LE PÈRE PRO, martyr, 1891-1927 ( Mexique )

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Message  Roger Boivin le Ven 11 Sep 2009, 1:32 pm



LE PÈRE PRO, martyr, 1891-1927 ( Mexique ) Numari30



ANTONIO DRAGON, S. J.
__________________



Pour le Christ-Roi


MIGUEL-AUGUSTIN PRO

de la compagnie de Jésus


Exécuté au Mexique
le 23 novembre 1927


Ma vie ! mais qu'est-elle ?
ne serais-ce pas la sauver
que de la perdre pour mes frères
?

( Lettres du P. Pro, 19 février 1927. )



-
DIX-SEPTIÈME MILLE
d'après l'édition belge
-
MONTRÉAL
IMPRIMERIE DU MESSAGER
4260 rue Bordeaux, 4260
-
1929
-
De licentia Superiorum Ordinis

Imprimatur :
Mechliniae, 18 jan. 1929.
F. Tessens, Vic. Gen.

-
Conformément au décret du Pape Urbain VIII, l'auteur en employant au sujet du P. Pro,
les mots sainteté, saint, martyr, miracle, etc les décisions de la sainte Église.




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Message  Roger Boivin le Sam 12 Sep 2009, 7:50 pm


Au Souverain Pontife Pie XI

______

Le Saint-Père a promis de canoniser nos jeunes martyrs..
Les démonstrations si paternelles du Pontife romain ont fait une profonde impression sur notre peuple.


( Lettre du P. Pro, 13 nov. 1926. )



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Message  Roger Boivin le Sam 12 Sep 2009, 8:08 pm


SEGRETARIA DI STATO
DI SUA SANTITA



Dal Vaticano, le 19 décembre 1928.


Mon Révérend Père,


Sa sainteté a agréé avec une bienveillance émue l'hommage que vous Lui avez fait de la biographie du Père Miguel-Augustin Pro, de Votre Compagnie, exécuté au Mexique le 23 novembre 1927, en haine de son zèle pour le divin Roi Jésus.
Le Saint-Père vous remercie de cœur de cette preuve de vénération filiale qui est en même temps un hommage à la mémoire de ce héros du Christ-Roi, et comme gage de Sa particulière bienveillance, vous envoie bien de cœur aussi, une spéciale Bénédiction Apostolique.
Veuillez agréer, mon Révérend Père, l'assurance de mon religieux dévouement.


P. Card. Gasparri.


Très Révérend Père
Ant. Dragon, S. J.



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Message  Roger Boivin le Sam 12 Sep 2009, 8:42 pm


ARCHEVÊCHÉ DE SAINT-BINIFACE

Le 4 septembre 1928.


Mon Révérend Père,


Votre livre paraît au moment où j'adresse aux prêtres de mon diocèse une circulaire sur la persécution au Mexique.

« L'Église du Mexique, leur disais-je, souffre une persécution sanglante; des atrocités ont été commises dont Sa Sainteté le Pape Pie XI a cru devoir écrire : « Les catholiques du Mexique souffrent les pires persécutions qui aient jamais été connues dans l'histoire. Le clergé étranger a été banni de la terre du Mexique sous peine de mort; les prêtres indigènes ne peuvent exercer leur ministère, plusieurs ont été fusillés en haine de la religion. Ajoutant la lâcheté à la cruauté, le gouvernement du Mexique a calomnié ses victime avant de les exécuter. La vie des communautés religieuses est proscrite, leurs biens sont confisqués, les églises, les séminaires, les écoles et les hôpitaux sont fermés. »

L'heure ne peut être mieux choisie pour présenter votre livre aux catholiques à qui je demande des prières pour nos frères persécutés.

L'Église est la grande famille de Dieu; nous n'avons pas le droit d'être indifférents à ce que souffrent actuellement quinze millions de catholiques à qui l'on veut arracher l'amour qu'ils ont pour notre Frère ainé, le Christ Jésus !

Il faut tâcher de connaître la vie héroïque qu'ils mènent et les souffrances terribles qu'ils endurent.
Vous avez, mon révérend Père, servi la cause de l'Église en mettant devant nos yeux l'histoire du Père Miguel-Augustin Pro. Ayant connu personnellement ce grand apôtre du Christ-Roi et rencontré plusieurs témoins de sa vie et de sa mort, vous nous avez montré sa vraie figure.

L'histoire du P. Pro a été située dans le cadre de la vie mexicaine; le lecteur qui parcourra ces pages aura une idée assez complète de la persécution religieuse au Mexique; il se sentira, au contact du P. Pro, plus fort et plus fier d'appartenir à la grande famille du Christ qui produit encore des saints.

Le P. Pro passa sa vie héroïque à fortifier les âmes et à les entraîner dans l'amour du Christ-Roi; puisse votre livre continuer son œuvre !


+ Arthur,
Archevêque de Saint-Boniface ( Canada )



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Message  Roger Boivin le Sam 12 Sep 2009, 9:30 pm


INTRODUCTION


APERÇU DE L'HISTOIRE DU MEXIQUE


TROIS chapitres divisent l'histoire du Mexique.
Le premier nous est peu connu.

On a été parfois impressionné par les restes d'une civilisation matérielle assez développée; on voit encore d'énormes constructions de pierres, comparables aux travaux laissés par les Pharaons. Dès le XIVe siècle, la main puissante des Aztèques, qui venait de subjuguer quatre ou cinq peuplades, commença de bâtir la ville de Mexico; un siècle plus tard routes, pyramides, palais et temples couvraient le pays.

Mais ces races habiles honoraient leurs divinités grotesques par des sacrifices de vies humaines; les récits anciens parlent de vingt mille victimes immolées pour l'inauguration du grand temple Teocalli.

