TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Sam 04 Juil 2020, 6:08 am

En Pamphylie, Nestor, évêque de Magydos, subit un glorieux martyre. L'instruction de la cause fut commencée par les magistrats municipaux ; elle offre un nouvel exemple de la courtoisie qui régnait dans les relations entre des hommes que des dissentiments si profonds séparaient jusqu'à la mort. On vint un jour chercher Nestor dans sa maison et on le pria de se rendre à l'agora. « L'irénarque et tout le conseil vous demandent », lui dit-on. Il y alla, mais sans se presser, comme il convient à un évêque. Les sénateurs l'attendaient; dès qu'il entra, tous se levèrent et lui firent leur salut. L'évêque s'en montra surpris et en demanda la raison. « Ta vie est digne d'éloges », lui fut-il répondu. Les membres de la boulé de Magydos siégeaient dans l'un des édifices qui s'ouvraient sur l'agora. Nestor s'y rendit, on lui avait préparé un siège couvert de riches étoffes.

« Vous m'avez fait assez d'honneurs en m'appelant devant vous, dit l'évêque, maintenant dites-moi le sujet qui m'a fait mander. » Alors commença l'interrogatoire; quand il fut achevé, l'irénarque de la cité partit avec l'accusé et deux hommes d'escorte ; ils se rendaient à Perge, résidence temporaire du légat impérial. Ils y arrivèrent un mardi dans la soirée ; dès le lendemain matin, l'irénarque fit son rapport au légat. Celui-ci se rendit à son tribunal, on amena l'accusé, un greffier lut l'acte d'accusation rédigé par l'irénarque de Magydos. Le voici :

« Eupator, Socratès, et tout le conseil au très excellent seigneur président, salut.

« Lorsque Ta Grandeur reçut les divines lettres de notre seigneur l'empereur, par lesquelles il ordonnait que tous les chrétiens sacrifiassent et qu'on les fît renoncer aux idées dont ils sont imbus, ton humanité voulut exécuter ces ordres sans violence, sans dureté, avec mansuétude. Mais cette douceur n'a servi de rien. Ces hommes s'obstinent à mépriser l'édit impérial. Nestor, invité par nous et par tout le conseil, non seulement n'a pas voulu se rendre à nos avis, mais tous ceux qui sont sous sa direction, suivant l'exemple de leur chef, s'y sont également refusés. Nous avons insisté pour qu'il vînt au temple de Jupiter, suivant les ordres du très victorieux empereur. Mais il a répondu en chargeant d'outrages les dieux immortels. Il n'a pas épargné l'empereur. Toi-même n'as pas été ménagé. C'est pourquoi le conseil a jugé bon de le déférer à Ta Grandeur. »


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Message  Monique le Dim 05 Juil 2020, 7:36 am

L'interrogatoire recommença. Se voyant vaincu par le vieil évêque, le légat dit : « Qu'on attache à un poteau cet homme de fer et qu'on lui déchire les côtes. » Mais ce supplice ne le fit pas branler, alors le légat l'interpella : « Dis-nous d'un mot et sans fausse honte ce que tu as résolu : veux-tu être avec nous ou avec ton Christ ? » « J'ai été, je suis, je serai toujours avec mon Christ. » On le crucifia. Nestor, de sa croix, prêchait à ceux qui l'entouraient ; cela dura bien quelques heures, puis il dit : « Amen » et rendit l'esprit (1).

En Lycie signalons le berger Thémistocle et le célèbre saint Christophe ; pendant la persécution de Valérien, le martyre du solitaire Léon ; voici en quelles circonstances. Il existait à Patare un lieu de pèlerinage fréquenté au tombeau du martyr Parégore ; l'ermite Léon, y étant venu un jour faire ses dévotions, se trouva à Patare un jour d'une des fêtes principales en l'honneur de Serapis, dont le temple était voisin du tombeau. On le vit faire ses dévotions, mais on le laissa aller ; le lendemain il revint de son ermitage au tombeau et tomba dans une nouvelle fête païenne près du temple de la Fortune. Des lampes et des cierges brûlaient devant le temple; Léon y alla et jeta tout par terre, puis marcha dessus ; ensuite il dit : « Si vos dieux sont forts, qu'ils se défendent ! » et il passa son chemin. Les prêtres ameutèrent le peuple ; quand l'ermite repassa par les lieux qu'il avait traversés, on l'arrêta et on le mena au procurateur Lollianus, qui le fit torturer ; finalement on le traîna à travers les rochers jusqu'au prochain torrent, mais le vieil ermite était mort pendant la torture (2).



1. Acta sanct., févr., t. III, p. 627. B. AUBÉ, dans Revue archéol., avril 1884, et réimprimés dans l'Eglise et l'Etat dans la seconde moitié du IIIe siècle, append. IIe, p. 507 sq. P. ALLARD, Hist. des perséc., t. II, p. 424.

2. Certamen sanct. Leonis et Paregorii, dans RUINART, p. 610.


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Message  Monique le Lun 06 Juil 2020, 6:20 am

Sous le règne d'Aurélien nous trouvons quelques martyrs en Phrygie, Trophime et Sabbazius à Antioche de Pisidie, Dorymédon, chef du sénat de Synnade.

Il n'est pas possible de rappeler dans le détail les dix années qui pesèrent sur l'Asie Mineure depuis les débuts de la persécution de Dioclétien jusqu'à l'avènement de Constantin. C'est un livre entier qu'il faudrait y consacrer, et celui d'Eusèbe peut donner quelque idée de l'étendue et de l'horreur des massacres. Peut-être me sera-t-il Accordé de reprendre ce sujet avec le développement qu'il exige; mais le nombre de récits authentiques de la dernière persécution que j'ai donné dans le deuxième volume de ce recueil suffit à laisser juger de l'impossibilité de choisir désormais quelques noms plus assurés ou mieux connus. La même considération me porte à omettre également tout ce qui a trait aux martyrs d'Italie et de Rome. Ici, la difficulté se complique de l'obscurité souvent impénétrable des documents. Les Actes des martyrs romains subissent un premier travail de macération critique d'où il serait intempestif de tirer des conclusions que rien n'autorise et qu'à vrai dire on ne fait qu'entrevoir (1). Cette lacune est moins notre fait que celui des circonstances. Les esprits loyaux, uniquement préoccupés de vérité, applaudiront, je n'en doute pas, à ma réserve.

J'ai montré dans ce livre la religion chrétienne détruite en certains lieux par la persécution, et je me suis demandé si, persécutée, amoindrie, flétrie de tant de façons pendant plus d'un siècle, la religion ne périra pas, en France, sous nos yeux. « Un de nos écrivains célèbres, Renan, disait un jour à Déroulède, après l'avoir mélancoliquement écouté : Jeune homme, jeune homme, la France se meurt ; ne troublez pas son agonie (1) ! »

Ainsi la France pourrait mourir ? Hélas oui ! L'Eglise seule a les promesses.

Mais il ne faut pas désespérer. Si les méchants oppriment les saints dont la vie les offense, ils ne peuvent en réduire le nombre ni en tarir la source, et ceci tuera cela : Vince in bono malum.

Il y a quelqu'un qu'on ne peut tuer et qu'on ne proscrit pas, c'est le Christ qui aime les Francs.

Aux heures inquiètes où la menace s'élève, où la terre tremble et le ciel s'abaisse; quand les troupes sont sans chef et l'armée sans drapeau, la bataille perdue et la déroute prochaine, rappelons-nous alors que la France n'est pas d'hier. Prêtons l'oreille à ces voix désolées qui connurent en leur temps des heures d'angoisse et disons comme elles :

« Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu'il garde leur royaume, qu'il remplisse leurs chefs de la lumière de sa grâce, qu'il protège leur armée, qu'il leur accorde l'énergie de la foi, qu'il leur concède par sa clémence, lui le Seigneur des seigneurs, les joies de la paix et des jours pleins de félicité ! Car cette nation est celle qui, brave et vaillante, a secoué de ses épaules le joug très dur des Romains, et ce sont eux, les Francs, qui, après avoir professé la foi et reçu le baptême, ont enchâssé dans l'or et dans les pierres précieuses les corps des saints martyrs, que les Romains avaient brûlés par le feu, mutilés par le fer ou livrés aux dents des bêtes féroces (1). »



1. A. DUFOURCQ, Étude sur les Gesta martyrum romains, in-8°, Paris, 1900.

1. O. FALATEUF, Discours et Plaidoyers, in-8°, Paris, 1902, t, II. p. 377.

1. M. O. DIPPE, Prolog. der Lex Salica, dans Historische Vierteljahrsschrift, 1899.


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Message  Monique le Mar 07 Juil 2020, 7:18 am

II  UNITÉ DU MOBILE SURNATUREL CHEZ TOUS LES MARTYRS


Un des sujets qui retiennent l'attention du critique, c'est les faits surnaturels que contiennent les Actes des martyrs. Tous ces faits n'ont pas une égale certitude historique, suivant qu'ils sont consignés dans des documents authentiques ou remaniés; en outre, les uns sont minutieusement décrits, d'autres sont simplement indiqués. Malgré les conditions désavantageuses dans lesquelles un certain nombre de ces faits nous ont été signalés, on ne saurait, dans beaucoup de cas, se dérober à l'évidente constatation d'une intervention surnaturelle, il ne faut pas faire difficulté de la reconnaître. Quant aux faits douteux, l'historien est en droit d'apporter à leur examen cette même critique rigoureuse qui est en usage dans les tribunaux romains chargés d'instruire les procès des saints personnages : il a le droit de suspendre son jugement à leur égard jusqu'à ce que le miracle apparaisse évident.

Malgré cette réserve, il reste dans les Actes des martyrs assez de miracles incontestables pour convaincre les uns et rassurer les autres ; c'est que, dans plusieurs circonstances, le texte est sans issue, il faut accepter le miracle. Vouloir l'ignorer ne servirait de rien et serait contraire à l'esprit philosophique ; l'expliquer naturellement est impossible; reste le surnaturel. Les Actes des martyrs en sont remplis, ainsi l'occasion est bonne pour s'en expliquer. Ce n'est pas cesser d'être historien que d'en venir à ce point, c'est plutôt l'être exclusivement et par-dessus tout.

« C'est qu'il paraît bien qu'il existe entre l'élan de la volonté et le terme humain de l'action une incurable disproportion. Pour remédier à la faillite de l'ordre naturel, des consciences délicates ont cherché l'achèvement de l'activité humaine dans l'ordre surnaturel ; des esprits dégagés de toute tradition ont suivi la même voie : les uns estimant qu'il est scientifique d'admettre le surnaturel, les autres jugeant qu'il n'est pas scientifique de l'exclure. Et les uns et les autres ont raison, car nous ne savons le tout de rien. Tout, en un sens, est surnaturel, et rien ne l'est, puisqu'en tout acte, bien plus, en tout phénomène, il subsiste, dans ce qui est connu, un irréductible mystère. Mystère, a-t-on dit, que l'expérience sensible; et tous y croient, et l'on construit une science sur l'autorité des sens, puisque l'on ne veut plus qu'il y ait d'autre mystère que celui-là, comme si, parce qu'on en connaît, on avait déterminé et limité ce qu'on en ignore (1) . »



1. M. BLONDEL, L'Action.  Essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique (Paris, 1893, in-8°), p. 390-391.


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Message  Monique le Mer 08 Juil 2020, 8:56 am

A tout prendre, le miracle n'a rien qui répugne à l'expérience sensible. Il est, par définition théologique, un phénomène, et il appartient à un ordre de faits extérieurs d'une catégorie spéciale dont la loi est de déroger dans leur cause à la loi commune. Le miracle, chaque miracle, est lui-même une loi en exemplaire unique, il n'y a pas de répliques en fait de miracles ; c'est une erreur de faire donner au miracle un numéro de série, alors que chaque miracle est isolé, unique, définitif. Cela tient à ce que le miracle est une preuve ; et, la preuve faite, tous les miracles se valent en soi, ils ne se complètent pas les uns les autres. Si parfois quelques miracles paraissent semblables dans leur effet, c'est que, chaque miracle étant adapté à une circonstance particulière, il arrive que, dans la suite des âges, des cas identiques se sont représentés qui ont reçu des solutions semblables. « Que je hais ceux qui font les douteurs de miracles ! » disait Pascal Et c'était bien dit, car on ne peut rien faire au delà, sinon que d'en douter, ne pouvant les détruire; mais encore faut-il qu'il y ait miracle pour qu'on n'en doute pas (1).

