TOME III - Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC par le R. P. Dom H. LECLERCQ

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Message  Monique le Mar 21 Avr 2020, 8:25 am

LES SAINTS(ES) MARTYRS CHRÉTIENS

TOME III

Julien l'Apostat, SAPOR, GENSÉRIC

 
Recueil de pièces authentiques sur les martyrs depuis les origines
du christianisme jusqu'au XXe siècle
TRADUITES ET PUBLIÉES
Par le R. P. Dom H. LECLERCQ
Moine bénédictin de Saint-Michel de Farnborough


************************



INTRODUCTION

  Les documents publiés dans ce troisième volume sont moins connus que ceux qui sont entrés dans la composition des volumes précédents, quelques-uns ne sont même pas connus du tout ; non qu'ils soient inédits, mais ils reposent dans l'une ou l'autre de ces massives collections qui sont comme le gros-œuvre de toute bibliothèque. On a bien voulu reconnaître qu'il y avait « mérite d'avoir tiré des gros in-folio gréco-latins ces documents vénérables, oeuvre de la période héroïque du christianisme, et de les avoir présentés au public éclairé sous une forme française (1)». C'est que, en effet, les esprits solides et le succès de ce recueil témoigne que leur nombre est moins réduit qu'on ne le pense savent bien sentir la haute valeur historique que possèdent ces textes de premier jet qui nous rapportent le triomphe des martyrs. Ces pièces, mieux que toute autre méthode littéraire, mettent « le lecteur chrétien en contact direct avec le passé, avec la vie concrète du martyr » (2), et « nous vivons à une époque où il devient nécessaire de donner à ces récits de martyrs un peu plus que l'intérêt d'une curiosité rapidement satisfaite. Il faut apprendre à les méditer. Nous en tirerons d'excellentes leçons. Plaise à Dieu que nous ne soyons pas obligés, beaucoup plus vite qu'on ne le croit, à les mettre à notre tour en pratique (1) ».

Les âmes croyantes et les esprits distingués se rencontrent de nos jours dans leur goût très vif pour ces naïfs récits de la vénérable antiquité, et l'on a eu raison de dire que ces textes sans apprêt feront « plus pour l'édification des fidèles, plus aussi pour le rapprochement des adversaires du christianisme, que toutes les sornettes que d'aucuns croient nécessaires de débiter pour rendre la religion chrétienne attrayante (2) ». Le christianisme n'est ni un poème, ni un théorème ; il peut l'êtres au regard de certains esprits, mais en lui-même il est une vérité et il n'a besoin que de vérité. A eux seuls, les textes historiques qui nous rapportent le passé de l'Église chrétienne, et, parmi ces textes, les actes des martyrs « fournissent la plus attachante, édifiante et doctrinale des lectures. Quel catéchisme impressionnera jamais un enfant comme la lecture de la passion de sainte Perpétue (3) » ?

A la, suite de ces textes, mais non pas sur le même plan, nous avons donné des récits antiques dans lesquels la critique n'est pas encore parvenue à distinguer ce qui appartient à l'épisode historique et au document primitif. On nous en a blâmé, requérant de notre part « un peu plus de sévérité, moins de tendresse pour des apocryphes et des niaiseries (1)», Si niaiseries il y a. Pour nous, ces légendes n'ont rien qui nous répugne. Ce furent les romans de l'époque où ils parurent (2) ; qu'on relise la légende de sainte Thècle (3), celle de saint Théodore le cabaretier (4), et que l'on compare ces charmants récits si alertes, si nets, avec les ouvrages, même excellents, de l'antiquité classique ; la comparaison pourra se soutenir. Ces petits romans chrétiens ont d'ailleurs satisfait nos pères, qui y trouvaient apparemment ce qu'ils y cherchaient ; ils voulaient être touchés, émus, intéressés, ils l'étaient ; maintenant et depuis longtemps, on veut être empoigné, c'est le mot, violent et dur comme la chose. Ne nous défendons pas trop d'apprécier la délicatesse du coeur, ou, à son défaut, celle même de l'esprit. Sachons porter intérêt à d'honnêtes gens, à des natures non gâtées, vouons-les sentir, écoutons-les quelquefois parler.



1. F[RANZ] C[UMONT], dans la Revue de l'instruction publique en Belgique, 1902, t. XLV, p. 249.

2. [DEGERT], Notes et critiques, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique publié par l'Institut catholique de Toulouse, 1902, juin, p. 196.

1. H. B[ROUSSOLLES], dans la Semaine religieuse de Paris, février 1902.

2. J. S[ÉRET], dans la Revue bibliographique belge, 1902, t. XIV, p. 192.

3. H. BRÉMOND, Remarques sur l'éducation du sens religieux, dans les Etudes, 1902, t. XXXIX, p. 627, note 1.

1. M. D., dans la Revue critique, 9 juin 1902:

2. TERTULLIEN (de Baptismo, C. XVII) nous apprend qu'un prêtre d'Asie avait composé un récit de ce genre sur sainte Thècle et saint Paul; le fait est rappelé par S. JÉROME (de Scriptoribus ecclesiasticis, C. VII).

3. Tome I, p. 164 sq.

4. Tome II, p. vin sq. ; cf. H. Delehaye, dans Analecta Bollandiana, 1903, t. XXII, p. 319-329


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Message  Monique le Mar 21 Avr 2020, 8:32 am

Mieux vaudrait ne jamais entendre, à l'égard des générations qui nous ont précédés, ces anathèmes virulents, ces paroles de dédain qui ne sont nulle part à leur place. Le propre de l'intelligence est de comprendre et d'apprécier, même ce qu'on ne fait pas ; le propre de la charité est d'être patiente, indulgente, surtout pour ce qu'on ne consentirait pas à faire. On peut concevoir le beau sous un aspect que l'on juge plus conforme à l'essence de la beauté, mais il faut bien se garder de proscrire les aspects différents qui ont, en d'autres temps, agréé à d'autres esprits. Il est assez plaisant, d'ailleurs, de songer que ce qui nous paraît être le dernier mot du bon goût ira rejoindre à son rang les conceptions démodées qui nous semblent intolérables. En pareille matière, la discussion avance peu les choses, et nous ne nous y prêterons pas. On ne peut songer à convaincre tout le monde, et ce serait faire peine à plusieurs que de ne répondre qu'à quelques-uns. Selon la belle parole de l'Écriture, « Dieu n'est pas dans la tourmente », évitons-la donc, car il est rare que dans le trouble on découvre la vérité, et c'est elle seule qui est digne de notre effort et de notre culte. Les discussions ont empêché plus de bien qu'elles n'en ont procuré ; loin de se contredire et de se diviser, que les hommes de bonne volonté choisissent les questions sur lesquelles ils s'entendent nécessairement, remettant à plus tard toutes les autres, car l'union c'est la force.

Sans doute le sentiment qui inspire les contradicteurs est souvent infiniment respectable et touchant. Leurs colères sont faites d'une naïveté, d'une loyauté exquises, mais que ces bonnes âmes apprennent à se contenir. La modération est plus féconde que les ressentiments. Laissons à nos maîtres dans la foi, à l'Église, le soin de connaître et d'apprécier; ne nous érigeons jamais en inquisiteurs surnuméraires. Il est des terrains sur lesquels l'action de tous les gens de bien peut être commune, qu'elle le soit donc. Je poursuis ce recueil non sans satisfaction, en voyant qu'il obtient le suffrage des âmes religieuses et des esprits distingués qui, après avoir été mes maîtres, veulent bien me permettre de les compter au nombre de mes amis. Le suffrage des membres de l'illustre Compagnie de Jésus est, pour ceux qui entrent dans la vie littéraire, un brevet tout à la fois d'orthodoxie et de goût. On pourrait n'en pas rechercher d'autre. J'ai hâte d'arriver à l'époque où les héros de ce livre seront « ses martyrs ». Peut-être le rapprochement de leurs actes, depuis les lettres de Charles Spinola jusqu'à celles de Pierre Olivain, sera-t-il à quelques-uns une chose toute nouvelle.

Dieu veuille que ces martyrs modernes leur inspirent le respect qu'ils accordent aux martyrs de la lointaine histoire et qu'ils comprennent alors ce quelque chose d'à part et de profond, le don d'attrait et d'émotion qu'a pour nous la parole de ceux qui nous ont formé. De raison, je ne leur en donnerai pas d'autre que celle-ci : il faut avoir grandement égard à la tendresse humaine et ne point s'attaquer à ceux qui se sont fait beaucoup aimer. Parcendum est maxime caritati hominum, ne temere in eos dicas qui diliguntur (1). Je dois m'acquitter d'une autre dette de reconnaissance. La préparation des trois premiers volumes de ce recueil m'a imposé l'étude quotidienne des écrits de trois hommes qui ne me laissaient guère plus ni mieux à faire que de reproduire sous une forme didactique les observations semées par eux avec profusion dans un grand nombre d'écrits. Je leur dois de vifs plaisirs d'esprit et mieux que cela, un respect plus scientifique de la religion chrétienne dont ils m'ont souvent fait voir la vérité certifiée par des faits positifs. Au moment d'aborder des temps sur lesquels ne s'est guère tournée leur attention, au moment donc de me séparer pour cette étude du moins de mes guides, je crois devoir à chacun d'eux quelques mots plus particuliers, car il fait toujours bon connaître ceux qui nous apprennent à aimer. Je rappellerai donc rapidement le souvenir de Dom Thierry Ruinart, de Edmond, Le Blant et de Jean-Baptiste de Rossi.


1. CICÉRON, de Oratore, II, 58.


A SUIVRE... Dom THIERRY RUINART, O. S. B.
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Message  Monique le Mar 21 Avr 2020, 9:14 am

Dom THIERRY RUINART, O. S. B.


L'antiquité n'a pas eu le privilège des étroites amitiés, encore que les exemples qu'elle en offre comptent entre les plus illustres. Parmi les modernes et depuis le christianisme on a vu des affections non moins ardentes et souvent plus pures donner naissance à ouvrages tels que ceux dont les Bénédictins de Saint-Maur ont enrichi la science. La communauté de goûts et de vie, ainsi que ce quelque chose de complet qui marque les écrits auxquels plusieurs savants ont apporté le concours de leurs connaissances et de leur habileté, ont donné à Dom Thierry Ruinart un rang particulier parmi ses confrères et devant la postérité. Son souvenir, plus encore que son nom, est attaché pour toujours à la grande mémoire de Dom Mabillon, dont il fut le collaborateur, l'ami et souvent le consolateur.

Dom Ruinart naquit à Reims en 1657 ; il fit son éducation au collège des Bons-Enfants, où Mabillon avait passé avant lui, et fut reçu maître ès arts en 1674 ; il entra au noviciat des Bénédictins de Saint-Rémi le 2 octobre de la même année, et fit profession à Saint-Faron de Meaux le 19 octobre 1675. Il ne fit que traverser quelques monastères de l'Ordre, afin d'y pratiquer les exercices imposés aux jeunes religieux, et fut envoyé à

Paris, en 1682, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pour y travailler sous la conduite du Père Mabillon. J'ai eu le bonheur, écrivait-il plus tard, d'avoir été élevé dès ma jeunesse auprès de ce saint religieux et d'avoir été près de vint-six ans le témoin de toutes ses actions. » Ils ne devaient guère être séparés que pendant les longs voyages scientifiques du Père Mabillon, en Allemagne (1683) et en Italie (1685) ; au contraire, ils firent ensemble les voyages d'Alsace et de Lorraine (1696), de Tours et Angers (1698) de Clairvaux (1701). Pendant les séjours à Saint-Germain-des-Prés, ni le maître ni le disciple ne se relâchaient jamais de la pratique des observances monastiques. Le goût et le sens de la vie ascétique étaient aussi profonds chez tous deux que le goût et le sens de la vérité historique, et on s'explique aisément comment l'esprit critique le plus rigide est le compagnon ordinaire d'une pratique exacte des vertus religieuses ; l'habitude de la sincérité dirige le religieux et le savant.

Livré absolument à son oeuvre et absorbé exclusivement par elle, le Père Ruinart envisageait les distractions honnêtes comme un temps dérobé à ses travaux, et il s'était imposé de ne voir et de n'apprendre que ce qui pouvait servir à sa formation. Il dut guider à Paris et aux environs un religieux italien que le Père Mabillon lui adressa au cours de son voyage à Rome ; après s'en être acquitté, il écrivait, le ler avril 1686: « Je menai jeudi dernier votre religieux italien à Saint-Denys. Il est allé à Versailles ; il n'a pas besoin de conducteur pour lui faire voir Paris ; il en a plus vue en un seul jour que je n'en verrai peut-être jamais. » Dom Ruinart habitait Paris depuis près de quatre ans et il avait vingt-neuf ans lorsqu'il traçait ce pronostic que la suite de sa vie ne démentit pas.