***

Fernando Cortez ouvre le second chapitre de l'histoire, en donnant le Mexique à l'Espagne en 1521.

Avec cinq hommes et sans trop de scrupule, il soumet les indigènes et établit une domination rigoureuse ( 1521 ). « Les vaincus auraient eu peine à sentir la suavité du joug des sujets de sa Majesté catholique », si l'Église n'eut tempéré les procédés des conquérants et organisé le redressement moral des Indiens.

Cependant, quelles qu'aient été les fautes des Espagnols, leur système de colonisation a donné les meilleurs résultats.

Pour les trois grandes nation qui colonisèrent le nouveau monde, le même problème se posait.

Les français, en arrivant à Québec, trouvèrent quelque vingt milliers d'indigènes; ils voulurent en faire des Français et ils échouèrent.

En abordant sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, les Anglais rencontrèrent de nombreux Indiens; ils résolurent de s'en défaire et ils réussirent.

Les Espagnols parvinrent à conserver les Indiens du Mexique en les christianisant. L'autorité civile, malgré le rang inférieur où elle les a systématiquement tenus, malgré la vie dure que les grands propriétaires ( encomenderos ) imposèrent aux indigènes, a organisé solidement une race nouvelle.

« Il est incontestable, dit Raoul Bigot ( Le Mexique moderne, p. 10 ), que c'est l'Espagne qui, par l'unité d'autorité, l'unité des langues, a pu grouper les divers éléments ethniques de ce pays, leur donner la cohésion, former en un mot le Mexique.



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Message  Roger Boivin le Sam 12 Sep 2009, 11:27 pm


Le Mexique actuel ( 1929 ) compte quinze millions d'habitants. Les blancs forment une petite minorité; cinq millions sont encore Indiens pur sang; les métis dominent.

La religion catholique est la seule que les Mexicains connaissent.

On conçoit que les ennemis de l'Église en veuillent aux prêtres et à leur action séculaire si puissante. Ils peuvent accuser l'Église d'avoir trahi sa mission : les centaines de temples pillés, les milliers de couvents et d'écoles fermés prouvent autre chose.

La proportion déconcertante d'illettrés n'a commencé de s'élever au Mexique que depuis cent ans, c'est-à-dire, depuis que les chefs de la République paralysent l'oeuvre de l'Église

« Au début du XIXe siècle, il y avait proportionnellement plus d'école et plus d'étudiants au Mexique qu'en Grande-Bretagne. » ( The ,Month octobre 1926. )

cent ans avant Harvard, L'Université de Mexico donnait des cours de médecine, de philosophie, de droit, de sciences naturelles.

Dès 1544, le Franciscain  Zumarraga, premier évêque de Mexico, établi la première imprimerie du nouveau monde; il y publie des livres classiques, des catéchismes; « car il en est tant, dit-il, qui savent lire ! »

Les ordres religieux couvrent bientôt le pays de missionnaires; les tribus sont groupées et christianisées. L'industrie et les arts se développent; les poètes, les peintres indigènes rivalisent avec ceux de la métropole. C'eût été l'âge d'or, si la main des riches gouvernants n'eût pas été si dure; la domination des maîtres venus d'Espagne finit par lasser le peuple.

En 1767, l'expulsion des Jésuites avait affaibli l'action de l'Église; la Révolution française sema peu après ses idées. Les Créoles crurent que le moment était venu de se débarrasser du joug des Espagnols.

Il n'était pas question de se soulever contre l'Église : on n'avait rien à lui reprocher; la preuve en est que le premier révolutionnaire mexicain fut un prêtre.

En 1810, Hidalgo y Costilla, curé de Dolores, indigné de voir ses Créoles toujours écartés des fonctions publiques, se met à leur tête; il prend comme drapeau la bannière de Notre-Dame de Guadelupe et, aidé par des Indiens qui embrassent sa cause, il commande bientôt quatre-vingt mille hommes. Défait, il tombe aux mains des Espagnols qui l'exécutent.

Son disciple, J.-M. Morelos, prêtre comme Hidalgo, relève le drapeau; en 1815, il subit le même sort.

La lutte se poursuit quand même; en 1820, les Indiens s'insurgent dans le sud. Le général Iturbide est envoyé pour les soumettre; mais là, il fait volte-face, s'entend avec le chef des insoumis et proclame l'indépendance ( 1821 ).

Iturbide réussit à pacifier tous les partie; mais les divisions politiques éclatent bientôt et il abdique l'empire éphémère qu'il a fondé.

en 1824, une nouvelle constitution s'élabore, en marge cette fois de toutes les promesses de paix religieuse faites par Iturbide.

Un an après, la République est proclamée.

Au Mexique, cela veut dire l'ère des révolutions sanglantes qui dure encore.



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Message  gabrielle le Dim 13 Sep 2009, 10:32 am

Merci Roger, pour cet autre récit.

Le Père Pro est une figure légendaire.

Viva El Cristo Rey !
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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 1:31 pm

Viva El Christo Rey !


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Message  Diane le Dim 13 Sep 2009, 1:58 pm

Roger a écrit:Viva El Cristo Rey !

IDEM Very Happy
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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 2:22 pm


Au milieu de ces crises politiques, l'Église essaya, pendant le dernier siècle, de grouper les meilleurs éléments; mais, après la déclaration de l'indépendance, beaucoup d'évêques et de prêtres espagnols avaient quitté le pays; l'esprit maçonnique, apporté des États-Unis par le premier consul américain, Joël Ponsett, soufflait partout et contaminait les dirigeants. L'Église, criait-on, est le plus dangereux ennemi de l'État; il faut ruiner son influence !

