TOME II - LE TROISIÈME SIÈCLE DIOCLÉTIEN par le R. P. DOM H. LECLERCQ

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Message  Monique le Mar 09 Juin 2020, 8:37 am

Le souvenir qui s'attache aux hécatombes de cette dernière persécution nous aide à ressaisir le mobile des tempéraments apportés à la poursuite des chrétiens pendant le troisième siècle. Leur nombre était si grand qu'il devenait impossible de les frapper tous sans produire une véritable dépopulation (1). Les paroles célèbres de Tertullien étaient non pas une hyperbole, mais un recensement : « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons vos cités, vos maisons, vos places fortes, vos municipes, les conseils, les camps, les tribus, les décuries, les palais, le sénat, le forum; nous ne vous laissons que vos temples. Si nous nous séparions de vous, vous seriez effrayés de votre solitude, d'un silence qui paraîtrait la stupeur d'un monde mort » (2).

Il ne s'agit pas dans les pages qui précèdent de discuter le droit supérieur et incontestable qu'avait une religion divine de prendre sa place dans le monde, ni de savoir si les païens ont apprécié sainement ou non, mais il s'agit de savoir ce que, au point de vue psychologique, ils ont vu et pensé de ce mouvement chrétien. Il y a dans toutes les sociétés des hommes puissants et nombreux « qui rejettent d'avance tout ce qui ne ressemble pas à ce qu'ils connaissent » (3). Nous en avons vu de notre temps. Or, on peut constater par les textes que nous avons réunis que plusieurs croyaient défendre leur patrie et s'imaginèrent eux aussi, peut-être, comme l'avait dit Jésus, en mettant à mort ses disciples, « faire un sacrifice à Dieu » (4).

Mais quoi que l'on pense de cette question d'histoire et de psychologie, le martyre chrétien n'en est en rien diminué. Il reste que les chrétiens ont combattu pour maintenir intact le dépôt de leur foi et donner le témoignage de leur sang au Christ Dieu, et c'est pourquoi ils ont été couronnés.



1. Voyez déjà une pensée analogue dans la lettre de PLine (X, 97) mis en présence de la nombreuse église d'Amastris. S. AUGUST., In Psalm. XC enarratio, sermo I, § 8, a recueilli l'écho de cette opinion. Cf. TERTULL. Ad Scapul. V.

2. TEBTULL. Apolog. XXXVII. Cf. 1, 21, 41, 42, Ad nat. I, 7 ; Ad Scapul. 2, 3, 4, 5 ; adv. Jud. 13.

3. D'ALEMBERT, Oeuvres complètes (éd. 1821), t. II, Ire partie, p. 8.

4. JEAN, XVI, 2. Sur cette question voyez : E. LE BLANT, Sur les bases juridiques des poursuites dirigées contre les martyrs, dans Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. (1866), p. 358-377. FR. GOERRES dans KRAUS, Real-Encycl. der christl. Alterthümer, t. I, p. 215 v° Christenverfolgungen. MOMMSEN, Der Religionsfrevel nach römischen Recht dans SYBELS, Hist. Zeitschrift (1890) N. F. vol. XXVIII, p. 389-429. P. BATIFFOL, L'Eglise naissante dans la Revue biblique, III (1894),

p. 503-521. E. G. HARDY, Christianity and the Roman government (1894). L. GUÉRIN, Etude sur le fondement juridique des persécutions dirigées contre les chrétiens pendant les deux premiers siècles de notre ère dans la Revue historique de droit français et étranger (1895), p. 601 suiv. et 713 suiv. P. ALLARD, La situation légale des chrétiens pendant les deux premiers siècles, dans la Revue des quest. Hist., LIX (1896), p. 5-43. L. DUCHESNE, Les origines chrétiennes (2e édit., 1896). P. ALLARD, Le christianisme et l'empire romain de Néron à Théodose (1897). W. M. RAMSAY, The Church in the Roman empire before a. d. 170 (5e édit. 1897). CONRAT, Die Christenverfolgungen in röm. Reiche vom Standpunkte der Juristen (1897). A.HARNACK, Christenverfolgungen dans HERZOG-HAUCK, Realeneycl. für protest. Theol. u. Kirche, III (1897), p. 823-828. C. KNELLER, Hat, de römische Staat das Christenthum verfolgt? dans Stimmen aus Maria Laach, LXXV (1898), p. 1 suiv. et p. 121 suiv. NEUMANN, Der röm. Staat und die allgemeine Kirche bis auf Diocletian (1900). J. WEIS, Christenverfolgungen, Geschichte ihrer Ursachen in Römerreiche (1899). C. CALLEWAERT, Les premiers chrétiens furent-ils persécutés par édits généraux ou par mesures de police ? Observations sur la théorie de Mommsen, principalement d'après les écrits de Tertullien, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, III (1901), p. 771-797. A. LINSENMAYER, Die Christenverfolgungen im Römischen Reiche und die moderne Geachichteschreibung dans Hist. pol. Blätter, CXXVII (1901), 4, 5, p. 237-255, 317-331. A. DE SANTI, Studii d'antica letteratura cristiana e patristica. Le persecuzioni dei primi secoli dans la Civilta Cattolica, série XVIII, vol. IV. Quad 1236 p. 710 suiv.


A SUIVRE... MARTYRE DE SAINTE APOLLINE ET DE QUELQUES AUTRES A ALEXANDRIE, EN 249 ET 250
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Message  Monique le Mer 10 Juin 2020, 7:15 am

MARTYRE DE SAINTE APOLLINE ET DE QUELQUES AUTRES A ALEXANDRIE, EN 249 ET 250


Ce document est d'une authenticité incontestée. Il fut adressé à l'évêque d'Antioche et nous a été conservé par Eusèbe. Les premières victimes dont il parle furent massacrées non en vertu d'un édit de persécution, mais pendant une émeute, sous l'empereur Philippe, auquel succéda Dèce. Alexandrie est une des villes où les chrétiens ont le plus souffert. (EUSÈBE, Hist. eccl., VI, 41.)



FRAGMENTS D'UNE LETTRE DE SAINT DENYS, ÉVÊQUE D'ALEXANDRIE, A FABIEN D'ANTIOCHE, SUR LE MARTYRE DE SAINTE APOLLINE, ET DE PLUSIEURS AUTRES, A ALEXANDRIE.


La persécution ne fut point la conséquence de l'édit des empereurs, car elle le précéda d'une année entière. Un méchant devin et mauvais poète excitait contre nous la populace. Entraînés par lui, les gentils, libres de se livrer à tous les crimes, pensèrent montrer une grande piété envers leurs dieux en égorgeant nos frères.

Ils saisirent d'abord un vieillard nommé Métra, et lui ordonnèrent de prononcer des paroles impies; sur son refus, ils le rouèrent de coups, lui enfoncèrent dans le visage et dans les yeux des roseaux pointus, et l'ayant entraîné dans le faubourg, ils le lapidèrent. Ils voulurent aussi forcer une femme appelée Quinta à adorer les idoles d'un temple où ils l'avaient entraînée; comme elle refusait énergiquement, on la saisit par les pieds et on la traîna dans toute la ville, dont le pavé est formé de cailloux aigus; on meurtrit son corps avec de gros quartiers de meule, on l'accabla de coups de fouets, et on la tua enfin à coups de pierre dans le même faubourg.

Tout le peuple se jeta sur les maisons des chrétiens; fussent-ils des voisins, on les chassait de leur logis, on les dépouillait; les choses les plus précieuses étaient emportées, les objets plus vils ou qui n'étaient que de bois, on les jetait pour être brûlés dans les rues; on eût dit une ville prise d'assaut. Les frères s'enfuyaient ; ils voyaient avec joie, comme ceux dont parle l'apôtre Paul, la perte de leurs biens. De tous ceux dont on s'empara, un seul, à ma connaissance, fut assez malheureux pour renoncer à Jésus-Christ.


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Message  Monique le Jeu 11 Juin 2020, 7:13 am


L'admirable Apolline, vierge et déjà vieille, fut saisie; on lui fit sauter toutes les dents en la frappant sur la mâchoire. On alluma ensuite un grand feu hors de la ville, et on la menaça de l'y jeter, si elle ne disait des paroles impies. Elle demanda quelques moments; les ayant obtenus, elle sauta dans le foyer et fut consumée. Sérapion, qui avait été pris dans sa maison, fut tourmenté de mille manières, et quand tous ses membres eurent été brisés, on le précipita du dernier étage. Enfin, on n'osait se montrer de jour ou de nuit dans les rues ; car on criait partout : « Celui qui refusera de blasphémer le Christ sera traîné et brûlé ». Ces violences durèrent longtemps; il n'y eut qu'une guerre civile qui put les faire cesser ; car pendant que nos ennemis se déchiraient les uns les autres, et tournaient contre eux-mêmes cette fureur dont nous avions été les victimes, nous pûmes enfin respirer un peu de temps.

