TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Ven 31 Juil 2020, 9:24 am

J'ai déjà parlé du régime des prisons, plus atroce souvent que. la mort ; j'ajouterai quelques mots sur la disposition des lieux. Les prisons romaines étaient divisées en trois étages. A l'étage inférieur, un réduit communiquant par un trou pratiqué dans le dallage de la chambre supérieure ; on nommait cette oubliette le « Tullianum », « la Force », le « gorguma » (1). Ses murs en pierre s'inclinent un peu vers le haut, pour supporter une voûte à peine cintrée, qui la recouvre en plafond. C'est une cave sans air, sans lumière, où. on descend avec des cordes le condamné pour lèse-majesté par une ouverture large comme son corps ; le bourreau l'y attend et l'y tue. L'étage du milieu est de niveau avec le sol et communique avec la cellule supérieure par une ouverture pratiquée dans le plafond. C'est là qu'on enfermait ceux, qui étaient condamnés aux fers. Là se trouvait un terrible instrument de torture, les ceps, que les anciens appelaient lignum ou nervus. On a retrouvé un de ces instruments dans la caverne des gladiateurs de Pompéi : c'est une longue pièce de fer munie de séparations dans lesquelles une barre mobile venait enserrer les pieds des captifs (1) ; plus fréquemment l'appareil consistait en une pièce de bois percée de trous dans lesquels on emboîtait les pieds des patients écartelés jusqu'à ce qu'une torture différente les relâchât de celle-ci. Eusèbe mentionne des martyrs ainsi écartelés jusqu'au quatrième et même au cinquième trou : de ce nombre furent Origène, les martyrs de Lyon, ceux de la Palestine et de la Cilicie (2).

Nous nous faisons à peine une idée de ces cloaques que décrivait très exactement un vieux jurisconsulte du XVIe siècle en dépeignant ce qu'il avait lui-même sous les yeux : « Au lieu de prisons humaines, dit-il, on fait des cachots, des tanières, cavernes, fosses et quelconques plus horribles, obscures et hideuses que celles des venimeuses et farouches bettes brutes ; où l'on fait mourir de froid, enrager de faim, biner de soif et pourrir de vermine et pauvreté (3). »

Le sol était un mélange de fange fétide et de pots ébréchés dont les pointes entraient dans la chair des victimes, brisées par le chevalet et hors d'état de se tenir debout (4). Ils y séjournent parfois des mois entiers (5), et longtemps après la victoire du christianisme on y voit encore plonger les fidèles.



1. SALLUSTE, Catil., c. 54 (al. 58). Cf. CANCELLIERI, Notizia del carcere Tulliano ; Passio S. Pionii, § XI ; Passio S. Perpetuæ, § III. RUFIN, Hist. eccl., 1. VII, c. 10.

1. NICOLINI, Case e monumenti di Pompei, t. I, Casa dei giadiatori, tav. I.

2. EUSÈBE, Hist. eccl., V, 1; VI, 39; VIII, 10 ; Acta SS. Tarachi, Probi, § 2.

3. JOACHIM DU CHALARD, Sommaire exposition des ordonnances de Charles IX sur les plaintes des trois Estats du Royaume tenuz à Orléans l'an MDLX, Paris, 1652, in-4°, p. 115. Cf. TRIERRET GRANDRÉ, Observations sur l'insalubrité et le mauvais état des prisons, Paris, De l'imprimerie de la République, in-4°, sans date. Cf. LE BLANT, loc, cit., p. 160.

4. S. DAMASE, Carmen XVII, de S. Entychio ; PRUDENCE, Hymn. V, v. 257 suiv.

5. Acta SS. Tarachi, Probi, Andronici, passim.


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Message  Monique le Sam 01 Aoû 2020, 6:22 am

L'inhumanité des hérétiques égale celle des idolâtres ; en Afrique les confesseurs du Christ sont enfermés dans un réduit étroit, entassés, dit Victor de Vite, « comme s'entassent les sauterelles » (1). Bientôt une odeur épouvantable se dégage de cette foule pressée ; et lorsqu'à prix d'or, en secret, des fidèles peuvent pénétrer jusqu'à leurs frères, c'est jusqu'aux genoux qu'il leur faut s'enfoncer dans le fumier humain (2). » Devant le souvenir des douleurs, des supplices, qu'acceptèrent les martyrs, un seul trait, dit E. Le Blant (3), repose nos regards. C'est le dévouement des fidèles à assister les saints prisonniers. A quel prix et devant quels dangers, les textes anciens nous le révèlent.

