La NOUVELLE MESSE, par Louis Salleron (espagnol /français)

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Message  Monique le Mar 09 Juil 2019, 9:42 am

CHAPITRE TROIS - LA GUERRE, CAUSE DE LA SUBVERSION


Un fait général s'impose à l'esprit : la subversion liturgique, inséparable à cet égard de la crise qui touche toute l'Église, est le résultat direct de la guerre et de ses conséquences. Comment les batailles de 1940-1945 ont-elles pu graviter autour de la manière de célébrer la Messe, de la disparition du chant latin et grégorien, et de tous ces changements ?

Cependant, la relation est étroite et indéniable.

La guerre de 1914-1918 n'était qu'une guerre civile européenne. Quel que soit le nombre de nations dans le monde qui sont finalement intervenues, le conflit s'est déroulé, avant tout, en Europe, et la victoire, en tant que coalition, était avant tout la victoire de la France, qui avait dirigé cette coalition et qui avait porté le poids des hostilités.

D'autre part, la guerre de 1940-1945, bien qu'elle ait pris naissance en Europe, est progressivement devenue une guerre mondiale, avec des champs de bataille dans le monde entier. Bien que le triomphe ait été aussi celui d'une coalition, et que l'axe de ce triomphe ait été l'Angleterre, seule à un moment donné contre l'Allemagne, la véritable nation victorieuse a été les États-Unis, avec le soutien de l'URSS, pays à moitié étranger à l'Europe pour sa géographie, son histoire et, surtout, pour son isolement où il se trouve depuis 1917.

Ses libérateurs, grâce à la victoire, étaient ses occupants. Or, toute occupation d'armées victorieuses signifie l'importation des idées de l'occupant. Cela arrive même lorsque l'occupant est un ennemi détesté. Quand Napoléon a occupé l'Europe, il n'était pas voulu, mais il a introduit en Europe les idées de la Révolution française. Quand l'occupant est le libérateur, ses idées sont mieux reçues. Il n'y a pas d'exception à ce phénomène.

Bien sûr, il faut distinguer l'occupation soviétique, qui a remplacé une servitude par une autre, de l'occupation américaine, qui était vraiment libératrice. Mais cette différence fondamentale ne fait que mettre encore plus en évidence le fait que nous analysons. D'une part, l'URSS a divisé l'Europe en deux, ce qui a entraîné l'affaiblissement de l'Europe. D'autre part, l'Europe occidentale, sous l'influence directe des États-Unis, n'a pas cessé de souffrir indirectement de l'influence soviétique. Cette influence indirecte est très faible en Allemagne, à cause de l'amputation de son territoire et des souvenirs de la guerre ; en revanche, elle a été beaucoup plus marquée en Italie et en France, pays de tradition catholique, parce qu'ils n'ont vu en URSS que le pays qui a le plus contribué à leur libération et que les courants révolutionnaires provoqués par le traumatisme d'une guerre longue et effroyable ont naturellement trouvé dans le pays de la révolution communiste leur référence.

Ajoutons que, si la guerre de 1914-1918 avait déjà été la guerre du droit, de la justice et de la liberté, l'idéologie n'avait été qu'un revêtement ajouté au patriotisme. Mais la guerre de 1940-1945 a eu dès le début un aspect idéologique international. C'était la guerre de la démocratie contre le "fascisme." Les États-Unis et l'URSS étaient les soldats de la démocratie, et Roosevelt voyait en "l'oncle Joe" un démocrate caractérisé.

L'Europe libérée, l'Europe sauvée, a aussi été vaincue. Parce que l'Europe démocratique ne s'était pas libérée de l'Europe fasciste par ses propres forces. Elle avait été libérée par les forces de la démocratie américaine et soviétique. En confessant une fois de plus les valeurs de la démocratie à partir de 1945, l'Europe a confessé les valeurs de la démocratie américaine et de la démocratie soviétique.

Après la guerre, l'Europe a tenté de restaurer ses propres valeurs. Et comme ses valeurs politiques ont été submergées par celles de l'Amérique du Nord et de l'URSS, elle a fait appel à ses valeurs les plus profondes, les plus anciennes et les plus sûres : les valeurs du catholicisme. C'est le magnifique effort de Robert Schuman, Adenauer et De Gasperi, qui n'a pu être réalisé. Disons simplement qu'il a échoué.

Pendant que l'Europe se contractait et se désintégrait sur le continent, elle perdait son empire mondial. Sous les coups communs de l'Amérique du Nord et de l'URSS, toutes ses colonies, tous ses territoires d'outre-mer ont déclaré leur indépendance et se sont associés, mal ou bien, aux puissances libératrices. Vingt ans après la guerre, l'Europe a été réduite à sa plus simple expression, à l'intérieur comme à l'extérieur, et par rapport à ce qu'elle était avant, elle était plus ou moins devenue ce que l'Autriche était devenue par rapport au Saint Empire.

Comment l'Église ne pourrait-elle pas subir le contrecoup de cette mutation ?

En effet, le christianisme transcende les nations, les continents et les civilisations. Mais le christianisme a une histoire, et cette histoire est liée aux structures. Maintenant, l'histoire du christianisme a développé ses structures à partir de Rome. Le christianisme a donné vie à la civilisation occidentale, qui était la civilisation de l'Europe, et de l'Europe il s'est répandu dans le monde, à l'exception de quelques courants primitifs qui se sont perdus en Asie et en Afrique.

A SUIVRE...
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Message  Monique le Ven 12 Juil 2019, 8:44 am

Le catholicisme romain subit ainsi le choc de l'Europe. Les idéologies de l'URSS et des États-Unis l'ont pénétré en même temps qu'elles ont pénétré en Europe, quel miracle devrait le rendre immunisé ?