Mais bientôt on nous annonça que ce gouvernement plus favorable avait été renversé, et nous nous vîmes exposés à de nouvelles alarmes. Parut alors cet édit terrible de l'empereur Dèce, si cruel et si funeste qu'on pouvait croire que la persécution annoncée par Notre-Seigneur allait sévir contre nous, et devenir même pour les justes un sujet de scandale.

L'épouvante se répandit parmi tous les fidèles; et quelques-uns des plus considérables, saisis de terreur, se rendirent aussitôt; les uns, qui géraient les affaires publiques, y furent amenés par une sorte de nécessité de leur administration; les autres, que des parents ou des amis entraînaient, se voyant appelés par leur nom, sacrifiaient aux faux dieux. Quelques-uns y venaient avec un visage pâle et défait; et quoiqu'ils parussent dans la résolution de ne point sacrifier, elle était toutefois si faible et si chancelante, qu'on aurait plutôt cru qu'ils venaient comme des victimes que l'on va immoler, aussi on ne pouvait s'empêcher de rire en les voyant si peu résolus ou à mourir ou à sacrifier.

D'autres se présentaient avec hardiesse devant les autels, et affirmaient hautement qu'ils n'avaient jamais été chrétiens. Ils sont de ces hommes dont le Seigneur a parlé, quand il disait : « Le salut leur sera difficile ». Le grand nombre, enfin, ou suivait l'exemple de ces premiers, ou prenait la fuite ; plusieurs aussi furent arrêtés. Parmi ces derniers, il y en eut qui souffrirent courageusement pendant plusieurs jours la prison et les fers, mais qui faiblirent avant même l'heure du jugement; d'autres supportèrent héroïquement les premières tortures, et manquèrent de force lorsqu'on vint à les redoubler.


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Message  Monique le Ven 12 Juin 2020, 6:11 am

Mais enfin il se trouva de ces hommes bienheureux, de ces colonnes fermes et inébranlables, et que la main du Seigneur avait elle-même affermies, qui se sentirent assez de courage et de générosité pour rendre un glorieux hommage à la puissance souveraine de Jésus-Christ. De ce nombre fut Julien. Il était fort tourmenté de la goutte, qui l'empêchait de se tenir debout et de marcher. On

l'amena devant le juge, porté par deux hommes, dont un renonça aussitôt; mais l'autre, appelé Cronion, ayant avec le saint vieillard Julien confessé hautement Jésus-Christ, on les fit monter sur des chameaux, et on les promena ainsi dans toute la ville, fort grande, comme on le sait, en les accablant de coups. Ils furent enfin jetés dans un grand feu, en présence d'une multitude immense. Un soldat nommé Bésas, qui assistait à leur supplice, empêchait qu'on les outrageât; les gentils crièrent contre lui, et le conduisirent au juge; ce généreux athlète de Jésus-Christ, ne s'étant point démenti dans ce combat entrepris pour sa gloire, eut la tête tranchée.

Un autre, originaire de Libye, nommé Macaire ou Heureux, mais plus heureux encore par les favorables dispositions de la Providence à son égard, n'ayant jamais voulu renoncer Jésus-Christ, malgré tous les efforts du juge, fut brûlé vif. Après eux, Épimaque et Alexandre, après avoir essuyé pendant plusieurs jours toutes les horreurs d'une. prison obscure, les tortures des ongles de fer, les fouets et mille autres tourments, furent jetés dans une fosse pleine de chaux vive, où leurs corps furent consumés et disparurent.

Quatre femmes chrétiennes eurent le même sort. La première se nommait Ammonarium; c'était une vierge très sainte. Le juge la fit longtemps tourmenter pour l'obliger à prononcer certaines paroles de blasphème; elle dit ouvertement qu'elle n'en ferait rien, et, ainsi qu'on l'en avait menacée, on l'envoya au supplice. Les trois autres étaient Mercuria, respectable par sa vieillesse; Denyse, mère de plusieurs enfants, qu'elle n'aimait pas autant que le Seigneur ; et une autre, Ammonarium. Le préfet, honteux d'être vaincu par des femmes, et craignant d'ailleurs l'inutilité des tourments, les fit périr par le glaive, la vierge Ammonarium, à leur tête, ayant eu seule la gloire de souffrir pour ses compagnes.


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Message  Monique le Sam 13 Juin 2020, 9:19 am

On présenta ensuite au juge, Héron, Ater, Isidore, tous trois d'Égypte, et un jeune homme âgé seulement de quinze ans, nommé Dioscore. Le préfet s'adressa d'abord à celui-ci, persuadé que par de belles paroles il surprendrait sa jeunesse et son inexpérience, ou que par des tourments il triompherait certainement d'une complexion tendre et délicate; mais ni ses discours artificieux ne purent rien gagner sur ce jeune martyr, ni les tourments l'ébranler. Les autres, cruellement flagellés, supportèrent courageusement ce supplice, et furent jetés dans le feu.

Pour Dioscore, le juge, ne pouvant s'empêcher d'admirer la sagesse de ses réponses et le courage dont il avait brillé à tous les yeux, le renvoya, lui donnant à entendre qu'il lui accordait, en faveur de son âge, quelque délai pour revenir à de meilleurs sentiments. Cet admirable jeune homme est avec nous, Dieu le réservant pour un combat plus long et plus glorieux. Un autre Égyptien, nommé Némésion, avait d'abord été faussement accusé de faire partie d'une bande de voleurs. S'étant justifié devant le centurion de cette accusation, dénoncé comme chrétien, il fut amené devant le préfet. Ce juge inique le fit tourmenter deux fois plus que les voleurs, et le condamna ensuite à être brûlé avec ces scélérats. Ainsi fut-il honoré par une ressemblance plus frappante avec le Christ.

Tout un détachement de gardes composé d'Ammon, de Zénon, de Ptolémée, d'Ingénues et du vieillard Théophile, se tenait auprès du tribunal. Un chrétien était alors accusé devant le juge, et déjà l'on voyait qu'il allait renier le Christ; ces généreux soldats qui l'entouraient se mirent alors à l'encourager par des signes de la main, de la tête, de tout le corps. On les remarqua bien vite; mais avant qu'on pensât à les arrêter, ils s'avancèrent eux-mêmes au pied du tribunal, confessant hautement qu'ils étaient chrétiens. Le préfet et les autres juges furent épouvantés de cette manifestation; car ces nouveaux coupables semblaient très décidés à braver tous les tourments. Les juges n'osèrent les faire saisir, ils tremblaient eux-mêmes ; et ces braves soldats sortirent du prétoire pleins de joie, et couverts de gloire par cette généreuse confession, qui avait fait triompher la foi de Jésus-Christ.


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Message  Monique le Dim 14 Juin 2020, 7:22 am

Mais dans les autres villes, dans les bourgs, dans les villages, les gentils firent périr encore bon nombre de chrétiens ; je n'en rapporterai qu'un exemple. Ischyrion faisait les affaires d'un magistrat de la province. Son maître, voulant l'obliger de sacrifier aux dieux, et ne pouvant l'y déterminer, l'accabla d'abord d'injures; le voyant persister dans son refus, il le maltraita de toutes manières, sans lasser sa patience; enfin, il saisit un énorme pieu et le lui enfonça dans les entrailles.

Qui pourrait dire maintenant combien de fidèles, durant cette persécution, ont péri dans les déserts, les montagnes, où ils erraient en proie à la faim, à la soif, au froid, à toutes les maladies, aux brigands, aux bêtes féroces? et s'il en est quelques-uns qui aient échappé à tant d'ennemis, ils ont été réservés pour publier partout les victoires de ces généreux combattants. Nous n'ajouterons ici qu'un seul fait pour montrer l'exactitude de ce récit. Le saint vieillard Chérémon était évêque de Nilopolis; s'étant enfui avec sa femme dans les rochers d'une montagne d'Arabie, ni l'un ni l'autre n'ont reparu. En vain les frères ont fait une recherche exacte, l'on n'a même pu trouver leurs corps. Plusieurs autres sont tombés dans cette montagne entre les mains des Sarrasins qui les ont réduits en esclavage; on en a racheté quelques-uns à grand prix ; les autres sont encore dans les fers.