Une Novelle de Théodose défend de confier aux juifs, samaritains et hérétiques, la garde des cachots, de peur que leur haine du nom chrétien n'aggrave le sort des détenus (4). Autrefois, en effet, les captifs devenaient, si l'on peut ainsi dire, la chose de leurs geôliers. Comme au temps où les méfaits de Verrès désolaient la Sicile et de longs siècles après, c'était à grand prix qu'il fallait acheter la permission de visiter les détenus et de leur porter des vivres (5). Pour pénétrer près de saint Paul, sainte Thècle avait donné aux gardes ses boucles d'oreilles et son miroir d'argent ; l'Église le rappelait à ses enfants et leur faisait une loi de s'imposer des sacrifices pour arriver jusqu'aux frères captifs (1). Aidés, dirigés par leurs pasteurs (2), les fidèles s'y empressaient, heureux de se jeter aux pieds des saints et de baiser leurs chaînes (3). Accomplir cette oeuvre bénie, c'était, enseignait-on, prendre sa part de martyre (4), car on y risquait parfois la tête. Au temps de Licinius, il était interdit sous peine de mort de visiter les chrétiens prisonniers (5), et plus d'une fois les juges avaient formulé la même défense (6). Ce n'était alors devant les cachots que scènes de violences et de larmes. Un texte donatiste du Ve siècle met sous nos yeux ce triste tableau : « On rouait de coups ceux qui venaient pour assister les détenus épuisés par la faim et la soif; les vases qu'on leur portait étaient brisés, les aliments jetés aux chiens. Empêchés de voir une dernière fois leurs enfants, les pères et les mères demeuraient éplorés, étendus sur le sol devant les portes qu'ils ne pouvaient franchir (7). » L'application de la torture comportait des raffinements de cruauté qui nous confondent, et l'on s'est demandé si la haine portée aux chrétiens avait seule provoqué ces atrocités. A la honte de l'humanité, il n'en est rien ; la haine religieuse n'a rien inventé, elle a simplement raffiné, aggravé ce qui existait depuis longtemps.



1. VICTOR DE VITE, Historia persecutionis vandalicæ, 1. II, c. 10.

2. E: LE BLANT, loc. cit., p. 160.

3. Ibid., loc. cit., p. 162 suiv.

4. Theodosii Aug. Novellæ, tit. III, De Judæis, Samaritanis.

5. CICÉRON, II Verr., V, 45 ; LISANIUS, Contra Tisamen, etc.

1. GRABE, Spicilegium veterum patrum, t. I, p. 102 ; S. CHRYSOSTOME,
Homil. XXV in Acta Apost., § 4; Const. apost., V, 1.

2. S. CYPRIEN, Epist. XXXVII, ad clerum.

3. TERTULLIEN, Ad uxorem, II, 4.

4. Constit. apost., V, 1.

5. EUSÈBE, Hist. eccl., X, 8 ; Vita Constantini, I, 54.

6. EUSÈBE, Hist. eccl., VII, 11 ; Acta S. Tarachi, § 6.

7. Appendix ad Acta S. Saturnini, § XVI, dans S. OPTAT, Opera (édit. de 1700), p. 242.
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Message  Monique le Dim 02 Aoû 2020, 10:56 am