L'idéologie de l'URSS était le communisme athée. En tant que communiste, il a servi de véhicule pour le sens du collectif, du communal, du collégial. Ce sont des notions catholiques, mais dans une autre approche, une autre philosophie, une autre doctrine. Les notions catholiques sont donc destinées à entrer en contact avec les notions soviétiques. C'est ce qui a été réalisé, dans tous les domaines, à toutes les étapes. C'était d'autant plus fatal que le communisme, à bien des égards, avait copié le catholicisme. C'était une sorte de catholicisme inversé. Pie XI, en la déclarant intrinsèquement perverse, a dit que c'est "une falsification de la rédemption des hommes". Mais c'est aussi une falsification de l'Église. Il est facile de se laisser emporter par les imitations, surtout lorsqu'elles peuvent se vanter d'une puissance technique extraordinaire. Les catholiques, sensibles à la condamnation du profit, admiraient la direction collégiale d'une société si vigoureuse, pourquoi ne pas donner à l'Église une direction collégiale, et pourquoi la condamnation évangélique de Mammon ne serait-elle pas rendue plus explicite dans la condamnation du capitalisme, identifié à la civilisation occidentale ? En un mot, nous avons vu le marxisme devenir une sorte de seconde doctrine sociale de l'Église, nous avons vu le syndicalisme chrétien se débarrasser d'une épithète honteuse pour mieux embrasser la lutte de classe, nous avons vu la bureaucratie et la technocratie prospérer comme aux États-Unis. Nous avons vu l'Église devenir une communauté et une collégiale de la base au sommet, nous avons vu le marxisme devenir une espèce de seconde doctrine sociale de l'Église, nous avons vu le syndicalisme chrétien se débarrasser d'un épithète honte pour mieux embrasser la lutte de classe, nous avons vu la bureaucratie et la technocratie prospérer l'U.R.S.S. sur les traces de la collégialité, nous avons vu la révision de la vie se développer selon le modèle de l'autocritique, nous avons vu le mouvement policier "Pax" exalté dans les nuages par la presse catholique non officielle contre le cardinal Wyzsinsky, nous avons vu.... Ce que nous n'avons pas vu et vu jour après jour ! Même dans la liturgie, où la messe, pour avoir un caractère plus communautaire, doit s'inspirer un peu de la ferveur communiste.

En tant qu'athée, l'idéologie communiste a fait son chemin dans la conscience catholique. Si un pays qui envoie des fusées sur la lune nous dit qu'il n'y a pas de Dieu, comment pouvons-nous croire qu'il existe ? À tout le moins, elle doit être très différente du Dieu des chrétiens. Un grave problème sur lequel les théologiens s'appuient un peu plus chaque jour.

Quant à l'idéologie américaine, c'est le libéralisme protestant. Il a admis le Dieu des chrétiens. Il admet tous les dieux. C'est le Panthéon. Le Dieu des Catholiques ne s'est jamais installé au Panthéon. Refuseriez-vous la liberté ? L'Amérique nous a apporté la liberté religieuse et, puisque nous voulions être chrétiens, le libéralisme protestant.

Ce libéralisme était d'autant plus bienvenu que le protestantisme était déjà profondément enraciné en Europe : en Angleterre, dans les pays nordiques, en Allemagne et en partie en France. Par la voie de l'œcuménisme, le protestantisme a donc pénétré le catholicisme par la force.  Il y a plus de deux siècles, Montesquieu disait : "La religion catholique détruira la religion protestante, puis les catholiques deviendront protestants.'' La première partie de sa prédiction s'est avérée inutile. Les catholiques sont devenus directement protestants. Au moins, ils ont pris au protestantisme tout ce qui n'affectait pas directement le dogme. Le premier signe de protestantisme fut l'abandon de la soutane par les prêtres. Avec tout le succès que l'on connaît, le procès civil s'appelle clergyman. C'était pour avouer franchement l'importation anglaise et nord-américaine. Mais à ce signe extérieur s'ajoutent immédiatement des signes plus sensibles et plus proches de la vie intime du catholicisme. La liturgie, surtout, a été envahie par les rites, les coutumes et les idées du protestantisme : langage vulgaire, primauté de la parole, dépossession des églises, etc. En même temps, la théologie catholique a ouvert de grandes portes à la théologie protestante, d'abord à celle de Luther, qui est devenu une sorte de père de l'Église, puis à celle des modernes, surtout allemands, mais aussi anglais et nord américains. On ne parle que de Barth, Bultmann, Bonhoeffer, Robinson, Tillich, dans un extraordinaire arc-en-ciel d'idées allant d'un christianisme très certain à un athéisme pur, passant par tous les fantasmes et imaginations de tout interprète à sa manière de la Bible ou de tout fondateur d'une nouvelle religion.

On aurait pu penser que l'influence soviétique et l'influence américaine seraient partiellement neutralisées, étant donné l'opposition apparente de l'URSS aux États-Unis. Mais cette opposition est plutôt une rivalité qui fait référence à des formes de vie politique et économique. Il n'est certainement pas possible d'identifier les deux pays, mais leur philosophie profonde est la même, du moins en termes d'humanisme démocratique. L'humanisme athée en URSS, l'humanisme déiste en URSS, l'humanisme déiste aux USA ; mais Pascal a déjà souligné la similitude qui existe entre l'athéisme et le déisme sans dogme. En réalité, entre le matérialisme professé par l'athéisme soviétique et le matérialisme latent du déisme américain, il existe de profondes affinités. Le dénominateur commun de leurs religions respectives est un anthropocentrisme caractérisé qui s'oppose radicalement au théocentrisme catholique. La même doctrine d'immanence sous-tend cet anthropocentrisme face au transcendantalisme chrétien. Teilhard de Chardin symbolise la convergence des courants soviétique et nord-américain. Son monisme immanent est en harmonie avec l'athéisme du premier et le déisme du second. Il suffit de changer l'étiquette de la bouteille pour que le contenu soit acceptable pour les deux. Et ce contenu, à cause de l'étiquette originale de l'auteur, semble convenir aux catholiques eux-mêmes. Nous sommes plongés dans cette confusion.

Le Concile est intervenu, dont le but, proclamé par Jean XXIII, était de procéder à l'aggiornamento de l'Église, c'est-à-dire de la situer par rapport aux nouveaux courants afin de se définir à nouveau par rapport à eux et de retenir d'eux ce qui pourrait être retenu.

A cette fin, un certain nombre de textes ont été préparés qui devaient être discutés par les Pères conciliaires.

Vous savez ce qui s'est passé. Dès la première session, le 13 octobre 1962, le cardinal Liénart a voté une motion pour une période de réflexion et d'accord entre les groupes d'évêques. Les Allemands, les Néerlandais, les Belges et les Français ont accepté de présenter des listes de rapporteurs préparés de longue date. Ils ont réussi à les imposer sans grande difficulté et ont assumé la direction du Concile.

Pour éviter tout conflit avec les définitions dogmatiques, il a été déclaré que le Concile serait essentiellement "pastoral" et a commencé par la liturgie. Lex orandi, lex credendi. Avec la modification des rites, il était facile d'introduire des changements de mentalité sans provoquer de problèmes de foi.