Cependant, les forces des partis s'usent à s'entre-détruire. En 1848, l'anarchie est telle que le Mexique est obligé de céder aux États-Unis près de la moitié de son territoire; cette saignée ne guérit point les gouvernements.  

Les luttes continuent; ceux qui promettent de donner au peuple les biens de l'Église l'emportent. En 1857, la gauche est maîtresse et tient à renouveler contre le clergé et les institutions catholiques les mesures de la Révolution française. En fait, le pouvoir est occupé par une poignée d'intrigants.

Le premier président dont l'histoire conserva le nom est Benito Juarez, un pauvre enfant indien, élevé par un curé de village. Comme ses prédécesseurs, il arrive au pouvoir à coup de fusil et se signale par sa lutte contre la religion; par des lois fameuses, dites « lois de réforme », il supprime la religion catholique, confisque les biens des monastères et introduit le mariage civil.

Son zèle pourrait se dépenser à autre chose : le pays s'appauvrit tellement qu'il ne peut rencontrer les payements de ses dettes envers les pays étrangers. Maximilien, envoyé par Napoléon III et appuyé par le parti conservateur pour forcer les Mexicains à payer, déloge Juarez et fonde un empire; la tempête passée, Juarez relève la tête et reprend avec le pouvoir sa lutte contre l'Église.

Son successeur, Lerdo de Tejada, rend constitutionnelles les « lois de réformes » élaborées par Juarez. Il supprime Dieu tout simplement, il abolit les fêtes de l'Église, interdit l'enseignement aux religieux et le port de l'habit ecclésiastique. Les monastères se changent en casernes, en asiles. Les religieux, rentrés en masse durant le court passage de Maximilien, sont chassés de nouveau, y compris les petites Sœurs de Charité.



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 2:45 pm


Mais la première place est toujours en ce pays à qui la prend par les armes. Porfirio Diaz s'en empare définitivement en 1877 et l'occupe jusqu'en 1911.  A vingt-quatre ans, il se jette dans la lutte. A trente et un ans, il est général. En 1862, lors de la malheureuse intervention française, il fait preuve d'une bravoure et d'une habilité extraordinaires. Souvent pris par les troupes impériales de Maximilien, il réussit chaque fois à s'échapper. En 1867, il enlève Puebla, puis Mexico. L'empereur, cerné dans Queretaro, y est exécuté.

Les catholiques mexicains gardent de ce bon « tyran » un souvenir sympathique. Ce bras de fer, à la Mussolini, réorganise le pays. Il écarte les « indésirables », s'entoure d'hommes compétents et multiplie les réformes les plus utiles. Au point de vue matériel, Diaz est un organisateur de génie. S'il semble oublier la question religieuse, l'Église du moins peut respirer. Les lois iniques de Juarez demeurent, mais sont appliquées avec douceur. Les catholiques n'ont pas de droits : ils en prennent; les religieux rentrent malgré la loi. Les écoles libres s'organisent en face des écoles d'État.

En peu de temps, le clergé reprend ses séminaires; hôpitaux et collèges sortent de terre sous l'impulsion des Congrégations religieuses.

Les francs-maçons pourtant gardent toute leur liberté d'action. Ils veillent à faire choisir pour fonctionnaires des hommes de leur clan, font écarter des fonctions civiles les catholiques, qui s'y résignent peut-être trop facilement.

Le Mexique actuel est sorti de ces deux influences qui se sont développées côte à côte. Les écoles impies ont formé le clan des ambitieux ou des méchants qui tuent par haine ou par ignorance. Les bons ont produit la génération des héros qui meurent, martyrs de leur foi.



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 3:40 pm


Les douces années


LE P. Miguel-Augustin Pro avait vingt ans quand s'achevait cette période de paix religieuse. Avant de raconter la vie mouvementée qu'il mènera pendant dix-sept ans, il faut s'arrêter aux douces années de son enfance.

Le Mexique, dont le territoire couvrirait trois fois celui de la France, est l'un des plus beaux pays du monde. Il possède tous les climats; les ciels d'un bleu intense donnent aux plaines des richesses de tons infinies; les montagnes aux crêtes garnies de neiges perpétuelles versent la fraîcheur bienfaisante aux hommes et aux champs. A tous les temps de l'année, il y a un coin du pays qui fournit tous les fruits et toutes les fleurs.

Mais cette nature si riche et parfois amollissante n'exerça guère d'influence sur la formation du P. Pro; l'enfant passa ses vingt premières années dans deux centres miniers où son père faisait de brillantes affaires.

A dix mille pieds d'altitude, est bâtie la ville minière de Conception del Oro, dans l'État de Zacatecas, au centre même du Mexique, au nord-ouest de la capitale. Le P. Pro y naquit le 13 janvier 1891 et reçut au baptême les noms de Miguel-augustin.

Il eut trois sœurs et trois frères. L'ainée vint au monde un an avant Miguel; une autre sœur devait le suivre d'un an; toutes deux se firent religieuses. En 1897, naît Anna-Maria : c'est elle qui prend soin de son père, actuellement exilé à Cuba. Puis, suivent trois frères : Edmundo, qui se maria en 1922; Humberto, qui mourut fusillé avec Miguel, à l'âge de vingt-quatre ans; et Roberto ( vingt-trois ans ), emprisonné avec ses frères, puis exilé par Calles.

Les parents étaient, on le devine, profondément chrétiens.