C'est qu'il s'était établi entre le bourreau et la victime une rivalité inouïe ; nous trouvons dans les anciens, chez Jamblique (1), chez Strabon (2), chez Cicéron (3), chez Josèphe (4), chez Tacite (5), la mention surprise ou indignée de cette force d'âme qui portait un esclave à braver les pires douleurs afin que le calme de son visage exaspérât celui qui voulait jouir du spectacle de sa souffrance. Le jurisconsulte Ulpien avoue que « la dureté des accusés et leur force à supporter les tourments rendent la torture inefficace (6) ». Les hérétiques menaient grand bruit lorsqu'un des leurs avait fait preuve de cette force d'âme qu'ils attribuaient à un secours surnaturel (7). Les Juifs eux-mêmes avaient parmi eux d'illustres exemples de cette endurance (8). C'était pour en triompher à tout prix que très vite la législation était devenue ce que nous la voyons : sans pitié et sans pudeur. La torture était donnée devant le tribunal dont saint Cyprien nous a conservé la description : « Regarde, écrit-il à son ami Donat, les lois des Douze tables s'y voient gravées sur des lames de bronze, mais le droit est violé en leur présence ; l'innocence succombe en ce lieu même où elle devrait trouver protection ; les adversaires y font rage, la guerre est enflammée parmi ces citoyens en toge, et le forum retentit de grandes clameurs. Voici la lance et l'épée, le bourreau prêt à donner la torture, les ongles de fer, le chevalet pour disloquer,déchirer, le feu pour brûler, plus d'instruments de supplice, en un mot, que le corps humain n'a de membres (1). »

Je crois pouvoir compter, dans l'énumération des tortures infligées aux martyrs, l'angoisse dans laquelle les plongeait la législation du temps par la lenteur de l'instruction criminelle. Le document que je vais citer ne concerne pas un martyr (2), mais un jeune garçon coupable d'un délit de droit commun et destiné à une haute illustration dans l'Église et à la sainteté.

« Les frères assemblés, saint Ephrem leur raconta pour le bien de leurs âmes ce trait de son histoire :

« Quand j'étais jeune, ma conduite était déréglée. Un certain jour, mes parents m'avaient envoyé dans un faubourg éloigné de la ville. En chemin, je vis dans un bois une vache qui paissait ; la bête, qui était pleine et près de mettre bas, appartenait à un homme pauvre. Je la poursuivis à coups de pierre, et si loin qu'elle tomba morte d'épuisement. La nuit venue, elle fut dévorée par les animaux sauvages. En m'éloignant, je rencontrai le malheureux auquel elle appartenait ; il la cherchait, et me dit : « Mon enfant, ne l'aurais-tu pas vue ? »
Je ne répondis point à cette question et, de plus, je le chargeai d'injures.



1. JAMBLIQUE, De myster., sect. III, c. 4.

2. STRABON, 1. V, C. II, § 9.

3. CICÉRON, Pro Cluentio, 63.

4. FL. JOSÈPHE, Antiq. Jud., XIX, I, 5.

5. TACITE, Annales, IV, 45.

6. L. I De quæstionibus, § 23. (Digest., LXVIII, XVIII.)

7. Au sujet du donatiste Marculus, ch. IX, § 7, fol. 14 B.

8. Voir SCHWAB, Traité des Berakoth, p. 172,
cité par E. LE BLANT, les Actes des Martyrs, p. 100.

1. S. CYPRIEN, Epist. I ad. Donatium, § 10. Cf. Ps. CHRYSOSTOME, Opus imperfectum in Matthæum, Hom. XLIV, in cap. XXV (édit. Montfaucon, t. VI, col. 224). Ce traité est une production arienne anonyme du VIe siècle. Cf. G. SALMON, dans le Dictionary of Christian Biography, art. Pseudo-Chrysostomus, et BARDENHEWER, Patrologie (1893), p. 319.

2. ASSEMANI, S. Ephræmi opera graeca, t. III, p. XLII. Cf. FABRICIUS-HARLES, Bibliotheca græca, t. VIII, p. 235. Je cite la traduction de E. LE BLANT, les Actes des Martyrs, p. 170 suiv., et je rappelle que si la pièce en question n'est pas de la main de saint Ephrem, elle est contemporaine du saint. RUBENS DUVAL, la Littérature syriaque (Paris, 1899), in-12, p. 333 et 336.