Le cardinal Newman a établi une distinction assez originale entre les caractères des miracles rapportés par l'Écriture et des miracles rapportés par l'histoire ecclésiastique (2). Les premiers ont, d'après lui, « quelque chose de simple et de majestueux, les autres ont une allure romantique et heurtée ». Peut-être ce jugement mérite-t-il qu'on s'y arrête. Il se pourrait que Newman eût donné l'explication de sa pensée lorsqu'il ajoute une autre distinction, qui est que les miracles de l'Écriture sont tous vrais, tandis que l'histoire ecclésiastique en contient de vrais et de faux, moreover, in Ecclesiastical History true and false miracles are mixed ; encore qu'on puisse dire qu'il n'y a pas de faux miracles, mais seulement des illusions. Les Actes non historiques ou falsifiés renferment un grand nombre de ces faux miracles dont l'étrangeté surprend et indispose. Parmi ces miracles sur lesquels plane quelque doute, il s'en trouve un très souvent répété. On voit les martyrs, soustraits jusque-là par la protection divine aux flammes, aux flots, à la dent des bêtes, abandonnés soudain dès que le bourreau les frappe avec le fer. Le cas est si fréquent que plusieurs érudits s'en sont préoccupés.



1. PASCAL, Pensées (édit. HAVET), art. XXV, n° 61.

2. J. H. CARDINAL NEWMAN, Two Essays on biblical and on ecclesiastical miracles (London, 10e édit. 1892, in 12), p. 116.


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Message  Monique le Jeu 09 Juil 2020, 6:34 am

Delrio n'y trouvait d'autre raison sinon que le glaive est l'instrument ordinaire et régulier de la justice (1), Thomas Hurtado ne veut pas d'autre explication (2) et Baruffaldi s'y range à son tour (3), en ajoutant que pareil fait n'a pu se produire que par la volonté de Dieu, ce qui, lui répond Arevalo, est précisément le point en litige ; il restera donc à expliquer pourquoi Dieu en aurait décidé ainsi. « Peut-être, ajoute-t-il, que c'était dans le but de faire éclater la constance des saints et de montrer clairement qu'elle découlait d'une source divine (4). »

De nos jours, MM. Edmond Le Blant et Ernest Hello s'en sont occupés. Observons d'abord que le glaive n'est pas le seul instrument dont l'emploi donne infailliblement la mort. Eusèbe raconte que le martyr saint Romain, jusqu'alors protégé dans les épreuves auxquelles on le soumettait, succombe à l'étranglement (5) ; ailleurs c'est saint Polycarpe de Smyrne, demeuré invulnérable à la flamme, qui meurt d'un coup de poignard (1). Le cas le plus fréquent est l'emploi du glaive ; il en est ainsi pour les saints Taraque, Firmus et Rusticus et, parmi les Actes de moindre mérite, pour saint Cyrille, sainte Agnès, saint Zénon (2). Il ne faut pas voir là, selon nous, une contradiction. Entre plusieurs témoignages de la protection miraculeuse, les écrivains notaient de préférence ceux qui répondaient à l'anxiété de leurs contemporains, et il semble que l'on doive ainsi s'expliquer l'attention qu'ils ont eue à énumérer les occasions dans lesquelles ils croyaient voir une intervention plus particulièrement miséricordieuse de Dieu à l'égard de ses serviteurs. On sait que les anciens considéraient l'anéantissement du corps comme un obstacle à la résurrection promise et à la béatitude, et certains chrétiens, malgré les enseignements de l'Évangile, partageaient trop souvent cette opinion. Les Juifs avaient éprouvé cette horreur ; Joachim et Jézabel, dévorés par les bêtes; avaient reçu le plus effroyable châtiment (3).

La destruction du corps par le feu, sa manducation par les bêtes, étaient considérés comme d'irrémédiables désastres, opinion contre laquelle on s'efforçait de réagir (4). Lorsqu'il était déjà attaché au poteau où il devait être brûlé, le prêtre Pione disait (1) : « Ce qui m'encourage le plus à mourir, c'est afin que le peuple comprenne qu'il y a une résurrection après la mort. » La fin des noyés était pour tous un objet d'épouvante ; quelques-uns pensaient que leur âme devait périr avec eux, d'autres préféraient s'enlever la vie d'un coup d'épée, afin que leur âme n'allât pas captive au fond de la mer (2), où, d'ailleurs, étant de feu, elle devait bientôt s'éteindre misérablement (3). Trop de chrétiens, vivant au milieu de la société païenne dont ils étaient sortis, partageaient ces angoisses. « Lorsqu'on nous gardait en prison, racontent les martyrs africains Montan et Lucius, nous sûmes que le gouverneur avait décidé de nous faire brûler vifs. Mais Dieu, qui seul peut délivrer ses serviteurs des flammes, Dieu, qui tient entre ses mains puissantes les paroles et les coeurs des rois, détourna de nous cette rage cruelle. Nous priâmes sans relâche et nous fûmes exaucés. La rosée du Seigneur éteignit le feu déjà prêt pour anéantir notre chair ; il étouffa l'ardeur de la fournaise (4). »



1. DELRIO, Disquisit. magic., l. I, q. 21 (édit. 1604), t. I, p. 186, 187.

2. P. TH. HURTADO, Resolutiones orthodoxomorales de vero martyrio, p. 144, Resol. XXXV, sect. IX.

3. BARUFFALDI. Nuova raccoltà d'opuscoli scientifici e filologici (Venezia, 1757), p. 255-355.

4. E. LE BLANT, Les Persécuteurs et les Martyrs (Paris, 1895, in-8°), ch. XXIII ; E. HELLO, Physionomies de saints (Paris, 1897, in-12), ch. XXXV.

5. De martyribus Palaestinae, c. II. PRUDENCE, Peri Steph., X, V, 846 suiv. Cf. TILLEMONT, Mém. hist. eccl., t. V, p. 210.

1. RUINART, Acta sincera, p. 43 : Ecclesiae Smyrnensis epistola de martyrio S. Polycarpi, § 15 et 16.

2. RUINART, loc. cit., p. 446: Acta S. Taràchi, § 10 et 11 ; MAFFET, Istoria diplomatica, p. 309, 310 ; Anas, Martyrol. rom. 9 juill. ; Acta S. Agnetis, c. I, § 11, dans Acta SS., 21 janv. ; Acta S. Zenonis et Zenae, c. II, § 15, 16, dans Acta SS., 23 juin.

3. Jérémie, XXII, 8 ; XXXII, 30 ; IV Rois, IX, 10. Il n'est pas certain toutefois qu'ils tirassent de cette fin les mêmes conséquences que chez les païens.

4. H. LECLERCQ, la Sépulture dans l'antiquité chrétienne, dans la Revue catholique des Institutions et du Droit, 1902, mars, p. 222 suiv. ; avril, p. 332 suiv. ; juin, p. 542.

1. RUINART, Acta sincera (édit. 1689), p. 137.

2. SYNESIUS, Epist. IV, fratri Evoptio.

3. SERVIUS, In Aeneid., I, 98 ; cf. PROPEACE, III, VI, 9 ; Anthologia graeca, Sepulchralia, n° 265 et suiv.

4. RUINART, Acta sincera, p. 230. Passio SS. Montani, Lucii, § 3


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Message  Monique le Ven 10 Juil 2020, 7:13 am

Au contraire, les prêtres et les évêques semblent tout préoccupés d'inculquer le mépris de tel ou tel genre de mort et d'affimer ainsi leur foi en la résurrection ; c'est le cas du prêtre Pione à Smyrne que nous venons de rappeler, c'est aussi celui de l'évêque de Tarragone, saint Fructueux, et de ses diacres qui montent sur le bûcher joyeux et « confiants dans la résurrection »(1) ; tout le monde enfin connaît l'ardente apostrophe de saint Ignace de Smyrne : « J'exciterai les bêtes féroces, je les exciterai pour que leurs entrailles me servent de tombeau et pour que rien de mon corps ne subsiste. Quand j'aurai disparu tout entier, c'est alors que je serai vraiment le disciple du Christ (2). » Ces grands exemples portaient leur fruit. Pendant la dernière persécution nous entendons un soldat dire au juge : « Inflige-moi tous les supplices et fais ensuite de mon corps ce qu'il te plaira (3). » Cependant, vers ce même temps, Lactance s'explique fort nettement sur cette préoccupation persistante des chrétiens : « Si le Seigneur a accepté, dit-il, le supplice de la mise en croix, c'est que son corps devait rester entier et que la mort, sous cette forme, ne mettait pas obstacle à sa résurrection (4). » Ces quelques textes nous aident à comprendre l'arrière-pensée des écrivains si empressés à enregistrer le miracle dont Dieu favorisait ses fidèles, miracle d'autant plus digne de reconnaissance qu'il équivalait, croyait-on, pour les témoins du Christ à l'assurance de leur résurrection. Il ne faut pas s'étonner de rencontrer jusqu'à une époque assez tardive cette mention d'un secours divin pour épargner au martyr un genre de mort entraînant la destruction du corps. Nous voyons saint Augustin obligé d'intervenir dans ce débat qui durait encore au IVe et au Ve siècle. L'objection principale allait toujours à l'impossibilité de la reconstitution des éléments d'un corps évanoui (1).

« Des os réduits en poudre, disait un prêtre gaulois à l'évêque de Tours, Grégoire, peuvent-ils donc reprendre l'existence et former un être vivant ?

Certes, répond l'évêque, nous croyons que Dieu ressuscitera sans peine le cadavre tombé en poussière et jeté par le vent sur la terre et sur les eaux.

Vous vous trompez, reprenait le prêtre incrédule, et vous soutenez une grande erreur avec des paroles séduisantes, lorsque vous dites que l'homme dévoré par les bêtes, englouti par les flots, mangé par les poissons, dispersé par le courant des eaux, détruit par la putréfaction dans le sein de la terre, sera ressuscité un jour (2). »




1. Rummel., loc. cit., p. 222 (édit. 1688). Acta SS. Fructuosi, Eulogi, § 4.

2. S. IGNACE, Epist. ad Romanos, C. IV (édit. FUNK, 1887, in-8°), p. 216.

3. RUINART, loc. cit., p. 436. Acta S. Tarachi, § 7.

4. LACTANCE, Instit. divin., l. IV, c. XXVI.

1. TATIEN, Advers. Graec., § 6 ; S. AUGUSTIN, Sermo CXV, De diversis, § 12; Liber de promissionibus Dei, IV, XVIII, etc.

2. GRÉGOIRE DE TOURS, Hist. Franc., l. X, C. XIII.


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Message  Monique le Sam 11 Juil 2020, 6:53 am

« C'est là, reprenait saint Augustin, c'est là ce qu'une foi pieuse ne saurait guère redouter, car il est écrit que pas un cheveu de notre tête ne périra, et les bêtes qui dévorent un cadavre ne sauraient l'empêcher de ressusciter La Vérité ne dirait pas : « Ceux-là qui tuent le corps sont impuissants à tuer l'âme », si ce que l'ennemi peut faire des restes de ses victimes était un empêchement à l'autre vie. Dieu nous garde de révoquer en doute ce qu'a dit la Vérité ! Le sol n'a point recouvert un grand nombre de chrétiens égorgés ; mais nul d'entre eux n'a pu être séparé du ciel et de la terre que remplit de sa présence Celui qui sait d'où la créature doit être rappelée pour la résurrection.

