MÉDITATIONS POUR CHAQUE JOUR DE CARÊME par ST. THOMAS D'AQUIN, O.P. (anglais/français)

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Message  Monique le Mer 26 Fév 2020, 9:22 am

MÉDITATIONS POUR CHAQUE JOUR DE CARÊME

par ST. THOMAS D'AQUIN, O.P.



Mercredi des Cendres: la mort

Par un seul homme sans être entré dans ce monde et par la mort par le péché .-- Rom. v. 12.


1. Si, pour un acte répréhensible, un homme est privé d'un avantage une fois qu'il lui a été accordé, le fait de ne pas en bénéficier est la punition de son péché.

Or, dans la première création de l'homme, il était divinement doté de cet avantage que, tant que son esprit restait soumis à Dieu, les pouvoirs inférieurs de son âme étaient soumis à la raison et le corps était soumis à l'âme.

Mais parce que l'esprit du péché s'est éloigné de sa soumission à Dieu, il s'ensuit que les parties inférieures de son esprit ont cessé d'être entièrement soumises à la raison. Il en résulta une telle rébellion de l'inclinaison corporelle contre la raison, que le corps n'était plus entièrement soumis à l'âme.

D'où la mort et tous les défauts corporels. Car la vie et la totalité du corps sont liées à cela, que le corps est entièrement soumis à l'âme, comme une chose qui peut être rendue parfaite est soumise à ce qui la rend parfaite. Il en résulte que, inversement, il y a des choses comme la mort, la maladie et tout autre défaut corporel, car de tels malheurs sont liés à une soumission incomplète du corps à l'âme.


2. L'âme rationnelle est de sa nature immortelle, et donc la mort n'est pas naturelle à l'homme dans la mesure où l'homme a une âme. Elle est naturelle à son corps, car le corps, puisqu'il est formé de choses contraires les unes aux autres dans la nature, est nécessairement sujet à la corruption, et c'est à cet égard que la mort est naturelle à l'homme.

Mais Dieu qui a façonné l'homme est tout puissant. Et par conséquent, par un avantage conféré au premier homme, il a enlevé cette nécessité de mourir qui était liée à la matière dont l'homme a été fait. Cet avantage a cependant été retiré par le péché de nos premiers parents.

La mort est alors naturelle, si l'on considère la matière dont l'homme est fait et c'est une peine, dans la mesure où elle survient par la perte du privilège par lequel l'homme a été préservé de la mort.


3. Le péché - le péché originel et le péché réel - est enlevé par le Christ, c'est-à-dire par Celui qui est aussi le dissolvant de tous les défauts corporels. Il vivifiera aussi vos corps mortels, à cause de son Esprit qui habite en vous (Rom. Viii. II).

Mais, selon l'ordre fixé par une sagesse divine, c'est au moment qui convient le mieux que le Christ enlève l'un et l'autre, c'est-à-dire le péché et les défauts corporels.

Maintenant, il est juste qu'avant d'arriver à cette gloire d'impassibilité et d'immortalité qui a commencé en le Christ et qui a été acquise pour nous par le Christ, nous devons être façonnés selon le modèle des souffrances du Christ. Il est donc tout à fait normal que la responsabilité du Christ de souffrir demeure en nous aussi pendant un certain temps, comme moyen de parvenir à l'impassibilité de la gloire dans la manière dont il y est venu lui-même.


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Message  Monique le Ven 28 Fév 2020, 7:46 am

Jeudi : Jeûne


1. Nous jeûnons pour trois raisons.

(i) Pour vérifier les désirs de la chair. C'est ce que dit Saint Paul dans les jeûnes, dans la chasteté (2 Cor. vi. 5), ce qui signifie que le jeûne est une sauvegarde de la chasteté. Comme le dit saint Jérôme, "Sans Cérès et Bacchus, Vénus gèlerait", autant dire que la luxure perd sa chaleur par la rareté de la nourriture et de la boisson.

(ii) Pour que l'esprit puisse s'élever plus librement vers la contemplation des hauteurs. Nous lisons dans le livre de Daniel que c'est après un jeûne de trois semaines qu'il a reçu la révélation de Dieu (Dan. x. 2-4).

(iii) Pour donner satisfaction pour le péché. C'est la raison donnée par le prophète Joël, Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les pleurs et le deuil (Joël ii. 12). Et voici ce que saint Augustin écrit à ce sujet. "Le jeûne purifie l'âme. Il élève l'esprit, et il soumet le corps à l'esprit. Il rend le coeur contrit et humble, disperse les nuages du désir, éteint les flammes de la luxure et la vraie lumière de la chasteté".


2. Un commandement nous impose de jeûner. Car le jeûne aide à détruire le péché, et à élever l'esprit à des pensées du monde spirituel. Chaque homme est donc tenu, par la loi naturelle de la matière, de jeûner autant qu'il est nécessaire pour l'aider dans ces domaines. C'est-à-dire que le jeûne en général est une question de loi naturelle. Mais déterminer quand et comment on doit jeûner, selon ce qui convient et est utile au corps catholique, relève du droit positif. L'énoncé du droit positif est l'affaire des évêques, et ce qui est ainsi énoncé par eux est appelé jeûne ecclésiastique, en contradiction avec le jeûne naturel précédemment mentionné.


3. Les temps fixés pour le jeûne par l'Église sont bien choisis. Le jeûne a deux objets en vue :

(i) La destruction du péché, et

(ii) l'élévation de l'esprit vers des choses plus élevées.


Les temps qui s'imposent pour le jeûne sont donc ceux où les hommes sont particulièrement tenus de se libérer du péché et d'élever leur esprit vers Dieu dans la dévotion. Un tel temps est particulièrement celui qui précède la solennité de Pâques où le baptême est administré et le péché ainsi détruit, et où l'on se souvient de l'enterrement de Notre-Seigneur, car nous sommes enterrés avec le Christ par le baptême dans la mort (Rom. vi. 4). C'est aussi et surtout à Pâques que l'esprit des hommes doit s'élever, par la dévotion à la gloire de cette éternité que le Christ, dans sa résurrection, a inaugurée.


C'est pourquoi l'Église a décrété qu'immédiatement avant la solennité de Pâques, nous devons jeûner, et, pour une raison similaire, que nous devons jeûner les veilles des principales fêtes, en mettant à part ces jours comme étant opportuns pour nous préparer à la pieuse célébration des fêtes elles-mêmes.
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Message  Monique le Dim 01 Mar 2020, 9:40 am

Vendredi : La couronne d'épines


Sortez, filles de Sion, et voyez le roi Salomon dans le diadème avec lequel sa mère l'a couronné au jour de ses épouses, et au jour de la joie de son cœur.--Cant. iii. n.


C'est la voix de l'Église qui invite les âmes des fidèles à contempler la merveilleuse beauté de son époux. Car les filles de Sion, qui sont-elles sinon les filles de Jérusalem, âmes saintes, citoyennes de la ville d'en haut, qui jouissent avec les anges de la paix qui ne connaît pas de fin, et qui, par conséquent, regardent la gloire du Seigneur ?


1. Partez, secouez le commerce inquiétant de ce monde afin que, l'esprit libéré, vous puissiez contempler celui que vous aimez. Et voyez le roi Salomon, le vrai pacificateur, c'est-à-dire le Christ Notre-Seigneur.


Dans le diadème où sa mère l'a couronné, comme si l'Église disait : "Voyez le Christ vêtu de chair pour nous, la chair qu'il a prise de la chair de sa mère". Car c'est Sa chair que l'on appelle ici un diadème, la chair que le Christ a assumée pour nous, la chair dans laquelle Il est mort et a détruit le règne de la mort, la chair dans laquelle, ressuscitant à nouveau, Il nous a apporté l'espérance de la résurrection.


C'est le diadème dont parle saint Paul, Nous voyons Jésus pour la souffrance de la mort couronné de gloire et d'honneur (Héb. ii. 9). On parle de sa mère pour le couronner parce que c'est la Vierge Marie qui, de sa propre chair, lui a donné la chair.  


Au jour de ses épouses, c'est-à-dire à l'heure de son Incarnation, quand il a pris pour Lui l'Église sans tache ni ride (Eph. v. 27), l'heure encore où Dieu s'est uni à l'homme. Et au jour de la joie de son cœur. Car la joie et la gaieté du Christ sont pour le genre humain le salut et la rédemption. Et en rentrant à la maison, il convoque ses amis et ses voisins en leur disant : "Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue" (Luc xv. 6).


2. Nous pouvons cependant renvoyer l'ensemble de ce texte simplement et littéralement à la Passion du Christ. Car Salomon, prévoyant à travers les siècles la Passion du Christ, prononçait un avertissement pour les filles de Sion, c'est-à-dire pour le peuple juif.


Allez voir le roi Salomon, c'est-à-dire le Christ, dans son diadème, c'est-à-dire la couronne d'épines dont sa mère la Synagogue l'a couronné ; au jour de ses épouses, le jour où il a uni à lui l'Église ; et au jour de la joie de son cœur, le jour où il s'est réjoui de ce que par sa Passion il délivrait le monde du pouvoir du diable. Partez donc, et laissez derrière vous les ténèbres de l'incrédulité, et voyez, comprenez de votre esprit que Celui qui souffre en tant qu'homme est vraiment Dieu.


Allez au-delà des portes de votre ville, afin de Le voir, sur le Mont Calvaire, crucifié.
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Message  Monique le Dim 01 Mar 2020, 10:04 am

Samedi : Le grain de blé

À moins que le grain de blé qui tombe en terre ne meure, il reste seul.-- Jean xii. 24.