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Message  Monique le Lun 03 Aoû 2020, 8:15 am

«J'eus à m'en repentir dans le mois même. Mes parents m'avaient de nouveau envoyé au faubourg, et, pendant que j'étais en route, la nuit survint. Des bergers me rencontrèrent dans le bois et me dirent : « Mon frère, où « vas-tu à cette heure ?» Je répondis : « Mes parents « m'ont envoyé au faubourg, et je m'y rends. » Ils poursuivirent : « Voici le soir ; demeure avec nous, et demain tu reprendras ta route. » Je restai parmi eux. Pendant la nuit, des bêtes sauvages entrèrent dans l'étable et dispersèrent les moutons dans le bois. Les maîtres du troupeau me saisirent en me disant : « Tu as introduit des voleurs qui ont fait le coup. » Je jurai que j'étais innocent, mais ils refusèrent de me croire et continuèrent de m'accuser. Ils me lièrent par les coudes et me livrèrent au gouverneur, qui ordonna de me conduire en prison. Je trouvai là deux détenus faussement accusés, l'un d'homicide, l'autre d'adultère. Quarante jours s'étaient écoulés, quand je vis apparaître en songe un jeune homme à l'aspect terrible : « Ephrem, me dit-il « d'une voix douce, pourquoi es-tu dans ce cachot ?» Je lui répondis : « Ta présence me glace d'épouvante et je me sens défaillir. Ne crains rien, reprit-il, et réponds-moi. » Sa bonté me rendit quelque courage, et je lui répondis en versant des larmes : « Maître, maître, mes parents m'avaient envoyé au faubourg; le jour tombant pendant que j'étais en route, des bergers que j'avais rencontrés m'engagèrent à demeurer avec eux. Dans la nuit, des bêtes sauvages se jetèrent dans l'étable et dispersèrent les moutons. Les bergers me saisirent, prétendant que j'avais introduit des voleurs ;ils m'ont livré au juge. Mon maître, je suis innocent et injustement accusé. » Le jeune homme me dit en souriant : «Tu n'es pas coupable, je le sais, de ce crime que l'on t'impute, mais je sais aussi ce que tuas fait peu de jours auparavant, comment tu as poursuivi à coups de pierre et fait périr la vache d'un malheureux. Comprends donc que, devant le Seigneur, tu n'es pas victime d'une injustice. Tes compagnons de captivité sont également innocents des faits dont on les accuse ; interroge-les, tu apprendras qu'ils ne sont pas toutefois détenus sans l'avoir mérité, car le Seigneur est juste. » En disant ces mots, le jeune homme disparut. »

Ici, suivant la mode orientale, chacun des prisonniers raconte longuement son histoire. Tous deux confessent le méfait caché en punition duquel ils sont frappés par la justice divine : l'un avait laissé se noyer un homme qu'il pouvait sauver en lui tendant la main ; l'autre avait porté un faux témoignage. Ephrem leur avoue à son tour l'acte méchant dont il est coupable.


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Message  Monique le Mar 04 Aoû 2020, 9:24 am

Le surlendemain, poursuit le narrateur, le juge prit place au tribunal. On apporta devant lui les divers instruments de torture, et il ordonna de nous amener pour subir l'interrogatoire. Les appariteurs vinrent au cachot ; ils nous mirent des colliers de fer et nous présentèrent au gouverneur, tout chargés de liens. L'homme accusé de meurtre fut appelé le premier, dépouillé de ses vêtements et enchaîné. Le magistrat lui enjoignit d'avouer sans qu'on le mît à la torture et de dire comment il avait commis le meurtre. L'homme protesta de son innocence ; on le livra aux bourreaux. Après de longues épreuves il fut reconnu innocent et mis en liberté. On appela ensuite le prisonnier accusé d'adultère ; il fut dépouillé de ses habits, affublé comme il est d'usage et présenté au tribunal. Un grand effroi me saisit, car je savais que, comme ces malheureux, j'allais comparaître à mon tour. Les assistants, les appariteurs se riaient de mes terreurs et de mes larmes : « Pourquoi pleures-tu, garçon ? me disaient-ils. Tu ne tremblais pas ainsi à l'heure du crime. Sois tranquille, ce sera bientôt ton tour. » Mon coeur se brisait à ces paroles. Le second accusé avait subi la torture ; on l'avait reconnu innocent et renvoyé absous. Pour moi, on me fit charger de fers et reconduire dans la prison, où je restai seul pendant quarante autres jours. Après ce temps, les appariteurs y amenèrent trois prisonniers, ils les mirent aux ceps et se retirèrent. Trente jours s'étaient passés encore, lorsque l'Ange m'apparut de nouveau pendant mon sommeil. « Eh bien, Ephrem, me dit-il, où en es-tu ? As-tu interrogé tes compagnons de captivité? Oui, maître, » lui répondis-je, et je racontai ce que m'avaient dit ces hommes. Il ajouta : « Tu vois quelle est la justice de Dieu. » Puis il m'apprit de quoi les nouveaux venus étaient coupables : c'étaient les auteurs mêmes des crimes pour lesquels les premiers captifs avaient été saisis.