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Message  Monique le Mer 22 Avr 2020, 7:31 am

Elle était, jugeait-il, assez remplie par les grandes préoccupations qu'il avait tournées vers les textes antiques dont il voulait ressaisir les traces parmi les compositions innombrables qui avaient comme submergé la véritable antiquité sous l'énorme bagage des légendes du moyen âge. Une part considérable de son œuvre, celle qui a rendu son nom presque populaire parmi les érudits, c'est le recueil des Actes des premiers martyrs authentiques et choisis, qui parut pour la première fois en 1689, à Paris, et fut réédité plusieurs fois depuis lors. Quelques années plus tard, en 1694, il donna l'Histoire de la persécution des Vandales, de l'évêque Victor de Vite. Aujourd'hui que la gloire a consacré les noms de Mabillon et de Ruinart, on conçoit difficilement l'opposition qui accueillit des tentatives dont la loyauté nous paraît incontestable. Les services rendus à l'Église par cette manière ferme et prudente d'en écrire l'histoire invitent à juger avec trop de sévérité peut-être les esprits mesquins qui soulevèrent contre les deux religieux d'ardentes contradictions. L'étroite union qui faisait des joies et des ennuis de l'un les joies et les ennuis de l'autre ne manqua pas d'identifier Mabillon et Ruinart lorsqu'il s'agit de défendre leur méthode historique et la réputation d'orthodoxie du monastère de Saint-Germain-des-Prés. Les attaques dont leurs écrits étaient le prétexte s'adressaient d'ailleurs bien plus peut-être à cette maison, qui, par leur opiniâtre labeur, allait devenir la capitale intellectuelle de l'Ordre bénédictin, qu'à la personne même des deux religieux.

Plusieurs, en effet, s'alarmaient de voir tant de pénétration unie à tant d'obstination dans l'étude et pressentaient que d'antiques maisons monastiques, quoique honnêtement pourvues d'hommes, de livres et de bien, ne pourraient manquer d'être éclipsées par ces hommes jeunes encore qui disposaient des richesses de la bibliothèque d'une grande capitale, de celle du chancelier Séguier, de la compagnie et des conseils des esprits distingués en tous genres dont l'attention, commençant à se tourner vers les Bénédictins studieux de Saint-Germain-des-Prés, aurait prouvé qu'ils prenaient volontiers pour eux le mot d'un poète :

J'aime mieux un grand nom qui paraît qu'un vieux nom qui s'éteint.


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Message  Monique le Jeu 23 Avr 2020, 8:10 am

C'étaient en effet, alors, les débuts de cette glorieuse période qui, de Dom Ménard à Dom Poirier, devait répandre sur le monastère fondé par des rois un lustre moins extérieur, et lui mériter une estime qui a triomphé de l'indifférence des uns et de l'ingratitude des autres.

Il fallait quelque intrépidité alors pour aborder la solution critique de certains points d'histoire sur lesquels les hardiesses peu fondées des réformés avaient excité la vigilance un peu ombrageuse des esprits orthodoxes. Le savant ami des Pères Mabillon et Ruinart, le Père Jean Bona, prenait l'alarme comme bien d'autres et adressait au Père Ruinart des objurgations qu'il n'y a pas lieu de rappeler plus longuement. Dans ces petits démêlés, les deux religieux de Saint-Germain ne cessèrent jamais de se dépenser l'un pour l'autre, car ils avaient si bien confondu leurs pensées, leurs desseins et leurs vies, que l'on ne pouvait distinguer ce qui touche l'un d'eux sans que l'autre y fût intéressé. Leurs épreuves comme leurs récompenses étaient communes, et ce serait mal entendre leurs âmes que de faire l'histoire de l'une sans l'interrompre de temps en temps par l'histoire de l'autre. De même qu'ils vécurent l'un en l'autre, de même faut-il rapporter ici, non les épreuves de Ruinart, elles lui étaient peu de chose, mais les épreuves de Mabillon, que Ruinart portait tout entières.

Une discussion à la fois religieuse et historique était venue arrêter Mabillon au milieu de ses travaux les plus importants, et lui susciter de violentes attaques de la part même des membres de la corporation dont il était la gloire et le flambeau. Cette querelle, par la raison qu'elle se renferma dans le sein de la famille bénédictine, ne fit pas autant de bruit dans le monde lettré que celle qui fut soutenue tour à tour au sujet de l'auteur de l’Imitation de Jésus-Christ ou du traité des Études monastiques, objet de la célèbre controverse excitée par le réformateur de la Trappe. Mais elle n'en causa pas moins d'amers déplaisirs à l'illustre auteur des Acta sanctorum, en ce qu'elle eut momentanément pour conséquence de le représenter, aux yeux de tous ses confrères, comme un prévaricateur qui avait porté atteinte aux titres les plus glorieux des enfants de saint Benoit, en retranchant un certain nombre de saints du catalogue de l'ordre, et en écrivant la préface du ive siècle bénédictin. Accusé par les Pères Bastide, Mège et Gerberet, d'avoir énoncé des faits aussi contraires à l'édification des religieux qu'à la vérité historique, Mabillon, comme l'atteste le procès-verbal du chapitre général de Fleury-sur-Loire, fut mis en demeure de répondre aux attaques dirigées contre son honneur et sa sincérité (1).



1. A. DANTIER, Premier rapport sur la mission qu'il a été chargé de remplir en Suisse, en Allemagne et en Belgique, dans Archet. des missions scientif., t. VI (1857), p. 248.


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Message  Monique le Ven 24 Avr 2020, 8:13 am

Voici cette réponse :

«Je ne suis pas surpris que l'on écrive contre moi; mais si l'on fait réflexion sur la manière peu régulière et charitable que le R. P. [Bastide] observe dans son dernier écrit, je crois que les personnes équitables tomberont d'accord que j'ai quelque sujet de me plaindre. Je sais que c'est le sort de tous ceux qui donnent quelque chose au public, et principalement de ceux qui traitent de l'histoire, d'être exposez à la censure des hommes, et de s'attirer la passion de beaucoup de gens. C'est pourquoi un grand évêque disait autrefois avec raison, qu'il n'est pas fort avantageux à un ecclésiastique d'écrire l'histoire, d'autant que cette entreprise fait des jaloux, demande un grand travail, et se termine enfin à l'aversion que plusieurs conçoivent d'un auteur qu'ils croient ne leur est pas favorable. Scriptio historiæ videtur ordine a nostro mullum abhorrere : cujus inchoatio invidia, continuatio labor, finis est odium. (Sidon., lib. II, épist. 22.) En effet, quelque parti que l'on prenne, et quelques mesures que l'on garde dans ce dessein, il est impossible de contenter tout le monde. Car si l'on reçoit tout sans discussion, on passe dans l'esprit des personnes judicieuses pour ridicule ; si l'on apporte de l'exactitude et du discernement, on passe chez les autres pour téméraire et présomptueux : Si quid simpliciter edamlis, insani si quid exacte, vocamur præsumptuosi. (Sidon., lib. II, epist. 22.)

De ces deux partis, j'ai choisi le second, comme étant le plus conforme à l'amour de la vérité, que doit avoir un chrétien, un religieux et un prêtre, comme le plus avantageux à l'honneur de l'ordre, et enfin comme étant absolument nécessaire dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, auquel il n'est plus permis d'écrire des fables, ni de rien avancer sans de bonnes preuves. J'ai néanmoins taché de garder toute la modération possible ; et lorsqu'il s'agissait de l'intérêts de l'ordre, j'ai toujours penché plutôt du côté de l'indulgence que de la sévérité. Mais enfin quelques mesures que j'ai gardées, je n'ai pas laissé d'essuyer beaucoup de contradictions. J'ai taché de les surmonter par le silence et par la patience ; mais mon silence n'est pas devenu moins insupportable que mes discours, et l'on m'oblige enfin à me défendre ou à me rétracter. Je pourrais dire pour ma justification que je n'ai rien avancé dans mes préfaces qui n'ait est vue, examiné et approuvé de ceux à qui les supérieurs majeurs ont trouvé bon de les faire voir avant que de les imprimer ; mais il n'est pas juste que, pour me mettre à couvert, je mette mes supérieurs en jeu : et j'aime mieux que tout tombe sur moi que d'exposer leur autorité à la censure. Il suffit qu'on leur reproche qu'ils entretiennent une personne aux dépens de la congrégation pour écrire contre l'ordre : et il est nécessaire que je me justifie, aussi bien qu'eux, de cette accusation. Je puis dire même qu'il est nécessaire que j'écrive pour le bien commun des personnes de lettres, d'autant que si les principes que veut établir le R. P. subsistent une fois, il est impossible qu'une personne qui ait tant soit peu de lumière et de discernement se puisse réduire à écrire exactement des choses de l'ordre, à moins qu'on ne veuille renoncer à la sincérité, à la bonne foi et à l'honneur.

Voilà en partie mes sentiments touchant l'écrit du R. P., je les ai exprimés d'une manière claire et sincère ; et si j'ai répondu avec un peu de force en quelques endroits, la manière exorbitante dont il m'a traité m'y a obligé, contre mon naturel, quoique j'ai tâché de ne rien dire qui puisse blesser la charité, ni le respect que je dois à mon caractère. J'ai dissimulé beaucoup d'injures dont il me charge avec indignité, et j'ai passé sous silence quantité de suppositions qu'il m'impute, tantôt de gaité de coeur, tantôt en changeant quelque chose aux passages qu'il rapporte, et le plus souvent en donnant un faux tour et contraire à la vérité que j'avance. Mais j'espère que ceux qui se donneront la peine de lire avec attention ma préface, les pourront aisément découvrir, et porteront un jugement plus équitable de cet ouvrage, que je n'ai entrepris que pour la gloire de notre saint ordre (1). »



 
1. A. DANTIER, ibid., p. 358 sq.; pièce n° 32. Réponse de D. Jean Mabillon.


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Message  Monique le Sam 25 Avr 2020, 7:09 am

La pensée de la gloire de l'Église et de l'Ordre monastique paraît bien avoir inspiré tous les travaux des deux moines de Saint-Germain-des-Prés. Ils la servaient par ce fait seul qu'ils mettaient la vérité dans une plus vive lumière historique, et l'Église n'a rien à redouter de l'histoire. Aussi fut-ce un « grand service rendu aux études historiques que la publication faite par Ruinart du recueil des Acta sincera et selecta primorum Martyrum. Le renom de prudence et de savoir acquis par le célèbre religieux appela tout d'abord la confiance sur les pièces qu'il avait choisies ; le nombre des éléments d'informations que nous a transmis l'antiquité s'en accrut dans une large mesure, et, comme l'histoire de l'Église, celle même des temps païens y trouva souvent un secours. Beaucoup de textes reprirent crédit qu'on ne pouvait citer qu'avec réserve.

L'esprit critique et le labeur d'un homme avaient suffi à leur rendre tout leur prix. Abordant, sans ménager sa peine, l'immense collection des Bollandistes, celles de Mombritius, de Surius, Ruinart avait jeté la lumière sur ces in-folio que leur masse semblait devoir rendre inabordables. De ce travail et d'une large enquête dans les vieux textes manuscrits, il est sorti un monument désormais devenu classique, et qui, chez nous comme chez nos pères, a mis dans les mains de chacun un instrument de première utilité. Ruinart, on le voit par sa correspondance manuscrite, ne cessa de chercher si son livre pouvait recevoir quelque accroissement utile. Un second volume, dont il parle et dans lequel il voulait donner les documents d'une époque postérieure au triomphe de l'Église, devait comprendre, avec l'ouvrage de l'évêque Victor de Vite sur la persécution des catholiques par les Vandales, une histoire déjà toute préparée de la persécution des Ariens. Cela n'empêche pas, dit-il, que si on trouvait quelque pièce même des premiers siècles, nous la donnions aussi. « Ce projet n'eut qu'une suite incomplète, et le récit de Victor de Vite fut seul imprimé . »

Ces travaux, il est à peine besoin de le redire, étaient concertés et préparés en commun, et quoique l'antiquité chrétienne fût moins familière au Père Mabillon que le moyen âge, il ne laissait pas d'y faire preuve de son ordinaire pénétration ; sur ce terrain néanmoins, il semble que le Père Ruinart était plutôt le maître et son confrère illustre le disciple. Ils n'étaient pas gens à s'en troubler, puisque définitivement leur science était en commun. L'amitié entre deux hommes produit quelquefois des merveilles d'abnégation ; ce n'est pas entre eux l'amour-passion, ni l'amour-goût, mais une sorte d'amour-confiance beaucoup moins violent que l'un et beaucoup plus profond que l'autre, consistant à aimer une personne parce qu'elle est bonne et douce, d'un commerce agréable et sûr, et le sentiment qui naît de là est d'une si grande solidité et d'une si longue suite qu'on peut bien dire de cet amour qu'il est plus fort que la mort. Même en dehors du plaisir que cette amitié procure, on peut la rechercher pour sa vertu propre, car c'est une excellente habitude morale d'avoir auprès de soi quelqu'un que l'on aime plus que soi.


