LETTRES de Saint Jérôme.

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Message  Louis le Dim 18 Oct 2020, 6:23 am


LETTRE XVIII.

Pages 215-217.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Un vice que vous devez éviter encore, c'est l'avarice ; je ne vous dis pas de ne point convoiter le bien qui ne vous appartient pas, car les lois publiques punissent un tel délit, mais de ne point conserver vos biens qui sont à d'autres. Si vous n'avez pas été fidèle, dit le Sauveur, en ce qui appartient à autrui, qui vous donnera ce qui est vôtre 1?

Des amas d'or et d'argent, voilà des biens qui nous sont étrangers ; il n'y a que les biens spirituels qui soient en notre possession, suivant ce qu'il est dit ailleurs : L'homme trouve dans ses propres richesses, de quoi se rançonner 2. — Nul ne peut servir deux maîtres; car, ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il supportera l'un et méprisera l'autre. — Vous ne pouvez servir Dieu et mammona 3, c'est-à-dire les richesses, car, dans le langue des Syriens, on les appelle du nom de mammona. Les soins que l'on prend pour sa nourriture sont des épines qui étouffent la foi, une racine qui produit l’avarice, une occupation païenne.

Mais vous dites : Je suis une jeune fille délicate, et je ne saurais travailler de mes mains. Si j'arrive à la vieillesse, si je tombe malade, qui est-ce qui aura pitié de moi? Ecoutez Jésus disant aux apôtres : Ne vous inquiétez point, en votre cœur, de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, comment vous vous vêtirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?Regardez les oiseaux du ciel; ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent dans les greniers, et votre Père céleste les nourrit 4.

Manquez-vous de vêtements, considérez les lis. Avez-vous faim, songez que l'on appelle heureux les pauvres et ceux qui ont faim. Etes-vous affligée de quelque maladie, écoutez l'Apôtre : Je me complais dans mes infirmités 1. Et : Un aiguillon a été donné à ma chair, comme un ange de Satan, pour me donner des soufflets 1 , de crainte que je ne me laisse aller à l'orgueil. Réjouissez-vous dans tous les jugements de Dieu. Les filles de Juda ont tressailli de joie, à cause de vos jugements, ô Seigneur 2. Que ces paroles retentissent toujours sur vos lèvres : Je suis sorti nu du sein de ma mère et j'y retournerai nu 3. Et encore: Nous n'avons rien apporté en ce monde, et il est certain que nous ne pouvons non plus en rien emporter 4.

Nous voyons néanmoins aujourd'hui la plupart des femmes…
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(1) Luc. XVI. 12. (2) Prov. XIII. 8. (3) Matth. VI. 24. (4) Ibid. VI. 25. 26. (1) II. Cor. XII. 10. (2) [Ps. XCVI. 8.] (3) Job. I. 21. (4) I. Tim. VI. 7.

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Message  Louis le Lun 19 Oct 2020, 7:02 am


LETTRE XVIII.

Pages 217-219.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Nous voyons néanmoins aujourd'hui la plupart des femmes remplir d'habits leurs garde-robes, changer chaque jour de tunique, et cependant ne pouvoir les garantir de la teigne. Celles qui sont plus religieuses n'ont qu'un seul vêtement, et, avec des coffres pleins, se couvrent de haillons. Pour elles, des membranes se colorent de pourpre, l'or se fond en lettres, les livres se revêtent de pierreries, et le Christ se meurt nu devant leurs portes. Lorsqu'elles ont tendu la main à l'indigent, elles sonnent de la trompette. Lorsqu'elles appellent aux agapes, elles ont un crieur à gage.

J'ai vu naguère une des matrones romaines les plus distinguées,  je ne la nomme point, de peur qu'on ne prenne ceci pour une satire, se faisant précéder dans la basilique du bienheureux Pierre, d'une troupe d'eunuques, donner de sa propre main, pour paraître plus charitable, une pièce de monnaie à chaque pauvre. Cependant, une vieille femme chargée d'années et couverte de haillons courant, comme on sait que cela arrive souvent aux pauvres, se placer plus haut, afin de recevoir une seconde fois l'aumône, la matrone, arrivée près d'elle, lui donne un coup de poing au lieu d'une pièce de monnaie, et la met tout en sang, pour la punir d'un si grand crime. L'avarice est la racine de tous les maux; 1 aussi l'Apôtre l'appelle-t-il une idolâtrie 2. Cherchez d'abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par surcroît 3. Le Seigneur ne laissera pas périr l'âme du juste 4. J'ai été jeune, et j'ai vieilli, et je n'ai pas vu le juste abandonné, ni ses enfants mendier leur pain 5.

Elie est nourri par le ministère des corbeaux ; la veuve de Sarepta, sur le point de mourir avec ses enfants, endure la faim pour nourrir le prophète 6. Mais le vase à huile s'étant rempli d'une manière merveilleuse, elle reçoit de la nourriture de celui qui en venait chercher auprès d'elle. L'Apôtre Pierre disait : Je n'ai ni or ni argent; mais ce que j'ai, je te le donne. Au nom du Seigneur Jésus, lève-toi, et marche 7.

