Dieu, ils ne doivent aucun compte à l'immense machine de l'univers, dans lequel ils ne sont que des rouages irresponsables et des forces aveugles. Pourquoi n'en est-il pas ainsi de l'homme ?

Il a donc conscience de la vague justice qui plane sur sa tête; dès l'heure de son crime, alors même qu'il n'a personne autre à craindre, il tremble et se fait peur à lui-même. Inquiet, s'il ne se jette pas aux bras du repentir, il éprouve le besoin de devenir plus mauvais, et de s'enfoncer davantage dans le mal, ainsi que dans un antre au fond duquel le souvenir de Dieu le laissera peut-être tranquille. Il s'en va emporté par la rage du crime et la frénésie du remords, criant comme la femme de Macbeth : « Viens, nuit épaisse, et enveloppe-moi de la plus sombre fumée de l'enfer !.. Que la lumière du ciel ne puisse pas percer ton linceul de ténèbres et me crier : Arrête ! » (1).

Judas, féroce et plein d'enfer, se pend. Pierre, plus doux, et visité de la grâce, ne cesse de pleurer jusqu'à la mort. Pilate, étrangement agité, se noie. Caïn convulsif et sombre, avec du sang qui tache ses mains, avec un écho plaintif qui importune son oreille, avec la sensation d'une main vengeresse étendue sur sa tête, s'en va maudit, rongé au flanc comme par un vautour, essayant d'étourdir dans la fièvre d'un travail forcené la fièvre de ses remords. Qui aura le courage d'appeler illusion, une puissance aussi étrangement divine? Si le remords n'était qu'un sentiment humain, il y a longtemps que les apôtres du « conflit moral » en auraient guéri l'humanité coupable, intéressée à en finir avec le plus déchirant de ses bourreaux.

Mais en dépit des philosophes matérialistes, malgré le cynisme acquis par quelques monstres dans l'accoutumance au crime, nul n'a pu encore étrangler la conscience ni écraser les remords. Les remords ressemblent à ces vipères que l'on croyait autrefois déchirer les entrailles maternelles. Refoulés au fond des consciences, ils s'agitent, s'éveillent subitement quand on les pensait endormis : ils sifflent soudain et mordent, à l'instant même où ils semblaient étouffés pour jamais. Nul n'aura raison de leur race, car ils vivent surnaturellement. Ils sont les témoins de Dieu : ils parlent pour Celui qui se tait, ils menacent pour Celui qui attend, ils s'agitent et luttent pour Celui qui « regarde d'en haut » (1), et voudrait ne pas avoir à sévir.

(1) Macbeth, SC. V.
(1) Ps. XIII, 2.



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Message  Monique Mar 14 Sep 2010, 5:00 pm

LA SURVIVANCE DES ŒUVRES


Que la miséricorde de Dieu soit bénie, d'avoir placé dans le cœur des coupables, tandis qu'il est encore temps, d'aussi brûlants prophètes, d'aussi implacables avertisseurs. Grâce à eux, à côté des justes « qui croient à l'amour » (1), les méchants ne pourront pas cesser de croire à la justice.

Puisque Dieu est, Dieu voit. Et ce que Dieu voit, il ne peut l'oublier.
L'Eglise, dans sa liturgie, répète les effrayantes paroles du livre de la Sagesse : « L'Esprit de Dieu remplit l'orbe du monde ; il contient toute chose et entend tout langage » (2). L'Esprit de Dieu ressemble à l'atmosphère répandue dans la nature, à l'air qui remplit tout, pénètre jusqu'au fond de nos poitrines, « dans lequel nous vivons, nous nous mouvons, nous sommes » (3). Aucune manifestation de la vie intime, quel que soit le signe qui la révèle, ne peut lui échapper. « Celui dont la parole ment ne peut lui dissimuler son. mensonge et ne se dérobera point à son jugement » (1). On s'est étonné lorsque Jésus-Christ est venu enseigner aux hommes « qu'au tribunal suprême l'homme devra rendre compte d'une parole oiseuse » (2). L'Esprit-Saint cependant avait déjà déclaré « que l'impie sera interrogé même sur ses pensées. » Car le Dieu qui venge les iniquités ne se contente pas d'entendre les discours des méchants. « Une oreille jalouse écoute tout » (3).