Je t'ai rapporté tous ces événements, frère très cher, afin que tu puisses apprécier quels maux nous avons soufferts ; mais ceux qui les ont éprouvés le comprennent mieux encore. Sache aussi que les bienheureux martyrs qui siègent maintenant à côté de Jésus-Christ dans son royaume pour juger avec lui toutes les nations, ont reçu avant leur mort quelques-uns de nos frères qui étaient tombés et avaient sacrifié aux idoles; voyant en effet leur sincère conversion et leur pénitence, ils les ont admis auprès d'eux, ont prié et mangé ensemble, pour imiter Celui qui désire la conversion plutôt que la mort des pécheurs.


A SUIVRE... LA PERSÉCUTION DE DÈCE A ALEXANDRIE,VERS 250.
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Message  Monique le Lun 15 Juin 2020, 8:45 am

LA PERSÉCUTION DE DÈCE A ALEXANDRIE,VERS 250.



Eusèbe a possédé un recueil de lettres de Denys dont il a fait une des principales sources des livres VI et VII de son Histoire ecclésiastique. L'authenticité de ces pièces est hors de question.


FRAGMENT D'UNE LETTRE DE SAINT DENYS, DANS LAQUELLE IL FAIT LE RÉCIT DE CE QUI LUI ÉTAIT ARRIVÉ DURANT LA PERSÉCUTION DE DÈCE.



Je parle en présence de, Dieu, et il sait que je ne mens pas. Ce n'a point été de mon propre mouvement, et sans un ordre particulier de Dieu, que j'ai pris la fuité. L'édit de persécution donné par Décius venait à peine d'être publié, que Sabinus, à l'heure même, envoya un frumentaire, avec ordre de me rechercher. J'en fus instruit, et je restai quatre jours dans ma maison à l'attendre. Mais lui, fouillant tous les lieux à l'entour, parcourait les routes, les canaux et les champs, partout où il soupçonnait que j'aurais pu fuir et me cacher. Il était frappé d'un tel, aveuglement, qu'il semblait ne pouvoir trouver ma maison il est vrai qu'il ne soupçonnait pas qu'étant poursuivi, j'eusse osé y demeurer. Enfin, au bout de quatre jours, Dieu, malgré mes répugnances, m'ordonna de chercher un refuge ailleurs; et il se fit lui-même mon guide d'une manière toute miraculeuse. Je sortis donc, accompagné de mes serviteurs et d'un grand nombre de frères. La suite ne tarda pas à montrer que rien de tout cela ne s'était fait que par une providence spéciale de Dieu; car notre fuite ne devait pas être inutile au salut d'un grand nombre. Vers le coucher du soleil, nous fûmes arrêtés, moi et tous ceux qui m'accompagnaient, par des soldats qui nous conduisirent à Taposiris. Quant à Timothée, Dieu avait voulu qu'il ne fût pas alors avec nous, et qu'ainsi il ne partageât pas notre sort. Revenu à ma maison peu de temps après mon départ, il l'avait trouvée abandonnée et gardée par des soldats; c'était alors seulement qu'il avait appris notre arrestation...

Mais quelle fut l'admirable économie de la Providence divine à notre égard ! Timothée avait aussitôt pris la fuite ; il était troublé. Un paysan qui le rencontra lui demanda la cause de son empressement et de son trouble. Timothée lui raconta ce qui était arrivé. Le paysan, après avoir entendu ce récit, continua sa route. Il allait à une noce, qui, selon la coutume de ces sortes de réunions, se faisait durant la nuit. A son arrivée, il raconta ce qu'il venait d'apprendre. Ce fut comme un signal; tous s'élancèrent à la fois et accoururent, en poussant de grands cris, au lieu où nous étions détenus. Ils eurent bientôt mis en fuite les soldats qui nous gardaient; alors, sans nous donner le temps de reprendre nos vêtements, ils nous arrachèrent des misérables grabats sur lesquels nous nous étions jetés. Dieu sait quelle fut ma première impression; je pensai d'abord que nous étions assaillis par une bande de voleurs qui venaient nous piller. Je n'avais sur moi qu'une simple tunique de lin; je restai donc sur mon lit et leur offris le reste de mes vêtements qui étaient auprès de moi. Mais ils me pressèrent de me lever et de sortir au plus vite. Alors je compris le dessein qui les amenait, et je commençai à les supplier avec de grands cris de se retirer et de nous laisser. Que s'ils voulaient faire quelque chose qui me fût agréable, je les conjurais de devancer les bourreaux qui m'avaient arrêté et de me couper la tête. C'était là mon seul désir et toute ma prière ; les frères, les compagnons de mes souffrances en ont été les témoins. Cependant, malgré mes cris, ils m'arrachèrent du lit par violence. Alors je me roulai à terre, mais ils me prirent par les pieds et par les mains, et m'entraînèrent dehors. Caïus, Faustus, Pierre et Paul, qui avaient été témoins de toute cette scène, me suivirent. Ils me prirent sur leurs bras, me portèrent hors du village, et, m'ayant fait monter sur un âne, ils m'emmenèrent.


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Message  Monique le Mar 16 Juin 2020, 7:48 am

FRAGMENT D'UNE AUTRE LETTRE DE SAINT DENYS, ADRESSÉE A DOMITIEN ET A DIDYME, SUR LE MÊME SUJET.


Eusèbe, l. VIII, c. XI.



Il serait inutile de vous marquer ici les noms de ceux de nos frères qui sont morts martyrs;. le nombre en est trop grand, et aucun d'eux d'ailleurs ne vous est connu. Mais du moins il est bon que vous sachiez en général que, sans distinction d'âge, de sexe ou de condition, hommes et femmes, jeunes gens et vieillards, soldats. et citoyens, tous vainqueurs sous les coups de fouets, sous le fer des bourreaux ou au milieu des flammes, ont conquis la couronne du martyre. Plusieurs cependant n'ont pas eu le temps encore de mériter cette. gloire devant Dieu, et je suis de ce nombre. C'est pourquoi sa Providence a réservé mon jour pour une époque que lui seul connaît, selon ce qu'il a dit lui-même : « Je t'ai exaucé au moment opportun, et je suis venu à ton secours au jour du salut. »

Mais puisque vous m'interrogez, et que vous voulez savoir dans quel état nous vivons maintenant, je réponds à votre demande. Vous avez appris comment nous étions emmenés prisonniers, Caïus, Faustus, Pierr , Paul et moi, bien gardés par le centurion, ses officiers, ses soldats et ses serviteurs, quand des paysans maréotes, survenant à l'improviste, nous arrachèrent, malgré nous, de leurs mains, et, parce que nous ne voulions pas les suivre, nous entraînèrent par force avec eux. Aujourd'hui, seul et privé de la société de nos frères, et n'ayant avec moi que Caïus et Pierre, je vis retiré au fond d'un affreux désert de Libye, à trois journées de Parétonium.

Cependant des prêtres demeurent cachés dans la ville pour visiter secrètement les frères : ce sont Maxime, Dioscore, Démétrius et Lucius. Pour Faustinus et Aquila, ils parcourent l'Égypte, sans craindre de se montrer au grand jour. Trois diacres seulement, Faustus, Eusèbe et Chérémon, ont survécu aux ravages de la peste. Eusèbe en particulier a été revêtu, dès le commencement, d'une force surhumaine ; car Dieu lui avait donné pour mission d'assister généreusement en toutes manières les confesseurs dans leurs prisons, et de donner la sépulture,souvent au péril de sa vie, aux bienheureux qui avaient consommé leur martyre. Jusqu'à ce jour, en effet, comme je le disais plus haut, le préfet n'a pas cessé de poursuivre par les supplices ceux de nos frères qu'on lui présente. Ou il les fait périr par le feu, ou il les déchire dans la torture, ou il les laisse s'épuiser dans d'affreux cachots sous le poids de lourdes chaînes, ne permettant à personne de les visiter; et il surveille avec cruauté l'exécution de ses ordres. Toutefois Dieu, par le zèle et la charité de nos frères, soulage et adoucit leurs tourments.


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Message  Monique le Mer 17 Juin 2020, 8:07 am

AUTRE FRAGMENT D'UNE TROISIÈME LETTRE DE SAINT DENYS D'ALEXANDRIE, SUR LA PERSÉCUTION DE VALÉRIEN.

