TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Jeu 14 Mai 2020, 7:41 am

La soumission relative de la Germanie sous Tibère avait fait distribuer les pays alpins jusqu'au Danube en provinces de Rhétie, Norique et Pannonie. Les régions situées sur la rive occidentale du Rhin formaient la Haute et la Basse-Germanie. Dans la seconde moitié du IIIe siècle, on peut pressentir l'existence de communautés dans les villes les plus florissantes des régions danubiennes, Windisch (Argovie) et Augsbourg, et du pays rhénan, Mayence, Cologne, Trèves.

En Pannonie nous trouvons des témoignages assurés : à Pettau, sur la Drave, l'évêque Victorin (1) , martyrisé sous Dioclétien ; à Sirmium, sur la rive gauche de la Drave, l'évêque Irénée (2), martyrisé vers 203 ; à Sciscia, saint Quirinus (3), martyrisé en 309.

La Norique (4) rendait un culte à saint Maximilien, qu'elle tenait pour son apôtre, et saint Florian (+ 304) était honoré à Lorsch.

Ce fut vers le même temps que les chrétiens commencèrent à se mêler aux populations gothiques ; néanmoins il faut attendre le milieu du IVe siècle pour que l'évêque Ulfilas commence à parcourir la Mésie, la Dacie, la Thrace (5).

Vers 313 et 314 nous trouvons les évêques Materne de Cologne, Agritius de Trèves, le diacre Macrinus et l'exorciste Félix au concile d'Arles (6).

La plupart de ces antiques Églises se glorifiaient de leurs martyrs . Cologne réclamait saint Géréon qui, au dire de Grégoire de Tours (1), faisait partie de la légion thébéenne et fut massacré à Cologne avec son détachement composé de cinquante soldats. Trèves revendiquait saint Tyrsus et ses compagnons, martyrs de la même légion (2).

A Lauriacum sur le Danube, les Actes de saint Florian rapportent que le gouverneur de la province inaugura la dernière persécution par le supplice de quarante fidèles (3). On vénérait à Xanten les saints Mallosus et Victor, soldats de la légion thébéenne (4).




1. Act. SS. Novembris 5e jour.

2. RUINART, Acta sincera (éd. 1689), p. 51. B. DUDI, Maehrens allgem. Geschichte (Brünn, 1860), in-8° t. I, p. 187 sqq.

3. RUINART, ibid., p. 552.

4. MUCHAR, Noricum. Cf. BR. KRUSCH, Passiones vitaeque sanctorum aevi merovingici, in-4°, Hannoverae, 1896, p. 65 sqq. Pour Lucius de Coire, ibid., p. 1 sqq.

5. WAITZ, Ueber das Leben und die Lehre des Ulfilas. Bruchstücke eines ungedruckten Werkes aus dem Ende des vierten Jahrhunderts, Hannover, 1840, in-8°. W. BESSELL, Ueber das Leben des Ulfilas, und die Bekehrung der Gothen zum Christenthum, Gottingen, 1860, in-8°. H. M. GWATKIN, Studies of Arianisns chiefly referring to the Character and chronology of the reaction which followed the council of Nicoea, London , 1882, in-8°.

6. Pour cette période et la suivante, cf. CL. FRANZ. Die Evangeliums Verkündigung in Deutschland vor Karl dem Grossen, Gotha, 1870, in-8°. M. GERBERT, Origo ac propagatio religionis christianae in Alemannia, dans sa Vetus Liturgia alemanica, S. Blasii, 1776, in-4°, t. 1, p. 1-56. K. HIEMER, Die Einführung des Christenthums in den deutschen Landen, Schaffhausen, 1857-61, 6 vol. in-8°. H. URSIMUS, Ecclesiarum Germanicarum origines et progressas ab ascensu Domini ad Carolum Magnum, Norimbergae, 1664, in-8°. A.-F. OZANAM, Du rétablissement du christianisme en Allemagne, dans le Correspondant, 1843-1844, t. III, p. 198-237; t. IV, p. 357-398 ; t. V, p. 166-209; t. VI, 411-412. W. L. KRAFFT, Die Kirchengeschichte der germanischen Völker. I. Die Anfänge der Christlichen Kirche beiden germanischen Völkern, Berlin, 1854, in-8°. E. LAVISSE, Etudes sur l'histoire d'Allemagne : la conquête de la Germanie par l'Eglise romaine, dans Revue des Deux-Mondes, 1897, t. LXXX, p. 878-902. MIGNET, la Germanie au VIIe et au IXe siècle, sa conversion au christianisme et son introduction dans la société civilisée de l'Europe occidentale, dans Notices et Mémoires historiques, Paris, 1843, in-8°, t II, p. 1-151.

1. Miraculor., 1, 62. Cf. RETTBERG, Kirchengech. Deutschlands (Gottingen, 1846-48, in-8°, t. I, p. 103).

2. Acta Sanct., 14 sept.

3. Acta S. Floriani, dans PEZ, Script. rerum Austriae, t. I. p. 1, 36 ; Acta Sanct., 4 mai. RETTBERG, loc. cit., t. I, p. 157. E. RUDHART, Aelteste Geschichte Bayerns bis 752 (Hamburg, 1841), p. 207. Cf. KRUSCH, loc. cit., p. 65. Anal. bolland., t. XVI, 1997, p. 84.

4. S. GRÉGOIRE DE TOURS, de Gloria Martyrum, c. 63.


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Message  Monique le Ven 15 Mai 2020, 7:55 am

Chez les Visigoths, le roi Athanaric attacha son nom à une persécution. Il ordonna que l'idole nationale fût promenée sur un char triomphal parmi les tribus établies au bord du Dniester ; tous devaient participer aux viandes immolées dans les sacrifices offerts le long du passage de ce chariot; ceux qui s'y refusèrent furent brûlés dans leurs tentes. Plusieurs fidèles périrent ainsi avec le pavillon qui leur servait de lieu de réunions (1). Le récit de leur martyre fut fort célèbre, on le racontait jusqu'en Afrique.

L'invasion d'Attila fit probablement de nombreux martyrs ; mais les documents qui signalent son passage dans les deux Germanies ne parlent que de massacres, sans entrer dans les détails. La haine que les barbares, païens ou ariens, portaient à la puissance romaine donne lieu de penser que la distinction n'était pas bien précise à leurs yeux entre Romain et catholique. D'ailleurs, il faut se garder de voir dans ces vastes massacres qui terrifièrent Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, Tongres, Arras, autre chose que ce qu'ils furent souvent : le sac des villes prises de vive force. Dans cette foule de victimes tous n'étaient peut-être pas martyrs de Jésus-Christ : c'est là le secret de Dieu. A Mayence, plusieurs milliers de chrétiens réfugiés dans une église furent passés au fil de l'épée. Cologne succomba au moment d'une orgie générale; les principaux citoyens n'étaient pas en état de se lever de table, lorsque les barbares, maîtres des remparts, envahirent la ville (1). « C'est au milieu de ces scènes sanglantes que la postérité encore émue plaça la belle légende de sainte Ursule.

Ursule, fille d'un roi chrétien de la Grande-Bretagne, est demandée en mariage par un prince idolâtre ; elle donne son consentement afin de sauver son père, mais on lui accordera trois jours pour jouir de sa virginité, et, pour présent de fiançailles, dix jeunes filles de la plus pure noblesse des deux royaumes : chacune de ces dix vierges sera comme elle suivie de mille compagnes. Alors elle fait équiper onze galères, et chaque jour elle exerce sa jeune troupe à déployer les voiles, à soulever les rames. Les courses de la flotte virginale charment la multitude rassemblée sur le rivage ; ce sont les derniers jeux de ces filles des navigateurs. Un soir, le vent du nord s'élève, les onze galères fuient sur l'Océan, arrivent aux bouches du Rhin et le remontent jusqu'à Bâle. Là, averties par un ange, les voyageuses prennent terre, et passent les Alpes pour accomplir le pèlerinage de Rome. Elles revenaient joyeuses et descendaient le Rhin sur leurs navires ; déjà elles reconnaissaient les clochers de Cologne, quand elles aperçurent les tentes de Huns campés autour de la ville. Enveloppées de toutes parts, brebis parmi les loups, entre le déshonneur et la mort, elles moururent jusqu'à la dernière. Ursule, menée aux pieds d'Attila, refusa de partager son trône ; et, percée d'un trait, la reine de cette blanche armée rejoignit ses compagnes dans le ciel. Voilà le poétique récit du moyen âge. Ces légions de vierges entourées par les païens, et tombant sous les flèches, n'étaient-elles pas l'image des jeunes chrétientés de Germanie étouffées dans leur fleur par l'invasion (1) ? »




1. Acta sanct.,die 26 martii. Acta S. Nicetae, dans Acta sanct., 13 sept. Acta S. Sabae, dans Acta sanct. 12 avril. SOZOMÈNE, Hist. eccl., l. VI, c. 37. S. EPIPHANE, Haeres. 70. S. AMBROISE, in Lucam, 2. S. AUGUSTIN, de Civit. Dei, l. XVIII, c. 52.
 
1. SALVIEN, de Gubern. Dei, l. VI, p. 214.

1. OZANAM, loc. cit., t. I, p. 55-56, qui résume la version de SIGEBERT DE GEMBLOUX, Chron., ad ann. 453.


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Message  Monique le Sam 16 Mai 2020, 7:26 am

Ce récit, resté inconnu à Adon, à Raban-Maur et à Notker, n'apparaît qu'à partir du IXe siècle (2). Ce n'est pas ici le lieu de chercher le fondement historique de cette gracieuse légende ; elle pourrait néanmoins s'expliquer par cette mention d'un ancien missel: Ursulae et Undecimillae, et sociarum virginum et martyrum (3). Ozanam propose d'y voir onze vierges : XI. M. V., Undecim Martyres Virgines, et il cite à l'appui de cette opinion un calendrier de l'Église de Cologne au IXe siècle, publié par Binterim, qui contient les noms d'Ursule et de dix compagnes : Ursula, Sancia, Gregoria, Pinosa, Martha, Saula, Britula, Santina, Rabacia, Saturia, Palladia (4). Chr. -Th. de Murr, dans sa description des bibliothèques de Nuremberg et d'Altdorf (5), décrit un martyrologe du XIIIe siècle (6) à propos duquel il rappelle que le Père Pagi et les docteurs de Sorbonne avaient retenu la seule sainte Ursule parmi tant de martyres qu'on lui donnait pour compagnes ; c'était, en outre, l'opinion de Valois ( Valesiana, p. 48 et suiv.) et du jésuite Sirmond. « Il y a eu une sainte Ursule martyre suivant la commune opinion, dit Valois. On ignore néanmoins de quel temps elle a été, mais je suis très humble serviteur des onze mille vierges. La fable est un peu trop manifeste pour pouvoir la souffrir. Voicy sur quoi cette erreur est fondée suivant la conjecture du savant Père Sirmond. Ceux qui ont forgé cette belle histoire, ayant trouvé dans quelques Martyrologes manuscrits : SS. VRSVLA ET VNDECIMILA V. M., c'est-à-dire : Sanctae Ursula et Undecimilia Virgines Martyres, et s'étant imaginez qu'Undecimilla avec l'V et l'M qui suivaient étaient un abrégé pour undecim millia Virginum Martyrum, ont fait là-dessus ce roman que nous avons ajourd'hui (1) ». Quoi qu'il en soit de la légende, Cologne vénérait, dès le IVe siècle, dans un oratoire aujourd'hui remplacé par l'église Sainte Ursule, les vierges qui avaient versé leur sang pour le nom du Christ.

Je mentionne, à titre de curiosité, une opinion jadis en faveur et qui n'est pas encore tout à fait abandonnée (1), d'après laquelle les vierges martyres seraient les filles et les sœurs des martyrs thébéens de Cologne, mais « cette manière de voir ne repose sur aucun document bien convaincant (2)». Toute cette légende des onze mille vierges est remplie d'une grâce charmante, et on n'est pas surpris de l'attrait qu'elle a exercé sur la dévotion des peuples, l'imagination des écrivains et la pénétration critique des érudits (3).




2. L. D'ACHERY, Spicilegium, t. II, 54. Cf. EGBERT DELPY, Die Legende von der heiligen Ursula in der Kölner Malerschule. in-8°, Köln 1901. C'est dans le chapitre préliminaire (p. 1-20) que l'on trouvera des détails sur la légende hagiographique.

3. GRANDIDIER, Histoire de l'Eglise de Strasbourg, t. I, p. 147.

4. OZANAM, loc. cit., t. I, p. 56. Kölnische Rhein Cronik, V, 152 suiv.
RETTBERG, loc. cit., t. I, p. III, BINTERIM, Die alte und neue Erzdiözese Köln (Mainz, 1828), t. 1, p. 66.

5. Memorabilia bibliothecarum Norimbergensiuni et universitatis Altdorfinae, pars III, p. 72 suiv. (Norimbergae, 1791, in-12).

