VIE DE SAINT DOMINIQUE DE GUZMÁN (Frère Henry Dominique Lacordaire OP) espagnol/français

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Message  Monique le Dim 03 Fév 2019, 11:48 am

Nous serions trompés si nous croyions qu'il était facile pour le christianisme de punir le comte de Toulouse. Sa position était formidable et les événements l'ont bien démontré. Ramon VI mourut victorieux sur ses ennemis après quatorze ans de guerre ; à sa mort, il transmit à son fils le patrimoine de ses ancêtres, patrimoine dont il jouissait jusqu'à sa mort, et ce grand fief ne fit pas partie de la couronne de France mais résulta du mariage d'un frère de Saint Louis avec la fille unique du comte Ramon VII. La force de cette maison était due à de nombreuses causes. Elle possédait de grandes propriétés dans le pays depuis l'antiquité, et une illustration bien méritée la recommandait à l'amour du peuple. L'hérésie, devenant presque générale, avait servi entre le prince et ses sujets comme un nouveau lien d'union, les séparant du reste du christianisme, donnant ainsi à leurs relations le caractère d'une ligue religieuse. Les vassaux de toutes les hiérarchies partageaient les erreurs de leurs souverains et l'avidité ressentie pour les biens du clergé les unissait, tant pour soutenir les mêmes idées que pour avoir les mêmes intérêts. Le nombre actuel de catholiques n'était ni assez fervent ni assez important pour affaiblir cette poutre bien liée dont le nœud était le comte de Toulouse.   Il avait aussi comme fidèles alliés de sa cause les comtes de Foix et de Comminges, le vicomte de Béarn, le roi d'Aragon Pierre II, dont il avait pris pour épouse la sœur, et il était calme quant au Guyana, que les Anglais possédaient. Philippe Auguste, son souverain, occupé dans ses domaines par ses querelles avec l'Angleterre et l'Empire, ne pourrait être chef de la Croisade et sans ce chef, le seul à craindre, l'armée des Croisés, composée de bandes mal unies, ne pouvait promettre que des victoires fragiles et une dissolution naturelle plus rapide que les revers. Propriétaire de toute la lignée des Pyrénées, ayant l'Aragon derrière lui pour le soutenir, deux mers inoffensives, l'une à droite, l'autre à gauche, entouré d'une multitude de forteresses défendues par des vassaux affectueux, le comte Ramon jouissait de mille chances de supériorité sur ses ennemis. La guerre des Albigeois était donc une guerre grave, dans laquelle les difficultés morales l'emportaient sur les difficultés stratégiques. Car que pourrait-on faire de ce pays une fois qu'il aura été vaincu ? Nous verrons comment le sens exquis et généreux d'Innocent III est tombé sous le poids de ses afflictions avant de mourir en soldat, car il n'a jamais cessé de comprendre qu'il y avait là un abîme et un grand capitaine qui avait commencé la conquête.

Dès qu'Innocent III apprit la mort de Pierre de Castelnau, il écrivit une lettre aux nobles, comtes, barons, chevaliers des provinces de Narbonne, Arles, Embrun, Aix et Vienne, dans laquelle, après avoir éloquemment peint la mort de son héritage, il déclare le comte de Toulouse, ses vassaux et sujets, détachés de leur serment d'obéissance, leur personne et leurs terres proscrites du Christianisme, être punis avec excommunication. Il prit toutefois en considération le cas où le comte se repentit de ses crimes et lui laissa une porte ouverte pour qu'il puisse entrer en paix avec l'Église. Cette lettre a été écrite le 10 mars 1208. Le Souverain Pontife a écrit en des termes similaires aux archevêques et évêques des mêmes provinces, l'archevêque de Lyon, l'archevêque de Tours et le roi de France. (Livre XI, lettres XXVI, XXVII et XXVIII) Il associa l'abbé de Cister, le seul de ses héritages encore vivant, à la Navarre, évêque de Conserans, et à Hugo, évêque de Riez ; et il chargea particulièrement l'abbé de Cister de prêcher la croisade aidé par ses religieux. Les préparatifs ont duré le reste de l'année et le printemps de l'année suivante.

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Message  Monique le Lun 04 Fév 2019, 9:31 am

Cependant, effrayé par ce qui se passait, et sachant que les évêques de la province de Narbonne avaient dépêché leurs collègues Toulousains et Conservateurs, auprès du Pape pour l'informer en détail des maux de leurs églises, le comte Ramon envoie à Rome l'archevêque de Auch et Rabenstens, ancien évêque de Toulouse, afin de l'amener au plus profond des choses, pour le tenir informé des problèmes de l'Église, à l'époque de son départ, de l'arrivée d'autres évêques de cette ville, qui étaient en train d'étudier les problèmes de l'évêché de la ville, de l'évêque de Toulouse, de l'évêque d'Auch. Ces personnages devaient se plaindre amèrement de l'abbé Cisterciense, et dire au Souverain Pontife que son seigneur était prêt à se soumettre et à donner au Saint-Siège toutes sortes de satisfactions, s'il recevait un héritage plus équitable. Innocent III consentit et envoya en France le notaire apostolique Milon, homme d'une grande prudence, avec la mission spéciale d'écouter et de juger la cause du comte. Milón a convoqué une assemblée d'évêques à Valence, à laquelle Ramón, qui était présent, a accepté les conditions de paix qui lui avaient été présentées et proposées. Ces conditions étaient les suivantes : il chassait les hérétiques de leurs terres, retirait tous les emplois publics des Juifs, réparait les dommages qu'il avait causés aux monastères et aux églises, restaurait les évêques de Carpentras et de Vaison à leur siège, surveillait la sécurité des routes, ne percevait pas de taxes contrairement aux anciennes coutumes du pays, et nettoyait ses domaines des bandes armées qui les attaquaient. En gage de sa sincérité, Ramon a remis entre les mains de l'héritage le comte de Melgueil et les sept villes de Provence qui lui appartenaient, à la condition de perdre sa souveraineté sur elles s'il ne respectait pas sa parole.  Il a été convenu que sa réconciliation solennelle avec l'Église aurait lieu à San Gil, selon les formes habituelles de l'époque. Si le comte de Toulouse agissait de bonne foi, la pénitence publique à laquelle il se soumettait, loin de l'abaisser devant ses contemporains et la postérité, serait pour lui un titre respectable devant tous les chrétiens. Théodose n'a rien perdu de sa gloire en se laissant arrêter par Saint Ambroise aux portes de la cathédrale de Milan ; quel déshonneur est crime, car l'expiation volontaire, dans un souverain avant tout, est un hommage rendu à Dieu et à l'humanité, qui valorise celui qui sait le rendre et lui fait partager l'immense honneur existant dans Jésus-Christ crucifié. Peut-être que l'orgueil ne comprend pas ce que je dis, mais quelle importance ? Pendant longtemps, la croix a été propriétaire du monde, sans que l'orgueil n'ait pu deviner pourquoi. Laissons cet aveugle dès la naissance, et répétons à ceux qui peuvent comprendre les paroles de Celui qui a conquis la terre et le ciel par un tourment délibérément douloureux : "Car celui qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé". (Matthieu, chapitre XXIII, 12.) Si le comte de Toulouse avait agi de bonne foi, la pénitence qu'il avait acceptée les aurait rendus intéressés par lui partout. Les malheureux ne sauront jamais assez de la puissance de l'arme dans leurs mains. Mais le comte de Toulouse n'a pas agi de bonne foi ; la politique n'a été que celle qui lui avait arraché les promesses qu'il ne voulait pas tenir ; et quand, aux portes de l'abbaye San Gil, ayant juré sur les reliques des saints et sur le corps même du Seigneur de tenir toutes ses promesses, il a présenté son dos nus à la discipline de l'héritage , cela ne cessa d'être une scène indigne de faux témoignage et d'ignominie. Ce qu'il n'aurait pas dû souffrir dans le dernier extrême, cet homme l'a enduré sans tirer son épée. Une circonstance mémorable aggrava sa punition et lui donna une grande exemplarité. Quand il voulut quitter l'église, la foule était si dense qu'il ne pouvait pas faire un seul pas ; une sortie secrète passa par les tombes souterraines consacrées aux tombeaux, et il passa nu et enchaîné devant la tombe de Pierre de Castelnau.