Eusèbe, même livre, même chapitre.



Forcé de révéler l'admirable conduite de la Providence à notre égard, je crains qu'on ne m'accuse de céder à un sentiment de sotte vanité. Mais l'Écriture nous a appris que s'il fallait louer celui qui garde le secret du roi, il y a, au contraire,. de la gloire à publier les œuvres de Dieu. C'est pourquoi je veux braver les calomnies que Germain s'apprête à inventer contre moi.

Je ne comparus pas seul devant Émilien; j'étais accompagné du prêtre Maxime et des diacres Faustus, Eusèbe et Chérémon. De plus, un de nos frères de Rome, qui était alors à Alexandrie, se joignit à nolis dès notre entrée dans le prétoire. Émilien ne me dit pas au premier abord : « Je te défends de tenir des assemblées ». Ce n'était là qu'un point secondaire et de peu d'importance; il avait hâte d'arriver au fait capital. Car il s'inquiétait peu de nous voir tenir nos réunions ce qu'il voulait, c'était nous faire renoncer à notre nom de chrétiens. Il m'ordonna donc d'abjurer, persuadé que mon exemple serait suivi de tous les autres. Je fis en peu de mots la réponse que je devais : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ». Puis j'ajoutai, de manière que Mon témoignage fût entendu de tous ceux qui étaient présents, que j'adorais le seul vrai Dieu, et que je n'adorerais jamais que lui; que ma résolution était inébranlable, et que rien ne pourrait me faire abjurer mon titre de chrétien.. Sur cette réponse, il nous envoya dans un village nommé Kéfro, qui touche le désert. Au reste, voici les paroles. mêmes de nos interrogatoires telles qu'on les lit dans les actes publics.

Denys, Faustus, Maxime, Marcel et Chérémon, ayant été introduits, le préfet Émilien a dit : « Ce n'est pas seulement par écrit, mais de vive voix, que je vous ai fait connaître la clémence dont nos princes usent envers vous; ils ont remis votre salut entre vos mains, à la seule condition que vous renoncerez à un culte contraire à la nature et à la raison, et que vous adorerez les dieux sauveurs de l'empire. Songez à ce que vous allez répondre. J'espère que vous ne vous montrerez pas ingrats pour tant de bonté, puisqu'ils n'ont d'autre désir que de vous ramener dans la bonne voie. »

Denys a répondu : « Tous n'adorent pas tous les dieux; chacun n'honore que ceux qu'il reconnaît pour tels. Quant à nous, nous n'adorons qu'un seul Dieu, le créateur de tout ce qui est, celui qui a donné l'empire aux très sacrés empereurs Valérien et Maxime. Nous lui offrons de continuelles prières, pour qu'il affermisse leur pouvoir contre tous leurs ennemis. »

Émilien « S'il est véritablement Dieu, qui vous empêche d'unir son culte à celui des autres dieux? Le décret ordonne d'adorer les dieux, c'est-à-dire ceux que tous reconnaissent comme tels. »

« Nous ne reconnaissons et n'adorons d'autre Dieu que le nôtre. »

« Je vois que vous êtes des ingrats, insensibles à la clémence de nos augustes empereurs. C'est pourquoi je ne vous laisserai pas dans cette ville ; vous serez envoyés au milieu des déserts de la Libye, dans un lieu nommé Kéfro; c'est celui que j'ai choisi par l'ordre de nos augustes empereurs. Là, il ne vous sera permis, ni à vous, ni à aucun autre, de tenir des assemblées 'ou de fréquenter les lieux que vous appelez cimetières. Celui qui disparaîtra du lieu que je viens de désigner, ou qui sera trouvé dans une assemblée quelconque, s'attirera des châtiments sévères. La justice ne manquera pas à son devoir. Partez donc sur-le-champ pour le lieu où je vous envoie. »


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Message  Monique le Jeu 18 Juin 2020, 7:14 am

Quoique je fusse malade, il me força de partir sans vouloir m'accorder le délai d'un jour. Cependant les fidèles purent encore se réunir, et nous-mêmes nous ne fûmes pas privé du bonheur de présider encore en personne des assemblées chrétiennes. A Alexandrie, en effet, c'était encore moi qui les réunissais à l'église comme si j'eusse été au milieu d'eux; car, quoique absent de corps,  

mon coeur était toujours resté avec eux. D'un autre côté, à Kéfro, je vis bientôt une nombreuse société de fidèles se former autour de nous; un grand nombre de frères nous avaient suivis de la ville. Les autres accoururent des autres parties de l'Égypte. Ainsi Dieu a voulu, même dans ces lieux, nous ouvrir une porte à la prédication de l'Évangile. D'abord, il est vrai, nous fûmes poursuivis, on nous jeta des pierres; mais, à la fin, un grand nombre de gentils abandonnèrent leurs idoles, et se convertirent au vrai Dieu. Ils n'avaient point encore reçu la semence de la parole divine, et nous fûmes les premiers à la répandre parmi eux, comme si Dieu ne nous eût envoyés là que pour accomplir cette mission. En effet, dès qu'elle fut achevée, il nous fit déporter ailleurs.

Émilien résolut de nous faire transférer dans un lieu plus solitaire et plus triste, et qui retracerait davantage encore toute l'horreur des déserts de Libye. Il nous envoya donc l'ordre de nous rendre dans la Maréote, et il assigna à chacun le village qu'il devait habiter. Pour moi, il me plaça le plus près de la voie publique, afin de pouvoir plus facilement me prendre; c'était évidemment le but qu'il se proposait par cette mesure. Lorsque j'avais été envoyé à Kéfro, quoique j'ignorasse entièrement où ce bourg était situé, et que je me rappelasse à peine l'avoir entendu nommer, j'y étais allé sans trouble et même avec une véritable joie. Mais quand on m'annonça qu'il fallait partir pour Kolluthion, mes compagnons furent témoins de la tristesse que j'en ressentis.

Je le dirai à ma honte, au premier moment, j'en fus profondément affligé. Ce lieu, il est vrai, était plus connu, mais on disait qu'on n'y trouvait ni homme vertueux, ni frères; que sans cesse on y était importuné par les voyageurs ou assailli par des bandes de voleurs ; mais ce qui fut pour moi une grande consolation, ce fut d'apprendre de la bouche des frères que nous nous rapprochions d'Alexandrie. Il est vrai qu'à Kéfro il y avait habituellement un grand concours de frères qui venaient de toute l'Égypte, en sorte que nous pouvions y avoir des réunions nombreuses. Mais ici le voisinage de la ville nous donnerait la consolation de voir plus souvent nos amis les plus chers et les plus intimes ; car ils ne manqueraient pas de venir me voir,et ils feraient même auprès de moi quelque séjour. En un mot, je me flattais de pouvoir y tenir des réunions particulières, comme nous l'aurions fait dans un faubourg éloigné de la ville. C'est ce qui arriva.


A SUIVRE... PASSION DE SAINT PIONE ET DE SES COMPAGNONS, A SMYRNE, LE 12 MARS 250.
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Message  Monique le Ven 19 Juin 2020, 8:10 am

PASSION DE SAINT PIONE ET DE SES COMPAGNONS, A SMYRNE, LE 12 MARS 250.



Quand éclata à Smyrne la persécution de Dèce, les chrétiens, amollis par une longue paix, furent abandonnés par leur évoque Eudaemon, qui sacrifia et paraît même avoir reçu un sacerdoce païen. Dans la foule qui assistait aux apostasies, les Juifs se distinguaient par leur turbulence et leur haine des chrétiens.

L'odieuse race n'avait pas changé depuis le temps du martyre de saint Polycarpe, et le mot de Tertullien continuait à s'appliquer à la lettre : « Les synagogues sont les sources d'où découle la persécution ». En la circonstance, le flot immonde des Juifs se distingua plus qu'en aucune autre rencontre : on le retrouve partout où il peut souiller de ses émanations l'atmosphère radieuse des martyrs. Les Actes de Pione sont contemporains, ou fort anciens, mais la traduction latine paraît avoir embelli quelques détails.

Toutefois Eusèbe, qui les a connus, les résume, sans omettre ce qui, à première vue, semble moins authentique, c'est-à-dire les discours de Pione sur la place publique et dans la prison. Le récit ne nous apprend pas ce que devinrent les compagnons de Pione, Asclépiade et Sabine. « Les vraisemblances font croire qu'ils furent martyrisés avec Pione ou peu de temps après lui. Cependant un doute poignant subsiste.