« Deux jours après, le juge prit place devant tous à son tribunal ; autour de lui étaient les engins de torture. Les agents vinrent au cachot, nous mirent des colliers de fer et nous entraînèrent par la ville pour nous présenter au magistrat. Tous les citoyens étaient contraints de venir assister au jugement. Les bourreaux firent avancer les deux premiers détenus, les dépouillèrent de leurs vêtements, et, les ayant affublés selon l'usage, ils les mirent devant nous à la torture. Je pleurai à ce terrible spectacle, et les appariteurs me disaient : «
Crois-le bien, garçon, si tu l'as échappée l'autre fois, aujourd'hui tu n'auras pas cette chance, et il te faudra passer par les tourments ». A ces mots, à la vue des supplices, je me sentais défaillir. Sur l'ordre du juge, les deux hommes furent attachés à la roue. Torturés durant quelques heures, ils s'avouèrent coupables, et on les condamna à mourir sur la fourche, après qu'on leur aurait coupé la main droite.

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Message  Monique le Mer 05 Aoû 2020, 7:59 am

« Le jugement rendu, on appela un autre prisonnier. Amené nu, attaché à la roue et rudement supplicié, cet homme avoua le meurtre dont il était coupable, et fut condamné à périr de même, après qu'on lui aurait coupé les deux mains.

« Le juge dit alors : « Dépouillez le jeune homme et amenez-le devant moi ». Les appariteurs m'enlevèrent mes vêtements, me couvrirent de haillons et me présentèrent au tribunal. Je pleurais et j'invoquais Dieu : « Seigneur, disais-je, sauve-moi de ce péril, afin que je puisse me « faire moine et me vouer à ton service. » Le gouverneur venait de commander aux agents de m'étendre avec des courroies par les quatre membres et de me frapper à coups de nerfs de bœuf ; en ce moment son assesseur lui dit : « Maître, faites, s'il vous plaît, garder celui-là pour une autre audience, car voici l'heure du repas. » On me chargea de fers et l'on me ramena au cachot, où je restai seul vingt-cinq jours encore.

« Pour la troisième fois, le jeune homme m'apparut en songe, et il me dit : « Eh bien, Éphrem, es-tu maintenant persuadé que la justice de Dieu gouverne le monde et que l'injustice n'est point en lui ? » Et je répondis: « Certes, mon maître, j'ai appris combien ses œuvres sont merveilleuses, combien ses desseins nous sont insondables. Tu as fait une grande fleuvre de justice avec ton serviteur, poursuivis-je, et ta présence a été la consolation de ma faiblesse. Aie pitié et délivre-moi de ce cachot pour que je puisse me vouer à la vie monastique et servir Jésus-Christ. » Il répondit en souriant : « Une fois encore tu comparaîtras devant le tribunal, mais pour ne plus rentrer dans cette prison. Ne crains rien, car tu n'auras pas à souffrir ; un autre juge viendra qui te fera mettre en liberté. » En disant ces mots, il disparut. Cinq jours après arriva un nouveau gouverneur, qui autrefois avait été reçu familièrement dans notre maison. Au bout de sept jours, il demanda au geôlier s'il y avait des détenus. On lui répondit qu'un jeune homme était au cachot, et, le huitième jour, il ordonna de me faire comparaître. Les appariteurs vinrent me prendre, m'enchaînèrent de nouveau par le cou, et me menèrent à l'audience. Sur l'ordre du juge, ils me dépouillèrent pour me couvrir de vêtements en lambeaux et me présentèrent ainsi au tribunal. Le gouverneur me reconnut ; il ne m'en interrogea pas moins avec la sévérité que la loi commande ; mais, voyant que j'étais innocent, il me fit mettre en liberté. Les appariteurs me détachèrent, me rendirent mes vêtements et me laissèrent aller. Ainsi sauvé contre tout espoir, je gravis la montagne et me rendis près du vénérable abbé; je me jetai à ses pieds, et, lorsqu'il eut appris ce qui était arrivé, il m'admit au nombre des religieux. « Voilà, mes frères, ce que j'avais à vous raconter pour le bien de vos âmes. »