Deux petits traits suffisent à montrer la grandeur de leurs vertus. Quand le corps du P. Pro, percé de balles, fut remis à son père, celui-ci ne pleura pas; il baisa le front de son enfant : la fierté de l'avoir donné au Christ dominait sa douleur; il s'attendait à la fête sanglante : ne l'avait-il pas préparée par l'exemple de toute sa vie  de sacrifices ? En 1914, quand les troupes révolutionnaires de Carranza ravagèrent le pays, il fut dépouillé de ses biens, persécuté, obligé de fuir pour échapper à la mort.



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 4:01 pm


Le jeune Miguel grandit dans une atmosphère de dévouement. Sa mère, Josefa Juarez, donna la mesure de sa force d'âme, le jour où la persécution la chassa de sa propre maison; elle y vivait dans l'aisance; elle dut partir, souffrante et sans secours, avec quatre enfants en bas âge, vers Guadalajara pour y trouver plus de sécurité. Elle se mit alors sans murmurer dans la condition des pauvres et nourrit sa famille du travail de ses mains.

L'épreuve ne crée ni les courages, ni les vertus : elle les montre. L'héroïsme de la dernière heure laisse deviner toute la ferveur des premières années de ménage.

Miguel-Augustin était encore jeune quand son père quitta Conception del Oro pour établir ses affaires à Saltillo, capitale de l'État de Coahuila, située plus au nord.

Il ne paraît pas que la piété de ses premières années ait été remarquable. Il ne fut qu'un bon enfant; un peu espiègle, aimant mieux, malgré son talent pour l'étude, toute autre chose que la classe. Au fait, les mines l'attiraient plus que les bancs d'école. Il avait même de petits défauts qui consoleront bien des enfants; mais il eut une mère et un père pour l'aider à se corriger. Il racontait volontiers lui-même que l'usage du fouet ne lui fut pas épargné dans son bas âge. Une fois en particulier : il n'avait pas de sous; il voulait quand même des bonbons. Le marchand les lui céda en hésitant.

« Soyez sans crainte, lui dit l'enfant, je vous payerai plus tard. »

Miguel acheta ainsi plusieurs fois des friandises. Il ne payait que de promesses. Quand la note fut assez élevée, le marchand l'adressa à la mère de Miguel. Celle-ci paya sans rien dire; mais l'enfant eut longtemps le souvenir sensible de ce qu'il dut payer ce soir là...

À l'école Manuel Acuna , il se fit remarquer par son entrain. Toujours jovial, vif et pince-sans-rire, il commença d'être pour ses compagnons ce qu'il sera toujours, un camarade avec qui on ne s'ennuie pas. Il ne dédaignait pas la lutte avec les plus hardis. parfois, il avait le dessus; parfois, non, comme lorsque coiffé à neuf d'un beau chapeau melon, il rentra à la maison le chapeau aplati et troué.



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 4:58 pm


Il n'acheva pas ses études.

Son père, propriétaire et directeur de mines, vit sans trop de peine  son aîné venir lui prêter main-forte. Miguel montrait en effet de grandes aptitudes pour les affaires. Il faisait le travail de bureau; d'une habilité extraordinaire pour écrire à la machine, - il pouvait écrire cent mots à la minute, - ses services étaient précieux.

Mais dès qu'il peut s'échapper, il descend dans les mines, cause avec les ouvriers dont il apprend le vocabulaire. Devenu prêtre, une des premières retraites qu'il donne aux hommes est aux mineurs; pour les mettre à l'aise, il n'a pas à inventer des attitudes de copain : il se rappelle les visites qu'il faisait jadis à ses amis, les mineurs. Il est tout surpris alors de parler  si facilement leur langage :

« Je pensais, dit-il, qu'après tant d'années, je l'avais oublié, ayant quitté les mines seize ans auparavant; pourtant c'est comme si je l'avais appris d'hier. »

Au milieu du brouhaha des affaires, la piété n'occupe pas, à vrai dire, une large place dans la vie du jeune Miguel; il est bien loin de songer à la vie religieuse. La vie mondaine lui prend ses soirées. Il sort, s'amuse avec ses deux sœurs qu'il aime beaucoup : le bon Dieu préparait ainsi discrètement la vocation de son apôtre; car, sans dire leur secret, elles se destinaient à la vie religieuse.

Un beau matin, elles partent. Miguel avait dix-neuf ans. ce fut un coup terrible pour la vie si joyeuse qu'il menait. Il se fâcha, surtout contre les Jésuites, quand il apprit qu'ils avaient été les directeurs spirituels de ses sœurs. Il paraît qu'il leur voua une haine éternelle...

Il ne faut jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! »

En attendant, sa colère monte. Il boude tout le monde; de dépit, il quitte la maison paternelle et se sauve dans les bois pour y vivre seul.

Il s'y cache quelque temps. Mais sa mère parvient à le trouver et le persuade de revenir. Elle le décide même à faire une retraite fermée.

Le bon Dieu le pris là tout d'un coup, comme il avait pris l'apôtre Mathieu. La vie de Miguel qui voulait se donner aux ouvriers, s'élève alors et se consacre pour toujours aux âmes des ouvriers.

Dieu veut qu'il soit prêtre. C'est bien. Qu'il se fasse même Jésuite ! C,est encore bien. Le jeune homme a vingt ans; il quitte ses deux amours : sa famille et son travail auprès des mineurs.



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 5:35 pm


Le 10 août 1911, il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus, à El Llano, dans l'État de Michoacan. Quelques détails de sa vie de famille religieuse nous ont été fournis par l'un de ses confrères entré au noviciat la même année que lui.

Ceux qui ont connu le P. Pro et veulent parler de lui, commencent par sourire, puis racontent quelque bon tour de sa façon. Le souvenir qu'il laisse dans leur mémoire fait croire que le Père avait reçu le don de réjouir tout le monde; très spirituel, il prend toujours le côté comique des choses et déride les plus austères, sans jamais blesser personne.