On se demande avec émotion si les menaces proférées contre tous deux auraient été accomplies, si l'un fut agrégé à un ludus gladiator ius, l'autre menée de force dans une maison de femmes perdues. Peut-être, satisfait d'avoir fait de la mort de Pione un exemple pour les chrétiens et un spectacle pour les impies, le proconsul laissa-t-il les deux confesseurs en prison, et purent-ils, comme tant d'autres à Rome, à Alexandrie et à Carthage, y attendre la fin de la persécution ».




BOLL., 1/II. Febr. I, 37-46. RUINART, Act. sinc. p. 123 suiv. LUCCHINI, Atti sinceri, II, 131-141. Voyez EUSÈBE, Hist. eccl. IV, 15. - ZAHN, Patr. apost. (§ 3 [8]) D. L. 164, 165. LIGHTFOOT, Apostolic. Fathers. (§ 3 [8]), J. 622-626 ; 695-702. P. ALLARD, Hist. des Persécutions, t. II, p. 373 suiv. et p. 212. KRÜGER, Gesch. d. altchr. Litt., p.241, § 106. RENAN, Origines du christianisme, t. VI, p. 463-4, note. O. DE GEBHARDT, Das martyrium des heil. Pionius, dans l'Archiv. f. slavische Philologie XVIII, p. 164.


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Message  Monique le Sam 20 Juin 2020, 7:01 am

PASSION DE SAINT PIONE.


L'Apôtre nous enseigne qu'il est bon de rapporter les combats des saints et qu'il est nécessaire de s'en souvenir, parce que la mémoire de ces luttes courageuses embrase les justes de charité, principalement ceux qui s'efforcent d'imiter ces saints illustres. C'est pour cela qu'il ne faut pas ensevelir dans le silence la passion de Pione. Pendant qu'il jouissait de la lumière des cieux, il dissipa l'erreur d'un grand nombre de frères, jusqu'au moment où, par le martyre, il remplaça la doctrine par l'exemple.

Le deuxième jour du sixième mois, 23 février, c'est-à-dire le quatrième des Ides de mars, le jour du grand sabbat, en l'anniversaire du martyr saint Polycarpe, Pione, Sabine, Asclépiade, Macedonius et Lemnus, prêtre de l'Église catholique, furent victimes de la persécution. Comme le Seigneur découvre tout à la foi véritable, il accorda à Pione le don de prophétie, comme aussi la prévision des supplices qui lui étaient réservés, encore qu'il ne les craignît pas.

Or donc, comme le jour anniversaire du martyre de Polycarpe approchait, tandis qu'il priait avec Sabine et Asclépiade, et prolongeait ses jeûnes, il vit en songe qu'il serait arrêté le lendemain. Comme il n'en pouvait douter aucunement, tant la vision était précise, il se passa une corde au cou, et fit la même chose à celui de Sabine et à celui d'Asclépiade, de la sorte les geôliers qui allaient apporter des chaînes, les trouvant tout enchaînés, sauraient qu'ils ne venaient accomplir rien d'imprévu, et comprendraient qu'ils ne devaient pas les mettre sur le même pied que les apostats qui prenaient part aux sacrifices ; l'imposition volontaire des chaînes serait le témoignage de leur foi et la marque de leur volonté.


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Message  Monique le Dim 21 Juin 2020, 9:12 am

La synaxe achevée, après la réception du pain et du vin consacrés, le néocore Polémon - c'était un officier municipal entra dans l'appartement, accompagné de quelques gens chargés comme lui de procéder à la recherche des chrétiens.

Dès que le néocore aperçut Pione, il dit: « Vous n'ignorez pas le décret impérial, qui vous ordonne de sacrifier? »

Pione dit : « En fait de décrets, nous ne connaissons que ceux qui nous ordonnent d'adorer Dieu. »

Le néocore : « Venez sur la place publique, vous y verrez que je ne vous trompe pas. »

Sabine et Asclépiade dirent à haute voix ; « Nous obéissons au vrai Dieu. »

Tandis qu'on le menait sur la place, le peuple vit les cordes que les martyrs s'étaient passées autour du cou, et (comme il arrive au peuple, dans son impatience, d'avoir l'explication de ce qui l'intrigue) il s'en étonnait grandement, de sorte que l'on s'attroupa et bientôt unes foule compacte suivit les accusés.

Dès qu'on arriva sur la, place, une immense foule l'envahit, s'emparant de tous les espaces vides et couvrant jusqu'au toit des temples païens et des maisons. Les femmes étaient en nombre incroyable, car c'était jour de Sabbat, ce qui donnait relâche aux Juives de la ville.

L'immense cohue tout entière voulait voir; ceux qui étaient trop petits montaient sur des escabeaux, sur des coffres, s'ingéniaient de toute façon à suppléer à leur disgrâce.


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Message  Monique le Lun 22 Juin 2020, 7:01 am

Quand les martyrs furent au milieu de la place, Polémon dit : « Pione, il faut obéir comme les autres, et te conformer aux ordres de l'empereur pour éviter les supplices. »

Pione étendit la main, et le visage tranquille, joyeux même, s'adressa au peuple : « Habitants de Smyrne, qui aimez la beauté de vos murs, la splendeur de votre cité, la gloire de votre poète Homère, et vous aussi, Juifs,  s'il eu est ici,  écoutez-moi : « J'entends dire que vous tournez en ridicule les chrétiens qui, spontanément ou cédant à la force, consentent à sacrifier; vous vous montrez sévères pour la lâcheté des uns et pour la folie des autres; laissez-moi vous rappeler la parole d'Homère votre maître qui dit : « Ne vous réjouissez pas sur ceux qui sont morts, n'attaquez pas un aveugle, ne combattez pas contre un cadavre »

« Et vous, Juifs, le précepte de Moïse vous devrait suffire : « Si le bœuf de ton ennemi tombe dans la fosse, il convient que tu l'en retires, ensuite tu passeras ton chemin » ; et Salomon ne dit pas autre chose : « Tu ne te réjouiras pas si ton ennemi fait une chute, et tu ne t'enorgueilliras pas du malheur d'autrui ».

« Voilà pourquoi je préfère subir la mort, et les supplices, et toutes, les angoisses plutôt que de contredire ce que j'ai appris et ce que j'ai moi-même enseigné. Et maintenant, vous, les Juifs, quelle raison avez-vous à mourir de rire? vous riez de ceux qui sacrifient spontanément, de ceux qui cèdent à la violence, et de nous-mêmes en criant comme vous le faites que nous avons assez longtemps oui de la liberté.

« Nous sommes des ennemis, c'est vrai, mais nous sommes des hommes, malgré tout. En quoi avez-vous à vous plaindre de nous? Est-ce que nous vous avons traînés au supplice ? Avons-nous dit du mal de vous? avons-nous poursuivi de notre haine quelqu'un des vôtres? en avons-nous, avec une avidité de bête féroce, forcé un seul à sacrifier? Leur crime à eux est loin de ressembler à ceux que la crainte des hommes fait aujourd'hui commettre; car il y a une grande distance entre celui qui cède à la contrainte et le pécheur volontaire ; chez l'un c'est la circonstance, chez l'autre la volonté qui est la raison du crime.


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Message  Monique le Mar 23 Juin 2020, 7:15 am

« Qui obligeait les Juifs à s'initier aux mystères de Béelphégor, à s'asseoir aux banquets sacrilèges des, morts, et à manger la chair des victimes qu'on leur immolait? Qui les a forcés au concubinage avec les filles païennes et au métier de filles de joie? Qui les obligeait à brûler vifs leurs enfants, à murmurer contre Dieu et à dire du mal de Moïse? Qui les forçait à oublier les bienfaits? à être ingrat? à regretter l'Égypte ? Étaient-ils donc contraints, lorsque Moïse demeurant sur ia montagne, ils dirent à Aaron : « Fais-nous des dieux et un veau d'or? »

Et ainsi du reste de leur histoire. Vous peut-être, qui êtes païens, ils peuvent vous tromper en nattant vos oreilles par des mensonges ; mais à nous jamais aucun d'eux n'imposera ses fables. Demandez-leur plutôt qu'ils vous lisent leurs livres des Juges et des Rois, et l'Exode et les autres; qu'ils vous les montrent, et vous y verrez leur condamnation. Mais vous demandez pourquoi de nombreux chrétiens vont d'eux-mêmes sacrifier, et à cause de ces apostats vous insultez au petit nombre qui persévère. Représentez-vous une aire que remplit une abondante moisson. Le monceau de paille n'est-il pas plus gros que celui du grain? Lorsque le colon avec sa pelle ou la double dent de sa fourche retourne les gerbes, la paille légère qu'il soulève s'envole au vent ; mais le grain pesant et nourri demeure au lieu où il est tombé. Et quand le pêcheur jette à la mer ses filets, tout ce qu'il en retire est-il bon? Or, sachez qu'il en est ainsi des hommes que vous avez sous les yeux, que de la même manière il y a chez eux mélange du bien et du mal, du très bon et du très mauvais ; mais si vous voulez les mettre en regard, la différence est frappante, et la comparaison fait connaître alors ce qui est bon.