Remarquez-vous la puissance expressive de cette image : « L'oreille du jaloux écoute tout ». L'homme jaloux se cache dans l'ombre et se dérobe dans les coins pour saisir à l'improviste les réalités qu'il soupçonne. Il attend, il retient son souffle, il s'avance à pas mystérieux ; il laisse croire qu'il s'est éloigné.

On est convaincu qu'il ne prend nul souci de ce qui se passe, qu'il n'en a aucun soupçon. On se moque de lui. « L'impie a dit dans son cœur : Dieu nous a oubliés » (1 ). Lui oublier ? Lui ne pas regarder ? La jalousie avive jusqu'à la torture le désir de voir et de surprendre. L'homme auquel la jalousie pince le cœur n'a de repos que lorsqu'il sait. La flamme que la jalousie attise dans le regard, lui communique une acuité à laquelle rien n'échappe. La patience du jaloux est infatigable jusqu'au jour où il survient, inattendu, dans cette apparition « horrible et subite » (2), dont la seule idée fait frémir.

Seuls les insensés ne songent pas au divin Jaloux. Lisez l'admirable tableau de leur stupide confiance et de leur affolement final, tracé par la sagesse divine :

« Tout homme qui pèche, nourrit en lui-même le mépris du danger et dit : qui me voit?
« Les ténèbres m'enveloppent, les murs me cachent ; nul ne m'observe. Qui ai-je à craindre ? Le Très-Haut ne se souviendra pas de mes fautes.
« Ce malheureux ne comprend pas que l'œil de Dieu voit tout. Rassuré du côté des hommes, il ne croit avoir rien à craindre de Dieu.
« Et il ne sait pas que les yeux du Seigneur sont plus lumineux que le soleil, que leur regard poursuit toutes les voies de l'homme, descend dans la profondeur des abîmes, pénètre le cœur humain, entre et voit dans les recoins les plus secrets.
« Avant même d'exister, tout est connu de Dieu ; et les choses qui ont cessé d'être, il les regarde encore.
« Aussi le coupable sera frappé en pleine place publique. Il voudra s'enfuir comme un poulain effarouché; il sera appréhendé, là où il s'y attendait le moins.
« Et sa honte sera publique, parce qu'il n'aura pas eu peur de Dieu»(1).

(1) I Joan., IV, 16.
(2) Sap., I, 7.
(3) Act., XVIII, 28.
(1) Prov., XIX, 5.
(2) Matt., XII, 36.
(3) Sap., I, 9-10.
(1) Ps.,X,sec. Hebr. II.
(2) Sap., VI, 6.
(1) Eccli., XXIII, 25, 26, 27, 28, 29, 3o, 31.



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Message  gabrielle Mar 14 Sep 2010, 5:05 pm

L'Esprit-Saint cependant avait déjà déclaré « que l'impie sera interrogé même sur ses pensées. »

La méditation de cette phrase peut conduire quiconque à la perfection.
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Message  ROBERT. Mar 14 Sep 2010, 5:27 pm


Puisque Dieu est, Dieu voit. Et ce que Dieu voit, il ne peut l'oublier.

« L'impie a dit dans son cœur : Dieu nous a oubliés » (1 ). Lui oublier ? Lui ne pas regarder ?

(1) Ps.,X,sec. Hebr. II.