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Message  Monique le Mar 05 Fév 2019, 8:33 am

Quelques jours après cette scène, c'est-à-dire le 18 juin 1209, le légataire Milon se rend à Lyon pour rencontrer l'armée des Croisés. Cette armée était dirigée par le duc de Bourgogne, les comtes de Nevers, Saint Paul, Bar et Montfort, de nombreux autres notables et quelques prélats. Innocent III avait ordonné, en cas d'absolution du comte de Toulouse, que sa domination directe soit respectée, mais qu'il parte contre ses vassaux et ses alliés afin d'obtenir leur soumission. L'armée avança alors vers le Languedoc, et dès qu'elle arriva à Valence, le comte Ramón apparut en personne portant la croix.   Béziers a été encerclé et soudainement agressé, et a été victime de la rage des soldats, quels que soient leur âge, leur sexe ou leur religion. Les légataires, dans leurs lettres au Souverain Pontife, estiment le nombre de morts à près de vingt mille. Ce carnage, qui n'était ni volontaire ni planifié, a été l'un des événements qui ont donné à la guerre des Albigeois une couleur qu'aucun historien n'a pu effacer. La prise de Carcassonne suivit bientôt celle de Béziers. Les habitants se sont rendus et ont sauvé leur vie ; la ville a été abandonnée au pillage, avec préméditation. Il était difficile d'inaugurer d'une pire façon une guerre juste à ses débuts.

Jusque-là, la Croisade n'avait pour âme et pour chef que l'abbé de Cister. Après le succès de Béziers et de Carcassonne, les Croisés, dont beaucoup pensaient déjà à la retraite, ont jugé utile de choisir un chef militaire. Le choix fut confié à un conseil composé de l'abbé Cisterciense, de deux évêques et de quatre chevaliers, qui ne jugea personne de plus digne de ce commandement que le comte Simon de Montfort. Ce guerrier descendait de la maison du Hainaut ; il était le fruit du mariage de Simon III, comte de Montfort et d'Evreux, avec une fille de Robert, comte de Leicester, et avait pris pour épouse Alice de Montmorency, une femme héroïque, comme son nom.  On ne pouvait pas dire qu'il y avait un capitaine plus audacieux ou un homme plus religieux que le comte de Montfort, et s'il avait ajouté aux qualités éminentes qui brillaient en lui un fond de désintérêt et de douceur, aucun des Croisés d'Orient n'aurait pu le surpasser dans sa gloire. Dès qu'il fut nommé général, il fut presque abandonné par tous. Le comte de Nevers, le comte de Toulouse, le duc de Bourgogne, se retirent l'un après l'autre, laissant avec Montfort une trentaine de chevaliers et un petit nombre de soldats. Ce fut un changement de fortune ordinaire dans ce genre d'expéditions, auxquelles chacun adhère librement et se retire de la même manière.

Comme vous le verrez, la seule chose que je veux tracer, c'est l'intention générale de la guerre et des négociations. Le nœud n'est pas facile à défaire, car deux plans étaient en litige : celui de l'abbé de Cister et celui du Pape.

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Message  Monique le Mer 06 Fév 2019, 6:58 am

Le projet de l'abbé de Cister, de concert avec les principaux évêques du Languedoc et des pays voisins, était de défaire complètement la maison de Toulouse. Ce plan était injuste et impolitique. C'était injuste, parce que si Ramon IV méritait sa ruine, et qu'il était impossible de lui faire confiance à l'avenir, ce n'était pas la même chose avec son fils, un garçon de douze ans, qui n'était pas complice des crimes de son père, ni capable de recevoir une éducation chrétienne sous une tutelle désintéressée. Il était impolitique, car il se mêlait ainsi à la question religieuse, sur laquelle le christianisme était d'accord, une question de famille qui pouvait le diviser ; il devait aussi donner une couleur d'ambition à une guerre menée pour des motifs plus purs. Il est vrai que l'abbé de Cister avait eu le rare bonheur de trouver chez le comte de Montfort un homme expressément formé à son plan, et ce n'est peut-être qu'après l'avoir vu au travail qu'il eut l'idée d'annihiler la maison de Toulouse. Mais les qualités guerrières du comte de Montfort n'étaient pas pour les sujets et les vassaux de cette maison mais les qualités d'un ennemi, et l'abbé de Cister, qui voulait agir rapidement de peur de ne pas toujours avoir les forces nécessaires pour une croisade, aurait dû prendre en compte ce temps, dont il se méfiait, nécessaire pour remplacer une vieille famille par une nouvelle dans un pays ; aurait dû aussi tenir compte de la crainte de transformer une guerre catholique en une guerre personnelle entre le Ramon et le Montfort. L'abus de son autorité pour soutenir un mauvais plan a été la cause de la culpabilité et de la violence qui a enlevé à la Croisade contre les Albigeois le caractère sacré que d'autres points de vue il possédait.

Innocent III était un homme différent de l'abbé de Cister. Par-dessus tout, il occupait cette chaise privilégiée qui, en plus de jouir de l'aide éternelle de l'Esprit-Saint, a l'avantage d'être étrange, par son excellence même, aux passions qui s'insinuent même dans les meilleures des causes. Alors que trop souvent le zèle inconsidéré veut perdre des hommes avec des erreurs, la papauté s'est toujours efforcée de sauver les hommes en tuant les erreurs. Innocent III n'avait aucun désir de défaire la maison de Tolosa ; il ne désespérait pas que le vieux comte Ramon reviendrait aux sentiments dignes de ses parents. Dans les lettres d'excommunication, il avait formellement prévu le cas de sa repentance, et dès qu'il entendit parler des actes de San Gil, il s'empressa de les contraindre à ne pas toucher ses terres. Mais le Pape n'avait personne en France pour le soutenir dans ses intentions généreuses ; il ne pouvait pas lutter contre la force des événements, et ses vains efforts ne servaient qu'à honorer sa mémoire. Le comte Ramon, en abandonnant le système pratique qu'il avait adopté au début, contribua au triomphe des ennemis de sa famille, et il fallait qu'une main suprême intervienne pour changer soudainement l'apparence des choses.

Bien que Montfort n'ait laissé que peu de gens, il n'a pas cessé d'aller de l'avant, prenant les villes, les perdant et les reprenant, tandis que le comte de Toulouse, rassuré par sa réconciliation avec l'Église, ne semblait pas se soucier de la chute de ses alliés et vassaux. Mais un conseil tenu à Avignon par les métropoles de Vienne, Arles, Embrun et Aix, sous la présidence des deux legs Hugo et Milon, est venu lui faire perdre sa sécurité. Le conseil inauguré le 16 septembre 1208 lui donna six semaines pour tenir les promesses qu'il avait faites à San Gil, et s'il ne les tenait pas, il serait excommunié. Ramón, après avoir reçu cette nouvelle, partit pour Rome. Admis en audience par le Saint-Père, qui l'a reçu en témoignage d'affection, il s'est plaint de la rigueur des legs envers lui, a présenté des témoignages authentiques de plusieurs églises auxquelles il avait indemnisé et s'est déclaré prêt à remplir le reste de ses serments demandant aussi de se justifier de la mort de Pierre de Castelnau et des intelligences avec les hérétiques dont il était accusé. Le Pape l'encouragea dans ce sens et ordonna à un nouveau concile épiscopal de se réunir en France pour prendre en charge sa justification, avec cette clause expresse : que s'il était coupable, la sentence serait réservée au Saint-Siège. Ramon, en quittant Rome, se rendit à la cour de l'empereur et à la cour du roi de France dans l'espoir d'obtenir de l'aide, mais sans succès. Il lui fallait donc se présenter devant le concile qui devait juger sa cause, et qui devait se tenir à San Gil à la mi-septembre 1210. Il voulait s'y justifier des deux accusations d'intelligence avec des hérétiques et de complicité dans le meurtre de Pierre de Castelnau ; le conseil refusa de l'entendre sur ces deux points, lui demandant simplement d'accomplir sa parole en purgeant ses domaines d'hérétiques et les gens mauvais qui les ont remplis. Que Ramón n'ait pas pu satisfaire cette demande ou qu'il n'en ait pas eu la volonté, le fait est qu'il est retourné à Tolosa persuadé que l'artifice était inutile et qu'à partir de ce moment, il n'avait rien d'autre à attendre de nulle part que de tout confier à la destinée des armes. Le Concile, cependant, s'est abstenu de le punir par excommunication, parce que le Souverain Pontife s'était réservé la peine et Innocent III se contentait de lui écrire une lettre urgente et affectueuse, dans laquelle il l'exhortait, sans aucune menace, à tenir ce qu'il avait promis. (Lib. XIII, lettre LXXXVIII.)