« Vous avez des outrages pour la fidélité comme pour l'apostasie. A quel titre donc voulez-vous que nous subissions les supplices auxquels vous nous condamnez? Est-ce l'injustice ou l'innocence que vous voulez frapper? Si c'est l'injustice, et que cependant vous n'ayez aucun fait pour motiver vos poursuites, vous vous montrez par là même plus injustes que ceux que vous prétendez punir. Si au contraire c'est l'innocence, quel espoir vous reste donc à vous, puisque, à votre tribunal, les justes doivent souffrir de tels tourments? Car si le juste a tant de peine à se sauver, que deviendront le pécheur et l'impie ? La menace d'un jugement pèse sur ce monde, et des signes nombreux nous avertissent qu'il n'est pas loin. J'ai parcouru le pays des Juifs, et j'ai voulu tout connaître par moi-même; après avoir passé le Jourdain, j'ai vu cette terre dont les ruines attestent la colère de Dieu contre des monstres qui, foulant aux pieds le respect de l'homme et les droits de l'hospitalité, tuaient ou prostituaient leurs hôtes. Oui, je l'ai vue cette terre dévorée par le feu de la vengeance divine; à jamais frappée de sécheresse et de stérilité, ce n'est plus qu'un amas de cendres encore fumantes. J'ai vu la mer Morte, qui a tremblé devant Dieu et changé sa nature; j'ai vu ses eaux qui refusent, je ne dis pas de nourrir un être vivant, mais même de le garder dans leur sein. Si un homme vient à y tomber, elles le rejettent; comme si elles craignaient que l'attouchement de cet homme ne fût encore pour elles une souillure ou la cause de nouveaux châtiments. Mais pourquoi chercher si loin des témoignages et vous rapporter des faits qui sont loin de vous, quand vous-même avez sous les yeux un vaste incendie, et que vous nous racontez comment des torrents de flammes s'échappent en bouillonnant des flancs d'un rocher? Rappelez-vous encore les feux qui dans la Lycie et dans de nombreuses îles sortent comme un fleuve des entrailles de la terre. Et si vous n'avez pas été témoins de ces merveilles, rappelez-vous du moins ces eaux à qui la nature, et non la main des hommes, a communiqué la chaleur ; contemplez ces sources brûlantes qu'anime un feu qu'elles devraient éteindre. Et d'où pensez-vous qu'il vienne ce feu, s'il n'a pas son aliment dans les feux de l'enfer? Vous dites que sous Deucalion, nous disons au temps de Noé, la terre a été ravagée, et par le feu, et par les inondations ; car la vérité catholique est connue du moins en partie chez tous les peuples. C'est pourquoi: nous vous annonçons le jugement que le Verbe de Dieu, Jésus-Christ, va venir exercer par le feu. Quant à vos dieux, nous ne les adorons pas, nous ne vénérons point des images d'or; car la religion ne voit en elles rien de sacré : leur matière seule a quelque valeur. »


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Message  Monique le Mer 24 Juin 2020, 8:29 am

Il dit encore d'autres choses, car il parla longtemps et n'en finissait plus. Polémon et toute la foule prêtaient l'oreille avec tant d'attention que personne n'osait le troubler. « Nous n'adorons pas vos dieux, disait-il, et nous n'avons aucun respect pour leurs statues d'or. »

Comme il achevait ces mots, on l'entraîna dans un des édicules qui bordaient la place. Là, chacun, et Polémon lui-même, entourait Pione. On s'efforçait de lui faire entendre raison : « Pione, écoute, tu as bien des motifs d'aimer la vie. Tu es digne de vivre, puisque tu es pur et doux. Que c'est bon de vivre et de respirer cette douce lumière ! » On disait encore bien d'autres choses, et Pione répondait : « Oui, oui, il fait bon vivre et s'enivrer de lumière, mais nous autres nous désirons une autre lumière. Non pas que nous méprisions ces dons de Dieu, mais nous y renonçons pour en chercher de meilleurs, dont la possession nous fait mépriser les autres. Vous me jugez digne d'amour et d'honneur, je vous en félicite, mais n'y a-t-il pas quelque chose là-dessous ? la haine ouverte est moins inquiétante qu'une mensongère flatterie. »

Un homme du peuple, nommé Alexandre, esprit chagrin, dit à Pione : « Je pense que tu écouteras ce que nous te répondrons ». Pione lui dit « Tu ferais mieux d'écouter toi-même, parce que je sais tout ce que tu sais, et toi tu ignores ce que je sais. » L'homme reprit en riant : « Pourquoi as-tu une chaîne » ? « C'est afin que, répondit Pione, en traversant la ville, personne ne s'y trompe et croie que nous allons sacrifier, ou bien c'est pour qu'on ne nous prenne pas pour d'autres et qu'on nous conduise dans un temple, et aussi, comme vous pouvez le voir sans plus de discours, nous allons de notre propre mouvement en prison. Pione ne parlait plus, mais la foule continuait ses instances ; le martyr répondit : « Notre résolution est prise, elle est inébranlable ». Et il gourmandait vertement ses plus proches voisins, leur rappelant le passé et prédisant l'avenir. Alexandre l'interrompit : « A quoi bon tous tes discours, puisque vous ne pouvez vivre; bien mieux, puisqu'il vous faut mourir? »


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Message  Monique le Jeu 25 Juin 2020, 6:29 am

Cependant le peuple se disposait à se rendre à l'amphithéâtre, afin qu'installé sur les gradins il pût mieux entendre toutes les paroles du saint martyr ; mais quelques personnes insinuèrent à Polémon que s'il permettait à Pione de prendre la parole, il fallait s'attendre à quelque émeute.

Polémon dit alors à Pione : « Si tu ne veux pas sacrifier, viens au moins au temple ».

Pione : « Il n'est pas bon pour vos temples que nous y entrions. »

« Tu es donc buté de telle manière que l'on ne peut te persuader quoi que ce soit? »

« Plût à Dieu que je pusse, moi, vous persuader de vous faire chrétiens ! »

Des voix ricanèrent : « Gardes-en-toi bien, pour être brûlés vifs ! »

Pione répliqua « Il est pire de brûler après la mort.

Pendant cette discussion, Sabine ne put s'empêcher de rire ; on lui cria : « Tu ris ? » Elle répondit : « Oui, je ris, car, s'il plaît à Dieu, nous sommes chrétiens ». Les voit reprirent : « Tu souffriras ce que tu ne veux pas. Les femmes qui refusent de sacrifier sont envoyées dans une maison de débauche, en compagnie des courtisanes et des souteneurs. »

Sabine répondit : « A la volonté de Dieu ».

Alors Pione dit à Polémon : « On t'a ordonné de persuader ou de punir; puisque tu ne persuades pas, punis. »

Polémon, froissé par le ton sur lequel avait parlé le martyr, dit : « Sacrifie.

Non.

Et pourquoi non?

Parce que je suis chrétien.

Quel Dieu adores-tu ?

Le Dieu tout-puissant qui a fait le ciel et la terre, la mer, toutes choses et nous-mêmes ; nous recevons tout de lui et nous le connaissons par son Verbe le Christ Jésus.

Et si tu sacrifiais à l'empereur?

Je ne sacrifie pas à un homme. »


Le greffier ayant pris ses tablettes de cire, l'interrogatoire commença.

« Quel est ton nom?

Chrétien.

De quelle église?

Catholique. »


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Message  Monique le Ven 26 Juin 2020, 8:08 am

Ce fut au tour de Sabine.

C'était Pione qui avait instruit cette jeune fille et lui avait imposé son nom de Théodote, de peur que son nom véritable ne mît sur ses traces son ancienne maîtresse, qui l'avait autrefois reléguée dans une chiourme en plein pays de montagnes. Les fers aux pieds, elle menait là une vie qui ne se soutenait que grâce à la nourriture que les fidèles lui apportaient en cachette.