Au noviciat, il se montre au naturel dès les premiers jours. Il devient très vite populaire, dans le bon sens du mot : on se repose si bien près de lui.

Le P. Maître des novices vit tout de suite à quelle nature riche il avait affaire; il résolut de l'exploiter, sans la briser. Il était le premier à rire des bons tours du F. Pro, mais ne manquait jamais l'occasion de développer sa vertu.

Deux mois après son entrée au noviciat, les novices, un jour de congé, jouaient à la balle-au-camp. En attendant son tour d'aller au bâton, le F. Pro ne peut rester inactif; il se met à grimper à même le filet de fer installé derrière le receveur. Une fois en haut, l'idée lui vient d'adresser quelques mots à ses frères. Les premiers rires de ses auditeurs l'encouragent; il continue et devient si captivant à cause de ses drôleries que la partie s'arrête et que tous les novices font groupe à ses pieds. Le P. Maître passait non loin de là; il s'approche. Mais le discours venait justement de finir.

« Qu'y a-t-il ? » demande le père.
Un novice répond :
« C'est... un sermon que nous faisait le F. Pro.
- Très bien, très bien, fit le Père. C'est dommage que je l'aie manqué. Mais le F. Pro ne me refusera pas une répétition ? »

Le pauvre novice dut s'exécuter.

Le F. Pro avait la confiance de ses supérieurs; il eut toujours quelque charge à remplir auprès de ses frères. Car il ne se fit pas remarquer seulement par ses drôleries; le temps de la récréation fini, il rentrait dans le rang et observait avec esprit de foi les menues prescriptions du noviciat.


.


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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 8:10 pm


Premières Alertes


LES premières années de vie religieuse furent paisibles; l'orage qui grondait dans le pays, ravageait surtout dans le nord.

Pourtant les nouvelles arrivent de moins en moins rassurantes.

On sent d'abord qu'une atmosphère de gêne se crée autour du président Porfirio Diaz; les socialistes trouvent un écho dans les mécontents d'un régime qui a bien l'air d'une royauté absolue. Les pauvres et les Indiens écoutent les mots enflammés de ceux qui déclament contre le « tyran ».

Un audacieux réussit à précipiter une crise où Diaz tomba.

Francisco Madero est élu président à trente-huit ans après sept ou huit mois de troubles, le 6 novembre 1911. Le 7 juin, il fait son entrée triomphale dans Mexico. Mais le nouveau chef n'a pas la force de contenir les foules qu'il a lui-même soulevées. Des exaltés surgissent de partout, attirés par l'ambition; les puissants qu'il a culbutés se relèvent; le président est bientôt débordé; l'anarchie règne. En février 1913, Mexico est le théâtre d'une bataille en règle; les chefs périssent sur place.

Huerta se trouvait alors l'homme le plus influent; il monta au pouvoir et s'y maintint durant quelques mois.

Son règne fut court, mais fécond en mesures sages et fortes. Il laissa un bon souvenir dans la mémoire des catholiques. Déjà, sous Madero, une constitution plus libérale leur avait permis de s'organiser. Ils avaient des revues puissantes; les programmes inspirés du catholicisme s'affirmaient. On parlait de renouveau catholique; on espérait faire passer un excellent cadidat aux prochaines élections : F. Gamboa. Huerta lui-même invoquait le nom de Dieu en pleine Chambre; mais il préféra garder la dictature militaire jusqu'au rétablissement de l'ordre.

L'ordre en effet n'était pas brillant.

Un homme qui devait jouer un grand rôle, Venustiano Garranza, gouverneur de Coahuila, venait de se faire une armée. Cet avocat fit plus de mal qu'il ne le voulut. Son ambition seule le fit cruel, comme Pilate.

En fait, il combat Huerta, mais c'est contre Madero qu'il a levé ses troupes pour régler une question d'argent. Madero meurt; mais Carranza a des soldats : il donne comme prétexte qu'il faut venger l'ordre et la justice, et le 26 mars 1913, il rédige une déclaration, dans laquelle il refuse de reconnaître la présidence de Huerta.

Bientôt, il aura pour lieutenant le bandit Villa, qui se compose une armée lui aussi dans le nord, et, pour appui, le philanthrope Wilson, président des États-Unis, qui lui fournit des armes.



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 8:27 pm


La tactique des deux révoltés est barbare : partis du nord, ils saccagent tout sur leur passage; en janvier Durango tombe en leurs mains.

Le 8 juillet, Guadalajara est prise. Le programme est tracé d'avance : s'emparer du pouvoir par la force et ruiner l'influence des catholiques qu'ils accusent de soutenir Huerta. Ils torturent les victimes, pillent les propriétés, emprisonnent les riches, assassinent les chefs capturés dans chaque bataille.

Le 20 août, Carranza entra à Mexico; Huerta venait d'abdiquer, le 15 juillet. Le régime de la terreur allait s'installer à demeure.

Quand les troupes envahirent la capitale, elles portaient des drapeaux sur lesquels on lisait :

« Le clergé, c'est l'obscurantisme; la liberté, c'est la lumière ! »

La liberté devait coûter cher au peuple mexicain. Soixante mille soldats sont chargés de la faire triompher. La police de la ville est congédiée, les tribunaux sont supprimés; les coupables, qui évidemment sont les riches, sont arrêtés, fusillés.

Mais la lutte se fait surtout contre les prêtres. Le 16 juillet, les évêques ont écrit une lettre collective pour protester contre la violence des vainqueurs; le prétexte est trouvé : ils sont les ennemis de l'ordre !