Les gentils ne peuvent insulter aux chrétiens demeurés sans sépulture, car il nous est promis que non seulement la terre (1), mais tous les éléments dans le sein desquels le corps serait confondu, le rendront à la vie éternelle, quand viendra le jour fixé par le Très-Haut (2).»

Peut-être faut-il rattacher à la même préoccupation le soin qu'ont eu les rédacteurs des Actes des martyrs de mentionner que le feu épargna le corps de Pione, dont la chair semblait rajeunie (3); il en avait été de même pour saint Philippe d'Héraclée, saint Hermès (4), retrouvés dans les cendres éblouissants de fraîcheur et de jeunesse. L'Histoire ecclésiastique offre plusieurs prodiges semblables. Les restes de sainte Eulalie, de sainte Julitte, demeurent impénétrables à la flamme ; ceux de saint Vincent, de saint Apollonius, surnagent sur les flots et viennent échouer sur le rivage, où un oiseau de proie défend le corps de Vincent contre la voracité d'un loup ; les bêtes féroces s'abstiennent en Palestine de dévorer les restes des martyrs (5).



1. Apoc., XX, XIII : kai edoken e thalassa tous nekrous tous en aute

2. S. AUGUSTIN, De Civit. Dei, 1. I, c. 12.

3. RUINART, Acta sinc., p. 151, Passio SS. Pionii et sociorum ejus, § 22.

4. RUINART, loc. cit., p. 419, Passio S. Philippi, § 14.

5. EUSÈBE, De martyrib. Palaest., XI ; RUFIN, De vitis Patrum, XIX ; S. BASILE, Homil. V :
De sancta Julitta ; PRUDENCE, Peri Steph., Hymn. III, S. Eulal., v. 176-180;
Hymn. V, S. Vincent., v. 405-416.


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Message  Monique le Dim 12 Juil 2020, 7:33 am

Ces faits nombreux répondent, on le voit, à ce prodige dont on s'est montré surpris de la protection du ciel accordée aux martyrs contre certaines formes de mort et retirée dans le cas de la décapitation. On s'explique mieux ainsi que les anciens aient rapporté de préférence les témoignages d'une protection qui était, à leurs yeux, comme doublement efficace, puisque les supplices demeurés sans effet étaient ceux dans lesquels le corps aurait été anéanti. « Sa disparition dans les flammes, dans les flots, sous l'assaut des bêtes féroces, pouvait être, aux yeux des anciens, un obstacle à la vie future ; la strangulation, le fer, auquel la main de Dieu abandonne les martyrs, laissaient subsister le cadavre et n'enlevaient pas l'espoir de la résurrection (1). » J'ai voulu montrer par cet exemple que, jusque dans les choses d'un lointain passé, il faut s'efforcer de comprendre la signification que peut prendre l'énoncé d'un fait surnaturel replacé dans les conditions historiques qui l'ont vu se produire. Tel miracle fréquent n'est pas exclusif de tel autre, il n'a même pas été peut-être en réalité plus fréquent que tel ou tel autre, mais il nous est mieux connu et plus souvent rapporté parce que, pour des raisons accidentelles, l'attention des contemporains se tournait particulièrement de ce côté.

Ainsi peut-on interroger les antiquités sous des aspects nouveaux. Ceux qui s'y appliquent sont souvent bien aises de suppléer à l'insuffisance des détails qui nous sont parvenus dans les vieilles histoires par un complément d'informations. Dans ces obscures et difficiles recherches où le surnaturel est toujours voisin et parfois confondu avec les phénomènes de l'ordre naturel, nous avons à notre disposition un procédé d'investigation très délicat mais très sûr. Il n'y a presque pas de document hagiographique de l'antiquité chrétienne dont on n'ait mis en question l'authenticité. De cette suspicion générale il est sorti un groupe compact d'écrits sur la valeur desquels nous sommes pleinement assurés (1). Je voudrais montrer ce que le rapprochement de phénomènes analogues peut fournir de lumière sur les faits particuliers qu'une trop lointaine perspective semble mettre en dehors du champ de l'histoire et de l'investigation critique.

Les phénomènes surnaturels contenus dans les anciens Actes des martyrs semblent du reste appeler une comparaison avec les pièces plus récentes et contemporaines consacrées au récit de semblables épisodes. Tels gestes, tels cris, telles conduites se retrouvent identiques chez d'autres races, en d'autres temps, en d'autres lieux à propos de circonstances analogues. C'est ici un terrain commun à la critique, à l'histoire et à l'apologétique, et il ne faut donc pas s'étonner d'y rencontrer les traces de ce savant austère qui fut un admirable chrétien, M. Edmond Le Blant, que la perspicacité de sa science et l'ardeur de sa foi y avaient conduit avant nous (2).



1. E. LE BLANT, loc. cit., p. 269.

1. Voyez pour la littérature antenicéenne l'inventaire de A. HARNACK, Geschichte des Altchristlichen Literatur (Leipzig, 1893, in-8°), t. I, 1re et 2e partie. Pour la période postérieure, O. BARDENHEWER, Patrologie (Freiburg,1894, in-4°). Pour l'hagiographie, les Analecta bollandiana (Bruxelles, 1892, et depuis 1892 le bulletin hagiographique), la Revue d'Histoire et de Littérature religieuse, le Nuovo Bullettino di Archeologia cristiana, la Römische Quartalschrift, les Echos d'Orient, la Revue épigraphique et quelques autres.

2. HÉRON DE VILLEFOSSE, Discours aux funérailles de Edm. Le Blant, dans les Mélanges de l'Ecole française de Rome (1897).


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Message  Monique le Lun 13 Juil 2020, 9:17 am

Les régions lointaines où la persécution peut se rencontrer de nos jours encore d'une manière intermittente diffèrent sans doute profondément, parleurs lois et par la sanction qu'elles entraînent, des coutumes législatives et pénales en usage dans le monde romain. On y pratique les raffinements de cruauté dont l'Orient a gardé la spécialité et, espérons-le, le secret ; mais on retrouve les mêmes passions ignorantes et cette haine folle que le monde antique témoigna contre le christianisme.

L'accusation de magie reparaît redoutable, c'est par elle qu'on explique l'endurance des chrétiens dans la torture, et il est fort curieux de voir reparaître les accusations infâmes contemporaines de l'onokoites (1), c'est-à-dire la bestialité et les autres vices. Mais ce qui est plus digne d'attention, c'est que, « à côté des traits particuliers aux hommes de [l'Orient], se montre une étroite ressemblance entre les paroles, les actes des vieux polythéistes et ceux des nouveaux persécuteurs. Les accusations, les calomnies accumulées contre les missionnaires, contre leurs prosélytes, sont celles qu'on se plaisait à répandre contre les enfants de l'Église primitive. » (2)

L'attrait des femmes pour la doctrine de l'Évangile est l'objet d'allusions obscènes et de prédictions menaçantes. Malheur à celui qui suit cette doctrine, la mort entrera chez lui avec le baptême (3), dit-on, comme le disait déjà Clovis à Clotilde après la mort de leur premier-né récemment baptisé (4). Des récits abominables circulent et trouvent créance, accusant les chrétiens de sacrifier dans leurs assemblées des victimes humaines (5), de vivre dans une crapuleuse débauche, de transformer leurs réunions nocturnes en orgies dans lesquelles règne une abominable promiscuité. La pratique du célibat et de la virginité est représentée comme une condamnation du mariage et un attentat à la société, aussi s'efforce-t-on d'atteindre ceux dont la vie donne l'exemple de ces vertus si rares ; ce sont d'ailleurs les « chefs de religion » (1), et à ce titre la loi les désigne et les pourchasse avec acharnement particulier : on croirait entendre ici les édits de Valérien (2).



1. Cf. DE ROSSI, Roma sotteranea, t. III, p. 354, et D. CABROL et D. LECLERCQ, Monumenta Ecclesiae liturgica, t. 1, n° 3802.

2. E. LE BLANT, loc. cit., p. 351-352.

3. DOURINBOURE, Les Sauvages Bah-Nars, Paris, 1873, in-18, p. 80. Cf. Les Missions catholiques, 1874, p. 111.

4. GRÉGOIRE DE TOURS, Hist. Franc., VII, 29.

5. Comparez les textes de Mamelus FÉLIX, Octavius, c. VIII, IX ; TERTULLIEN, Apologet., c. VII ; EUSÈBE, Hist. eccl., l. V, c. 1 ; RUINART, loc. cit., p. 75, Acta S. Epipodii, § 4, et p. 404. Acta S. Pollionis, § 2, dont on trouvera les principaux passages dans D. CABROL, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (Paris, 1902), 1er fascicule, au mot : Accusations contre les chrétiens, avec : La Salle des martyrs du séminaire des Missions étrangères (Paris, 1866, in-12), et Libelles chinois [inédits] contre les chrétiens, communiqués à M. Edm. Le Riant par M. Guerrin, de la Société des Missions étrangères. Cf. E. La BLANT, loc. cit., p. 352 suiv., et les Missions catholiques, janvier 1872.

1. Vie du vénérable serviteur de Dieu, P. Dumoulin-Barie, évêque d'Acanthe (Paris, 1846, in-12), passim.

2. La Salle des martyrs, p. 142, 170, 175, 242, 286, 312, 329, 332, 355 ; RUINART, Acta sincera, p. 217 (Acta S. Cypriani, § 4). Voy. Les Martyrs, t. I, préf., p. XLV et XLIX de la 1ère édition.


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Message  Monique le Mar 14 Juil 2020, 7:35 am

On pourrait reconstituer presque trait pour trait les incidents des persécutions primitives avec d'autres incidents presque contemporains ; c'est ainsi que Domitien, au dire d'Hégésippe, prit ombrage de la famille de Notre-Seigneur et la fit comparaître devant lui ; il demanda alors : « Qu'est-ce que le règne du Christ ? Qu'entend-on par ce mot ? Quand ce règne viendra-t-il (3) ? » Un magistrat, ayant entendu les chrétiens parler du règne du Christ et de Jérusalem, flaire une conspiration et fait son rapport en conséquence; enfin saint Justin écrit: « Quand vous nous entendez dire que nous attendons le règne, vous imaginez que nous rêvons quelque chose de terrestre et d'humain. Nous ne pensons qu'au royaume des cieux (1). » Le martyre d'un néophyte chinois, Joseph Y'uên, mort en 1817, nous montre la même pensée préoccupant les mandarins. « On m'a souvent interrogé, écrivait-il aux prêtres de la Mission, sur cette demande de l'Oraison dominicale : Que votre règne arrive ! Car le préfet soutenait que le sens de cette phrase était que les Européens viendraient pour s'emparer de la Chine, et, à cause de cet article, je reçus vingt soufflets appliqués avec la semelle de cuir. Une fois aussi, on me fit demeurer à genoux sur une chaîne tendue et trois fois sur des pierres. Mais constamment je niais l'interprétation insensée du préfet. Quand le juge criminel m'interrogea sur cette phrase, je répondis que cette interprétation était, non de moi, mais du préfet (2). »

Cette coïncidence frappante et bien d'autres sont fort instructives, aussi les Actes des martyrs de tous les siècles fourniraient une contribution singulièrement précieuse à l'histoire de la psychologie des foules. Lorsque nous arriverons au terme de ce recueil, il sera facile d'embrasser, au moins dans les pièces les plus précieuses, le contingent de faits de toute nature fourni par cette littérature si spéciale et si abondante.