6. Cf.    NAGELIUS (Altdorfi Noricorum, 1763, in-4°). Cf POTTHAST, Bibliotheca, t. I, p. 917.

1. Pour la bibliographie du sujet, voyez POTTHAST (2e édition) et U. CREVALIER. Voyez l'inscription de Clematius dans E. LE BLANT, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 570. Sur cette inscription, voy. F.-X. KRAUS, Die christlichen Inschriften der Rheinlande (Friburg, 1890, in-4°), ne 294, et le n° 9 des Spuriae. KLINKENBERG la croit de la seconde moitié du IVe siècle, Studien zur Geschichte der Kölner Marterinen dans Jahrbücher des Vereins von Althertums freuden im Rheinlande,  t. LXXXVIII (1899),vp. 70-95; t. LXXXIX (1890), p. 105-134; t. LXXXXIII (1892), p. 130-1790 ; et H. DÜNTZER, dans les Jahrbücher cités, t. LXXXX (1891), p. 151-163. Cf. Anal. boll. (1891), t. X, p. 369 et 476, et (1897) t. XV, p. 97. Cette inscription a été récemment étudiée par un érudit qui « réunit les solides et les plus belles qualités du philologue et de l'historien », D. GERMAIN MORIN, l'Inscription de Clematius et la légende des onze mille vierges, dans les Mélanges Paul Fabre, in-8°, Paris, 1902, p. 51-64 ; cf. Anal. bolland., t. XXII, 1903, p. 110 ; on trouvera dans ce travail un « aperçu sommaire » sur l'histoire des vierges colonaises et la façon dont cette histoire s'est transformée en la légende que tout le monde connaît ». Le plus ancien document qui mentionne la légende est de 750 à 850. Cf. Acta Sanct., t. IX d'oct.; pp. 73-303.

1. MÜLLER, Das Marterthum der thebaïschen Jungfrauen in Köln (Köln, 1896, in-12).

2. Anal. boll. (1897), t. X, p. 98.

3. Voyez l'important prologue à l'Historia SS. Ursulae et sociarum ejus, dans Analecta bollandiana, t. III, p. 7 sq., et la notice préliminaire p. 5-6. Les données de ce prologue et tout ce qui a trait à la légende et au culte des vierges de Cologne a été traité avec une information et une critique consommées par MARY TOUT, The Legend of Saint Ursula and the Eleven thousand Virgins, extrait des Historical Essays by Members of the Owens College, Manchester published in commemoration of its Jubilee (1851-1901, in-8°, Longmans, 1902, p. 17-56.


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Message  Monique le Dim 17 Mai 2020, 7:18 am

III. — Espagne


La conquête romaine avait été lente en Espagne, mais, dès qu'elle fut achevée, ce pays devint en peu de temps une des provinces les plus civilisées de l'empire (4). Sa réputation était telle que l'apôtre Paul voulait l'évangéliser lui-même (5). Ce voyage d'Espagne paraît indiqué par deux documents fort graves : l'épître de saint Clément aux Corinthiens et le « canon de Muratori ». Clément écrit : « ... Paul, devenu le héraut de la vérité en Orient et en Occident, reçut la récompense de sa foi, et enseigna la justice à l'univers entier : parvenu au terme de l'Occident, to terma tes duseos — et ayant souffert le martyre (1)…» Il y a de solides raisons pour voir ici une allusion aux colonnes d'Hercule, qui marquaient, dans la pensée des hommes de ce temps, l'extrémité du monde. Ce voyage est affirmé par l'auteur du « canon de Muratori » ; profectionem Pauli ab Urbe in Spaniam proficiscentis (3). Les Pères de la seconde époque n'en n'ont pas douté (4)mais leur témoignage, dans les questions d'histoire concernant le siècle apostolique, doit être considéré comme presque nul. Quoi qu'il en soit, il faut s'en tenir, je pense, à l'avis de Tillemont: « Ce qu'on dit du voyage de saint Paul en Espagne [est] incertain (5). » Le Père Gams, qui a donné sur cette question une longue étude (6), conclut par une conjecture qui envoie l'Apôtre passer une année en Espagne et le ramène à Rome pour l'y faire décapiter vers l'an 67. II eût été plus important de connaître sur quel point Paul exerça son ministère, mais nous n'en savons rien. Une inscription, célèbre par sa fausseté insigne, trouvée à Marquesia (Maravesar) en Lusitanie, fait honneur à Néron d'avoir « purgé la province des brigands, et de ceux qui inculquaient au genre humain une superstition nouvelle (1) : »

 



NERONI. CL. CAIS
AVG. PONT. MAX
OB. PROVINC. LATRONIB
ET. HIS. QVI. NOVAM
GENERI HVM. SVPER
STITION. INCVLCAB
PVRGATAM





Une autre indication sur les premiers fidèles d'Espagne nous est fournie par une notice martyrologique qu'il est permis de ne pas repousser absolument, mais qui n'a droit qu'à bien peu de confiance, puisqu'on n'en saisit aucune trace dans le martyrologe hiéronymien (2). D'après cette notice, une mission de sept évêques aurait été envoyée de Rome en Espagne au ter siècle et se serait établie dans la Tarraconaise et la Bétique : Torquatus à Acci (Guadix) (1), Secundus à Abula (Avila), Indalecius à Urci, Ctésiphon à Vergium (Berja), Caecilius à Illiberis (Grenade), Hezychius à Carcesa (Cazorla), Euphrasius à Illiturgi (Andujar).

Vers la fin du IIe siècle, nous trouvons la mention de l'Eglise d'Espagne dans la phrase célèbre de saint Irénée : « Les Églises, fondées en Germanie n'ont pas d'autre loi ni d'autre enseignement que celles des Ibères : « Kai oute ai en Gernmaniais idumenai ekklesiai allos pepisteukasin, e allos paradidoasin oute en iberiaris (2). » Tertullien dit que la foi s'était répandue dans l'Espagne entière : Hispaniarum omnes termini (3). Ce n'est que vers le milieu du IIIe siècle que nous pouvons prendre une idée plus précise de la conquête chrétienne en Espagne. Au moment de la persécution de Dèce, nous voyons un évêque apostat à Léon (Legio), un autre à Mérida (Emerita) (4) (250). Neuf années plus tard, l'évêque de Tarragone, Fructueux, et deux diacres furent mis à mort (259) (5) ; le premier paraît avoir dirigé une communauté nombreuse. Pendant son martyre, l'évêque prononça une grave parole. Un chrétien, s'étant approché de lui, le supplia de ne pas l'oublier ; alors Fructueux répondit : « Il est nécessaire que j'aie présente à l'esprit l'Église catholique répandue de l'Orient jusqu'à l'Occident » (1) (259). Il faut probablement rapporter à cette persécution dix-huit martyrs de Saragosse dont les corps, nous apprend Prudence (IV, 53, 105-108, 145-164), avaient été réunis. La période de quarante années qui suit ne nous est pas connue (2) (260-304), Ce n'est qu'avec la persécution de Dioclétien que nous rentrons en pleine histoire. A cette époque nous trouvons des martyrs à Calahorra (Calagurris), au nord de la Tarraconaise (3), à Saragosse (Caesaraugusta) (4), où, dit Prudence, chaque persécution faisait des martyrs (5) (le célèbre diacre Vincent, dont la mère était une chrétienne de Huesca (Osca) ; à Mérida (6), à Girone (7), à Barcelone (Barcino) ([i]8), à Alcala (Complutus) (9), à Cordoue (10).




1. MÜLLER, Das Marterthum der thebaïschen Jungfrauen in Köln (Köln, 1896, in-12).

2. Anal. boll. (1897), t. X, p. 98.

3. Voyez l'important prologue à l'Historia SS. Ursulae et sociarum ejus, dans Analecta bollandiana, t. III, p. 7 sq., et la notice préliminaire p. 5-6. Les données de ce prologue et tout ce qui a trait à la légende et au culte des vierges de Cologne a été traité avec une information
et une critique consommées par MARY TOUT, The Legend of Saint Ursula and the Eleven thousand Virgins, extrait des Historical Essays by Members of the Owens College, Manchester published in commemoration of its Jubilee (1851-1901, in-8°, Longmans, 1902, p. 17-56.

4. MOMMSEN, Römische Geschichte, Berlin, t. V, 1885, in-8°, p. 68-70

5. Rom. XV, 24, 28.

1. CLÉMENT, ad Corinth., 1, 5.

2. PEARSON, Annales Paulini (1688), p. 20. P. GAMS, Die Kirchengeschichte von Spanien, Regensburg, 1862, in-8°, t. I, p. 6 sq., § 2, Spanien « das Ende des Abendlandes. »

3. E. PREUSCHEN, Analecta (1893), p. 131, ligne 38-39.

4. S. ATHANASE, Epist. ad Draconi., 4 ; S. CYRILLE, Cateches., XVII, 26; S. EPIPHANE, Haeres., XXVII, 6; S. CHRYSOSTOME, in II Tim., homil, X, 3 ; S. JÉRÔME, in Amos, cap. V ; in Isaiam, cap. XI ; THÉODORET, in Philipp., 1 ; S. GRÉGOIRE LE GRAND, Moral. in Job, XXXI, 53, 106, Voyez les textes dans GAMS, Die Kirchengeschichte von Spanien, t. I, cap. VI, Für die Reise des Apostels nach Spanien, p. 40-75.

5. TILLEMONT, Mém. hist. eccl., Paris, in-4°, 1693, t. I, notes sur saint Paul, note 73. Cf. NoëL ALEXANDRE, In histor. eccles. saec. I, dissert.XV, Paris, 1699, in-folio. De fidei propagatione in Hispaniis. SPIER, in Histor. critica de Hispanico Pauli itinere, Vitembergae, 1742, in-4°.

6. Loc. cit., p. 1-75. Cf. P. GAMS, Das Jahr der Martyrtodes der Apostel Petrus und Paulus (Regensburg, 1867, in-8°). RENAN, Saint Paul, croit à la réalité du voyage. P. ALLARD, les Persécutions en Espagne pendant les premiers siècles du christianisme, dans la Revue des Quest. histor. (1886), t. XXXIX, p. 1-51.

1. IAN. GRUTER, Inscriptiones antiquae totius orbis Romani, in corpus absolutissimun, redactae, p. CCXXXVIII, 9, ex. STRADA (Cf. Corp. inscr. lat., II, prof., p. IX, n. 14), p. 170, 8 ; ADOLPHE Occo, Inscript. in Hispan. repert., p. XXVI, 8 ; SCALIGER, De emendat. tempor., l. V, p. 471 ; P. BAUDRY, Not. ad Lactant. de mort. persequutor., p. 38, dont on trouvera les variantes dans J.-E.-I. WALCH, Marmor Hispaniae antiquum vexationis christianorum neronianae insigne documentum (Jena, 1750), in-4°, p. cri ; Le même, Christianorum sub Diocletiano in Hispania persequutio quam ex antiquis inscriptionibus percensuit hasque illustravit (1752, in-12, p. 160), p. 5; Le même, Persequutionis christianorum neronianae in Hispania ex antiquis monumentis probandae uberior explanatio (1753, in-4°, pp. CLXVIII). Voyez le reste de la bibliographie dans HÜRNER, Corp. inscr. lat., t. II, p. 25*, n° 231* ; et y ajouter encore : J.-E.-I. WALCH, Commentarius in marmor Hispaniae antiquum, ap. DONATI, Adnovum thesaurum vett. inscriptt.; L.-A. MURATORI, Supplementum, Florentiae, 1765, in-folio.

2. Voy. S. ADONIS, Martyrologium op. et stud. Herib. Rosweydi, praecedit Vetus Romanum Martyrologium, operi suo ab ADONE praemissum (1613) — Ou DU SOLLIER, Prolegomena ad Usuarduni. Voyez les textes et la question entière discutée par P. GAMS, loc. cit., I, p. 76-117, livre 2e : Die Sendung und Thätitigkeit der sieben Apostelschuler in Spanien.

1. Voy. P. GAMS, loc. cit., t. I, p. 118 sq. et 138 sq. et toutes les discussions jusqu'à la page 227 concernant ces Églises.

2. S. IRÉNÉE, Adv. haeres., 1, 10 (ed. HARVEY , t. 1, p. 92).

3. TERTULLIEN, Adv. Jud., c. VII. Le passage ad Scapul., 4 : nam nunc a praeside Legionis... etc., demeure d'une interprétation trop douteuse. Voyez GAIS, loc. cit., I, 234 suiv.

4. S. CYPRIEN, Epist. 68.

5. RUINART, Acta sincera, Parisiis, 1689, in-4°, p. 221.

1. RUINART, ibid., p. 222.

2. Gants, loc. cit., I, 276-288.

3. Acta SS., mars, t. I, p. 231-232. Cf. P. ALLARD, loc. cit., p. 22-31.

4. Analecta bollandiana, t. I,1882. Peri Stephanôn, IV,145,164, 57, 58.

5. Peri Stephanôn, IV, 81-88; IV, 1, 2.

6. Ibid., III, 8.

7. Ibid., IV, 29, 30.

8. Ibid., IV, 34, 35.

9. Ibid., IV, 41-44.

10. Ibid., IV, 18-19.
[/i]




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Message  Monique le Lun 18 Mai 2020, 8:08 am

Sur ces faits incontestables on a imaginé de renouveler la supercherie épigraphique faite à l'occasion de la persécution de Néron. Cette fois c'est trois exemplaires que nous rencontrons:


ET

NOMINE CHRISTIANORVM

DELETO. QVI. REMP. EVER

TEBANT (1)



SVPERS

TITIONE CHRIST

VBIQ. DELETA. ET. CVL

TV. DEOR. PROPAGATO (2)



OB CHRISTIANAM

EORVM. PIA. CVRA

SVPPRESSAM. EXTINCTAMQVE

SVPERSTITIONEM (3)



Si je donne ici ces textes sans valeur, c'est qu'on est exposé à trouver des écrivains qui en font encore état (4).