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Message  Monique le Dim 26 Avr 2020, 2:47 pm

La mort du Père Mabillon sonna le glas du Père Ruinait; à partir du jour où il dut travailler seul, il redoubla, mais, quoi qu'il fît,il avait du froid au cœur. Il dura encore deux années, qu'il remplit à mettre la dernière main aux ouvrages de son maître. Au mois d'août 1709, il fut en Champagne pour ses études ; dès les premiers jours de septembre, il quitta Reims pour rentrer à Paris avec une halte à l'abbaye d'Hautvilliers ; à peine arrivé, il dut prendre le lit, et son mal ne cessa d'empirer.

Tout le répit qu'il eut fut employé à la prière et à la préparation à la mort, qui arriva pour lui le 27 septembre de l'année 1709. « Ainsi, écrivait Dom Massuet, termina sa carrière notre savant et pieux confrère, célèbre dans le monde entier par les grands travaux dont il enrichit l'Église, mais surtout digne de mémoire et d'éloge pour sa haute piété, la pureté de ses mœurs, le zèle de sa vie régulière, la candeur de son âme, la politesse de ses manières, la sincérité de sa modestie et tant d'autres vertus chrétiennes et monastiques.

Pour tout dire en un mot, il reproduisit en lui l'image fidèle de Mabillon, son maître et son modèle. Comme lui, il se livra avec un zèle infatigable aux plus grandes entreprises littéraires, sans rien négliger des devoirs d'un parfait religieux, qu'il sut remplir, autant qu'il put, au milieu des traverses des voyages et des douleurs de la maladie. »


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Message  Monique le Lun 27 Avr 2020, 7:27 am

JEAN-BAPTISTE DE ROSSI

L'heureuse obligation en laquelle je me suis trouvé d'entretenir un commerce assidu avec ce que Jean-Baptiste de Rossi et Edmond Le Blant  nous ont laissé d'eux-mêmes, l'utilité que j'en ai retirée et l'intérêt que quelques personnes ont paru prendre à l'exposition des principaux résultats de la science qu'ils ont fondée, m'engagent à rendre à cette place un respectueux hommage au caractère et à la science de ces illustres archéologues.

Jean-Baptiste de Rossi naquit à Rome, le 22 février 1822, au sein d'une ancienne famille noble, et fut baptisé le même jour à Sainte-Marie sopra Minerva. On le mit au collège des Jésuites connu sous le nom de Collège Romain, où il s'appliqua à l'étude des lettres avec un succès singulier; cependant il ne laissait pas dès lors, quoiqu'on le tournât uniquement, comme les autres écoliers, vers l'étude du latin et du grec, de donner un pressentiment de ce qu'il serait plus tard. Sa passion pour les monuments de l'antiquité chrétienne fut si précoce que, dès sa onzième année, son père jugea ne pouvoir lui faire de présent plus agréable, à l'occasion de sa fête, que de lui offrir la Roma sotterranea de Bosio ; mais il ne put donner suite à son dessein, le livre étant alors introuvable à Rome. Le goût de l'archéologie était si ancien chez M. de Rossi, qu'il ne s'en était jamais connu d'autre et avait dirigé toutes ses préoccupations de telle manière que, lorsqu'on questionnait ce grand homme sur le temps où il était devenu archéologue, il répondait : « Je n'en sais rien, cela me prit tout enfant ; c'était une vocation. » Ses maîtres s'étant aperçus de son attrait le fortifièrent de leurs conseils et le guidèrent par leur science. Son maître de grec, le jésuite Gianpietro Secchi, lui insinua d'entreprendre le recueil des épitaphes grecques de Rome, et l'écolier s'y employa aussitôt.

Or il arriva que, le savant Marini en ayant fait déposer une dans la Galleria delle Iscrizioni, Rossi s'appliquait un jour à la transcrire lorsqu'il fut surpris par le cardinal bibliothécaire Angelo Maï. Étonné de rencontrer un épigraphiste de quatorze ans, il lui demanda : « Que fais-tu là, petit ? Éminence, je transcris l'inscription grecque. Et tu la comprends ? Pas toujours, Éminence. » Le cardinal prit le papier de l'enfant et y écrivit l'épitaphe. « Plus tard, je l'ai bien comprise », disait M. de Rossi. Cependant le cardinal demanda à l'écolier qui il était, et comme il connaissait le père du jeune homme, il le pria de le venir visiter, afin de voir ensemble comment il pourrait s'intéresser au jeune antiquaire. Cette rencontre fortifia encore, si c'était possible, un goût très vif, de sorte que, là où ses compagnons ne cherchaient que distraction, M. de Rossi tirait profit pour ses études. Au cours d'une visite dans les galeries du Vatican, il lui était arrivé un jour de s'attarder à prendre copie d'une inscription lorsque, soudain, on se jette sur lui, on lui arrache des mains son carnet avec des paroles assez dures.


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Message  Monique le Mar 28 Avr 2020, 7:12 am

C'était un employé subalterne chargé de veiller à ce que personne ne dérobât au professeur Sarti un seul des textes qu'il se réservait le privilège de donner au public. En 1838, M. de Rossi fit un voyage en Toscane ; la compagnie de ses parents lui fut non moins utile qu'agréable, car il lui arrivait maintes fois d'oublier, au cours de ses études, de boire et de manger. En 1840, le jeune homme entra au collège de la Sapience, où il obtint les mêmes succès qu'il n'avait cessé de remporter pendant son temps d'écolier ; ses études étaient cependant poursuivies sans détriment pour celles de l'archéologie, car depuis deux ans il était auditeur assidu de l'académie d'épigraphie antique, principalement grecque, organisée par le jésuite Bonvicini, et depuis 1841 il accompagna fréquemment l'illustre jésuite Marchi dans ses visites aux catacombes. Le savant religieux et son jeune ami ne se quittaient guère, et on les désignait à Rome sous le nom de :  deux inséparables. Ce fut le 24 juillet 1842, dans une visite faite avec Marchi à l'église Sainte-Praxède, que Rossi arrêta sa résolution d'être archéologue ; l'année suivante (1843), il était proclamé Docteur en droit, à la fois à l'honneur, et il se voua dès ce moment à la réalisation du vaste projet d'un recueil des inscriptions chrétiennes.

A ce propos, M. de Rossi se plaisait à raconter une anecdote intéressante. « Le jour où il sortit de l'université de la Sapience, après avoir terminé ses études et conquis le doctorat en toute légalité, il fut invité à dîner chez le prélat Capalti, qui était déjà un personnage et qui est mort, il y a peu d'années, cardinal et préfet de la Propagande. Le jeune docteur annonçait l'intention de renoncer au barreau et à l'administration pour se consacrer entièrement à l'archéologie.

Capalti le chapitra très amicalement, avec beaucoup d'insistance ; il lui ouvrit les plus brillantes perspectives, mais sans le moindre succès ; de Rossi s'obstinait dans sa vocation. Alors le prélat, changeant de note, entreprit de lui faire voir que cette vocation le menait aux abîmes. Vous êtes trop intelligent, lui dit-il, pour ignorer que tous ces vieux monuments qui vous passionnent n'ont d'autre histoire que des légendes. Ici, à Rome, nous mettons à chaque instant le pied sur un souvenir sacré, mais il serait imprudent d'y appuyer trop fort. Ainsi, moi qui vous parle, je suis chanoine de Sainte-Marie-Majeure. En cette qualité je prends part, tous les ans, à la fête de cette église, qui a lieu le 5 août. On lit à matines une singulière légende suivant laquelle la sainte Vierge serait apparue au pape Libère, et lui aurait indiqué l'emplacement de la future basilique, promettant même de la marquer par une chute de neige qui arriverait le lendemain et se maintiendrait à l'endroit voulu. Cette légende débute, dans les livres d'office, par les mots : Nonis Augusti, quo tempore in Urbe maximi calores esse solent (1).

Nous la faisons lire au  chœur et l'écoutons gravement. Une fois rentrés à la sacristie, il se trouve toujours quelque chanoine pour  dire, en s'épongeant le front : « Dans tout ce que nous venons d'entendre, il n'y a qu'un mot de vrai, mais il est bien vrai : Nonis Augusti, quo tempore in Urbe maximi calores esse solent. » Ainsi, vous le voyez, l'usage maintient une foule de vieux récits auxquels personne ne croit (1). Si vous les présentez comme vrais, vous passerez, non pour un sot, car cela n'est pas possible, mais pour un homme dépourvu de probité scientifique. Si vous les écartez, il se trouvera des [gens] (2) pour crier au scandale et [d'autres] pour les croire ; de là pour vous beaucoup d'ennuis (3). »

Les prévisions du cardinal Capalti devaient se réaliser et attrister la plus grande partie de la vie de J.-B. de Rossi, qui en faisait confidence à un religieux bénédictin : « ... Il me sera impossible, écrit-il le 19 août 1855, d'éviter une perpétuité de chagrin tant que je serai à Rome.



1. « Le jour des noues du mois d'août, à l'époque où les chaleurs sont les plus fortes à Rome. »

1. C'est, en effet, l'opinion exprimée dans des documents rédigés par une congrégation romaine instituée en 1741 par le pape Benoît XIV pour préparer une onesta correzione del nostro Breviario, ainsi que disait le pape. Dans la congrégation du 17 mars 1742, on décida que la fête du 5 août ne porterait plus le titre de Sainte-Marie-aux-Neiges ; on dirait, comme dans les anciens calendriers, Dedicatio S. Mariae. La légende était remplacée par un sermon de saint Bernard; voici d'ailleurs les propres paroles de la congrégation sur la légende : Lectiones secundi nocturni, quae hac die usque modo recitatae sunt, immutandas cane existimatur. De ea solemnitate, quae hac die celebratur, eiusque institutionis causa, habentur, ait Baronius in Martyrologio romano, vetera monumenta et mss. Hujusmodi autem monumenta et mss. nec unquam vidimus, nec fortasse unquam videbimus. Mirandum profecto est, ait Baillet, non adhuc tanti miraculi et tain mirabilis historiue auctorem innotuisse ; insuper quod tam novum tamque stupendum prodigium spatio annorum ferc mille et amplius profundo sepultum silentio jacuerit, nec unquam inveniri potuerit, praeterquam in breviario et in Catalogo Petri de Natalibus, lib. 7, cap. 21. Ce passage a été publié par Mgr Chaillot dans les Analecta juris pontificii, t. XXIV (1885), p. 915, d'après le dossier original conservé à la bibliothèque Corsini et intitulé : Acta et scripta autographa in sacra congregatione particulari a Benedicto XIV deputata pro reformatione Breviarii romania. 1741, in ires tomos distributa et appendicem. (Biblioth. Corsini, mss. n° 361, 362, 363.)