Bien des gens disent aujourd’hui, non pas de bouche, mais par leurs œuvres : Je n'ai ni foi, ni charité; mais ce que j'ai, mon or et mon argent, je ne vous le donne pas. Ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents 8.

Ecoutez ce que Jacob demande en sa prière : Si le Seigneur Dieu est avec moi et me préserve en ce chemin dans lequel je marche, et me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour me couvrir je serai satisfait 9. Il ne demande que les choses nécessaires à la vie et après vingt années d'absence, riche en serviteurs plus riche en enfants il revient à la terre de Chanaan. L’Ecriture nous fournit infinité d'exemples, qui nous apprennent qu'il faut fuir l'avarice.

Mais, parce que j'en ai cité déjà quelques-uns, et que je me réserve, si le Christ me le permet, de…
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(1) I. Tim. VI. 10. (2) Coloss. III. 5. (3) Matth. VI. 33. (4) Prov. X. 3 (5) Ps. XXXVI. 25. (6) III. Reg. XVII. 17. (7) Act. III. 6. ( 8 ) I. Tim. VI. 8. (9) Gen. XXVIII. 20.

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Message  Louis le Mar 20 Oct 2020, 6:07 am


LETTRE XVIII.

Pages 219-223.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Mais, parce que j'en ai cité déjà quelques-uns, et que je me réserve, si le Christ me le permet, de traiter cette matière dans un ouvrage spécial, je rapporterai seulement ce qui s'est passé à Nitrie, il y a peu d'années. L'un des frères, plus ménager qu’avare, et qui ne savait pas que le Sauveur a été vendu trente deniers, laissa en mourant cent pièces d'or, qu'il avait gagnées à tisser du lin. Les moines, qui habitaient en ce lieu, au nombre d'environ cinq mille, dans des cellules séparées, tinrent conseil sur ce qu'ils avaient à faire. Les uns disaient qu'il fallait distribuer cet or aux pauvres ; les autres, qu'il fallait le donner à l'Eglise; quelques-uns, qu'il fallait l'envoyer aux parents du défunt. Macaire, Pambo, Isidore et les autres que l'on nomme Pères, le Saint-Esprit parlant en eux, décidèrent qu'on l'enterrerait avec le mort, et dirent : Que ton argent périsse avec toi ! 1 Et qu'on ne s'imagine pas que cette conduite ait quelque chose de trop cruel; car, une si grande épouvante s'empara de tous les solitaires de l'Egypte, que c'est un crime, parmi eux, de laisser une seule pièce d'or, en mourant.

Mais, puisque nous avons fait mention des moines, et que d’ailleurs, je le sais, vous entendez avec plaisir ce qui est saint, prêtez un moment l'oreille. Il y a, en Egypte, trois sortes de moines, les Cénobites, que l'on appelle, dans la langue du pays, Sauses, ce que nous pourrions rendre par Vivant en commun.

— Les Anachorètes, qui habitent seuls, dans les déserts, et qui sont ainsi appelés, parce qu’ils se sont séparés du reste des hommes.

— La troisième espèce, est de ceux que l'on nomme Remoboth, gens fort déréglés et méprisés ; ce sont les seuls que nous ayons dans notre province Note 20, ou du moins y tiennent-ils le premier rang. Ils habitent ensemble deux à deux, ou trois à trois, rarement en plus grand nombre, vivant dans l'indépendance et au gré de leurs désirs. Une partie de ce qu'ils ont gagné avec le travail de leurs mains, ils l'apportent en commun, pour fournir aux dépenses de la table qui est commune entre eux. Le plus grand nombre demeure dans les villes ou dans les bourgs ; et, comme si c'était leur industrie qui fût sainte, et non pas leur vie, ce qu'ils vendent, ils le vendent à un prix plus élevé que les autres. Ils ont souvent des querelles entre eux, parce que vivant à leurs dépens, ils ne veulent relever de personne. Ils ont coutume de se disputer la gloire du jeûne ; et, ce qui devrait être une chose secrète, devient un sujet d'ostentation. Tout est affecté parmi eux ; ils portent de vastes manches, des souliers larges, des habits grossiers; ils soupirent fréquemment, visitent les vierges, médisent des clercs, et, les jours de fêtes, se gorgent de mets jusques à vomir.

Rejetant donc loin de nous ces moines-là comme des fléaux contagieux, parlons de ceux qui sont en plus grand nombre, qui habitent en commun, et que nous avons dit être appelés Cénobites
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 (1) Act. VIII. 20.

Note (20) : DANS NOTRE PROVINCE . — Dom  Roussel se trompe, en disant qu'il s'agit ici de la Pannonie; Jérôme veut parler de la Syrie ou de la Palestine.

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Message  Louis le Mer 21 Oct 2020, 6:13 am


LETTRE XVIII.