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Message  Monique le Jeu 07 Fév 2019, 9:36 am

Le roi d'Aragon, pour sa part, intervint afin d'éviter une rupture définitive en tenant deux conférences à ce sujet à l'hiver 1211, l'une à Narbonne et l'autre à Montpellier. Dans le premier, le comte de Toulouse rejette ouvertement les conditions qui lui avaient été imposées à San Gil ; dans le second, il semble d'abord consentir, mais se retire soudainement sans dire au revoir. Le roi d'Aragon, irrité par ce comportement, demanda le mariage d'une fille du comte Montfort, alors âgée de trois ans, pour son fils, un enfant du même âge, et le confia au comte pour qu'il l'éduque sous sa direction. Mais peu de temps après, il se repentit, donnant sa sœur en mariage au fils unique de Ramon, renforçant avec cette alliance les liens, déjà très étroits, qui l'unissaient à la cause de l'hérésie.

Finalement, l'abbé de Cister lança l'excommunication et envoya au Pape un adjoint pour la faire confirmer. Innocent III le confirma et Ramon se prépara à la guerre, assurant la fidélité de ses sujets et l'aide de divers seigneurs, notamment les comtes de Foix et Comminges. Il refusa Montfort, qui s'était présenté devant les murs de Toulouse, et l'armée albigeoise se rendit au camp avant Castelnaudary, dont le siège fut forcé de se lever après une bataille sanglante. Les Croisés remportèrent des victoires en s'emparant de plusieurs villes ; le pays de Foix et de Comminges fut envahi, et Ramon se rendit en Espagne pour implorer l'aide du roi d'Aragon.

Ce qui s'est passé alors montre à quel point le Pape était incertain et combattu. Le roi d'Aragon, avant de recourir aux armes pour protéger son beau-frère, essaya délibérément d'abord de tenter la voie des négociations, envoyant une ambassade auprès du Souverain Pontife pour se plaindre du comte de Montfort, qui s'emparait des fiefs appartenant à sa couronne, et de l'héritage apostolique, qui refusait toute forme de pénitence du Comte de Toulouse. Innocent III, averti par ces plaintes, a écrit pour lui reprocher son héritage et lui ordonner de réunir un concile, composé d'évêques et de seigneurs du pays, pour voir s'ils pouvaient fournir les moyens sur lesquels la paix pourrait être établie. (Lib. XV, lettre CCXI).

Mais pendant que ces lettres, datées du début de l'année 1213, étaient en route, un concile se réunit à Lavaur, à la demande du roi d'Aragon qui, par une demande écrite, avait prié les légats et évêques de retourner auprès des comtes de Toulouse, Comminges et Foix, ainsi que du vicomte de Béarn, les terres qui leur avaient été arrachées, afin de faire cesser les excommunications de l'Église au détriment des besoins qui en étaient les leurs. En cas de rejet de ce vieux Ramon, le roi demanda la justice du concile pour son fils. Le concile décida que le comte de Toulouse ne devait être admis à aucune justification pour avoir constamment violé sa parole ; mais que la pénitence serait reçue des comtes de Foix et Comminges et du vicomte de Béarn dès qu'ils le souhaiteraient. Le roi d'Aragon, jugeant qu'une telle réponse manifestait une décision préméditée contre la maison de Toulouse, déclara solennellement qu'il faisait appel à la clémence du Saint-Siège contre la rigueur inexorable des légats et des évêques, et qu'il prenait sous sa protection royale le comte Ramon et son fils. Ce prince ne pouvait pas être suspecté d'être un hérétique : il avait soumis son royaume à l'Église romaine comme un fief apostolique et avait courageusement servi le christianisme contre les maures en Espagne. Le poids de son nom et de son épée rendait l'entreprise dangereuse. C'est pourquoi le Concile de Lavaur s'est empressé d'envoyer quatre députés au Souverain Pontife, avec une lettre, afin de le convaincre que la cause catholique était perdue si le Comte de Toulouse n'était pas à jamais privé de ses domaines, lui et ses héritiers. Les archevêques d'Arles, d'Aix et de Bordeaux, les évêques de Maguelonne, de Carpentras, de Vaison, de Bazas, de Béziers et de Périguex, ont écrit au Saint-Père dans le même sens. Innocent III se plaint d'avoir été trompé par le roi d'Aragon ; il l'envoie lui dire d'abandonner ses affaires et de conclure une trêve avec le comte de Montfort, en attendant l'arrivée d'un cardinal qui devait l'envoyer dans ces lieux. (Lib. XVI, lettre XLVIII.) Mais le sort avait déjà été décidé. Le roi rassembla une armée en Catalogne et en Aragon, et, passant par les Pyrénées, il vint rejoindre ses troupes avec celles des comtes de Toulouse, Foix et Comminges.

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Message  Monique le Jeu 07 Fév 2019, 5:49 pm

Montfort était à Fanjeaux quand il apprit que l'armée confédérée, composée de quarante mille enfants et deux mille chevaux, avait avancé vers Muret, une place importante située au sud de Garon, trois lieues au-dessus de Toulouse. Ce fut le moment sublime de sa vie. Il n'avait à son service que huit cents chevaux et un petit nombre d'enfants en bas âge ; il partit soudain un matin pour Muret, accompagné de ses hommes d'armes et des évêques de Toulouse, Nomes, Uzés, Lodéve, Béziers, Agde, Comminges et trois abbés cisterciens. Arrivé le même jour au monastère de Bolbonne, appartenant à l'Ordre cistercien, il entra dans l'église, y pria longtemps et déposa son épée sur l'autel, la ramassa et dit à Dieu : "Seigneur, vous m'avez choisi, mais sans mérite, pour combattre en votre nom ; je prends mon épée sur cet autel pour recevoir de vous mes armes puisque je vais combattre pour Vous, c'est à vous que je vais le faire. (Pedro de Vaulx-Cernay : "Histoire des Albigeois", chapitre LXXI.)

Puis il se rendit à Saverdun, y passa la nuit ; le lendemain, il avoua, Il écrivit son testament et l'envoya à l'abbé de Bolbonne, lui demandant de le transmettre au Souverain Pontife, s'il périssait au combat. Dans l'après-midi, le Gérone traversa un pont sans être dérangé, et se retrouva derrière les tours de Muret, gardées par une trentaine de chevaliers. C'était le mercredi 12 septembre 1213. Avant d'entrer dans la ville, il fut rejoint par les évêques, qui le laissèrent aller au camp ennemi pour demander la paix ; mais le roi d'Aragon répondit que cela ne valait pas la peine pour un roi et les évêques d'entrer dans une conférence pour quelques gladiateurs. Malgré le peu de succès de cette tentative, à l'aube, les évêques chargèrent un religieux d'aller dire qu'eux et tous les ordres ecclésiastiques allaient venir pieds nus pour le conjurer afin qu'il puisse trouver de meilleures solutions. Que le comte de Toulouse serait triste pour ses parjurements et ses humiliations infructueuses ! qu'il s'accuserait alors de ne pas avoir eu recours dès le début à une guerre loyale et courageuse, au lieu de laisser ses amis se faire écraser et déshonorer sa cause ! Mais il avait tort : la guerre, comme l'artifice, doit lui être fatale. Dieu a vu le cœur de ce prince et n'avait aucune sympathie pour son destin.