2. Les termes du cardinal Capalti étaient plus vifs ; je crois suffisant de rétablir la vraie leçon en note : « ... il se trouvera des hypocrites pour crier au scandale et des imbéciles pour les croire... »

3. MGR DUCHESNE, J.-B. de Rossi, dans la Revue de Paris, octobre 1894, p. 720-721.


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Message  Monique le Mer 29 Avr 2020, 7:23 am

Si l'amour de ma mère et celui des monuments ne me retenaient pas ici, je n'hésiterais pas un instant à m'expatrier, et probablement la France deviendrait ma patrie élective (1). » Le 26 décembre de l'année suivante, il écrit encore : « Les adversaires ouvrent de temps en temps la bouche ; le mot de mode chez eux, aujourd'hui, n'est pas que M. de Rossi ne fait rien (il fait trop), mais qu'il est l'allié des protestants ! Dans les hautes régions de la hiérarchie ecclésiastique et dans certains cercles, l'on répète, jusqu'à le persuader à ceux qui ignorent l'état des choses, cette accusation, qui semble le palladium de mes adversaires (2)». Ces regrettables cabales, qui se font un jeu d'entraver les débuts de tant d'esprits distingués, et dont Bossuet et Dom Mabillon eurent eux-mêmes à souffrir, car l'accusation d'hérésie n'épargna pas ces grands hommes, devaient se donner longtemps carrière contre J.-B. de Rossi, qui écrit, le 30 juillet 1872 : « Le côté déplorable de cette guerre injuste et mesquine est que, ne pouvant pas m'attaquer sur le terrain de la science, l'on ne cesse depuis dix ans de chercher de m'attirer sur celui de l'orthodoxie, et l'on n'a épargné aucune finesse pour me compromettre avec l'autorité ecclésiastique (3). »


Au milieu de ces intrigues, qui parvinrent à se pousser jusque dans la chambre du Saint-Père, M. de Rossi poursuivait ses fouilles et ses commentaires épigraphiques avec une sérénité qu'on ne pouvait troubler et une ardeur qu'on ne pouvait ralentir. Je n'ai pas à rappeler ici son œuvre entière, ni à en signaler les graves conséquences au point de vue des sciences, peu habituées jusqu'alors à tenir compte des données archéologiques; mais simplement son rôle d'initiateur d'un groupe scientifique que lui-même se plaisait à désigner du nom de collegium cultorum martyrum. Le principal écrit consacré par M. de Rossi à ses chers martyrs romains fut La Roma sotterranea cristiana, dont le premier volume parut en 1864.

La bienveillance que le pape Pie IX témoignait à M. de Rossi et l'intérêt particulier qu'il portait à ses découvertes firent souhaiter au savant que le Saint-Père agréât la dédicace d'un ouvrage préparé à l'honneur du Siège de Rome. Les oppositions qui s'efforçaient, quoique vainement, d'entraver la marche du savant furent cette fois sans succès. A la demande instante présentée par M. de Rossi au Saint-Père de donner son imprimatur à l'ouvrage sous cette forme : Pubblicata per ordine di Sua Santità, le pape répondit : Non Io permette solamente, ma Io esigo, carissimo de Rossi ; aussi, lorsqu'il vit la belle dédicace du livre qui rapprochait le nom de Pie IX du nom de Damase : « Si je suis un autre Damase, dit-il, c'est que j'ai trouvé un autre Jérôme. J'accepte. » L'oeuvre martyrologique de J.-B. de Rossi n'est tellement neuve et solide que parce qu'elle embrasse tous les aspects de la question et tous les textes et les monuments qui s'y rapportent. Les anciens Itinéraires des vue et siècles qui conduisaient les étrangers aux principaux lieux de pèlerinage dans Rome, les Actes des martyrs, les compilations du martyrologe, les collections ou sylloges d'inscriptions, mettaient entre ses mains tous les documents écrits dont la connaissance pouvait lui révéler autour de quels centres plus anciens ou plus illustres constructions souterraines s'étaient développées.

Guidé par ses études approfondies, il découvrit successivement, dans la catacombe de Saint-Calliste, la chambre sépulcrale de sainte Cécile, celle du pape martyr saint Sixte, celle du pape saint Corneille, celle du pape saint Eusèbe, probablement celle du pape saint Miltiade. Malgré la gravité des conclusions qu'il tirait de ses découvertes pour la confirmation ou le redressement des sciences ecclésiastiques, M. de Rossi s'abstenait avec soin d'entamer aucune discussion, il s'interdisait même de signaler lui-même les aspects devenus inexacts dans l'enseignement, afin de pousser sa pointe plus avant grâce à ces ménagements, qui lui permettraient d'étendre ses découvertes, de fortifier ses démonstrations, de préparer l'histoire future, qu'il se résignait à voir retarder un peu plus dans l'espérance de contribuer à la faire plus assurée. Aussi était-ce presque sans son aveu, mais non à son insu, que ses travaux avaient créé, selon le mot de M. le cardinal Pie, un « lieu théologique ». Rien n'était, en effet, moins conforme à la sérénité de son esprit et à la politesse de ses manières que toute polémique ; il s'était imposé une loi d'admirable probité à l'égard des monuments qu'il interprétait, se faisant scrupule de se tenir à son métier d'archéologue, où il était passé maître, et de ne pas s'avancer sur le terrain de la démonstration théologique, qui lui était moins familier. « L'apologétique, disait-il volontiers, n'a pas de place ici : les faits doivent parler seuls. » Un petit nombre d'esprits, cependant, aurait pu être comparé au sien pour l'heureuse fertilité de l'imagination scientifique, car il possédait à un degré éminent le don de pressentir les conclusions d'une étude avant même qu'il l'eût entreprise.


1. J.-B. DE Rossi, Lettre du 19 août 1855 au R. P. D. Guéranger. Cf. A. HOUTIN,
la Controverse de l'Apostolicité, in-8°, 1901, p. 46, note 2.
2. Lettre du 26 décembre 1856 au même.
3. Lettre du 30 juillet 1872 au même.


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Message  Monique le Jeu 30 Avr 2020, 7:55 am

L'exposition des règles à suivre pour la détermination chronologique des inscriptions non datées et les fouilles entreprises pour la découverte du cimetière de Calliste le montrèrent éclairé de la prophétique lueur de l'idée a priori (1).

A mesure que s'accumulaient les œuvres, la réputation de M. de Rossi allait grandissant dans toute l'Europe. Sa compétence et son caractère lui avaient mérité une autorité incontestée, principalement en France et en Allemagne, où d'illustres amitiés, celles de savants comme Guillaume Henzen, Théodore Mommsen, Edmond Le Blant, Mgr Duchesne, le dédommageaient de l'indifférence persistante d'un grand nombre de ses compatriotes, exclusivement attentifs aux ouvrages de raisonnement. Parmi ceux-ci cependant, quelques esprits solides et quelques cœurs dévoués s'étaient groupés autour du maître, dont ils secondaient les recherches et partageaient les travaux ; je ne puis nommer les vivants, mais c'est rappeler la mémoire de tous que d'aviver le souvenir de l'amitié qui unit J.-B. de Rossi au P. Bruzza. Les Romains s'étaient si bien habitués à ne plus voir ces savants séparés l'un de l'autre, qu'ils disaient finement, en parlant des deux amis : De Rossi et Bruzza sono consustanziale.

Cependant la vieillesse était, venue, glorieuse, heureuse, pacifiée. La maladie qui le terrassa plusieurs fois ne put abattre l'intelligence toujours active, lucide, très attentive à suivre le mouvement de la science qu'il avait fondée. La mort de son neveu, dont il avait formé l'esprit et en qui il espérait se survivre, lui causa un mortel chagrin; néanmoins il continuait de prodiguer sa science et sa personne, aimant à s'entourer de jeunes gens, les encourageant, les écoutant comme il savait écouter, les réconfortant parmi leurs déboires en leur rappelant qu'on ferait « une longue histoire des vérités qui ont été mal reçues chez les hommes, et des mauvais traitements essuyés par les introducteurs de ces malheureuses étrangères (1) ». Il s'éteignit dans le palais de Castel Gandolfo, chez le pape, dont il était l'hôte, le 20 de septembre 1894. Sa fin fut, comme sa vieillesse, sereine et souriante. Il mourut entouré de ceux que Dieu lui avait laissés entre tous ceux qu'il avait aimés, et, sauf le sentiment de leur tristesse, n'emportant de ce monde ni doutes, ni craintes, ni regrets. Sa belle âme semblait habiter déjà par le cœur le lieu des espérances chrétiennes, il a dû y pénétrer sans surprise et comme dans un lieu familier.



1. CLAUDE BERNARD, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, p. 45 sq.

1. FONTENELLE, Eloge du P. Malebranche.


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Message  Monique le Ven 01 Mai 2020, 7:33 am

EDMOND LE BLANT


Edmond-Frédéric Le Blant était né à Paris, le 12 août 1818. Ses études furent conduites avec le même esprit consciencieux qui caractérisait toutes ses démarches. Élève du lycée Charlemagne, il obtint, sinon les grands succès, du moins, ce qui vaut mieux peut-être, parce qu'on y peut voir la promesse d'un esprit plus étendu qu'éclatant, il obtint, dis-je, les principaux accessits.

Son sentiment très vif de la beauté épuré par la fréquentation des écrivains classiques, car il n'était guère question alors des monuments, lui fit goûter avec enthousiasme les tentatives de renaissance littéraire auxquelles s'essayait avec quelque fracas l'école romantique. A dix-sept ans il s'essaya à écrire en vers, car à cet âge il est rare que les essais méritent le nom de poésie, et il adressa ses débuts au chef illustre de la nouvelle école. Celui-ci lui répondait, le 2 septembre 1835: « Monsieur, j'arrive de la campagne et je reçois votre charmant envoi. Je vous en remercie sans prendre le temps de débotter. Il va sans dire que ma maison et ma main vous sont ouvertes. V. Hugo. »

M. Le Blant appartenait par sa naissance à une de ces familles de la bourgeoisie parisienne dans lesquelles une large aisance permet de jouir des plaisirs honnêtes et , délicats que peut offrir une grande capitale. Emmené souvent par ses parents dans leur loge au théâtre des Italiens, le jeune homme y développait son goût naturel pour la musique et l'opéra, auxquels il accordait alors sa prédilection, quoiqu'il prît intérêt au dessin, et s'essayât même à la gravure. Mais ce n'étaient là pour lui que d'aimables divertissements de l'esprit et qui ne causaient aucun préjudice à de plus graves études. En 1840, il obtint le degré de licencié en droit et il tint longtemps à honneur de porter son titre d' « avocat à la cour d'appel de Paris », bien qu'il n'en ait jamais exercé les fonctions. Des relations de famille le tournèrent du côté de l'administration des finances; il s'y lia avec Albert Jacquemart, son futur collaborateur dans un travail important sur la porcelaine. Dès cette époque, il prenait un goût très vit à réunir chez lui les éléments d'une collection alors un peu disparate, mais qui avec le temps forma un cabinet intéressant; cependant il n'était rien de plus qu'un amateur ; l'antiquité lui était une récréation agréable plus qu'une préoccupation studieuse. Un voyage qu'il fit à Rome en 1837 et une visite au musée Kircher déterminèrent la direction intellectuelle de toute sa vie. Il était venu chercher à Rome l'apaisement à une récente douleur ; la Providence lui fit rencontrer le chevalier de Rossi, qui s'ingénia à transformer une distraction en une passion durable et féconde. « La France, lui disait-il, est riche en monuments ; pourquoi ne feriez-vous pas là-bas ce que je veux faire à Rome ? »



1. FONTENELLE, Eloge du P. Malebranche.


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Message  Monique le Sam 02 Mai 2020, 7:18 am

Rentré à Paris, M. Le Blant s'occupa à réunir les copies anciennes et tout ee qui pouvait éclairer sa recherche des iscriptions de la Gaule pendant les huit premiers siècles de notre ère. Il consacra dix-huit années à la préparation du recueil qu'il en fit et qui lui ouvrit les portes de l'Institut de France. Le commentaire des inscriptions lui avait fait entrevoir quelque chose du nombre et de l'importance des problèmes qui se posent à tout moment dans l'étude de l'antiquité chrétienne. Il s'était essayé à cette critique délicate et sincère en même temps que profondément respectueuse dans un mémoire concernant la reconnaissance des reliques des martyrs et intitulé : La question du vase de sang. Ces quelques pages ouvrirent à nouveau un problème dont la solution officielle semblait devenue peu satisfaisante. Celle que proposait M. Le Blant importe moins que le sentiment qui l'avait guidé dans ses recherches et ses conclusions. « Pour satisfaire à mes scrupules, dit-il, pour répondre aux objections incessantes de la logique intérieure, j'ai voulu aborder la question, la prendre à mon tour en face et tenter de m'éclairer moi-même en appelant de tout mon coeur une réfutation décisive. Je défère mon sentiment au jugement de la science ecclésiastique. Omnia autem probate, dit l'Apôtre, quod bonum est tenete. J'ai suivi cet antique précepte et j'ai trouvé légers les arguments dont on s'est tenu satisfait. En essayant de montrer que le vase ne saurait désigner les sépulcres des martyrs,. j'ai mal réussi, peut-être, à retrouver son sens et son usage. De plus habiles chercheront, s'il le faut, le mot d'un obscur problème. Il me suffit d'avoir tenté l'oeuvre et, signalé, comme le disait Fleury, une erreur compromettante pour les saintes pratiques de la religion. Si je m'égare dans la route que Mabillon a victorieusement suivie, je suis prêt, comme il l'était lui-même, à reconnaître et à désavouer mon erreur (1). »

Depuis l'achèvement de son Recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, M. Le Blant tournait en partie son attention vers les pièces d'une composition tardive dans lesquelles leurs derniers rédacteurs avaient raconté le martyre de personnages célèbres avec des détails qu'il n'est pas aisé de retrouver chez les contemporains des persécutions. Cette littérature, sorte de roman historique dans le genre édifiant, avait joui d'une grande vogue pendant les siècles du moyen âge, d'où son développement extraordinaire et la difficulté de découvrir les sources de plus en plus sincères à mesure qu'elles se rapprochaient des originaux.