Pages 223-229.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Rejetant donc loin de nous ces moines-là comme des fléaux contagieux, parlons de ceux qui sont en plus grand nombre, qui habitent en commun, et que nous avons dit être appelés Cénobites. Le premier lien de leur association, c'est d'obéir à leurs anciens, et de faire tout ce qu'ils ordonnent. Ils sont distribués par décuries et par centuries, de manière qu'un décurion commande à neuf moines, et qu'un centurion ait sous ses ordres dix décurions. Ils habitent séparément, mais en des cellules voisines les unes des autres. Jusques à la neuvième heure, suivant les règles, nul religieux ne peut aller vers un autre; les décurions seuls peuvent visiter leurs subordonnés, afin que si quelqu'un d'entre eux flotte en des pensées affligeantes, ils puissent le consoler par leurs allocutions. Après la neuvième heure, on se réunit, on chante des psaumes, on lit, suivant l'usage, les Ecritures.

Les prières achevées, et tous étant assis, celui qu'ils nomment Père se place au milieu d’eux, et se met à les instruire. Pendant qu'il parle, il se fait un si profond silence Note 21 que personne n'ose ni lever les yeux, ni cracher . L'éloge de son éloquence est dans les pleurs de ceux qui écoutent. Des larmes silencieuses sillonnent leurs joues, et la componction n'éclate pas même en sanglots. Mais lorsqu'il se met à leur parler du royaume du Christ de la future béatitude, et de la gloire à venir, tous alors, avec des soupirs, et les yeux levés au ciel disent en eux-mêmes : Qui me donnera des ailes comme à la colombe, et je m'envolerai  et je me reposerai! 1.

Après cela, ils se séparent, et chaque décurie, avec son chef, va se mettre à table ; ils y servent tour-à-tour, chacun sa semaine. Point de bruit, point de conversation pendant le repas. Ils n'ont pour nourriture que du pain, des légumes et des herbes, dont le sel fait tout l'assaisonnement. Les vieillards seuls boivent du vin; souvent on leur donne à dîner, comme aux plus jeunes, et par là on soutient l'âge avancé des uns, et l'on n'affaiblit pas les années naissantes des autres.

Ils se lèvent ensuite, chantent l'hymne d'action de grâces et retournent à leurs cellules. Là jusques aux Vêpres, ils s'entretiennent chacun avec les leurs et disent: Avez-vous remarqué de combien de faveurs le ciel a prévenu celui-ci? quel parfait silence observe celui-là? combien est grave la démarche de cet autre ? S'ils voient un Religieux faible, ils le consolent; et celui qui est fervent dans l'amour de Dieu, ils l'exhortent à la perfection. Et comme, la nuit, lorsqu'on ne prie pas en public, chacun veille en particulier dans sa chambre, il en est qui parcourent les cellules, et qui, prêtant l'oreille, examinent soigneusement ce que font les autres. Celui qu'ils ont surpris dans la tiédeur, ils ne le réprimandent pas ; mais, dissimulant ce qu'ils savent, ils le visitent plus souvent; et, commençant les premiers, ils l'engagent plutôt qu'ils ne le forcent à la prière.

La tâche du jour est réglée ; quand l'ouvrage est fini, on le rend au décurion, qui le porte à l’économe, et celui-ci va, tous les mois, avec une crainte respectueuse, rendre compte au Père de tous. C'est l'économe encore qui goûte les mets, quand ils sont apprêtés.  Et, comme il n'est permis à personne de dire : Je n'ai pas de tunique, pas de saie, pas de natte, l'économe règle toutes choses de manière à ce que l'on ne demande rien, à ce que l'on ne manque de rien. Si quelqu'un tombe malade, on le transporte dans une chambre plus spacieuse, et les vieillards en prennent un tel soin qu'il n'a lieu de regretter ni les délices des villes, ni l'affection d'une mère.

Les dimanches, on vaque seulement à la prière et à la lecture; ce que l'on fait d'ailleurs, en tout temps, une fois le travail achevé. Chaque jour on apprend quelque chose des Ecritures. Le jeûne, pour toute l’année, est le même, excepté pour la Quadragésime, où l'on est libre de redoubler d'austérité. Depuis la Pentecôte, on change le souper en dîner, soit pour se conformer à la tradition de l'Eglise, soit pour ne se point trop charger l'estomac, en faisant deux repas. Tels étaient ces Esséniens dont parte Philon, cet imitateur du langage de Platon, et que Josèphe, le Tite-Live des Grecs, nous dépeint, dans son second livre de la captivité des Juifs.

Mais puisque, en vous parlant des vierges, je ne vous ai déjà que trop entretenu des moines, je passe à la troisième espèce de solitaires, qu'on appelle Anachorètes,…
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 (1) Ps. LIV. 7.

Note (21) —  M. de Chateaubriand, dans le Génie du Christianisme, a dit quelque chose de semblable. « L'Apôtre de l'Evangile, revêtu d'un simple surplis, assemble ses ouailles devant  la porte de l'église; il leur fait un discours, fort beau, sans doute, à en juger par les larmes de l'assistance. » Tom. III , page 173 , édit. Ladvocat.

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Message  Louis le Jeu 22 Oct 2020, 6:40 am


LETTRE XVIII.


