La petite soeur Thérèse

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Message  Arthur Mer 02 Juin 2010, 8:07 am


Plusieurs fois il avait semblé à Thérèse que la main de Jésus s'écartait de son front. Périodes de sécheresse, d'aridité qui n'épargnent aucune âme. Thérèse les supportait avec résignation, presque avec tendresse.


Elle soulageait son angoisse avec une malice délicieuse. " C'est que le bon Dieu s'est endormi en moi, " disait-elle. Et elle respectait ce sommeil de Dieu, ne l'importunait pas de récriminations, mais adoucissait sa perpétuelle chanson d'amour jusqu'à ce qu'elle devint une berceuse.

Lorsque le ciel bleu devint sombre,
Et qu'il semble me délaisser,
Ma joie est de rentrer dans l'ombre,
De me cacher, de m'abaisser,

Ma paix, c'est ma volonté sainte
De Jésus, mon unique amour;
Ainsi je vis sans nulle crainte;
J'aime autant la nuit que le jour.


Accepter n'est pas plus cesser d'aimer que cesser de souffrir. Thérèse fut abreuvée de souffrance pendant sa retraite de Profession. Elle était fixée au 8 septembre, jour de la Nativité de Marie. Dans l'été finissant, le préau s'alourdissait des dernières fleurs. le Pape, de sa lointaine capitale romaine, envoyait sa bénédiction.


Cependant Thérèse dût traverser une heure de tempête à la veille du grand jour; des voix lui criaient qu'elle se trompait sur sa vocation, qu'elle n'avait plus qu'à retourner dans le monde. La tentation fut si forte qu'elle courut à sa maîtresse, lui avoua son tourment. La sage maîtresse sourit et dit quelques mots de réconfort.


Avec l'aurore, naquit une paix " qui dépasse tout sentiment ". Thérèse avait écrit un billet qu'elle devait toujours porter sur son coeur :
" Oh ! Jésus, je ne vous demande que la paix ! ... La paix et surtout l'Amour sans borne, sans limites ! Jésus ! que pour vous je meure martyre; donnez-moi le martyre du coeur ou celui du corps. Ah ! plutôt donnez-les-moi tous les deux. "


Cette double grâce, Thérèse devait l'obtenir. Mais plus tard. Avant, il fallait vivre encore un peu.


" À la fin de ce beau jour, écrivit la Sainte, ce fut sans tristesse que je déposai, selon l'usage, ma couronne de roses aux pieds de la Sainte Vierge; je sentais que le temps n'emporterait pas mon bonheur ...

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Message  Arthur Lun 07 Juin 2010, 8:10 am


" La Nativité de Marie ! Quelle belle fête pour devenir l'épouse de Jésus ! C'est la petite Sainte Vierge d'un jour qui présentait sa petite fleur au petit Jésus. Ce jour-là, tout était petit, excepté les grâces que j'ai reçues; excepté ma paix et ma joie en contemplant le soir les belles étoiles du firmament, en pensant que bientôt je m'envolerai au ciel pour m'unir à mon divin Époux, au sein d'une allégresse éternelle."


Le 24 septembre eut lieu la Prise de Voile. Jour de tristesse. M. Martin allait très mal; l'évêque fut empêché de venir. Thérèse pleura.


Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas pleuré. On comprit mal ses larmes, parce qu'on était habitué à son sourire. Elle ne montrait que son sourire, et quand cela était permis, une gaieté délicieuse.


Souvenons-nous qu'elle avait dix-sept ans à peine. Et qu'elle tenait à son enfance, qu'elle ferait plus tard, de ce don d'enfance, sa force et sa doctrine. Il y avait en elle des moments d'abandon joyeux pendant lesquels l'esprit plaisant reprenait le dessus.


Ce fut à l'un de ces moments-là, qu'ayant vu le faire part de sa cousine Jeanne Guérin, qui allait se marier, elle composa, pour amuser ses compagnes, son propre faire part :


Le Dieu Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, souverain Dominateur du monde, et la Très Glorieuse Vierge Marie, Reine de la Cour céleste, veulent bien nous faire part du mariage spirituel de leur Auguste Fils, Jésus, Rois des rois, et Seigneur des seigneurs, avec la petite Thérèse Martin, maintenant Dame et Princesse des Royaumes, apportés en dot par son divin Époux : l'Enfance de Jésus et sa Passion, d'où lui viennent ses titres de noblesse : de l'Enfant-Jésus et de sa Sainte-Face.