Les évêques se préparaient à quitter Muret dans un acte de supplication, quand un corps de chevaliers ennemis se précipita vers ses portes. Montfort ordonne à ses hommes de se préparer à la formation de combat dans la partie basse de la ville ; il revêt lui-même son armure après avoir prié dans une église, où l'évêque d'Uzés offre le saint sacrifice de la messe. Il est revenu quand il était armé, et quand il a plié son genou, les liens qui unissaient la partie inférieure de son armure se sont brisés. On a pu observer qu'alors qu'il posait son pied sur l'étrier, son cheval a levé la tête et l'a blessé. Ces présages n'ont pas touché le cœur de l'homme, même s'il est vrai que les hommes de son tempérament sont sensibles à ces choses. Il se rendit à ses troupes suivi de Foulques, évêque de Toulouse, qui portait le crucifix dans ses mains. Mais l'évêque de Comminges, voyant que le temps passait, prit le crucifix des mains de Foulques, et de haut lieu il harangua l'armée avec peu de mots et la bénit. Après cela, tous les ecclésiastiques présents se retirèrent à l'église pour prier, et Montfort quitta la ville à la tête de huit cents chevaux, sans infanterie.

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Message  Monique le Ven 08 Fév 2019, 10:51 am

Le front des Confédérés s'étendait sur une plaine à l'ouest de la ville. Montfort, qui était parti par une porte opposée, comme s'il avait voulu fuir, divisa son peuple en trois escadrons et se dirigea directement vers le centre de l'ennemi. Son espoir, après celui qu'il a mis en Dieu, était de couper les lignes confédérées, de semer le désordre et la peur à cause de l'audace de l'attaque et de profiter de toutes les chances que la vue des grands capitaines découvre dans l'horreur d'un corps à corps. C'est ce qui s'est passé. Le premier escadron brisa l'avant-garde ennemie ; le second pénétra jusqu'à ses derniers rangs, où le roi d'Aragon fut entouré du plus choisi des siens ; Montfort, qui suivit de près le troisième, flanquait les Aragonais, déjà surpris. Le temps était précieux, car les bataillons si heureusement affranchis étaient plutôt surpris que vaincus et pouvaient attaquer Montfort par l'arrière. Un coup, qui a frappé avec le roi d'Aragon mort sur terre, a décidé le jour. Les cris et la fuite des Aragonais ont entraîné les autres. Les évêques, qui priaient avec angoisse dans l'église de Muret, les uns prostrés sur le sol, les autres levant les mains vers le ciel vers Dieu, furent rapidement attirés vers les murs par les échos de la victoire, et pouvaient voir la plaine couverte de soldats en fuite, poursuivis par la terrible main des croisés. Un corps de soldats tentant de prendre la ville par assaut a jeté leurs armes au sol et a été détruit dans leur fuite. Pendant ce temps, Montfort revient de sa persécution après la défaite, et quand il traverse le champ de bataille, il trouve le roi d'Aragon sur le sol, déjà déshabillé et nu. Il descendit de cheval et embrassa les restes meurtris de ce misérable prince.  Pierre II, roi d'Aragon, était un chevalier courageux, aimé de ses sujets, un catholique sincère et digne de ne pas mourir de ce sort. Les liens entre ses deux sœurs et Ramon l'obligent à se porter au secours d'une cause qu'il ne considère plus comme celle de l'hérésie, mais celle de la justice et de la parenté. Il succomba à un jugement secret de Dieu, peut-être pour avoir méprisé les supplications des évêques et abusé dans son cœur d'une victoire qu'il considérait certaine. Montfort, après avoir pris soin de l'enterrer, entra pieds nus dans Murat, monta à l'église pour remercier Dieu de sa protection, et donna aux pauvres le cheval et l'armure avec lesquels il avait combattu. Cette bataille mémorable, fruit d'une conscience qui se croyait certaine de lutter pour Dieu, sera toujours parmi les beaux actes de foi accomplis par les hommes en ce monde.

Dominique était à Muret avec les sept évêques mentionnés ci-dessus et les trois abbés de l'Ordre cistercien. Certains historiens anciens ont écrit qu'il était à la tête des combattants, la croix à la main ; dans la maison de l'Inquisition de Toulouse, un crucifix percé de flèches était représenté, disant que c'était celui que Dominique avait porté dans la bataille de Muret. Mais les historiens modernes ne disent rien de semblable ; au contraire, ils affirment que Dominique est resté dans la ville en prière, avec les évêques et les religieux. Bernardo Guidonis, l'un des auteurs qui ont écrit sur sa vie et qui a vécu à l'Inquisition de Toulouse de 1308 à 1322, ne fait aucune référence au crucifix qu'on y verra plus tard.

La bataille de Muret a porté un coup mortel aux affaires du comte de Toulouse. Ses alliés et les habitants de sa capitale ont offert leur soumission au Souverain Pontife, qui a chargé le cardinal Pierre de Benevento de les réconcilier avec l'Église et de forcer le comte de Montfort à envoyer en Espagne le nouveau roi d'Aragon, un jeune garçon qui avait été retenu en otage, son père lui avait envoyé pour le former et pour le marier avec sa fille. Le cardinal accomplit sa double mission à l'hiver 1214. Il est même allé jusqu'à accorder l'absolution au comte de Toulouse, ce qui est vraiment remarquable ; mais cet acte de miséricorde n'a pas servi les vaincus pour ses intérêts temporels.  En décembre suivant, un concile se réunit à Montpellier pour décider à qui appartient la souveraineté du pays conquis. Le Concile a unanimement reconnu qu'il appartenait au comte de Montfort, dont l'épée brillante et puissante avait failli aux destins de la guerre ; cependant, le Souverain Pontife, dans une lettre du 17 avril 1215 (voir " Les Conciles de Labbé ", XIII, p.888) a déclaré que Montfort gardera sa conquête en dépôt jusqu'au concile oecuménique du Latran, auquel il avait réservé la sentence définitive de la question. Il s'agissait d'un dernier effort de la part d'Innocent III pour sauver la maison de Toulouse. Le comte Ramon, abandonné de tous, s'était retiré à la cour d'Angleterre avec son fils.

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Message  Monique le Sam 09 Fév 2019, 10:51 am

Le 11 novembre 1215, alors que le soleil se levait et que les Apennins se baignaient, il trouva dans l'église solitaire de San Juan de Letrán la plus auguste assemblée du monde. Soixante-douze primates et métropolitains, quatre cent douze évêques, plus de huit cents abbés et prieurs de monastères, une multitude de procureurs d'abbayes et d'évêchés absents ; les ambassadeurs du roi des Romains, l'empereur de Constantinople, des rois de France, Angleterre, Hongrie, Aragon, Jérusalem et Chypre ; les députés de la multitude infinie des princes, villes et seigneuries, et surtout la figure vénérable des Innocent III. L'abbé de Cister, archevêque de Narbonne, se distingue parmi les assistants ; le comte Simon de Montfort est représenté par son frère Guy de Montfort ; les deux Ramones viennent personnellement, comme les comtes de Foix et Comminges. Le jour désigné pour juger cette grande cause de la croisade albigeoise, les deux Ramones entrèrent dans l'assemblée, avec les comtes de Foix de Comminges, les quatre se prosternant au pied du trône apostolique. Quand ils se levèrent, ils expliquèrent comment ils avaient été dépouillés de leurs fiefs, malgré leur complète soumission à l’Église romaine et l'absolution qui leur avait été accordée par l'héritage de Pierre de Bénévent. Un cardinal parle en leur nom avec force et éloquence ; l'abbé de Saint-Tibêre et le chantre de l'église de Lyon font de même ; ce dernier, surtout, semble émouvoir le Pape. Mais la plupart des évêques, en particulier les évêques français, ont voté contre ceux qui plaidaient, protestant et disant que la religion catholique disparaîtrait du Languedoc si leurs biens leur étaient rendus, et que tout le sang versé pour cette cause serait perdu, sang et abnégation. Le Concile déclara donc au comte Ramon, dépossédé de ses fiefs, qu'ils furent définitivement transférés avec lui au comte de Montfort, lui attribuant une pension de quatre cents cadres d'argent, à condition qu'il vive hors de ses anciens domaines ; son épouse, Léonore, garderait les biens qui constituaient sa dote. Le marquisat de Provence était réservé au jeune Ramon, son fils, pour qu'il en prenne possession dès sa majorité s'il était fidèle à l'Église. Quant aux comtes de Foix et de Comminges, leur cause a été reportée pour un examen plus approfondi. Il est à noter que le marquisat de Provence, destiné au jeune Ramon, était composé de villes que son père avait abandonnées au Saint-Siège, au cas où il n'aurait pas tenu les promesses faites à San Gil ; plusieurs fois il avait proposé au Souverain Pontife de les réunir à la domination apostolique ; mais il ne voulait jamais y consentir, et il ne s'était pas prévalu des droits qu'il les avait acquis pour les préserver à la Maison de Toulouse.

