De la composition des livres.

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Message  Roger Boivin le Mar 29 Jan 2019, 8:08 pm



De la composition des livres


L'homme qui étudie développe son intelligence et fait d'amples provisions de vérités. Son but est de s'instruire et, par ce moyen, d'augmenter dans son cœur l'amour de la vérité et de Dieu qui en est la source. Il n'a pas le droit de renfermer son instruction dans une possession égoïste. La science, digne de ce nom, imite son original, la Sagesse incréée, qui cherche à se répandre autour d'elle. Une science cachée et un trésor inconnu sont également inutiles ; l'Ecriture le déclare (Eccl., t. 20, 32.).

Celui qui désire faire part au public de ses connaissances a besoin d'une grande discrétion. Il est si facile de perdre son temps avec des publications inutiles ; pourquoi écrire des livres qui n'apprennent rien de nouveau ?

Il est bon, avant de se mettre à l'œuvre, d'examiner s'il reste quelque chose à dire sur telle question. Lorsque les auteurs qui ont précédé ont tout dit, que les divers aspects sous lesquels on peut l'envisager ont été fouillés, qu'aucune erreur n'a été émise, et qu'il ne subsiste plus aucun doute, le silence s'impose. Si tel n'est point l'état de la question, il est prudent de voir si l'on peut, avec son savoir et ses moyens, écrire avec profit et apprendre quelque chose à son temps. C'est à l'oubli de cet examen qu'il faut attribuer tant de productions oiseuses ou faibles, qui encombrent les catalogues et les bibliothèques, et qui occasionnent à leurs lecteurs une perte d'argent et de temps.

La maladie d'écrire pour ne rien dire sévit principalement en poésie et en littérature. Cet art est cependant utile et agréable ; il sait faire aimer les vertus et la vérité. Mais il a horreur du médiocre ; ce n'est pas un jeu d'enfants, et peu d'hommes sont capables d'y réussir ; aussi vaut-il mieux employer ailleurs son temps que de le perdre à devenir un méchant poète et un pauvre littérateur.

Ses dispositions, son talent, les lectures qu'il a faites, une nécessité qui s'impose, une occasion qui se présente, l'exemple et les encouragements d'un ami, et d'autres circonstances encore déterminent un homme à entreprendre un travail qu'il prévoit utile au bien de l'Eglise et de la société .

Qu'il évite alors la précipitation. On ne peut composer un ouvrage avant de s'être donné une préparation littéraire et scientifique, au moins suffisante, et rendu maître du sujet à traiter. Cet acquit demande du temps pour mûrir dans l'intelligence.

La prudence interdit d'embrasser une tâche au-dessus de ses forces intellectuelles et de la science que l'on est à même d'acquérir. Celui qui passe outre consume de la peine en pure perte. Son œuvre sera, pour le public, une déception ou une cause d'erreur.

Gomme personne n'est juge en sa propre cause, il est bon de prendre l'avis d'un maître ou d'un ami expérimenté. De longues et patientes études peuvent donner à un homme la conscience de ses propres forces ; son jugement peut alors lui suffire.

Quand une résolution est prise et que l'on est au courant du sujet, il n'y a qu'à dresser un plan et à distribuer dans un ordre provisoire les matériaux réunis jusqu'à ce jour. Cet essai établit de l'ordre dans les idées ; il permet de voir les parties faibles. Après quoi on se munit des renseignements nécessaires, on examine chaque détail. Le plan sort de cette étude plus clair et plus rationnel. C'est le moment de rédiger son travail.

Celui qui veut composer un livre doit, en outre, posséder l'art d'écrire. Qu'il ait surtout le tact de choisir le style qui convient le mieux au sujet dont il s'occupe. Le respect dû à la vérité et au public exige d'un auteur qu'il écrive sa langue le plus exactement possible.

La clarté, la propriété des termes, la bonne distribution des matières et la concision sont les qualités littéraires auxquelles il faut de préférence s'appliquer.

Le titre d'un livre doit exprimer nettement le but de l'auteur ; celui-ci fera bien de ne jamais le perdre de vue pendant la rédaction. C'est le meilleur moyen de ne pas s'égarer dans des hors-d'œuvre.

Lorsqu'un ouvrage est terminé, la prudence veut que l'auteur communique son manuscrit à un homme compétent, qui le jugera avec calme et impartialité ; ses avis seront toujours pris en considération. Après quoi, il faut laisser le travail dormir avant de le soumettre à une dernière revision.


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LES ÉTUDES ECCLÉSIASTIQUES D'APRÈS LA MÉTHODE DE MABILLON - Par R. P. J.-M. BESSE - 1902 :

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