En ce qui concerne la Messe, quatre siècles de travaux préparatoires étaient disponibles : ceux du luthéranisme, du calvinisme, de l'anglicanisme et du jansénisme, qui avaient trouvé leur expression atténuée en 1786 au Synode de Pistoia. La bulle de Pie VI, Auctorem fidei, condamne les propositions du synode du 28 août 1794. Mais en 1962, le temps était venu. A la lumière du protestantisme anglo-saxon et du communisme soviétique - les triomphants de la grande guerre - il serait enfin possible de consacrer l'œuvre des précurseurs sans mettre sur la table le Concile de Trente. Le siège de la Messe commença.


A SUIVRE.... Section II - L'abandon du latin

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"Pour éviter d'entrer en conflit avec les définitions dogmatiques, il a été déclaré que le Concile serait essentiellement"pastoral" et a commencé par la liturgie. Lex orandi, lex credendi, Avec la modification des rites, il était facile d'introduire des changements de mentalité sans créer de problèmes liés à la foi".
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Message  Monique le Lun 30 Sep 2019, 9:52 am

Section II - L'abandon du latin


Dans le domaine liturgique, l'abandon du latin synthétise la défaite de Rome, conséquence de la défaite de l'Europe.


Les catholiques français ont tendance à s'en féliciter. Il ne fait aucun doute que, du moins jusqu'à ce jour, une majorité approuve l'introduction du français à la messe. Mais pourquoi ?


Pour des raisons très simples, qui se réfèrent au conditionnement. Où trouver une population qui résiste à la presse unanime, sans parler de la radio et de la télévision ? Les arguments utilisés sont ceux qui convainquent la foule. On dit : c'est le progrès, il faut sortir du Moyen Âge, qui voudrait s'opposer au progrès ? Nouveauté, changement, mode sont toujours une séduction, qui voudrait prendre le parti des pastistes, des rétrogrades, des réactionnaires, des traditionalistes ? Évidemment, il vaut mieux être pour la réforme, la révolution, le futur, demain.


Il est dit aussi : "C'est pour que la religion soit intelligible, pour que vous la compreniez et que vous puissiez ainsi mieux participer aux cérémonies du culte.'' Comment pouvons-nous rejeter cet appel, qui flatte l'intelligence ? Si nous sommes adultes, on en déduit que nous devons appeler Dieu par son nom et lui parler sur un pied d'égalité, comme des personnes libres et intelligentes capables de dialoguer sur le même plan.


On dit aussi : "Le latin n'est connu que d'une minorité de privilégiés ; maintenant, l'Église est l'Église des pauvres, sa prière est pour le monde entier et non pour ceux qui ont eu la possibilité de faire des études supérieures". Là aussi, l'argument est irrésistible. Elle flatte à la fois la tendance à moins d'efforts et le sentiment d'égalité. En ce siècle de démocratie, le latin est un défi pour le peuple et pour la quantité.


Toutes ces raisons semblent si pressantes, si évidentes, qu'un bon nombre de catholiques sont étonnés d'avoir pu assister à la messe en latin il y a encore quelques années. Ils ne sont pas convaincus que leurs parents, grands-parents et ancêtres aient pu participer pendant des siècles à une liturgie —qu'ils croyaient— aussi étrangère qu'incompréhensible. Il vaudrait mieux qu'ils se demandent pourquoi et comment le catholicisme peut être si vivant à l'époque latine et si les raisons qui font que le latin n'est pas un obstacle à la foi n'ont aucune valeur à notre époque. Ils pourraient aussi se demander si la fraîcheur de la nouveauté qu'aujourd'hui (pour ceux qui l'aiment) les cérémonies tout en français présentes, ne passera pas rapidement, repensant, dans son caractère durable et fondamental, le problème de la meilleure répartition entre latin et langue vernaculaire dans la liturgie.


A SUIVRE... JEAN XXIII ET LE LATIN
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Message  Monique le Mar 08 Oct 2019, 9:14 am

JEAN XXIII ET LE LATIN


Pourquoi le latin ? Nous pourrions l'expliquer en détail. Mais il vaut mieux laisser parler Jean XXIII, qui l'a dit dans la Constitution Veterum Sapientia du 22 février 1962. En voici quelques extraits :


"Ce n'est pas sans une disposition de providence divine que ce langage, qui a réuni pendant des siècles une vaste fédération de peuples sous l'autorité de l'Empire romain, est devenu le langage propre du Siège apostolique et qui, transmis à la postérité, a constitué un lien étroit d'union parmi les peuples chrétiens d'Europe.


"En fait, le latin, de par sa nature même, est parfaitement adapté à la promotion de toutes les formes de culture dans tous les peuples. En effet, elle ne suscite pas la jalousie, elle est impartiale envers toutes les nations, elle n'est le privilège de personne, elle est acceptée par tous, comme une amie. De plus, il ne faut pas oublier que le latin a un cachet caractéristique : il a "un style concis, varié, harmonieux, plein de majesté et de dignité" (Pie XI), qui incite inimitablement à la précision et à la gravité.


"Pour ces raisons, le Siège apostolique a toujours été zélé pour le maintien du latin et a toujours considéré que "ce magnifique vêtement de la doctrine céleste des saintes lois" (Pie XI) était digne d'être utilisé par ses ministres. En effet, les ecclésiastiques, quelle que soit leur nationalité, peuvent, grâce au latin, apprendre facilement ce qui vient du Saint-Siège et communiquer entre eux ou avec lui.


"Ce langage est lié à la vie de l'Église et "ses connaissances, acquises par l'étude et l'usage, intéressent les sciences humaines et la littérature, mais plus encore la religion" (Pie XI), reprenant les termes de Notre prédécesseur de la mémoire immortelle, Pie XI, qui, en donnant des arguments en sa faveur, a souligné trois qualités qui rendent ce langage particulièrement adapté à la nature de l'Église : "En effet, l'Église qui rassemble en son sein toutes les nations est destinée à durer jusqu'à la consommation des siècles ( ?)....), a besoin, par sa nature même, d'un langage universel, définitivement façonné, qui ne soit pas un langage vulgaire".


"Puisqu'il est nécessaire que " toute l'Église soit unie " (saint Irénée) à l'Église romaine, et que les Souverains Pontifes ont " un pouvoir vraiment épiscopal, ordinaire et immédiat sur chaque Église, sur chacun des pasteurs et des fidèles " (Cod. 1.C.), quels que soient leur rite, nationalité ou langue, il semble hautement souhaitable qu'il existe un instrument de communication universelle et uniforme, surtout entre le Saint Siège et les Églises du rite latin. C'est pourquoi, que ce soit les Papes, s'ils veulent transmettre un enseignement aux peuples catholiques, ou les dicastères de la Curie romaine, s'ils doivent traiter d'une question, ou publier un décret intéressant pour tous les fidèles, ils utilisent toujours le latin, que de nombreuses nations écoutent comme la voix de leur mère.