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Message  Monique le Jeu 06 Aoû 2020, 7:21 am

Il y avait pour les inculpés d'autres délais à subir. Les Actes de saint Tarachus nous le représentent traîné à la suite du gouverneur de Cilicie pendant la tournée judiciaire de ce dernier; à chaque étape on reprend l'interrogatoire et la torture, qui se renouvelle à Tarse, à Siscia, à Anazarbe, où enfin on le met à mort (1). Même traitement pour saint Nabor, saint Maxime, saint Janvier, les saints Serge et Bacchus, saint Césaire (2) ; ces saints confesseurs marchaient chargés de liens devant la voiture du gouverneur, allant de ville en ville et subissant à chaque station un interrogatoire et de nouvelles violences. On retrouve le souvenir de ce féroce traitement dans un sermon de saint Augustin (3) et dans deux homélies de saint Jean Chrysostome (4). Celui-ci s'exprime en ces termes à propos de saint Julien d'Anazarbe : « Le magistrat païen ne fit pas décapiter le fidèle dès qu'il l'eut entendu ; chaque jour il l'appelait devant le tribunal, multipliant les interrogatoires, les menaces de supplices sans nombre, les caresses et les flatteries, pour ébranler ce coeur impassible. Durant toute une année il traîna Julien à sa suite par toute la Cilicie, afin de lui faire outrage, mais il accroissait ainsi contre son gré la gloire du martyr (5)

De retour dans leur cachot d'un jour, les martyrs y subissaient un nouveau supplice. Les Actes de saint Tatien Dulas, qui fut ainsi traîné de ville en ville, parlent d'une figure d'Hercule du poids de trois cents livres qui aurait été attachée au cou des prisonniers (1) ; c'est du moins la traduction la plus vraisemblable que l'on puisse donner d'un texte qui ne trouve pas d'éclaircissement dans le reste de la littérature.

Je ne prétends pas faire ici l'énumération lamentable des instruments de supplice en usage. Un ouvrage célèbre a essayé de les représenter, malheureusement la science archéologique n'y marche pas de pair avec la science des textes (2). Beaucoup de ces tortures amenaient la mort. La roue, sur les rayons de laquelle la victime était attachée, et qu'on faisait tourner rapidement jusqu'à ce que la mort s'ensuivît. La trochlea ou moufle, la flagellation, la pendaison parles cheveux, par les pouces ou par un pied, le pressoir, l'exposition du patient à la piqûre des insectes après qu'il avait été enduit de liquide sucré, ou bien enveloppé dans une peau de bête fraîchement tuée. Le chevalet, les ongles de fer, les lames rougies au feu, le travail à la chaîne, le carcan, puis encore le taureau embrasé, la chaise ardente, le casque et les brodequins rougis au feu, enfin la tunique de poix et la cuve remplie de plomb fondu, de cire ou de poix brûlante. Aux uns on coulait un liquide enflammé dans le nez, les yeux, les oreilles ou dans le ventre ouvert à l'instant, ou encore on arrachait la peau de la tête ou les dents ; d'autres étaient percés de flèches, foulés aux pieds, broyés, enterrés vivants. Si épouvantables que fussent ces supplices et bien d'autres raffinements, les anciens admettaient quelques supplices principaux dont je parlerai brièvement.



1. Acta SS. Tarachi, Probi et Andronici, § 1, 4, 7.

2. Acta S. Naboris, § 8 (12 juillet) ; Acta S. Maximi, § 2 et 8 (15 sept.). ; Acta S. Januarii, § 6 (19 sept.) ; Acta SS. Sergii et Bacchi, § 20, 23, 25 (7 octobre) ; Acta S. Caesarii, § 4 (1er novembre). Cf. Acta S. Tatiani Dulæ, § 13 (15 juin) ; cette dernière pièce procède visiblement des Actes de Tarachus.

