L'Éducation en Temps de Persécution - 1909.

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Message  Roger Boivin le Mer 25 Mar 2020, 8:00 am


1o - Développement de la vie chrétienne
et des qualités naturelles.


Cette œuvre consistera, tout d'abord à faire que la vie chrétienne de nos enfants soit plus intense, plus forte, à leur donner plus de foi en Jésus-Christ, plus d'amour de Jésus-Christ, une volonté plus arrêtée d'imiter les exemples de Jésus-Christ. Et pour en arriver là, sans laisser de côté d'autres moyens dont nous disposons, tous utiles ou même nécessaires, nous nous attacherons particulièrement à rendre plus intéressants, plus vivants, plus documentés aussi, plus fournis d'arguments solides, nos cours d'instruction religieuse, à l'aide d'une préparation plus consciencieuse que jamais.

Avec le catéchisme, nous ferons étudier à nos enfants l'Évangile : le Christ du catéchisme et des formules théologiques, ils croiront en lui, et ce sera déjà beaucoup, mais le Christ de l'Évangile, celui du Sermon sur la montagne, de la résurrection de Lazare, de la Passion, c'est celui-là qu'ils aimeront, qu'ils aimeront ardemment, passionnément, jusqu'à se battre et à se faire tuer pour lui.

Aux cours d'instruction religieuse et à l'étude de l'Évangile, ajoutons, pour les plus sérieux et les meilleurs, la méditation. Ce sera surtout par la méditation quotidienne que peu à peu l'esprit chrétien pénètrera jusqu'à leur volonté, envahira tout leur être, jusqu'à n'y rien laisser qui échappe à l'influence de Jésus-Christ.


Notre œuvre consistera, en second lieu, à cultiver en nos enfants, à côté des vertus proprement chrétiennes, les qualités naturelles qui en sont les indispensables auxiliaires, et particulièrement celles que nous voyons être plus nécessaires au catholique français de nos jours ; l'amour du travail, le désir de se rendre utile, la générosité, l'activité et l'initiative, l'esprit pratique, l'énergie, le courage, l'indépendance du caractère dans le bien.

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Message  Roger Boivin le Jeu 26 Mar 2020, 7:29 am


2o - Éducation civique.


Et, comme les luttes que nos élèves auront à soutenir pour la défense de la religion se livreront très souvent sur le terrain politique, électoral, l’œuvre que nous avons à faire auprès d'eux consistera enfin à soigner beaucoup leur instruction civique, et aussi et surtout leur éducation civique, - à les libérer de ces instincts de sujets, héritage de plusieurs siècles de monarchie, qui trop facilement nous font prendre devant les fantaisies de nos représentants, de nos mandataires, nommés et payés par nous, les attitudes humbles de nos ancêtres devant le bon plaisir de Sa Majesté, - et enfin, en même temps que nous faisons de nos élèves des chrétiens et des hommes, et en faire des citoyens, passionnément épris de leur libertés, fièrement jaloux de leurs droits, des droits de leur conscience et de leur âme comme des autres, n'entendant pas qu'on y touche, sachant très bien quelles armes met entre leurs mains, pour les faire respecter, la constitution de leur pays, et en possédant à fond le maniement.

Il est aisé de voir que nous ferons beaucoup pour la cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ, si chaque année nous lui donnons quelques centaines de chrétiens qui soient aussi des citoyens, qui placent leur religion de chrétiens sous l'égide de leurs droits de citoyens, et qui disent à l'État athée, à l'État persécuteur :

« Vous ne connaissez pas la religion catholique, non plus du reste qu'aucune autre, et à vos yeux elle n'a aucun droit... Passons, du moins pour le moment...

« Mais vous me reconnaissez, moi un tel, citoyen français, et vous êtes bien forcé d'admettre que si ma religion n'a pas de droit, j'en ai, moi, quelques-uns, parmi lesquels celui de parler contre vous, d'écrire contre vous, de voter et de faire voter contre vous...