1. Nous utilisons le grain de blé de deux façons, pour le pain et pour la semence. Ici, le mot doit être pris dans le second sens, le grain de blé signifiant la semence et non la matière dont nous faisons le pain. Car dans ce sens, il n'augmente jamais pour porter du fruit. Quand on dit que le grain doit mourir, cela ne signifie pas qu'il perd sa valeur de semence, mais qu'il se transforme en une autre sorte de chose. C'est ainsi que saint Paul (i Cor. xv. 36) dit : Ce que tu sèmes ensuite n'est pas vivifié, si ce n'est qu'il meurt d'abord.


La Parole de Dieu est une semence dans l'âme de l'homme, dans la mesure où elle est une chose introduite dans l'âme de l'homme, par des paroles dites et entendues, afin de produire le fruit de bonnes œuvres, La semence est la Parole de Dieu (Luc viii. II).  


De même, la Parole de Dieu revêtue de chair est une graine placée dans le monde, une graine à partir de laquelle de grandes récoltes devraient pousser, d'où elle est comparée dans l'évangile de Saint Matthieu (xiii. 31, 32) à un grain de graine de moutarde.


Notre-Seigneur nous dit donc: "Je suis venu comme semence, quelque chose destiné à porter du fruit et donc je vous dis, à moins que le grain de blé tombant dans le sol ne meure, lui-même reste seul", ce qui revient à dire: "à moins que Je meurs, le fruit de la conversion des Gentils ne suivra pas. " Il se compare à un grain de blé, parce qu'il est venu pour nourrir et soutenir l'esprit des hommes, et pour nourrir et soutenir sont précisément ce que fait le pain de froment pour les hommes. Dans les Psaumes, il est écrit que le pain peut fortifier le cœur de l'homme (Ps. Ciii. 15), et à Saint-Jean, le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde (Jean vi. 52).


2. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits (Jean xii. 25). Ce qui est expliqué ici, c'est l'utilité de la Passion. C'est comme si l'Évangile disait: à moins que le grain ne tombe dans la terre à travers les humiliations de la Passion, aucun résultat utile ne suivra, car le grain lui-même reste seul. Mais s'il meurt, tué par les Juifs, il porte beaucoup de fruits, par exemple:


(i) La rémission du péché. C'est le fruit entier, que le péché devrait ainsi être enlevé (Isaias xxvii. 9). Et c'est le fruit de la Passion du Christ comme le déclare saint Pierre, le Christ est mort une fois pour nos péchés, le juste pour les injustes qu'il pourrait nous offrir à Dieu (i Pierre III. 18).


(ii) La conversion des Gentils à Dieu. Je vous ai désignés pour que vous sortiez et produisiez du fruit et que votre fruit demeure (Jean XV. 16). Ce fruit que la Passion du Christ a porté, si je suis élevé de la terre, j'attirerai toutes choses à moi (Jean XI, 32).


(iii) Le fruit de la gloire. Le fruit de bons travaux est glorieux (Wis. Iii. 15). Et ce fruit a aussi produit la Passion du Christ; Nous avons donc confiance en l'entrée dans les Saints par le sang du Christ: une voie nouvelle et vivante qu'Il nous a consacrée à travers le voile, c'est-à-dire sa chair (Hébr. X. 19).
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Message  Monique le Mer 04 Mar 2020, 8:33 am

Première semaine du dimanche de carême


Il était juste que le Christ soit tenté

Jésus a été conduit par l'esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Matt. iv. i.


Le Christ a voulu être tenté :

1.  Pour qu'il nous aide à résister à nos propres tentations.  Saint Grégoire dit : "Que notre Rédempteur, qui était venu sur la terre pour être tuée, si la volonté d'être tenté n'était pas indigne de Lui. Il n'était en effet que juste qu'il surmonte nos tentations par les siennes, de la même façon qu'il était venu pour surmonter notre mort par sa mort".


2. Pour nous avertir qu'aucun homme, aussi saint soit-il, ne doit se croire à l'abri et libre de toute tentation.  D'où son choix d'être tenté après son baptême, dont St Hilaire dit : "Les ruses du diable visent surtout à nous piéger dans les moments où nous avons été récemment rendus saints, car le diable ne désire pas tant une victoire qu'une victoire sur le monde de la grâce". C'est pourquoi l'Écriture nous avertit, mon fils, que lorsque tu te mets au service de Dieu, tiens-toi debout dans la justice et dans la crainte, et prépare ton âme à la tentation (Ecclus. ii. i).


3. Pour nous donner un exemple de la façon dont nous devons surmonter les tentations du diable,  Saint Augustin dit : "Le Christ s'est donné au diable pour être tenté, afin que, pour surmonter ces mêmes tentations, il puisse nous aider non seulement par son aide mais aussi par son exemple".


4. Pour remplir et saturer nos esprits de confiance en sa miséricorde.  Car nous n'avons pas un grand prêtre qui ne puisse avoir de compassion pour nos infirmités, mais un tentateur en toutes choses, comme nous le sommes, sans péché (Héb. iv. 15).


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Message  Monique le Mer 04 Mar 2020, 8:50 am

Lundi après le premier dimanche de carême

Le Christ a dû être tenté dans le désert

Il est resté dans le désert quarante jours et quarante nuits, et il a été tenté par Satan. Marc i. 13.

1. C'est par la volonté du Christ qu'il a été exposé à la tentation du diable, comme c'est aussi par sa propre volonté qu'il a été exposé à être tué par les membres du diable. S'il n'avait pas voulu, le diable n'aurait jamais osé s'approcher de lui.

Le diable est toujours plus disposé à attaquer ceux qui sont seuls, car, comme il est dit dans l'Écriture Sainte, si un homme l'emporte sur un, deux lui résistent facilement (Eccles. iv. 12). C'est pourquoi le Christ est allé au désert, comme on va sur un champ de bataille, pour y être tenté par le diable. C'est pourquoi saint Ambroise dit que le Christ est allé dans le désert dans le but exprès de provoquer le diable. Car si le diable n'avait pas combattu, le Christ ne l'aurait jamais vaincu pour moi.

Saint Ambroise donne aussi d'autres raisons. Il dit que le Christ a choisi le désert comme lieu de tentation pour une raison cachée, à savoir qu'il voulait libérer de son exil Adam qui, du Paradis, a été chassé dans le désert ; et encore qu'il l'a fait pour une raison qui n'a rien de mystérieux, à savoir pour nous montrer que le diable envie ceux qui tendent vers une vie meilleure.


2. Nous disons avec saint Chrysostome que le Christ s'est exposé à la tentation car le diable tente surtout ceux qu'il voit seuls. Ainsi, au tout début des choses, il a tenté la femme, quand il l'a trouvée loin de son mari. Il n'en découle cependant pas qu'un homme doive se jeter dans n'importe quelle occasion de tentation qui se présente.

Les tentations sont de deux sortes. La première résulte de l'action de l'homme lui-même, lorsque, par exemple, l'homme s'approche du péché et n'évite pas l'occasion du péché. Nous savons que de telles occasions doivent être évitées, et la Sainte Écriture nous le rappelle. Ne restez pas dans les environs de Sodome (Gen. xix. 17). Le second type d'occasion provient de l'envie constante du diable envers ceux qui tendent vers de meilleures choses, comme le dit saint Ambroise, et cette occasion de tentation n'est pas une de celles que nous devons éviter. Ainsi, selon saint Jean Chrysostome, non seulement le Christ a été conduit dans le désert par le Saint-Esprit, mais tous les enfants de Dieu qui possèdent le Saint-Esprit sont conduits de la même manière. Car les enfants de Dieu ne se contentent jamais de rester assis avec des mains oisives, mais le Saint-Esprit les pousse toujours à entreprendre pour Dieu une grande œuvre. Et cela, en ce qui concerne le diable, c'est d'aller dans le désert, car dans le désert il n'y a rien de cette méchanceté qui fait les délices du diable. Toute bonne œuvre est pour ainsi dire un désert aux yeux du monde et de notre chair, car les bonnes œuvres sont contraires au désir du monde et de notre chair.

Donner au diable une telle occasion de tentation n'est pas dangereux, car c'est bien plus l'inspiration du Saint-Esprit, qui est le promoteur de toute œuvre parfaite, qui nous incite que l'œuvre du diable qui les déteste toutes.
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Message  Monique le Mer 04 Mar 2020, 9:02 am

Mardi après le premier dimanche de carême

Le Christ a subi toutes sortes de souffrances

"Toute sorte de souffrance". Les choses que les hommes souffrent peuvent être comprises de deux façons. Par "genre", on peut entendre une souffrance particulière, individuelle, et dans ce sens, il n'y a aucune raison pour que le Christ souffre de toutes sortes de souffrances, car de nombreuses souffrances sont contraires les unes aux autres, comme par exemple, être brûlé et être noyé. Nous parlons bien sûr de Notre-Seigneur comme d'une souffrance de causes extérieures à lui-même, car souffrir la souffrance de causes intérieures, comme la maladie corporelle, ne serait pas devenue Lui. Mais si par "genre" nous entendons la classe, alors Notre-Seigneur a souffert de toutes sortes de souffrances, comme nous pouvons le montrer de trois façons :

1. En considérant les hommes par lesquels Il a souffert. Car Il a souffert quelque chose aux mains des païens et des juifs, des hommes et même des femmes, comme le montre l'histoire de la servante qui accusait Saint Pierre. Il a souffert, de nouveau, aux mains des gouvernants, de leurs ministres et du peuple, comme on l'a prophétisé : Pourquoi les païens ont-ils fait rage et le peuple a-t-il conçu des choses vaines ? Les rois de la terre se levèrent, et les princes se réunirent contre le Seigneur et contre son Christ (Ps. ii. i, 2).

Il souffrit aussi de ses amis, les hommes qu'il connaissait le mieux, car Pierre le renia et Judas le trahit.