3. Sermo II, in Psalm. Cl, § 2.

4. In Tit. Homil. VI, § 4.

5. Homil. in S. Johannen, Martyrem, § 2.

1. Acta S. Tatiani Dulae, § 7 (15 juin).

2. GALLONIO, Trattato degli instrumenti di martirio, etc. (Roma, Donangeli, 1591, in-12) et de SS. Martyrum cruciatibus, Romae, 1594, in-4°, Cologne, 1612, in-8°, Paris, 1659, in-8°, Anvers, 1668 ; les planches de Tempesta sont reproduites dans MAMACHI, Origines et Antiquitates Ecclesiæ (Romæ, 1846, in-4°), t. III, dans MIGNE, Patrol. lat., t. LX, et dans BLANCHARD et BARRIÈRE, Atlas géographique et iconographique, Paris,1844, in-folio.


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Message  Monique Hier à 10:06 am

Les plus beaux condamnés étaient réservés pour l'exposition aux bêtes. Saint Ignace d'Antioche avait été envoyé à Rome à cet effet, et nous entendons sainte Perpétue reprocher à l'intendant de sa prison son avarice qui aura pour résultat de flétrir les corps des condamnés aux bêtes. Les chrétiens destinés à ce supplice n'avaient pas, comme les gladiateurs, la ressource de se défendre le fer à la main : ils étaient liés à un poteau sur une estrade ; la bête venait, flairait, jouait à son aise.

Nous voyons que pour l'exposition aux bêtes les condamnés étaient nus ; deux textes célèbres nous apprennent que l'on se servait des chrétiens, des chrétiennes surtout, pour représenter des tableaux mythologiques. Saint Clément rapporte que, parmi les victimes de la persécution de Néron, plusieurs femmes furent martyrisées par des taureaux. « Les victimes étaient attachées nues aux cornes de l'animal et traînées dans l'arène. Ce spectacle rappelait aux assistants la fable de Dircé, attachée, elle aussi, aux cornes d'un taureau furieux, entraînée par lui, foulée et déchirée sur les rochers de Cithéron (1). » La Passion de sainte Perpétue rapporte qu'au moment où on amenait les martyrs à l'amphithéâtre, on voulut faire revêtir aux hommes le costume des prêtres de Saturne, aux femmes celui des prêtresses de Cérès, mais ils refusèrent.

On faisait jouer un autre rôle encore aux fidèles. C'était l'usage d'employer dans les courses de taureaux, pour détourner la fureur de l'animal, « des mannequins bourrés de paille ou de chiffons et vêtus d'habits qui les faisaient ressembler à des hommes. Ces mannequins s'appelaient jouet. De là est venue l'expression : hommes de paille , homines feneos, pour désigner les personnages subalternes destinés à recevoir les coups aux lieu et place de personnages plus importants (1). » Les Romains avaient bien vite pris l'habitude de remplacer les mannequins par des personnes vivantes. Les femmes condamnées pour adultère jouaient, entre autres, le rôle de jouet (2). « C'est aussi ce rôle, dit M. Beurlier, que remplissaient les chrétiennes exposées aux taureaux dans le cirque. La description du martyre de sainte Blandine à Lyon, telle que nous la trouvons dans Eusèbe, est très caractéristique. Après diverses tortures, Blandine fut enfermée dans un filet et exposée au taureau. L'animal se précipita sur elle et la lança en l'air avec ses cornes ; mais il ne lui donna pas la mort, et on fut obligé de l'achever par le glaive (3). Nous retrouvons le même supplice dans la Passion des saintes Perpétue et Félicité (4). Une vache furieuse fut amenée pour les déchirer. Elles furent enveloppées nues dans des filets. Le peuple eut horreur de ce spectacle, et on les couvrit de quelques vêtements ; le féroce animal lança Perpétue en l'air, mais elle ne périt pas sous ses coups, et il fallut, comme pour sainte Blandine, avoir recours au glaive du bourreau. »



1. E. BEURLIER, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France,1887.
Cf. D. CABROL, Dict. d'Arch. chrét. et de Liturgie, au mot: Ad bestias.