L'Église d'Espagne n'a pas échappé au désir de se faire une origine apostolique. Il semble que ce n'est guère avant le XIe siècle qu'est née cette préoccupation; car, antérieurement à cette époque, l'apostolat espagnol de saint Jacques n'apparaît que dans une version latine du catalogue des apôtres, pièce d'origine byzantine. Le plus ancien lectionnaire d'Espagne n'en fait aucune mention (5). Il fut même un temps où cet apostolat était repoussé, par exemple, par saint Julien de Tolède, qui a eu connaissance du Breviarium apostolorum et en a écarté ce qui avait trait au voyage de saint Jacques en Espagne.

Une tombe antique découverte en 830 sur le territoire d'Amaea sert de fondement à la croyance des gens de la Galice, qui, de ce pays, se répandit dans toute l'Europe du moyen âge et attira au tombeau de Compostelle des milliers de pèlerins. En peu d'années la légende avait pris corps; car, dès 860, le martyrologe d'Adon enregistre le culte rendu au tombeau. Dès lors on rédigea un récit de la translation, et une lettre d'un pape Léon, contemporain de l'apôtre, enfin la tradition se trouva fixée dans l'Historia Compostellana, terminée en 1139 (1).

Il s'en faut d'ailleurs que le clergé espagnol ait adopté ce récit. Lors de la revision du Bréviaire romain par Pie V, on maintint la légende de saint Jacques le Majeur dans laquelle il était dit que l'apôtre avait « parcouru l'Espagne et y avait prêché l'Evangile, puis était revenu à Jérusalem ». Le cardinal Bellarmin réclama la suppression de cette phrase comme ne reposant, disait-il, sur aucun témoignage digne de foi. Baronius passa outre et fit insérer les paroles suivantes: « Jacques vint bientôt en Espagne et y fit des conversions, telle est la tradition des Églises de ce pays. » Ce fut à ce propos un tel toilé dans le clergé espagnol que le pape Urbain VIII supprima les mots : « telle est la tradition des Églises de ce pays », qui paraissaient insupportables aux représentants et aux pasteurs de ces Églises (1).




1. Corp. inscr. lat., t. II, 234*. Cf. J.-E.-I. WALCH, loc. supr. cit.

2. Ibid., t. II, 233*.

3. Ibid., t. II, 236. Sur les origines de l'Église d'Espagne et les fausses chroniques, voir aussi l'admirable ouvrage de D. JOSÉ GODOY ALCANTARA, Historia critica de los falsos cronicones, 1 vol., Madrid, 1868, in-8°.

4. WIETERSHEIM, Geschichte der Völkerwanderung (1859), 3, 481.

5. Dom G. MORIN, Anecdota Maredsolana, vol, 1, Liber Comicus, Maredsoli, 1893, in-8°.



1. L. DUCHESNE, Saint-Jacques en Galice, dans les Annales du Midi, t. XII (1900), p. 145-180. Pour les antiquités d'Espagne, voyez H. FLOREZ, Espana sagrada, theatro geografico-historico de la Iglesia de Espana : origen, divisions y limites de todas sus prouincias ; antiguedad, traslaciones y estado antiguo y presente de sus sillas en todos los dolninios de Espana y Portugal, con varias dissertaciones criticas para illustrer la historia ecclesiastica de Espana, contin. por Man. Risco, Fernandez, Ant. Merino, Jos. de la Canal, Fed. Sainz de Baranda, Cari. Ram. Fort y Vic. de la Fuente ; Madrid, 1747-1879, t. I-LI, in-4°.

En ce qui concerne la non-réalité de la mission de saint Jacques et la présence de son corps, l'étude que le Père F. Fita a faite de la question, en 1888, l'a amené à se prononcer en faveur de la présence du corps de l'apôtre, sans admettre cependant son apostolat en Espagne, et ce point seul nous intéresse ici. Cf. P. FIDEL FITA y D. AURELIANO FERNANDEZ-GUERRA, Recuerdos de un viaje a Santiago de Galicia (Madrid, 1880, in-4°).

A. CRIAPPELLI, Studii di antica letteratura cristiana (Torino, 1887, in-120), p. 149-219 et 235-238. La leggenda dell'apostoio Jacopo a Cons postella e la Critica storica.

1. P. BATIFFOL, Histoire du Bréviaire romain, in-12, Paris, 1893, p . 257.


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Message  Monique le Mar 19 Mai 2020, 7:03 am

Les antiquités d'Espagne sont; entre toutes, sujettes à caution. Mabillon rapporte que la dévotion populaire s'était adressée à un saint d'une merveilleuse antiquité qui eut nom quelque temps /////////// S. VIAR ///////////, ce qu'on lisait : Saint Viar, jusqu'à ce qu'une revision plus minutieuse du marbre de ce personnage, entrep rise par ordre du pape Urbain VIII, donnât occasion de lire :.... praefectu]S. VIAR [um.... (Un tel) agent voyer (2).

Heureusement nous rencontrons enfin quelques martyrs espagnols sur lesquels ne peut planer aucun doute, encore qu'ils ne se montrent pas à nous en pleine lumière historique.

C'est que les martyrs d'Espagne eurent un biographe espagnol, Prudence, et cette circonstance nous a valu un poème excellent et des indications relativement précises (3).

Prudence aimait l'Espagne pour beaucoup de raisons, dont l'une était ses martyrs. Elle en avait eu tant (1) et de si grands ! Après Carthage et Rome, aucune ville du monde ne comptait plus de martyrs que Saragosse (2), et au IVe siècle le culte des saints prenait un développement inouï (3). Prudence partageait la dévotion générale, et son livre intitulé Peri Stephanôn : « A propos des couronnes », dut être dans sa pensée un « livre de dévotion ». Cette pensée inspiratrice se trahit dans la préoccupation soutenue chez le poète de ne changer que peu de chose aux mémoires originaux d'après lesquels il travaillait: Ses odes sont donc un peu monotones, mais cela tient à la nature de son sujet, qui ne lui fournit que des scènes toujours analogues ou peu s'en faut. L'accusation et la défense font usage de plusieurs lieux communs que l'on préférerait ne pas rencontrer. La scène du martyre résonne comme une fanfare héroïque. « Allons, dit sainte Eulalie au bourreau, brûle et coupe ; déchire ces membres faits de boue. Il est facile de détruire cet assemblage fragile. Quant à mon âme, tu peux redoubler tes tortures, tu ne l'atteindras pas (4). »

« Voilà de quelle façon parlent les martyrs chez Prudence, dit M. Gaston Boissier ; quels que soient leur âge et leur sexe, il leur donne la même attitude d'intrépidité provocante. C'est peu de souffrir la mort, ils la bravent, ils la raillent. Ils y marchent si résolument qu'ils semblent traîner le bourreau à leur suite ; quand ils montent sur le bûcher, ils ont l'air de menacer les flammes et les font trembler devant eux. Ils nous rappellent certains personnages des tragédies de Sénèque qui, comme les gladiateurs, mettent leur vanité à bien recevoir le dernier coup. L'énergie du petit chrétien, qui sait si bien mourir, dans la passion de saint Romain, ressemble à celle du jeune Astyanax quand il se jette du haut d'une tour de Troie avec des vers de stoïcien. »




1. P. BATIFFOL, Histoire du Bréviaire romain, in-12, Paris, 1893, p . 257.

2. MABILLON, Museum italicum, in-4°, Parisiis, 1674, t. I, p. 143. TH. ITTIG, dans Acta eruditorum, nov. 1687, p. 593.

3. Voyez P. ALLARD, Prudence historien, dans la Revue des Questions historiques, 1er avril et 1er juillet 1884 ; et l'Hagiographie au IV° siècle; martyres de saint Hippolyte, de saint Laurent, de sainte Agnès, de saint Cassien, d'après les poèmes de Prudence, dans même revue, 1er avril 1885. En ce qui a trait au martyre de saint Hippolyte, cf. FICKER, Studien zur Hippolytfrage (Leipzig, 1893), p. 43-64. Voyez aussi Poncif, Prudence Paris, 1888, in-8°). MANITIUS, Geschichte der christlichlateinischen, poésie (Stuttgart, 1891). G. BOISSIER, La fin du Paganisme (Paris, 1898, in-12), t. II, p. 117 suiv. P. CHAVANNE, le Patriotisme de Prudence, dans la Revue d'hist. et de litt. religieuses, t. IV (1899), p. 332 et 385.

1. Peri Stephanôn, VI, v. 1 suiv.

2. Ibid., IV, v. 61, 64, cf. 71, 72.

3. A. DUFOURCQ, la Christianisation des foules, dans Rev. d'hist. et de litt. relig., t. IV (1899), p. 260 suiv. G. BOISSIERloc. cit., p. 117.

4. Peri Stephanôn, III, 90.


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Message  Monique le Mer 20 Mai 2020, 7:34 am

Prudence est donc, par quelques-uns de ses défauts, un véritable Espagnol : il l'est aussi par ses qualités, et l'on ne doit pas être surpris que l'Espagne ait eu sur lui une telle influence : il l'aimait avec passion ; elle lui semblait une terre bénie à laquelle Dieu témoigne une faveur particulière :



Hispanos Deus aspicit benignus (1).


Il n'est jamais plus heureux que lorsqu'il peut célébrer des martyrs de son pays. L'Espagne est déjà ce qu'elle sera jusqu'à la fin, la dévote Espagne. Le culte des saints y a pris tout de suite une grande extension. Chaque ville a les siens, dont elle est fière, qu'elle comble d'hommages. Emerita, « la belle colonie romaine dont un fleuve lave les murs », a donné naissance à sainte Eulalie ; c'est là qu'est morte la noble enfant en confessant sa foi. Tarragone est pour lui l'heureuse Tarragone, Felix Tarraco ! Elle est encore tout illuminée des flammes du bûcher de son évêque Fructuosus (2). Mais rien n'égale Caesaraugusta (Saragosse) : après Carthage et Rome [nous l'avons dit], c'est elle qui compte le plus de martyrs. Elle en possède un si grand nombre que toute la ville en est sanctifiée et que le Christ y règne en maître :


Christus in totis habitat plateis,

Christus ubique est
(3) !

 Quelque nombreux qu'ils soient, elle tient à tous et n'en veut perdre aucun. Les habitants de Sagonte prétendent s'emparer de saint Vincent, sous prétexte qu'il a souffert le martyre chez eux : « Il est à nous, répondent ceux de Saragosse, quoiqu'il soit allé mourir dans une ville inconnue. Il est à nous ; c'est chez nous qu'il a passé sa jeunesse et qu'il a fait l'apprentissage de ses vertus (4). »

Au temps de Dioclétien, l'Espagne dut donner un nombre considérable de martyrs, car nous savons que la recherche des chrétiens y fut conduite avec un acharnement inouï par un magistrat dont le nom est demeuré célèbre parmi ceux des plus féroces ennemis du christianisme. Datianus remplissait probablement les fonctions de vicaire du diocèse d'Espagne (1), ou bien celles de commissaire spécial délégué à la recherche des chrétiens. Nous le voyons parcourir la province entière et porter des condamnations contre les fidèles dans la Tarraconaise, la Lusitanie et la province de Carthagène, faire arrêter prêtres, évêques et, en général, tous les ministres du culte chrétien (2). Ce fut sans doute devant lui que l'évêque de Cordoue, Osius, destiné à une si grande illustration dans la suite, comparut et confessa le Christ (3) ; mais une partie des victimes destinées à assouvir la haine de Datianus lui fut enlevée par l'amnistie accordée à l'occasion des vicennales de Dioclétien (303), c'est-à-dire du vingtième anniversaire de son avènement à l'empire, amnistie qui rendit à la liberté d'innombrables chrétiens(4) ; cependant on retint quelques confesseurs plus signalés : le diacre Vincent était du nombre.



1. Peri Stephanôn, VI, 4.

2. Ibid., VI, 1.

3. Ibid., IV, 71.

4. G. BOISSIER, loc. cit., t. II, p. 122-123.

1. J. MARQUARD, Römische Staatsverwaltung, t. I, p. 231; WILLEMS, le Droit public romain (Louvain, 1874, in-8°), p. 421.

2. RUINART, Acta sincera, p. 390. Passio S. Vincentii levitae, § 2.

3. S. ATHANASE, Hist. arianorum, 44 ; Apolog. de fuga. 7. EUSÈBE, de Vita Constantini, II, 63, 73. SOZOMÈNE, Hist. eccl., I, 16.

4. EUSÈBE, de Martyrib. Palaestinae, § 2, 4.


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Message  Monique le Jeu 21 Mai 2020, 7:24 am

La persécution reprit l'année suivante (304). Prudence nous a conservé le souvenir de ceux qui moururent alors pour Jésus-Christ ; néanmoins rappelons quelques noms qu'il a oubliés : sainte Léocadie, morte sous Datianus, dans la prison de Tolède (1), les saints Servand et Germain, martyrisés à Cadix (2), les saints Oronce et Victor à Girone (3).