N'ayant pu vous inviter à la fête des Noces qui a été célébrée sur la montagne du Carmel le 8 septembre 1890 -- la Cour céleste y étant seule admise -- vous êtes néanmoins priés de vous rendre au Retour de Noces qui aura lieu demain, jour de l'Éternité, auquel jour Jésus, Fils de Dieu, viendra sur les nuées du ciel, dans l'éclat de sa majesté pour juger les vivants et les morts.


L'heure étant encore incertaine, vous êtes invités à vous tenir prêts et à veiller.

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Message  Arthur Mar 08 Juin 2010, 8:56 am


Le cycle maintenant est accompli. La porte du Carmel est définitivement refermé sur soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Sa grande aventure se transporte au delà de nous.


Son dialogue avec Dieu se poursuit et s'élève; nous en avons des échos dans les quelques pages qu'elle écrivit avant de mourir, dans quelques-unes de ces lettres, dans les conversations que nous ont rapportées celles qui partagèrent son existence terrestre.


Nous pouvons suivre là le cheminement de la grâce, les progrès fulgurants d'un amour jamais rassasié. " Je veux aimer Dieu comme jamais il n'a été aimé, " disait la Sainte. Nous sommes impuissants à tenir la balance d'un tel amour.


Extérieurement, nous pouvons retenir certains traits, certaines dates, certaines images. Nous savons que Thérèse fut lingère, réfectorière, sacristine, puis qu'elle dirigea les novices.


Elle suivait la règle avec exactitude exemplaire; elle ne faisait rien de moins, rien de plus que les autres, si ce n'est qu'elle donnait, par ses dispositions intimes, un prix infini à chaque chose. Comme un diamant caché contient en lui toute sa lumière, elle ne brillait vraiment qu'aux yeux de l'Éternel.


La plupart s'y trompaient parmi ses compagnes. Et elle était menée durement, comme les autres, comme toutes, travaillant au delà de ses forces aux plus humbles besognes quand elles lui étaient commandées. Sans zèle excessif, sans la moindre ostentation.


Elle allait où elle devait aller d'un pas égal. " Soeur Thérèse ne se dépêche pas, " disait-on. Ou bien : " Elle n'est bonne à rien. " Mais c'est qu'elle était partie à l'heure, et elle arrivait en même temps que les autres. Mais c'est que rien ne la distrayait de sa tâche, et quand la minute sonnait, la besogne était accomplie.


Lorsqu'elle était au lavoir et qu'une autre éclaboussait son visage d'eau salie, elle ne se récriait pas, mais s'approchait un peu, pensant que son humilité serait agréable à Dieu. Au réfectoire, elle ne levait pas les yeux et mangeait du même appétit ce qui lui plaisait et ce qui ne lui plaisait pas.


Elle ne sollicitait pas les pires besognes, car c'eût été satisfaire une forme de son amour-propre, mais elle les désirait, et on les lui donnait souvent. Que la Prieure fût la rude Mère Marie de Gonzague, ou sa soeur Pauline, Mère Agnès de Jésus, rien ne changeait pour elle, et elle n'eût pas admis que quelque chose changeât.


Elle n'accomplissait pas de pénitences extraordinaires. Les mortifications physique ne lui réussissaient guère. Elle eût aimé les offrir. Elle se consola en pensant qu'elle eût pu en tirer de l'orgueil, et que Dieu savait mieux qu'elle ce qu'il voulait.


Elle était là pour aider les âmes, pour que son amour réjouisse Dieu et qu'il puisse la prendre ou l'écarter selon son gré. Elle acceptait la faveur ou la défaveur divine avec une telle solidité gracieuse dans la vertu qu'on ne sait quand il faut plus l'admirer, mais qu'on sait qu'il faut toujours l'aimer.

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Message  Arthur Lun 14 Juin 2010, 9:36 am


Peu de temps après sa Profession, elle rencontra la mort pour la première fois. C'était la fondatrice du Carmel de Lisieux, Mère Geneviève de Sainte-Thérèse qui s'en allait. Elle l'aimait car elle avait reçu d'elle de grandes consolations et parce qu'elle était sanctifiée par des vertus cachées et ordinaires.