"Le langage de l'Église doit être non seulement universel mais aussi immuable. En effet, si les vérités de l'Église étaient confiées à certaines ou à beaucoup de langues modernes changeantes, dont aucune n'a plus d'autorité que les autres, ce serait évidemment une variété telle que la signification de ces vérités ne serait pas suffisamment claire ou précise pour le monde entier, et, de plus, aucune langue ne pourrait servir de règle commune et stable pour juger la signification des autres. D'autre part, le latin, longtemps à l'abri de l'évolution que l'usage quotidien introduit généralement dans le sens des mots, doit être considéré comme fixe et immuable, puisque les nouveaux sens que certains mots latins ont acquis pour répondre aux besoins de développement, d'explication et de doctrine chrétienne se sont stabilisés depuis longtemps.


"Enfin, l'Église catholique, fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, surpasse de beaucoup en dignité toutes les sociétés humaines, et il est juste qu'elle utilise un langage qui n'est pas vulgaire mais noble et majestueux.


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Message  Monique le Sam 12 Oct 2019, 3:58 pm

"D'autre part, le latin "qui peut à juste titre être appelé langue catholique" (Pie XI), parce qu'il a été consacré par l'usage ininterrompu qui en a été fait par le président apostolique, mère et éducateur de toutes les Églises, doit être considéré comme un "trésor inestimable" (Pie XII), et comme "une porte permettant à tous d'accéder directement à la vérité chrétienne transmise depuis l'antiquité et aux documents de la doctrine de l'Église" (Léon XIII) : Elle constitue donc un lien précieux qui unit suprêmement l'Église d'aujourd'hui à celle du passé et à celle du futur...


"C'est pourquoi nous avons décidé d'adopter des mesures appropriées, énoncées dans ce document solennel, afin que l'usage ancien et ininterrompu du latin puisse être pleinement maintenu et rétabli là où il est presque tombé en désuétude...


"...Après avoir examiné et pesé toutes choses, dans la conscience certaine de Notre fonction et de Notre autorité, Nous décidons et ordonnons ce qui suit :


I. - "Les évêques et les supérieurs généraux des ordres religieux veilleront à ce que, dans leurs séminaires et dans leurs écoles, où les jeunes se préparent au sacerdoce, tous prennent à cœur la volonté du Siège apostolique sur ce point, et observent scrupuleusement Nos prescriptions énoncées ici.


II. - ''Ils veilleront avec une sollicitude paternelle à ce qu'aucun de leurs subordonnés, par affection pour la nouveauté, ne s'exprime contre l'usage du latin, que ce soit dans l'enseignement des sciences sacrées ou dans la liturgie, ou pour que, par préjudice, ils ne diminuent pas la volonté du Siège apostolique sur ce point ou ne changent son sens.


VI - ''Le latin est la langue vivante de l'Église. (...)


...Nous aimons et nous ordonnons, par Notre autorité apostolique, que tout ce que Nous avons établi, décrété et ordonné dans cette Constitution soit définitivement ferme et décrété, nonobstant toutes choses contraires, même celles qui méritent une mention particulière.


"Donné à Rome, à Saint-Pierre, en la fête de la Chaire de l'Apôtre Saint-Pierre, le 22 février 1962, le quatrième de notre pontificat. — Jean XXIII.



C'est donc ce que le Pape a dit. Pas un pape d'il y a mille ans, ou cinq cents ans. Pas un pape du XIXe siècle ou du début du XXe, mais le pape de Vatican II, Jean XXIII, et il l'a dit il y a moins de dix ans. Et il ne l'a pas dit quand il est passé, dans un discours improvisé, mais dans une Constitution solennelle qu'il a personnellement promulguée, à Saint-Pierre, en présence de quarante cardinaux et je ne sais pas combien d'évêques, prêtres et notabilités romains.


Alors que s'est-il passé ?


Il arrive que des siècles de tradition, la pensée de tous les Papes et de Jean XXIII, le Pape du Concile, et enfin le Concile lui-même, dont la Constitution liturgique prescrit expressément que " l'usage de la langue latine sera préservé, dans les rites latins, sauf pour les lois particulières " (art. 36), il arrive que tout cela se fissure sous la pression des idéologies que les armées russe et nord-américaine ont introduit dans l'Europe ravagée et l'Église secouée après les dernières guerres.


A SUIVRE... LA PENSÉE DE PAUL VI
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Message  Monique le Dim 20 Oct 2019, 11:31 am

LA PENSÉE DE PAUL VI


Mais ils nous diront : le pape actuel, Paul VI, qu'en pense-t-il ?

La question est sérieuse et mérite d'être examinée.

Il est vrai que les actions de Paul VI en surprennent plus d'un. Dans un article d’Études (juillet-août 1967, p. 81), le P. Rouquette raconte les paroles d'un ami romain, réel ou imaginaire, selon lequel " bien que les paroles de Paul VI soient généralement des avertissements contre les excès de la réforme, la plupart de ses décisions vont dans le sens de cette réforme ". (Il s'agit de la réforme de l'Église dans son ensemble, pas seulement de la réforme liturgique.) Ces mots correspondent à une impression assez générale.

Que penses de ça ?

Pour ma part, cela inspire beaucoup de choses, très diverses, et j'aurais besoin de beaucoup de nuances pour les exprimer correctement.

Tout d'abord, il faut dire que c'est le pape qui réforme. Il n'est pas "dans le sens" d'une réforme qui lui serait proposée ou imposée. C'est lui qui réforme. L'ami romain de Rouquette pense probablement à la réforme conciliaire, que le pape n'aurait qu'à réaliser. Mais la réforme conciliaire est celle du Concile avec le pape, c'est celle des textes votés par le Concile et promulgués par le pape. Le pape dirige la réforme de bout en bout. C'est lui qui donne un sens à la réforme. Ce n'est pas qu'il tienne compte de ce sens, qui lui serait indiqué par des interprètes qualifiés auxquels le pape devrait se soumettre.

L'ami romain de Rouquette considère que le sens de la réforme est celui de "la majorité", c'est-à-dire, en dernier ressort, qu'un immense appareil de pression entend faire prévaloir comme voix du peuple de Dieu et que, par exemple, dans le domaine liturgique, il conduirait à l'abolition totale et définitive du Latin ainsi qu'au bouleversement radical de la messe et, plus généralement, au rejet de toute la tradition catholique. Le sens de la réforme serait, en bref, la révolution.