2. Si l'on considère les choses par lesquelles la souffrance est possible. Le Christ a souffert dans les amis qui l'ont abandonné, et en son nom par les blasphèmes proférés contre lui. Il a souffert dans le respect, dans la gloire, qui lui est dû par la dérision et le mépris qui lui ont été accordés. Il a souffert dans les choses, car il a été dépouillé même de ses vêtements ; dans son âme, par la tristesse, la fatigue et la peur ; dans son corps, par les blessures et la flagellation.


3. Si l'on considère ce qu'il a subi dans ses différentes parties. Sa tête a souffert de la couronne d'épines perçantes, ses mains et ses pieds des clous qui les traversaient, son visage des coups et des crachats souillés, et tout son corps de la flagellation.

Il a souffert dans tous les sens de son corps. Le toucher était affligé par la flagellation et les clous, le goût par le vinaigre et le fiel, l'odeur par la puanteur des cadavres alors qu'il était pendu sur la croix dans ce lieu des morts qu'on appelle le Calvaire. Son ouïe était déchirée par les voix des moqueurs et des blasphémateurs, et il voyait les larmes de sa mère et du disciple qu'il aimait. Si l'on ne considère que la quantité de souffrances nécessaires, il est vrai qu'une seule souffrance, la moindre de toutes, aurait suffi pour racheter la race humaine de tous ses péchés. Mais si nous examinons l'aptitude de la chose, il fallait que le Christ souffre dans toutes sortes de souffrances.


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Message  Monique le Mer 04 Mar 2020, 10:21 am

Mercredi après le premier dimanche de carême

Quelle a été l'ampleur de la douleur de Notre-Seigneur dans sa passion ?

Assistez et voyez s'il y a un chagrin comme le mien. Lam. i. 12.


Notre-Seigneur, dans sa souffrance, a vraiment ressenti, et dans ses sens, cette douleur qui est causée par quelque chose de corporel nuisible.Il ressentait aussi cette douleur intérieure qui est causée par la peur de quelque chose de nocif et que nous appelons tristesse.  À ces deux égards, la douleur subie par Notre-Seigneur a été la plus grande douleur possible dans la vie actuelle. Il y a quatre raisons pour lesquelles il en a été ainsi.


1. Les causes de la douleur.

La cause de la douleur dans les sens était la rupture du corps, une douleur dont l'amertume provenait en partie du fait que les souffrances attaquaient chaque partie de Son corps, et en partie du fait que de toutes les espèces de torture, la mort par crucifixion est sans doute la plus amère. Les ongles sont enfoncés dans les endroits les plus sensibles, les mains et les pieds, le poids du corps lui-même augmente la douleur à chaque instant. Ajoutez à cela la longue agonie, car les crucifiés ne meurent pas immédiatement comme ceux qui sont décapités.


La cause de la douleur interne était :

(i) Tous les péchés de l'humanité pour lesquels, en souffrant, Il faisait satisfaction, de sorte que, dans un sens, Il les prenait à Lui comme s'ils étaient les Siens. Les paroles de mes péchés, dit-il dans les Psaumes (Ps. xxi. 2).

(ii) Le cas particulier des Juifs et des autres personnes qui ont eu part au péché de Sa mort, et surtout le cas de Ses disciples pour qui Sa mort a été une chose dont il faut avoir honte.

(iii) La perte de sa vie corporelle, qui, par la nature des choses, est une chose dont la nature humaine se détourne avec horreur.


2. Nous pouvons considérer la grandeur de la douleur en fonction de la capacité, corporelle et spirituelle, de souffrance de Celui qui a souffert. Dans son corps, il était admirablement formé, car il était formé par l'opération miraculeuse du Saint-Esprit, et donc son sens du toucher, ce sens à travers lequel nous ressentons la douleur, était des plus aigus. De même, son âme, de par ses pouvoirs intérieurs, avait une connaissance comme par expérience de toutes les causes de la douleur.


3.La grandeur de la souffrance de Notre-Seigneur peut être considérée à cet égard comme le fait que la douleur et la tristesse étaient sans aucun apaisement. En effet, quelle que soit la personne qui souffre, la tristesse de l'esprit, et même la douleur corporelle, sont atténuées par un certain type de raisonnement, par lequel la douleur est détournée des puissances supérieures vers les puissances inférieures. Mais lorsque Notre-Seigneur a souffert, cela ne s'est pas produit, car il a permis à chacune de ses puissances d'agir et de souffrir dans la plénitude de sa capacité spéciale.


4. Nous pouvons considérer la grandeur de la souffrance du Christ dans la Passion par rapport au fait que la Passion et la douleur qu'elle a apportée avec elle ont été délibérément entreprises par le Christ dans le but de libérer l'homme du péché. Il s'est donc engagé à souffrir une quantité de douleur proportionnellement égale à l'étendue du fruit qui devait découler de la Passion.

De toutes ces causes, si nous les considérons ensemble, il sera évident que la douleur subie par le Christ a été la plus grande douleur jamais subie.


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Message  Monique le Dim 08 Mar 2020, 9:53 am

Jeudi après le premier dimanche

Il était opportun que le Christ soit crucifié avec les voleurs


Le Christ a été crucifié entre les voleurs parce que telle était la volonté des Juifs, et aussi parce que cela faisait partie du dessein de Dieu. Mais les raisons pour lesquelles il a été nommé n'étaient pas les mêmes dans chacun de ces cas.


1. En ce qui concerne les Juifs, Notre-Seigneur a été crucifié avec les voleurs de chaque côté pour encourager le soupçon que lui aussi était un criminel. Mais il est tombé autrement. Les voleurs eux-mêmes n'ont laissé aucune trace dans le souvenir de l'homme, alors que sa croix est partout tenue en honneur. Les rois qui ont mis de côté leurs couronnes ont brodé la croix sur leurs robes royales. Ils l'ont placée sur leurs couronnes, sur leurs bras. Elle a sa place sur les autels mêmes. Partout, dans le monde entier, nous contemplons la splendeur de la croix.

Dans le plan de Dieu, le Christ a été crucifié avec les voleurs afin que, pour notre salut, il soit crucifié comme une chose mauvaise parmi les choses mauvaises.


2. Le pape saint Léon le Grand dit que les voleurs ont été crucifiés, un de chaque côté de Lui, afin que, dans l'apparence même de la scène de Sa souffrance, soit établie la distinction qui doit être faite dans le jugement de chacun de nous. Saint Augustin a la même pensée. "La croix elle-même, dit-il, était un tribunal. Au centre, il y avait le juge. D'un côté, un homme qui croyait et était libéré, de l'autre, un moqueur et il était condamné". Déjà, le sort final des vivants et des morts était clairement établi, une classe placée à sa droite, l'autre à sa gauche.


3. Selon Saint Hilaire, les deux voleurs, placés à droite et à gauche, illustrent le fait que l'humanité tout entière est appelée au mystère de la Passion de Notre-Seigneur. Et puisque la division des choses selon la droite et la gauche est faite en référence aux croyants et à ceux qui ne croiront pas, l'un des deux, placé à droite, est sauvé en justifiant la foi.


4. Comme le dit saint Bède, les voleurs qui ont été crucifiés avec Notre-Seigneur, représentent ceux qui, pour la foi et pour confesser le Christ, subissent l'agonie du martyre ou la sévère discipline d'une vie plus parfaite. Ceux qui font cela pour la gloire éternelle sont représentés par le voleur à la main droite. Ceux dont le motif est l'admiration de celui qui les regarde imitent l'esprit et l'acte du voleur de gauche.

De même que le Christ n'avait aucune dette de paiement pour laquelle un homme doit mourir, mais qu'il s'est soumis à la mort de son plein gré, afin de vaincre la mort, de même il n'a rien fait pour lequel il mériterait d'être mis avec les voleurs. Mais de sa propre volonté, il a choisi d'être compté parmi les méchants, afin de pouvoir, par sa puissance, détruire la méchanceté elle-même. C'est pourquoi Saint Jean Chrysostome dit que convertir le voleur sur la croix et le faire entrer au Paradis était un miracle aussi grand que le tremblement de terre.


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Message  Monique le Dim 08 Mar 2020, 10:03 am

Vendredi après le premier dimanche

La fête de la Sainte Lance et des clous de Notre-Seigneur


L'un des soldats a ouvert son côté avec une lance, et aussitôt il en est sorti du sang et de l'eau .-- Jean xix. 34.


1. L'Évangile dit délibérément ouvert et non blessé, car par le côté de Notre-Seigneur nous a été ouverte la porte de la vie éternelle. Après cela, je regardai, et voici qu'une porte s'ouvrit dans le ciel (Apoc. iv. i). C'est la porte ouverte dans l'arche, par laquelle entrent les animaux qui ne périront pas dans le déluge.


2. Mais cette porte est la cause de notre salut. Aussitôt il sortit du sang et de l'eau une chose vraiment miraculeuse, afin que, d'un corps mort, dans lequel le sang se fige, sorte du sang.

Cela a été fait pour montrer que par la Passion du Christ nous recevons une pleine absolution, une absolution de tout péché et de toute tache. Nous recevons cette absolution du péché par ce sang qui est le prix de notre rédemption. Vous n'avez pas été rachetés par des choses corruptibles comme l'or ou l'argent, de votre vaine conversation avec la tradition de vos pères ; mais par le précieux sang du Christ comme d'un agneau sans tache et sans souillure (i Pet. i. 18).

Nous avons été absous de toute tache par l'eau, qui est la cuve de notre rédemption. Dans le prophète Ezéchiel, il est dit : Je répandrai sur vous de l'eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures (Ezéch. xxxvi. 28), et dans Zacharie, il y aura une fontaine ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour le lavage du pécheur et de la femme impure (Zach. xiii. i).