« Eh bien ! ma religion, je vous somme de la respecter, si ce n'est pour des raisons supérieures qui vous trouveraient indifférent, du moins parce que cette religion-là est la mienne, et j'exige que vous la laissiez en paix, ou sinon, moi, je vous déclare la guerre, et une guerre à mort. »

Et quand l'État se trouvera en face d'un nombre respectable de catholiques, tous stylés à lui tenir ce langage, tous résolus à lui en prouver la sincérité par des actes, la situation religieuse de la France ne tardera pas à s'améliorer.

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Message  Roger Boivin le Ven 27 Mar 2020, 7:23 am


Mais encore faut-il que nos enfants connaissent, avec leur droits civiques, l'obligation qui leur incombe d'en faire profiter leur religion.

Il faut qu'ils sachent bien, en d'autres termes, que voter ou s'abstenir, voter dans tel ou tel sens, alors surtout que les intérêts de Dieu et de l'Église sont en question, c'est, pour un chrétien, une affaire de conscience.

Notre enseignement religieux serait déplorablement incomplet s'il se taisait, si même il n'appuyait pas avec énergie sur une question d'une pareille gravité.

C'est sous l'empire de cette pensée que plusieurs de nos évêques, aux environs de 1891, voulurent introduire dans leurs catéchismes diocésains un chapitre sur les droits et les devoirs des électeurs envisagés du point de vue chrétien (1).

Le projet fut abandonné, mes lecteurs savent pourquoi. Ils se rappellent donc l'émoi, fait de peur et de colère, qu'il jeta dans la bande anticléricale, et, justement, ce souvenir les aide à comprendre combien serait avantageux à la cause religieuse un genre d'éducation qui déplaît si fort à nos ennemis.

Voilà ce que je pense, pour ma part, sur la question que posait le titre de ce travail : ce que doit être l'éducation chrétienne en un temps de persécution religieuse. Que valent mes solutions ? À chacun de les apprécier, de les rectifier, de les compléter par les siennes.

Mon travail n'eût-il servi qu'à formuler le problème, à lui valoir l'attention préoccupée des prêtres éducateurs, je ne regarderais pas comme perdu le temps que j'ai passé à écrire ces pages, - regrettant seulement d'en avoir tant pris à mes lecteurs.


_______


(1) Voici, à titre d'exemple, le chapitre électoral qui fut alors inséré dans le catéchisme diocésain de Maurienne :

« 1. Les élections des conseillers, des députés et des sénateurs sont-elles une affaire de conscience ?
« Sans aucun doute, et ce serait la plus étrange aberration de soutenir le contraire.

« 2. Comment ces élections sont-elles une affaire de conscience ?
« La conscience intervient dans tous les actes humains, même dans les plus indifférents en eux-mêmes, à plus forte raison dans ceux qui ont les plus graves conséquences.

« 3. Quelles sont les graves conséquences de ces élections ?
« L'ordre ou le désordre, le bien ou le mal, suivant que les élections sont bonnes ou mauvaises.

« 4. Faites voir quel rapport il y a entre les élections et les effets.
« L'ordre et le désordre, le bien et le mal dépendent des lois justes ou injustes et de la probité ou l'iniquité des employées.

« 5. Mais les électeurs ne font pas les lois et ne nomment pas les employés.
« C'est vrai, mais ils nomment ceux qui font les lois et ceux qui choisissent les employés, et ils mettent entre leur mains l'argent des contribuables, les places et les honneurs.

« 6. Sont-ils donc responsables du bien ou du mal que font ceux qu'ils ont élus ?
« Ils en sont absolument responsables, car qui veut et pose la cause veut les effets et en est responsable.

« 7. Les élections engagent donc très gravement la conscience des électeurs ?
« Elles l'engagent très gravement, puisqu'elles sont la source de l'ordre ou du désordre, de la paix ou de la persécution de l'Église.

« 8. Pour quels hommes les électeurs doivent-ils voter ?
« Ils doivent voter pour des hommes de probité, qui se serviront de leur mandat pour le bien commun, et non pour leurs intérêts particuliers ou ceux de leurs parents ou de leurs amis.