La vraie question ici n'est pas de savoir si Paul VI va ou non dans la direction de la réforme souhaitée par les innovateurs, mais quelle est sa pensée personnelle et sur quelles voies il entend prendre l'Église.

Cette question se pose surtout en ce qui concerne l'extension du vernaculaire à toute la messe. C'est une réforme qui répond au désir des innovateurs, mais qui contredit l'esprit et la lettre de la Constitution sur la liturgie. Or, le fait est que Paul VI ne l'a pas empêché. Tacitement, du moins, il l'a approuvé, c'est-à-dire que, dans sa souveraineté pontificale, il a partiellement aboli un texte conciliaire. Il ne peut y avoir aucun doute quant à son droit. Mais le paradoxe de la situation est que dans son attitude on ne voit pas la plénitude de l'exercice de son droit : ce qu'on voit, au contraire, c'est le triomphe des réformateurs qui auraient été assez puissants pour soumettre la volonté du Pape à sa propre volonté.

A SUIVRE...
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Message  Monique le Dim 27 Oct 2019, 3:52 pm

Le pape a-t-il cédé ? ou a-t-il mené à bien une réforme qu'il était personnellement déterminé à mener à bien ?

Personne ne peut répondre à ces questions avec une certitude absolue. Mais on peut deviner. Tout d'abord, en ce qui me concerne, je suis convaincu que la volonté du pape n'a cédé devant aucune autre volonté. Ce n'est rien de plus qu'une conviction personnelle, mais pleine et entière. Le pape sait ce qu'il veut, et il voulait certainement faire ce qu'il a fait.

Dans quel but ? Il y a plutôt quelque chose que nous pouvons nous demander.


Une première hypothèse me vient immédiatement à l'esprit. Le Pape, sans être personnellement d'accord avec l'abandon du latin et d'autres mesures révolutionnaires du même genre, considère que le temps n'est pas venu d'interrompre une évolution post-conciliaire dont il dénonce par contre les excès et les abus. Cánovas del Castillo a défini la politique comme l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. Ce qui est nécessaire n'est pas toujours possible. Pour qu'il en soit ainsi, il est souvent nécessaire que les parties intéressées en soient conscientes, ce qui implique du temps, des troubles, des échecs. En tant que dirigeant responsable de cette société gigantesque qu'est l'Église et qui, tout en étant totalement divine, est aussi humaine, le Pape, pour gouverner, doit prendre en compte les lois psycho-sociologiques qui régissent tous les groupes humains. Peut-être croit-il donc qu'il est nécessaire d'attendre pour qu'un jour ce qui est nécessaire devienne possible.


La deuxième hypothèse découle du tempérament démocratique de Paul VI. Sans faire de concessions aux dogmes de la démocratie - ce qui est exclu - il ne veut pas être indifférent aux courants de nombre et d'opinion. Sans aucun doute, il entend aussi faire prendre conscience aux assemblées de leur responsabilité. Cela s'est apparemment vu dans la messe normative. Le Pape aurait pu l'interdire depuis le Concile. Mais il voulait que le Synode en ait la preuve. Et le Synode a hésité.


La troisième hypothèse va beaucoup plus loin.


Jean Guitton se vante d'avoir prédit, avant l'élection du cardinal Montini au trône de saint Pierre, que s'il avait été choisi, il aurait pris le nom de Paul, car il voulait être l'apôtre des nations. Dans ses Dialogues avec Paul VI, il insiste longuement sur la modernité de Paul VI :


"L'homme moderne y est proposé. C'est extraordinaire. Parce que les papes, en tant que guides et chefs de l'humanité, n'ont pas la tâche de se rendre semblables à l'homme de leur temps, surtout à cet homme désemparé qui est l'homme de notre temps (....)


"Les papes des temps récents ont su aimer et aider l'homme moderne, mais leur sensibilité profonde n'était pas en accord avec la sensibilité moderne. Pie XI était solide, carré, montagneux ; Pie XII avait la fermeté romaine, l'ardeur mystique, le génie humaniste : ressentait-il les choses comme un homme moderne ? Quant à Jean XXIII, si moderne dans ses perspectives, il n'était pas moderne dans ses nerfs et sa substance. Son journal spirituel le prouve bien (...)


"Ce n'est pas la même chose avec Paul VI : nous sommes en présence d'un tempérament moderne. C'est la nature de beaucoup de nos penseurs, surtout de nos artistes : ce pape ne se contente pas de penser comme nous, ce qui est facile pour une intelligence, mais il sent, est angoissé, souffre comme nous. De ce point de vue, sa ressemblance avec saint Paul émerge. Saint Paul avait beaucoup de traits de ce qu'on appelle la "modernité" : il se réjouissait de ses faiblesses, se confessait déchiré, tenté, faible, peu sûr de lui. Paul VI porte dans sa nature cette ressemblance à l'homme de ce temps, dans son aspiration et aussi dans son tourment.


"Mais l'œcuménicité de l'Église catholique implique qu'elle permet à tous les tempéraments de vivre en son sein et de s'épanouir, comme elle doit rassembler "tous les peuples", comme elle rassemblera un jour toutes les Églises. Chaque personnage est l'image d'un peuple.
(p. 133-134).


Le portrait lui ressemble-t-il ? Nimis bene de me scripsisti, dit Paul VI à Jean Guitton. Quoi qu'il en soit, nous trouvons peut-être dans la vocation paulinienne du Pape le secret d'une audace volontaire pour lancer la semence chrétienne en terre inconnue. Ce qui, dans une première hypothèse, peut nous apparaître comme un acte de gouvernement, dans une autre hypothèse, peut être interprété comme un pur acte de foi dont la témérité semble remettre en cause toute prudence du gouvernement.


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Message  Monique le Sam 02 Nov 2019, 8:53 am

On remarquera que la modernité de Paul VI, sa volonté de rencontrer les païens, son œcuménisme, se retrouvent dans son goût pour le dialogue. Jean Guitton y fait également référence : "Le dialogue de Paul VI est bien plus que du dialogue ! En lui, ce mot devient le mot miroir de tout, un soleil, un axe, une charnière, une fontaine, une maison, un mystère, une somme de pensées, un monde de possibilités. Son pontificat a déjà une étiquette pour l'histoire : quoi qu'il arrive, échec ou succès, le pontificat de Paul VI sera le pontificat d'un pape qui aura effectivement essayé de dialoguer avec tous les hommes" (p. 196).