Pages 229-231.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Mais puisque, en vous parlant des vierges, je ne vous ai déjà que trop entretenu des moines, je passe à la troisième espèce de solitaires, qu'on appelle Anachorètes, et qui, sortant des monastères, n'emportent avec eux, au désert, que du pain et du sel. Paul est le fondateur de cet ordre, Antoine en est la gloire; et, si l'on remonte à la source, Jean-Baptiste en est le chef. C'est un personnage de ce genre que le prophète Jérémie nous dépeint, lorsqu'il dit : Heureux l'homme qui porte le joug dès sa jeunesse.Il sera assis solitaire, et il se taira, parce qu'il l'a posé sur lui.Il tendra la  joue à celui qui le frappe; il sera rassasié d'opprobres.Le Seigneur ne s'éloigne pas à jamais 1.  Une autre fois, si vous le voulez, je vous parlerai plus au long et de leurs travaux, et de la vie toute céleste qu'ils mènent dans un corps de chair. Je reviens maintenant à mon sujet ; car, en parlant de l'avarice, je m'étais laissé aller à vous entretenir des moines. Si vous voulez suivre leur exemple, vous mépriserez, je ne dis pas seulement l'or l'argent et toutes les richesses mais encore la terre et le ciel ; plus, unie au Christ  vous chanterez : Le Seigneur est ma part 2.

Quoique l'Apôtre nous ordonne de prier sans cesse 3, quoique le sommeil lui-même soit pour les saints une sorte d'oraison, nous devons néanmoins partager en différentes heures le temps destiné à la prière, afin que s'il arrive que nous soyons retenus par quelque ouvrage, le temps lui-même nous rappelle un devoir à remplir. Qu'il faille prier à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième, le matin et le soir, il n'est personne qui ne le sache. On ne doit point prendre de nourriture sans avoir prié d'abord, ni sortir de table, sans rendre des actions de grâces au Créateur. La nuit, il faut se lever deux ou trois fois, et repasser dans sa mémoire les endroits des Ecritures que l'on sait par cœur. Au sortir de notre demeure, que la prière nous serve d'armure; lorsque nous sommes revenus de la place publique, prions encore avant de nous asseoir, et que le corps ne se repose pas, avant que l'âme ait pris sa nourriture. A chaque action, à chaque démarche, que notre main retrace sur notre corps la croix du Seigneur. Ne parlez mal de personne, et ne tendez point de piège au fils de votre mère 1. Qui êtes-vous donc, vous, pour condamner ainsi le serviteur d'autrui? S'il tombe, ou s'il demeure ferme, cela regarde son maître: mais il demeurera ferme parce que Dieu est tout puissant pour le soutenir 2.

Quand vous jeûnerez deux jours, trois jours…
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(1) Tren. III. 27-28 ; 30- 31. (2) Ps. LXXII. 25. (3) I Thess. V. 17. (1) Ps. XLIX. 20. (2) Rom. XIV. 4.

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Message  Louis le Ven 23 Oct 2020, 6:29 am

LETTRE XVIII.

Pages 231-233.

A EUSTOCHIUM.

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Quand vous jeûnerez deux jours, trois jours, n'allez pas vous croire meilleur que ceux qui ne jeûnent point. Vous jeûnez, mais vous êtes emporté ; celui-ci ne jeûne pas et peut-être qu'il est doux. Les peines de votre âme et la faim de votre corps vous les digérez, pour ainsi di[r]e, parmi les plaintes et les murmures ; celui-ci plus modéré dans sa nourriture rend grâces à Dieu. De là vient que le prophète Isaïe crie sans cesse : Je n'ai point choisi un tel jeûne 3 dit le Seigneur Et encore : En vos jours de jeûne, vous suivez vos caprices, et vous fatiguez tous ceux qui sont sous votre dominationVous jeûnez  parmi les procès et les querelles; vous frappez les petits, avec une violence impitoyable 4. Pourquoi jeûnez-vous pour moi ? Quel jeûne peut faire celui qui nourrit des sentiments de colère, je ne dis pas jusqu'à la nuit, mais durant des mois entiers? Attentive à vous-même, ne vous glorifiez pas dans la chute des autres, mais glorifiez-vous dans vos œuvres.

Ne vous proposez point pour modèle ces vierges qui, n'ayant soin que de la chair, supputent éternellement les revenus de leurs biens et les dépenses quotidiennes de leur maison. La trahison de Judas n'ébranla pas les onze apôtres; lorsque Phygélus 1 et Alexandre2 firent naufrage dans la foi, les autres ne faillirent point avec eux.

Et ne dites pas : Celle-ci jouit de son bien; elle est généralement honorée; les frères et les sœurs viennent la visiter; a-t-elle pour cela cessé d'être vierge? — D'abord, il est douteux que cette personne soit véritablement vierge; car Dieu ne voit pas comme l'homme voit. L'homme voit sur le front, mais Dieu voit dans le cœur. Ensuite, fût-elle vierge de corps, je ne sais si elle est vierge d'esprit. L'Apôtre définit ainsi une vierge: Il faut qu'elle soit sainte de corps et d'esprit 3. Au surplus, qu'elle jouisse de la vaine estime des hommes, qu'elle démente le sentiment de Paul, qu'elle goûte les délices du siècle et conserve la vie de l'âme; pour nous, suivons l'exemple de ceux qui valent mieux.

Proposez-vous pour modèle la bienheureuse Marie,…
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(3) Is. LVIII. 5.(4) Ibid. LV III. 4.  (1) II. Tim. I.15.  (2) I. Tim. I. 20.(3) [I. Thess. V. 23.]