« 9. Donnez-nous quelques exemples de ces lois iniques.
« 1o Une loi qui favoriserait la débauche ; 2o Une loi qui affaiblirait l'autorité des parents sur leurs enfants ; 3o Une loi qui mettrait des obstacles à l'instruction et à l'éducation chrétienne des enfants ; 4o Une loi qui voudrait enchaîner le ministère de la parole de Dieu ; 5o Une loi qui dépouillerait l'Église de ses biens ; 6o Une loi qui empêcherait le recrutement du clergé, etc.

« 11. Comment peut-on reconnaître les candidats pour lesquels il est permis ou défendu de voter ?
« On peut les reconnaître à leurs ouvres et à leurs sentiments, et à l'esprit qui animent ceux qui les patronnent.

« 12. Et quand cette connaissance fait défaut à l'électeur, quel moyen doit-il prendre ?
« La prudence la plus élémentaire lui fait un devoir de consulter des hommes éclairés qu'il sait être amis de l'ordre et de la religion. »

(Petit et grand catéchisme du diocèse de Maurienne, imprimés par ordre de Mgr Michel Rosset, Évêché de Saint-Jean de Maurienne, 1891. Leçon 73e, pages 87 et suiv.) »


Tout récemment, l'idée de 1891 a été reprise par S. G. Mgr Delamaire, archevêque coadjuteur de Cambrai. Au catéchisme du diocèse de Cambrai, imprimé par permission de Mgr Delamaire (permission datée du 25 mars 1909, dans la Leçon XXI, Sur la vie chrétienne, se trouvent les questions suivantes :

« 13. Pourquoi un chrétien doit-il aimer sa patrie et être bon citoyen ?
« Parce que, dans la pensée du Sauveur, La Patrie est une grande famille dont tous les membres doivent s'aimer, se servir et se défendre les uns les autres, comme de véritables frères.

« 14. Quelles sont les principales obligations du citoyen chrétien ?
« Les principales obligations du citoyen chrétien sont : 1o De respecter les dépositaires de l'autorité ; 2o De contribuer aux charges de l'État ; 3o De remplir avec conscience le devoir électoral.

« 15. En quoi consiste le devoir électoral ?
« À élire pour représentants les hommes les plus probes, les plus chrétiens, s'il se peut, et les plus capables de procurer le bien général.

« 16. Est-ce un péché que de voter pour des hommes que l'on sait être malhonnêtes, impies ou antipatriotes ?
« Oui, c'est un péché, et même un péché grave, car, par cet acte, on assume la responsabilité de tout le mal que les élus pourront faire plus tard à la religion et à son pays.

« 17. Commet-on aussi une faute quand on s'abstient de voter ?
« Oui, on commet ordinairement une faute, car on peut être ainsi la cause du triomphe des hommes les plus dangereux et de leur arrivée au pouvoir. »

_______


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Message  Roger Boivin le Sam 28 Mar 2020, 7:24 am



L'ÉDUCATION CIVIQUE

DE LA

JEUNESSE CHRÉTIENNE(1)

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« Aux urnes, citoyens ! », s'écriait récemment M. l'abbé Coubé, dans sa conférence de Lille.

« Aux urnes, citoyens » écrivait « Cyr », ici même, le 26 janvier.

« Aux urnes, citoyens ! répètent bien souvent, depuis quelques années, orateurs et journalistes catholiques.

Et les citoyens, j'entends les citoyens catholiques, ceux justement que visent ces vibrants et pressants appels, font aisément la sourde oreille : « Cyr » affirme qu'en 1902, sur les 2,280,000 abstentionnistes qui assurèrent le succès du « bloc », beaucoup étaient des nôtres. Ou s'ils vont aux urnes, les citoyens catholiques, c'est souvent, bien souvent, pour y déposer des bulletins qui donnent le pouvoir aux ennemis de Dieu. En somme, il se trouve des citoyens catholiques, et en grand nombre, qui ne votent pas, et s'il s'en trouve aussi, en plus grand nombre peut être, qui votent mal.


Les uns ne votent pas : pourquoi ? Parce que, si d'ailleurs ils sont catholiques, ils ne sont pas ou ne sont suffisamment citoyens ; il n'ont pas conscience de la dignité que leur confère ce titre, du droit qu'il leur donne de dicter leurs volontés aux gouvernants, ou plutôt de gouverner eux-mêmes, en citoyens, au lieu de se laisser gouverner en bons et dociles sujets.