" Le jour où cette vénérée Mère quitta l'exil pour la patrie, dit-elle, je reçus une grâce toute particulière. C'était la première fois que j'assistai à une mort; vraiment ce spectacle était ravissant.


Mais pendant les deux heures que je passai au pied du lit de la sainte mourante, une espèce d'insensibilité s'était emparée de moi; j'en éprouvais de la peine, lorsqu'au moment même de la naissance au ciel de notre Mère, ma disposition intérieure changea complètement.


En un clin d'oeil, je me sentis remplie d'une joie et d'une ferveur indicibles, comme si l'âme bienheureuse de notre sainte Mère m'eut donné, à cet instant, une partie de la félicité dont elle jouissait déjà, car je suis bien persuadée qu'elle est allée droit au ciel. "


Chaque soeur du monastère demanda une relique. Thérèse ne demanda rien. Mais avec un petit linge fin, elle recueillit la dernière larme de l'agonie, la dernière, celle que la mort même n'avait pas fait tomber et qui scintillait à la paupière fermée " comme un beau diamant ".


Après cela, le couvent fut dévasté par une épidémie d'influenza. Thérèse fut épargnée; elle soigna tout le monde avec une patience et un dévouement admirables. Et elle eut là trop d'occasions de se familiariser avec la maladie et avec la mort.


Mais Dieu l'aidait. Elle s'unissait à lui tous les jours, à ce moment-là, dans la communion, et tous les soins qu'elle pouvait rendre la comblaient de bonheur.

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Message  Arthur Mar 15 Juin 2010, 8:31 am


La nuit, il arrivait que Thérèse rêvât.

Alors, elle retrouvait sa jeunesse, sa liberté, son goût pour la nature. Elle rêvait qu'elle cueillait des fleurs, qu'elle attrapait des papillons, ou qu'elle jouait avec des enfants.


Elle s'étonnait même de ne jamais rêver du bon Dieu, puisqu'elle pensait à lui toute la journée.

*

Quand elle fut plus avancée dans la vie religieuse, on lui commanda des travaux de peinture.


Elle avait toujours désiré peindre, s'en privant par mortification. Elle y trouva de la joie.


Elle composait aussi des poésies, des cantiques. Pendant que ses mains étaient occupées de quelque besogne qui ne demandait pas d'attention spirituelle, ou pendant ses heures de temps libre, elle mettait en vers ses pensées, ses élans, les images qui occupaient son coeur.


Elle n'avait pas toujours loisirs de les écrire, et ne les retrouvait après qu'avec peine. C'était encore pour elle une façon de prier.


L'art ! Mon Dieu, qu'est-ce que c'est que l'art ? Nous ne savons pas bien au juste. Quelque chose qui nous émeut sans doute, qui communique une émotion...


Petite Thérèse, vous qui êtes maintenant de l'autre côté du monde, où les signes sont changés, où la réalité est toute poésie, vous savez mieux que moi que vos peintures ne sont pas de très bonnes peintures, que vos poèmes ne sont pas de très bons poèmes.


Mais cela ne nous empêche pas d'être émus par la sincérité, par la pureté d'inspiration, par une certaine fluidité harmonieuse...


Ma vie est un instant, une heure passagère,
Ma vie est un moment, qui m'échappe et qui fuit,
Tu le sais, ô mon Dieu, pour t'aimer sur la terre
Je n'ai rien qu'aujourd'hui.


En juillet 1894 finit le martyre de M. Martin. Il avait vécu trois ans dans une maison de santé, et trois années encore chez son beau-frère. Céline ne l'avait pas quitté. Thérèse n'avait revu son père qu'une fois. Et il n'avait pu que lever le doigt et prononcer deux syllabes : " Au ciel. "


C'était un tourment pour Thérèse de savoir sa soeur dans le monde. Elle la réconfortait et l'exhortait dans des lettres émouvantes. Surtout elle priait pour elle. Au point de faire des miracles.


Un soir qu'elle savait Céline au bal, elle pria tellement pour qu'elle ne dansât point, qu'un jeune homme qui avait invité Céline, devint incapable de danser et ne put que se promener avec elle au milieu des couples. Céline souriait sans ironie car la grâce de Dieu était sur elle.