L'homme est d'un orgueil fou s'il imagine Dieu à sa mesure !!
.
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Message  Monique Mar 14 Sep 2010, 9:46 pm

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Tout autres sont les sentiments et le sort des sages, des saints. Ils disent avec l'épouse du Cantique : « Il est là, Lui-même, derrière la muraille; il regarde par les fenêtres, il surveille à travers les barreaux» (1). Ils savent que pour l'œil de Dieu « les ténèbres ne sont pas obscures et que la nuit s'illumine comme le jour» (2). Dieu « perce de son regard le secret des reins et des cœurs » (3). Il connaît « tous les sentiers parcourus par l'homme. » Il est lui-même la lumière (4), il voit tout.

Ayant tout vu, il ne peut pas cesser de voir: par conséquent, il ne peut oublier.
Pour nous, tout s'efface sur le sable mouvant de notre mémoire. Le monde qui passe et les événements qui défilent,laissent à la surface de notre âme quelques vestiges dont le dessin devient de jour en jour plus confus, jusqu'à ce qu'ils disparaissent pour faire place à d'autres figures non moins fugitives. Nous n'avons pas assez de profondeur et de puissance dans notre souvenir pour conserver au milieu de la production infatigable des pensées nouvelles, des désirs changeants, et des actes qui se succèdent sans relâche, la mémoire nette et vivante de toutes nos pensées, de tous nos désirs, de toutes nos actions. Il en est des impressions qui s'entassent au fond de notre âme, comme de la superposition de plusieurs ombres sur un mur : la dernière ne laisse rien subsister de celles qui précédaient, et qui se trouvent anéanties par le fait même qu'une autre ombre survenue les a couvertes.

Mais que nous en ayons ou non le souvenir, tout le trésor existe (1) là où s'entassent les réalités, c'est-à-dire dans l'infinie intelligence de Dieu. Tout « est gravé comme sur des lames de plomb incorruptible, avec un stylet de fer » (2). C'est pourquoi les prophètes et les justes ne cessent pas de supplier Dieu qu'il veuille oublier et qu'il efface. « Seigneur, s'écrie David, ne vous souvenez pas des délits de ma jeunesse et des péchés que j'ai oubliés moi-même ! (1) — Oubliez notre iniquité, implore à son tour Isaïe (2). — Bienheureux, reprend David, ceux auxquels leurs crimes sont remis, et dont les péchés sont couverts du voile de l'oubli » (3).

L'homme, qui n'est rien, a tant de peine à oublier une offense reçue, qu'il a une peur surhumaine, dès qu'il y songe, de cette éternelle mémoire de Dieu. Malgré ses prières, Dieu n'oubliera pas. Nos cris ne peuvent pas changer son immuable essence. Il ne nous reste donc en face de cette implacable existence de nos œuvres que rien ne peut plus anéantir, il ne nous reste plus qu'à les transformer par le repentir, à les laver dans le sang de Jésus, à redire l'admirable parole du saint Roi : « Puisque le souvenir vous demeure, ô Dieu, confiez-le du moins à votre miséricorde ! » (4).

(1) Çant., II, 9.
(2) Ps. CXXXVIII, 12.
(3) Jer., XVII, 10.
(4) Joan., I, 9.
(1) Matt., VI, 20.
(2) Job, XIX, 24.
(1)Ps. XXIV,7.
(2) Is., LXIV, 9.
(3) Ps. XXXI, 1.
(4) PS. XXIV, 7.



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Message  Monique Mer 15 Sep 2010, 7:05 pm

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Au surplus, indépendamment de toute raison apportée, il est directement révélé que nos œuvres, en tant que justiciables de Dieu, demeurent. « Les œuvres suivent les morts » (1).

Pour la justice de ce monde, les criminels laissent souvent derrière eux, à leur insu, des indices révélateurs qui les jetteront sous l'acier de la guillotine. Alors même qu'ils parviennent à s'enfuir et qu'ils se rassurent en songeant à la hauteur des montagnes, à l'immensité des mers qu'ils ont mises entre eux et la vengeance des lois, des policiers inconnus s'attachent à leurs pas, des regards habiles et perçants les suivent à travers les foules et dans les ténèbres de la nuit. Derrière la conscience qui « a péché contre le Ciel » (2), il y a bien mieux que les lumières de la justice humaine, il y a les œuvres elles-mêmes. Les traces de pas sur la neige ou dans la boue s'effacent ; les ouvriers de la vengeance sociale s'égarent et sont déroutés quelquefois.