Le dialogue, pour le quotidien de la vie, présuppose habituellement le même langage commun. Mais lorsqu'il devient un mot miroir de tout, soleil, axe, charnière, source, maison, mystère, somme des pensées, monde des possibilités, il peut accueillir une diversité de langues même s'il n'est pas postulé par lui, dans lequel chaque peuple et chaque individu se sent plus sûr de lui-même si sa parole est celle de ses origines. C'est sans doute la raison pour laquelle Paul VI fait prévaloir la diversité sur l'unité.


Le 7 mars 1965, Paul VI déclarait aux fidèles pressés sur la place Saint-Pierre : "L'Église fait un sacrifice en renonçant au latin, le langage sacré, beau, expressif, élégant. Elle a sacrifié des siècles de tradition et d'unité linguistique au nom d'une aspiration toujours plus grande à l'universalité.''


Ce "sacrifice", dans l'esprit de Paul VI, semble définitif. Il l'expliqua de nouveau le 26 novembre 1969 en présentant le nouveau rite de la messe : "Ce ne sera plus le latin, mais le langage ordinaire, la langue principale de la messe. Pour quiconque connaît la beauté, le pouvoir du latin, sa capacité à exprimer des choses sacrées, ce sera certainement un grand sacrifice que de le voir remplacé par le langage ordinaire. Nous perdons la langue des siècles chrétiens, nous devenons des intrus et des profanes dans le domaine littéraire de l'expression sacrée. Nous perdons ainsi une grande partie de cette admirable et incomparable richesse artistique et spirituelle qu'est le chant grégorien. Nous avons certainement raison de ressentir une grande tristesse et presque une perturbation..."


Ses paroles sont si fortes  — il faut les relire  — qu'on ne peut que se poser la question : mais alors, pourquoi ?


''La réponse semble triviale et prosaïque, dit Paul VI, mais elle est bonne parce qu'elle est humaine et apostolique. La compréhension de la prière est plus précieuse que les vêtements de soie dont elle est majestueusement ornée. Ce qui est plus précieux, c'est la participation des gens, des gens d'aujourd'hui qui veulent qu'on leur parle clairement, d'une manière intelligible qui puisse être traduite dans leur langue profane. Si la noble langue latine nous séparait des enfants, des jeunes, du monde du travail et des affaires, si c'était un écran opaque au lieu d'être un verre transparent, nous, les pêcheurs d'âmes, ferions-nous un bon calcul en préservant son exclusivité dans le langage de la prière et de la religion ?''


C'est donc l'argument de l'intelligibilité (source de participation) qui anime Paul VI. Nous avons déjà dit ce qu'il fallait en penser, et ce que l'Église en a pensé pendant de longs siècles.


Notons toutefois deux points.


En premier lieu, toujours équilibré, Paul VI déclare, d'une part, que le langage actuel remplacera désormais le latin dans la messe et, d'autre part, que le latin n'aura plus d'"exclusivité" dans la prière et la religion. Le calcul de la partie respective des deux langues est erroné, même si la volonté pontificale ne laisse aucune place au doute : il veut le langage ordinaire.


En second lieu, le Pape donne son slogan dans les allocutions. Mais les allocutions ne sont pas des décisions. Le pape indique une préférence personnelle, mais ne révoque pas comme il a le droit de le faire, la Constitution conciliaire sur la liturgie. Cela reste la loi, et c'est nécessairement la loi qui prive. Il faut donc espérer qu'il y reviendra.


A SUIVRE... IMPORTANCE DU LATIN
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Message  Monique le Dim 10 Nov 2019, 11:07 am

IMPORTANCE DU LATIN


Il s'agit d'une question d'une extrême importance en soi et dont beaucoup d'autres dépendent. En octobre 1967, pendant le Synode, il y a eu un "congrès des laïcs" à Rome. D'où venaient ces laïcs ? Qui les avait représentés ? Qui a payé leur voyage ? Nous ne le savons pas. Votre congrès, si l'on en croit les journaux, a été un beau spectacle où la politique et la révolution ont occupé plus de place que la religion. Mais il y a eu un moment - toujours d'après les journaux - qui a été passionnant dans ce congrès : lorsque les membres du Congrès ont chanté le Credo ensemble. Au milieu du désordre de leurs actions et de leurs paroles, ils retrouvèrent cette unité qu'était l'unité catholique. Sans le Credo, ils n'auraient pas donné, de bout en bout, plus de spectacle que d'anarchie. Imaginons un tel congrès dans dix ans : au rythme actuel de la "vernacularisation", nous n'aurons que l'anarchie, car aucun membre du Congrès ne saura chanter le Credo en latin.


Tel est le bénéfice (un des bénéfices) et telle est la nécessité (un des besoins) du latin.


C'est pourquoi l'observance du latin (ou grec) semble être prioritaire pour les grandes prières communes : le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus, le Pater, l'Agnus Dei. Priées ou chantées, ces prières doivent être connues de tous les catholiques, afin que, sur toute la surface de la terre, ils puissent se reconnaître et se sentir en communion à la messe.


La question du latin est trop prise comme un cas de goût personnel. Il ne s'agit pas de savoir si certains d'entre nous préfèrent entendre la messe en latin et d'autres en français. Il s'agit de savoir ce qui est mieux.


Certains demandent que dans les paroisses il y ait des messes en latin et des messes en français, afin que chacun puisse assister à la messe de son choix. Je ne dis pas que, dans les circonstances actuelles, cette formule ne vaut pas mieux que d'avoir des messes exclusivement en français (contre la Constitution liturgique et contre le désir de beaucoup). Mais cela ne peut pas être la solution valable qui dure : en effet, ses inconvénients sont nombreux. La principale serait, tout d'abord, de renforcer le français aux messes en français. Ceux qui veulent du latin se feraient dire : "Allez aux messes en latin" et cela serait utilisé pour promouvoir la "réforme" dans le secteur français. Dans les mêmes paroisses, il y aurait deux catégories de fidèles, qui risqueraient de ne pas se connaître et même de s'affronter de plus en plus, ce qui serait désastreux. Tous les fidèles ont droit au latin, dans toutes les messes, et doivent l'avoir, selon la Constitution liturgique. De plus, les messes en latin seraient la partie congrue : on pourrait peut-être dire une le dimanche, une par semaine. Cela créerait un déséquilibre dès le début. Pour diverses raisons, beaucoup de ceux qui voulaient y assister n'ont pas pu le faire. Les messes de catéchèse, les messes de jeunes seraient dites en français. En un mot, après quelques mois, ou quelques années, les quelques messes en latin qui subsisteraient seraient rarement célébrées, et cela serait considéré comme un plébiscite en faveur du français. "Vous vouliez l'expérience. Regardez le résultat ! Il n'y a que trois douzaines de rétrogradés qui vont à la messe en latin. La grande majorité, pour ne pas dire l'unanimité des fidèles, veut la messe en français.''