Quelques semaines après la mort de son père, elle venait rejoindre au Carmel ses trois soeurs. Léonie seule manquait, que les Clarisses avaient attirée, mais qui n'avait pu suivre leurs austérités, et que la Visitation de Caen devait recueillir.


Toute préoccupation de sa famille de la terre était enfin écartée d'elle.

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Message  Arthur Jeu 17 Juin 2010, 9:27 am



Le 9 juin 1895, elle écrivit une prière qu'elle garda comme un trésor, comme son trésor dans l'Évangile qui ne la quittait jamais. On ne la connut qu'après sa mort, mais il faut voir dans cet acte d'offrande le plus pur élément de son coeur.


" Ô mon Dieu, disait-elle, Trinité bienheureuse, je désire vous aimer et vous faire aimer, travailler à la glorification de la sainte Église, en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en délivrant celles qui souffrent dans le Purgatoire.


Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume; en un mot, je désire être sainte, mais je sens mon impuissance, et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma sainteté...


" Je voudrais vous consoler de l'ingratitude des méchants, et je vous supplie de m'ôter la liberté de vous déplaire. Si par faiblesse je viens à tomber, qu'aussitôt votre divin regard purifie mon âme, consumant toutes mes imperfections comme le feu qui transforme toute chose en lui-même.


" Je vous remercie, ô mon Dieu, de toutes les grâces que vous m'avez accordées: en particulier de m'avoir fait passer par le creuset de la souffrance...


C'est avec joie que je vous contemplerai au dernier jour, portant le sceptre de la croix; puisque vous avez daigné me donner en partage cette croix si précieuse, j'espère au ciel vous ressembler et voir briller sur mon corps glorifié les sacrés stigmates de votre passion.


" Après l'exil de la terre, j'espère aller jouir de vous dans la patrie; mais je ne veux pas amasser de mérites pour le ciel, je veux travailler pour votre seul amour, dans l'unique but de vous faire plaisir, de consoler votre Coeur sacré, et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement.


" Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides; car je ne vous demande pas , Seigneur, de compter mes oeuvres... Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice, et recevoir de votre amour la possession éternelle de vous-même. je ne veux point d'autre trône et d'autre couronne que vous, ô mon Bien-Aimé... "


Dieu accueillit l'offrande.


À quelques jours de là, pendant qu'elle faisait l'exercice du chemin de croix, Thérèse se sentit traversée d'une blessure. C'était comme un trait de feu, une lance de lumière. Un torrent de grâce se répandit en elle, l'holocauste était accepté.

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Message  Arthur Lun 21 Juin 2010, 8:19 am


On l'avait chargée de la direction des novices. Il fallait bien qu'elle eût des disciples qui pussent témoigner pour elle, montrer comment, n'enseignant que par des conseils et par l'exemple, elle entendait que fût comprise la " petite voie d'amour " qu'elle voulait indiquer à toutes les petites âmes du monde.


Regardons-là les conduire.


Elle est brave comme un soldat, adroite comme une abeille, bonne comme une mère. Elle a le don de vérité. elle voit la vérité; ce n'est pas raison, c'est intuition. Thérèse a toujours eu plus de confiance dans son inspiration que dans son esprit. C'est pour cela qu'elle ne se trompe jamais.


--- " Le seul moyen de faire de rapides progrès dans la voie de l'amour, disait-elle, est celui de rester toujours bien petite. C'est ainsi que j'ai fait. "


Un jour qu'une novice se plaignait d'une tentation insurmontable :


" Pourquoi cherchez-vous à vous mettre au-dessus ? répond-t-elle, passez dessous, tout simplement... je me rappelle à ce propos ce petit trait de mon enfance : un cheval nous barrait l'entrée d'un jardin; on parlait autour de moi, cherchant à le faire reculer; mais je laissai discuter, et passai tout doucement entre ses jambes... Voilà ce que l'on gagne à garder sa petite taille. "


Un autre jour, on lui demande ce qu'elle ferait si elle pouvait recommencer sa vie religieuse.


--- Il me semble que je ferais ce que j'ai fait, répond-t-elle.


Et ce dialogue s'engage :


" --- Vous n'éprouvez donc pas le sentiment de ce solitaire qui disait : " Quand même j'aurai vécu de longues années dans la pénitence, tant qu'il me resterait un quart d'heure, un souffle de vie, je craindrais de me damner ? "


" --- Non, je ne puis partager cette crainte, je suis trop petite pour me damner, les petits enfants ne se damnent pas.