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Message  Louis le Sam 24 Oct 2020, 6:57 am

LETTRE XVIII.


Pages 233-237.

A EUSTOCHIUM.

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Proposez-vous pour modèle la bienheureuse Marie, qui fut si pure qu'elle mérita d'être la mère du Seigneur. L'ange Gabriel étant descendu vers elle, sous la forme d'un homme, et lui ayant dit: Salut, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous 1,surprise et alarmée, elle ne sut que répondre, car jamais un homme ne l'avait saluée. Enfin, elle apprend le sujet du message, et parle. Et cette vierge qui tremblait devant un homme, n'appréhende pas de s'entretenir avec un ange.

Vous pouvez, vous aussi, devenir la mère du Seigneur. Prenez ce grand livre, ce livre nouveau du prophète, et écrivez en traits ineffaçables : HATEZ-VOUS D'ENLEVER LES DÉPOUILLES 2 ; et, lorsque vous vous serez approchée de la prophétesse, que vous aurez conçu et enfanté un fils, dites à Dieu : Par votre crainte, Seigneur, nous avons conçu, nous avons senti les douleurs de l'enfantement, et nous avons mis au monde l'esprit de votre salut, que nous avons répandu sur la terre 3. Alors votre fils vous répondra et dira : Voici ma mère et mes frères 4.

Et par un prodige étonnant, celui que vous aviez peu auparavant décrit dans l'étendue de votre cœur, que vous aviez gravé avec le burin dans une âme nouvelle, après qu'il aura enlevé les dépouilles de ses ennemis, après qu'il aura mis à nu les principautés et les puissances, après qu'il les aura attachées à la croix, il grandira, et parvenu à l'âge mûr, vous prendra pour épouse, de mère que vous étiez.

Il est difficile, mais il est bien méritoire d'être ce que furent les martyrs, ce que furent les apôtres, ce que fut le Christ. Tout cela devient utile, quand on le fait dans l'Eglise, quand on célèbre la Pâque dans une même maison, quand on entre dans l'arche avec Noé; quand, Jéricho tombant en ruines, Rabab, courtisane justifiée, nous donne asile chez elle.

Mais les vierges, telles qu'elles sont dans les diverses hérésies, telles qu'on les trouve encore, dit-on, chez l'impur manichéen, doivent être regardées comme des prostituées, et non pas comme des vierges. En effet, si c'est le démon qui a formé leur corps, quel respect peuvent-elles avoir pour l'ouvrage de leur ennemi? Mais, parce qu'elles savent que le nom de vierge est glorieux, elles cachent des loups sous des peaux de brebis. L'antéchrist simule le Christ, et couvre d'un nom faussement honorable l'infamie de leurs mœurs. Réjouissez-vous, ma sœur; réjouissez-vous, ma fille; réjouissez-vous, vierge du Christ, car ce que les autres feignent d'être, vous l'êtes véritablement.

Tout ce que nous venons de dire, semblera dur à ceux qui n’aiment pas le Christ…
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(1) Luc. I. 28. (2) Is. VIII. 1. 3. (3) Ibid. XXVI. 18. (4) Matth. XII. 49.  

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Message  Louis le Dim 25 Oct 2020, 5:26 am



LETTRE XVIII.

Pages 237-239.

A EUSTOCHIUM.

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Tout ce que nous venons de dire, semblera dur à ceux qui n'aiment pas le Christ ; mais ceux qui regardent comme de la boue toute la pompe du siècle, et comme une vanité tout ce qui est sous le soleil, afin de gagner le Christ; ceux qui, étant morts avec le Seigneur et ressuscités avec lui, auront crucifié leur chair, ainsi que ses passions et ses désirs, ceux-là diront hautement : Qui donc nous séparera de l'amour du Christ? Sera-ce l'affliction, ou les angoisses, ou la faim, ou la nudité, ou les périls, ou h glaive ? Et encore : Je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni la violence,ni tout ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur 1. Le Fils de Dieu s'est fait fils de l'homme, pour notre salut. Pendant dix mois, il attend, au sein de sa mère, l'heure de sa naissance ; il y souffre mille dégoûts; il en sort tout ensanglanté; on l'enveloppe de langes, on le flatte, on le caresse, et celui qui tient l'univers en sa main se renferme dans les étroites limites d'une étable.

Je ne dis pas que, satisfait de la pauvreté de ses parents, il mène jusqu'à trente ans une vie obscure; qu'on le frappe, et qu'il se tait; qu'on le crucifie et qu'il prie pour ses bourreaux. Que rendrai-je donc au Seigneur, pour tous les biens dont il m'a comblé?Je recevrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom du Seigneur.La mort des saints du Seigneur est précieuse à ses yeux 1.