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Message  Roger Boivin le Dim 13 Sep 2009, 8:59 pm


Le programme antireligieux s'exécute avec une effronterie sacrilège. Les soldats pénètrent dans les églises, jettent les saintes espèces sur le parquet, y organisent des danses; parfois ils tirent des balles sur les crucifix, sur le tabernacle, une fois même sur l'ostensoir durant l'exposition du Saint Sacrement. Villa se vantait plus tard d'avoir, de ses mains, cloué un prêtre dans un cercueil et de l'y avoir laissé mourir de faim.

Les murs de la ville se couvrent de décrets; la plupart concernent les prêtres; ils doivent fermer les écoles catholiques. Trente prêtres insoumis sont jetés en prison. Les religieux sont chassés; les journaux catholiques supprimés. L'église Sainte-Brigitte est convertie en écurie.

Dans les provinces, le mouvement révolutionnaire se répand, grâce aux nouveaux fonctionnaires députés par Carranza.


Le F. Pro était dans sa paisible retraite. Après deux ans de noviciat, il prononça, le 15 août 1913, ses premiers vœux de religion. La fête fut tout intime. Au témoignage de Roberto, jamais durant trois ans, le F. Pro ne put recevoir de visite de sa famille : il n'était pas prudent de s'engager par les chemins remplis de troupes.

Aussitôt après l'émission de ses vœux, le F. Pro commença la longue série d'études que la Compagnie de Jésus impose à ses membres. La vie n'était pas très reposante et les nouvelles favorisaient peu le calme nécessaire aux étudiants. Coup sur coup, il apprend que son père, dépouillé de ses biens, a dû s'enfuir pour échapper à la mort et que sa mère, malade, est en route vers Guadalajara.

Confiant quand même en Dieu, il se met résolument à la tâche.

Trois mois se passent; l'unique professeur de la maison tombe malade; le F. Pro, très débrouillard, est chargé de le remplacer ou du moins d'occuper les élèves durant deux mois. Cependant les maux d'estomac commencent déjà de le faire souffrir; mais personne ne s'en doute à le voir toujours si gai.


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Message  ROBERT. le Dim 13 Sep 2009, 9:00 pm

Roger a écrit:.

ANTONIO DRAGON, S. J.
__________________



Pour le Christ-Roi


MIGUEL-AUGUSTIN PRO

de la compagnie de Jésus


Exécuté au Mexique
le 23 novembre 1927


Ma vie ! mais qu'est-elle ?
ne serais-ce pas la sauver
que de la perdre pour mes frères
?

( Lettres du P. Pro, 19 février 1927. )



-
DIX-SEPTIÈME MILLE
d'après l'édition belge
-
MONTRÉAL
IMPRIMERIE DU MESSAGER
4260 rue Bordeaux, 4260
-
1929
-
De licentia Superiorum Ordinis

Imprimatur :
Mechliniae, 18 jan. 1929.
F. Tessens, Vic. Gen.

-
Conformément au décret du Pape Urbain VIII, l'auteur en employant au sujet du P. Pro,
les mots sainteté, saint, martyr, miracle, etc les décisions de la sainte Église.


.


VIVA EL CHRISTO REY... LE PÈRE PRO, martyr, 1891-1927 ( Mexique ) 962688 cheers

LE PÈRE PRO, martyr, 1891-1927 ( Mexique ) 127
ROBERT.
ROBERT.

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Message  Roger Boivin le Lun 14 Sep 2009, 10:26 am


En pays d'exil


DÈS juillet 1914, les troupes de Carranza avaient pénétré dans l'état de Michoacan. La ville de Zamora, située à peu de distance de El Llano, était tombée en leur pouvoir; le programme de ces libérateurs était trop bien connu; les supérieurs du noviciat décidèrent d'abandonner eux-mêmes leur maison.

Le 15 août, fête de l'Assomption de la sainte Vierge, fut choisi pour l'exode. Les jeunes religieux se dispersèrent par groupes dans les villes voisines ou dans les maisons amies.

Le F. Pro se cacha pendant quelques jours dans la ville. Dans la soirée du 29 août, il se déguise en paysan et passe, accompagné d'un confrère, au milieu des révolutionnaires qui remplissent les routes.

Le lendemain, trois autres jeunes religieux le rejoignent, et tous les cinq se dirigent avec d'infinies précautions vers Guadalajara. Ils marchent durant trois jours, se cachant parfois dans les bois pour échapper aux soldats.

Le 2 septembre, le F. Pro, déguisé cette fois en domestique et portant sur son dos le bagage de ses frères, entre dans la ville. Treize de ses compagnons s'y trouvent déjà. Par sa bonne humeur, il relève les courages; plus que tous, il doit refouler son angoisse, car il trouve sa mère, ses frères et sa jeune sœur réduits à la plus grande misère; son cœur généreux en souffre d'autant plus qu'il ne peut guère les soulager.

Il donne ce qu'il a : son temps et son cœur. Il fait le tour de ses camarades chaque jour, les prend en promenade, les conduit dans un coin retiré et leur donne une récréation de sa façon; il saisit sa guitare et chante, en s'accompagnant, des vers qu'il improvise; les plus tristes retrouvent leur gaîté.

Un matin, ils vont à la messe dans une maison, le lendemain dans une autre; car, à partir du 15 septembre, ils ont avec eux un nouveau compagnon : c'est un prêtre qui a trouvé sa vocation à la Compagnie de Jésus à voir le courage de ces jeunes novices.