Les autres voient mal : pourquoi ? Parce que, si d'une part, ils font acte de citoyens, et si, d'autre part, ils sont des catholiques en tout le reste de leur vie, dans l'exercice de leurs droits de citoyens ils ne se font pas diriger par leur conscience de catholique.

La cause de ce double mal ? C'est, en grande partie, que les citoyens catholiques n'ont pas appris assez à fond, ni surtout d'assez bonne heure, dans la famille, à l'école, au catéchisme, leurs droits et leurs obligations.

Le remède ? Ce sera la bonne éducation civique, combinée avec leur éducation religieuse, des électeurs catholiques de demain.

Le plus sûr moyen d'inculquer à des hommes certaines idées, de leur inspirer certains sentiments, de les façonner à certaines manières de vivre, c'est de les prendre tout petits, c'est de s'adresser aux enfants. L'Église le sait bien, qui a toujours regardé comme son meilleur procédé d'apostolat l'instruction chrétienne de la jeunesse. Et ses ennemis le savent bien, qui, visant à déchristianiser le pays, ont commencé par déchristianiser l'école.

Si donc nous voulons assurer à la cause religieuse le triomphe ou du moins la paix, préparons-lui de bons électeurs, de vrais citoyens catholiques, par une sérieuse formation, civique et chrétienne à la fois, donnée à nos enfants.


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(1) La Croix, 16 février 1906.

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Message  Roger Boivin le Dim 29 Mar 2020, 7:11 am


Quand il y avait un Dauphin de France, dès l'éveil de sa raison son royal père et ses précepteurs lui disaient : « Vous serez roi, vous serez le Roi Très chrétien. Roi, vous devrez régner vous-même, ne jamais abandonner, même aux ministres choisis par vous, les rênes du gouvernement, à plus forte raison ne jamais abdiquer votre autorité entre les mains de favoris incapables ou corrompus, ni vous la laisser ravir par des ambitieux et des séditieux. Roi très chrétien, vous vous rappellerez que votre pouvoir vient de Dieu, et que vous devrez répondre devant Dieu de l'usage que vous en aurez fait. Vous gouvernerez selon la volonté de Dieu, en conformité avec ses lois de justice et de miséricorde. Vous serez le second père de son peuple, le bienfaiteur de ses pauvres, le protecteur de sa religion, l'auxiliaire de son Église. »

Or, aujourd'hui, le Dauphin de France, c'est n'importe quel petit Français, qu'il ait pour père un marquis ou un capitaliste, un bourgeois ou un loqueteux, qu'il arbore le large et beau col blanc ou le chiffon aux teintes douteuses. En vertu de la Constitution qui nous régit, et qu'on peut, certes, discuter, maudire si l'on veut, mais que l'on ne supprimera pas de sitôt, qu'on doit donc accepter ou du moins subir, et de laquelle, enfin, il faut tirer, en vue du bien, tout le parti possible, chacun de ces marmots aura sa part de la souveraineté concentrée jadis aux mains d'un seul, chacun d'eux sera le Roi, et, s'il est resté fidèle aux serments du Baptême, il sera le Roi Très chrétien.