On peut donc penser à ces deux choses en relation avec deux des sacrements, l'eau pour le baptême et le sang pour la Sainte Eucharistie. Ou bien les deux peuvent être mis en relation avec la Sainte Eucharistie puisque, dans la Messe, l'eau est mélangée au vin. Bien que l'eau ne soit pas de la substance du sacrement.

Encore une fois, comme du côté du Christ endormi dans la mort sur la croix coulait le sang et l'eau dans lesquels l'Église est consacrée, ainsi du côté de l'Adam endormi se formait la première femme, qui elle-même préfigurait l'Église.


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Message  Monique le Dim 08 Mar 2020, 10:17 am

Samedi après le premier dimanche

L'amour de Dieu manifesté dans la passion du Christ


Dieu recommande sa charité envers nous : car lorsque nous étions encore pécheurs, selon les temps, le Christ est mort pour nous... Rom. v. 8, 9


1. Le Christ est mort pour les impies (ibid. 6). C'est une grande chose si nous considérons qui est mort, une grande chose aussi si nous considérons au nom de qui il est mort. Car il est rare qu'un homme juste meure (ibid. 6), c'est-à-dire que l'on ne trouve personne qui meure, même pour libérer un homme innocent, car il est même dit : "Le juste périt, et personne n'y prend garde" (Isaïe lvii).

C'est donc à juste titre que saint Paul dit que rares sont ceux qui meurent. Il y en a peut-être un, un rare qui, par surabondance de courage, aurait l'audace de mourir pour un homme de bien. Mais c'est rare, pour la simple raison qu'agir ainsi est la plus grande des choses. Il n'y a pas de plus grand amour que celui dont jouit un homme, dit Notre - Seigneur lui-même, qu'un homme qui donne sa vie pour ses amis (Jean xv. 13).

Mais on n'a jamais vu de semblable à ce que le Christ a fait lui-même, à savoir mourir pour les malfaiteurs et les méchants. C'est pourquoi nous nous demandons à juste titre pourquoi le Christ a fait cela.


2. Si l'on demande en fait pourquoi le Christ est mort pour les méchants, la réponse est que Dieu recommande ainsi sa charité envers nous. Il nous montre ainsi qu'il nous aime d'un amour qui ne connaît pas de limites, car alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous.

La mort même du Christ pour nous montre l'amour de Dieu, car c'est son fils qu'il a donné à mourir pour que la satisfaction soit faite pour nous. Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique (Jean iii. 16). Et de même que l'amour de Dieu le Père pour nous se manifeste par le fait qu'il nous a donné son Esprit-Saint, de même il se manifeste de cette façon, par le don de son Fils unique.

L'Apôtre dit que Dieu recommande, signifiant ainsi que l'amour de Dieu est une chose qui ne peut être mesurée. Cela est démontré par le fait même, à savoir le fait qu'il a donné son Fils pour qu'il meure pour nous, et cela est également démontré par le genre de personnes que nous sommes et pour lesquelles il est mort. Le Christ n'a pas été incité à mourir pour nous par nos mérites, alors que nous étions encore des pécheurs. Dieu (qui est riche en miséricorde), par sa charité extrême dont il nous a aimés, même lorsque nous étions morts dans les péchés, nous a vivifiés ensemble dans le Christ (Eph. ii. 4).


3. Toutes ces choses sont presque trop pour qu'on y croie. Une œuvre est accomplie en vos jours, que personne ne croira quand elle sera racontée (Habac. i. 5). Cette vérité que le Christ est mort pour nous est une vérité si dure que notre intelligence ne peut guère s'en emparer. C'est une vérité que notre intelligence ne pourrait en aucun cas découvrir. Et saint Paul, en prêchant, fait écho à Habacuc, je travaille en vos jours à une œuvre que vous ne croirez pas, si quelqu'un vous la dit (Actes xiii 14).

L'amour de Dieu pour nous et sa grâce envers nous sont si grands qu'il fait pour nous plus que nous ne pouvons le croire ou le comprendre.
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Message  Monique le Dim 08 Mar 2020, 10:30 am

Deuxième Dimanche

Dieu le Père a livré le Christ à sa passion

Dieu n'a même pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous.--Rom. viii. 32.


Le Christ a souffert volontairement, poussé par l'obéissance à son Père. C'est pourquoi Dieu le Père a livré le Christ à sa passion, et ce de trois manières :


1. Parce que le Père, de sa volonté éternelle, a ordonné la Passion du Christ comme moyen de libérer le genre humain. Il est dit dans Isaïe que le Seigneur a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous (Isaïe liii. 6), et encore que le Seigneur était heureux de le meurtrir d'infirmité (ibid. liii. 10).


2. Car il a inspiré à Notre-Seigneur la volonté de souffrir pour nous, en déversant dans son âme l'amour qui a produit la volonté de souffrir. D'où le prophète poursuit en disant : "Il a été offert parce que c'était sa propre volonté" (Isaïe liii. 7).


3. Parce qu'il n'a pas protégé Notre-Seigneur de la Passion, mais l'a exposé à ses persécuteurs. D'où nous lisons dans l'Évangile de Saint Matthieu, que lorsqu'il fut pendu à la croix, le Christ dit : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Car Dieu le Père, c'est-à-dire, l'avait laissé à la merci de ses tortionnaires.

Livrer un homme innocent à la souffrance et à la mort, contre Sa volonté, en le contraignant à mourir pour ainsi dire, serait en effet cruel et méchant. Mais ce n'est pas de cette manière que Dieu le Père a livré le Christ. Il a livré le Christ en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous. Ce faisant, la sévérité de Dieu nous apparaît clairement, qu'aucun péché n'est pardonné sans qu'il y ait eu châtiment subi, ce que Saint Paul enseigne encore lorsqu'il dit que Dieu n'a pas épargné son propre Fils. En même temps, la bonté de Dieu se manifeste dans le fait que si l'homme ne pouvait pas, quel que soit son châtiment, lui donner suffisamment de satisfaction, Dieu lui a donné quelqu'un qui peut lui donner cette satisfaction. C'est ce que Saint Paul veut dire par, Il l'a livré pour nous tous, et encore une fois quand il dit, Dieu a proposé au Christ d'être une propitiation, par la foi en Son sang (Rom. iii. 25). La même activité chez un homme bon et chez un homme mauvais est jugée différemment dans la mesure où la racine dont elle procède est différente. Le Père, par exemple, a délivré sur le Christ et le Christ s'est délivré lui-même, et cela par amour, et c'est pourquoi ils sont loués. Judas l'a livré de l'amour du gain, les Juifs de la haine, Pilate de la peur du monde avec laquelle il craignait César, et ceux-ci sont à juste titre considérés avec horreur. Le Christ n'a donc pas dû à la mort la dette de la nécessité, mais celle de la charité - la charité envers les hommes par laquelle il a voulu leur salut, et la charité envers Dieu par laquelle il a voulu accomplir la volonté de Dieu, comme il est dit dans l'Évangile : "Non pas comme je le veux, mais comme Tu le veux" (Mt, xx vi. 39).


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Message  Monique le Mar 10 Mar 2020, 9:42 am

Lundi après le deuxième dimanche

Il était opportun que notre Seigneur souffre aux mains des Gentils.

Ils le livreront aux Gentils pour qu'ils se moquent de lui, qu'ils le fouettent et le crucifient.--Matt. xx. 19.


A la manière même de la Passion de Notre-Seigneur, ses effets sont annoncés. En premier lieu, la Passion de Notre-Seigneur a eu pour effet le salut des Juifs, dont beaucoup ont été baptisés dans Sa mort.

Deuxièmement, par la prédication de ces Juifs, les effets de la Passion se sont également transmis aux Gentils. Il y avait donc une certaine aptitude à ce que la Passion de Notre-Seigneur commence par les Juifs, puis, les Juifs le transmettant, qu'elle soit achevée aux mains des Gentils.

Pour montrer l'abondance de l'amour qui l'a poussé à souffrir, le Christ, sur la croix même, a demandé miséricorde pour ses bourreaux. Et comme il souhaitait que les Juifs et les Gentils se rendent compte de cette vérité sur son amour, il a souhaité que tous deux participent à sa souffrance.

Ce sont les Juifs et non les Gentils qui ont offert les sacrifices figuratifs de l'Ancienne Loi. La Passion du Christ était une offrande par sacrifice, dans la mesure où le Christ a subi la mort par sa propre volonté, poussé par la charité. Mais en ce qui concerne ceux qui l'ont mis à mort, ils n'offraient pas un sacrifice mais commettaient un péché.

Lorsque les Juifs ont déclaré : "Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort" (Jean xix. 31), ils avaient peut-être beaucoup de choses en tête. Il ne leur était pas permis de mettre quelqu'un à mort à cause de la sainteté de la fête qu'ils avaient commencé à célébrer. Peut-être souhaitaient-ils que le Christ soit tué non pas comme un transgresseur de leur propre loi, mais comme un ennemi de l’État, parce qu'il s'était fait roi, une charge pour laquelle ils n'avaient aucune juridiction. Ou encore, ils voulaient peut-être dire qu'ils n'avaient pas le pouvoir de crucifier, ce qu'ils désiraient ardemment, mais seulement de lapider, comme ils le firent plus tard avec saint Étienne. Ou, ce qui est le plus probable, que leurs conquérants romains leur avaient enlevé leur pouvoir de vie et de mort.

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Message  Monique le Mer 11 Mar 2020, 4:29 pm

Mardi après le deuxième dimanche

La passion du Christ a apporté notre salut
parce que c'était un acte méritoire


Ils le livreront aux Gentils pour qu'ils se moquent de lui, qu'ils le fouettent et le crucifient.--Matt. xx. 19.