« Quel est ton nom?

Théodote et chrétienne.

Puisque tu es chrétienne, à quelle église appartiens-tu?

A l'Eglise catholique.

Quel Dieu adores-tu?

Le Dieu tout-puissant qui a fait le ciel et la terre, la mer et toutes choses, et que nous connaissons par son Verbe Jésus-Christ. »


Asclépiade, se tenant là auprès, fut interrogé. Il répondit :

« Je suis chrétien.

De quelle église?

Catholique.

Quel Dieu adores-tu?

Le Christ.

Quoi donc? c'en est un autre?

Non, c'est le même Dieu que nous avons confessé tout à l'heure. »


On les reconduisit à la prison; la foule roulait derrière eux, la place Martha regorgeait de monde. Pendant ce temps la face glabre de Pione avait pris de vives couleurs ; on en faisait la remarque : « Qu'est-ce que cela veut dire, lui qui est toujours blanc comme linge, le voilà bien rose? » Et comme Sabine, craignant d'être séparée de Pione par les remous de la foule, s'accrochait à lui, une voix dit : « Tu tiens son vêtement comme si tu avais peur d'être privée de son lait ». Une autre cria très fort : « Qu'on les punisse, s'ils refusent de sacrifier.» Polémon dit alors : « Nous n'avons pas les faisceaux et la hache, nous n'avons pas le droit de glaive. »

Un plaisant montra Asclépiade : « Petit bonhomme sacrifiera. »

« Non », dit Pione.

Quelqu'un cria : « Tel et tel ont sacrifié ».

Pione : « Chacun fait ce qu'il veut. Je m'appelle, Pione et je ne m'occupe pas des apostats ; se joigne à eux qui voudra. »


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Message  Monique le Sam 27 Juin 2020, 7:49 am

Au milieu des interpellations se croisant en tous sens, un homme dit à Pione : « Comment toi, un savant, tu t'entêtes à courir à la mort ? » Pione Iui répondit: « Qu'importe la mort, je dois demeurer fidèle à mes commencements. Souvenez-vous de tous ces deuils, de cette famine affreuse, de tant de maux supportés ensemble ». « Tu as souffert de la disette tout comme nous », répondit un assistant. « Oui, dit Pione, mais l'espoir en Dieu me soutenait. »

Il y avait une telle cohue que les hommes de garde eurent peine à entrebâiller la porte de la prison. Les prisonniers y trouvèrent un prêtre catholique, Lemnus; une femme appelée Macedonia et un montaniste, Eutychien. Ils n'étaient réunis que depuis peu de temps lorsque les fidèles commencèrent à les visiter: Mais Pione refusa les soulagements qu'on lui apportait. « Je n'ai jamais été à charge à personne, il est bien tard pour commencer. » Les geôliers, qui n'autorisaient ces visites que contre des présents, se fâchèrent de cette austérité) et mirent Pione et ses compagnons au cachot et au secret, dans des fosses puantes, où ne pénétrait pas la lumière mais les martyrs alternaient le chant des hymnes avec la méditation silencieuse. Cependant la colère des hommes de garde finit par se calmer, ils firent remonter les prisonniers dans le préau ; ceux-ci dirent : « Seigneur, nous ne cessons de vous rendre gloire ; ce qui s'est passé est pour le mieux. »

Ayant reçu l'autorisation d'employer le temps comme ils l'entendraient, ils passaient les jours et les nuits en lectures et en prières; ainsi leur foi se fortifiait et s'éclairait pour affronter bientôt les supplices.

Comme l'attente se prolongeait, bon nombre de païens vinrent à la prison, désireux de convertir Pione; mais c'étaient eux qui avaient peine à se défendre du charme de sa parole. Ceux qui, traînés de force devant les idoles, y avaient sacrifié, venaient aussi, pleurant à chaudes larmes, n'interrompant plus leurs gémissements, avivant leurs douleurs au bruit de leurs propres sanglots, ceux-là surtout dont on avait jusqu'à leur chute admiré la vertu.


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Message  Monique le Lun 29 Juin 2020, 8:50 am

Quand Pione vit ces malheureux en cet état, il leur dit, pleurant lui-même : « Voilà un supplice nouveau, dont je souffre autant que si j'étais écartelé, en voyant les perles de l'Eglise foulées aux pieds des porcs, les étoiles du ciel jetées à terre d'un coup de la queue du serpent, la vigne, que le Seigneur avait plantée de sa main, ravagée et pillée suivant le caprice de tous les passants. Mes enfants, que j'enfante une fois encore jus qu'à ce que le Christ soit formé en vous, mes pupilles chéris, ont suivi d'âpres sentiers. Les jours de Suzanne sont revenus, lorsque entourée par les misérables, circonvenue par des vieillards impies, qui la dépouillent pour se repaître de sa beauté et portent faux témoignage contre elle. Nous revoyons Aman plein de menaces et gorgé de bonne chère, et Esther avec toute la ville dans l'angoisse, puis encore la faim et la soif, non par le fait de la disette, mais de la persécution. Et voilà que, toutes les vierges s'étant endormies, la parole de Jésus s'est réalisée. Si le Fils de Dieu vient sur la terre, on trouvera-t-il la foi ? On me dit que chacun dénonce son coréligionnaire, afin que s'accomplisse cette parole: le frère livrera son frère à la mort.

« Mais quoi! parce que Satan a demandé nos âmes, et qu'avec son trident de feu il purifie l'aire du père de famille, pensez-vous que la saveur ait abandonné le sel de la terre, et qu'il ne soit plus bon qu'à fouler aux pieds des hommes ? Non, mes enfants, ne le croyez pas. Dieu n'a pas quitté le monde ; c'est nous qui avons quitté Dieu. Il a dit : « Mes mains pour vous délivrer ne se lassent point, mes oreilles n'ont jamais été fatiguées de vos cris. » Ce sont donc nos péchés qui nous éloignent de Dieu; et, s'il ne nous exauce pas, ce sont nos infidélités qu'il faut accuser, et non point la dureté de Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Car enfin que n'avons-nous pas fait contre lui ? nous avons délaissé Dieu. D'autres l'ont méprisé, quelques-uns ont péché par avarice et par légèreté ; ils se sont accusés, ils se sont trahis mutuellement, et ils meurent victimes des coups dont ils se déchirent les uns les autres. Et cependant nous avons un précepte qui nous oblige à plus de justice que n'en ont eu les scribes et les pharisiens !

« J'apprends encore que plusieurs d'entre vous sont pressés par les Juifs d'aller à la synagogue. Gardez-vous de ce crime, le plus grand que vous puissiez commettre, celui pour lequel il n'y a pas de pardon, parce qu'il est le blasphème contre l'Esprit-Saint. Ne soyez point comme eux des princes de Gomorrhe, des juges de Sodome, dont les mains sont souillées du sang des innocents et des saints. Nous, du moins, nous n'avons pas tué les prophètes, ni livré le Sauveur.


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Message  Monique le Mar 30 Juin 2020, 7:54 am

Mais pourquoi m'étendrais-je davantage ? Rappelez-vous ce que vous avez vous-mêmes entendu. J'ai appris que les Juifs vomissaient d'affreux blasphèmes ; qu'ils disaient, dans leurs vaines impostures, et répétaient partout que le Seigneur Jésus-Christ, comme un simple mortel, avait succombé à la violence et n'avait pu échapper à la mort. Mais, dites-moi, quel est le mortel qui a succombé par faiblesse à la violence, et dont les disciples cependant . ont chassé pendant tant d'années et continueront encore à chasser les démons ? Quel est ce maître impuissant contre la violence et la mort, et dont pourtant les disciples, et après eux tant d'autres fidèles, ont affronté les supplices avec un joyeux empressement ? Faut-il rappeler les miracles qui ont été faits dans l'Église catholique, à des hommes qui ne savent pas encore que celui-là seulement meurt honteusement victime de la violence, qui, rejetant le bienfait de la vie, attente à ses jours librement et de ses propres mains ?

Ce n'est point encore assez pour ces âmes sacrilèges : ils ajoutent à leurs crimes de nouveaux blasphèmes; ils expliquent comment le Seigneur Jésus-Christ est remonté au ciel avec sa croix, en disant qu'il a été évoqué du séjour des ombres par la magie. C'est ainsi que, ce que l'Écriture leur enseigne, à eux aussi bien qu'à nous, sur le Christ et le Seigneur, ils le tournent en blasphèmes et en impiétés. Ceux qui tiennent un pareil langage ne sont-ce pas des pécheurs, des perfides, des misérables ?