Le F. Pro eût alors voulu être prêtre; il fait du moins ce qu'il peut pour consoler ceux qui souffrent. Il apprend qu'une vieille dame est mourante, que personne n'est là pour l'assister; il se rend à sa maison, passe la nuit entière près de son lit; il prie, aide la mourante à prier : elle meurt après avoir baisé le crucifix que le F. Pro lui a souvent collé aux lèvres.



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Message  Roger Boivin le Lun 14 Sep 2009, 1:48 pm


Au bout d'un mois, l'ordre arrive de passer la frontière. Le coup fut dur pour le F. Pro et sa mère. Mais les deux cœurs étaient entraînés à souffrir.

Un Père mexicain qui se trouvait alors le compagnon du F. Pro me disait l'impression profonde qu'avait exercée sur lui l'esprit de foi de Mme Pro. Il alla la voir dans une maison qui l'avait hébergée. Elle lui montra, accrochée au mur, à la place d'honneur, une image du Sacré-Cœur; c'est tout ce qu'elle avait apporté en partant de Saltillo :

« Je suis contente, disait-elle, de n'avoir gardé que cela et d'avoir tout laissé à cause du Christ; maintenant, il ne me reste que l'image du Sacré-Cœur qui bénira ma maison et mes enfants ! »

Le jour du départ fut fixé au 2 octobre; c'était un premier vendredi du mois. Il y eut messe solennelle, puis bénédiction du Saint Sacrement. On partit en se divisant par groupes. La mère du F. Pro se rendit à la gare avec ses enfants et fit ses adieux à celui qu'elle ne devait plus revoir.

Les quatorze exilés s'installèrent à Los Gatos, Californie. La maison qui les reçut était déjà remplie de novices américains. Il fallut s'ingénier pour les loger tous.

Sans tarder, les études recommencent; les nouveaux venus se rassemblent autour d'une table, à la bibliothèque; les livres manquent; ils n'ont qu'une seule grammaire espagnole ! Après quelques essais de ce régime, ils établissent leurs quartiers au quatrième étage de la maison : le même local sert de classe et de dortoir.

Le F. Pro ne perd pas sa bonne humeur pour tout cela; il a toujours le mot drôle qui fait oublier les épreuves.

Durant les promenades, il enseigne le catéchisme aux petits pauvres, dans un anglais qu'il baragouine.

Une fois, il rencontre une nombreuse famille de gipsies. Il aborde les enfants, leur raconte des histoires; puis, leur parle du bon Dieu. Quand ils ont bien écouté, il leur donne des bonbons comme récompense. Mais il tient à parler à chacun; il fait le tour de ses petits amis et glisse, avec le bonbon, le mot qui va au cœur.



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Message  Roger Boivin le Lun 14 Sep 2009, 3:01 pm


L'année passa ainsi.

Conservait-on quelque espoir de rentrer au Mexique ? La situation politique était loin de laisser prévoir un retour dans la patrie.  Mexico devint en effet, à partir de septembre 1914, le théâtre d'une lutte invraisemblable entre les dictateurs : chacun pilla la ville à son tour.

L'amitié entre Carranza et Villa s'était bientôt brisée. Villa, qui avait en somme porté son allié au premier rang, croyait avoir droit à la présidence.

Dans le sud, un autre général, Zapata, réclamait le partage des terres pour les pauvres pâtres ( peones ) qu'il avait soulevés.

La rupture entre les trois prétendants était publique dès le 25 septembre.

Villa remonte alors vers le nord, pille en route tous les trésors, qu'il échange à la frontière pour des armes américaines. Il est bientôt à la tête de trente mille hommes. Carranza le voit venir vers Mexico et se retire à Vera-Cruz qu'il rançonne et qu'il pille. En janvier 1915, il est assez fort pour reprendre la lutte. Avec Obregon, le fameux général à qui il confie le succès de ses armes, il défait Zapata à Puebla, force Villa à reculer jusqu'à Guadalajara, rentre de nouveau à Mexico et s'y installe pour commencer son œuvre. Il pose en socialiste radical. La chasse aux prêtres d'abord; Obregon disperse avec ses balles les catholiques réunis pour protester.

Carranza se maintient dans Mexico jusqu'au 19 octobre, jour où les États-Unis le reconnaissent comme le dictateur légitime du Mexique. Wilson protège ce brigand et tient captif El Paso Huerta, lequel, en mourant le 13 janvier 1916, accorde le pardon à celui qu'il considère comme le plus grand ennemi de sa patrie.

Peu à peu, Carranza réussit à dominer, grâce aux cent mille fusils et aux cinquante millions de cartouches que le pacifique Wilson lui passe en cachette.

En décembre 1916, il est le seul maître. Un semblant d'élection, où votent deux pour cent de la population, c'est-à-dire, les amis du présidents. Le 1er mai, il prend possession du pouvoir suprême. Il s'empresse d'élaborer, puis de faire voter la fameuse constitution, dite de Queretaro ( 5 février 1917 ).



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Message  Roger Boivin le Mar 15 Sep 2009, 1:19 pm


C'est une série d'insultes à tout droit humain et divin :

« Les étrangers ne peuvent rien posséder au Mexique. »
« Les vœux de religion sont interdits. » ( Art. 3. )
« Tout bien ecclésiastique, toute église est propriété d'État. » ( Art. 27. )
« Le gouvernement fédéral se réserve le droit de faire exécuter les lois religieuses. C'est lui qui fixe le nombre ds ministres du culte. Les prêtres étrangers n'ont aucun droit d'exercer leur ministère. Quant aux prêtres mexicains, ils n'ont plus de droits civils. Défense absolue de critiquer la constitution. » ( Art. 130. )

La mise en vigueur de ces lois est menée rondement. Onze archevêques et évêques sont exilés aux États-Unis; deux à Cuba; d'autres en Europe. Des centaines de religieux et de prêtres sont chassés. Deux mille écoles catholiques sont fermées.