Disons donc à chacun d'eux, quand il aura l'âge de nous comprendre : « Mon enfant, tu seras citoyen. A d'autres époques, tu aurais été sujet, et tu aurais eu le devoir d'obéir. Citoyen d'une République, tu pourras, si tes talents et tes services te valent la confiance de tes concitoyens, prétendre à la possession et à l'exercice, même personnel, du pouvoir. Dans tous les cas, et devrais-tu rester au dernier rang, tu sera encore investi d'une autorité : il t'appartiendra de déléguer qui tu voudras à la direction des affaires de ta commune, de ton département, de la nation. Et les mandataires resteront sous ta main, astreints à te rendre leurs comptes, tenus à faire cas de tes observations. Qu'ils s'y refusent, et alors la Constitution de ton pays mettra à ta disposition bien des moyens de les forcer à t'obéir, ou de les révoquer et de les remplacer par d'autres. Tu auras les campagnes d'opinion, la presse, les réunions publiques, et enfin la carte d'électeur. Bref, à 21 ans, tu recevras une part de la souveraineté nationale. Accepte-la fièrement, garde-la et exerce-la jalousement. N'oublie jamais que tu n'es pas un sujet, encore une fois, mais un citoyen ; songe que vis-à-vis de ceux qui, momentanément, te gouvernent, tu n'as pas seulement des devoirs, mais aussi des droits, et que, pour faire respecter tes droits, les lois te mettent à la main des armes, une en particulier : le bulletin de vote. C'est une bonne épée, je te le dis, et fera de bonne besogne, si les jours de bataille électorale tu n'as pas - et tu ne l'auras pas - la lâcheté de la laisser au fourreau. »

Et nous ajouterons : « Tu sera un citoyen chrétien. Ta part de pouvoir, tu penseras que tu la tiens de Dieu, en qui tout pouvoir a sa source. Tu n'en useras donc jamais contre les droits, les intérêts, les volontés de Dieu. Tu la fera servir à l'extension et à l'affermissement du règne de Dieu dans ta patrie. Au moment de rédiger ton bulletin de vote, comme en tous les moments graves de ta vie, tu consulteras ta conscience de chrétien, et tu ne donneras ta voix, tu ne délègueras tes pouvoirs souverains, qu'à des chrétiens comme toi, ou du moins à d'honnêtes gens, respectueux de tes croyances et de tes libertés religieuses. »

Voilà comment il faut instruire nos enfants, au foyer d'abord, puis dans nos écoles libres, dans nos collèges catholiques, et encore et surtout dans nos catéchismes paroissiaux.  « Le catéchiste, écrivait en 1889 le P. de Scorraille, a besoin d'initier son jeune auditoire à la connaissance de ces graves obligations comme de toutes les autres qui l'attendent dans la vie, et si à l'école on parle du suffrage et du vote aux enfants dont on prétend faire de bons citoyens, il n,est pas moins permis, pas moins nécessaire, de leur en parler à l'Église où il s'agit d'en faire de bons chrétiens (1). »

Et après que, pendant quelques années, patiemment, obstinément, nous aurons ainsi travaillé à former plusieurs générations de citoyens catholiques, vraiment citoyens, grâce â une solide éducation civique, et. de plus, par un enseignement  religieux complet sur ce point capital, dressés à s'inspirer de leurs principes de catholiques jusque dans l'exercice de leurs droits de citoyens, alors, la veille des luttes électorales, nos orateurs, nos journalistes et nos chefs pourront crier à nos troupes avec un espoir plus fondé d'être enfin compris et suivis :

« Aux urnes, citoyens !

______


(1) Etudes Religieuses, août 1889, page 582.


________


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Message  Roger Boivin le Lun 30 Mar 2020, 7:21 am



L'ÉVANGILE(1)

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« Je suppose que vous lisez, chaque jour, quelques passages de votre Évangile, n'est-il pas vrai, mon cher petit ? »

Le cher petit, - un nouveau, - la mine ébahie, les yeux ronds, me répondit : « Mais, Père, je ne connais pas... Quel est ce bouquin ? ( Il prononçait : bouquéin, avec l'accent de notre doux Midi... vous savez, celui de Tartarin dans la jolie scène avec le Préince...)

Il avait reçu dans sa famille, fort pieuse, un commencement d'éducation religieuse extrêmement soigné. Entré au collège il n'y avait pas huit jours, il s'annonçait déjà comme un de nos élèves les plus édifiants. D'une ferveur de chérubin, il communiait trois fois la semaine. Son bureau était bondé d'excellents petits livres spirituels, cadeaux de première communion de sa grand'mère et de ses tantes...

Quant à l'Évangile, il n'avait pas ce bouquin... Il n'avait pas, il ne lisait pas, il ne connaissait pas l'Évangile...