 Après la clôture du Concile, le jeune Ramon, qui avait gagné l'estime de tous pour sa noble conduite, alla dire au revoir au Pape. Il ne lui a pas caché qu'il se croyait injustement privé du patrimoine de ses ancêtres et lui a dit, avec naïveté et fermeté respectueuse, qu'il saisirait toutes les occasions pour récupérer avec gloire ce qu'il avait perdu sans faute de sa part. Innocent, ému par le malheur et le courage du jeune homme de dix-huit ans, il lui accorde cette bénédiction prophétique : "Mon fils, si Dieu le veut, dans toutes tes actions tu peux bien commencer et mieux finir. ("Historia General del Languedoc", t. III.)
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Message  Monique le Sam 09 Fév 2019, 5:03 pm

 Montfort Investi par Philippe Auguste avec les titres de duc de Narbonne et de comte de Toulouse, il ne jouit pas beaucoup du pouvoir qu'il avait acquis si laborieusement. L'année 1216 ne s'était pas encore terminée lorsque le jeune Ramon possédait déjà une partie de la Provence. Toulouse, par contre, déjà fatiguée du joug de son nouveau comte, appelé le vieux Ramon, le faisant sortir du refuge qu'il avait cherché à la cour d'Angleterre, lui ouvrit ses portes. Un grand nombre de messieurs, après avoir reçu la nouvelle de ce changement de fortune, s'empressèrent de prêter serment d'allégeance à leur ancien seigneur. Le vainqueur de Muret pouvait alors comprendre qu'il ne suffisait pas de gagner des batailles, ni de conquérir des villes par l'assaut, pour acquérir le prestige qui gouverne les peuples ; il avait affronté, malheureusement, cette force honnête existant dans l'humanité, et qui rend impossible le règne des hommes quand ils ne régnaient pas sur leur cœur. Arrojado de Tolosa, qu'il avait désarmé et terrifié en vain au moyen de tortures, fut malheureusement enfermé devant ses murs, qu'il ne devait plus franchir. La longue durée de la barrière, l'incertitude de l'avenir, les reproches adressés par le cardinal Bertrand, l'héritage apostolique, pour son inaction, ainsi que le découragement causé par les revers de fortune quand ils arrivent en retard, ont produit chez le chevalier travailleur une mélancolie qui lui a fait demander à Dieu de l'appeler à son sein. Le 25 juin 1218, on lui apprend très tôt que les ennemis sont pris en embuscade dans les douves du château. Il a demandé ses armes et, après les avoir recouvertes, il est allé à la messe. Il avait déjà commencé quand on l'avait averti que les machines de guerre avaient été attaquées et risquaient d'être détruites. "Permettez-moi, dit-il, de voir le sacrement de notre rédemption." Un autre messager est arrivé et lui a annoncé que ses troupes ne pouvaient pas résister. "Je n'irai pas avant d'avoir vu mon Sauveur." (Pierre de Vaul-Cernay, "Histoire des Albigeois", chapitre LXXXVI.) Enfin, alors que l'hostie se levait, le prêtre Montfort, agenouillé à terre et levant les bras au ciel, prononça ces mots : "NUNC DIMITTIS," et sortit. Sa présence sur le champ de bataille repoussa l'ennemi dans les douves de la place, mais ce fut sa dernière victoire. Il reçut une pierre sur la tête ; il se frappa la poitrine, se confia à Dieu et à la Bienheureuse Vierge Marie, et tomba mort.

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Message  Monique le Dim 10 Fév 2019, 1:21 pm

La fortune a continué à favoriser les Ramones. Des deux enfants laissés par le comte de Montfort, le plus jeune est mort devant les murs de Castelnaudary. Quatre années de mauvais succès persuadèrent l'aîné qu'il n'était pas capable de diriger l'héritage laissé par son père et lui cédèrent tous ses droits en faveur du roi de France. Le vieux Ramon, tranquille à Toulouse sous la protection des victoires de son fils, avait encore le temps de tourner les yeux vers Dieu, qui l'avait puni et l'avait ensuite rétabli dans ses domaines. Le 12 juillet 1222, alors qu'il revenait de prier à la porte d'une église, parce qu'il était encore excommunié, il se sentait malade, et il envoya en hâte chercher l'abbé de Saint Sernin pour le réconcilier avec l'Église. L'abbé le trouva incapable de parler. Quand le vieux comte le vit, il leva les yeux au ciel et prit les deux mains entre les siennes jusqu'à ce qu'il respire son dernier souffle. Son corps fut transporté à l'église des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, où il avait choisi d'être enterré ; mais ils n'osèrent l'enterrer à cause de son excommunication. Ils l'y laissèrent dans un cercueil ouvert, et trois siècles plus tard, on pouvait encore le voir allongé, sans oser clouer une planche à ce bois consacré par la mort et le temps. La question de son enterrement, à la demande de son fils, a été agitée sous les pontificats de Grégoire IX et d'Innocent IV. De nombreux témoignages assuraient qu'avant de mourir, il avait donné de vraies preuves de repentance : néanmoins, on craignait d'enlever ces cendres, leur accordant les honneurs trop tard.

Ramon VII a survécu à son père pendant vingt-six ans. Il savait se défendre même contre les armes de la France ; mais trop faible pour soutenir continuellement un tel effort, il conclut un traité avec Saint Louis en 1228, traité qui mit fin à cette longue guerre. Le mariage de sa fille unique avec le comte de Poitiers, l'un des frères du roi avec la cession du comté de Toulouse en dote ; l'abandon de certains territoires ; la promesse d'être fidèle à l’Église et de faire valoir son autorité contre les hérétiques, telles étaient les conditions essentielles de la paix. L'Église l'a confirmé en rendant sa communion au jeune comte qui, comme pénitence, a promis de servir le christianisme en Palestine pendant cinq ans. Vingt ans plus tard, il pensa sérieusement à tenir sa promesse et partit pour la Terre Sainte. Mais Dieu l'a arrêté en chemin. Il se sentit malade à Paris, non loin de Rodez, d'où, transporté à Milhaud, il mourut le 26 septembre 1248, entouré des évêques de Toulouse, Agen, Cahors et Rodez ; des consuls de Toulouse et d'une multitude de seigneurs, tous venus recevoir l'adieu d'un prince qu'ils aimaient, et dans lequel, dans sa ligne masculine, la branche la plus importante d'une race illustre s'éteignit. Lorsqu'ils apportèrent le saint Viatique au comte, il se leva de son lit et s'agenouilla à genoux devant le corps de son Seigneur, réalisant jusqu'à sa mort, comme dans sa vie, le vœu qu'Innocent III avait exprimé à un autre moment, s'adressant à lui, le bénissant dans sa jeunesse, disant : "Mon fils, si Dieu veut que dans tous vos actes vous commenciez et finissez bien mieux".

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Message  Monique le Dim 10 Fév 2019, 1:40 pm

CHAPITRE VI - Apostolat de saint Dominique depuis le début de la guerre des Albigeois jusqu'au quatrième Concile du Latran. - Institution du Rosaire. - Rencontre de saint Dominique et de ses premiers disciples dans une maison à Toulouse.