Car M. Le Blant croyait, semble-t-il, à l'existence de passions originales pour le plus grand nombre de ces documents falsifiés, qui en auraient, selon lui, gardé plus ou moins de traces, et qu'une attention très éveillée et une vaste érudition pouvaient entreprendre de découvrir. Ce principe fut appliqué dans un célèbre mémoire paru en 1882 et intitulé Les Actes des martyrs. Supplément aux « Acta sincera » de Dom Ruinart. Une objection venait aussitôt à l'esprit. Ces Actes primitifs, dont on prétendait ressaisir des traits épars, n'étaient-ils pas des documents ayant trait à un épisode historique sans aucun rapport avec le personnage à qui l'on avait composé une passion ou une vie entière à l'aide de ces documents ? Il n'est pas douteux que certains personnages ont été dédoublés ; les pièces apocryphes calquées sur les pièces authentiques ont donné à tel martyr dont on ne sait que le nom une biographie circonstanciée et complète. J'en vais rapporter un exemple, car c'est le cas pour les Actes de saint Tatien Dulas, dont le rédacteur a suivi le récit des Actes des saints Tarachus, Probus et Andronicus, pièce recommandable qui a inspiré en outre l'auteur des Actes de saint Calliope.

 Les Actes de Tarachus et de ses compagnons nous apprennent que ce fut en Cilicie, devant le gouverneur Maxime, assisté des agents du tribunal, le centurion Démétrius, le corniculaire Athanase, le commentariensis Pégase que comparurent les martyrs dont il se faisait suivre pendant une tournée judiciaire ; un des interrogatoires eut lieu à Tarse. Le martyr Andronicus est jeté tout sanglant dans un cachot, après avoir été mis à la torture. Défense est faite de lui fournir aucun secours. A l'audience suivante, les plaies étaient guéries ; le juge dit alors : a Mauvais soldats, n'avais-je pas défendu qu'on l'approchât et que l'on pansât ses blessures ? Le commentariensis Pégase proteste que nul n'est entré dans le cachot. Enfin on introduit de force dans la bouche d'un troisième martyr des viandes consacrées aux idoles.



1. E. LE BLANT, La question du vase de sang, in-8°, Paris, 185p, p. 38.



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Message  Monique le Dim 03 Mai 2020, 6:55 am

Si l'on observe que les deux récits sont censés se passer à des époques différentes, on reconnaîtra que, manifestement, l'histoire du martyr Tatien, malgré les traits antiques qu'elle contient, précisément à cause de ces traits n'est pas un document altéré, mais un document composé de toutes pièces. Ce qui ne fait aucune difficulté lorsque l'apocryphe peut être rapproché de son modèle, doit en faire une et imposer de surseoir à tout jugement sur le document que nous ne possédons que dans son texte certainement apocryphe et à qui nous ne pouvons faire subir l'épreuve à laquelle celui de Tatien Dulas n'a pas résisté.

D'autres objections furent faites au mémoire de M. Le Riant, qué l'on s'attacha à déprécier un peu plus que de raison, peut-être pour n'avoir pas à en réformer pied à pied les arguments. Il faut reconnaître que la méthode était, sinon nouvelle, du moins pratiquée avec une probité et une étendue d'information remarquables ; elle marquait l'apogée de la critique appliquée à un type de recherches et ne laissait que peu de choses à y ajouter.

Depuis la fin de l'année 1882 jusqu'à la fin de l'année 1888, M. Le Blant exerça les fonctions de directeur de l'École française de Rome, au palais Farnèse. Ces années furent marquées par des mémoires importants, des communications à l'Institut, une application soutenue à ses devoirs nouveaux. Les amitiés illustres qu'il avait formées jadis, celles qu'il contracta pendant les six années de sa direction, témoignent de la hauteur de réputation et de talent ainsi que du charme qui s'attachaient à lui. Rentré en France, il poursuivit ses études jusqu'au moment où, se sentant soudain frappé à mort, il employa ses derniers jours à se préparer à une fin que sa vie entière ne lui permettait pas de redouter. Il mourut le 5 juin 1897. Après quelques jours d'atroces douleurs, le calme était revenu ; la fin fut douce comme devait l'être celle de ces vieux chrétiens des temps passés qu'il avait pris pour modèle et si parfaitement imités.

Il ne faut que bien peu de pages pour raconter la vie des savants. Modeste et pure autant qu'utile, elle offre peu d'événements, mais les ouvrages dont elle est remplie sont le récit véritable des labeurs et de l'abnégation de ces solides esprits. Leur intelligence devient le bien commun de la postérité ; ce que nous connaissons le moins, c'est leur vie intime ; il leur suffisait de la vivre, aussi relevée que possible, ils n'ont pas pris souci de nous la conter ; mais à les voir travailler comme ils firent il me vient à l'idée que nous ne sommes pas si vifs ni si chauds qu'eux, et je m'imagine qu'ils devaient avoir l'âme d'une âme au lieu de l'âme d'un corps.


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Message  Monique le Lun 04 Mai 2020, 6:06 am

PRÉFACE SUR QUELQUES MARTYRS DONT LES NOMS SONT CONNUS DE DIEU


L'histoire de l'expansion géographique du christianisme a été faite plusieurs fois, mais on n'y a pas toujours apporté la liberté d'esprit que tout sujet historique réclame impérieusement (1). Suivant le mot d'un savant illustre, il faut parler de ces choses comme nous ferions si notre livre ne devait être lu que dans deux mille ans d'ici. Je n'aborderai donc cette question que dans son rapport avec le martyrologe ignoré qu'elle recèle, sans m'occuper des conséquences que les écoles théologiques peuvent tirer du fait historique en faveur de la vérité religieuse.

Parti de Jérusalem vers le milieu du Ier siècle, le christianisme a touché toutes les provinces de l'Empire avant la chute de celui-ci, mais à des époques très différentes les unes des autres. Plusieurs régions situées au delà des frontières romaines ont été atteintes, traversées peut-être, par les missionnaires, quoique dans un grand nombre de cas on ne puisse que soupçonner ou contrôler leur passage, sans ajouter foi au détail de leurs actions.

Ces missions lointaines n'ont, du reste, dans l'ensemble de l’œuvre d'évangélisation, qu'un caractère épisodique. Ce sont des mouvements excentriques dont les attaches stratégiques et les bases secondaires d'opérations nous échappent complètement. Comparés à la conduite des grandes masses apostoliques opérant sur divers points du monde romain avec leur appareil de prudence et de force, ou bien encore, comparés à ces camps retranchés, dont les Églises gauloises de Lyon-Vienne et d'Autun au IIe siècle nous offrent les parfaits modèles, les explorateurs apostoliques de la Perse, de l'Inde, de la Scythie, ressemblent à ces cavaliers d'élite qui poussent leur raid si avant qu'on ne les revoit jamais.



1. Sur cette question on peut consulter : W. SEUFERT, Der Ursprung und die Bedeutung des Apostolates in der christlichen Kirche der ersten 2 Jahrhunderte, eine Kritisch-historische Untersuchung auf Grund der Schriften des Neuen Testaments und der weiteren christliche Literatur (Leiden, 1887, in-8°). P. SCHMIEDEL dans la Zeitschrift für wissenschaftliche Theologie (1889), t. XXXII, p. 361 sq., et Der Ursprung des Apostolates nach den heiligen Schriften Neuen Testamentes, dans Theolog. Stud. Krit. (1889), t. LXII, p. 257-331. L. DUCHESNE, les origines chrétiennes, leçons d'histoire ecclésiastique (Paris, s. d., lith.). P. BATIFFOL, l'Eglise naissante, § 2, l'extension géographique de l'Eglise, dans la Revue biblique (1895), t. IV, n° 2, p. 137-159, et la bibliographie donnée p. 159. Il va sans dire que la remarque du texte ne s'applique pas à ces ouvrages. Nous n'écrivons pas une notice sur le développement du christianisme pendant les trois premiers siècles; aussi ne citerons-nous pas autrement que pour mémoire un récent travail sur lequel nous aurons l'occasion de revenir dans le Dictionnaire d'archéologie et de liturgie de Dom Cabrol, et dont il suffira de donner ici le titre : A. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in den ersten drei Jahrhunderten, in-8°, Leipzig, 1902.


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Message  Monique le Mar 05 Mai 2020, 6:48 am

Toutes les grandes missions chrétiennes primitives se dirigèrent vers l'Ouest. Au IVe siècle et pendant les siècles suivants, quelques missions envoyées par l'Église de Rome, ou dirigées d'après sa méthode, opèrent en Germanie, en Islande, dans l'Afrique équatoriale et l'Asie propre. Il semble même que des évangélistes abordèrent en Amérique (1) ; c'étaient, pense-t-on, des moines celtes.

Un fait pourra surprendre qui s'explique sans peine cependant. Il ne reste aucune trace certaine de l'activité des apôtres, exception faite de Pierre, Paul et Jean. Est-ce à dire que la volumineuse littérature des periodoi ne contienne rien de vrai et que lès autres apôtres n'aient rien fait? Assurément non ; mais de ce qu'ils ont fait, nous ne savons rien. Il semble qu'il faille apprécier leur œuvre d'après celle d'un illustre missionnaire, saint François Xavier. De ses travaux immenses, — et ils sont assurés, — des voyages qu'il a faits, des églises qu'il a fondées, il n'est resté, en bien des lieux, qu'un vague souvenir. Nous ne saurions donc nous montrer surpris si les courses des apôtres ont laissé moins de traces encore.

Les volumes précédents ayant dû se borner aux seuls Actes des martyrs, je chercherai à compléter dans cette notice ce qui a paru, au gré de plusieurs, réduire à l'excès un sujet fort étendu. Le résultat de cette recherche sera d'ajouter un grand nombre de martyrs à ceux dont les Actes paraissent dignes d'être tenus pour certains ; néanmoins, parmi les événements si troublés de l'histoire religieuse, il faudra continuer à soupçonner, sans atteindre une plus grande précision, la présence d'une multitude de saints inconnus, de ceux que les vieux martyrologes désignaient d'un mot plein de charme : Les saints martyrs dont les noms sont connus de Dieu.

Leur nombre fut considérable, et la thèse célèbre de Dodwell: Sur le petit nombre des martyrs, n'a aucun fondement dans les faits (1). La réfutation qu'en fit Dom Ruinart subsiste presque dans son entier (2); elle demeura d'ailleurs sans réplique (3). Tillemont s'était associé au Bénédictin de Saint-Germain-des-Prés (4), et de nos jours cette opinion, remise en honneur par un historien plus passionné que judicieux (5), a été contredite par MM. Aubé (6), Renan (7) et Paul Allard (8).



1. LUKA JELIC, l'Évangélisation en Amérique avant Christophe Colomb, dans Congrès des savants catholiques, 1891, t. V, p. 170-184 ; G. GRAVIER, Découverte de l'Amérique par les Normands, au Xe siècle, in-8°, Paris, 1874; E. BEAUVOIS, Découverte des Scandinaves en Amérique du Xe au XIIIe siècle, fragments de Sagas islandaises, traduits pour la première fois en français, in-8°, Paris, 1860 ; Le même, la Découverte du Nouveau-Monde par les Islandais et les premières traces du christianisme en Amérique avant l'an 1000, dans Congr. intern. Améric., 1875, et in-8°, Nancy,1875. Cf. H. GAIDOZ, dans Revue celtique, 1876, t. III, p. 101-105; G. MOEBIUS, de Oracul. ethnic., 2° édit., ace. dissert. an Evangelium ab apostalis etiam Americanis fuerit annuntiatum, in-4°, Lipsiae, 1660 ; A. L. FROTINGHAM, jr.. The existence of America known early in the Christian era, dans Alnerican Journal of Archeology, 1888, t. IV, p. 456; Cf. MARTIN, dans Journal asiatique, 1888, p. 455.