« Dans une de ses plus belles hymnes (4), Prudence représente le jour terrible [du jugement]; il nous montre le juge suprême « porté sur une nuée en flamme ; il « se prépare à peser les nations dans sa juste balance », tandis que chaque cité réveillée de la mort s'apprête à comparaître devant lui, apportant avec elle, pour le désarmer, les restes des martyrs auxquels elle a donné naissance. Je demande la permission de citer quelques vers de ce début magnifique, qui me semble avoir l'ampleur et la pureté des chefs-d'oeuvre classiques :




Quum Deus dextram quatiens coruscam

Nube subnixus veniet rubente

Gentibus justampositurus aequo

Pondere libram ;



Orbe de magno capot excitata

Obviam Christo properanter ibit

Civitas quaeque pretiosa portans

Dona canistris
(5).



Cette procession des villes, qui s'avancent dans des attitudes variées, l'une pressant son trésor contre son sein (6), l'autre apportant son offrande sous la forme de couronnes éclatantes de pierreries (7), celle-ci décorant son front d'olivier jaunissant, symbole de paix (1), celle-là jetant, d'un geste confiant, sur l'autel les cendres d'une jeune martyre (2), est une des plus grandioses conceptions de la poésie chrétienne. Le soin qu'ont pris les cités d'honorer la tombe des martyrs va leur ouvrir le ciel à la suite de ces restes sacrés que la trompette ranime, et c'est en vers enflammés que Prudence nous fait ce tableau :



Sterne te totam generosa sanctis

Civitas mecum tumulis ; deinde

Mox resurgentes animas et arius

Tota sequeris.



Saragosse conduit la marche héroïque ; elle rappelle les noms de Vincent, de Caius et de Crementius, qui « goûtèrent légèrement la saveur du martyre », car ils ne moururent point (3) ; de la vierge Eucratis, à qui le bourreau coupa les seins, déchira les membres, mais elle échappa à la mort. Elle résidait encore à Saragosse lorsque le poète la célébrait dans ses vers (4), on y montrait même une partie de son foie arraché avec des ongles de fer ; enfin une foule de chrétiens anonymes, martyrum turbas (5).

Girone apporte les reliques de saint Félix (6) ; Barcelone, celles de saint Cucufas (7) ; Alcala, celles des saints Juste et Pastor (8); Cordoue, celles d'Acisclus, de Zoellus et les trois couronnes de Fauste, Janvier et Martial (1); enfin Mérida apporte les cendres de sainte Eulalie (2).

Je ne puis écrire ce dernier nom sans m'attarder quelques instants à l'aimable enfant qui le porta ; sa mort la fit sainte devant Dieu et illustre parmi les hommes. La jeune martyre a été célébrée dans deux ouvrages que je vais rappeler ici ; leur charme fera excuser cette digression.




1. ADON, USUARD, au 9 décembre.

2. Ibid., au 23 octobre.

3. Ibid., au 22 janvier. Cf. Acta Sanct., janvier, t. II, p. 389,
et TILLEMONT, Mém. hist. eccl., t. V, note XXVI sur la persécution de Dioclétien.

4. Peri Stephôn., IV.

5. G. Bonnes, loc. cit., t. lI, p. 125.

6. Ibid., 7-8.

7. Ibid , 21-23.

1. G. BOISSIER, ibid., 55-56.

2. Ibid., 37-40.

3. Ibid., 181-188.

4. Ibid., 109-140.

5. Ibid., 58.

6. Ibid., 29-30.

7. Ibid., 34-35.

8. Ibid., 41-44.

1. G. BOSSIER, ibid., 8-9.

2. Ibid., 37-40.


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Message  Monique le Ven 22 Mai 2020, 6:52 am

HYMNE DE PRUDENCE A LA VIERGE EULALIE
(3)



Elle comptait douze hivers, lorsque, sur un bûcher crépitant, farouche, elle épouvanta ses bourreaux.

Déjà elle avait fait pressentir qu'elle ne tendait qu'au trône de Dieu, quand elle maltraitait ses membres destinés au lit conjugal, toute petite fille qui ne savait pas jouer,

Qui dédaignait les douceurs, écartait avec larmes les roses, repoussait les bracelets d'or ; qui, le visage serein, la démarche modeste, avait le front méditatif des vieillards.

Au bruit qu'une tourmente furieuse se lève contre les serviteurs de Dieu, qu'on ordonne aux chrétiens de brûler l'encens trempé de sang et de sacrifier à ses dieux funestes le foie d'une bête,

L'esprit sacré d'Eulalie frémit, et fière, elle se prépare à se jeter dans le tourbillon de la guerre ; le coeur rude, haletante de Dieu, femme, elle défie les armes des hommes.

Mais la piété maternelle veille à ce que la généreuse enfant reste cachée à la maison, perdue dans la campagne, loin de la ville, de peur que, sauvage, elle ne se rue à la mort glorieuse.

Elle, ne pouvant plus supporter cette lâche attente, de nuit, sans témoin, pousse la porte, ouvre en fugitive la barrière du parc et, à travers champs, fait route.

Elle va, les pieds déchirés par des lieux escarpés, dans l'ombre, accompagnée du choeur des anges, et quoique l'horrible nuit se taise, elle a avec elle Celui qui conduit le jour.

Dans sa course hâtive, elle a fait plusieurs milles avant que le jour s'ouvre, et, le matin, superbe, elle entre au tribunal et se dresse au milieu des faisceaux,

En criant : « Quelle fureur vous pousse à précipiter dans la mort, à déchirer aux pointes des rochers des coeurs prodigues d'eux-mêmes et à renier Dieu, père de tout ?

« Vous recherchez, horde misérable, la race des chrétiens ? Me voici, moi, l'ennemie de vos mystères démoniaques, foulant aux pieds vos idoles, et du coeur et de la bouche confessant Dieu.

« Isis, Apollon, Vénus, néan ! Néant aussi votre Maximien ; néant, ces dieux, parce que faits de main d'homme ; néant, votre empereur, parce qu'il adore les ouvrages des hommes ; frivolité et néant, l'une et l'autre chose.

« Que votre puissant Maximien, qui se fait le client de ces pierres, prostitue, voue à ses dieux sa propre tête ; mais; pourquoi frappe-t-il des coeurs généreux ?

« Ce bon chef, ce rare arbitre se repaît du sang innocent, et, gueule béante contre les corps pieux, il déchire de sobres entrailles, il jouit à torturer la foi.

« A donc, bourreau, brûle, coupe, partage ces membres coagulés de boue ; briser cette fragile chose est facile. Mais ce qui ne sera pas pénétré par la douleur, c'est mon âme profonde. »

Exaspéré par ces paroles, le préteur s'écrie : « Enlève, licteur, cette furieuse ; écrase-la de supplices ; qu'elle sente qu'il est des dieux de la patrie et que le pouvoir du prince est lourd.

« Je désirerais pourtant qu'avant ta mort, si c'est possible, tu reviennes de ta méchanceté, sombre petite fille ; regarde, tu moissonnes les joies que te promettait une origine illustre.

« Songe à ta maison, glissée dans les larmes, et combien gémit, anxieuse, la noblesse de ta race, parce que tu meurs dans ta tendre fleur, au seuil presque de tes noces.

« Elle ne t'émeut donc pas, la pompe dorée de l'hymen ?


Elle ne te touche pas, la douleur vénérable de tes vieux parents, que ta téméraire faiblesse va perdre ? Voici préparés les instruments de ton abominable mort.

« Ou le glaive te tranchera la tête, ou tu seras déchirée par les bêtes féroces, ou livrée au bûcher fumant ; déplorable enfant, au milieu du désespoir dont hurleront les tiens, en cendres tu t'écouleras, consumée.

« Dis-moi, c'est donc une si grosse affaire que de te dérober à tout cela ? un peu de sel, une pincée d'encens, que bien disposée tu consentirais à toucher du bout de tes doigts, et voilà écarté le grave châtiment. »


La martyre ne répond rien, mais elle frémit et crache à la face du tyran ; puis elle brise les statues et met le pied sur l'autel.

Aussitôt les deux bourreaux lacèrent sa poitrine, les ongles de fer entrent dans son sein virginal qu'ils fendent jusqu'aux os ; Eulalie compte ses plaies.

Sans pleurs ni gémissements, joyeuse et intrépide, elle chantait. La dure douleur est hors de son âme ; le sang frais qui s'écoule d'elle comme une chaude fontaine lave sa peau et teint de pourpre ses membres.

Mais voici la dernière invention du bourreau ; on allume des lampes dont la flamme mord ses flancs et ravage ses entrailles.

Sa chevelure odorante avait glissé sur ses seins ; elle voltigeait sur ses épaules, protégeant sa pudeur virginale.

Mais la flamme crépitante vole jusqu'à son visage et, se répandant par les cheveux, gagne la tête ; la vierge, avide de mourir, aspire et boit aux flammes.

Alors, de la bouche de la martyre, émerge en rampant, plus blanche que neige, une colombe qui paraît la quitter et suivre les astres ; c'était l'âme d'Eulalie, toute blanche, toute légère, tout innocente.

Le cou se penche, au départ de l'âme ; le feu du bûcher se meurt ; la paix est rendue aux pauvres membres inanimés ; l'oiseau semble applaudir, du battement de ses ailes, puis il gagne le sommet du temple.

Il a vu l'oiseau sortir de la bouche de la jeune fille, le satellite du tyran.

Stupéfait, épouvanté, il bondit, il s'enfuit de son ouvrage ; le licteur fuit aussi.

Et voici que l'hiver glacé se met à répandre la neige ; il en couvre tout le forum, et sur les membres d'Eulalie encore pendants à la roue refroidie, il étend son très pâle linceul.




3. J'emprunte cette excellente traduction au livre très original de
M. ALFRED POIZAT, les Poètes chrétiens. Scènes de la vie littéraire du
IV° au VII° siècle, in-8°, Lyon, 1902, p. 251-256.




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Message  Monique le Sam 23 Mai 2020, 7:11 am

Parmi les plus anciens monuments de la langue romane, au moment où, dans la barbarie croissante, on voit le latin achever de se décomposer et de périr, nous avons conservé une Cantilène ou Séquence de sainte Eulalie, décalque d'un chant d'église latin (1) qu'on peut dater de l'année 880 environ. C'est un petit poème de vingt-huit vers dont la langue et la versification sont intéressantes à étudier. J'en donne ici la traduction (2) :



Eulalie fut bonne pucelle,
elle avait un beau corps, une âme plus belle.

Les ennemis de Dieu voulurent la convaincre,
voulurent la faire servir le diable.

Elle n'écoute pas les mauvais conseillers,
pour qu'elle renie Dieu, qui demeure au ciel.

Ni pour or, ni pour argent, ni parure,
ni menace de roi, ni prière
ni autre chose, on ne peut jamais plier
la jeune fille qu'elle n'aimât que le service de Dieu.

Et pour cela elle fut présentée à Maximien,
qui était en ces jours roi sur les païens.

Il l'exhorte, ce dont ne vaut à elle,
qu'elle fuie le nom chrétien
et que pour cela elle abandonne sa doctrine.

Plutôt elle supporterait les fers
que de perdre sa virginité.

Pour cela elle mourut à grande honnêteté.

Ils la jetèrent au feu, de façon qu'elle brûle tôt.

Elle n'avait aucune coulpe, aussi ne brûla-t-elle pas.

A cela le roi païen ne voulut se fier :
Il ordonna de lui ôter la tête avec l'épée.

La demoiselle n'y contredit.

Elle veut laisser le siècle, si le Christ l'ordonne ;
en figure de colombe elle vola au ciel.

Prions tous qu'elle daigne pour nous intercéder,
que le Christ ait pitié de nous
après la mort et nous laisse venir à lui
par sa clémence.




1. Cf. E. KOSCHWITZ, les plus anciens Monuments de la langue française, 4e édit., Heilbronn, 1886. K. BARTSCH et HORNING, la Langue et la litt. fr. depuis le IXe siècle jusqu'au XIVe siècle, in-8°, Paris, 1887.

2. E. LITTRÉ, Histoire de la langue française, in-12, Paris,1882, t. II, p. 289.



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Message  Monique le Dim 24 Mai 2020, 8:02 am


IV. Afrique.



Les origines de l'Église d'Afrique sont tout à fait claires. Le bon sens des hommes de ce pays les a mis en garde d'un travers dont beaucoup d'autres n'ont pas su se préserver ; peut-être aussi la culture des esprits y était-elle trop avancée pour laisser prise aux fables. C'est en l'année 180 que cette Église entre dans l'histoire, et de la manière la plus honorable, avec deux groupes de martyrs, à Scillium et à Madaure. Les Actes des premiers se trouvent dans ce recueil (t. I) ; les autres s'appelaient Namphano, Miggin, Lucita, Sanaé (1). Quelques années plus tard, vers l'an 200, on voit par les écrits de Tertullien que le christianisme s'était fort répandu, tellement qu'il avait passé la frontière de l'empire et faisait ses conquêtes chez les Gétules et chez les Maures, qui étaient des peuples habitant vers l'Aurès, les Gétules au sud et au sud-est de l'Aurès, les Maures un peu plus à l'ouest (2).