« Je veux redire ici ce que souvent les Juifs m'ont enseigné dans ma première enfance ; et je les convaincrai de mensonge. Il est écrit : Saül interrogea la pythonisse et lui dit : « Évoque-moi Samuel le prophète ». Et cette femme vit se dresser devant elle un homme revêtu de la robe des prêtres. Saül crut que c'était Samuel, et il l'interrogea sur les choses qu'il voulait connaître.


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Message  Monique le Mer 01 Juil 2020, 7:10 am

Eh! quoi donc, cette magicienne pouvait-elle évoquer Samuel? S'ils conviennent qu'elle le pouvait, ils avoueront par là même que l'iniquité est plus puissante que la justice ; si au contraire ils nient que cette femme ait pu évoquer une ombre, il faudra bien qu'ils demeurent convaincus que la résurrection du Seigneur Jésus-Christ n'a point été une évocation magique. C'est ainsi qu'ils se voient réduits à l'alternative, ou de s'avouer vaincus, ou de trouver leur condamnation dans leurs prétentions mêmes., Quant à l'explication du texte, la voici : Comment le démon d'une magicienne pouvait-il évoquer l'âme d'un saint prophète, qui, déjà transporté dans le sein d'Abraham, y jouissait du repos du paradis, puisque c'est une loi que toujours le plus faible soit vaincu par le plus fort ? Faut-il donc dire, comme plusieurs le croient, que Samuel a été rappelé à la vie ? Nullement.

Mais que penser alors de cette apparition ? De même qu'autour de ceux qui portent Dieu dans un cœur pur, les anges s'empressent pour les assister, de même les démons obéissent aux devins, aux enchanteurs, aux magiciens, et à tous ceux qui, sous prétexte de divination, vendent dans les campagnes écartées les prétendus secrets de leur fureur prophétique. Si donc l'Apôtre a dit que Satan se transformait en ange de lumière, il n'est pas étonnant que ses ministres aussi se transfigurent ; ainsi il est parlé d'un Antéchrist, c'est-à-dire faux Christ. L'âme de Samuel n'a donc point été évoquée ; mais les démons ont revêtu les traits du prophète, pour le montrer à cette femme et à Saül prévaricateur. C'est ce que fait voir la suite même du texte sacré. Samuel en effet dit à Saül : « Tu seras aujourd'hui avec moi ».

Comment un adorateur des dieux et des démons aurait-il pu se trouver réuni en un même lieu avec Samuel ? Et n'est-il pas évident pour tous que Samuel ne pouvait être avec les impies ? Si donc il n'a pas été possible d'évoquer l'âme d'un prophète, comment s'obstiner à croire qu'on ait, par des enchantements, évoqué du sépulcre le Seigneur Jésus, quand ses disciples affirment qu'ils l'ont vu monter au ciel, et souffrent avec joie la mort pour soutenir leur témoignage ? Mais si ces vérités n'ont point de prise sur vos âmes, allez demander aux prévaricateurs et adorateurs des démons de vous apprendre à devenir parfaits. » En finissant il leur commanda de sortir.


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Message  Monique le Jeu 02 Juil 2020, 6:25 am

Après tous ces longs discours, Polémon vint à la prison ; il était suivi de son escorte et de la foule : « Votre évêque, dit-il aux martyrs d'un ton rogue, a déjà sacrifié, et l'autorité vous ordonne de venir tout de suite au temple ». Pione dit « C'est l'usage que les accusés attendent dans la prison l'arrivée du proconsul. Comment osez-vous usurper la place d'un autre »? Reçus de la sorte, les magistrats s'en retournèrent, puis revinrent à la charge, et reprirent le chemin de la prison avec une suite plus considérable.

Un certain Hipparque essaya d'entortiller Pione : « Ceux qui viennent d'entrer, lui dit-il, t'apportent les ordres du proconsul qui a ordonné de vous diriger sur Éphèse sa résidence ». Pione répondit : « Dès que son représentant sera ici, nous sortirons aussitôt ».

Entra un officier de cavalerie : « Toi, dit-il, si tu refuses d'obéir, tu apprendras ce que vaut un officier de cavalerie ». Et tout en disant cela, il prit Pione à la gorge, si bien que le vieillard commençait d'étrangler. Alors il le jeta aux gens de police pour qu'on l'emmenât.

On emmena tout le monde sur la place publique. Sabine criait à tue-tête : « Je suis chrétienne » ; et comme font les gens récalcitrants, ils se couchèrent par terre, ce qui ne hâta ni ne facilita la marche. Il fallut six appariteurs pour porter Pione. Quand ils furent fatigués, les épaules démontées, prêts à lâcher prise, ils lui envoyèrent des coups de pied dans les côtes, afin de le décider à marcher de lui-même. Rien n'y fit ; il se faisait plus raide encore, il semblait que son corps se fit plus lourd des coups dont on le bourrait.


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Message  Monique le Ven 03 Juil 2020, 7:17 am

Voyant cela, les porteurs réclamèrent des renforts, car ils n'en pouvaient plus ; lui Pione était radieux ; enfin on le déposa devant l'autel, comme s'il eût été la victime ; l'évêque apostat (de Smyrne) y était déjà.

Les juges dirent: Pourquoi ne sacrifiez-vous pas ?

Parce que nous sommes chrétiens.

Quel Dieu adorez-vous ?

Pione : « Celui qui a fait le ciel, qui l'a embelli avec les astres, qui a affermi la terre et l'a ornée d'arbres et de fleurs ; qui a enclos les océans et posé les lents rivages.

C'est celui-là qui a été crucifié, dis-tu ?

Je dis que c'est celui que le Père a envoyé pour le salut du monde. »


Les juges se dirent entre eux : « Forçons les autres à renier le Christ, afin que Pione puisse entendre » mais il les interpella, rougissez, adorateurs des dieux, et obéissez à vos lois. Vous outrepassez vos pouvoirs. Vous avez mission non de contraindre, mais de tuer »

Un sophiste, appelé Rufin, orateur renommé, entra en scène : « Tais-toi, Pione. Pourquoi rechercher la futile gloire que donnent les vains discours ? L'histoire te l'apprendra, dit Pione, et tes livres te le diront. Socrate n'a-t-il pas reçu de la part des Athéniens le traitement que vous m'infligez? Socrate cependant et Aristide et Anaxagore n'étaient pas des crétins ; ils n'étaient pas faits pour la sottise militaire et pour la guerre plus que pour les lois ; ils étaient d'autant plus éloquents qu'ils professaient de plus belles doctrines. Ils ne mettaient dans leurs discours ni emphase ni vanité, lorsque, grâce à la philosophie, ils étaient parvenus à l'équilibre de leurs facultés. Ainsi, autant la modération dans les louanges personnelles est recommandable, autant la jactance est repoussante.. »


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Message  Monique le Sam 04 Juil 2020, 6:09 am

Rufin semblait foudroyé et, désormais, il se tint coi. Un personnage considérable de la ville cria : « Pas de phrases, Pione. Pas de tyrans, dit le vieux martyr ; entasse le bûcher, nous nous y mettrons. » Je ne sais qui cria : « C'est son ascendant et sa parole qui empêchent les autres de sacrifier ».

On voulut mettre sur la tête de Pione une de ces couronnes que portaient les apostats; il la mit en pièces et en jeta les morceaux devant l'autel. Le prêtre des dieux, ses fourchettes en mains, fit mine d'approcher avec des viandes, mais soudain il changea d'avis, n'osa aller plus avant et se mit à manger à lui seul ce qu'il avait apporté. « Nous sommes chrétiens », criaient les trois martyrs, et on les ramena en prison, entre une haie de peuple qui les souffletait. Quelqu'un dit à Sabine : « Tu ne pouvais donc pas mourir dans ton pays ? Mon pays ? fit-elle. Je suis la soeur de Pione ». Un entrepreneur de jeux, disait en désignant Asclépiade : « Quand tu seras condamné, je te réclamerai pour les combats de gladiateur ».

En passant le guichet de la prison, un homme de garde asséna un coup de poing sur la tête de Pione, mais avec tant de force que, du coup, la main et le côté enflèrent.

Une fois renfermés, les martyrs entonnèrent une hymne d'action de grâces au Seigneur pour leur persévérance dans la confession de son nom, de son Église et de sa foi.


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