La seule digne rétribution, c'est de donner sang pour sang, et, après avoir été rachetés au prix de la vie du Christ, de mourir volontiers pour lui. Quel est celui des saints qui ait été couronné sans avoir combattu ? L'innocent Abel est mis à mort; Abraham court risque de perdre sa femme. Je ne m'étends pas davantage sur ce sujet; examinez vous-même, et vous verrez que tous les justes ont eu les adversités en partage. Salomon seul a vécu dans les délices, et peut-être ont-elles été la cause de sa chute ; car le Seigneur châtie celui qu'il aime, et il frappe de verges tous ceux qu'il reçoit parmi ses enfants 2. N'est-il pas mieux de combattre un peu de temps, de se retrancher, de demeurer sous les armes, de suer sous la cuirasse, et de goûter ensuite les fruits de la victoire, que de s'engager dans une peine éternelle pour s'affranchir d'une peine passagère?

Rien ne coûte quand on aime, rien n'est difficile à quiconque désire une chose...
_____________________________________________________________________

(1) Rom. VIII. 35. 39.  — (1) Ps. CXV. 12.13. 15. (2) Prov. III. 12.

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Message  Louis le Lun 26 Oct 2020, 5:31 am

LETTRE XVIII.

Pages 239-243.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Rien ne coûte quand on aime, rien n'est difficile à quiconque désire une chose. Voyez combien de travaux Jacob essuie pour Rachel, qui lui avait été promise ! Il servit, dit l'Ecriture, sept ans pour Rachel; et ces années ne lui semblaient que peu de jours, parce qu'il l’aimait 1. Aussi dit-il lui-même dans la suite : J’étais exposé ô la chaleur pendant le jour, et au froid pendant la nuit 2.Aimons donc le Christ, cherchons ses embrassements, et tout ce qui est difficile nous semblera facile; blessés des traits de son amour, nous dirons à chaque instant: Malheur à moi, car mon exil a été prolongé! 3 Les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec cette gloire qui doit un jour éclater en nous 4 ; car l'affliction produit la patience ; — la patience, l'épreuve; et l'épreuve, l'espérance.Or, cette espérance n'est pas trompeuse 5.

Lorsque le poids de vos peines vous semblera trop lourd, lisez alors la seconde Epître aux Corinthiens : J'ai essuyé beaucoup de travaux, j'ai reçu un grand nombre de coups, enduré souvent la prison; je me suis vu plus d'une fois près de la mort,J'ai reçu des Juifs jusqu'à cinq fois trente-neuf coups de fouet,J'ai été battu de verges par trois fois, j'ai été lapidé une fois, j'ai fait naufrage trois fois, j'ai passé un jour et une nuit au fond de la mer.Souvent en péril dans les voyages, sur les fleuves, en péril parmi les voleurs ou au milieu des miens, en péril parmi les gentils, en péril dans les cités, en péril dans la solitude, en péril sur la mer, en péril parmi les faux frères ;dans les travaux et les chagrins, dans les veilles, dans la faim et la soif, dans les jeunes, dans le froid et la nudité 1.

Quel est celui de nous qui peut réclamer seulement la moindre partie des vertus ici énumérées ? Ce sont ces vertus qui lui faisaient dire plus tard, avec tant de confiance : J'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi.— Il ne me reste qu'à attendre la couronne de justice, que le Seigneur, comme un juste juge, me donnera en ce grand jour suppl.. — Nos mets sont-ils mal apprêtés, nous entrons en mauvaise humeur, et nous pensons faire quelque chose d'agréable à Dieu, si nous buvons notre vin avec un peu d'eau. On brise les coupes, on renverse la table, on frappe les esclaves, et l'on se venge par l'effusion de leur sang de l'eau que l'on a bue. Le royaume des cieux souffre violence, et les violents seuls le ravissent 2.

Si vous ne faites violence, vous n'emporterez jamais le royaume des cieux. Si vous ne frappez avec importunité, vous ne recevrez pas le pain du Sacrement. Ne vous semble-t-il pas que ce soit une violence, quand la chair veut être ce qu'est Dieu; quand, pour juger les anges, elle monte aux lieux d'où ils ont été précipités ?

Sortez un moment, je vous prie, de votre prison, et représentez-vous la récompense…
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(1) Gen. XXIX. 20. (2) Ibid. XXXI.40. (3) Ps. CXIX. 5 . (4) Rom. VIII. 18. (5) Ibid. V.  3- 5. (1) II. Cor. XI. 23- 27.suppl. : II. Tim. IV. 7-8. (2) Matth. XI. 12.

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Message  Louis le Mar 27 Oct 2020, 5:56 am


LETTRE XVIII.

Pages 243-247.

A EUSTOCHIUM.

SUITE

Sortez un moment, je vous prie, de votre prison, et représentez-vous la récompense des peines présentes, récompense que l'œil n'a point vue, que l’oreille n'a point entendue, que le cœur de l'homme n'a point comprise. Quel jour ne sera-ce pas, que celui où Marie, mère du Seigneur, viendra au-devant de vous, accompagnée des chœurs des vierges ; lorsque, après le passage de la mer Rouge, Pharaon, se trouvant submerge avec son armée, Marie, sœur d'Araon, tiendra le tympanum dans sa main, et entonnera ce cantique de triomphe : Chantons le Seigneur, parce qu’il a fait éclater sa gloire; il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier 1.