Autrefois, pas un chrétien sachant lire dans un livre, à qui l'Évangile ne fût, de très bonne heure, le livre le plus familier. En vertu de causes que je n'ai pas à vous expliquer ici, mes enfants, cette tradition s'est perdue. Aujourd'hui, les meilleurs chrétiens y reviennent. Vous serez, vous êtes déjà de ceux-là, n'est-ce pas ?

L'Évangile, mes enfants, c'est le livre où fut enregistrée, par ceux qui l'avaient entendue, et telle elle était sortie de ses lèvres divines, la grande et si douce parole de Jésus. Ces enseignements du Maître de qui vos maîtres ne sont que les organes, sans doute on vous les transmet dans les pieuses instructions que vous recevez à la chapelle, en classe, partout, Néanmoins, il vous sera bon d'aller quelques fois les puiser à même la source. Vos professeurs de littérature vous donnent ce conseil : « Si vous voulez tout à fait bien connaître et tout à fait bien comprendre les maîtres de la pensée humaine et de la langue française, Bossuet et Pascal, et Racine et Corneille, ne vous contentez pas des analyses et des citations que nous vous en donnons dans nos cours ;  prenez contacte avec l'auteur, étudiez directement son œuvre. » Principe excellent. Appliquez-le mes enfants, à l’œuvre, à la parole, aux enseignements de Jésus-Christ.

L'Évangile, c'est le livre où fut racontée l'existence de Jésus par ceux qui en furent les témoins, où fut dépeinte, par ceux qui la virent de près en trois ans passés dans le commerce continuel de l'Homme-Dieu, la sublime, l'aimable, la passionnante figure de Jésus. Sans doute, et les Histoires Saintes et les Vies de Notre Seigneur s'efforcent de reproduire ce portrait primitif. Mais le sens le plus rudimentaire des choses artistiques suffit à nous avertir que la meilleure copie d'un Raphaël ne saurait valoir un Raphaël.

Je vous disais il y a un mois : pour être un bon et vrai chrétien, il faut connaître non seulement la doctrine, mais la vie et la personne de Jésus-Christ. Aujourd'hui je vous dis : pour connaître la doctrine de Jésus-Christ, la vie et la personne de Jésus-Christ, lisez l'Évangile.

Un Docteur de l'Église, saint Jérôme, rédigeant pour une mère un programme de l'éducation chrétienne à donner à sa fille, encore tout enfant, y a fait entrer cet article : « Mettez-la à la lecture de l'Évangile, et que ce livre ne sorte jamais de ses mains ». Si nous tenons à le voir entre les vôtres, mes enfants, nous avons, vous le voyez, non seulement nos raisons, mais aussi nos autorités.

Les livres profanes dont les nécessités de votre formation intellectuelle, aggravées par les exigences des programmes universitaires, nous obligent à encombrer vos pupitres et vos cerveaux, feront de vous des hommes instruits, peut-être des savants remarquables. Celui-la fera de vous des chrétiens et peut-être des saints.

Même parmi vous livres de piété, vous n'en trouverez pas de plus pieux, de plus propres à vous infuser, dans toute sa pureté et son intégrité, l'esprit de votre religion.

Ni parmi les uns, ni parmi les autres vous n'en trouverez de plus beau. Un homme qui se connaissait en beauté, Lacordaire, préférait ce livre, sous ce rapport, au livre même de la nature. En un voyage à travers une des plus ravissantes contrées de la France, son compagnon s'exclamait ; Lacordaire lui dit : « Oui, c'est bien beau, mais une page de l'Évangile est plus belle que tout cela. »

Surtout vous n'en trouverez pas de plus doux, de plus consolant, de plus réconfortant ; c'est celui là dont la lecture habituelle vous aidera, un jour, à supporter les douleurs que la vie vous réserve. Le colonel Paqueron, âgé, malade, malheureux, écrivait à un ami : « Chaque soir, ma dure journée achevée, je lis deux chapitres de l'Évangile, et je m'endors dans mes souvenirs de Nazareth et du Calvaire, sans avoir trouvé trop lourd le fardeau de ma pauvre vie. »


_____


(1) Bulletin mensuel de l'Ecole libre de L'Immaculée-Conception (Caousou) de Toulouse, décembre 1897.


________

FIN


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