1. H. DODWELL, Dissertationes Cyprianicae. De paucitate martyrum (Oxonii, 1684).

2. T. RUINART, Acta sincera, praefatio, § 2, 3 (Parisis, 1689, in-4°).

3. Journal des Savants (1710), p. 129.

4. TILLEMONT, Mém. hist. eccl. (Bruxelles, 1732, in-4°), t. IV : Valérien, art. 3, p. 4, col. I ; t, II, p. 260, c. s. « Dodouel fécond en conjectures peu solides. »

5. E. HAVET, le Christianisme et ses origines, t. IV (1884).

6. B. AUBÉ, Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la fin des Antonins, où cette opinion est soutenue; par contre, elle paraît abandonnée dans les Chrétiens dans l'Empire romain de la fin des Antonins au milieu du IIIe siècle.

7. E. RENAN, dans le Journal des Savants, 1874, p. 697.

8. P. ALLARD, Histoire des persécutions (Paris, 1885, in-8°), t. I, préf., p. VI-VIII.
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Message  Monique le Mer 06 Mai 2020, 7:14 am

I. ANGLETERRE

Sous le pontificat du pape Éleuthère (171-185), aurait eu lieu l'évangélisation de l'île de Bretagne. On lit en effet dans le Liber Pontificalis la mention suivante: « [Éleuthère] reçut un message du roi breton Lucius lui demandant de devenir chrétien par son moyen (1). » Bède (2), qui a connu ce texte, le cite et y ajoute quelque chose : « Tandis que le saint homme Éleuthère gouvernait l'Église romaine, le roi des Bretagnes, Lucius, lui adressa un message par lequel il le suppliait de l'introduire dans le christianisme, et son pieux désir reçut une prompte satisfaction ; les Bretons conservèrent la foi embrassée sans erreurs ni diminution, grâce à la paix, jusqu'au règne de Dioclétien. » A mesure que les temps s'éloignent, l'événement s'éclaire.

Voici le récit du pseudo-Nennius, qui vivait un siècle après Bède : « Lucius, roi breton, reçut le baptême avec tous les rois de toute la Bretagne, à la suite de l'envoi d'une légation adressée par les empereurs romains et le pape Évariste (sic). Lever-Maur prit ce nom de Lucius, c'est-à-dire lumière éclatante, par allusion à la foi qui fut apportée sous son règne (3). » Trois siècles plus tard (mi-siècle), le cartulaire de Landaff, — liber Landavensis, — au pays de Galles, donne les noms des ambassadeurs du roi Lucius ; c'étaient Elvanus et Medivinus, que le pape ordonna prêtres (4). Geoffroy de Monmouth ajoute que les envoyés du pape dans l'île de Bretagne se nommaient Faganus et Duvanus (1), enfin Guillaume de Malmesbury déclare que tout dut se passer à Glastonbury, dans le comté de Somerset, au sud du golfe de Bristol (2); d'autres cependant préférèrent placer l'épisode aux environs de Cardiff, au nord du même golfe (3). Enfin, pour que rien ne manquât, on finit par retrouver la lettre du pape Éleuthère au roi breton (4).

Si l'on écarte toutes ces additions, il reste un fait primitif qui doit retenir l'attention, c'est celui que le rédacteur du Liber Pontificalis a consigné.

Les circonstances historiques seraient plutôt en contradiction avec ce que nous savons de certain sur les rapports de l'île de Bretagne avec Rome ; mais ce certain est traversé de lacunes si nombreuses et si longues, qu'on peut, à la rigueur, supposer le rétablissement local d'un chef de clan dans les montagnes de la Cambrie. Les provinces lointaines de l'empire n'étaient contenues qu'à grande peine, et les murs d'Hadrien et d'Antonin, élevés vers les limites actuelles de l'Angleterre et de l'Écosse, n'étaient pas toujours une sauvegarde suffisante. Sous Trajan, Tacite signale l'esprit de cette province trop éloignée pour s'accommoder d'une discipline bien réelle ; c'était une occupation, ce n'était pas une conquête. Qu'un pareil état de choses favorisât la fondation d'une petite principauté et lui permît de se maintenir assez pour faire acte de gouvernement, rien de plus vraisemblable ; mais ce qui ne l'est plus, c'est d'accepter ces données pour en faire la base historique d'une démarche que jusqu'à ce jour aucun document ne corrobore.



1. Hic accepit epistula a Lucia Brittanio rege ut christianus efficeretur per eius mandatum. Liber Pontificalis (éd. DUCEESNE)(Paris, 1884), t. I, p. 136, et préface, p. CII.

2. BÈDE, Hist. eccl., I, 4, et Chron., ad ann. 180. Voy. l'édit. MORBERLY ( Oxford , 1689, in-8°), p. 14, note.

3. NENNIUS, Historia Britonum, c. 18, dans les Monum. histor. Britann., t. I, p. 60.

4. Ed. REES, Llandovery, 1840, gr. in-4°, p. 67. Pour le baptême de Lucius (vers 286 7 par Marcellus de Tongres ou de Trèves), voyez M. LAPPENBERG, History of England under the Anglo-Saxon Kings, London, 1845, in-8°, t. I, p. 275 (trad. THORPE).

1. Hist. Regum Britanniae, IV, 19, dans les Rerum Britannicarum Scriptores (Heidelbergae, 1587, in-folio, p. 30-31).

2. Gesta Regum Anglorum, I, 19 (ed. HARDY), t. I, p. 31-32.

3. MOMMSEN, Romische Geschichte, t. V, Die Provinzen von Caesar bis Diocletian (1885), p. 169-171, 4. Vita Agricolae, 13.


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Message  Monique le Jeu 07 Mai 2020, 7:46 am

Si quelque souvenir d'une ambassade à Rome et d'une mission romaine s'était conservé après les événements des IVe et Ve siècles, il faudrait s'en rapporter à Gildas, historien des Bretons au VIe siècle.

Or Gildas ne dit rien de semblable. Ce qui, au contraire, a une valeur, c'est l'affirmation de Tertullien assurant que le christianisme avait dépassé la partie de file soumise aux Romains : Britannorum Romanis inacessa loca, Christo vero subdita (1), affirmation qui reporte la conquête chrétienne au delà de la Clyde, dont les armées romaines ne dépassèrent pas l'embouchure (2), et que corrobore le témoignage d'Origène, à savoir « que la puissance du nom de Jésus-Christ a franchi les mers pour aller atteindre les Bretons dans un autre monde (3). » C'est ce que, pour cette antiquité, j'appellerai l’ « incontestable » dans l'histoire du christianisme breton.

« A moins d'accepter les légendes sur l'évangélisation de la Bretagne par Joseph d'Arimathie, ou le souvenir, altéré sans doute, mais plus autorisé des rapports entre le pape Éleuthère et le roi Lucius, il faut admettre que le christianisme s'est propagé de proche en proche dans ces régions lointaines de l'Occident et qu'il a passé de Gaule en Bretagne. Ces conditions d'origine assimilent la situation hiérarchique de l'Église bretonne à celle de l'Église gallicane ; peut-être même subordonneraient-elles un peu la première à la seconde (1). » D'autres théories ont été produites, que je rappelle sans les discuter, car elles relèvent de la dispute religieuse, et non de la science historique (2). Les tentatives faites pour se créer une généalogie éphésienne sont plus ingénieuses que solides ; être apostolique et n'être pas romain paraissait séduisant à quelques esprits, mais c'est en vain : « en Angleterre, l'histoire est là, on n'est apostolique que si on est romain (3) ». MM. Haddan et Stubbs ont recueilli, dans un appendice à l'édition des conciles d'Angleterre (4), une série de témoignages dont l'ensemble présente quelque rapport avec notre étude. On y voit l'effort tenté autrefois pour recruter à l'Église primitive d'Angleterre des fidèles illustres ; c'est ainsi que cette dame Claudia, dont saint Paul (5) parle comme d'une chrétienne, devient la Claudia peregrina et edita Britannis mentionnée par Martial (6).



1. TERTULLIEN, Adv. Judaeos. 7 (ed. Venet. 1744), p. 189. Vers
208. Cf. DION, LXXVI, pp. 865, 866 (ed. 1606) ; HÉRODIEN, III, p. 536
(ed. Francofurt, 1590).

2. MOMMSEN, Romische Geschichte, t. V, p. 177. W. B. STEVENSON,
Dr Guest and the English Conquest of South Britain, dans The EngI. historical Review, 1902, t. XVII, p. 625-643.

3. ORIGÈNE, In Lucam, homil. VI (éd. Delarue, t. III, p. 939). Cf. homil. IV, In Ezechielem (éd. Delarue, t. III, p. 370). Vers 239 ; homil. XXVIII, In Matth. XXIV (éd. Delarue, t. III, p. 858). Vers 246. Les textes dans A. HADDAN and W. STUBBS, Councils and ecclesiastical documents relating to Great Britain and Ireland edited. Oxford-London, 1869, in-8°, t. I, p. 1 sq.

1. L. DUCHESNE, les Églises séparées, Paris, 1886, in-12. I. Les origines de l'Eglise anglicane, § 4, p. 14. Pour Joseph d'Arimathie, cf. GUILLAUME DE MALMESRURY, Antiq. Glaston.

2. E. WARREN, The Liturgy and Ritual of the Celtic Church, Oxford-London, 1881, in-8°, introd., p. 29, § 4, Independence of Rome.

3. L. DUCHESNE, loc. cit., p. 6.

4. A. HADNAN and W. STURRS , Councils, t. I, Appendix A. Date or introduction of Christianity into Britain , p. 22 sq.

5. II Tim. IV, 21.

6. IV. 13 ; XI, 53.


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Message  Monique le Ven 08 Mai 2020, 7:16 am

On lui fait épouser Pudens, nommé par l'Apôtre dans le même verset, et celui-ci est identifié avec [Pud (?)]ENTE, marqué dans une inscription de Chichester (1). Pomponia Graecina, dont le célèbre roman Quo vadis a révélé la mémoire au grand public, ayant été mariée au général qui vainquit les Bretons, devient elle aussi Bretonne (2). Bran, le père de Caradog, est initié au christianisme pendant sa captivité à Rome (A. D. 51-58) et le rapporte en Angleterre (3), où Aristobule est envoyé par saint Paul (4).

L'île de Bretagne croit même avoir vu les apôtres. Saint Jean avait converti des Bretons de passage à Rome (5), et ce fut en Angleterre, et non à Patmos, qu'il séjourna quelque temps (6). Saint Simon le Zélote y vint (7), saint Philippe y envoya des missionnaires (8), quelques siècles plus tard on l'y faisait venir en personne (9); saint Jacques le Majeur (10), saint Paul enfin (11) et saint Pierre lui-Même (1) avaient concouru personnellement à l'évangélisation du pays.

Un témoignage manque, c'est celui du pape Innocent Ier (402-417), qui revendique l'apostolat de l'Italie, la Gaule, l'Espagne, l'Afrique et la Sicile, insulasque interjacentes, par les missionnaires romains. Le bassin de la Méditerranée me paraît trop nettement tracé pour que je croie qu'il faille chercher ailleurs que dans son périple les îles ici désignées (2).

Malgré les témoignages de Tertullien et d'Origène, j'hésite à voir des Églises dans l'île de Bretagne avant le IIe siècle révolu. Si, comme tout nous y invite, il faut faire traverser la Gaule aux missionnaires à destination de la Bretagne, ceci implique quelque retard sur les établissements de ce pays ; or, vers l'an 176 il semble n'exister aucune Église en Bretagne, car saint Irénée n'en fait pas mention : « Si les langues diffèrent, dit-il, la tradition ne varie pas, et les Eglises fondées en Germanie n'ont pas d'autre loi ni d'autre enseignement que celles des Ibères et des Celtes, celles d'Orient et d'Asie, et les autres qui ont été établies au centre du monde (3). Ce n'est que vers l'année 250 que les cités des Gaules, autres que Lyon-Vienne et Autun, commencent à avoir leur communauté chrétienne (4), et c'est probablement plus tard que l'on vit les mêmes institutions en Bretagne. »



1. GALE, dans HORSLEY, Brit. Rom. ap. 336.

2. DE Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 306-315 ; t. II, p. 282, 360, 363. W. SANDAY and A. HEADLAM, A Critical and Exegetical Commentary on the Epistle to the Romans (Edinburg, 1896, in-8°), Introduction, p. XVIII.