1. E. BEURLIER, ibid.

2. PÉTRONE, Satyricon, 45.

3. EasÈEE, Hist. eccl., 1. V, c. 1.

4. Passio SS. Perpetuae et Felicitatis, dans RUINART, Acta sincera (édit. Ratisbonne), p. 145.


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TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ - Page 5 Empty Re: TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

Message  Monique Aujourd'hui à 8:55 am

Il arrivait fréquemment que les bêtes féroces, soit lubie, soit satiété, dédaignassent cette pâture; nous en avons un exemple dans les martyrs de Lyon, mais ceux-ci ne paraissent pas avoir attribué cet incident à une protection surnaturelle ; ce n'est que plus tard, dans les récits de la fin du tue et du commencement du IVe siècle, que l'on voit apparaître cette interprétation (1). Le chrétien donné aux bêtes était achevé d'un coup d'épée par le venator ; ceci explique comment plusieurs récits nous disent que le taureau, se détournant des martyrs, prit pour pilæ des valets d'amphithéâtre et s'amusa à les lancer en l'air. Eusèbe avait été témoin d'un de ces faits (2).

J'ai parlé plus haut, et avec quelque développement, de la condamnation aux mines, je n'y reviendrai pas.

Parmi les grands supplices était la peine du feu. Afin de prolonger l'horreur du tourment, le condamné, lié ou cloué à un poteau, était entouré d'un cercle de sarments placé loin de la victime, afin qu'il mourût dans une atmosphère suffocante, au lieu de passer trop vite sous l'action mortelle de la flamme. Saint Polycarpe, saint Fructueux, saint Pionius, sainte Afra, furent condamnés au supplice du feu, et avant eux les chrétiens victimes de la fantaisie de Néron dans les jardins du Vatican.

Le crucifiement fut infligé à un grand nombre de fidèles, et le souvenir qui s'attachait à la croix en fit un des supplices préférés des saints. Il y avait bien des modes différents d'appliquer cette peine, outre celle qu'on adopta pour Notre-Seigneur Jésus-Christ ; on crucifiait la tête en bas, ou bien les bras et les jambes écartés. Ceux qui devaient perdre la tête marchaient au supplice bâillonnés de cordes ou de chaînes et recevaient à genoux, les yeux bandés, le coup de la mort.

Tacite rapporte en ces termes la mort des enfants de Séjan : « On résolut de sévir centre les derniers enfants de Séjan, quoique la colère du peuple commençât à s'apaiser, et que les premiers supplices eussent calmé les esprits. On les porte à la prison : le fils prévoyait sa destinée ; la fille la soupçonnait si peu que souvent elle demanda quelle était sa faute, en quel lieu on la traînait, ajoutant qu'elle ne le ferait plus, qu'on pouvait la châtier comme on châtie les enfants. Les auteurs de ce temps rapportent que, l'usage semblant défendre qu'une vierge subit la peine des criminels, le bourreau la viola auprès. du lacet fatal. Puis il les étrangla l'un et l'autre, et les corps des deux enfants furent jetés aux gémonies (1). » L'atroce coutume que rapporte ici Tacite a été fréquemment employée à l'égard des vierges chrétiennes, et elle s'est prolongée bien après la paix de l'Église. Si, l'on s'en rapporte au jugement de Tillemont (2) et d'Edmond Le Blant (3), aucun règlement officiel, avant la dernière persécution, n'avait prescrit l'emploi d'une telle voie de contrainte ; elle aurait été abandonnée jusqu'alors à la responsabilité des gouverneurs de province.



1. EUSÈBE, Hist. eccl., 1. V, c. 1, et 1. VIII, c. 7.

2. Ibid., 1. III, c. 7.

1. ACITE, Annal., V. 9 ; SUÉTONE, Tiber.,LXI ; DION, LXVIII, 11.

2. TILLEMONT, Mém. hist. eccl., t. V, p. 50 et 683.

3. E. LE BLANT, loc. cit., p. 206.


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