Alors Thécla volera, joyeuse, dans ses embrassements. Alors aussi votre époux lui-même viendra à votre rencontre, et dira : Lève-toi, hâte-toi, ma bien-aimée, ma toute belle, ma colombe; car l'hiver s'est éloigné, et les pluies ont cessé 2. Alors les anges seront saisis d'étonnement, et diront: Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore naissante, belle comme la lune, éclatante comme le soleil? 3  Les filles vous verront, les reines vous loueront, et les autres femmes publieront votre gloire.

D'un autre côté, un chœur de femmes chastes viendra à votre rencontre : Sara paraîtra avec les femmes mariées; Anna, fille de Phanuel, avec les veuves. Celles qui furent vos mères selon la chair et selon l'esprit Note (22) se verront en différents chœurs. Celle-là se réjouira de vous avoir mise au monde; celle-ci, de vous avoir élevée.

Alors véritablement le Seigneur s'assiéra sur une ânesse, et entrera dans la Jérusalem céleste. Alors, les petits enfants dont le Sauveur a dit, dans Isaïe : Me voici, moi et les enfants que le Seigneur m'a donnés 4,  portant les palmes de la victoire, chanteront d’une voix unanime : Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! 5

Alors, les cent quarante-quatre mille, qui se tiennent devant le trône et devant les vieillards, prendront leurs harpes, et chanteront un cantique nouveau, et personne, si ce n'est le nombre défini, ne pourra chanter ce cantique : Voilà ceux qui ne se sont pas souillés avec les femmes, parce qu'ils sont demeurés vierges. Voilà ceux qui suivent l'Agneau partout où il va 1.

Toutes les fois que la vaine ambition du siècle aura charmé votre cœur, toutes les fois que vous aurez vu dans le monde quelque chose de brillant, élevez-vous en esprit jusqu'au ciel, commencez à être ce que vous serez un jour, et votre époux Vous dira : Mets-moi sur ton cœur comme un sceau; comme un sceau sur ton bras 2; votre corps et votre esprit se trouvant à couvert, vous direz : Les grandes eaux n'ont pu éteindre la charité, les fleuves ne pourront l'étouffer 3.

La lettre que nous venons de commenter fut traduite en grec par Sophronius. Voyez le Catalogue des écrivains ecclésiastiques, chapitre CXXIV.
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(1) Exod. XV. 1.  —  (2) Cant. II. 10. 11. —  (3) Ibid. VI. 9. —  (4) Is. VIII. 18. —  (5) Marc. XI. 10. —  (1) Apoc. XIV. 4. — (2) Cant. VIII. 6. — (3) Ibid. 7.

Note (22)  —  Paula fut mère d'Eustochium, selon la chair, et de Marcella, selon l'esprit; car saint Jérôme nous apprend, dans l'éloge funèbre de celle-ci, qu'Eustochium avait été élevée dans la maison de cette illustre veuve : In hujus (Marcellæ) cutbiculo nutrita Eustochium, virginitatis decus.

FIN de cette lettre.


Dernière édition par Louis le Mer 28 Oct 2020, 6:57 am, édité 1 fois (Raison : Insertion d'un lien.)

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Message  Louis le Mer 28 Oct 2020, 6:54 am


LETTRE XXII.

Pages 270-275.

A PAULA.

Sur la mort de Blésilla, sa fille.

Qui donnera de l'eau à ma tête, et à mes yeux une source de larmes, et je pleurerai 1, non pas , comme dit Jérémie, les morts de mon peuple ; ni, comme Jésus , les malheurs de Jérusalem ; mais je pleurerai la sainteté, la miséricorde, l'innocence, la chasteté;  je pleurerai toutes les vertus ensevelies dans un même tombeau avec Blésilla. Ce n'est pas qu'il faille donner des pleurs à celle qui s'en est allée, mais l'on ne saurait trop s'affliger de ce que nous avons cessé de voir une personne d'une si haute perfection. Comment, en effet, se rappeler, sans répandre des larmes, cette jeune femme de vingt ans, qui porta l'étendard de la croix avec une foi si ardente, et qui regretta plus la perte de sa virginité que la perte de son époux ? Comment redire, sans gémissements, et son assiduité à la prière, et la grâce de son langage, et la fidélité de sa mémoire, et la pénétration de son esprit? A l'entendre parler grec, on eût pensé qu'elle ne connaissait pas la langue latine.

Si elle se mettait à parler la langue romaine, son discours n'offrait aucun-accent étranger. Et même, ce que toute la Grèce admire dans ce fameux Origène, elle avait surmonté si bien les difficultés de la langue hébraïque, je ne dis pas en peu de mois, mais en peu de jours, qu'elle rivalisait avec sa mère pour l'intelligence et le chant des psaumes. La pauvreté de ses habits n'était point en elle, comme chez la plupart des femmes, l'indice d'une vanité secrète ; mais, comme son humilité était tout intérieure, il n'y avait, pour les vêtements, aucune différence entre elle et les vierges qui la servaient, si ce n'est qu'on la reconnaissait plus aisément à une démarche plus négligée. La maladie avait rendu ses pas chancelants ; son cou décharné soutenait à peine sa tête pâle et tremblante ; et cependant elle avait toujours dans les mains ou un Prophète ou l'Evangile. Mes joues sont baignées de larmes, les sanglots étouffent ma voix, et mes entrailles émues retiennent ma langue enchaînée.