" --- Vous cherchez toujours à ressembler aux petits enfants, mais dites-nous donc ce qu'il faut faire pour posséder l'esprit d'enfance ? Qu'est-ce donc que rester petit ?


" --- Rester petit, c'est reconnaître son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son Père. C'est ne s'inquiéter de rien, ne point gagner de fortune.


" Même chez les pauvres, tant que l'enfant est tout petit, on lui donne ce qui lui est nécessaire, mais aussitôt qu'il a grandi, son père ne veut plus le nourrir et lui dit : Travaille maintenant, tu peux te suffire à toi-même.


Eh bien ! c'est pour ne jamais entendre cela que je n'ai pas voulu grandir, me sentant incapable de gagner ma vie, la vie éternelle du ciel. Je suis donc toujours restée petite, n'ayant d'autre occupation que celle de cueillir les fleurs de l'amour et du sacrifice et de les offrir au bon Dieu pour son plaisir.


" Être petit, c'est encore ne point s'attribuer à soi-même les vertus que l'on pratique, se croyant capable de quelque chose, mais reconnaître que le bon Dieu pose ce trésor de vertu dans la main de son petit enfant, pour qu'il s'en serve quand il en aura besoin; et c'est toujours le trésor du bon Dieu.


" Enfin, c,est ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal. "


Son humilité va si loin que pour l'enseigner aux autres, elle n'hésite pas à dire :


" Si je n'avais pas été acceptée au Carmel, je serais entrée dans un Refuge, pour y vivre inconnue et méprisée, au milieu des pauvres " repenties ". Mon bonheur aurait été de passer pour telle à tous les yeux; et je me serais faite l'apôtre de mes compagnes, leur disant ce que je pense de la miséricorde du bon Dieu... "


Sa charité est si constante, qu'elle hésite à persuader une soeur qu'elle est dans son tort, même lorsque c'est parfaitement vrai, puisqu'elle n'est pas chargée de sa conduite.


--- Il ne faut pas que nous soyons des juges de paix, dit-elle, mais des anges de paix.

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Message  Arthur Mar 22 Juin 2010, 8:17 am



Cependant Thérèse, tout en conduisant ses novices et sans négliger aucun de ses autres devoirs, profitait de son temps libre pour accomplir un autre travail qu'on lui avait commandé. Elle écrivait ses souvenirs.


Un des derniers jours de l'année 1894, à la récréation du soir, Thérèse causait doucement avec ses deux soeurs. Elle racontait des choses si jolies, et elle les racontait si bien, que Soeur Marie du Sacré-Coeur s'écria :


--- Vous devriez, ma Mère, lui demander d'écrire tout cela !


La Mère Agnès était alors prieure. Elle trouva l'idée intéressante. Thérèse ne pensait pas que cela pût avoir quelque valeur, elle redoutait de se dissiper par un tel retour sur le passé. Mais elle obéissait toujours.


Elle prit un petit cahier d'écolier, une plume, une sorte de pupitre en bois. Elle s'agenouilla un instant devant la statue de la Vierge au Sourire, puis elle s'assit sur un petit banc près de sa paillasse, posa le pupitre sur ses genoux et commença d'écrire.


Elle ne cherchait pas à composer; elle ne raturait pas. Sa petite écriture régulière et fine couvrait une page après l'autre. Est-ce que cela avait de l'importance ? Elle écrivait pour obéir et pour faire plaisir à Marie et à Pauline.


Cela dura toute une année. Toute une année, chaque fois que cela lui fut possible, Thérèse enfermée dans sa cellule, s'assit sur son petit banc de bois et écrivit.


Elle avait le don de raconter, elle éprouvait naturellement la poésie. Était-ce assez ? On imagine qu'un ange guidait sa plume et qu'on faisait silence dans le ciel.


Thérèse écrivait les huit premiers chapitres de l'Histoire d'une Âme.


Elle remit le petit cahier à Mère Agnès de Jésus le jour promis, qui était le 20 janvier 1896, Mère Agnès avait d'autres choses en tête. Son priorat allait prendre fin. Elle ne lut le récit de sa soeur que deux mois plus tard.