3. EUSÈBE, Hist. eccl.,  l. III, c. 19.

1. S. JUSTIN, Apolog. I, § 4.

2. La Salle des martyrs, p. 103.


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Message  Monique le Mer 15 Juil 2020, 8:58 am

Nous retrouvons sous des latitudes si différentes et à plus de quinze siècles de distance les mêmes sentiments provoqués par le même fait de l'introduction du christianisme. Les Livres saints et les livres liturgiques sont l'objet de recherches semblables à celles du temps de Dioclétien ; les vases sacrés, les images sont également saisis et détruits, les hosties sont considérées comme des philtres destinés à stupéfier le martyr pendant les angoisses du supplice, et ce trait rappelle le massacre du jeune Tharcisius, porteur de l'eucharistie que les païens avaient prise pour un charme. « Devant l'attitude des saints, dit M. Le Blant, une crainte secrète s'agite dans l'âme des idolâtres. Quels sont ces hommes au cœur impassible et dont le courage les étonne (1) ? Quelles sont ces étranges victimes qui, semblables aux héros des temps antiques, chantent et enseignent au milieu des tortures (2), rendent grâces au juge qui les fait supplicier et l'assignent hardiment devant le tribunal de Dieu (3)? Les criminels avec lesquels on affecte de les frapper, de les confondre, comme on a fait de Jésus-Christ, montrent-ils cette calme résolution, cette confiance en un Dieu vengeur ? Par deux fois au Tong-King, des mandarins, le jour même où ils viennent de faire exécuter des martyrs, leur offrent un sacrifice expiatoire pour apaiser leurs mânes irrités. « Vous n'êtes pas un homme ordinaire », dit à l'un d'eux un juge païen vaincu par la sagesse de sa réponse. Dans une lettre écrite à ses frères au sortir de la torture, un prêtre indigène a signé : « André Lac, inébranlable comme une montagne (4). » Ce n'est point là une vaine parole dictée par l'emphase de l'Orient; le saint meurt sans que rien en effet ait pu l'ébranler. L'impassibilité des martyrs au milieu des plus terribles tourments frappe et inquiète les idolâtres. A peine le bourreau arrache-t-il un frémissement à la chair. « Lorsque l'âme est toute dans le ciel, lisons-nous dans des Actes antiques, cette chair qui souffre n'est plus la nôtre; le corps reste insensible quand l'esprit est en Dieu » Ce miracle des temps anciens, les martyrs de nos jours le renouvellent. Missionnaires et néophytes reçoivent dans les angoisses de la torture une même grâce d'en-haut. Magie ! s'écriaient les vieux païens, et, pour rompre le charme qui, croyaient-ils, rendait insensible aux tourments, ils baignaient le martyr dans une eau fétide (1). Même étonnement, même croyance chez les barbares de l'Orient.

En 1856, dans la province de Kouang-si, un missionnaire français, M. Chapdelaine, était soumis à d'effroyables tourments. « Pendant ces tortures, lisons-nous dans la relation de son martyre, il ne lui arriva pas de pousser un soupir ni de proférer la moindre plainte. Le mandarin, attribuant un silence si extraordinaire à quelque art magique, fit alors, pour éloigner le charme, égorger un chien et ordonna que de son sang on aspergeât le corps du martyr; puis on continua de le frapper sans compter désormais les coups, jusqu'à ce qu'on le vît incapable de se remuer (1). »

Toutes les vexations que nous avons rencontrées dans le passé se retrouvent sans changement. « Les églises sont abattues, les morts arrachés de leurs tombeaux (2) ; on poursuit Ies fidèles d'offres et de promesses pour les faire renoncer à la foi (3) ; comme aux temps antiques, on les somme de signer des billets d'apostasie (4); une simple démonstration d'obéissance, leur dit-on, satisfera le juge, et toute liberté de croyance leur sera ensuite concédée (5). On fait venir près d'eux leurs enfants pour que la vue de ces êtres chéris brise leur courage (6); les chrétiens sont jetés en prison, exécutés avec les malfaiteurs (1), on leur refuse des aliments pendant qu'ils sont retenus captifs et, comme celle de Carthage, les Églises d'Annam, de Chine et de Corée ont leurs listes de saints morts de faim dans les prisons (2). Parmi ceux qui, malgré mille efforts pour les détourner de la foi, persistent à confesser le Christ, il en est qu'on bâillonne pour étouffer leur voix et que l'on présente à la foule comme autant d'apostats (3). Ainsi que tant de martyres des anciens jours, des femmes traînées devant le tribunal sont brutalement dépouillées de leurs vêtements et jetées dans des maisons de débauche (4) ; on viole les tombes des chrétiens, et, parmi ceux que l'on met à mort, plusieurs sont privés de la sépulture (5); puis, comme les traditions de l'avarice doivent demeurer aussi vivaces que celles de la méchanceté humaine, le bourreau demande parfois à ses victimes une somme d'argent pour les tuer d'un seul coup (6), et les païens vendent aux fidèles les restes des chrétiens égorgés (7).



1. La Salle des martyrs, p. 157 et 256 ; S. JUSTIN, Apolog. II, § 12.

2. MAMACHI, Origines et antiquit. eccl., t. II, p. 156 et 365; M. DE T Histoire de lÉglise du Japon, 1689, p. 560; Acta S.Nestorii, § 8, 10: Acta SS. Cypriani et Justinae, § 2 ; Acta SS. Fidei Caprasii, § 8 (dans Acta SS. 26 febr., 26 sept., 26 oct.).

3. La Salle des martyrs, p. 84, 312, 417. Cf. Acta S. Marcelli centurionis, § 4 ; Acta SS. Perpetuae et Felicitatis, § 17 ; Acta S. Claudii, § 2, 5 (dans RUINANT, Acta sincera, p. 100, 267, 268).

4. La Salle des martyrs, p. 248.

1. E. LE BLANT, les Persécuteurs et les Martyrs, p. 355 suiv. Cf. la Salle des martyrs, p. 367.

2. CHARLEVOIX, Histoire du Japon (édit. de 1736), t. II, p. 103 ; M. va T..., loc. cit., t. II, p. 519 ; EUSÈBE, Hist. eccl., I. VIII, c. 2 ; TERTULLIEN, Apolog., 37 ; ad Scap., III.

3. La Salle des martyrs, p, 78, 172, 255 ; Acta S. Tarachi, § 6 (dans RUINART, loc. cit., p. 441).

4. M. na T..., t. II, p. 524, 551 ; la Salle des martyrs, p. 79 ; Acta S. Agapes, § 4 (dans RUINART, Acta sincera, p. 394).

5. La Salle des martyrs, p. 295 ; EUSÈBE, Hist. eccl., I. VIII, c. 1.

6. La Salle des martyrs, p.180; Passio S. Irenei Sirmiensis, § 3 (dans RUINART, loc. cit., édit. 1689, p. 433) ; S. AUGUSTIN, Sermo 284, § 2.

1. E. LE BLANT, les Persécuteurs et les Martyrs, p. 355 suiv. Cf. la Salle des martyrs, p. 367.

2. CHARLEVOIX, Histoire du Japon (édit. de 1736), t. II, p. 103 ; M. va T..., loc. cit., t. II, p. 519 ; EUSÈBE, Hist. eccl., I. VIII, c. 2 ; TERTULLIEN, Apolog., 37 ; ad Scap., III.

3. La Salle des martyrs, p, 78, 172, 255 ; Acta S. Tarachi, § 6 (dans RUINART, loc. cit., p. 441).

4. M. na T..., t. II, p. 524, 551 ; la Salle des martyrs, p. 79 ; Acta S. Agapes, § 4 (dans RUINART, Acta sincera, p. 394).

5. La Salle des martyrs, p. 295 ; EUSÈBE, Hist. eccl., I. VIII, c. 1.

6. La Salle des martyrs, p.180; Passio S. Irenei Sirmiensis, § 3 (dans RUINART, loc. cit., édit. 1689, p. 433) ; S. AUGUSTIN, Sermo 284, § 2.

1. La Salle des martyrs, p. 124 ; Philosophumena, 1. IX, c. 2 ; EUSÈBE, De martyrib. Palaest., VI.

2. La Salle des martyrs, p. 11, 199, 450, 503; S. CYPRIEN, Epist., XXI, § 2.

3. CHARLEVOIX, Histoire du Japon (édit. 1736), t. II, p. 199; EUSÈBE, Hist. eccl., l. VIII, c. 3.

4. CHARLEVOIX, loc. cit., t. II, p. 188 ; TERTULLIEN, Apol. L. Le fait raconté par Charlevoix nous met en présence d'un acte d'héroïsme analogue à celui qu'une ancienne légende attribue à des religieuses menacées de viol. (REINAUD, Invasions des Sarrasins en France, p. 137. Cf. E. LE BLANT, Inscript. chrét. de la Gaule, t. II, n° 545, p. 301.)

5. CHARLEVOIX, loc. cit., t. II, p. 303 ; la Salle des martyrs, p. 429 ;

TERTULLIEN, Apolog. XXXVII; Ad Scapul., III ; EUSÈBE, Hist. eccl., 1. IV, c. 15.

6. La Salle des martyrs, p. 187 et 418.

7. Id., p. 8 et 109 ; Acta S. Bonifacii, § 15 (dans RUINART, loc. cit. p. 290).


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Message  Monique le Jeu 16 Juil 2020, 7:49 am

« Dans les outrages dont on accable ses enfants, le Christ a sa part d'injures. Comme les vieux païens, les Orientaux rient de ce Dieu mort dans un supplice infâme, qui n'a pu se sauver lui-même et qui, chaque jour, abandonne ses fidèles aux violences de leurs ennemis. Quel est, disent-ils, ce « Seigneur du ciel » qui laisse frapper, outrager ses statues (1)? Puis, comme si quelque mauvais génie renouvelait chez les païens de nos jours les inspirations de ceux d'autrefois, des crucifix grotesques sont publiquement exposés (2) ; on se dirait revenu au temps où la populace de Carthage (3) promenait, en blasphémant, l'effigie d'un Dieu à tête d'âne, au temps où une main sacrilège grava aux murs du Palatin l'image d'un monstre crucifié (4). »

Il serait facile de multiplier ces parallèles, mais j'ai hâte d'aborder un aspect plus grave de ces coïncidences. C'est ici un curieux chapitre de l'histoire réflexe des âmes. On y saisit sans contestation possible l'action de l'Esprit-Saint dans les âmes, et tous ces faits qui vont suivre semblent n'être que le commentaire simple et multiforme de la parole de Jésus : «On vous livrera aux juges, on vous fouettera dans les synagogues, on vous fera comparaître devant les gouverneurs et devant les rois , à cause de mon nom , afin que vous rendiez témoignage de moi devant eux. Lors donc que l'on vous mènera pour vous livrer aux magistrats, ne préméditez point ce que vous leur devez dire ; mais dites seulement ce qui vous sera inspiré sur l'heure, parce que ce ne sera pas vous qui parlerez, mais ce sera le Saint-Esprit (1). » On pourrait être tenté d'expliquer le retour de formules identiques, l'adoption d'une conduite semblable, par l'éducation donnée aux néophytes en vue des graves circonstances auxquelles on les prépare sans cesse ; il faut abandonner cet essai d'explication: indépendamment des invraisemblances psychologiques qu'elle présente, elle est en contradiction avec le jugement des missionnaires que leur expérience personnelle et leur culture intellectuelle met à même de juger avec la compétence et l'impartialité requises. Ceux-ci voient dans ces traits de ressemblance et l'effet d'un mouvement spontané plutôt que le fruit d'un ressouvenir. La forme orientale que présentent d'ordinaire les paroles des martyrs de l'Indo-Chine et de la Corée leur en paraît un sûr garant. Ces réponses, que l'on croirait calquées sur celles des saints des premiers siècles, et qui rappellent à chaque instant quelques traits des combats antiques, ne sont puisés, disent-ils, ni dans les instructions ni dans les livres. Les nouveaux soldats de Jésus-Christ ne les ont trouvées que dans leurs coeurs. L'inspiration des saints de tous les temps est une, comme l'est leur volonté de vaincre, et si, des sphères célestes où elles habitent, les victimes d'autrefois abaissent leurs regards sur les dignes continuateurs de leur oeuvre, elles peuvent s'écrier avec l'Apôtre : « Il n'est « pour les chrétiens qu'un même esprit, comme il n'est qu'une même espérance (1). »



1. La Salle des martyrs, p. 89 ; Pamphlets chinois contre les chrétiens ; EUSÈBE, Hist. eccl., l. V, c. 1.

2. Vie et correspondance de Théophane Vénard, prêtre de la Société des Missions étrangères, décapité pour la foi (Paris, 1864, in-12), p. 290.