La grâce a été donnée au Christ non seulement en ce qui concerne une personne particulière, mais aussi en ce qui concerne le chef de l'Église, afin que la grâce passe de Lui à Ses membres. Et les bonnes œuvres que le Christ a accomplies, par conséquent, se tiennent de la même manière par rapport à Lui et à Ses membres, comme les bonnes œuvres de tout autre homme en état de grâce se tiennent à lui-même.

Or, il est évident que tout homme qui, en état de grâce, souffre pour la justice, mérite pour lui-même, par ce seul fait, le salut. Comme il est dit dans l'Évangile, Heureux ceux qui souffrent de persécution pour l'amour de la justice (Mt. v. 10). D'où le Christ, par sa passion, a mérité le salut non seulement pour lui-même, mais pour tous ses membres.

Le Christ, en effet, dès l'instant même de sa conception, a mérité le salut éternel pour nous. Mais il restait encore certains obstacles de notre part, des obstacles qui nous empêchaient de nous approprier l'effet de ce que le Christ avait mérité. C'est pourquoi, afin de lever ces obstacles, il a fallu que le Christ souffre (Luc xxiv. 46).

Or, bien que l'amour du Christ pour nous n'ait pas été accru dans la Passion, et n'ait pas été plus grand dans la Passion qu'auparavant, la Passion du Christ a eu un certain effet que son activité méritoire précédente n'a pas eu. La Passion a produit cet effet non pas en raison d'un plus grand amour manifesté par elle, mais parce qu'elle était une sorte d'action apte à produire cet effet, comme il ressort de ce qui a déjà été dit sur l'aptitude de la Passion du Christ.

La tête et les membres appartiennent à une seule et même personne. Or, le Christ est notre tête, selon sa divinité et la plénitude de sa grâce qui déborde sur les autres aussi. Nous sommes ses membres. Ce que le Christ acquiert alors avec mérite n'est pas quelque chose d'extérieur et d'étranger à nous, mais, en vertu de l'unité du corps mystique, il déborde sur nous aussi (3 Dist. xviii. 6).

Nous devons aussi savoir que, bien que le Christ, par sa mort, ait acquis des mérites suffisants pour l'ensemble du genre humain, il y a des choses particulières nécessaires au salut particulier de chaque âme individuelle, et c'est à elles que chaque âme doit s'attacher. La mort du Christ est, pour ainsi dire, la cause de tout salut, comme le péché du premier homme a été la cause de toute condamnation. Mais si chaque homme individuel doit participer à l'effet d'une cause universelle, la cause universelle doit être spécialement appliquée à chaque homme individuel.

Or, l'effet du péché des premiers parents est transmis à chaque individu par son origine corporelle (c'est-à-dire par le fait qu'il soit un descendant corporel du premier homme). L'effet de la mort du Christ est transmis à chaque homme par une renaissance spirituelle, une renaissance dans laquelle l'homme est, pour ainsi dire, conjoint avec le Christ et est incorporé à Lui.
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Message  Monique le Mer 11 Mar 2020, 4:43 pm

Mercredi après le deuxième dimanche

La passion du Christ a apporté notre salut
parce qu'il s'agissait d'un acte de satisfaction


Il est la propitiation pour nos péchés, et pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier.--I Jean ii. 2.


1. La satisfaction pour les délits commis est vraiment faite quand on offre à l'offensé une chose qu'il aime autant, ou plus, qu'il déteste les délits commis.

Or, le Christ, en souffrant par amour et par obéissance, a offert à Dieu quelque chose de bien plus grand que la satisfaction demandée par tous les péchés de l'humanité entière, et cela pour trois raisons. En premier lieu, il y avait la grandeur de l'amour qui l'a poussé à souffrir. Ensuite, il y avait la valeur de la vie qu'Il a déposée dans la satisfaction, la vie de Dieu et de l'homme. Enfin, en raison de la façon dont Sa Passion a impliqué chaque partie de Son être, et de la grandeur de la souffrance qu'Il a entreprise.

C'est ainsi que la Passion du Christ n'était pas seulement suffisante mais surabondante comme satisfaction pour les péchés des hommes. Il semble en effet que la satisfaction doive être apportée par celui qui a commis l'infraction. Mais le chef et les membres sont pour ainsi dire une seule personne mystique, et donc la satisfaction faite par le Christ profite à tous les fidèles comme ils sont les membres du Christ. Un homme peut toujours donner satisfaction à un autre, à condition que les deux ne fassent qu'un dans la charité.


2. Bien que le Christ, par sa mort, ait fait une satisfaction suffisante pour le péché originel, il n'est pas inopportun que les conséquences pénales du péché originel subsistent même chez ceux qui sont rendus participants à la rédemption du Christ. Cela a été fait de façon appropriée et utile, de sorte que les pénalités demeurent même si la culpabilité a été supprimée.

(i) Cela a été fait pour qu'il y ait conformité entre les fidèles et le Christ, comme il y a conformité entre les membres et le chef. De même que le Christ a d'abord souffert de nombreuses douleurs et est ainsi venu à sa gloire, il est juste que ses fidèles soient d'abord soumis à des souffrances et qu'ils entrent ensuite dans l'immortalité, portant eux-mêmes en quelque sorte la livrée de la Passion du Christ pour jouir d'une gloire un peu semblable à la sienne.


(ii) Une deuxième raison est que si les hommes qui viennent au Christ étaient aussitôt libérés de la souffrance et de la nécessité de la mort, ils seraient trop nombreux à venir à Lui, attirés plutôt par ces avantages temporels que par les choses spirituelles. Et cela serait tout à fait contraire à l'intention du Christ, qui est venu dans ce monde pour convertir les hommes de l'amour des avantages temporels et les gagner aux choses spirituelles.

(iii) Enfin, si ceux qui sont venus au Christ étaient aussitôt rendus immortels et impassibles, cela obligerait en quelque sorte les hommes à recevoir la foi du Christ, et ainsi le mérite de croire serait diminué.
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Message  Monique le Ven 13 Mar 2020, 6:10 am

Jeudi après le deuxième dimanche

Que la Passion du Christ a produit ses effets
parce que c'était un Sacrifice



Un sacrifice proprement dit est une chose faite pour rendre à Dieu l'honneur qui lui est spécialement dû, afin de l'apaiser. Saint Augustin l'enseigne en disant : "Tout travail accompli pour que nous puissions, dans une sainte union, nous attacher à Dieu est un vrai sacrifice, tout travail, c'est-à-dire lié à ce bien final dont la possession seule peut nous rendre vraiment heureux". Le Christ dans la Passion s'est offert pour nous, et c'est justement dans cette circonstance qu'Il s'est offert volontairement, ce qui était pour Dieu la chose la plus précieuse de toutes, puisque la volonté venait du plus grand amour possible. D'où il est évident que la Passion du Christ a été un véritable sacrifice.

Et comme Il l'ajoute Lui-même plus tard. Les anciens sacrifices des saints étaient autant de signes, de différentes sortes, de ce seul vrai sacrifice. Cette seule chose était signifiée par beaucoup de choses, comme une seule chose est dite par beaucoup de mots, afin qu'elle puisse être répétée souvent sans commencer à lasser les gens.

Saint Augustin parle de quatre choses que l'on retrouve dans chaque sacrifice, à savoir la personne à qui l'offrande est faite, celle par qui elle est faite, la chose offerte et ceux au nom desquels elle est offerte. Tout cela se retrouve dans la Passion de Notre-Seigneur. C'est la même personne, le seul, le vrai médiateur Lui-même, qui par le sacrifice de la paix nous réconcilie avec Dieu, mais reste un avec Celui à qui Il offre, qui fait un avec Lui ceux pour qui Il offre, et est Lui-même celui qui offre et est offert.

Il est vrai que dans ces sacrifices de l'ancienne loi qui étaient des types du Christ, la chair humaine n'était jamais offerte, mais il n'en découle pas que la Passion du Christ n'était pas un sacrifice. Car si la réalité et la chose qui la caractérise doivent coïncider en un point, il n'est pas nécessaire qu'elles coïncident en tous points, car la réalité doit aller au-delà de la chose qui la caractérise. Il était donc tout à fait approprié que le sacrifice dans lequel la chair du Christ est offerte pour nous soit caractérisé par un sacrifice non pas de la chair de l'homme mais d'autres animaux, pour préfigurer la chair du Christ qui est le sacrifice le plus parfait de tous. C'est le sacrifice le plus parfait de tous.


(i) Car, puisque c'est la chair de la nature humaine qui est offerte, c'est une chose convenablement offerte pour les hommes et convenablement reçue par les hommes dans un sacrement.

(ii) Parce que, la chair du Christ ayant pu souffrir et mourir, elle était propre à l'immolation.

(iii) Parce que, cette chair étant elle-même sans péché, elle avait le pouvoir de purifier du péché.

(iv) Parce qu'étant la chair de celui qui offrait, elle était acceptable pour Dieu en raison de l'amour indicible de celui qui offrait sa propre chair.



D'où Saint Augustin dit : "Qu'y a-t-il de plus convenable pour les hommes, dans les offrandes faites en leur nom, que la chair humaine, et qu'est-ce qui est si convenable pour l'immolation en tant que chair mortelle ? Et qu'est-ce qui est aussi propre à l'immolation que cette chair née, sans tache de désir charnel, dans le ventre et le sein d'une vierge ? Et qu'est-ce qui peut être si gracieusement offert et reçu comme la chair de notre sacrifice, le corps ainsi produit de notre prêtre" ?

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Message  Monique le Ven 13 Mar 2020, 6:23 am

Vendredi après le deuxième dimanche

Fête de la Sainte Feuille d'enroulement

Joseph prit le corps, l'enveloppa dans un tissu de lin propre et le déposa dans son propre nouveau monument -- Matt, xxvii. 59.