Le moment où la guerre des Albigeois a éclaté était précisément le moment où toute la vertu et le génie de Dominique ont été révélés. Il devait craindre deux écueils : abandonner sa mission dans un pays arrosé de sang et plein d'alarmes, ou participer à la guerre au même titre que les religieux cisterciens. Dans les deux cas, il a cessé d'accomplir sa destinée. S'il s'est enfui, il a quitté l'apostolat ; et s'il s'est engagé dans la croisade, il a privé sa vie et sa parole de leur caractère apostolique. C'est pourquoi il n'a fait ni une chose ni l'autre. Toulouse était, en Europe, la capitale de l'hérésie ; c'est donc à Toulouse qu'il devait essayer d'agir de préférence, imitant les premiers apôtres qui, loin de fuir le mal, allaient toujours le chercher précisément dans le foyer de sa gravité. Saint Pierre a d'abord établi sa résidence à Antioche, la reine de l'Orient, envoyant son disciple Saint Marc à Alexandrie, l'une des villes les plus riches et les plus commerciales du monde ; Saint Paul a vécu longtemps à Corinthe, célèbre parmi les villes grecques, à cause de la splendeur de sa corruption ; tous deux, sans avoir donné leur accord, sont morts à Rome. "Il n'est pas juste qu'un prophète, dit Jésus-Christ, périsse hors de Jérusalem." (Saint Luc, XIII, 33.) - C'est donc à Toulouse que toutes les erreurs se sont concentrées et qu'elles ont été signalées, là où il convenait à Dominique d'installer sa tente, quelle que fût la nature du problème. Les hommes de peu de foi attendent la paix, comme on dit, pour travailler ; l'Apôtre sème dans la tempête pour récolter quand le beau temps arrive. Il se souvient des paroles de son Maître qui disait : "Vous entendrez parler des batailles et du bruit des batailles ; essayez de ne pas perdre votre sérénité". (Saint Matthieu, XXIV.) Mais comme il persévérait dans sa mission malgré les terreurs de la guerre, Dominique comprit qu'alors moins que jamais il devait modifier la physionomie pacifique et sacrificielle. Aussi juste soit-il de tirer l'épée contre ceux qui impriment la vérité par la violence, il est difficile pour la vérité de ne pas souffrir pour cette protection et de ne pas devenir complice des excès inséparables de tout conflit sanglant.   L'épée ne s'arrête pas précisément à la limite de la droite ; c'est dans sa nature de retourner difficilement dans son fourreau une fois réchauffée dans les mains de l'homme. Pour combattre du côté de la justice, il faut être des anges, car l'esprit humain ressent des revers si rapides que les oppresseurs vaincus pourraient espérer trouver asile dans la partialité de la compassion. Il était d'une importance souveraine que Dominique reste fidèle au plan du magnanime Azevedo, et qu'à côté de la cavalerie armée pour défendre la liberté de l'Église apparaisse l'homme évangélique, confiant seulement dans le pouvoir de la grâce et de la persuasion. En Pologne, lorsque le prêtre récitait l'Évangile sur l'autel, le chevalier a tiré son épée jusqu'à sa moitié et a entendu dans cet attitude militaire la douce parole du Christ. Voici les vraies relations de la ville du monde avec la ville de Dieu, représentée par le prêtre, qui parle, prie, bénit et s'offre en sacrifice ; la ville du monde, représentée par le chevalier, écoute en silence, unie à tous les actes du prêtre, et brandit son épée attentivement, non pour imposer sa foi, mais pour assurer sa liberté. Dans le mystère du christianisme, le prêtre et le chevalier remplissent deux fonctions qui ne doivent jamais être confondues, dont la première doit toujours être plus visible que la seconde. Pendant que le prêtre chante l'Évangile devant le peuple et à la lumière des bougies, le chevalier tient son épée tirée à moitié, parce que la miséricorde lui parle en même temps que la justice et parce que l'Évangile lui-même, par lequel il est préparé, dit à son oreille : "Heureux les doux, car ils possèdent la terre.'' (St. Matthieu, v. 4.)

Dominique et Montfort furent les deux héros de la guerre des Albigeois : l'un comme chevalier, l'autre comme prêtre. Nous avons déjà vu comment Montfort a fait son devoir ; voyons maintenant comment il a accompli son Dimanche.

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Message  Monique le Lun 11 Fév 2019, 1:36 pm

On aura sans doute constaté qu'il n'est pas du tout nommé dans les actes de cette guerre. Il était absent des conseils, des conférences, des réconciliations, des sièges, des triomphes ; il n'est mentionné dans aucune des lettres envoyées à Rome ou en provenance de Rome. Nous ne le trouvons qu'une seule fois à Muret, priant dans une église quand une bataille avait lieu. Ce silence unanime des historiens est d'autant plus significatif qu'ils appartiennent à des écoles différentes : certains religieux, d'autres laïcs, certains favorables aux Croisés, d'autres amis du Ramon. Il n'est pas possible de croire que si Dominique avait joué un rôle dans les négociations et les événements militaires de la Croisade, tous ces historiens l'auraient fait taire d'un commun accord. Ils nous ont légué des actions d'un autre ordre ; pourquoi les autres devraient-ils garder le silence ? Voici les fragments qui nous ont préservés de sa vie à cette époque :

"Après le retour de Mgr Diego dans son diocèse - dit le bienheureux Humberto - Saint Dominique, laissé presque seul avec quelques compagnons qui ne lui étaient soumis par aucun vote, a soutenu pendant dix ans la foi catholique dans divers lieux de la province de Narbonne, notamment à Carcassonne et Fanjeaux. Il s'était entièrement consacré au salut des âmes par la prédication, et il souffrait avec une grande résignation de nombreux affronts, ignominies et angoisses pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ.'' (" Chronique ", n.2.)

Dominique avait choisi Fanjeaux comme résidence parce que de cette ville, située sur une colline, le monastère de Notre-Dame de Prouille fut découvert dans la plaine. Quant à Carcassonne, qui n'était pas loin non plus de cette retraite, il a donné une autre raison à sa préférence. Un jour, il a demandé pourquoi il ne voulait pas vivre à Toulouse et dans son diocèse, a-t-il répondu. "Parce que dans le diocèse de Toulouse je rencontre beaucoup de gens qui m'honorent de leur amitié, alors qu'à Carcassonne tout le monde est contre moi.'' (Constantin d'Orvieto : "Vie de Saint Dominique", n. 44.) En effet, les ennemis de la foi insultaient, sous tous les prétextes, le serviteur de Dieu ; ils lui crachaient au visage, lui jetaient des boules de boue, des pailles sur son manteau pour se moquer de lui ; mais lui, supérieur en tout, comme l'apôtre, était heureux d'être jugé, au nom de Jésus, comme un des oppresseurs de souffrance. Les hérétiques ont même pensé à lui ôter la vie. Après l'avoir menacé, il lui répondit : "Je ne suis pas digne du martyre, car je ne mérite toujours pas une telle mort.'' (Constantino d'Orvieto : "Vie de Saint Dominique", n. 12.) C'est pourquoi, devant passer une fois par un lieu où il savait qu'on lui avait préparé un lien, non seulement il y passait, mais il le faisait avec une joie intrépide. Stressés par sa constance, les hérétiques lui demandèrent à nouveau, pour le tenter, ce qu'il aurait fait s'il était tombé entre leurs mains, et il répondit : "Je vous aurais supplié, de pas me tuez d'un coup, mais de me couper un membre à un et, après avoir mis les morceaux devant moi, vous finiriez par enlever mes yeux, me laissant à moitié mort dans mon sang ou par me tuer à volonté". (Constantino d'Orvieto : "Vie de Saint Dominique", n. 12.)

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Message  Monique le Lun 11 Fév 2019, 1:57 pm

Théodoric d'Apollon raconte le trait suivant : "Il advint qu'une conférence solennelle devait se tenir avec des hérétiques ; un évêque allait y venir en grande pompe. Alors l'humble héraut du Christ lui dit : "Il n'en est pas ainsi, mon père, il n'en est pas ainsi pour agir contre les enfants d'orgueil. Les adversaires de "la Vérité de Dieu doivent être convaincus par des exemples d'humilité, de patience, de religion et de toutes les vertus, mais pas "par la ferveur de la grandeur et l'ostentation de la gloire profane. Armons-nous de prière et, laissant briller sur nous les signes de l'humilité, allons pieds nus à la rencontre des Goliath.'' L'évêque a suivi ce pieux conseil, et ils ont tous enlevé leurs chaussures. Comme ils ne connaissaient pas le terrain, ils ont dû suivre un hérétique qu'ils avaient trouvé en chemin, un hérétique qu'ils croyaient orthodoxe, et qui leur promettait de les conduire directement à leur destination. Mais, par malice, il les fit traverser une forêt pleine d'épines, avec lesquelles ils se blessèrent les pieds, et le sang coula bientôt le long de leurs jambes. Alors l'athlète de Dieu, patient et joyeux, exhorte ses compagnons à rendre grâce pour ce qu'ils ont souffert en leur disant : "Fais confiance au Seigneur, mes bien-aimés, car nous sommes assurés de la victoire, car nous expions pour nos péchés au prix de notre sang. L'hérétique, ému par cette admirable patience, avoua sa malice et abjura l'hérésie. ("Vie de Saint Dominique", chapitre II, n. 35.)