3. TERTULLIEN, Apolog., XVI ; R. CARRUCCI, Il Crocifisso graffita in casa dei Cesari (Roma, 1857).

4. E. LE BLANT, loc. cit. p. 357-359.

1. Marc, XIII, 9, 11 (traduction da P. Amelotte, Carpentras, 1790).

1. E. Le BLANT, loc. cit., p. 350-361.


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Message  Monique le Ven 17 Juil 2020, 8:10 am

C'est parmi les chrétiens la même discipline que dans la primitive Église. Il est interdit d'affronter le martyre par une sorte de bravade héroïque que la grâce n'inspire pas ; aussi voit-on les chrétiens se résigner à une attitude aussi douloureuse pour leur honneur que pour leur bien-être; ils prennent la fuite. La situation de ces exilés volontaires était digne de pitié jadis. Beaucoup tombèrent aux mains des Bédouins, des Sarrasins, et disparurent pour toujours. On vivait à la belle étoile, pourchassé, exténué, affamé. Trois chrétiennes s'étaient enfuies dans les montagnes; elles furent plus tard arrêtées et interrogées :

« Où vous êtes-vous cachées ?

« Où Dieu a voulu. Dieu sait que nous avons vécu dans les montagnes, en plein air .

« Qui vous fournissait du pain ?

« Dieu, qui donne à tous la nourriture (2). »


Un missionnaire mort pour la foi écrivait : « Nos pauvres chrétiens sont toujours sur le qui-vive ; ils ne veulent pas fouler aux pieds la croix, et, pour éviter ce malheur, ils préfèrent s'enfuir, hommes, femmes, enfants, se cachant dans les rizières et demeurant des journées, des nuits entières à demi couchés dans l'eau et dans la boue.

« Parfois on en a rapporté quelques-uns à demi morts de froid et de faim (3). »




2. Acta SS. Agapes, Chioniae, Irenes, § 5 (dans RUINART, loc. cit., p. 423).

3. Vie de Th. Vénard, p. 295 ; Vie de P, Dumoulin-Borie, p. 240 ; la Salle des martyrs, p. 228.


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Message  Monique le Sam 18 Juil 2020, 8:14 am

Vivant sous la menace perpétuelle de la persécution, on voit des chrétiens renouveler le conseil donné par Tertullien à celui qui veut s'accoutumer par une longue vie d'austérités à l'angoisse de la prison et à l'assaut de la torture (1). Le Père Charlevoix raconte à ce propos l'acte d'héroïsme d'une jeune Japonaise : « Sa sœur l'ayant un jour aperçue qui prenait entre ses mains un fer tout rouge de feu, et lui en ayant demandé la raison, elle répondit qu'elle se disposait au martyre ; qu'elle était déjà venue à bout de vaincre la faim et qu'elle espérait en faire autant du feu (2). »

Comme dans l'Eglise naissante, ceux qui ont été condamnés sont un objet d'envie pour les fidèles restés libres; la prison est assiégée, la dernière conduite ressemble à une marche triomphale, on s'empresse autour de la victime, on se recommande à elle. « Souviens-toi de nous quand tu seras au ciel », lui dit-on, comme jadis aux confesseurs de la Palestine et de Tarragone (3). La même clameur s'élève à Carthage en 258, au Su-Tchuen, en 1815 autour de l'évêque qu'on va tuer : « Nous voulons mourir avec lui » (4), crie la foule.



1. TERTULLIEN, De jejunio, c. 12.

2. CHARLEVOIX, Histoire du Japon (édit. de 1736), t. II, p. 239.

3. CHARLEVOIX, loc. cit., t. II, p. 238 ; la Salle des martyrs, p. 156, 175 ; EUSÈBE, Mart. Palaest., VII ; Acta S. Fructuosi, § 3 (dans RUINART, loc. cit., p. 221).

4. La Salle des martyrs, p. 97 ; Acta S. Cypriani, § 5 (dans Rui-HART, Acta sincera, p. 218).


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Message  Monique le Dim 19 Juil 2020, 7:39 am

Tous apportent le même entrain à mourir. A Carthage, le 17 juillet 180, le proconsul Saturninus dit aux chrétiens prisonniers venus de Scilli : « Voulez-vous un délai pour réfléchir ? Dans une cause si juste, répond leur chef, il n'y a pas lieu de réfléchir (1). »

En Chine, on offre à Jérôme Loâ et à Lucie Y un délai ; la femme répond : « Mon dernier mot est dit, inutile d'attendre, tuez-moi tout de suite (2). » Le seul délai qu'ils acceptent est un instant de répit pour prier avant de recevoir la mort (3). Quelquefois, trop souvent même, l'apostasie vient contrister les fidèles ; mais il n'est pas rare que, ressaisi par la grâce, le malheureux revienne braver le juge qui a, un instant, triomphé de la nature. Nous le voyons à Lyon (4), à Carthage (5), et nous le retrouvons de nos jours en Indo-Chine, où un enfant de quatorze ans, après avoir obtenu l'absolution du prêtre, se présente au mandarin et lui dit : « Tu as abusé de ma faiblesse ; mais mon coeur s'est relevé par la prière ; je suis chrétien et je te défie. »

On fit coucher l'enfant et on amena un éléphant qui lui écrasa la tête (6).

Les prisons offrent le même spectacle horrible et consolant. Dans ces réduits infects, il se trouve néanmoins des confesseurs qui ajoutent volontairement à leurs souffrances, comme cet Alcibiade qui, à Lyon, sous Marc-Aurèle, se réduisait à un peu de pain et d'eau (7). De même au Tong-King, en 1839, deux prêtres indigènes, André Lac, dont j'ai déjà parlé (8), et Pierre Thi, « trouvaient que les rigueurs de la prison n'étaient pas encore assez grandes pour se préparer à la grâce du martyre, et ils y ajoutaient des jeûnes si fréquents, si rigoureux que M. Jeantet, missionnaire français, qui prenait soin d'eux, dut leur écrire pour les exhorter à ménager leurs forces pour le jour du combat ; mais ces généreux athlètes n'en continuèrent pas moins leur genre de vie jusqu'à la fin (1). » Pour les uns comme pour les autres, la prière est le secours qui fortifie ; mais on ne peut entreprendre de comparer des formules, des interjections nécessairement semblables puisqu'elles sont si souvent inspirées par une source liturgique traditionnelle.




1. Acta SS. Scillitanorum (dans RUINART, loc. cit., p. 87). Cf. Acta S. Pionii, Acta S. Nicandri, ibid., p. 150-552.

2. La Salle des martyrs, p. 381-430.

3. Ibid., p. 118-121 ; EUSÈBE, de Mart. Palaest., VIII.

4. EUSÈBE, Hist. eccl., l. V, c. I.

5. S. AUGUSTIN, Sermo 35, in natali Casti et Aemilii, § 3.

6. Vie de Th. Vénard, p. 277.

7. EUSÈBE, Hist. eccl., l. V, c. 3 ; Acta SS. Jacobi et Mariani, § 8 (dans RUINART, Acta sincera, p.226).

8. Voyez, p. CLXIX.

1. La Salle des martyrs, p. 248.


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Message  Monique le Lun 20 Juil 2020, 7:18 am

Pendant la torture, on entend presque toujours ce sarcasme : « Eh bien !, où est ton Dieu? pourquoi ne t'aide-t-il pas ? » Le gouverneur de Cilicie dit à Tarachus : « Où est donc ton Dieu protecteur ?  Il m'assiste, répond le saint, puisqu'il me donne la constance et la force de te résister (2). » Saint Thyrse à Apamée, saint Conon à Icône, répondent de même, et au Su-Tchuen, lorsqu'un juge dit à un prêtre qu'il fait bâtonner : « Eh bien ! est-ce que ton Christ ne te protège pas ?  Il protège mon âme, répond le martyr, en m'accordant la force de te résister et de souffrir (3). »

Les femmes ont aussi leurs inspirations héroïques. A Kouy-Tchéou, on s'empare d'une vierge : « Abjure et marie-toi, ou meurs, dit le mandarin.  Non, non, dix mille fois non ! » dit-elle, et on lui coupe la tête. Ce fut ainsi, dit-on, que mourut sainte Agnès, sommée d'accepter un époux (1). Une vierge, Lucie Y, est dépouillée de ses vêtements sur l'ordre du mandarin, et s'écrie : « Vous ne respectez même pas le sexe qui vous a donné le jour ! Est-ce que vous n'avez pas une mère (2) ? »

A Egée, en Cilicie, sous Maximin, le président Lysias fit comparaître Théonilla, et dit : « Suspendez-la par les cheveux et souffletez-la.  Ne te suffit-il pas, répond la sainte, de m'avoir exposée nue ? Ce n'est pas moi seule, c'est ta mère, c'est ta femme que tu as couvertes de confusion en ma personne. Nous avons reçu toutes la même nature que tu déshonores (3). » Les Actes de sainte Perpétue nous fournissent un trait que nous retrouvons à notre époque. Lorsque la matrone eut été lancée en l'air par la vache furieuse, elle retomba étourdie et s'aperçut, en reprenant ses sens, que son vêtement déchiré découvrait ses jambes ; aussitôt elle le rapprocha, « plus attentive à la pudeur qu'à la douleur » (4). Le Père Charlevoix raconte qu'en 1624 une chrétienne, liée sans vêtement à un arbre et exposée longtemps ainsi, trouva la sauvage énergie de s'écorcher en se frottant contre l'écorce jusqu'à ce que le sang de ses plaies eût voilé sa nudité, plus soucieuse, elle aussi, de la pudeur que de la souffrance (5).




2. Acta S. Tarachi, § 2 (dans RUINART, Acta sincera, p. 425, 426). Voy. Acta S. Thyrsi, § 8,
Acta S. Cononis, § 5 (dans Acta Sanct., 28 janv. et 29 mai).

3. La Salle des martyrs, p.89.

1. La Salle des martyrs, p. 430 ; MAMACHI. Origines et Antiquitates

christianae, t. II, p. 405.