Le moment eût été mal choisi pour rétablir au Mexique une maison d'études. Les supérieurs du P. Pro décidèrent d'envoyer leurs sujets en Espagne.

Ceux-ci partirent de la Californie le 21 juin 1915; ils étaient seize. Les détails du voyage nous ont été fournis par l'un d'eux.

La première étape les mène à El Paso, puis à la Nouvelle-Orléans, où ils prennent un jour de repos. En train, il fait une chaleur écrasante; ils n'ont pour nourriture que du pain et du fromage. Accoutrés de la manière la plus bizzare, ils attirent les regards et les plaisanteries des voyageurs. Qu'importe ? le P.Pro est là et ils s'amusent de tout. Puis, les étapes se suivent rapidement : la Floride, Key West. A la Havane, ils subissent un arrêt désagréable. Celui qui garde les billets et l'argent passe le premier sans songer aux autres. Les pauvres voyageurs, encore timides comme des novices, sont appréhendés et parqués dans un coin de la salle des douanes où ils attendent une solution durant quatre heures. Les reporters de journaux les entourent; les jeunes religieux expliquent l'affaire de leur mieux; le lendemain, l'aventure, enjolivée naturellement, faisait le tour de la ville.

Ils prennent le Buenos-Ayres pour New-York, puis se dirigent sur Cadix. A la fin de juillet, ils arrivent à Granada. Le P. Pro devait y passer cinq ans à l'étude de la rhétorique et de la philosophie.



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Message  Roger Boivin le Mar 15 Sep 2009, 3:01 pm


La vie à l'étranger, même au milieu d'hôtes sympathiques, est toujours pénible... Au moins, si les lettres apportaient un peu de la joie du pays ! Mais du Mexique n'arrivent que des nouvelles de plus en plus alarmantes. Le P. Pro, qui souffre plus que tout autre à cause de sa famille en détresse, oublie sa peine pour consoler ses compatriotes, Quand il devine que l'un d'eux en a trop à porter, il va le voir, le fait rire pendant une bonne demi-heure et s'en va en s'excusant de l'avoir dérangé.

Il s'ingénie à les distraire. Un jour, il projette de les amener en pique-nique. La permission était difficile à obtenir. Qu'importe ? il commence par faire ses invitations, prépare les provisions; tous son monde était heureux rien qu'à penser au plaisir du lendemain.

Quand tout est prêt, il rassemble ses gens et leur dit de son air le plus sérieux :

« Maintenant, il ne nous manque plus qu'une chose, c'est la permission ! »

On se récrit. Mais le calme revient, quand il se charge d'aller lui-même la demander au P. Recteur.

« Mon révérend Père, dit-il en entrant dans la chambre du supérieur, voudriez-vous nous faire le plaisir de venir en pique-nique avec les Frères mexicains ?

- Mais, je suis trop occupé, fait le Recteur un peu surpris.
- Ah !... C'est que cela leur fera beaucoup de peine...
- Sans doute. Mais, dites-moi, d'abord; avez-vous la permission d'aller en pique-nique ?
- Non, mon révérend Père; mais nous avons pensé que si vous veniez avec nous, nous n'aurions pas besoin de la demander.
- Mais, je vous le dis, je ne puis y aller.
- Eh ! bien... continue le P. Pro sans se déconcerter, si cela vous dérange trop, vous savez, nous pourrions peut-être y aller seul ? »

Et le supérieur les laissa partir seuls...



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Message  Roger Boivin le Mer 16 Sep 2009, 1:07 pm


Le P. Pro avait un talent brillant de caricaturiste.

Depuis son entrée au noviciat, on lui confia le dessin des programmes de fêtes intimes. Il ne se lasse pas de rendre service. Il saisit le côté comique des hommes et des choses et le fixe sur le papier en un clin d’œil.

Son talent au reste ne s'emploie pas seulement à composer des plaisanteries. Durant toute une année, il dessine pour chaque classe de biologie les figures dont son professeur  illustre ses cours. Cela se fait à la craie sur le tableau où la vaine gloire s'efface aussi vite que les chefs-d’œuvre.

Il pratiquait la charité fraternelle à un degré parfois héroïque. Pendant une épidémie de grippe espagnole, la moitié de la communauté, qui comptait plus de cent vingt-cinq membres, gardait le lit. La contagion menaçait d'atteindre quiconque soignait les malades. Le P. Pro fut l'un des premiers à s'offrir. Sa santé était faible; le supérieur refusa. Mais l'éloquence naturelle du P. Pro finit par convaincre. Jour et nuit, durant quinze jours, il se dépense; séquestré dans une aile à part, il vit séparé de la communauté; quand il voit passer ses frères devant une fenêtre, il leur fait des signes de joie pour les inviter à le rejoindre; il fait semblant de jouer de la mandoline, ce qui était pour lui l'expression de la suprême délectation... Les grippés se rappellent encore ses visites; c'est qu'il s'entendait à remonter le moral. Acteur de première force, il donnait au moindres histoires un comique auquel les plus moroses ne résistaient pas.

A la fin, il tomba lui-même malade et dut s'aliter. La bonne humeur, la gaîté quand même. On eût pu penser que c'était le fond même de sa nature. Un de ses supérieurs, bien placé pour le connaître, affirme pourtant que son entrain n'était commandé que par la plus méritoire charité. Il lui arrive souvent d'amuser ses compagnons, malgré de fortes douleurs d'estomac. Pendant que les autres rient encore, il doit se retirer à sa chambre pour se mettre au lit, brisé par la douleur.



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