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Message  Arthur Sam 26 Juin 2010, 9:12 am


Dieu aurait pu déjà reprendre Thérèse. son oeuvre orale et son oeuvre écrite étaient presque achevées; elle ne pouvait guère aller plus loin dans la perfection ni dans l'amour. Mais elle avait demandé le martyre. Et Dieu voulait lui donner ce qu'elle avait demandé.


Il ne tarda point pourtant à lui annoncer sa venue.


Mais il choisit son jour. Le vendredi saint.


Thérèse avait suivi le carême comme elle en avait l'habitude. Elle se sentait forte et ne s'épargnait nulle rigueur. Le jeudi soir, n'ayant pas obtenu de rester au Tombeau la nuit entière, elle rentra dans sa cellule. Là, il faut lui laisser la parole.


" À peine ma tête se posait-elle sur l'oreiller que je sentis un flot monter en bouillonnant jusqu'à mes lèvres, je crus que j'allais mourir et mon coeur se fendit de joie. Cependant, comme je venais d'éteindre notre petite lampe, je mortifiai ma curiosité jusqu'au matin et m'endormis paisiblement.


" À cinq heures, le signal du réveil étant donné, je pensai tout de suite que j'avais quelque chose d'heureux à apprendre; et m'approchant de la fenêtre, je le constatai bientôt en trouvant notre mouchoir rempli de sang.


Ô ma Mère, quelle espérance ! j'étais intimement persuadée que mon Bien-Aimé, en ce jour anniversaire de sa mort, me faisait entendre un premier appel, comme un doux et lointain murmure qui m'annonçait son heureuse arrivée. "


Ce jour-là était un vendredi saint. Thérèse confia son secret à la Mère Prieure. La joie lui donnait bonne mine; elle obtint de finir son carême. C'est-à-dire qu'elle se donna la discipline, prit un peu de pain et d'eau, fit le ménage, pria jusqu'à la nuit.


" Le soir de cet heureux jour, écrit-elle, je rentrai pleine de joie dans notre cellule, et j'allais m'endormir doucement, lorsque mon bon Jésus me donna, comme la nuit précédente, le même signe de mon entrée prochaine dans la vie éternelle. "


L'après-midi, pendant qu'elle lavait les carreaux, une des soeurs, effrayée par la pâleur de son visage, lui avait offert de la remplacer. On voudrait que cette soeur eût une petite place auprès de celui qui eut pitié de Jésus.


Et Thérèse commença de vivre le martyre de son corps dans le plus grand secret. Elle ne dit rien à personne. La Mère Prieure, abusée par sa propre santé et son propre mépris de tout soin, ne crut point que cette hémoptysie pouvait avoir des conséquences funestes.


Comme Thérèse ne se plaignait jamais, on ne s'inquiéta guère de la petite toux sèche qui la secouait. La belle saison venait. On ne la soigna pas.


Elle-même avait autre chose à penser. Quelques jours après son premier crachement de sang, la présence de Dieu s'était retirée d'elle.


" Il permit, écrit-elle, que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel, si douce pour moi depuis ma petite enfance, me devînt un sujet de combat et de tourment. "


Elle est assaillie de tous les doutes, elle avance au milieu du néant. Elle doute du bien et du mal. elle doute que le Ciel existe. Thérèse abreuvée d'une douleur qu'elle ne repousse pas, accepte encore une fois. Cela est plus dur que tout ce qu'elle a éprouvé jusque-là. C'est la grande épreuve que rien n'adoucit. La dernière grâce de Dieu.


Son coeur a souvent été meurtri. Elle a souffert dans ses affections les plus légitimes, ses sympathies, ses bonnes intentions incomprises. Jamais rien ne l'a fait dévier. Mais pour nous laisser entrevoir jusqu'à quel point elle souffre, elle nous confie que si ce tourment lui avait été envoyé plus tôt, elle aurait sans doute succombé.


Voilà pour le martyre de l'âme. Il durera jusqu'à la fin. Il ne la quittera que lorsqu'elle aura dépassé la vie.

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Message  Arthur Mar 29 Juin 2010, 9:26 am



À l'automne, Soeur Marie du Sacré-Coeur lui demande de lui laisser à elle aussi un souvenir. Elle écrit quelques pages sur le don d'enfance et sur les petites âmes. Personne ne se doute encore de son double martyre.