Non: ce n'est pas la bonne solution. La bonne solution — et il n'y en a qu'une — est de respecter la Constitution conciliaire, c'est-à-dire de ne donner aux langues vernaculaires que "la juste place" et de redonner au latin sa première place, surtout dans les grandes prières communes.


Je m'étonne que les catholiques français ne soient pas plus conscients de la catastrophe que serait — et sera peut-être malheureusement — l'abandon du latin. Ne réalisez-vous pas que l'unité catholique serait déchirée par la suppression du langage commun qui en constitue le symbole ainsi que son expression et son plus fort soutien ?

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Message  Monique le Dim 24 Nov 2019, 2:00 pm

On dit que le latin subsisterait pour les grandes cérémonies internationales, à Rome, en pèlerinage, en congrès. Mais comment pourrait-elle survivre, ou à quoi cela servirait-il si personne ne le savait déjà ? Ceux qui à Rome, à Lourdes, à Fatima, à Bombay, à Tokyo, aujourd'hui chantent ensemble le Credo, le chantent parce qu'ils le connaissent ; évidemment, ils ne le chanteraient pas s'ils ne le connaissaient pas. Et comment le sauraient-ils s'ils ne l'apprenaient pas dans le catéchisme et s'ils ne le chantent plus dans leur paroisse et lors de leur célébration nationale ?


Cette ignorance passerait naturellement du laïcat au clergé. Si les prêtres ne disent plus la messe en latin, s'ils ne prient plus le bréviaire en latin, ils ne connaîtront plus un latin qu'ils refuseront par contre d'apprendre. De même qu'il faudrait une langue internationale à Rome, de même qu'il faudrait des théologiens, des canonistes, des historiens, des exégètes, il y aurait alors deux clergés, un sage et un ignorant, ou un "classique" et un "moderne". On peut imaginer le degré de communication, de compréhension et de charité chrétienne qui existerait entre ces deux clergés. D'une part, le christianisme traditionnel ; d'autre part, le christianisme évolutif et évolutionniste : qu'arriverait-il au christianisme dans ce pays ?


Quant à la langue française elle-même, sa promotion risquerait de devenir un échec. Parce que l'italien est soutenu par Rome, l'espagnol et le portugais ont des empires linguistiques, mais le français, séparé du latin, perd sa place éminente. Pour que les langues vernaculaires réussissent, elles s'épanouiront d'une part dans la mosaïque des dialectes nationaux et des langues africaines et asiatiques, et d'autre part, elles chercheront un nouveau véhicule international qui serait probablement l'allemand pour l'Europe et d'ailleurs l'anglais pour le monde entier, le protestantisme renforçant l'utilisation de ces deux langues dans le dialogue œcuménique.


Ne nous faisons pas d'illusions : l'attaque contre le latin équivaut à l'attaque contre Rome et le catholicisme. Si le latin doit disparaître de nos églises, s'il n'est plus parlé, chanté ou entendu, la liturgie et la doctrine catholiques ne résisteront pas à la pression du monde moderne, et son seul refuge (provisoire) sera le libéralisme protestant.


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Message  Monique le Lun 02 Déc 2019, 11:15 am

Je sais qu'on nous dit aussi qu'en défendant le latin, nous défendons la civilisation occidentale et que l'Église n'est liée à aucune civilisation.


Il s'agit d'une question très complexe qui nécessiterait beaucoup de développement et d'innombrables distinctions pour être traitée en conséquence. Contentons-nous de souligner quelques points.


Tout d'abord, nous pouvons dire que de deux mille ans à cette partie, l'Église a définitivement résolu cette question. Le latin — pour ne parler que du latin — a affirmé son unité, mais dans le secteur très restreint lui-même, dans lequel cette unité devait être affirmée. Pour le reste, pour autant que je sache, les catholiques de chaque pays parlent leur propre langue et se développent dans leur propre civilisation.


Le seul problème est de trouver la proportion exacte qui doit régner entre la langue qui fait l'unité et les langues qui font l'universalité, entre les concepts liés au langage commun et les concepts liés aux différentes langues, entre les structures de la société ecclésiale et les structures des sociétés et civilisations séculaires. Le débat sur cette proportion, ses aspects quantitatifs et qualitatifs, reste ouvert. Il est possible d'avoir des opinions divergentes et les solutions ne doivent pas nécessairement être identiques ou immuables. Mais en ce qui concerne les Européens et les Français, il n'y a pas de problème. Ou, plutôt, elle se pose de la manière que nous avons décrite en expliquant les causes de la subversion liturgique. Notre civilisation est attaquée et nous devons nous tempérer dans nos sources, dans nos origines, dans notre tradition et dans notre histoire. Pour faire face au monde extérieur, nous devons avant tout continuer à être nous-mêmes. Nous devons le faire en tant qu'occidentaux aussi bien que catholiques. Le problème du latin, qui est le problème de notre religion, est aussi le problème de notre civilisation. Vouloir s'en séparer serait un vrai suicide.


D'accord, ils nous répondront ; mais l'Église n'est pas liée à la civilisation occidentale ; elle doit donc s'offrir également à toutes les civilisations.

Nous répétons que l'argument, ainsi présenté, prône le latin dans nos pays, puisque, si l'Église s'offre à toutes les civilisations, pourquoi voudrions-nous détruire la nôtre pour accueillir l'Église ?Comme nous l'avons déjà dit, l'Église a aussi une histoire. Le christianisme a une histoire. Sous prétexte d'égalité des civilisations, des nations et des races, va-t-on nier au peuple juif son caractère de peuple élu, va-t-on soutenir que l'Évangile a eu son berceau dans le bassin méditerranéen et que ses structures d'incarnation intellectuelle et sociale étaient la Grèce et Rome ? pour se rendre accessible à tous et s'étendre au monde, l'Église doit commencer par rompre avec sa propre histoire et, si possible, avec son existence historique ?