Depuis l'année 180, l'Église d'Afrique jouissait d'une large tolérance. Les proconsuls s'étaient montrés indifférents ou bienveillants (3). Mais dans ce pays l'ardeur des esprits débordait continuellement la modération romaine : les polémiques de Tertullien d'une part, les injures de la plus grossière partie du peuple d'autre part, envenimaient les relations quotidiennes et préparaient les excès. Pendant les années 198 à 200 (ou 201), de nombreux chrétiens furent mis en prison ; à Carthage (1), chaque jour, plusieurs étaient jugés et mis à mort ; c'étaient, en outre, des émeutes populaires, des attaques individuelles contre les fidèles isolés, des violences ouvertes contre leurs propriétés (2).

Fréquemment quelque assemblée chrétienne était dénoncée par un traître, envahie aussitôt et pillée (3) ; enfin on viola même les cimetières, car la communauté possédait à Carthage des domaines funéraires à ciel ouvert (4). Tertullien, qui nous a donné ces détails, n'a ajouté aucun nom, aucun chiffre que nous aurions eu si grand intérêt à connaître, mais l'acharnement de la haine et la variété des souffrances laissent entrevoir une communauté puissante et nombreuse. On s'attend bien à trouver ici un texte célèbre : « Sans prendre les armes, sans nous révolter, nous pourrions vous combattre simplement en nous séparant de vous ; car si cette multitude d'hommes vous eût quittés pour se retirer dans quelque contrée éloignée, la perte de tant de citoyens de tout état aurait décrié votre gouvernement, et vous eût assez punis : vous auriez été effrayés du silence de votre solitude, du silence, de l'étonnement du monde, qui aurait paru comme mort ; vous auriez cherché à qui commander ; il vous serait resté plus d'ennemis que de citoyens. A présent, la multitude des chrétiens fait que vos ennemis paraissent en petit nombre ». « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, vos îles, vos châteaux, vos bourgades, vos conseils, vos camps, vos tribus, vos décuries, le palais, le sénat, le forum.» (Apol., 37.)



1. MAXIME DE MADAURE, Epist. 16, inter Augustinianas.

2. L. DUCHESNE, les Eglises séparées, in-12, Paris, 1896, p. 286 sq.

3. TERTULLIEN, Ad Scapul. 4. Cf. Y. BAESTEN, l'Afrique et la civilisation chrétienne,
dans Précis historiques, 1878, B. VII, 273-285, 374,

392 435-454,553-569,607-630, 676-698, 721-739.

1. TERTULLIEN, Exhort. ad martyres. B. AUBÉ, l'Église d'Afrique
et ses premières épreuves sous le règne de Septime-Sévère, dans Revue historique,
1879, t. XI, p. 241-297.

2. Apolog., 37.

3. Ibid., 7.

4. Ibid., 37.


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Message  Monique le Lun 25 Mai 2020, 8:23 am

Dans le Livre à Scapula, écrit en 211, nous trouvons des chiffres : « Que ferez-vous, demande Tertullien, de tant de milliers d'hommes de tout sexe, de tout âge, de tout rang, qui s'offriront à vos coups ? Qu'il faudra de bûchers et de glaives ! Que souffrira Carthage même, que vous devrez décimer (1) », et encore « dans chaque ville, plus de la moitié des habitants sont chrétiens (2) », et il y avait dans l'Afrique romaine plusieurs centaines de villes, quelques-unes fort peuplées. Ici, le témoignage de Tertullien est très recevable, puisqu'il écrit dans le pays même qui fait l'objet des évaluations ; en outre, en l'espèce, Tertullien a fait preuve de modération lorsqu'il parle de pays dans lesquels il ignore l'existence des Églises (3).

Il suffit d'ailleurs d'utiliser les monuments encore subsistants de la littérature africaine pour constater ce que le mot de Tertullien renferme de vérité historique. Il n'y a presque pas de ville qui n'ait fourni des épitaphes funéraires, dont un assez grand nombre doit être restitué avec certitude à la période préconstantinienne, et parmi tant d'autres fragments, il s'en trouve probablement un grand nombre ayant servi à des sépultures chrétiennes violées par les païens dans les jours où l'on donnait l'assaut aux cimetières des frères (1).

Nous connaissons l'existence de ces cimetières à Carthage, à Aptonge, à Cirta, à Césarée de Maurétanie (2). Les Actes de sainte Perpétue et de sainte Félicité mentionnent plusieurs martyrs ; nous en connaissons quelques autres que l'on peut joindre à ces multi frères martyres dont parlent les Actes que j'ai cités (3). On ne saurait tirer argument du petit nombre de ceux offerts par le calendrier carthaginois du VIe siècle publié par Mabillon, car, entre les lacunes de cette pièce excellente, on doit marquer l'omission de certains martyrs qu'on se serait attendu à y rencontrer. On verra un autre témoignage du progrès des conversions dans l'édit de 202. Le texte en a été résumé ainsi par Spartien : « Pendant son voyage en Palestine, il promulgua plusieurs ordonnances. L'une défendait, sous menace de peine grave, d'embrasser le judaïsme, une autre semblable concernait le christianisme : In itinere Palaestinis plurima jura fandavit. Judaeos fieri sub gravi poena vetuit, item etiam de christianis sanxit (4). »



1. Ad Scapul., 2.

2. Ibid.

3. P. MURY, le Nombre des chrétiens de Néron à Commode,
dans la Revue des Questions historiques (1877), t. XXII, p. 522. TERTULLIEN, Apolog., 60.

1. Apolog., 37.

2. Acta proconsularia S. Cypriani, dans RUINART, Acta sincera (Parisiis, 1689, in-4°) ;
Passio SS. Montani, Leucii, etc., ibid. ; Gesta purgationis Felicis, dans BALUZE,
Miscellanea, t. I, p. 20 ; Gesta purgationis Caeciliani, ibid., p. 24. Corp. inscr. lat., t. VIII, n° 9585.

3. Passio S. Perpetuae, § 13.

4. Severus, 17. Cf. CAHIER, Souvenirs de l'ancienne Eglise d'Afrique, trad. en part. de l'italien,
Paris, 1862, in-8°. Ouvrage rédigé en partie d'après les travaux de C. CAVERONI, dans les
Memorie di religione et scienza, Modène, IIe série, t. VIII, p. 305-365 ; t. IX, p. 5-51, 225-272 ;
t. X, p. 5-30, 185-248.


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Message  Monique le Mar 26 Mai 2020, 7:19 am

C'est donc la propagande, ou, si l'on veut, le prosélytisme et l'évangélisation, que l'on frappe; il semble que l'on ne puisse désormais envisager la lutte avec les chrétiens déjà convertis. Les lois sont faites d'après une situation donnée, et l'édit de 202 prouve la réelle inquiétude qui s'était emparée du législateur alors qu'il sentait l'état païen menacé : obsessam voci ferantur civitatem (1). Il faut donc faire dans la statistique une large place aux chrétiens de race, gen[ei] Khristianos (2). En Afrique, la persécution trouve à s'exercer dans toute l'étendue de la province ; en 209, le proconsul punit les chrétiens dans la Proconsulaire, pendant que le légat en Numidie et le procurateur en Maurétanie font de même. Les Actes de sainte Perpétue montrent une organisation ecclésiastique déjà bien complète. Un évêque, un prêtre catéchiste, des diacres, des fidèles, des catéchumènes, des services organisés pour les prisonniers, pour recueillir l'enfant nouveau-né de Félicité, enfin un peuple de fidèles fort turbulent et qui sort de l'église de la même manière scandaleuse que les païens sortent du cirque.

Ce fut vers 212, sous Caracalla, que Tertullien écrivit le traité Ad ScapuIam qui nous a fourni plusieurs indications positives qu'il faut toujours tenir rapprochées de cette date. Ici je ne puis me dispenser de citer : « Prenez, garde qu'à force de supplices vous ne nous fassiez lever en masse, non pour vous assaillir, mais pour vous prouver seulement que, loin de craindre votre tyrannie, nous l'invoquons. » Lorsque Arrius Antoninus persécutait les chrétiens d'Asie, tous ceux de sa province se réunirent et se portèrent devant son tribunal. Il en fit emprisonner quelques-uns et dit aux autres : « Insensés ! si vous voulez mourir, n'y a-t-il pas assez de cordes et de précipices ? « [i]O deiloi, ei Thelete apothneskein, kremnous e brokhous ekhete.

Si nous allions en faire autant, que ferais-tu de tant de milliers d'hommes et de femmes de tout rang ? Que de bûchers, que d'épées ne te faudrait-il pas ? Quelles seront les souffrances de cette Carthage que tu veux décimer, quand tes soldats eux-mêmes ne trouveront sous le tranchant de leur glaive que des amis ou des parents ? quand ils y trouveront des chevaliers et des dames romaines, nobles comme toi, et peut-être tes plus proches parents et tes amis les plus intimes (1) ? »

Cet appel finit par une indication que je ne dois pas négliger. « Bien des hommes, frappés de notre courageuse constance, se prennent à s'enquérir de la cause d'une si admirable patience, et sitôt qu'ils connaissent la vérité, ils sont des nôtres et marchent dans nos voies (2). » Je trouve un curieux commentaire de ces paroles dans un opuscule anonyme longtemps attribué à saint Cyprien : « Lorsque des mains cruelles torturaient les membres du saint, lorsque le bourreau lui déchirait les chairs, sans pouvoir abattre sa constance, j'ai entendu parler les assistants. L'un disait : C'est une grande chose et dont je me trouble fort que de voir maîtriser ainsi la douleur. D'autres reprenaient : Cet homme doit avoir des enfants, car une épouse est assise à son foyer, et cependant l'amour des siens est impuissant à le fléchir. Il faudra pénétrer et connaître le mystère qui fait sa force (3). »



1. TERTULLIEN, Apolog., 1.

2. C. BAYET, loc. cit., n° 75.

1. Ad Scapul., 5.

2. Ibid.

3. Liber de laude martyrii, § 15,


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Message  Monique le Mer 27 Mai 2020, 6:58 am

La littérature exceptionnellement conservée de l'Église d'Afrique nous fournit pour cette époque de nouveaux moyens d'évaluation. Le premier concile de Carthage, convoqué par Agrippinus, entre 218 et 222 (1), réunissait dix-huit évêques de Numidie ; au troisième concile de Carthage, saint Cyprien pourra grouper, pour la province proconsulaire la Numidie et la Maurétanie, quatre-vingt-sept évêques. Vers le milieu du ? siècle, l'Église de Carthage nous est admirablement connue grâce à la correspondance et aux opuscules de son évêque saint Cyprien, autrefois avocat au barreau de cette ville, issu d'une famille de décurions et devenu évêque en 248 (2).

Tout ce que nous savons de la persécution de Dèce en Afrique nous montre que les paroles de Tertullien n'ont rien d'exagéré. Le nombre des apostats fut immense. Toutes les classes, tous les ordres eurent les leurs ; on vit à Saturnum une partie des fidèles, conduite par son évêque, se rendre au temple des dieux pour sacrifier (3). Cependant il demeurait assez de chrétiens fidèles pour soutenir l'honneur de l'Église. Il y eut des exécutions, des emprisonnements, et il restait encore des frères parmi ceux auxquels s'adressait la parole de saint Cyprien pour qu'il pût leur recommander de ne pas venir en foule visiter les prisonniers : tamen caute hoc et non glomeratim nec per multitudinem simul junctam (4).

Il faut compter enfin les bannis; nous en connaissons plusieurs groupes, l'un d'eux comptait 65 personnes, et les fugitifs, parmi lesquels fut l'évêque Cyprien, dont l'exil dura quatorze mois. Ce fut peu après son retour qu'eut lieu à Carthage une quête parmi les chrétiens afin de subvenir au rachat des frères enlevés par les tribus numides. On recueillit cent mille sesterces (1), environ vingt-cinq mille francs de notre monnaie, chiffre qui laisse entrevoir une communauté très nombreuse si l'on tient compte des pertes matérielles qu'elle avait eu à subir du fait de la persécution de Dèce. Les années qui suivirent étaient propices au développement plus ou moins rapide des communautés, car la persécution de Valérien ne s'acharnait que sur les chefs des Églises et ne poursuivait les fidèles que dans le cas de réunion illicite. Ce fut la cause du martyre d'un groupe de chrétiens de l'Afrique proconsulaire, peut-être étaient-ils d'Utique. Ils ont gardé le surnom de Massa candida. Ils étaient plus de cent cinquante-trois, dit saint Augustin (2), trois cents, dit Prudence (3). Lors du martyre de saint Cyprien, nous retrouvons la communauté de Carthage formant une foule compacte (4). Ce grand homme laissait l'Église d'Afrique une des plus florissantes du monde romain.



1. C. HÉFÉLÉ, Conciliengeschichte nach den Quellen bearbeitet. 2

verm. und verbess. Auflage, Freiburg in Breisgaw, 1873, in-8°, t. I, p. 48 sq.

2. Voy. la Vita par Pontius le diacre, P. L., t. III, col. 1542-1558.

3. S. CYPRIEN, Epistolae, passim.

4. Id., Epist., 4.

1. S. CYPRIEN, Epist., 20.

2. Enarr. in Psalm. XCIX, et P. MONCEAUX, La Massa candida, dans la Revue archéologique (1900).

3. Peri Stephanôn, XIII, 83.

4. Acta proconsularia, § 5.


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Message  Monique le Jeu 28 Mai 2020, 7:04 am

Je ne mettrai à profit les Actes de martyrs de cette persécution que pour y relever deux indications précieuses pour mon sujet. Dans les Actes de Jacques et Marien, je vois que les chrétiens se rencontraient un peu partout. Deux évêques ramenés d'exil font halte à Muguas près de Cirta (1), ils mettent pied à terre dans une ferme où habitaient des chrétiens. Lors du martyre des saints, leurs compagnons étaient si nombreux que le bourreau embarrassé craignit que l'amoncellement de leurs cadavres sur un seul point de la rivière au bord de laquelle on devait les décapiter ne la fit sortir de son lit ; il ordonna aux condamnés de se ranger à la file le long de la rivière et il passa devant le rang, coupant les têtes.