3. STEPHENS, Liter. of Cimry, III, 4. Cf. TACITE, Annal., XII, 17, 35, 36. Hist., III, 45. DION, Hist. rom., LX, 20.

4. Rom. XVI, 10. Cf. Ménolog. (15 mars, éd. Pinelli).

5. ROBERTS, Chron. of Kings of Britain . App., p. 294 (London, 1811, in-8°).

6. ROBERTS, Visit. Sermon. 1812, cité dans Chronic of Ancient British Church , p.. 15. (London, 1815, in-8°.)

7. Synopsis Dorothei (VIe siècle) ; NICÉPHORE CALLISTE, II, 40 ; Ménologe des Grecs (p. 280, ed. Pinelli, Venet., 1621, in-folio); CANISIUS, Antiq. Lect., III, 429 ; BASNAGE, ad Mai. X.

8. ISIDORIUS, De PP. utriusque testamenti (VIIe siècle) et FRÉCULPHE DE LUXEUIL (IXe siècle).

9. GUILLAUME DE MALMESBURY, Antiq. Glaston. (XIIe siècle).

10. FLAVIUS DEXTER, Chronic., p. 77 (ed. Lugd., 1627).

11. VENANCE FORTUNAT (en 580), Vita S. Martini, III, 491-494, p. 321, (ed. BROWER), mais peut-être ici et ailleurs (Epist. ad Martin. Gall. Epise. Poem. V, i. 7, ib. p. 119) ne parlait-il que de la doctrine. SOPHRONE DE JÉRUSALEM (629-636), Sermo de Natal. SS. Petri et Pauli.

1. Voyez aussi sur ce point W. CURETON, Ancient syriac Documents (London, 1863, in-8°), p. 34.

2. Epist. ad. Decent. Eugubinum, ap. MANSI, Conc. ampl. coll., t. III, col. 1028.

3. Adv. Haeres., I, 3.

4. Acta S. Saturnini, et GRÉGOIRE DE TOURS, Hist. Franc., I, 28. Cf. Sumacs SÉVÈRE, Hist. sacr., II, 32. Pour Mello, de Rouen, voy. CAPGRAVE, in Vita S. Mellonis, et Gallia christ., t. XI, p. 6.


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Message  Monique le Sam 09 Mai 2020, 7:51 am

Quant à la lettre de Lucius, tout l'intérêt qu'elle peut avoir consisterait dans son origine, j'entends le lieu de sa fabrication ; mais nous l'ignorons (1), et jusqu'à plus ample éclaircissement, je la tiens pour postérieure au catalogue libérien (354), qui n'en fait pas mention (2).

Vers la limite du IIIe-IVe siècle, l'existence des communautés chrétiennes en Bretagne est attestée par Eusèbe et par Sozomène (3), de même que la présence de chrétiens dans l'entourage de Constance Chlore ; le développement des Églises put s'opérer sans entrave, grâce à la liberté dont elles paraissent avoir joui jusqu'au temps de Dioclétien (4).

A cette époque (vers 304), nous croyons connaître quelques martyrs (5). Lattante mentionne la destruction de plusieurs oratoires par ordre de Constance Chlore, qui, en donnant ainsi satisfaction à ses collègues Dioclétien, Maximien et Galère, se réservait le droit d'épargner la vie des chrétiens (6).

Quelques années plus tard, en 314, trois évêques anglais, Eborius d'York, Restitutus de Londres, Adelfius de Caerleon-on-Usk, un prêtre et un diacre assistent au concile d'Arles. Ils eurent à signer la lettre synodale adressée au pape Sylvestre qui marquait l'existence d'un lien de subordination très étroite et très raisonnée entre l'épiscopat occidental et son chef unique. La suite de l'histoire de l'Église bretonne ne nous offre guère de documents pour notre recherche, ce sont des adhésions ou des actes de présence dans les conciles ou dans les récits des contemporains. Ces mentions se retrouvent à propos de Nicée (325) (1), de Sardique (347) (2) de Rimini (359) (3). Vers l'année 400 se place l'évangélisation des Pictes du sud (4). Après le départ des autorités romaines, les lacunes se font plus longues encore : à peine savons-nous que le pélagianisme s'est introduit dans les Églises bretonnes (5). Les deux missions de saint Germain d'Auxerre et de saint Loup de Troyes (429 ?) eurent d'importants résultats. L'évêque d'Auxerre avait été désigné par l'épiscopat des Gaules, mais il tenait sa délégation du pape Célestin. Celui-ci ordonna Pallade et l'envoya comme évêque aux Scots convertis, en sorte que, remarque Prosper d'Aquitaine : dum Romanam insulam studet servare, catholicam fecit etiam barbaram christianam (6). De son côté, Germain d'Auxerre convoqua un synode à Verulam, synodus numerosa collecta est (7).




1. DUCHESNE, le Liber Pontificalis, introd., p. CIV.

2. Ibid., p. 4.

3. EUSÈBE, Demonst. evangel., III, 5 ; Vita Constantini, II, 28; IV, 9 SOZOMÈNE, Hist. eccl., 1, 5, 6.

4. J. LINGARD, History of England (trad. Roujoux et A. Picnor, Paris, 1825, in-8°), t. I, p. 26.

5. SURIUS, die III Julii, 31, p. 364 (Colon. Agripp., 1618, in-folio.) GILDAS, Hist., VIII ; VENANCE FORTUNAT, Poem., VIII, Iv, 155 ; DUCHESNE, les Eglises séparées, p. 11. Voyez plus bas.

6. LACTANCE, de Mort. persec., XV, XVI (ed. Oxford, 1684), 864. Cf. EUSÈBE, Hist. eccl., VIII, 13 ; de Mart. palaest. XIII, 10, 11 ; les textes sont cités par HADDAN et STUBBS, loc. cit., t. I, p. 6.

1. S. ATHANASE, Adv. Joviam. imper. ; CONSTANTIN, Epist. ad. Eccles., dans EUSÈBE, Vita Constantini, III, 17, 19.

2. S. ATHANASE, Apol. contr. Arian. (Opp., t. I, p. 123), et Hist. Arian. ad Monach. (Ibid., p. 360, edit. Maurinorum).

3. SULPICE SÉVÈRE, Hist. sacr., II, 41.

4. BÈDE, Hist. eccl., III, 4.

5. PROSPER D'AQUITAINE, Chronic. (Opp., t. I, p. 400-401) (Bassani, 1782, in-folio).

6. Cont. Collas., XXI (Opp., t. I, p. 197).

7. CONSTANTIUS, Vita Germani, I, 19, 23. Saluas, die III Julii, 31, pp. 363-364 (Colonise Agrippinae, 1618, in-folio).


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Message  Monique le Dim 10 Mai 2020, 6:31 am

Quelques traits d'une allure malheureusement un peu oratoire paraissent insinuer l'existence d'une population chrétienne nombreuse ; je les cite dans le texte afin de laisser à chacun sa liberté d'appréciation : Britannorum insulam quæ inter omnes est vel prima vel maxima, sacerdotes apostolici raptim opinione, prædicatione, virtutibus impleverunt. Et cure quotidie irruente frequentia stiparentur, divinus sermo non solum per trivia, per rura, per devia diffundebatur… Itaque regionis uniVersitas in eorum sententiam prompta transierat (1). Lors de la deuxième mission de saint Germain (447), on voit une foule venir à sa rencontre : Hunc Elaphium [regionis illius primum] provincia tota subsequitur. Veniunt sacerdotes, occurrit inscia multitudo (2).

La série des saints bretons inscrits dans les martyrologes et calendriers est d'une insigne pauvreté. Quelques noms reviennent sans cesse : Alban, Patrice, Moyse ; il n'y a guère à retenir de ces catalogues (3). Les débris des monuments ne fournissent que de rares indications. Eusèbe parle des ruines de la dernière persécution en ces termes : Renovant [Brisons] ecclesias ad solum us que destructas ; basilicas sanctorum martyrum fundant, construunt, perficiunt, ac velut victricia signa passim propalant (4) ; mais ces constructions paraissent avoir été peu solides (5), peut-être furent-elles souvent en bois, comme l'église de Landevennec (6).

Pendant la période dite romaine, on a la preuve de l'existence d'églises à Canterbury, en l'honneur de saint Martin (1) et du saint Sauveur (2) ; près de Verulam ; sur le tombeau de saint Alban (3) ; à Caerleon, enfin la metropolitana totius Cambriae (4); à Bangor, à Yscoed, près de Chester (5) ; à Glastonbury (6) ; à Whithern en Galloway (7) ; près d'Evesham (8). Pour quelques autres on possède des ruines dont l'origine n'est pas douteuse : à Douvres (château) (9) ; à Richborough (10) et à Reculver, dans le Kent (11) ; à Lyminge, entre Canterbury et Lymne (12) ; à Brixworth, dans le Northamptonshire (13).

Ces traces archéologiques, si rares soient-elles, indiquent une expansion et une prospérité déjà appréciables.




1. CONSTANTIUS, Vita Germani, ibid.

2. Ibid., II. SURIUS, ibid., p. 366.

3. HADDAN and STUBBS, loc. cit., t. I, p. 27. Appendix B, Ancient Martyrologies and Calendars attribute the following Saints to Britain , insular or Continental.

4. GILDAS, Hist., XVIII.

5. BÈDE, Hist. eccl., III, 25. Cf. II, 14 ; III, 4; 23.

6. Vita 2e S. Winvaloei , dans Act. SS., mart. 3, I, 255.

1. BÈDE, Hist. eccl., I, 26.

2. Ibid., I, 33.

3. Ibid., I, 7.

4. GIRALD DE CAMBR., Itiner. Cambr., I, 5, mais ici le terrain n'est pas solide; voyez A. HADDAN and W. STUBBS, loc. cit., p. 37.

5. GUILLAUME DE MALMESBURY, Gesta Pontif., IV. LELAND, Itin., V, 32, cité par A. Haddan et W. Stubbs, loc. cit.

6. GuILL. DE MALM., Antiq. Glastoniens, XIIe siècle.

7. AILRED. RIEVAL, Vita S. Niniae, dans J. PINKERTON, Vitae antiquae sanctorum qui habitaverunt in ea parte Britanniae, nunc vocata Scotia, vel in ejus insulis quasdant ed. ex mss. quasdam coll. J. Pinkerton qui et variantes lectiones et notas pauculas adjecit. Londini, 1789, gr. in-8°.

8. GUILL. DE MALM., Gest. Pont., IV.

9. J. PUCKLE, Church and Fortress of Dover Castle , London (1864), in-8°.

10. GOUCH, Camden , I, 342; ROACH SMITH, Antiq. of Richborough Reculver and Lymne, pp. 43 sq. (1850), in-8°.

11. Ibid., p. 199. J. NICHOLS, Bibliotheca topographica Britannica (Collections towards the history and antiquities of English counties), London , 1780, in-4°, t. I, p. 170.

12. JENKINS, History Church of Lyminge. Lyminge (1859), in-8°.

13. I. RICKMAN, Architecture in England (ed. Parker), p. 74, Oxford , 1862, in-8°. Cf. Archeological Association Journal for 1863, p. 285 sq.


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Message  Monique le Lun 11 Mai 2020, 7:19 am

Les inscriptions chrétiennes ne sont pas antérieures au VIe siècle (1).

On a trouvé quelques objets, tels que poteries, coupes, briques, monnaies, mosaïques, etc. (2) ; sur divers motifs de décoration, on a vu le chrismon (3) et d'autres symboles chrétiens (4).

Un talisman en or fut trouvé en 1828, à Llanbellic, dans le Caernarvonshire, à 20 yards de l'ancienne enceinte romaine de Segontium ; il portait des signes astrifères et cette formule basilidienne ALONAI, ELOAI, ELLION, IAO (5).

On peut en conclure à la présence de quelque gnostique en Bretagne.