Par ce tissu de lin propre, trois choses sont signifiées de façon cachée, à savoir :

(i) Le corps pur du Christ. Car le vêtement était fait de lin qui, par une forte pression, devient blanc, et c'est également après une forte pression que le corps du Christ a atteint l'éclat de la résurrection. Il appartenait donc au Christ de souffrir, et de ressusciter d'entre les morts le troisième jour (Luc xxiv. 46).

(ii) L'Église, qui est sans tache ni ride (Eph. v. 27), est signifiée par ce lin tissé de nombreux fils.

(iii) Une conscience claire, où le Christ repose.


Et l'a déposé dans son nouveau monument. C'était la propre tombe de Joseph et il était certainement approprié que celui qui était mort pour les péchés des autres soit enterré dans la tombe d'un autre homme.

Remarquez que c'était une nouvelle tombe. Si d'autres corps y avaient déjà été déposés, un doute aurait pu naître. Il y a une autre aptitude dans cette circonstance, à savoir que celui qui a été enterré dans cette nouvelle tombe, était celui qui était né d'une mère vierge.

Comme le sein de Marie n'a connu aucun enfant avant Lui ni après Lui, il en a été de même pour cette tombe. Nous pouvons à nouveau comprendre que c'est dans une âme renouvelée que le Christ est enterré par la foi, que le Christ peut habiter par la foi dans nos cœurs (Eph. iii. 17).

L'Évangile de Saint Jean ajoute : "Or il y avait dans le lieu où il fut crucifié un jardin ; et dans le jardin un sépulcre neuf" (Jean xix. 41). Ce qui nous rappelle que, de même que le Christ a été pris dans un jardin et a souffert son agonie dans un jardin, de même il a été enseveli dans un jardin, et ainsi nous sommes rappelés que c'est du péché commis par Adam dans le jardin des délices que, par la puissance de sa Passion, le Christ nous a libérés, et aussi que par la Passion l'Église a été consacrée, l'Église qui est à nouveau comme un jardin fermé.

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Message  Monique le Sam 14 Mar 2020, 12:51 pm

Le samedi après le deuxième dimanche

La passion du Christ a opéré notre salut en nous rachetant

Saint Pierre dit : "Ce n'est pas avec des choses corruptibles comme l'or ou l'argent que vous avez été rachetés de la vaine conversation de la tradition de vos pères, mais avec le sang précieux du Christ, comme d'un agneau sans tache et sans souillure (I P. 1. 18).


Saint Paul dit : "Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant une malédiction pour nous" (Gal. iii. 13). Il est dit maudit à notre place dans la mesure où c'est pour nous qu'Il a souffert sur la croix. C'est pourquoi, par sa passion, il nous a rachetés.

Le péché, en effet, avait lié l'homme à une double obligation.

(i) Une obligation qui faisait de lui l'esclave du péché. Car Jésus a dit que quiconque commet le péché est le serviteur du péché (Jean viii. 34). Un homme est esclave de celui qui le vainc. Par conséquent, puisque le diable, en incitant l'homme à pécher, avait vaincu l'homme, l'homme était lié en servitude au diable.

(ii) Une autre obligation existait, à savoir entre l'homme et la peine due pour le péché commis, et l'homme était lié de cette façon en accord avec la justice de Dieu. Il s'agissait là aussi d'une sorte de servitude, car à la servitude ou à l'esclavage il appartient que l'homme souffre autrement qu'il ne le souhaite, puisque l'homme libre est l'homme qui se sert de lui-même comme il le veut.


Depuis lors, la Passion du Christ a apporté une satisfaction suffisante, et plus que suffisante, pour les péchés de l'humanité tout entière et pour la peine qui leur est due, la Passion a été une sorte de prix par lequel nous avons été libérés de ces deux obligations. Car la satisfaction elle-même, par laquelle on fait satisfaction, que ce soit pour soi-même ou pour autrui, est considérée comme une sorte de prix par lequel on se rachète ou on rachète l'autre du péché et des peines méritées. Il est donc dit dans l'Écriture Sainte : "Rachetez vos péchés par l'aumône" (Dan. iv. 24).

Le Christ n'a pas vraiment donné satisfaction par un don d'argent ou quoi que ce soit de ce genre, mais par un don qui était le plus grand de tous, en donnant pour nous Lui-même. Et c'est ainsi que la Passion du Christ est appelée notre rédemption.

En péchant, l'homme s'est lié non pas à Dieu mais au diable. En ce qui concerne la culpabilité de ses actes, il avait offensé Dieu et s'était soumis au diable, en consentant à sa volonté.

Il ne s'était donc pas lié à Dieu en raison du péché commis, mais, abandonnant le service de Dieu, il était tombé sous le joug du diable. Et Dieu, avec justice si l'on se souvient de l'offense commise contre lui, ne l'en avait pas empêché.

Mais, si l'on considère la question du châtiment mérité, c'est avant tout et en premier lieu à Dieu que l'homme était lié, comme au juge suprême. L'homme n'était, en ce qui concerne le châtiment, lié au diable que dans un sens moindre, comme il est dit dans l'évangile, de peur que l'adversaire ne te livre au juge et que le juge ne te livre à l'officier (Mt. v. 25), c'est-à-dire au cruel ministre des châtiments.

Par conséquent, bien que le diable ait injustement, dans la mesure de ses moyens, tenu lié en esclavage l'homme qu'il avait trompé par ses mensonges, il était néanmoins juste que l'homme souffre de cette manière. L'esclavage qu'il subissait en raison de la chose faite par Dieu ne l'empêchait pas, et l'esclavage qu'il subissait en tant que châtiment décrété par Dieu.

C'est donc par rapport aux prétentions de Dieu que la justice appelle à la rédemption de l'homme, et non par rapport à l'emprise du diable sur nous. Et c'est à Dieu que le prix a été payé, et non au diable.

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Message  Monique le Dim 15 Mar 2020, 10:06 am

Troisième semaine du dimanche de carême

C'est la passion du Christ qui nous a libérés du péché

Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans Son propre sang... Apoc. 1. 5.


La Passion du Christ est la cause propre de la rémission de nos péchés, et cela de trois manières

1. Parce qu'il nous pousse à aimer Dieu. Saint Paul dit que Dieu recommande sa charité envers nous, car lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous (Rom. v. 8).

Par la charité, nous obtenons le pardon des péchés,  comme il est dit dans l'Évangile : "Beaucoup de péchés lui sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé" (Luc vii. 47).


2. La Passion du Christ est la cause du pardon des péchés parce qu'elle est un acte de rédemption. Puisque le Christ est Lui-même notre chef, Il nous a, par Sa propre Passion entreprise d'amour et d'obéissance, délivré Ses membres de nos péchés, pour ainsi dire au prix de Sa Passion. Tout comme un homme pourrait, par un acte de bonté accompli avec ses mains, s'acheter pour une mauvaise chose qu'il a faite avec ses pieds. Car, de même que le corps naturel de l'homme est une unité, composée de différents membres, de même l'Église entière, qui est le corps mystique du Christ, est considérée comme une seule personne avec sa propre tête, et cette tête est le Christ.


3. La Passion du Christ a été à la hauteur de sa tâche. Car la nature humaine par laquelle le Christ a subi sa Passion est l'instrument de sa nature divine. D'où toutes les actions et toutes les souffrances de cette nature humaine, qui ont été faites pour chasser le péché, sont faites par une puissance qui est divine.

Le Christ, dans Sa Passion, nous a délivrés de nos péchés d'une manière causale, c'est-à-dire qu'Il a établi pour nous une chose qui serait une cause de notre émancipation, une chose par laquelle tout péché pourrait à tout moment être remis, qu'il soit commis maintenant, ou dans les temps passés, ou dans les temps à venir : tout comme un médecin pourrait faire un médicament à partir duquel tous les malades pourraient être guéris, même ceux qui sont malades dans les années à venir.

Mais comme ce qui donne à la Passion du Christ son excellence est le fait qu'elle est la cause universelle du pardon des péchés, il est nécessaire que chacun de nous s'en serve pour le pardon de ses propres péchés particuliers. Cela se fait par le biais du Baptême, de la Pénitence et des autres sacrements, dont la puissance découle de la Passion du Christ.

Par la foi, nous nous servons également de la Passion du Christ, afin d'en recevoir les fruits, comme le dit saint Paul, le Christ Jésus, que Dieu a proposé d'être une propitiation, par la foi en son sang (Rom. iii 25). Mais la foi par laquelle nous sommes purifiés du péché n'est pas cette foi qui peut exister côte à côte avec le péché - la foi dite sans forme - mais la foi formée, c'est-à-dire la foi rendue vivante par la charité. De sorte que la Passion du Christ ne s'applique pas, par la foi, à notre seule compréhension mais aussi à notre volonté. Là encore, c'est grâce à la puissance de la Passion du Christ que sont pardonnés les péchés qui sont ainsi pardonnés par la foi.


A SUIVRE...

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Message  Monique le Lun 16 Mar 2020, 12:41 pm

Lundi après le troisième dimanche

La Passion du Christ nous a délivrés du diable.


Notre-Seigneur a dit, à l'approche de sa passion : "Maintenant, le prince de ce monde sera chassé. Et moi, si je suis élevé de la terre, j'attirerai toutes choses à moi (Jean xii. 31, 32)

Il a été élevé de la terre par sa passion sur la croix. Par cette passion, le diable a donc été chassé de sa domination sur les hommes.

En ce qui concerne ce pouvoir que le diable exerçait sur l'humanité avant la Passion du Christ, il faut garder trois choses à l'esprit.