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Message  Monique le Dim 08 Déc 2019, 4:34 pm

D'autre part, combien de confusions sur ce concept de civilisation ! Car, s'il est vrai qu'il existe une multiplicité de civilisations sous certains aspects, il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a qu'une seule civilisation sous d'autres aspects. Cela signifie qu'à bien des égards, les diversités doivent être respectées et que, dans d'autres, l'unité est imposée, ce qui est évident. Or, il est clair que dans son développement historique, et surtout de nos jours, la civilisation occidentale a tendu et tend à révéler à chaque civilisation ses propres caractères et sa propre originalité, tout en invitant toutes les civilisations à se rassembler, à travers certains traits universels, en une seule civilisation. Les deux agents les plus efficaces des évolutions et mutations les plus récentes sont l'Amérique et l'URSS. L'un et l'autre viennent de la civilisation occidentale, ce sont des branches de la même civilisation, ce qui fait que, d'une certaine manière, on peut dire que la civilisation occidentale s'étend aujourd'hui sur toute la planète.


Pour mieux affirmer son pouvoir, n'a-t-il pas cédé aux philosophies qui ont trop souvent sacrifié la vérité au nom de l'efficacité ? La production, l'industrie, l'argent, la matière, la science, ont utilisé à leur profit l'amour passionné du beau, du bien et du vrai. Le christianisme, qui a nourri les deux grandes philosophies dominantes, pour les suivre dans la conquête du monde, doit-il devenir un communiste athée d'une part, et un protestant libéral d'autre part ? Cela signifie qu'elle doit aussi se réaffirmer dans toute la vigueur de sa vérité originelle, modifiant, rectifiant et adaptant tout ce qui doit être modifié, rectifié et adapté, mais dans le seul but de faire ressortir toute la pureté de son message, qui n'a cessé de se communiquer au monde depuis deux mille ans.


Mais revenons à notre sujet : serait-il difficile d'amener les catholiques à respecter la Constitution conciliaire en ce qui concerne le latin (sans parler du chant grégorien) ? Pourquoi, soudainement, serait-il difficile d'accomplir ce qui a toujours été fait sans le moindre inconvénient pendant des siècles et même il y a quelques années ? Les fidèles ne demanderont rien de mieux. Si on nous objecte qu'ils ont adopté le français et qu'ils ne veulent plus le latin, on répondra que ce n'est pas vrai. Ils se contentent du français pour certaines prières ou pour certains rites où le latin peut constituer un obstacle à leur participation ; mais le rejet général du latin ne leur fait même pas oublier la pensée qui, dans ce cas, a été violée par toutes les procédures classiques de la violation des foules. Si les raisons profondes du maintien du latin leur sont expliquées, les fidèles le comprendront immédiatement et y adhéreront avec joie. Aujourd'hui, alors que les jeunes sont avant tout si sensibles à tout ce qui peut les unir au-dessus des rivalités nationales, comment ne pas ressentir le lien d'unité et de solidarité que constitue la même prière récitée dans la même langue dans toutes les parties du monde ? Si les catholiques savent que lorsqu'ils prient le Pater, ou le Credo, ils sont le même Pater et le même Credo qu'on prie dans leur pays et dans tous les pays du monde, qu'ils reconnaissent les prières dans toutes les églises chaque fois qu'ils voyagent, qu'ils pourront les prier ensemble quand ils sont dans tout lieu qui est pour toute réunion, manifestation ou cérémonie, tout cela les fera immédiatement s'accorder quant au lieu que devrait occuper le Latin dans leur religion.


Il est effrayant de penser que ces vérités élémentaires, qui ont toujours été évidentes dans l'Église, tant pour le sommet de la hiérarchie que pour les derniers fidèles, peuvent aujourd'hui être brisées par une bande de révolutionnaires dont le seul but est la destruction du catholicisme, une destruction qui, malheureusement, est entraînée par tant de bonnes âmes qui la présentent comme une rénovation.


A SUIVRE.... LEX ORANDI, LEX CREDENDI
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Message  Monique Hier à 11:37 am

LEX ORANDI, LEX CREDENDI


Nous avons fait des considérations approfondies qui, puisqu'elles se réfèrent presque exclusivement au latin, semblent oublier le reste de la liturgie.


Ils ne l'oublient pas, mais le latin est quelque chose d'essentiel parce qu'il est lié à tout le reste et nous permet de voir clairement le processus de désintégration de la liturgie. En fait, avec la suppression du latin, la rupture avec tout le passé est clairement affirmée et toutes les innovations sont laissées libres. Le latin n'est qu'une forteresse contre les extravagances. Une fois cette forteresse démolie, tout devient possible et permis, et recommandable. Depuis des siècles et des siècles d'usage l'ont rendu sacré, il suffit de l'abolir pour établir la "désacralisation" dans tous les domaines, ce qui est un objectif ouvertement avoué. Avec le sacré, le mystère disparaît aussi. Le christianisme doit être clair, intelligible, compréhensible, fonctionnel, rationnel, rationaliste. La foi doit devenir raison. Débarrassons-nous des obstacles.


Lex orandi, lex credendi. La loi de la prière est la loi de la foi. Quand la loi de la prière est multiple, diverse, babélique, comme les langues vernaculaires, nous aurons cette nouvelle religion qu'il est temps d'établir maintenant que l'homme est devenu adulte.


Dans sa conférence inaugurale au Collège de France le 3 novembre 1967, Jacques Monod, qui nous propose une philosophie de la connaissance objective, une forme sereine d'athéisme scientifique, disait en passant que "l'extrême et superbe rigidité dogmatique de certaines religions (comme l'islamisme), Le catholicisme ou le marxisme), source de leurs conquêtes dans une noosphère qui n'est plus la nôtre, devient aujourd'hui la cause d'une extrême faiblesse qui provoquera, sinon sa disparition, du moins des révisions déchirantes " (Le Monde, 30 novembre 1967). L'idée n'est pas nouvelle. L'identification des idéologies religieuses au christianisme éternel constitue le cœur même du théilhardisme et émerge dans la conscience de nombreux chrétiens. Allons plus loin : cette idée est ce qu'elle fait, ce qu'est la crise même du christianisme aujourd'hui. Il est présenté dans une gamme extrêmement ouverte, allant de l'aggiornamento légitime, au sens de Jean XXIII et du Concile, à la suppression des dogmes et à la proclamation de ce méta-christianisme avec lequel Teilhard a rêvé. La crise de la liturgie n'est que le reflet de cette crise générale, qui va aussi de la réforme indiquée par la Constitution conciliaire aux conciliations catholiques-protestantes, qui se multiplient dans l'attente du futur.


Telle est la situation.


A SUIVRE... Le désordre de la nouvelle messe. LE NOUVEAU MISSEL ROMAIN.
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