2. La Salle des martyrs, p. 431.

3. Acta SS. Claudii, Asterii et aliorum (dans RUINART, loc. cit., p. 279).

4. Passio SS. Perpetuae et Felicitatis, § 20 (dans RUINART, loc. cit., p. 101).

5. CHARLEVOIX, loc. cit., t. II; p. 304.


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Message  Monique le Mar 21 Juil 2020, 7:38 am

« La sentence capitale prononcée, le chrétien, marchant à la mort, va suivre la voie glorieuse qu'ont parcourue les héros des temps antiques. Extase qui ouvre par avance le royaume du ciel, force d'enseigner jusqu'à la dernière heure, reconnaissance pour le bourreau, dons offerts à cet homme dont le bras va procurer le bonheur éternel, joie d'avoir pu résister aux souffrances, d'avoir conquis la mort, énergie puisée dans le viatique, visage éclatant d'allégresse, consolations prodiguées à ceux qui vont survivre, toutes ces marques d'un courage, d'une foi inébranlable qui nous étonnent dans les récits d'autrefois, reparaissent chez les nouveaux martyrs (1). Pour eux, comme pour ceux des premiers siècles, c'est un honneur, c'est une joie s'ils peuvent rencontrer dans leur passion quelque trait qui rappelle celle du Christ. En 1602, une grande dame japonaise, condamnée à mourir, « demanda en grâce qu'on la clouât sur la croix, pour être, disait-elle, plus semblable à son divin Sauveur » (2).

« L'histoire des combats de l'Eglise primitive présente un trait digne de remarque, bien qu'il semble être resté inaperçu. Les sentences capitales par lesquelles les païens voulaient flétrir les chrétiens condamnés, devenaient pour les soldats du Christ d'incomparables titres d'honneur. » Qu'il montre donc, s'écriait saint Denys d'Alexandrie parlant d'un jaloux de sa gloire, qu'il montre donc ainsi que moi les jugements qui l'ont frappé ; qu'il nous dise ses biens vendus, la perte de sa dignité en ce monde, toutes ces peines que j'ai subies sous Décius, par l'ordre des magistrats (1) » C'est aussi le souvenir d'un jugement prononcé contre lui comme chef des fidèles qu'invoque saint Cyprien, méchamment attaqué. « Ce n'est point, dit-il, que ma condamnation me donne de l'orgueil ; mais je m'afflige de voir mépriser, malgré la loi divine, l'homme auquel les païens eux-mêmes ont donné le titre d'évêque (2). »

Plus tard, lorsque l'illustre martyr est condamné, c'est le sacrilège, l'ennemi des dieux, le porte-enseigne des rebelles que l'on frappe, pour servir d'exemple ; son sang versé, ajoute le proconsul, affermira le respect de la loi. « Sentence glorieuse et digne d'un tel évêque, écrit le diacre Pontius, paroles divines, bien qu'elles viennent d'un païen (3). »

S'il est quelqu'un auquel ces souvenirs des siècles passés aient dû demeurer inconnus, c'est à coup sûr un pauvre fidèle de la Cochinchine, Matthieu Gâm, qui, arrêté avec deux missionnaires, fut condamné à périr. « Le chrétien, disait la sentence, a introduit des ministres de la religion d'Europe. Il ne veut pas renoncer à sa croyance. Le roi ordonne qu'il ait la tête tranchée. » Pendant qu'on le menait au supplice, Matthieu Gâm remarque que le crieur chargé, suivant l'usage, de proclamer la sentence, ne la lisait qu'à voix basse : « Parle haut, lui dit-il, pour que tout le monde t'entende (4) ! »



1. Acta S. Perpet., § 20 ; Acta S. Nestorii, § 10 ; Acta S. Cypriani, § 5 ; Acta S. Maximiliani, § 3 ; Acta S. Jacobi, § 9. La Salle des martyrs, p. 121.

2. CHARLEVOIX, loc. cit., t. II. p. 92. La Salle des martyrs, p. 124, 262, 322 ; Passio S. Perpetuae, § 18 ; Passio S. Montani, § 22 ; EUSÈBE, Hist. eccl., l. VI, c. 41 ; S. AUGUSTIN, Epist. LVII, Hilariano, § 36.

1. EUSÈBE, Hist. eccl., l. VII, c. 11.

2. Epist. LXIX, ad Florentium, § 4.

3. PONTES, Vita S. Cypriani, § 17.

4. La Salle des martyrs, p. 322.


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Message  Monique le Mer 22 Juil 2020, 8:01 am

L'âme des grands évêques d'autrefois, Denys, Cyprien, était passée en ce moment dans le cœur de l'humble fidèle. La sentence d'ignominie qu'avaient voulu dicter les idolâtres devenait un titre de gloire qu'on ne pouvait trop hautement faire entendre (1). »

Saint Denys d'Alexandrie, dont je viens de rappeler le nom, se trouvant devant le juge, lui répondit : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes », et il raconta plus tard que ce mot lui était venu de lui-même à la bouche (2). On trouve de nos jours des martyrs qui ont eu aussi conscience de leur inspiration devant le tribunal. «Dans mes interrogatoires, écrivait M. Bonnard, j'ai éprouvé d'une manière très visible l'efficacité des paroles de Jésus-Christ à ses disciples : «Ne vous inquiétez pas « de ce que vous répondrez aux princes de ce monde ; « l'Esprit-Saint répondra par votre bouche. » En effet, je n'éprouvais devant le mandarin aucun étonnement, aucune crainte ; jamais je n'ai parlé annamite ni mieux ni si facilement (3). »

Je ne pousserai pas plus loin ces rapprochements ; tels quels, ils suffisent à mon dessein et jettent un jour très vif sur le sujet ; ce recueil devant servir, quand il sera achevé, à une démonstration par les faits de la divinité du christianisme.



1. E. LE BLANT, loc. cit., p. 368-370.

2. EUSÈBE, Hist. eccl., l. VII, c. 11.

3. La Salle des martyrs, p. 343.


A SUIVRE... III DE QUELQUES SUPPLICES ET DE LEUR REPRÉSENTATION DANS L'ANTIQUITÉ
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Message  Monique le Jeu 23 Juil 2020, 7:35 am

III DE QUELQUES SUPPLICES ET DE LEUR REPRÉSENTATION DANS L'ANTIQUITÉ



L'origine du culte rendu aux saints a été primitivement l'anniversaire d'un martyr indigène. Le souvenir se gardait dans l'église particulière qui célébrait le héros, ses actes étaient lus et sa mémoire conservée comme un bien patrimonial. Cependant quelques personnages jouissaient d'honneurs moins restreints, par exemple les papes de Rome ; mais les anciens ne paraissent pas avoir songé à les glorifier au moyen des arts plastiques. Les monuments que l'antiquité nous a laissés et qui représentent les scènes de martyre sont extrêmement rares, quoique les œuvres de l'art primitif des chrétiens dans ses diverses manifestations nous soient parvenues en assez grand nombre : fresques, statues, graffites, bas-reliefs, médailles, pierres gravées, terre cuite, etc.; etc. Les catacombes de Rome, de Naples, de Syracuse, d'Alexandrie, de Meli, quelques chambres sépulcrales, des hypogées, nous ont rendu plusieurs fresques d'un intérêt d'autant plus vif que l'antiquité profane est à peine mieux partagée, eu égard aux facilités incomparablement plus grandes qu'elle avait de donner à ses décorations le nombre et la solidité qui en eussent garanti la conservation, au moins en quantité et en qualité suffisantes pour en tirer une doctrine archéologique (1).

Un trait caractéristique des œuvres d'art de toute nature de cette époque est une répugnance systématique pour la représentation des scènes de martyre. On peut citer deux lampes en terre cuite représentant un homme livré au lion (2); dans la plus récemment découverte , on voit en outre un venator , l'épée à la main, debout auprès du supplicié. Un médaillon également en terre cuite offre une scène très curieuse, mais qui n'a, je dois le dire, aucune intention symbolique du martyre. On y voit représenté l'appareil du supplice auquel est condamné l'Amour incendiaire. Le coupable est debout sur une estrade et attaché au poteau. Un autre Amour, représentant un valet du cirque, ouvre la fosse cavea d'où les bêtes féroces doivent s'élancer sur leur proie ; mais la trappe du repaire donne passage seulement à deux colombes (3). Une médaille de plomb représente saint Laurent brûlant sur un gril (4).


1. Je m'occuperai ici principalement des peintures. Cf. BURGONS Letters from Rome ; NORTHGOTE, Roma sotterranea ; LEFORT, Chronologie des peintures des catacombes romaines, 1885 ; P. ALLARD, dans les Lettres chrétiennes, 1881-82, p. 278 ; E. LE BLANT, les Persécuteurs et les Martyrs, ch. XXIV : De quelques monuments antiques relatifs à la suite des affaires criminelles. Voir l'énumération de ces monuments dans D. CABROL, Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, au mot : Actes des martyrs.

2. DE ROSSI, Bullettino di arch. crist., 1879, p. 21 et pl. III, et Mélanges de Rossi, p. 243. Voir le frontispice de notre tome Ier.

3. LAFAYE, Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'Ecole française de Borne, 1890, p. 59.

4. VETTORI, Dissertatio philologica. Cf. DE ROSSI, Bull. di arch. crist., 1869, p. 50 et pl. Cf. Liber Pontificalis, XXIV ; P. ALLARD, les Dernières Persécutions du IIIe siècle (Paris, 1897, in-8°), p. 333, note 1.


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Message  Monique le Sam 25 Juil 2020, 8:48 am

Un sarcophage de la Gaule montre l'arrestation de plusieurs personnages ; l'un d'entre eux, qui paraît être saint Paul, est tenu par un gardien, probablement un frumentaire prétorien (1) . Une fresque du cimetière de Calliste représente, croit-on, un martyr debout comparaissant devant le juge qui l'interroge(2). Mais cette attribution est contestée pour de bonnes raisons ; cependant on ne peut omettre de rappeler que M. de Rossi voyait, dans cette fresque et sa réplique de l'autre côté de l'arcosolium, le jugement des martyrs Partenius et Calocerus ; le Père Garrucci alla même jusqu'à reconnaître l'empereur Néron. Dans la basilique semi-souterraine du cimetière de Domitille on trouva deux colonnes sculptées sur chacune desquelles se voyait la décapitation d'un martyr. L'une d'elles est entière et on y lit en lettres du vie siècle : ACILLEVS (3).

Une intaille antérieure au règne de Théodose représente une chrétienne agenouillée et les mains jointes. Un bourreau lève sur elle son épée ; en exergue les lettres ANFT, peut-être : Anima Fortis  Ame forte (4). Une pierre trouvée en Andalousie représente des mineurs conduits au travail, et on croit y voir des condamnés chrétiens (5). Une fresque du Celius montre trois chrétiens condamnés à mort, à genoux et les yeux bandés ; derrière eux on voit les jambes d'un personnage qui ne peut être que l'exécuteur (1). Un verre gravé représente un jeune chrétien forçat, la corde au cou et le front marqué (2). Enfin, une pierre gnostique représente la crucifixion (3). Je pourrais ajouter à cette énumération les nombreuses représentations de sujets bibliques et principalement Abraham, les trois Hébreux, le jugement de Salomon, la mort d'Isaïe ; je me bornerai à signaler un sarcophage représentant Simon le Cyrénéen portant la croix et je rappellerai deux textes importants. Dans l'un d'eux saint Astère décrit un tombeau placé à Chalcédoine près du tombeau de sainte Euphémie, et qui retraçait les phases diverses du martyre. La sainte est vêtue d'une étoffe de couleur sombre et porte le pallium des philosophes. Son visage est joyeux et candide. Deux soldats la mènent devant le juge, l'un la traînant, l'autre la poussant. Dans le même tableau on voyait, à un autre plan, les bourreaux, vêtus d'une légère tunique, torturant la sainte pour la faire abjurer, et Euphémie, les bras en croix, priant au milieu d'un bûcher en flammes (4). Prudence parle avec admiration de la décoration qui rehaussait le tombeau de saint Hippolyte (5) : « Cette petite chapelle, dit-il, qui contient le vêtement périssable qu'a rejeté son âme, resplendit d'argent massif. Des mains riches et généreuses ont revêtu ses murs d'une surface brillante comme un miroir. Non contentes d'en avoir garni l'entrée de marbres de Paros, elles ont dépensé des sommes considérables pour les orner. »



1. E. LE BLANT, les Sarcophages chrétiens de la Gaule (Paris, 1886, in-folio), pl. XI.

2. DE ROSSI, Roma sotterranea cristiana (Roma, 1867, in-folio), t. II,

pl. XXI.