1. L'homme s'est rendu esclave du diable par son péché, car c'est par la tentation du diable qu'il a été vaincu.

2. Dieu, que l'homme avait offensé par son péché, avait, par sa justice, abandonné l'homme à l'esclavage du diable.

3. Le diable, par sa volonté la plus méchante, a empêché l'homme de parvenir à son salut.


En ce qui concerne le premier point, la Passion du Christ a libéré l'homme du pouvoir du diable parce que la Passion du Christ a apporté le pardon du péché. Quant au deuxième point, la Passion a délivré l'homme du diable, parce qu'elle a apporté une réconciliation entre Dieu et l'homme. Quant au troisième point, la Passion du Christ nous a libérés du pouvoir du diable parce que dans son action pendant la Passion, le diable s'est surpassé. Il a dépassé les limites du pouvoir sur les hommes que Dieu lui a permis, lorsqu'il a planifié la mort du Christ, sur lequel, puisqu'il était sans péché, il n'y avait aucune dette payable par la mort. D'où les paroles de saint Augustin : "Le diable a été vaincu par la justice du Christ. En lui, le diable ne trouva rien qui méritait la mort, mais il le tua néanmoins. Et il n'était que juste que les débiteurs que le diable détenait soient libérés puisqu'ils croyaient en Celui que le diable avait tué, bien qu'il ne lui soit pas lié".


Le diable continue à exercer un pouvoir sur les hommes. Il peut, si Dieu le permet, les tenter dans l'âme et dans le corps. Il existe cependant un remède dans la Passion du Christ, par lequel l'homme peut se défendre contre ces attaques, afin qu'elles ne le conduisent pas à la destruction de la mort éternelle. De même, tous ceux qui, avant la Passion du Christ, ont résisté au diable, ont tiré leur pouvoir de résistance de la Passion, bien que celle-ci n'ait pas encore été accomplie. Mais à un moment donné, aucun de ceux qui ont vécu avant la Passion n'a pu échapper à la main du diable, c'est-à-dire qu'ils ont tous dû descendre en enfer, chose dont, depuis la Passion, tous les hommes peuvent, par sa puissance, se défendre.


Dieu permet également au diable de tromper les hommes en certaines personnes, à certains moments et en certains lieux, selon le caractère caché de ses desseins. Tel sera, par exemple, l'Antéchrist. Mais il reste toujours, et pour l'époque de l'Antéchrist aussi, un remède préparé pour l'homme par la Passion du Christ, un pouvoir de se protéger contre la méchanceté des démons. Le fait que certains négligent de faire usage de ce remède ne diminue pas l'efficacité de la Passion du Christ.


A SUIVRE...
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Message  Monique le Mer 18 Mar 2020, 11:33 am

Mardi après le troisième dimanche

Le Christ est vraiment notre Rédempteur

Vous avez été rachetés par le précieux sang du Christ, comme un agneau sans tache et sans souillure .-- I Pet. 1. 19.


Par le péché de nos premiers parents, toute la race humaine a été éloignée de Dieu, comme cela est enseigné dans le deuxième chapitre de l'épître aux Éphésiens. Ce n'est pas de la puissance de Dieu que nous avons été ainsi coupés, mais de cette vue du visage de Dieu à laquelle ses enfants et ses serviteurs sont admis.

Ensuite, nous sommes descendus sous le pouvoir usurpé du diable. L'homme avait consenti à la volonté du diable et, de ce fait, s'était soumis au diable; sujet, c'est-à-dire en ce qui concerne le pouvoir de l'homme, car puisqu'il n'était pas sa propriété, mais la propriété d'un autre, il ne pouvait pas vraiment se livrer au diable.

Par sa passion, le Christ a donc fait deux choses. Il nous a libérés du pouvoir de l'ennemi, le conquérant par des vertus contraires aux vices par lesquels il avait vaincu l'homme -- par l'humilité, c'est-à-dire par l'obéissance et par une austérité de souffrance en opposition directe avec la jouissance de la nourriture interdite.

De plus, en satisfaisant le péché commis, le Christ a uni l'homme à Dieu et a fait de lui l'enfant et le serviteur de Dieu.

Cette émancipation avait pour elle deux choses qui en font une sorte d'achat. On dit que le Christ nous a rachetés ou nous a rachetés dans la mesure où il nous a arrachés au pouvoir du diable, comme le dit un roi, par des combats acharnés, pour racheter son royaume que l'ennemi a occupé. On dit encore que le Christ nous a rachetés dans la mesure où il a apaisé Dieu pour nous, en payant pour ainsi dire le prix de sa satisfaction en notre faveur, afin que nous soyons libérés à la fois de la peine et du péché.

Ce prix, Son sang précieux, Il a payé afin qu'il puisse nous satisfaire non pas au diable mais à Dieu. Encore une fois, par la victoire de sa passion, il nous a éloignés du diable.

Le diable avait en effet dominé sur nous, mais injustement, depuis quel pouvoir il avait été usurpé. Néanmoins, c'était juste que nous devions tomber sous son joug, étant donné que c'était par lui que nous étions vaincus. C'est pourquoi il était nécessaire que le diable soit vaincu par le contraire des forces par lesquelles il s'était lui-même vaincu. Car il n'avait pas vaincu par la violence, mais par une persuasion mensongère au péché.


A SUIVRE...
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Message  Monique le Mer 18 Mar 2020, 11:51 am

Mercredi après le troisième dimanche

Le prix de notre Rédemption

Vous êtes acheté à un prix très intéressant. --I Cor. vi. 20


Les indignités et les souffrances de chacun sont mesurées en fonction de la dignité de la personne concernée. Si un roi est frappé au visage, il souffre d'une plus grande indignité qu'une personne privée. Mais la dignité du Christ est infinie, car il est une personne divine. Par conséquent, toute souffrance subie par lui, même la plus petite, est infinie. Toute souffrance, donc, subie par Lui, sans Sa mort, aurait suffi à racheter le genre humain.

Saint Bernard dit que la moindre goutte du sang du Christ aurait suffi pour la rédemption de nous tous. Et le Christ aurait pu verser cette seule goutte sans mourir. Par conséquent, même sans mourir, il aurait pu, par une sorte de souffrance, racheter, c'est-à-dire racheter, toute l'humanité.

Or, pour acheter, il faut deux choses, un montant égal au prix demandé et l'affectation de ce montant à l'objectif de l'achat. Car si un homme donne un prix qui n'est pas égal en valeur à la chose à acheter, on ne dit pas qu'il l'a achetée, mais seulement qu'il l'a achetée en partie, et qu'on lui a donné en partie. Par exemple, si un homme achète pour dix deniers un livre qui vaut vingt deniers, il l'a acheté en partie et on le lui a donné en partie. Ou encore, s'il monte un prix plus élevé mais qu'il ne l'attribue pas à l'achat, on ne dit pas qu'il achète le livre. Si donc, lorsque nous parlons de la rédemption et du rachat de la race humaine, nous avons en vue le montant du prix, nous devons dire que toute souffrance subie par le Christ, même sans sa mort, aurait suffi, en raison de la valeur infinie de sa personne. Si, cependant, nous parlons de la rédemption en référence à la fixation du prix au but visé, nous devons alors dire qu'aucune autre souffrance du Christ, inférieure à Sa mort, n'a été fixée par Dieu et par le Christ comme le prix à payer pour la rédemption de l'espèce humaine. Et ce, pour trois raisons :


1. Que le prix de notre rédemption ne soit pas seulement d'une valeur infinie, mais qu'il soit du même ordre que ce qu'il a acheté, c'est-à-dire qu'il soit avec une mort qu'Il nous a rachetés à la mort.


2. Que la mort du Christ ne serait pas seulement le prix de notre rédemption mais aussi un exemple de courage, afin que les hommes n'aient pas peur de mourir pour la vérité. Saint Paul mentionne cette cause et la précédente lorsqu'il dit : "Afin que, par la mort, il détruise celui qui avait l'empire de la mort (c'est la première cause), et qu'il délivre ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie soumis à la servitude (c'est la deuxième cause)" (Héb. ii. 14, 15)


3. Que la mort du Christ soit un sacrement pour opérer notre salut, c'est-à-dire que nous mourions au péché, aux désirs corporels et à notre propre volonté par la puissance de la mort du Christ. Ces raisons sont données par Saint Pierre lorsqu'il dit : "Le Christ est mort une fois pour nos péchés, le juste pour les injustes ; afin de nous offrir à Dieu, étant mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l'esprit" (1 Pierre iii 18).


Et c'est ainsi que l'humanité n'a été rachetée par aucune autre souffrance du Christ sans Sa mort.

Mais, en fait, le Christ aurait suffisamment payé pour la rédemption de l'humanité, non seulement en donnant Sa propre vie, mais en souffrant n'importe quelle souffrance, aussi légère soit-elle, si cette légère souffrance avait été la chose divinement désignée, et le Christ aurait ainsi suffisamment payé en raison de la valeur infinie de Sa personne.


A SUIVRE...

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Message  Monique le Jeu 19 Mar 2020, 8:11 am

Jeudi après le troisième dimanche

La prédication de la Samaritaine

La femme a donc quitté sa marmite, et a pris son chemin dans la ville. --Jean iv. 28.



Cette femme, une fois que le Christ l'a instruite, est devenue apôtre. Il y a trois choses que nous pouvons déduire de ce qu'elle a dit et de ce qu'elle a fait.

1. La totalité de son abandon à Notre-Seigneur. Ceci est montré :

(i) Du fait qu'elle a laissé allongé, presque comme oublié, ce pour quoi elle était venue au puits, à l'eau et à la marmite. Son absorption a été si grande. C'est pourquoi il est dit, la femme a laissé sa marmite et est partie en ville, elle est partie annoncer les merveilleuses œuvres du Christ. Elle ne se souciait plus des conforts corporels en vue de l'utilité de choses meilleures, suivant en cela l'exemple des Apôtres dont il est dit que, quittant leurs filets, ils suivirent le Seigneur (Marc 1. 18).