Dans cet aperçu des antiquités chrétiennes de l'île de Bretagne, nous n'avons pas encore rencontré de martyrs. Un groupe important de fidèles aurait cependant versé son sang pour le Christ. L'historien Bède a enregistré les actes d'un personnage nommé Alban, de son compagnon Amphibale et d'environ 2.000 chrétiens mis à mort à Verulam et en divers autres lieux. Alban était encore païen lorsqu'il eut occasion de donner un refuge dans sa maison à un clerc fugitif pendant la persécution de Dioclétien. La sainte vie de son hôte convertit bientôt Alban, et ce fut un fidèle qu'arrêtèrent les soldats lorsque, mis sur la trace du fugitif, ils arrivèrent chez Alban, qui, revêtu du vêtement de son maître dans la foi, se livra pour lui sauver la vie. Après un interrogatoire et des tortures, qui n'offrent aucun détail à relever, il fut décapité. Bède parle d'autres fidèles des deux sexes parmi lesquels se trouvaient un certain Aaron et un autre chrétien nommé Jules, qui furent torturés et martyrisés en divers lieux, à Caerleon, Lichfield, etc. (1). En 429, saint Germain d'Auxerre vint prier à Verulam sur les reliques de saint Alban. En ce qui concerne le personnage d'Amphibale et le nombre considérable de ses compagnons martyrs dont Gildas et des chroniqueurs de basse époque l'entourent, il semble qu'on ne puisse malheureusement recevoir leurs dires. Nous venons de rappeler, d'après Bède, que le matrtyr Alban se présenta aux estafiers porteur du vêtement de son hôte qu'il nomme une «caracalle» : ipsius habitu, id est caracalla qua vestiebatur (2) ; or on remarquera que Bède ignore le nom du clerc auquel Alban donna asile et dont il empruntait le vêtement ; ce nom demeura ignoré jusqu'au temps de Geoffroy de Monmouth, qui donna au clerc le nom d'Amphibale, qui n'est autre que le mot amphiballus, « chasuble », dans un texte que Geoffroy a mal lu ; cette erreur fut soigneusement recueillie et transmise par Guillaume de Saint-Alban, elle n'a été écartée que depuis peu d'années (1).




1. E. HUBNER, Inscr. Britann. christ., Berolini, 1876, in-4°, praef. J. NORTCOTE, Epitaphs of the Catacombs, p. 184. Le § 2 de l'Appendix C. dans HADDAN and STUBBS, 1. C., p. 39, est plein d'erreurs.

2. HADDAN and STUBBS, Councils, I, p. 39-40. Ce catalogue reste à faire.

3. HASLAM, Archeol. Journal, vol. IV, p. 307 (1847) ; HODGSON, Northumbert. III, 2, 246. LYSON, Reliq. Britannico. Rom., n° III, pl. 5 (1801); LYSON, dans Archeol. Journal for 1864 ; BUCKMAN and NEWMARCK, Illustr. of Roman Art. in Cirencester (1850), p. 153 ; Proceed  of Antiq. soc., vol. II, pp. 235, 236, 2nd series, mardi 26, 1863. DE ROSSI, Bull. di arch. cristiana (1872), p. 122-123.

4. Archeological Journal, vol. VI, p. 81 (1849) ; Archeol. Association Journal for 1850, p. 126; LELAND, Collect. I, Pref., LXXI; ROACH SMITH, Catalogue of Mus. of London Antiquities, p. 63 (1854), cités par A. Haddan et W. Stubbs

5. PALGRAVE., dans la Quarterly Review (1828), p. 488; WESTWOOD, dans Archeologia Cambriensis a record of the antiquities of Wales and its marches and the journal of the Carnbrian archeological association, t. III, p. 362, London, in-8°.

1. Acta sanct., juin, t. V, p. 126 sq. ; A. HADDAN, dans Dictionary of christian Biography, t. I, p. 69, s. voc. Albanus ; P. ALLARD. Hist. des perséc., t. IV, p. 40-41 ; Bibliotheca hagiographica latina , edid. Socii bollandiani, t. I, p. 34 suiv.

2. Acta sanct., juin, t. V, p. 128.

1. GALFRIDUS MONUMENTENSIS, Gottfried's von Monmouth Historia regum Britaniae mit literar-historischer Einleitung und ausführlichen Anmerkungen, und Brut Tysilio, altwälsche Chronikin deutscher libersetzung Herausgegeben von San Marte (A. Schulz), in-8°, Halle, 1854, 1. V, c. 5, note 22. Cf. Tarants DUFFUS HARDY. Descriptive Catalogue of manuscripts relating to the early history of Great-Britain and Ireland to the End of the reign of Henry VII, in-8°, London , 1858, t. I, p. 3 sq. ; J. LOTH. Saint Amphibalus, dans Revue celtique, t. XI, 1890, p. 348 sq. ; cf. Analecta bollandiana, t. X, 1891, p. 474.


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Message  Monique le Mar 12 Mai 2020, 6:58 am

II. GERMANIE


Quoique plus vagues que nous ne le voudrions, quelques textes concernant la Germanie méritent d'être relevés. Saint Justin déclare « qu'il n'est pas une race de Grecs, de Barbares, ou quelque soit le nom qu'on puisse lui donner, qu'elle vive sur des chariots, qu'elle habite des tentes, qu'elle dorme sans toit sous les cieux, chez qui des supplications ne s'élèvent vers le Père de toutes choses au nom du Seigneur Jésus (2). » Si je rapporte ces paroles à cette place, c'est qu'on « a cru y reconnaître les tribus nomades du Rhin et du Danube (3). » Je serai moins affirmatif, car je n'y vois rien qui s'applique nécessairement à ces peuplades ; mais le sujet que je traite demandait que le texte fût cité. Tertullien est plus précis : « Et en qui donc ont cru tant de peuples, Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent l'Égypte et l'Afrique au delà de Cyrène, Romains et étrangers, ceux qui vivent sur les vastes frontières de la Maurétanie, en Espagne, dans les cités des Gaules, au fond de la Bretagne, où les armes romaines ne pénètrent pas, Sarmates et Daces, Scythes et Germains (1) ? » Entre ces deux textes qu'il ne faudrait pas trop presser, se place celui de l'évêque de Lyon, qui est plus celui d'un historien que d'un orateur ou d'un polémiste. « Si les langues diffèrent, dit-il, la tradition ne varie point, et les Églises fondées en Germanie n'ont pas d'autre loi ni d'autre enseignement que celles des Ibères et des Celtes, celles d'Égypte et de Lybie et les autres qui ont été établies au centre du monde (2). » Je ne crois pas dépasser la mesure de la pensée de saint Irénée, envoyant ici des communautés, sinon prospères — nous n'en savons rien — du moins à peu près hiérarchiquement constituées,ekklesiai, et ce témoignage nous reporte vers le milieu du IIe siècle.

Aucun document ne permet de dire comment le christianisme fut introduit en Germanie, et s'il fallait à tout prix adopter une opinion, je serais disposé à me ranger à celle qui y voit le résultat d'une infiltration lente des éléments chrétiens dispersés dans les légions romaines répandues ou groupées sur un grand nombre de points de la Germanie. Il en fut de la religion de Jésus, à certains points de vue, comme du culte de Mithra (1) : les légionnaires furent les missionnaires improvisés, les « enfants perdus », comme on disait il y a deux siècles, de cette conquête toute spontanée et individuelle qui n'a pas encore été scientifiquement racontée.

On s'est demandé comment des évêques s'étaient trouvés là pour fonder ces églises dont parle saint Irénée; mais il faut observer que saint Irénée ne dit rien de semblable. Faire appel, en outre, au texte célèbre du pape Innocent Ier, n'est pas très satisfaisant (2) ; peut-être, à la rigueur, et ceci à titre de pure conjecture ; pourrait-on penser à des périodeutes, sortes de « touristes » ecclésiastiques (3) dont l'institution fut régulière dans plusieurs pays et qui fonctionnèrent de très bonne heure — le nom d'ailleurs importe assez peu.

Sozomène s'explique l'existence des églises de Germanie par le sort de la guerre qui mit aux mains des barbares des prêtres et des évêques devenus captifs (4) : « Il montre ces serviteurs de Dieu étonnant leurs maîtres par une vie sainte, guérissant les malades, enchaînant à leurs discours les tribus entières qui venaient leur demander ce qu'il fallait croire et comment il fallait vivre. On aimerait à suivre de près les premiers pas d'un apostolat si beau, à se représenter les hymnes de la Rédemption troublant le silence de forêts païennes, et les barbares baptisés aux fontaines qu'adoraient leurs pères. Mais ces temps, plus occupés de faire de grandes choses que de les écrire, n'ont pas même sauvé les noms de ceux qui fondèrent les premières chrétientés. »




2. S. JUSTIN, Dial. cum Tryph., p. 117.

3. F. OZANAM, la Civilisation chrétienne chez les Francs, recherches sur l'histoire ecclésiastique, politique et littéraire des temps mérovingiens et sur le règne de Charlemagne, Paris, 1849, in-8°, ch. I. Sur l'évangélisation de l'Allemagne, cf. le livre fondamental de ALB. HAUCK, Kirchengeschichte Deutschlands, in-8°, Leipzig, t. I, 1887. Pour mémoire : J. D. KOELLER, de Germanicis christianis in sec. II post G. N., in-4°, Gottingue, 1747.

1. Adv. Judaeos, § 7.

2. Adv. haereses, l. I, c. 10.

1. F. CUMONT, Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra, t. I, p. 248 suiv.

2. Epist. ad Decentium Engubinum, ap. MANSI, Conc. ampl. coll., t. III, col. 1028: « In omnem Italiam, Gallias, Hispaniani, Africain arque Siciliam et insulas interjacentes »... etc. « On comprenait alors dans les provinces d'Italie la Rhétie et la Norique, et, dans celles de Gaule les deux Germanies. » OZANAM, loc. cit.

3. Hégésippe est un type de ces touristes. Voyez beaucoup plus tard des détails dans l'Epistula Clementis ad Virgines (ed. BEELEN), Louvain, 1856, in-8°. L'institution n'allait pas sans abus, mais elles en ont toutes. Faut-il aller jusqu'à des périodeutes épiscopaux ? On peut en tout cas dans des questions de ce genre rapprocher le procédé employé en pleine période historique, par exemple avec les saints Cyrille et Méthode.

4. SOZOMÈNE, Hist. eccl., II, 6, cité et glosé par OZANAM.


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Message  Monique le Mer 13 Mai 2020, 7:22 am

Quoi qu'il en soit, le témoignage de saint Irénée est d'autant plus précieux que « Mayence et Cologne, les deux sièges auxquels il fait allusion, ne possèdent que de vagues et lointains souvenirs de leurs premières années, et c'est l'histoire, cette fois, dont, par une exception assez rare, les affirmations suppléent au silence de la légende (1). »

Un document daté du milieu du IIIe siècle nous apporte quelques détails sur les débuts du christianisme dans les régions extrêmes de la Germanie (2).

On sait l'épilogue de la dernière campagne de Dèce contre les Goths, l'empereur, son fils, une partie de l'armée y périrent. Enveloppés par l'ennemi dans un marais de la Thrace, Gallus, commandant des légions de Mésie, fut élevé à l'empire et son premier soin fut de traiter avec l'ennemi, auquel il accorda un tribut annuel et le droit d'emmener ses prisonniers (3), parmi lesquels se trouvaient des chrétiens qui furent traités par l'ennemi avec une bienveillance marquée :



Hi tamen Gentiles poscunt Christianos ubique,

Quos magis ut, fratres requirunt, gaudio pleni,

Quam luxuriosos et idola vana colentes (1).




Vers l'an 259, les Goths, après avoir pillé la Bithynie, le Pont et la Cappadoce, retournèrent dans leur pays, traînant avec eux, cette fois encore, des captifs et du butin. Ces captifs chrétiens furent le noyau d'une Église fondée entre le Danube et le Dniester (2) et dont le premier évêque, Ulfilas, naquit, en 311, d'une famille cappadocienne de Sadagoithina emmenée au delà du Danube, en 266.

Un peu après cette date on commence à saisir les traces de communautés, et dès lors les textes. nous fournissent des noms et des points de repère (3); mais je crois prématurée toute tentative faite, en l'état de nos connaissances, pour distinguer entre Églises germaine, gothique illyrienne, rhétique. Il est peu vraisemblable que ces distinctions tranchées aient existé dès ce temps ; c'est ce qu'on en peut dire de plus précis.



1. G. KURTI, Clovis (Paris, 1901, in-8°), p. 129.

2. Sur la date de Commodien, cf. G. BOISSIER, Commodien, dans les Mélanges Renier (Paris,1886, in-8°) et pour la bibliographie, DONALDSON, The antenicene fathers, in-8°, Buffalo, 1887.

3. Zosime, Hist. rom., I, 23, 24; AURELIUS VICTOR, De Caesaribus ; JORNANDÈS, De rebus Geticis, I, 18.

1. COMMODIEN, Carmen apologeticum, 310-312. Cf. TAFEL, De Thessalonica ejusque agro (1836), Proleg., p. XXXVII suiv., XL, suiv.

2. SOZOMÈNE, Hist. eccl., II, 6 ; PHILOSTORGE, H. e. II, 5.

3. ARNOBE, Adv. Gent., l. I : « Si Alamannos, Persas, Scythas idcirco voluerunt devinci quod habitarent in eorum finibus Christiani. »


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