Il y avait dans les environs de Toulouse des dames nobles que l'austérité des hérétiques avait éloignées de la foi. Dominique, au début du Carême, est allé leur demander l'hospitalité, avec l'intention de les attirer au sein de l'Église. Il n'entra dans aucune controverse avec eux, mais tout au long du Carême, il ne mangea et ne but que du pain et de l'eau, lui et son compagnon. Quand ils ont voulu préparer les lits pour eux la première nuit, ils ont demandé deux tables pour aller se coucher et jusqu'à Pâques ils n'ont pas dormi dans un autre lit, se contentant d'un court sommeil qu'ils interrompaient pour prier. Cette éloquence muette était si puissante pour ces femmes qu'elles reconnaissaient l'amour dans le sacrifice et la vérité dans l'amour.

On se souviendra qu'à Palencia Dominique a été vendu pour sauver le fils d'une femme pauvre de l'esclavage. La même volonté s'est manifestée en Languedoc à l'égard d'un hérétique qui lui a avoué que s'il s'était penché du côté de l'hérésie, c'était à cause de sa misère ; il a décidé de se vendre pour assurer sa subsistance, et il l'aurait fait si la divine Providence ne lui avait donné d'autres moyens pour exister.

Un fait encore plus singulier nous prouve les ressources de sa bonté. Certains hérétiques, dit Théodoric d'Apollon, emprisonnés et condamnés dans les terres Toulousaines, ont été envoyés en jugement laïque parce qu'ils ont refusé de retourner à la foi, qui les a condamnés au feu de joie. Dominique tourna son regard vers l'un d'eux, le cœur ouvert aux secrets de Dieu, et dit aux officiers du tribunal : "Mettez cet homme à part, et gardez-vous de le brûler. Puis, se tournant vers l'hérétique, il dit avec beaucoup de douceur : "Je sais, mon fils, qu'il vous faut du temps, mais que vous allez enfin être bon et saint. Une chose aimable et merveilleuse ! Cet homme vécut encore vingt ans dans l'hérésie, à la fin de laquelle, touché par la grâce, il demanda l'habit de l'Ordre, dans lequel il vécut et mourut fidèlement.'' ("Vie de Saint Dominique, chapitre IV, numéro 54.")

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Message  Monique le Mar 12 Fév 2019, 9:24 am

Constantin d'Orvieto et le bienheureux Humberto, en citant ce même trait, ajoutent une circonstance qui nécessite une explication. Ils disent que les hérétiques en question avaient été "convaincus" par Dominique avant d'être donnés au bras séculier. Ce sont les seuls mots du XIIIe siècle par lesquels on croyait qu'il était possible d'inciter le saint à participer à la procédure pénale. Mais les historiens de la guerre d'Albigeois nous disent très clairement ce qu'était cette "conviction" d'hérétiques. Les hérétiques n'étaient pas dans une société secrète en Languedoc ; ils étaient armés et se battaient pour leurs erreurs à la lumière du soleil. Quand le sort de la guerre a mis l'un d'entre eux entre les mains des Croisés, des gens de l'Église leur ont été envoyés pour exposer les dogmes catholiques et leur faire sentir l'extravagance de leur propre. Il s'agissait de les "convaincre", non pas d'être des hérétiques, puisqu'ils ne l'ont pas caché du tout, mais d'être sur un faux chemin, opposé aux Écritures, à la tradition et à la raison. Ils ont été implorés de la manière la plus péremptoire d'abdiquer leur hérésie, en leur promettant le pardon à ce prix. Ceux qui ont accédé à cet appel ont été pardonnés, et ceux qui ont résisté jusqu'au bout ont été livrés au bras séculier. La "conviction" des hérétiques était donc une fonction d'abnégation, où la force du talent et l'éloquence de la charité étaient animées par l'espoir d'arracher les misérables à la mort. Mais utiliser ces textes pour l'accuser de rigueur contre les hérétiques, c'est confondre le prêtre qui assiste le criminel avec le juge qui le condamne ou le bourreau qui le tue.

Quelqu'un est peut-être surpris que Dominique ait eu assez d'autorité pour arracher un hérétique à la torture par une simple prédiction. Mais en plus de la renommée de sa sainteté, qui devait attirer toute confiance en sa parole, il avait été investi par les legs du Saint-Siège du pouvoir de "réconcilier" les hérétiques avec l'Église. Nous en avons la preuve sous la forme de deux bulletins de vote, tous deux sans date, mais qui ne peuvent manquer d'appartenir à cette période de sa vie.

L'un d'eux est conçu en ces termes : "A tous les fidèles au Christ auxquels s'adressent les lignes suivantes, frère Dominique, chanoine d'Osma, humble ministre de la prédication : santé et charité sincère dans le Seigneur ! Nous faisons savoir à votre discrétion que nous avons permis à Ramon Guillermo d'Hauterive Pélagianire de recevoir chez lui à Toulouse, pour qu'il puisse vivre sa vie ordinaire, Guillermo Huguecion, qui nous a dit qu'il portait autrefois l'habitude des hérétiques. Nous l'autorisons jusqu'à ce que nous recevions des ordres contraires ou jusqu'à ce qu'il les reçoive directement du Cardinal, et cette cohabitation ne sera pas considérée nuisible ou déshonorante.'' (Echard : "Écrivains de l'Ordre des Prêcheurs", t.I, page 9, note.)

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Message  Monique le Mar 12 Fév 2019, 9:39 am

L'autre carte d'identité dit ce qu'il y a après. "A tous les fidèles du Christ auxquels s'adressent les lignes suivantes, frère Dominique, canon d'Osma : la santé dans le Christ ! Par l'autorité de l'Abbé de Cîteaux, "qui nous a confié cette charge", nous avons "réconcilié" avec l'Église le porteur du présent, Ponce Roger, converti par la grâce de Dieu de l'hérésie à la foi, et nous ordonnons, par le serment qu'il a fait devant nous, de l'entrée du village à l'église nue, en passant par trois dimanche ou fêtes, en se laissant battre à la taille par le prêtre. Nous lui ordonnons aussi de s'abstenir en toutes saisons de la viande, des œufs, du fromage et de tout ce qui est d'origine charnel, à l'exception de Pâques, du Corpus Christi et de Noël, où il peut manger tout cela, en signe de protestation contre ses vieilles erreurs. Il aura trois carêmes par an, jeûnant et s'abstenant de manger du poisson, à moins que la maladie de son corps ou les chaleurs de l'été ne nécessitent une dispense.   Il habillera les habitudes religieuses, tant dans leur forme que dans leur couleur, auxquelles il ajoutera deux croix à leurs extrémités extérieures. Chaque jour, s'il le peut, il entendra la messe et assistera aux vêpres. Il récitera dix "Pater Noster" sept fois par jour et vingt autres à minuit. Il observera la chasteté, et une fois par mois, le matin, il présentera ce certificat au prêtre du village de Céré. Nous ordonnons à cet aumônier de veiller à ce que son pénitent observe une bonne vie, et ce dernier observera tout ce que nous venons de dire, jusqu'à ce que le Seigneur Légat ordonne autre chose. S'il néglige, avec mépris de son observance, ce que nous venons de dire, il sera considéré comme excommunié, parjure et hérétique, et il sera séparé de la société des fidèles. (Echard, Écrivains de l'Ordre des Prêcheurs, vol. I, page 8, note).