3. DE ROSSI, Bull. di arch. crist., 1875, p. 7, 10 et pl. IV.

4. KING, Antiq. Gems. (London, 1960, in-8°), p. 352. Voir le frontispice de notre tome III.

5. A. DAUBRÉE, Bas-relief trouvé à Linarès, dans la Revue archéologique (1882), p. 192 et 1903, avril. Voir le frontispice de notre tome II.

1. GERMANO DI SAN STANISLAO, Ausgrabungen im Hause der Martyrer Johannes und Paulus, dans la Römische Quartalschrift, 1888, et P. ALLARD, Polyeucte (édit. Marne, 1889).

2. DE ROSSI, Bullett. di arch. crist., VI, 1868, p. 25. Cf. dans ce volume la Note sur les chrétiens condamnés aux mines. Voir le frontispice de notre tome V. J'ai décrit ces monuments en détail dans le Dict d'Arch. et de Liturg. au mot Actes des Martyrs.

3. A. DE LONGPÉRIER, Pierre gravée basilidienne représentant le Christ en croix, dans Bull. de la Soc. des Antiq. de France, 1867, p. 111, fig.

4. COMBEFIS, Graeco-latinae Patrum bibliothecae novum Auctarium, p. 210.

5. PRUDENCE, Peri Stephanôn, XI, 183-188. Cf. P. ALLARD, les Dernières Persécutions du IIIe siècle (Paris, 1887), in-8°, p. 328.


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Message  Monique le Lun 27 Juil 2020, 8:39 am

« La muraille peinte nous offre, dit encore Prudence (1), retracé par des couleurs, le tableau de ce martyre. On le voit représenté au-dessus du tombeau : ses ombres transparentes donnent une apparence de vie à l'image de cet homme entraîné, les membres déchirés. J'ai vu les pointes ruisselantes des rochers, et les broussailles teintes de pourpre. Une main savante, en peignant les verts buissons, y avait figuré, avec de la couleur rouge, des taches de sang. On pouvait voir, dispersés çà et là, les membres rompus du martyr. Le peintre avait représenté ses amis qui suivaient, en pleurant, les sentiers tortueux tracés par une course désordonnée. Désolés et surpris, ils allaient, les regards attentifs, et recueillaient dans les plis de leurs vêtements les lambeaux d'entrailles. Celui-ci embrasse la tête blanchie du vénérable vieillard et l'emporte dans son sein ; celui-là ramasse ses mains coupées, ses bras, ses genoux, les fragments dépouillés de ses jambes. On étanche avec des linges le sang que les sables ont bu, afin que cette rosée ne demeure pas dans l'impure poussière; si quelques gouttes ont rejailli sur les broussailles, une éponge pressée les recueille toutes. L'épaisse forêt ne garde plus rien du corps sacré, que l'on a pu enterrer tout entier (2). » On peut noter encore : à Imola, une fresque représentant le martyre de Cassien (1) ; à Constantinople, une fresque et une mosaïque représentant le martyre de saint Théodore (2) ; enfin rappelons que saint Basile invitait les peintres à représenter le martyre de saint Balaam (3).

Cette liste pourrait recevoir des accroissements, et il est fort probable que l'archéologie viendra ajouter de nouveaux sujets. Tous les monuments qui viennent d'être énumérés n'appartiennent pas à la même époque ; ils sont échelonnés entre la fin du ne siècle et celle du ive, plus nombreux incontestablement à partir de la paix de l'Église. On a vu dans ce fait un indice ou une confirmation d'une loi, dont il ne reste d'ailleurs aucune trace écrite, interdisant pendant l'époque des persécutions la représentation de sujets horribles empruntés à la torture et à la mort des martyrs, afin de ne pas mettre à l'épreuve la jeune vaillance des catéchumènes et des néophytes. C'est toujours une chose grave que de conclure de l'absence d'un phénomène à l'existence de lois, et je ne sais si ce n'est pas bien s'aventurer de dire qu'il était interdit aux artistes chrétiens de montrer à la foule les scènes de la Passion postérieures à la comparution devant Pilate (1); est-il plus admissible que « les sentiments d'allégresse spirituelle qui dominaient les âmes [des chrétiens] faisaient écarter toute figuration d'un aspect affligeant et lugubre (2)? »

Je ferai observer d'abord qu'il eût été d'une bien étrange psychologie d'agir de la sorte. « Le martyre étant l'état naturel du chrétien », au dire de Tertullien, et la préparation de l'âme et du corps à cette suprême épreuve faisant l'objet des préoccupations des chefs de l'Église, on ne peut s'expliquer la rai-son de cette lacune préméditée à l'endroit d'un des moyens les plus efficaces de préparation. N'importait-il pas souverainement d'habituer les âmes un peu timides au spectacle troublant qui formait l'introduction et l'appareil obligé du martyre (3) ? Sans doute les hommes de ce temps étaient singulièrement blasés sur des représentations dont ils pouvaient contempler plusieurs fois l'année l'effrayante réalité ; mais les chrétiens évitaient sys tématiquement d'assister à ces fêtes païennes et à ces tueries qui eussent accoutumé leur regard à des horreurs qu'on allait renouveler, et cette fois, sur leur personne (4). En outre, la loi ne se vérifie pas en ce qui concerne la Passion du Christ. Il est assurément difficile de s'expliquer que les chrétiens aient évité de représenter la Croix de leur Maître dans des lieux qu'eux seuls fréquentaient, alors qu'ils s'attendrissaient devant la jeune Blandine attachée au poteau, les bras étendus, sorte de Christ vivant sous leurs yeux (1); qu'ils se réjouissaient, comme Perpétue et ses compagnons, de recevoir la flagellation « qui les faisait ressembler au Christ (2), » ou comme Flavien, qui observait que la pluie qui tombait au moment où on allait lui couper la tête renouvellerait le souvenir de la Passion par le mélange d'eau et de sang (3).



1. PRUDENCE, loc.cit. XI, 123-152

2. Cf. P. ALLARD, loc. cit. p. 334 suiv. ; DÖLLINGER, Hippolytus und Callistus (Regensburg, 1853, in-8°), p. 57; F. X. KRAUS, Real Encyclopädie der christlichen Alterthümer, art. Hippolytus, t. I, p. 659.660 ; E. MUNTZ, Etudes sur I'histoire de la peinture et de l'iconographie chrétiennes (Paris, in-8°), p. 17 ; C. DE SMEDT, Dissertationes selectae in primam aetatem historiae ecclesiasticae, p. 136, note ; DE ROSSI, Bullettino, 1872, p. 72.

1. PRUDENCE, Peri Stephanôn, IX, 9 suiv.

2. GRÉGOIRE DE NYSSE, Oratio de magno martyre Theodoro.

3. S. BASILE, Homilia XIX. Cf. P. ALLARD, les Représentations de martyres dans l'ancien art chrétien, dans la Science catholique, t. II (1888), p. 184 suiv. LE MÊME, l'Art païen sous les empereurs chrétiens (Paris, 1879), et E. MUNTZ, dans Journal des Savants, octobre 1887.

1. PRUDENCE, loc.cit. XI, 123-152

2. Cf. P. ALLARD, loc. cit. p. 334 suiv. ; DÖLLINGER, Hippolytus und Callistus (Regensburg, 1853, in-8°), p. 57; F. X. KRAUS, Real Encyclopädie der christlichen Alterthümer, art. Hippolytus, t. I, p. 659.660 ; E. MUNTZ, Etudes sur I'histoire de la peinture et de l'iconographie chrétiennes (Paris, in-8°), p. 17 ; C. DE SMEDT, Dissertationes selectae in primam aetatem historiae ecclesiasticae, p. 136, note ; DE ROSSI, Bullettino, 1872, p. 72.

1. PRUDENCE, Peri Stephanôn, IX, 9 suiv.

2. GRÉGOIRE DE NYSSE, Oratio de magno martyre Theodoro.

3. S. BASILE, Homilia XIX. Cf. P. ALLARD, les Représentations de martyres dans l'ancien art chrétien, dans la Science catholique, t. II (1888), p. 184 suiv. LE MÊME, l'Art païen sous les empereurs chrétiens (Paris, 1879), et E. MUNTZ, dans Journal des Savants, octobre 1887.

1. E. LE BLANT, Inscriptions chrétiennes de la Gaule (Paris, 1856-65. in-4°), t. I, p. 156 ; Journal des Savants, oct. 1879, p. 636.

2. E. LE BLANT, les Persécuteurs et les Martyrs (Paris, 1893, in-8°), p. 281.

3. S. CYPRIEN, Epist. I, ad Donatum, § 10 ; PS.-CHRYSOSTOME, Opus imperfectum in Matthaeum, homil. XLIV, in cap. XXV (édit. Mont-faucon, t. VI, col. 224).

4. TAINE, De l'Intelligence (8e édition, 1897), t. I, p. 400. e En 1815, M. de Lavalette, mis en prison et condamné à mort, se fit raconter tous les détails du supplice, la toilette, etc ,.

1. EUSÈBE, Hist. eccl., l. V, c. 1.

2. Passio SS. Perpetuae et Felicitatis, § 18.

3. Acta SS. Montani, Lucii et ciborium § 22.


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TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ - Page 4 Empty Re: TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

Message  Monique le Mar 28 Juil 2020, 10:59 am

Les scènes sanglantes de la Passion ne leur causaient donc pas cet embarras que l'on a cru observer : la flagellation, le crucifiement, le coup de lance étaient, s'il m'est permis d'employer cette expression, une glorieuse matière à des tableaux vivants, ce qui n'aide pas à comprendre qu'on s'abstînt obstinément de simuler en peinture des souvenirs qu'on reproduisait au vif. La loi restrictive portée contre ce genre de représentations ne nous est parvenue dans aucun texte, ni par voie d'allusion chez aucun auteur, et, si loi il y a, elle ne paraît pas avoir été très rigoureusement observée. En effet, un sarcophage romain, conservé au musée de Latran (4), représente le couronnement d'épines et la croix portée au Calvaire; il est vrai qu'on fait observer que la couronne d'épines est transformée en une couronne de fleurs, ce qui peut avoir un sens mystique, mais non pas la portée d'un conftrmatur sur un canon disciplinaire absent ; en outre, ce n'est pas Jésus, mais Simon de Cyrène, qui porte la croix, et nous avons donc une des scènes de la Passion rigoureusement rendue et sans altération ni symbolisme (1). On cite en outre une fresque de la catacombe de Prétextat (2) qui représente aussi le couronnement d'épines (3). Un dernier trait me paraît pouvoir être invoqué, quoique avec réserve. Le crucifix blasphématoire du Palatin (4) le que soit la main qui l'ait tracé, celle d'un page païen ou d'un apostat, fournit une présomption en faveur de l'opinion que nous soutenons. Le chrétien Alexamène, qui est représenté dans l'attitude d'orant, se trouve en face d'un crucifix qu'il vénère ; voici le fait brutal (5) u sujet duquel on peut se demander si la main qui a tracé cette image improvisait le sujet ou reproduisait de mémoire en la déformant une semblable représentation vue chez les chrétiens. Enfin, en ce qui concerne le martyre des fidèles, cette opinion me paraît formellement contredite par plusieurs des monuments que j'ai énumérés. Les terres cuites représentant le condamné livré au lion sont irréductibles à la loi que l'on invoque, si, comme c'est possible, elles sont de fabrication chrétienne (1).