Le pot d'eau est le désir à la mode, par lequel les hommes tirent des plaisirs de ces profondeurs de ténèbres que représente le puits, c'est-à-dire des pratiques qui sont du domaine de la terre. Ceux qui abandonnent de tels désirs pour l'amour de Dieu sont comme la femme qui a quitté son pot d'eau.

(ii) De la multitude de gens à qui elle annonce la nouvelle, non pas à un, ni à deux, ni à trois, mais à toute une ville. C'est pourquoi elle s'en est allée dans la ville.


2. Une méthode de prédication.

Elle dit aux hommes qui s'y trouvent : Venez et voyez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. N'est-il pas le Christ ? --Jean iv. 29.

(i) Elle les invite à regarder le Christ : Venez et voyez un homme... Elle ne leur a pas dit aussitôt de se donner au Christ, car cela aurait pu être pour eux une occasion de blasphème, mais, pour commencer, elle leur a dit des choses sur le Christ qui étaient crédibles et ouvertes à l'observation. Elle leur a dit qu'Il était un homme. Elle ne leur a pas dit non plus : "Croyez, mais venez et voyez, car elle savait que si eux aussi goûtaient à ce puits, en regardant Notre-Seigneur, ils ressentiraient eux aussi tout ce qu'elle avait ressenti. Et elle suit l'exemple d'un vrai prédicateur en ce sens qu'elle attire les hommes non pas à elle mais au Christ.

(ii) Elle leur donne un indice que le Christ est Dieu quand elle dit,Un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait, c'est-à-dire combien de maris elle a eus. Elle n'a pas honte d'évoquer des choses qui la troublent, car l'âme, une fois qu'elle est éclairée par le feu divin, ne se soucie en aucune façon des valeurs et des normes terrestres, ni de sa propre gloire ni de sa honte, mais seulement de la flamme qui la retient et la consomme.

(iii) Elle suggère que cela prouve la majesté du Christ, en disant N'est-il pas le Christ ? Elle n'ose pas affirmer qu'il est le Christ, de peur d'avoir l'apparence de vouloir enseigner aux autres, et que les autres, irrités, refusent de sortir vers lui. D'autre part, elle ne laisse pas non plus la question en silence, mais elle la leur soumet de manière interrogative, comme si elle la laissait à leur propre jugement. Car c'est le moyen de persuasion le plus facile.


3. Le fruit de la prédication.

Ils sortirent donc de la ville et vinrent au Christ... Jean iv. 30.


Il nous est ainsi clairement indiqué que si nous voulons venir au Christ, nous devons nous aussi sortir de la ville, c'est-à-dire que nous devons mettre de côté tout amour des délices corporels.

Allons donc vers Lui sans le camp (Héb. xiii. 13).


A SUIVRE...

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Message  Monique le Ven 20 Mar 2020, 10:29 am

Vendredi après le troisième dimanche

C'est par la Passion du Christ que nous avons été libérés de la punition due au péché

Il a sûrement porté nos infirmités et nos peines.-- Isaïe liii. 4.


Par la Passion du Christ, nous sommes libérés de la responsabilité d'être punis pour le péché avec le châtiment que le péché appelle, de deux façons, directement et indirectement.

Nous sommes directement libérés dans la mesure où la Passion du Christ a apporté une satisfaction suffisante et plus que suffisante pour les péchés de toute l'humanité. Maintenant, une fois que la satisfaction suffisante a été faite, la responsabilité de la punition mentionnée est détruite.

Nous sommes libérés indirectement dans la mesure où la Passion du Christ entraîne la rémission du péché, et c'est du péché que découle la responsabilité de la peine mentionnée.


Les âmes en enfer, cependant, ne sont pas libérées par la Passion du Christ, parce que la Passion du Christ partage ses effets avec ceux à qui elle est appliquée par la foi et par la charité et par les sacrements de la foi. Par conséquent, les âmes en enfer, qui ne sont pas liées à la Passion du Christ de la manière que nous venons de mentionner, ne peuvent pas en recevoir les effets.

Or, bien que nous soyons libérés de la responsabilité de la peine précise que mérite le péché, il est néanmoins enjoint au pécheur repenti une peine ou une pénitence de satisfaction. Car pour que l'effet de la Passion du Christ s'accomplisse pleinement en nous, il est nécessaire que nous soyons faits de même forme que le Christ. Or, nous sommes rendus semblables au Christ par le baptême, comme le dit saint Paul : "Nous sommes ensevelis avec lui par le baptême dans la mort" (Rom. vi. 4). D'où il résulte qu'aucune peine de satisfaction n'est imposée à ceux qui sont baptisés. Par la satisfaction faite par le Christ, ils sont entièrement libérés. Mais puisque le Christ est mort une fois pour nos péchés (1 P. iii. 18), une seule fois, l'homme ne peut pas être rendu semblable une seconde fois à la mort du Christ par le sacrement du baptême. Par conséquent, ceux qui, après le baptême, pèchent à nouveau, doivent être rendus semblables au Christ dans Sa souffrance, par une sorte de peine ou de souffrance qu'ils endurent dans leur propre personne.

Si la mort, qui est une peine due au péché, continue à subsister, la raison en est la suivante : La satisfaction faite par le Christ produit son effet en nous dans la mesure où nous sommes faits d'un seul corps avec Lui, de la même façon que les membres sont un seul corps avec la tête. Il est maintenant nécessaire que les membres soient rendus conformes à la tête. C'est pourquoi, puisque le Christ a d'abord eu, avec la grâce dans son âme, la responsabilité de souffrir dans son corps, et qu'il est parvenu à sa glorieuse immortalité par la Passion, il devrait en être de même pour nous, qui sommes ses membres. Par la Passion, nous sommes en effet délivrés de toute punition en tant que chose fixée sur nous, mais nous sommes délivrés de telle manière que c'est dans l'âme que nous recevons d'abord l'esprit de l'adoption des fils, par lequel nous sommes mis sur la liste pour l'héritage de la gloire éternelle, tout en conservant un corps qui peut souffrir et mourir. Ce n'est qu'après, lorsque nous avons été façonnés à la ressemblance du Christ dans ses souffrances et sa mort, que nous sommes amenés dans la gloire de l'immortalité. C'est ce que nous enseigne saint Paul lorsqu'il dit : "Si les fils sont aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, ainsi, si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés avec lui" (Rm. viii. 17).


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Message  Monique le Sam 21 Mar 2020, 10:18 am

Le samedi après le troisième dimanche

La passion du Christ nous réconcilie avec Dieu


Nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils - Rom. v. 10



La passion du Christ a provoqué notre réconciliation avec Dieu de deux manières.


1. Elle a effacé le péché qui avait fait de la race humaine l'ennemie de Dieu, comme il est dit dans l'Écriture Sainte : "A Dieu le méchant et sa méchanceté sont pareillement haineux" (Sg. xiv. 9), et encore : "Tu hais tous les ouvriers de l'iniquité" (Ps. v. 7).

Deuxièmement, la Passion était un sacrifice des plus acceptables pour Dieu. C'est en effet l'effet particulier du sacrifice d'être lui-même une chose par laquelle Dieu est apaisé : tout comme un homme remet les offenses faites contre lui pour une reconnaissance, agréable à lui, qui est faite. D'où il est dit : "Si le Seigneur t'excite contre moi, qu'il accepte le sacrifice" (1 Rois xxvi. 19). De même, la souffrance volontaire du Christ était une si bonne chose en soi, qu'au nom de cette bonne chose que l'on trouve dans la nature humaine, Dieu s'est plu au-delà de la totalité des offenses commises par l'humanité entière, en ce qui concerne tous ceux qui sont liés au Christ dans sa souffrance par la foi et par la charité.

Lorsque nous disons que la Passion du Christ nous a réconciliés avec Dieu, nous ne voulons pas dire que Dieu a recommencé à nous aimer, car il est écrit : "Je t'ai aimé d'un amour éternel" (Jr. xxxi. 3). Nous voulons dire que par la Passion la cause de la haine a été enlevée, d'une part par l'élimination du péché, d'autre part par la compensation d'un bien plus qu'acceptable.


2. En ce qui concerne ceux qui ont tué Notre-Seigneur, la Passion était en effet une cause de colère.

Mais l'amour du Christ souffrant était plus grand que la méchanceté de ceux qui le faisaient souffrir. Et donc la Passion du Christ était plus puissante pour réconcilier à Dieu toute la race humaine, que pour mettre Dieu en colère.


L'amour de Dieu pour nous se manifeste par ce qu'il fait pour nous. On dit que Dieu aime certains hommes parce qu'il leur donne une part de sa propre bonté, de cette vision de son essence même dont il découle que nous vivons avec lui, en sa compagnie, comme ses amis, car c'est dans cet état délicieux des choses que consiste le bonheur (la béatitude).

On dit alors que Dieu aime ceux qu'il admet à cette vision, soit en leur donnant directement la vision, soit en leur donnant ce qui les amènera à la vision comme lorsqu'il donne le Saint-Esprit en gage de la vision.


C'est de ce partage de la bonté divine, de cette vision de l'essence même de Dieu, que l'homme, par le péché, a été enlevé, et c'est en ce sens que nous parlons de l'homme comme étant privé de l'amour de Dieu.

Et dans la mesure où le Christ, en nous donnant satisfaction par sa Passion, a fait en sorte que les hommes soient admis à la vision de Dieu, c'est donc que le Christ est dit nous avoir réconciliés avec Dieu.


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