Depuis ce temps, le christianisme était si répandu dans l'Afrique que les traces de son expansion deviennent difficilement saisissables ; les grandes divisions territoriales sont remplies d'Églises, on peut juger que dans la seconde moitié du ? siècle le progrès à faire se réduit à s'étendre autour des centres occupés. Grâce aux travaux anciens et à l'attention que les érudits de nos jours portent aux antiquités de l'Afrique, l'étude des origines chrétiennes de cette province sera bientôt une de celles qui pourront être essayées avec les renseignements les plus nombreux et les plus sûrs (2).

Tertullien nous apprend que le premier persécuteur de l'Église d'Afrique fut le proconsul Vigellius Saturninus, qui, dit-il, primus gladium in nos egit (1). Ce fut lui qui fit mourir Namphano de Madaure et ses compagnons Miggin, Lucita, Sanaé en 180. La persécution reprit en 198 ou 199; elle débuta par de nombreuses arrestations, puisque c'est aux chrétiens emprisonnés dans les cachots que Tertullien adressait son ouvrage sur l'Exhortation au martyre. Il leur donnait le titre de martyrs désignés, comme on appelait consul désigné celui qui était destiné au consulat. Parmi ces prisonniers se trouvaient sans doute quelques-uns des « nombreux frères martyrs » dont parlent les Actes de sainte Perpétue (2), parmi lesquels elle nomme : Jucundus, Saturninus, Artaxius, brûlés vifs (3), Quintus, mort en prison (4), Celerina et ses deux fils Laurentius et Ignatius (5), peut-être aussi deux apostats repentants, Castus et Emilius : « Vaincus dans un premier combat, raconte saint Cyprien, Dieu les rendit victorieux au second. D'abord ils cédèrent aux flammes ; les flammes leur cédèrent ensuite. Ils terrassèrent l'ennemi par les mêmes armes qui avaient servi à les terrasser auparavant (6). » L'exorde de l'Apologétique de Tertullien montre la condition précaire des fidèles, dont quelques-uns comparaissaient chaque jour devant les tribunaux (7).



1. Rapprochement d'une inscription trouvée à Constantine et d'un passage des Actes des martyrs fournissant une nouvelle preuve de l'identité de Constantine et de Cirta, par E. CARETTE, capitaine du génie, membre de la commission scientifique d'Algérie, dans les Mémoires présentés par divers savants à l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France, 2e série, Antiquités de la France, t. I, p. 206 sq. (Paris, 1843, in-4°), S. GSELL, dans Rec. de la Société archéol. de la prov. de Constantine, 1895, t. XXX, p. 214-215, revendique le lieu du martyre à Lambèse.

2. Pour la bibliographie et la mise en oeuvre des principaux résultats acquis, cf. D. CABROL, Dict. d'arch. chrét. et de liturgie (1903), au mot Afrique.

1. TERTULLIEN, Ad Scapulam, § 3.

2. Passio S. Perpetuae, § 13.

3. Ibid., § 11.

4. Ibid.

5. S. CYPRIEN, Epist., 34.

6. De lapsis, § 13.

7. Apolog., 1.


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Message  Monique le Ven 29 Mai 2020, 6:47 am

La cause ne traînait pas en longueur : accusés, ils ne se défendaient pas ; interrogés, ils avouaient ; condamnés, ils s'en faisaient gloire (1). Plusieurs furent mis à la torture avant le jugement (2) ; il y en eut de relégués dans les îles (3), d'autres décapités (4), d'autres déchirés par les bêtes (5) et par les crocs de fer (6), d'autres furent brûlés (7), d'autres crucifiés (8), une chrétienne fut violée (9), des fidèles firent poursuivis à coups de pierres dans les rues, et leurs maisons brûlées (10). Ce subit revirement d'une paix relative à une poursuite acharnée ne trouvait pas toutes les âmes préparées à l'épreuve ; beaucoup de chrétiens prenaient la fuite au début de la persécution, comme les y autorisait la condescendance de l'Église, qui leur disait « Mieux vaut encore, en temps de persécution, fuir de ville en ville que de renier le Christ dans la prison ou dans la torture. Plus heureux cependant ceux qui sortent de ce monde avec la gloire du martyre (11). » Mais les fugitifs trouvaient souvent tant de privations dans les lieux où ils s'étaient cachés que, n'y tenant plus, ils rentraient dans leurs foyers, escomptant une indulgence qu'ils ne rencontraient pas toujours (12).

Un Africain nommé Rutilius avait fui et, craignant d'être découvert, il changeait souvent de retraite; cependant, ne se sentant pas en sûreté, il préféra payer une rançon ; mais il fut arrêté quelques jours plus tard, mis à la torture et brûlé vif (1). Un nouvel écrit de Tertullien, daté de 202, nous montre les épreuves auxquelles les chrétiens étaient soumis : « Aujourd'hui, dit-il, nous sommes dans le feu même de la persécution. Ceux-ci ont attesté leur foi par le feu, ceux-là par le glaive, d'autres par la dent des bêtes. Il en est qui, ayant trouvé sous les fouets, dans la morsure des ongles de fer, un avant-goût du martyre, soupirent maintenant dans les cachots après sa consommation. Nous-mêmes, nous nous sentons traqués de loin, comme des lièvres destinés à tomber sous les coups du chasseur (2). » En l'année qui suivit la mort de sainte Perpétue et de ses compagnons, fut immolée une jeune fille nommée Guddène (203), dont le martyrologe d'Adon mentionne ainsi la mémoire : « A Carthage, anniversaire de sainte Guddène, vierge, qui, sous le proconsulat de Plautianus et Géta, par ordre du proconsul Rufinus, fut quatre fois, en divers temps, étendue sur le chevalet, et, après avoir été déchirée avec des ongles de fer, et longtemps tourmentée par l'horreur du cachot, fut enfin mise à mort par le glaive (3).


1. Ad nat., I, 1.

2. Apolog., 11.

3. Apolog., 12.

4. Apolog., 12.

5. Ibid.

6. Ibid.

7. Ibid.

8. Ibid.

9. Ibid. 50.

10. Ibid. 37.

11. TERTULLIEN, Ad Uxorem, I, 2.

12. Passio S. Theodoti Ancyrani.

1. TERTULLIEN, De fuga, 5.

2. TERTULLIEN, Scorpiace, 1.

3. ADON, Martyrol., XV kal. aug. ;
TILLEMONT, Mém. hist. eccl., t III, art. V sur la perséc. de Sévère ;
E. LE BLANT, les Actes des Martyrs, p. 5 ;
B. AUBÉ , les Chrétiens dans l'empire romain, p. 215 ;
P. ALLARD, Hist. des perséc., t. II, p. 218 ;
PILLET, les Martyres d'Afrique, improvise un entretien entre sainte
Guddène et sainte Perpétue.


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Message  Monique le Sam 30 Mai 2020, 8:19 am

Les martyrs dont nous savons ainsi quelques traits ne paraissent pas avoir donné lieu à une étrange accusation que Tertullien, devenu hérétique et ennemi fougueux du catholicisme, porte contre eux. Selon lui, il se serait trouvé des chrétiens qui, pour éviter l'angoisse de la torture, auraient fait usage de narcotiques et se seraient même enivrés. Voici ses paroles : « L'un des vôtres, naguère, à l'heure qui précéda sa comparution, fut tellement frappé d'hébétement par le vin préparé que vous lui fîtes prendre, qu'il fut incapable de répondre aux questions du gouverneur. Sur le chevalet, à peine touché par les ongles de fer, qui, dans son ivresse, lui semblaient seulement le chatouiller, il n'eut que de confus balbutiements d'ivrogne, et, la torture continuant, mourut dans une abjuration entrecoupée de hoquets (1). »

Il y a peu de cas à faire de ce texte, car la violence de l'expression semble n'y laisser que bien peu de place à l'énoncé de la vérité, et nous ne trouvons rien ailleurs qui confirme cette assertion.

Depuis l'année 198, la persécution ne s'apaisait plus guère en Afrique ; en 212, le proconsul Scapula Tertullus soumet les chrétiens au plus violent arbitraire. « Sous son gouvernement, dit M. Allard, la province est pleine de trouble et de souffrance : quiconque nourrissait contre un chrétien une haine particulière, un mauvais dessein intéressé se fait délateur et obtient la mort de son ennemi. Comme il arrive toujours en temps de proscription, d'innombrables vengeances privées se cachent sous le voile de la légalité ou de l'intérêt public. Aussi de toutes parts les bûchers s'allument, les amphithéâtres se remplissent de condamnés. « On nous brûle vifs pour le nom du vrai Dieu, écrit Tertullien [à cette date], ce qu'on ne fait ni aux véritables ennemis publics, ni aux criminels de lèse-majesté (1). » Mavilus d'Adrumète meurt sous la dent des bêtes (2).

           
1. De jejunio, 12.

1. Ad Scapulam, 4.

2. Loc. cit., t. II, p. 164-165.


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Message  Monique le Dim 31 Mai 2020, 6:15 am

Il n'est pas de mon sujet de rappeler les apostats innombrables que la persécution de Dèce fit en Afrique, je ne veux que rechercher les traces des martyrs : eux aussi furent nombreux. Les prisons de Carthage regorgeaient de chrétiens ; il y avait là des clercs, des laïques, des femmes et jusqu'à de petits enfants (3) ; nous connaissons les noms de deux détenus, le vieux prêtre Rogatianus et le laïque Felicissimus (4), et ceux de plusieurs victimes, mortes de faim dans leurs cachots : c'étaient Fortunio, Victorinus, Victor, Herennius, Credula, Herena, Donatus, Firmus, Venustns, Fructus, Julia, Martial, Ariston (5), et celui qui mandait ce funèbre martyrologe ajoutait : « Nous les suivrons bientôt, car depuis huit jours nous venons d'être remis au cachot. Auparavant on nous donnait tous les cinq jours un peu de pain et de l'eau à volonté (6). »

Cette épreuve de la faim était une de celles sur lesquelles on comptait le plus pour triompher des résistances, et lorsque, épuisé de corps et d'esprit, le malheureux était amené devant l'appareil effroyable de la justice de ce temps, on parvenait quelquefois à le faire sacrifier. Néanmoins les frères pouvaient se réjouir de la constance d'un grand nombre d'entre eux.

La fin de la persécution ouvrit la prison à un jeune homme nommé Aurélius, dont nulle épreuve n'avait triomphé ; d'autres, ramenés le corps brisé après la torture, mouraient de faiblesse, comme Paul (1), Fortunion (2), Bassus (3), Mappalique et ses compagnons. Quand ceux-ci comparurent devant le proconsul, on reprit sur eux toute la série des tourments déjà subis, « torturant non plus les membres, mais les plaies vives » (4). Le sang des martyrs ruisselait, mais eux restaient debout (5) ; enfin ils dirent au proconsul : « Attends à demain, et tu verras (6). » Le lendemain ils furent mis en pièces (7).



3. S. CYPRIEN, Epist. 81.

4. Ibid.

5. Epist. Lucii ad Celerinum, Epist. 21,
inter Cyprianicas.

6. Ibid.

1. Epistola Lucii ad Celerinum, Epist. 21,
inter Cyprianicas.

2. Ibid.

3. Ibid.

4. Epist. 8.

5. Ibid.

6. Ibid.

7. Ibid.


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Message  Monique le Lun 01 Juin 2020, 6:16 am

« Plus d'une fois la foule s'irrita des lenteurs calculées de la répression, et, incapable de comprendre ce qu'elles avaient d'insidieux et de redoutable, devança les sentences des magistrats. Carthage fut un jour témoin d'une horrible scène. Le peuple se rua sur un groupe de fidèles, les sommant d'abjurer. Soutenus par les exhortations d'un d'entre eux, Numidicus, ils refusèrent courageusement. Le fanatisme populaire les condamna et les exécuta sur-le-champ. Les uns furent lapidés, les autres brûlés : atteint par les pierres, les vêtements en feu, Numidicus continuait à prêcher la résistance, et, l'œil brillant d'une joie surnaturelle, regardait sa femme brûlée vive à ses côtés. Laissé pour mort avec les autres, il fut, le lendemain, retrouvé par sa fille sous les pierres et les cadavres : il respirait encore ; on le ranima (8). Quelque temps après, saint Cyprien annonçait au clergé et au peuple, par une lettre triomphante, l'élévation de ce héros au sacerdoce (1). »

Il faut citer aussi les exilés que l'édit de Dèce plaçait hors du droit commun, puisqu'il décidait que la peine de la relégation, quand elle s'appliquait au chrétien, entraînait pour lui la confiscation totale. Les magistrats avaient reçu le droit de la prononcer, et nous savons que le confesseur Aurelius fut leur victime (2) ; désormais on parle couramment des « exilés chassés de la patrie et privés de tous leurs biens » (3). Un groupe de bannis, au nombre de soixante-cinq personnes, parmi lesquelles Statius et Severianus, émigra à Rome (4) ; nous connaissons encore deux Carthaginois, Sophronius et Repostus (5); une femme Bona, coupable d'avoir protesté contre la violence de son mari pour le faire sacrifier (6); enfin un prêtre de Carthage, Félix, sa femme Victoria et le profane Lucius qui, ayant d'abord failli, furent soumis à une nouvelle épreuve, se rétractèrent courageusement et furent condamnés à la relégation avec confiscation de tous leurs biens (7).