Je serais assez disposé à penser que l'abstention des artistes chrétiens touchant les sujets lugubres tient à un autre motif. Les sources principales de notre information sont italiennes, c'est-à-dire, pendant les trois premiers siècles de notre ère, gréco-latines et plus grecques que latines, et l'art des catacombes s'en ressent. On ne saurait dire qu'il soit apparenté à l'art grec pour cette raison qu'on n'institue pas une comparaison sur des fragments ; néanmoins on ne se figure pas qu'il ne le soit pas par l'inspiration et l'expression ; et le très petit nombre de sujets tristes serait une première invitation à juger de la sorte. L'art des catacombes rappelle dans une certaine mesure l'école alexandrine de peinture : c'est le même goût parce que ce sont les mêmes hommes, partant les mêmes caractères : græculi ; les décorateurs du cubicule d'Ampliatus ont pu fort bien, avant leur conversion, décorer la villa de Tibur. Ce qui est caractéristique du type grec se retrouve dans les oeuvres de goût qu'il influence. Rien d'énorme ; une nature précise, délicate, baignée dans une atmosphère transparente ; la vie et le geste sobres, la religion riante, la destinée aimable et douce. Les productions de l'art reproduisent cette conception ; nulle tristesse ; la religion est une fête dont les spectacles variés jouent dans la vie sociale un rôle considérable. La mort elle-même, si triste pour eux, cette mort sans réveil ils la taisent, et ils s'efforcent d'orner le réduit funèbre de vives couleurs et de perspectives agréables, au lieu d'y représenter les scènes macabres de la vie des ombres comme ont fait les Égyptiens. La relation entre le nombre de représentations lugubres chez les artistes grecs et alexandrins et chez les artistes chrétiens pourrait seule fournir un argument positif; mais, en l'état des découvertes archéologiques, on né saurait rien entreprendre sur ce terrain. Je n'ai pas voulu préjuger des conclusions qu'elles autoriseraient ; j'ai simplement récusé une explication trop radicale à mon sens, trop dépourvue de preuves. Ceci m'amène à relever quelques traits dispersés, soit dans les monuments figurés, soit dans les monuments écrits, sur les supplices infligés aux martyrs.


4. ROLLER, les Catacombes de Rome, pl. LXXXVII, 2 ; NORTHCOTE and BROWNLOW, Christian Art, p. 253, fig. 102.

1. E. LE BLANT, Sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles (Paris, 1878, in-folio), p. 18.

2. L. PERRET, les Catacombes de Rome (Paris, 1852, in-folio), t. I. pl. LXXX.

3. R. GARRUCCi, Storia dell' arte cristiana (Prato, 1873, in-folio), t. II, p. 46, pense qu'il y a erreur et que cette fresque représente le baptême du Christ. L. LEFORT, Études sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne en Italie, p. 22-23, maintient dans son classement la désignation : « le couronnement d'épines » à laquelle il avait renoncé dans sa Chronologie des peintures des catacombes romaines. Cf. NORTHCOTE and BROWNLOW, Christian Art, p. 146, fig. 36, et DE ROSSI Bullettino, 1872, p. 64. A. DE LONGPÉRIER, Pierre gravée basilidienne représentant le Christ en croix dans Bull. de la Soc. des Antiq., 1867, p.111.

4. R. GARRUCCI, Un crocifisso graffito de mano pagana nella casa dei Cesari sul Palatino (Roma, 1856). Cf. KRAUS, Des Spott-crucifix vom Palatin, Wien, 1869, traduction C. DE LINAS (Arras, 1870), et Comptes rendus de l'Acad. des inscr. 1870, p. 32-36. J. BARD, Recherches sur les premières représentations du crucifix et les premières peintures hiératiques, dans Bull. monum. (1844), t. X, p. 130-135. P. ALLARD, dans la Science catholique, 1887, p. 459. G. CONTESTIN, la Croix et le Crucifix, dans la Controverse, mars 1887, p. 386-404, et avril 1887, p. 521-556.

5. Peut-être y verrait-on avec quelque fondement le rite liturgique de l'adoration de la croix au Vendredi saint dans ses premiers linéaments.

1. Voy. D. CABROL, Dictionn. d'Arch. et de Liturg., au mot Ad bestias


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Message  Monique le Mer 29 Juil 2020, 7:33 am

Plusieurs textes nous parlent du grand nombre de fugitifs que chaque persécution poussait dans les déserts (1). Ces malheureux manquaient de pain et d'abri, tandis que leurs biens étaient abandonnés à l'avidité des persécuteurs. Beaucoup, disent les Actes de saint Théodote, subissaient de telles privations qu'ils préféraient rentrer chez eux, escomptant l'indulgence des juges (2) : c'étaient surtout les personnes habituées au bien-être, que cette alimentation faite de racines et d'herbes débilitait à l'excès (1). Beaucoup de ceux qui sortirent des villes n'y reparurent plus et allèrent mourir en captivité chez des peuplades barbares (2) ou tombèrent sous la dent des bêtes féroces. L'évêque de Nilopolis, un vieillard nommé Chérémon, s'était enfui avec sa femme, et avait cherché un refuge sur le mont Arabique; on ne sut jamais ce qu'ils étaient devenus.

On disait que des fidèles étaient tombés aux mains de Sarrasins, que, paraît-il, la barrière de lions et de serpents placés par l'empereur Dèce sur la frontière des peuplades ne suffisait pas à contenir. Un de ces fugitifs trouva dans sa résolution le chemin de la sainteté et de l'illustration : c'était un tout jeune homme nommé Paul qui habitait la Thébaïde, où il vivait avec sa sœur et son beau-frère. Celui-ci, désireux de s'emparer de son bien, allait le dénoncer lorsque Paul le prévint et s'enfuit au désert. Il y trouva une caverne jadis habitée par de faux monnayeurs, où il vécut quatre-vingt-dix ans, à l'ombre d'un palmier et au bord d'une mare d'eau (3). Parfois un secours providentiel arrivait aux fugitifs : ce fut ce qui advint à l'évêque Maxime de Nole (4), réfugié dans une forêt voisine de sa ville épiscopale, où, privé de tout, exténué de fatigue et de besoin, il s'évanouit. Un prêtre de son Eglise, nommé Félix, alors en prison, fut merveilleusement mis en liberté par un ange de qui il reçut l'ordre d'aller aussitôt secourir le vieil évêque. En l'apercevant, Félix se mit à pleurer ; il embrassa le vieillard, chercha à le réchauffer de son haleine, l'appela, lui disant de répondre ou de donner quelque signe s'il l'entendait ; mais c'était en vain. Il remarqua alors que parmi les buissons qui l'entouraient, l'un d'eux portait une grappe de raisin, bien que le terrain ne parût pas favorable à la vigne. Il la cueillit et en exprima le jus dans la bouche du vieillard, qui reprit connaissance, et Félix le rapporta sur les épaules jusqu'à son logis.



1. Acta S Theodoti, ibid.

2. S. DENIS D'ALEX. Epist. ad Fabium, dans EUSÈBE, Hist. eccl., t. VI, c. 42.

3. S. JÉRÔME, Vita sancti Pauli eremitæ.

4. S. PAULINUS, Natal. XIV S. Felicis. v,189.


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Message  Monique le Jeu 30 Juil 2020, 7:42 am

Les fidèles ne pouvaient pas toujours fuir au désert ou dans les montagnes; néanmoins, le séjour dans leurs maisons étant devenu impossible, ils se cachaient dans la campagne. Deux Lyonnais, Épipode et Alexandre, que le martyre attendait à peu de temps de là, voyant les vexations et les supplices prodigués aux fidèles (1), sortirent de la ville en tapinois et vinrent à Pierre-Encise, chez une pieuse femme qui les dissimula dans un recoin de son logis où ils finirent par être découverts (2). Si les portes des villes, étaient si bien gardées qu'on ne les pût franchir, on se blottissait dans des souterrains, des arénaires, comme on disait; mais là même on n'était pas en sûreté. « Chaque jour, dit Tertullien, nous sommes assiégés et trahis (3). » Une épitaphe qui pourrait dater de l'époque de Sévère Antonin gémit sur cette situation

« O temps déplorables que ceux où on ne peut trouver son salut même dans les cavernes (4) ! » Les paroles de Tertullien ont reçu par deux fois un commentaire tragique. La surveillance dont les cimetières étaient l'objet sous le règne de Valérien fut l'occasion d'une exécution terrible. « Lors (1) du premier anniversaire de Chrysanthe et de Daria, martyrisés l'année précédente, des chrétiens s'assemblèrent pour aller prier dans l'arénaire de la voie Salaria nouvelle, près du caveau muré où reposaient les deux saints. Pendant l'oblation du saint sacrifice, des soldats apportèrent des pierres, du sable, bouchèrent à la hâte le souterrain les pèlerins furent enterrés vivants. Le lieu où reposaient tant de victimes finit par être oublié. Quand la tombe de Chrysanthe et de Daria eut été retrouvée après la paix de l'Église, on aperçut dans cette crypte deux fois vénérable non seulement les reliques des chrétiens qui y avaient péri, des squelettes d'hommes, de femmes, d'enfants étendus sur le sol, niais encore les vases d'argent apportés pour la célébration des saints mystères. Saint Damase, restaurant la catacombe, ne voulut point toucher à cette scène de martyre. Il s'abstint de faire des travaux dans la crypte et d'y mettre aucun ornement étranger ; il se contenta d'y poser une inscription et d'ouvrir dans la muraille une petite fenêtre, afin que tous pussent contempler les restes épars des pèlerins morts au milieu de leur prière. On les voyait encore au VIe siècle. »

Quelque temps. après ce massacre, les gens de la police furent prévenus que le pape Sixte offrait le saint sacrifice dans une chapelle souterraine du cimetière de Prétextat, de l'autre côté de la voie Appienne ; le cimetière fut envahi. Au moment où la troupe entrait, le pape, assis dans sa chaire, adressait la parole aux fidèles. Il fut emmené devant un des préfets (du prétoire ou de la ville) et condamné à mourir au lieu même où il avait été surpris. On l'y ramena avec quatre de ses diacres et on leur coupa la tête.



1. EUSÈBE, Hist. eccl., l. V, c. 1.

2. Passio SS. Epipodii et Alexandri, § 3 (dans RUINART, édit. 1869,

p. 63).

3. Apologet., 7 ; Ad Nationes, I, 7.

4. D. CABROL et D. LECLERCQ, Monumenta Ecclesiæ liturgica, t. I,

n° 3364.

1. P. ALLARD, Hist. des Persécutions, t. III, p. 72.74. Cf. p. 46 et 314 suiv.
S. GRÉGOIRE DE TOURS, de Gloria martyrum, I, 38. ARMELLINI, Antichi
cimiteri cristiani di Roma, p, 130.


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