Elle est souriante, complaisante et douce. Un peu essoufflée seulement quand elle remonte de la chapelle. Si son esprit doute, son coeur n'a pas de relâche dans l'amour. " Ô Jésus, écrit-elle, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu'à la folie... "


L'hiver revient. Dieu l'a choisi parmi d'autres hivers pour son enfant bien-aimé. C'est l'un des plus froids qu'on ait connu. Thérèse a toujours souffert du froid; elle ne s'est jamais habituée au froid terrible du monastère. Cet hiver-là il devient une torture.


Le mal progresse en elle avec une vitesse effrayante. C'est comme un feu glacé qui la dévore. Elle ne se soutient plus qu'avec peine, elle a des essoufflements, des vertiges, une lassitude presque insurmontable.


Elle la surmonte pourtant. Jusqu'au jour où elle ne peut plus se lever, elle ne commet pas un manquement à l'exactitude. Rien ne l'aide au ciel ni sur la terre. Dieu doit retenir les anges puisqu'ils ne descendent pas pour la soutenir; il doit aveugler ses compagnes puisqu'on ne la soulage pas encore.


Elle, cependant, rêve encore parfois. On a demandé des Carmélites à Hanoï. Si elle guérissait, elle partirait volontiers. Elle fait une neuvaine au vénérable Théophane Vénard. Mais son état s'aggrave. Elle se repose maintenant à chaque marche quand elle regagne sa cellule. Il lui faut une heure pour se déshabiller.


À la fin on s'en aperçoit. Le médecin ordonne des pointes de feu, des potions calmantes. elle continue de sourire, et plus les remèdes sont mauvais, plus elle les boit lentement.


--- Vous souffrez ? lui demande-t-on.

--- Oui, mais je l'ai tant désiré.


Et il y a toujours à côté d'elle le néant qui l'attire, les démons qui lui soufflent le doute du Ciel.


Elle ne se lève plus guère. Ou bien pour faire de petites promenades au jardin, soutenue par une soeur. Quand elle ne put plus marcher on la roule dans le fauteuil de malade de M. Martin pour lui faire prendre l'air.

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Message  Arthur Mer 30 Juin 2010, 9:25 am

Un soir, c'était quatre mois avant qu'elle mourût, Mère Agnès fut saisie d'angoisse. Depuis longtemps la pensée que le petit cahier écrit par Thérèse était incomplet puisque ses souvenirs s'arrêtaient au seuil de sa vie religieuse, la tourmentait.


À minuit, elle alla trouver la Mère Prieure et lui demanda de commander à Thérèse de continuer son récit.


Le lendemain, Mère Marie de Gonzague donna l'ordre. La Mère Agnès s'était déjà procuré un cahier. Thérèse le jugea trop beau, et demanda s'il fallait serrer les lignes pour économiser le papier.


Couchée, ou assise dans sa petite voiture, elle travailla un mois, couvrit une cinquantaine de pages, les dernières au crayon, car elle n'avait plus la force de tremper la plume dans l'encrier. Et puis elle ne put plus écrire...


C'étaient le neuvième et le dixième chapitre de l'Histoire d'une Âme.


Personne alors ne savait, et Thérèse moins que tout autre, qu'elle avait composé un chef-d'oeuvre qu'on lira tant que les hommes auront des yeux pour lire.

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Message  Arthur Ven 02 Juil 2010, 8:51 am


En juillet, elle dut quitter sa cellule pour l'infirmerie. Elle y avait beaucoup souffert, elle eût été heureuse d'y mourir. Mais on ne pouvait plus l'y soigner.


Les crachements de sang se multipliaient, et les étouffements. À partir du 19 août, on n'osa plus lui donner la Communion. Au milieu de son mal, elle composait encore des vers.


Le 30 juillet, elle reçut l'extrême-onction. Mais la mort passait à côté d'elle sans la prendre.


Un jour, elle demanda à la Mère Prieure la permission de mourir. Et comme cette permission lui était refusée :


--- " Eh bien, reprit-elle, je sais qu'en ce moment le bon Dieu désire tant une petite grappe de raisin que personne ne veut lui offrir, qu'il va être obligé de venir la voler. "


Elle était souvent dans une sorte d'état second, comme il arrive quand la maladie et la fièvre semblent spiritualiser le corps. Alors, on eût dit qu'elle se voyait elle-même dans sa vérité, et ce qui se passerait après elle.