Alors que l'ardeur de la fièvre brûlait le faible corps de la sainte, et que mourante, elle avait autour de son humble couche un cercle de parents, elle exprimait ainsi ces dernières volontés : « Priez le Seigneur Jésus de me pardonner, parce que je n'ai pu accomplir ce que je voulais. » Ne craignez rien, ma Blésilla, en pensant que vous avez toujours eu des vêtements blancs. La blancheur des habits,  c'est la pureté d'une virginité perpétuelle. Nous croyons certain ce que nous avançons : jamais la conversion ne vient trop tard. Ces paroles ont été consacrées pour la première fois dans la personne du larron : En vérité, je te le dis, tu seras aujourd'hui en paradis avec moi 1.

Mais aussitôt que, débarrassée de son enveloppe charnelle, l'âme se fut envolée vers son auteur, et que, après un long pèlerinage ici-bas, elle fut rentrée dans son antique héritage, on apprêta, suivant la coutume, les funérailles de Blésilla. Des personnes de distinction marchaient en ordre devant le cercueil qui était couvert d'un voile d'or. Il me sembla qu'elle me criait, du haut des cieux : « Je ne reconnais pas ces habits, ce vêtement n'est pas le mien, ces ornements ne m'appartiennent pas. »

Mais que faisons-nous là ? Je veux arrêter les larmes d'une mère, et je pleure moi-même…
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(1) Jerem. IX. 1. (1) Luc, XXIII. 43.

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Message  Louis Hier à 7:34 am


LETTRE XXII.

Pages 275-277.

A PAULA.

Sur la mort de Blésilla, sa fille.

SUITE

Mais que faisons-nous là ? Je veux arrêter les larmes d'une mère, et je pleure moi-même. Je ne puis dissimuler mes sentiments; ce livre est écrit tout entier avec mes larmes. Jésus lui aussi pleura Lazare, parce qu'il l'aimait. Celui-là n'est point un consolateur efficace qui succombe à sa propre douleur, et dont les entrailles sont émues, dont la voix est entrecoupée par les sanglots. Ma chère Paula, j'en atteste et Jésus que Blésilla suit maintenant, et les saints anges en la société desquels elle se trouve, je ressens les mêmes douleurs que vous; j'étais son père selon l'esprit, son nourricier selon la charité, et je ne puis ne pas dire quelquefois : Périsse le jour où je suis né 1.

Et encore : Malheur à moi, ô ma mère, pourquoi m'as-tu engendré pour que je fusse un homme de contradiction et de discorde dans toute la terre 2?

Et encore : Vous êtes juste, Seigneur, cependant je vous adresserai mes justes plaintes. Pourquoi les méchants prospèrent-ils en leurs voies 3 ?

Et encore : Mes pieds se sont presque égarés, mes pas ont presque chancelé, — parce que je me suis indigné contre les pécheurs, en voyant la paix des impies. — Et j'ai dit : Dieu les voit-il ? Le Très-Haut en a-t-ll connaissance ? Voilà que ces pécheurs, ces heureux du siècle, ont multiplié leurs richesses1. Mais en même temps ces paroles me reviennent à l'esprit : Si je raconte ces choses, voilà que la génération de vos enfants me nomme prévaricateur 2.

Combien de fois ces pensées orageuses ne sont-elles pas venues traverser mon âme?

Pourquoi des hommes qui ont vieilli dans le crime jouissent-ils des richesses du siècle ?

Pourquoi des jeunes gens qui ont encore toute leur innocence, qui sont sans péché, sont-ils moissonnés à la fleur de l'âge ?

D'où vient que souvent des enfants de deux ans, de trois ans et encore à la mamelle, sont possédés du démon, couverts de lèpre, dévorés par la jaunisse ?

Pourquoi, au contraire, voit-on des hommes impies, adultères, homicides, sacrilèges, jouir en paix d'une heureuse santé, et blasphémer contre Dieu, alors surtout que l'iniquité du père ne retombe pas sur le fils, et que l'âme qui a péché meurt elle-même ? 3

Ou, si l'antique sentence subsiste encore, et si les enfants doivent être punis des pèches de leurs pères, n'est-il pas inique de faire tomber sur un enfant innocent les crimes innombrables d'un père chargé d'années ? Et j'ai dit : C'est donc en vain que j’ai purifié mon cœur, et que j'ai lavé mes mains parmi les innocents,, — et que j'ai été frappé de verges durant tout le jour 4.

Et, lorsque je songeais à toutes ces choses, j'ai appris à dire avec le Prophète : J'ai médité pour savoir, et mes yeux n’ont vu qu'un grand travail ; — jusqu'à ce que je sois entré dans le sanctuaire de Dieu ; car les jugements du Seigneur sont un abîme impénétrable , et que j'aie compris la fin des pervers 5.

Et encore…
_____________________________________________________________________________

(1) Job. III. 1. (2) Jerem. XV. 10.(3) Ibid. XII. 1.(1) Ps. LXXII. 2 3. 12.(2) Ibid. 15.(3) Ezech. XVIII. 4.(4) Ps. LXXII. 13. 14. (5) Ibid. 16. 17.

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