Mais pour les pécheurs « les œuvres suivent » en troupe muette, implacable, divine, infaillible. Depuis l'instant où nous avons commencé à vouloir le bien ou le mal, jusqu'à l'heure où nous touchons aux rivages de l'éternité, leur long cortège infatigable et continu nous accompagne. Nous ressemblons à l'araignée qui dévide avec ses pattes agiles un fil dont la continuité se rattache au point de départ (1), et dénonce, pour un œil perçant, toutes les voies parcourues par l'insecte. Ces œuvres « qui suivent » ont beau être silencieuses comme des fantômes, invisibles comme des pensées, elles sont là, fatales. Elles y sont toutes, montées en croupe avec nous sur la vie, jusqu'à l'heure où « elles se révéleront » (1).

Alors, nulle autre main vengeresse que la leur ne se posera sur notre épaule pour nous arrêter et nous jeter devant le tribunal divin. « Mes iniquités veillaient donc ! s'écrie le prophète ; elles étaient demeurées attachées à mes mains, enroulées à mon cou. Voilà que soudain mon assurance tombe : le Seigneur m'a livré à une main sous laquelle je ne pourrai me relever ! »(2). Nulle autre voix ne retentira pour nous accuser ou nous défendre devant Celui qui prononce les arrêts sans appel. « Ils seront traduits, dit l'Esprit-Saint, par leurs propres iniquités »(3). C'est « ta malice elle-même, prédit Jérémie, qui plaidera contre toi «(4).

(1) Apoc, XIV, 13.
(2) Luc, XV, 21.
(1) Ps. LXXXIX, 9.
(1) I Cor., III, 13.
(2) Thren., I, 14.
(3) Sap., IV, 20.
(4) Jer., II, 19.



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Message  Monique Jeu 16 Sep 2010, 6:53 pm

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Tout ce qui était ignoré des hommes, caché dans l'ombre, enseveli sous terre, sera révélé. La mort elle-même qui croyait ses conquêtes définitives et son silence éternel, demeurera stupéfaite en présence de cette formidable résurrection de toute chose.

Est-ce qu'elle n'avait pas mis sa main sur toutes les bouches, étouffé toutes les voix, glacé à tout jamais tous les cœurs ?

Est-ce qu'elle n'avait pas fait entendre sur toutes les ruines et sur tous les déserts l'éclat de rire final des chacals et des vautours ? (1).

Et voici que partout s'échapperont ses victimes des tombeaux ahuris et béants. Un livre sera apporté, immense ; « les sceaux effrayants seront rompus » (2). Et devant les cieux et la terre remués, devant les sépulcres ouverts et les cœurs livrés au grand jour, devant les criminels arrachés à l'ombre et « rugissant comme des ours » (3), la conscience délivrée, ressuscitée, tressaillante, montrera d'un doigt triomphal toutes les œuvres passées, enfin mises à la lumière, comme ces trésors enfouis qu'un coup de pelle inattendu fait tout à coup resplendir en plein soleil.

Et ce sera pour les coupables le spectacle le plus décourageant, le plus honteux. Leurs péchés subiront le sort de toutes les maudites beautés de ce monde : il n'en demeurera que l'infâme squelette, l'immoralité ignoblement nue (1). « L'infélicité des hommes consiste précisément en ceci, dit saint Augustin, qu'en mourant ils perdent l'objet séduisant de leur péché, et n'emportent avec eux que la laideur du péché lui-même »(2).


(1) Is., XXXIV, I 3.
(2)Apoc, V, 9.
(3) Is., LIX, 11.
(1) Is., XLVII, 2, 3.
(2) Hom. 42, ad pop.



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