Quant aux fugitifs, j'ai déjà signalé leur triste condition. Parmi ceux qui survécurent aux mauvais traitements, se trouvaient deux jeunes garçons, Aurelius et Celerinus ; celui-ci avait eu les ceps pendant dix-neuf jours et, rendu à la liberté, il gardait encore les cicatrices de sa confession (8).



8. Epist. 35.

1. P. ALLARD, loc. cit., t. II, p. 329.

2. S. CYPRIEN, Epist. 33.

3. Epist.13.

4. Epist. Celerini ad Lucium, Epist. 20,
inter Cyprianicas.

5. Epist. Caldonii ad Cyprianum, Epist. 39,
inter Cypr.

6. Epist. 18.

7. Ibid.

8. Epist. 34.


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Message  Monique le Mar 02 Juin 2020, 6:16 am

Gallus ayant continué la politique de Dèce, l'Afrique vit, en 252, de nouveaux martyrs. Une épître adressé par saint Cyprien (1) à Démétrianus, chargé de la poursuite des chrétiens, nous donne quelques détails sur cette persécution. « Prends garde, dit l'évêque, prends garde au sort qui t'attend, vieux comme tu l'es et déjà proche de ta fin. »

« Car vous ne craignez pas d'insulter et d'opprimer les disciples du Christ. Toi, en particulier, tu les chasses de leur demeure, tu les dépouilles de leur patrimoine, tu les charges de chaînes,tu les jettes en prison, tu les livres au glaive, aux bêtes, au feu. Non content de supplices rapides, tu prends plaisir à les faire périr en détail, à déchirer lentement leurs corps : ton ingénieuse cruauté invente de nouveaux tourments . »

Le principal héros de la persécution de Valérien en Afrique, saint Cyprien, nous apprend dans sa correspondance les maux qui fondirent sur les chrétiens de cette province. Des évêques, des prêtres, des diacres, des laïques des deux sexes sans distinction d'âge, furent arrêtés, quelques-uns furent mis à mort (1), le plus grand nombre fut condamné aux mines (2).

Parmi eux se trouvaient neuf évêques : Nemesianus, Félix, Lucius, un autre Félix, Litteus, Polianus, Victor, Jader, Dativus, des diacres et des fidèles dont les noms ne nous sont pas parvenus. Paul et l'évêque Successus, correspondant de saint Cyprien, furent massacrés vers le même temps (3). Le 24 août de l'année 258, périt un groupe de martyrs connus sous le nom de « Masse blanche », Massa candida. On leur a donné, dit saint Augustin, le nom de Massa à cause de leur grand nombre, et l'on a appelé celle-ci candida à cause de l'éclat de leur victoire (4). On croit qu'ils furent décapités cependant le poète Prudence donne une autre version : « On raconte, dit-il, qu'une fosse fut creusée au milieu d'un champ et remplie jusqu'au bord avec de la chaux vive ; la pierre calcinée vomit le feu, la blanche poussière est ardente, son contact brûle, sa vapeur donne la mort. »




1. On me permettra de rapprocher de ce langage une autre épître qui est dans toutes les mémoires et qui, à l'insu de l'auteur probablement, en rappelle la fermeté : lettre du R. Père Général des Chartreux à M. Emile Combes :


Grande-Chartreuse, 12 avril.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT DU CONSEIL,



« Les délais que les agents de votre administration ont cru pouvoir fixer à notre séjour à la Grande-Chartreuse vont expirer.

« Or, le premier, vous avez le droit d'apprendre que nous ne déserterons pas le poste de pénitence et d'intercession où il a plu à la Providence de nous placer.

« Notre mission est ici de souffrir et de prier pour notre cher pays ; la violence seule arrêtera la prière sur nos lèvres.

« Malheureusement, aux jours troublés où règne l'arbitraire, il faut prévoir les plus tristes éventualités.

« Et comme, en dépit de la justice de nos revendications, il est possible qu'un coup de force nous disperse brusquement et nous jette même hors de notre patrie, je tiens dès aujourd'hui à vous dire que je vous pardonne, en mon nom personnel et au nom de mes confrères, les divers procédés si peu dignes d'un chef de gouvernement que vous avez employés à notre égard.

« A d'autres époques, l'ostracisme ne dédaignait pas, comme aujourd'hui, les armes d'apparence loyale !

« Toutefois, je croirais manquer à un devoir de charité chrétienne si, au pardon que je vous accorde, je n'ajoutais un conseil salutaire en même temps qu'un avertissement sérieux.

« Mon double caractère de prêtre et de religieux m'autorise incontestablement à vous adresser l'un et l'autre, afin de vous arrêter, s'il vous reste encore quelque vestige de prudence, dans la guerre odieuse et inutile que vous menez contre l'Eglise de Dieu:

« Donc, sur votre pressante invitation, et sur la production d'un document dont vous ne deviez pas, ce semble, ignorer la fausseté manifeste, une Chambre française a condamné l'Ordre dont Notre-Seigneur m'a établi le chef.

« Je ne puis accepter cette sentence injuste; je ne l'accepte pas ; et malgré mon pardon sincère, j'en demande la revision, selon mon droit et mon devoir, par le tribunal infaillible de Celui qui est constitué notre juge souverain !

« En conséquence, prêtez une attention particulière à mes paroles, Monsieur le Président du Conseil, et ne vous hâtez ni d'en sourire, ni de nie considérer comme un revenant d'un autre âge, en conséquence, vous viendrez avec moi devant ce tribunal de Dieu.

« Là, plus de chantages, plus d'artifices d'éloquence ; plus d'effets de tribune, plus de manœuvres parlementaires ; plus de faux documents ni de majorité complaisante ; niais un juge calme, juste et puissant, et une sentence sans appel, contre laquelle ni vous, ni moi, ne pourrons élever de protestation.

« A bientôt, Monsieur le Président du Conseil. Je ne suis plus jeune, et vous avez un pied dans la tombe.

« Préparez-vous, car la confrontation que je vous annonce vous réserve des émotions inattendues.

« Et pour cette heure solennelle, comptez plus sur une conversion sincère et une sérieuse pénitence que sur les habiletés et les sophismes qui ménagent vos triomphes passagers.

« Et comme mon devoir est de rendre le bien pour le mal, je vais prier, ou, pour mieux dire, nous, les Chartreux dont vous avez décrété la mort, nous allons continuer de prier le Dieu des miséricordes que vous persécutez si étrangement dans ses serviteurs, afin qu'il vous accorde le repentir et la grâce des réparations salutaires.

« Je suis, etc.

« F. MICHEL,

« Prieur des Chartreux.



1. S. CYPRIEN, Ad Demetrianum,12, cf. 13.

1. Epist. 77.

2. Voyez la dissertation insérée dans le tome II°.

3. Passio SS. Montani et Lucii, § 21, et Epist. 82.


4. Sermo 306. P. MONCEAUX, les Martyrs d'Utique et la légende de la Massa candida, dans Revue archéol., 3e série, t. XXXVII, 1900, p. 404- 411. Cette légende est restée complètement inconnue en Afrique, saint Augustin ignore tout ce que raconte Prudence. D'après un sermon anonyme d'origine africaine (Patr. Lat., t. XXXIX, p. 2352), les 300 martyrs auraient péri par le fer. « Mais que faire de tant de cadavres qui devenaient un danger pour la santé publique et dont le spectacle pouvait exciter les chrétiens survivants ? Par mesure d'hygiène, comme après un combat, on jette les corps dans une fosse remplie de chaux. » Telle est la conjecture de M. P. MONCEAUX ; elle paraît d'autant plus raisonnable que ni saint Augustin ni le sermonaire africain que nous venons de citer n'ont connu l'étymologie de « Massa candida » que donne Prudence ; tous deux en donnent une autre.


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Message  Monique le Mer 03 Juin 2020, 6:54 am

On dit qu'au bord de la fosse un autel avait été placé : cette alternative avait été imposée aux chrétiens, ou d'offrir un grain de sel et un morceau de foie de truie, ou de se précipiter dans la fosse. Aussitôt, d'une course rapide, trois cents hommes se jettent ensemble : plongés dans le gouffre poudreux, la liqueur ardente les dévore et recouvre le monceau de corps tombés au fond. La blancheur enveloppe leurs membres, la blancheur de l'innocence transporte leurs âmes au ciel ; depuis ce temps on leur a donné et on leur donnera toujours le nom de Masse blanche (1). » Ce martyre eut lieu à Utique, dans l'Afrique proconsulaire. La Numidie n'eut rien à envier à la province voisine, comme on en peut voir le tableau dans la Passion des saints Jacques et Marien (2), qui ne nous a conservé les noms que d'un très petit nombre des confesseurs.

L'édit de Dioclétien concernant la remise ou, comme on disait, la « tradition »
des Livres saints et des vases sacrés des Églises fut en Afrique l'origine de nouvelles misères. Saint Augustin dit que dans la province de Numidie « beaucoup, arrêtés à cause de leur refus, souffrirent des maux de toute sorte, affrontèrent les plus cruels supplices, et furent mis à mort : aussi les honore-t-on à bon droit comme martyrs, et les loue-t-on de n'avoir pas donné leurs Bibles, imitant cette femme de Jéricho, qui ne voulut pas livrer à ceux qui les cherchaient les deux espions juifs, figures de l'Ancien et du Nouveau Testament (1) » . Parmi les chrétiens se trouvaient de petites gens, des célibataires, des pères de famille (2). Un groupe nombreux de chrétiens d'Abitène qui confessa le Christ a vu son martyre rapporté dans les Actes que nous avons donnés ; un autre groupe nous est indiqué par saint Augustin en ces termes : « Pendant la persécution, une maison privée avait servi à une congrégation de fidèles ; ceux-ci furent mis en prison ; des martyrs furent baptisés dans la prison même où ils étaient renfermés pour la foi du Christ et qui devint l'asile des sacrements du Seigneur (3). »

L'année 304 vit les dernières fureurs de la persécution païenne ; malheureusement nous ne possédons sur cette persécution que de très rares indices. Une inscription de l'ancien cimetière de Mastar, en Numidie, à moitié route entre Milève et Cirta, parle de martyrs mis à mort à Milève (4). Sur la voie de Cirta à Calama, deux cippes rappellent la mémoire des martyrs Nivalis, Matrona, Salvus (5). Une pierre votive de la Maurétanie Sétifienne est ainsi conçue : « Colonicus et son épouse chérie remplissent avec joie le voeu fait aux saints martyrs. Ici repose Justus, ici repose avec lui Decurius, qui l'un et l'autre par une courageuse confession surmontèrent les armes ennemies et, victorieux, méritèrent en récompense les couronnes que donne le Christ (1). » Enfin, en Numidie, à Rusicade, nous trouvons la martyre Digna (2) ; à Thuburbo, trois femmes, Maxima, Donatilla et Secunda (3).

Il s'en faut que le martyrologe de l'Eglise d'Afrique soit épuisé. Le IVe siècle ne sera ni moins persécuté ni moins glorieux que les précédents, mais le récit très complet de Victor de Vite que je donne dans ce volume me dispensera d'entrer ici dans un plus long détail.



1. Peri Stephanôn., XIII, 76-87.

2. Cf. tome II de ce recueil. Le P. CAHIER, loc. cit., p. 309, place en 292 le martyre de saint Patrice, évêque de Pertusa (?).

1. Brev. coll. cum Donatistis, III, 25.

2. Ibid., 27.

3. Ad Donatistas post collationem, § 18.

4. Bull. di arch. crist., 1876, pI. III, no 2.

5. Ibid., 1875, p. XII.

1. Bull. di arch. crist., 1886, p. 26 ; Cf. P. ALLARD, loc. cit., t. IV, p. 431, note 1.

2. Ephem. epigr., t. V, no 539.

3. Cf. CAHIER, loc. cit., p. 322 à 352.


A SUIVRE... V.  Gaules.
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Message  Monique le Jeu 04 Juin 2020, 6:42 am

V. Gaules.


L'introduction du christianisme dans les Gaules paraît avoir été assez tardive (4). Quelques textes très connus et d'une clarté suffisante pour le fait qu'ils signalent laissent peu de place à la dispute. D'après l'auteur des Actes de saint Saturnin, d'après Sulpice-Sévère, d'après sept évêques du Nord écrivant à sainte Radegonde, et d'après Grégoire de Tours, la foi ne se répandit dans les Gaules que vers le milieu du IIIe siècle (1) . Si l'on s'en tient aux textes « historiques », on ne peut savoir rien au delà, mais l'habile usage que l'on a fait de deux sources d'inégale valeur, l'épigraphie et les catalogues épiscopaux, a permis d'obtenir plus de détails et plus de précision. Dans leurs conclusions, ces deux sources ont confirmé pleinement celles que les critiques les plus qualifiés avaient depuis longtemps tirées des textes « historiques ». Si c'est toujours une heureuse fortune de découvrir une terre nouvelle, elle ne m'est pas échue. Edmond Le Blant et Mgr Duchesne ont, depuis des années déjà, exploré en tous sens leurs conquêtes, et il se trouve que, grâce à leurs travaux, ces terres qui paraissaient à quelques-uns très friables ont pris la solidité du roc.