--- " je n'ai jamais donné au bon Dieu que de l'amour, disait-elle, il me rendra de l'amour. Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses. "


Un soir, rapporte le dernier chapitre de l'Histoire d'une Âme, elle accueillit Mère Agnès de Jésus avec une expression toute particulière de joie sereine.


" Ma Mère, lui dit-elle, quelques notes d'un concert lointain viennent d'arriver jusqu'à moi, et j'ai pensé que bientôt j'entendrai des mélodies incomparables; mais cette espérance n'a pu me réjouir qu'un instant; une seule attente fait battre mon coeur : c'est l'amour que je recevrai et celui que je pourrai donner !


" Je sens que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l'aime... de donner ma petite voie aux âmes. Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre. Ce n'est pas impossible, puisqu'au sein même de la vision béatifique, les anges veillent sur nous.


Non, je ne pourrai prendre aucun repos jusqu'à la fin du monde ! Mais lorsque l'ange aura dit : " Le temps n'est plus ! " alors je me reposerai, je pourrai jouir, parce que le nombre des élus sera complet !


--- Quelle petite voie voulez-vous donc enseigner aux âmes ?

--- Ma Mère, c'est la voie de l'enfance spirituelle, c'est le chemin de la confiance et du total abandon. Je veux leur indiquer les petits moyens qui m'ont si parfaitement réussi.


Leur dire qu'il n'y a qu'une seule chose à faire, ici-bas : jeter à Jésus les fleurs des petits sacrifices, le prendre par des caresses ! C'est comme cela que je l'ai pris, et c'est pour cela que je serai si bien reçue ! "

Arthur

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La petite soeur Thérèse - Page 2 Empty Re: La petite soeur Thérèse

Message  Arthur Lun 05 Juil 2010, 10:10 am



Ses souffrances augmentaient chaque jour.


Le médecin qui savait ce qu'elle souffrait, disait : " C'est un ange. " Sa famille lui envoyait des fleurs, et Dieu un petit rouge-gorge qui venait jouer sur son lit pour la distraire. Ou bien il inspirait celles qui la soignaient, car elle ne demandait pas elle-même ce qui l'aurait soulagée.


Elle avait beaucoup d'admiration et d'amour pour le bienheureux Théophane Vénard. Le 6 septembre, elle reçut une relique de lui, qui la combla de joie.


Elle ne pouvait presque plus bouger. Le moindre bruit la fatiguait. Tous les doutes rongeaient son âme. Elle continuait de sourire. "Je suis dans une paix étonnante, " disait-elle.


Le 29 septembre, à neuf heures du soir, Céline devenue Soeur Geneviève de la Sainte-Face veillait Thérèse. Il y eut un bruit d'aile dans le ciel du soir, et une colombe se posa sur le bord de la fenêtre. Puis elle s'envola.


La nuit fut terrible. Thérèse étouffait.


À deux heures et demie, elle se dressa, et murmura :

--- " Je ne me repens pas de m'être livrée à l'amour. "


L'agonie commença à quatre heures et demie. La communauté se réunit autour de Thérèse, et elle eut la force de sourire. Puis elle serra son crucifix dans ses doigts tremblants, comme une arme.


Elle entendit sonner l'angélus et quelques minutes après demanda à la Mère Prieure :

--- " Ma Mère, n'est-ce-pas l'agonie ? ne vais-je pas mourir ? "


Mère Marie de Gonzague lui répondit :

--- " Oui, mon enfant, c'est l'agonie, mais Jésus veut peut-être la prolonger de quelques heures. "


Et Thérèse accepta encore une fois, la dernière.

--- " Eh bien, allons... allons... Oh ! je ne voudrais pas moins souffrir ! "


Elle regarda son crucifix :

--- Oh ! je l'aime, dit-elle encore... Mon Dieu, je.. vous... aime. "


Alors elle s'affaissa, sur le côté droit, la tête penchée.


Tous les doutes s'évanouirent, toutes les ombres.


Et puis elle se releva, et ouvrit tout grands les yeux pour voir Dieu.

*

Ainsi passa parmi les hommes la petite Soeur Thérèse.


Après, il y a le ciel pour elle. Pour nous, le bien qu'elle fait sur la terre.


FIN. DEO GRATIAS

SAINTE THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS. PRIEZ POUR NOUS.

Arthur

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