Il a pu exister de très bonne heure en Gaule une diaspora chrétienne, et c'est tout ce qu'on en peut dire, car elle n'a pas laissé de traces ; mais elle est néanmoins indubitable, parce que le commerce gaulois d'une part, l'administration romaine d'autre part, concouraient à introduire à l'intérieur des éléments syriens, asiates et italiotes en nombre considérable,vu l'importance des transactions commerciales et l'extension des corps administratifs et militaires. Mais de cette existence conclue à l'existence démontrée il y a une distance, elle n'a pas été franchie. Nous devons donc ne tenir pour historiquement certain que l'existence au IIe siècle de plusieurs groupes chrétiens en Gaule. Le groupement géographique des inscriptions répond à ce que la nature des choses tendrait à insinuer ; le christianisme se répand vers la seconde moitié du ne siècle le long de la côte de la Méditerranée, à Aubagne, à Marseille, à Maguelonne, à la Gaule.

Ces premiers établissements, dont aucun indice ne nous permet d'évaluer l'importance, semblent avoir végété, puisque aucun témoignage ne vient révéler leur développement. Quoi qu'il en soit, une pointe sur l'intérieur fut poussée le long de la vallée du Rhône. La fondation d'une église à Lyon, au centre d'une colonie d'Asiates chrétiens, est connue par un document célèbre, et il est possible qu'on puisse trouver dans quelques épitaphes du puits de Trion et d'autres encore la matière de solides conjectures. A Lyon et à Vienne le christianisme ne paraît pas avoir fait de grands progrès ; en effet, une persécution aidée des dénonciations populaires n'arrive à faire qu'une quarantaine de victimes entre ces deux villes. Cependant la population chrétienne semble essaimer dans le pays d'alentour. Outre l'existence d'un groupe chrétien à Autun, nous voyons une chrétienne à Pierre-Encise, où elle vit très retirée.



4. Je me borne à noter ici les titres des quelques travaux parmi les principaux dans lesquels on traite cette question : L. DUCHESNE, les Origines du christianisme en Gaule, dans Annales de phil. chrét. (1883), t. VIII, p. 1-15. Mémoire sur l'origine des diocèses épiscopaux dans l'ancienne Gaule, dans Mém. de la Soc, des antiq. de France (1889-90), E.X, p. 337-416, et (Paris,1890, in-8°), 80 pp. Cf. J. HAVET, dans Bibi. de l'Ecole des Chartes, 1890, t. LI, p. 675 sq. A. PONCELET, dans la Science catholique, 1891, t. V, p. 669-672. W. DOZOUVILLE, Origines chrétiennes de la Gaule, lettres en réponse aux objections contre l'introduction du christianisme dans les Gaules aux IIe et IIIe siècles (Paris, 1855-1856, in-8°). E. LE BLANT, Réponse à une lettre du 13 janvier 1680 (Paris, 1858, in-8°), et Inscriptions chrétiennes de la Gaule (Paris, 1856-1865, in-4°), t. I. p. XXXXIX. S. LAUNOIUS, Dispunctio Epistolae de tempore quo primum in Galliis suscepta est Christi fides (Parisiis, 1659, in-8°). Dissertationes tres : 1a de septem episcoporum missione in Gantas, 2a, de prima Galliae martyrum epocha, 3a de primis Cenomanorum praesulis epocha (Parisiis, 1670, in-8°). Voyez aussi la dissertation de A. HOUTIN, la Controverse de l'Apostolicité des Eglises de France au XIXe siècle, 2e édit. (Paris, 1901, in-8°). E. MOLINIER, les Sources de l'histoire de France, in 8°, Paris, 1902, t. I, p. 15-34.

1. RUINART, Acta sincera ; Acta S. Saturnini, § II. Cf. E. LE BLANT, les Actes des Martyrs (Paris, 1882, in-4°), p. 7, note 1. SULPICE SÉVÈRE, Hist. sacr., l. II, c. 32 ; Vita S. Martini, c. 13; cf. Dialog., II, c. 4. S. GRÉGOIRE DE TOURS, Hist. Franc., IX, 39 ; cf. 1, 28. L. DUCHESNE, Bull. crit. (1881), p. 6.


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Message  Monique le Ven 05 Juin 2020, 8:30 am


Même dans les pays qui se trouvent sur la ligne d'opérations du christianisme, il y a des localités, vrais bourgs pourris du paganisme, oit il ne semble avoir pu pénétrer que fort tard, par exemple : Nîmes.

Si l'on fait appel à quelques textes anciens, il en résulte que:

L'Église de Lyon apparaît seule au IIe siècle; Vers l'an 250 apparaissent les Eglises de Toulouse, Vienne, Trèves, Reims ;

Vers la date 300, les Églises de Rouen, Bordeaux, Cologne, Bourges, Paris, Sens ;

Vers le règne de Constantin, les Églises de Tours, Auxerre, Soissons, Metz, Tongres, Clermont, Troyes, Châlons, Langres, Nantes, Chartres, Toul, Verdun, Noyon, Senlis, Beauvais, Viviers.

D'autres ont des attestations chronologiques : Arles, 300-350 ; Autun, 313 ; Apt, 314 ; Eauze, 314 ; Marseille, 314 ; Mende, 314 ; Nice, 314 ; Orange, 314; Vaison, 314 ; Die, 325 ; Poitiers, 355 ; Agen, 357 ; Périgueux, 361 ; Fréjus, 374 ; Valence, 374 ; Sion, 381 ; Nîmes, 396 ; Orléans, Angers, Grenoble, Embrun et Digne sont de la seconde moitié du IVe siècle.

Il résulte donc que ce sont les cités les plus importantes qui apparaissent les premières pourvues d'Église. « Reims et Trèves, les métropoles des deux Belgiques ; Cologne, chef-lieu de la Germanie inférieure ; Rouen, métropole de la deuxième Lyonnaise ; Bourges et Bordeaux, les métropoles aquitaniques ; Toulouse et Vienne, deux des principales villes de l'ancienne Gaule Narbonnaise ; Paris, Sens, Tours, localités considérables au IVe siècle. » On n'a aucune bonne raison de penser que les bourgades de la Gaule aient reçu avant ces importantes cités l'organisation ecclésiastique qui ne fut accordée à celles-ci que vers la seconde moitié et la fin du nie siècle ; mais ce qui est une source perpétuelle de malentendus, c'est la confusion que l'on fait entre l'introduction du christianisme en Gaule et l'établissement de la hiérarchie par les soins de l'Église de Rome. De cette introduction on ne peut rien dire de précis, car qui peut songer à retracer l'itinéraire de chaque fidèle arpentant la Gaule pour ses affaires et pour son plaisir pendant deux siècles environ ? Quant à l'établissement de la hiérarchie, sa date n'est pas douteuse vers le milieu du IIIe siècle. Précisément à la même époque, saint Cyprien de Carthage décerne à l'Église de Rome ce titre qui semble éclairer vivement la question : Ecclesia principalis unde unitas SACERDOTALIS orta est (1): l'Église mère d'où est issue l'unité de la hiérarchie sacerdotale.




1. S. CYPRIEN, Epist. LV, P. L., t. III, col. 845.


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Message  Monique le Sam 06 Juin 2020, 7:14 am


Nous n'avons plus qu'à recueillir maintenant quelques témoignages touchant les martyrs inconnus de la Gaule. A la persécution de 177 semblent se rattacher plusieurs victimes : Épipode et Alexandre, chrétiens de Lyon arrêtés à Pierre-Encise ; Marcel, autre Lyonnais fugitif, arrêté et mis à mort à Châlons ; Valentin, qui périt à Tournus, ville située entre Châlons et Mâcon. Grégoire de Tours nous dit que, peu après cette persécution, « le démon excita par les mains du tyran de telles guerres dans le pays, et l'on y égorgea une si grande multitude de personnes pour avoir confessé le nom du Seigneur, que le sang chrétien coulait en fleuve sur les places publiques. Nous n'avons pu, dit-il, en recueillir ni le nombre ni les noms ; mais le Seigneur les a inscrits au livre de vie. Le bourreau, ayant fait en sa présence souffrir divers tourments à saint Irénée, le consacra par le martyre à Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). » Ce martyre, si le texte cité est recevable en l'absence de toute autre indication (3), aurait eu lieu en l'année 208. Ce n'est qu'un demi-siècle plus tard que nous retrouvons des martyrs en Gaule, sous le règne de Valérien. Les Actes de Pontius à Cimiez (1), ceux de saint Patrocle décapité à Troyes (2).

Nous ne savons pas de détails sur les désastres amenés par l'invasion de Chrocus, roi des Alemans, qui, roulant avec ses hordes, renversa sur son passage la florissante Eglise de Clermont, fondée peu d'années auparavant par saint Austremoine. L'évêque de Javoulx, dans le Gévaudan, Didier de Langres et ses compagnons, Ausone d'Angoulême, sont massacrés par l'ennemi, et on a quelque sujet de croire que la haine du chrétien s'unissait chez leur juge à la haine du Romain.

Le passage d'Aurélien en Gaule, vers 274, coïncide avec le martyre de plusieurs chrétiens : les saints Friselis et Cottus, près d'Auxerre ; l'évêque Révérien, le prêtre Paul et ses compagnons à Autun ; sainte Julie et ses compagnons, sainte Sabine ; saint Sanctien ; sainte Colombe à Sens ; saint Vénérand à Troyes

« Malheureusement, les passions de ces saints manquent d'autorité. » La persécution de Dioclétien amène les martyres de saint Nicaise et de plusieurs autres tués sur les confins des Parisii et des Veliocasses, celui des jeunes Nantais Donatien et Rogatien, enfin les nombreuses victimes de Rictius Varus, Fuscien et Victoric, à Amiens ; Quentin, dans le Vermandois ; les saints Crépin et Crépinien, à Soissons ; Rufin et Valère dans la même ville à Reims de nombreux martyrs anonymes ; Macre, à Fismes ; Lucien, à Beauvais ; Platon, à Tournai ; il semble qu'il y ait eu aussi des martyrs à Trèves, à Bâle, à Agen.

Je ne continuerai pas cette énumération pour l'époque barbare, les martyrs de cette période devant plus spécialement retenir notre attention dans les volumes suivants.

Quelques-uns seront surpris de ne pas retrouver ici des noms illustrés parla dévotion populaire ; si je m'abstiens de les transcrire, ce n'est pas que je nie l'existence de Bénigne de Dijon, d'Andoche et de Thyrse de Saulieu, d'Andéol de Viviers, de Symphorieu d'Autun, des Jumeaux cappadociens de Langres ; mais ces personnages et leurs actions n'étant pas encore complètement dégagés des lignes flottantes de la légende, il serait prématuré de vouloir donner d'eux le trait rigide de l'histoire.




2. GRÉG. DE TOURS, Hist. Franc., L I, c. XXVII.

3. P. ALLARD, Hist. des perséc., t. II, p. 155-157.

1. Acta Sanct., mai, t. II, p. 274-279.

2. Acta Sanct., janv., t. II, p. 342.


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Message  Monique le Dim 07 Juin 2020, 7:47 am

Alexandrie et l'Égypte.

Au commencement du règne de Septime-Sévère, c'est-à-dire à la limite du rie et du me siècle, Clément d'Alexandrie écrit ce qui suit : « Chaque jour nous voyons de nos yeux couler à torrents le sang des martyrs décapités, mis en croix ou brûlés vifs (1) . » Presque à ce moment, l'empereur venait à Alexandrie, qui était le siège d'une école célèbre connue sous le nom de Didascalée et qui avec ces différences que les temps, les lieux et les races impriment aux oeuvres, représentait assez exactement ce qu'étaient les universités turbulentes et chicanières du moyen âge en Occident.

Mais c'était pour l'époque un phénomène assez grave que dans cette académie les chefs fussent chrétiens; les élèves aussi et la doctrine qu'on y donnait. L'enseignement de Clément était fort suivi, si on peut ajouter foi aux indications fournies par les contemporains ; son auditoire était très mélangé et grossi de tous les auditoires des autres chaires ; c'était une fête de l'esprit dans laquelle les érudits et les philosophes se trouvaient rapprochés des jeunes gens et des femmes à prétentions littéraires.

Quand Clément dut se cacher, Origène occupa sa chaire, et il y a lieu de croire que les conversions n'étaient pas rares, puisque Eusèbe raconte que ce grand homme faillit être tué par la foule, comme responsable du martyre de ses disciples (1).
 



1. CLÉMENT D'ALEXANDRIE, Stromata, II, 125. Sur l'école d'Alexandrie, voy. H. E. F. GUERIKE, De schola quae Alexandriae floruit, in-8°, Halis, 1824, p. 8 sq; et toute la première partie ; E. DE FAYE, Clément d'Alexandrie, Etude sur les rapports du christianisme et de la philosophie grecque au IIe siècle, dans la Bibi. de l'Eeole des Hautes Études, in-8°, Paris, 1898, t. XII, p. 10.

1.EUSÈBE, Hist. eccles., VI, 1, 2, 3.


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Date d'inscription : 26/01/2009

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