A ceux qui trouvent ces prescriptions excessives et étrangères aux pénitences canoniques de l’Église primitive, je me réfère aux usages pénitentiaires des cloîtres et aux pratiques qui ont été volontairement imposées en public par de nombreux chrétiens du Moyen Age pour expier leurs fautes. Tout le monde sait, pour ne citer qu'un exemple, qu'Henri II, roi d'Angleterre, a été battu par des moines en pagaille sur la tombe de Thomas Becket, archevêque de Cantorbery, dont il avait donné lieu au meurtre. Aujourd'hui, dans les grandes basiliques de Rome, le prêtre, après avoir acquitté le pénitent, lui donne un petit coup sur le dos avec un long bâton. Saint Dominique s'est naturellement conformé aux coutumes de son siècle et, pour tous ceux qui les connaissent, il y a un esprit de bonté remarquable dans les actes qui viennent d'être lus.

Son désintérêt n'était rien de moins que sa charité et sa douceur. Il refusa les évêchés de Béziers, de Conserans et de Comminges, qui lui avaient été offerts, et dit un jour qu'il s'enfuirait la nuit avec son bâton plutôt que d'accepter l'épiscopat ou toute autre dignité, quelle qu'elle soit.

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Message  Monique le Mer 13 Fév 2019, 6:14 pm

Regardons le portrait de Guillaume de Pierre, abbé d'un monastère de Saint-Paul (France), l'un de ceux qui l'ont connu particulièrement durant les douze années de son apostolat en Languedoc, et qui ont été entendus comme témoins à Toulouse durant le processus de sa canonisation : "Le bienheureux Dominique avait une foi ardente pour le salut des âmes et un zèle sans bornes pour elles. Il était un prédicateur si fervent que jour et nuit, dans les églises et les maisons, dans les champs et sur les routes, il ne cessait de proclamer la parole de Dieu. Il était l'adversaire des hérétiques, qu'il opposait à la prédication et à la controverse chaque fois qu'elles surgissaient. Il aimait la pauvreté au point de renoncer à la possession de fermes, de châteaux et de loyers, dont son Ordre s'était enrichi en de nombreux endroits. C'était d'une frugalité si austère qu'il ne mangeait que du pain et de la soupe, sauf en de rares occasions, par respect pour ses frères et pour ceux qui étaient assis à table, car il voulait que les autres aient tout en abondance, autant que possible. J'en ai entendu beaucoup dire qu'il était vierge. Il refusa l'évêché de Conserans, et ne gouvernerait pas cette Église, bien qu'il ait été élu pasteur et prélat pour elle. Je n'ai pas vu un homme plus humble qui méprisait la gloire de ce monde et tout ce qui s'y rapporte. Il recevait des insultes, des malédictions et des reproches avec patience et joie, comme s'ils lui accordaient une grande récompense. Il n'était pas troublé par la persécution ; il marchait souvent en danger avec une sécurité sans peur, et la peur ne le faisait pas abandonner son chemin une seule fois. Au contraire, quand le sol l'a vaincu, il s'est couché sur le chemin et s'est endormi. Il était plus religieux que tous ceux que j'ai jamais connus. Il était méprisé et n'avait rien pour rien. Il consola ses frères malades avec tendresse, portant admirablement bien leurs faiblesses. S'il savait que l'un d'eux était la proie de tribulations, il l'exhortait à la patience et l'encourageait du mieux qu'il pouvait. Jaloux des constitutions, il réprimandait paternellement ceux qui ne les respectaient pas. Il était l'exemple de ses frères en tout : en paroles, en actes, en nourriture, en vêtements et en morale. Je n'ai jamais connu un homme chez qui la prière était si habituelle, ni qui versait des larmes avec une telle abondance. Quand il priait, il poussait des cris qu'on pouvait entendre de loin, et il disait à Dieu dans ces gémissements : "Seigneur, aie pitié des hommes, qu'adviendra-t-il des pécheurs ?" Il passa ainsi des nuits blanches, pleurant et gémissant pour les péchés des autres. Il était généreux, hospitalier et donnait volontiers aux pauvres tout ce qu'il possédait. Il aimait et honorait les religieux et tous les amis de la religion. S'il ne trouvait pas d'église, il s'allongeait sur un banc ou sur le sol, ou sur les cordes du lit qui lui avait été préparé, après avoir retiré les draps et les matelas. Je l'ai toujours vu dans un peignoir généralement réparé. Il a toujours porté des habitudes plus anciennes que celles de ses religieux. Il aimait les questions de foi et de paix, et chaque fois qu'il le pouvait, il était un promoteur très fidèle de l'un comme de l'autre. ("Actes de Toulouse, numéro 15.")

Le don des miracles s'est développé en Dominique à côté de ses vertus. Un jour, alors qu'il traversait une rivière en canot, le passeur, alors qu'ils étaient sur l'autre rive, lui a demandé de l'argent pour son travail. Je suis, dit Dominique, disciple et serviteur du Christ ; je ne porte ni or ni argent avec moi ; Dieu vous paiera plus tard le prix de mon passage. Le batelier mécontent se mit à tirer sur son manteau, en lui disant : "Soit tu lâches le manteau, soit tu me paies ce qui est dû". Dominique, levant les yeux vers le ciel, recentré un instant et regardant la terre, montra au passeur un morceau d'argent que la Providence venait de lui envoyer, et lui dit : "Frère, voilà ce que tu as demandé ; prends-le et laisse-moi partir en paix". (B. Humbert : "Vie de saint Dominique", n. 39.)

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Message  Monique le Jeu 14 Fév 2019, 11:56 am

Alors que les Croisés étaient devant Toulouse, en l'an 1211, des pèlerins anglais, en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, voulant éviter d'entrer dans la ville à cause de l'excommunication qui avait été lancée contre elle, prennent un bateau pour passer la Garonne. Mais le bateau, à cause de sa lourde charge, chavira ; il y en avait une quarantaine. Aux cris des pèlerins et des soldats, Dominique quitta une église voisine et se jeta à terre les bras en croix, implorant Dieu en faveur des pèlerins, déjà submergés. Quand il eut terminé sa prière, il se leva et, revenant à la rivière, il dit d'une voix forte : "Au nom du Christ, je vous ordonne à tous de venir sur la rive.'' (Théodoric d'Apollon : "Vie de saint Dominique", chapitre III, n. 48.) Soudain, les naufragés apparurent sur les eaux, et s'accrochant aux longues bêches que les soldats tenaient pour eux, ils gagnèrent la côte.

Le premier prieur du couvent de Santiago, à Paris, appelé par les historiens Matthieu de France, fut le coopérateur de Dominique, à cause d'un autre miracle dont il avait été témoin. Il était prieur d'une collégiale des chanoines de la ville de Castres. Dominique venait souvent visiter son église, parce qu'elle renfermait les reliques du martyr Saint Vincent, et il passait habituellement son temps à prier jusqu'à midi. Un jour, il laissa passer cette heure, qui était l'heure du repas, et le prieur envoya l'un des clercs à sa recherche. Le clerc vit Dominique en l'air, à un demi-coude du sol, devant l'autel ; il courut avertir le prieur qu'il avait trouvé Dominique dans cet état d'extase. Ce spectacle l'impressionna tellement qu'il devint peu de temps après compagnon du serviteur de Dieu qui, selon sa coutume pour tous ceux qu'il admettait de partager son apostolat, lui promit "le pain de vie et l'eau du ciel".

Les historiens nous racontent brièvement qu'il a jeté le démon du corps d'un homme ; qu'en voulant prier dans une église dont les portes étaient fermées, il s'est soudain retrouvé à l'intérieur ; qu'en voyageant avec un religieux dont il ne comprenait pas la langue et qui ne comprenait pas la sienne, ils sont partis pendant trois jours comme s'ils avaient parlé la même langue ; que, les livres qu'il emportait dans l'Ariège et qui ont été déposés par un marin, sans avoir été gâchés par la pluie, après quelque temps. Tous ces faits flottent éparpillés et non liés dans l'Histoire, et nous les recueillons sur ses rives comme des restes sacrés.

Dieu avait aussi communiqué à son serviteur l'esprit de prophétie. Pendant le Carême 1213, qu'il passa à Carcassonne à prêcher et à exercer les fonctions de vicaire général qui lui avaient été confiées par l'évêque absent, il fut interrogé par un religieux cistercien sur le résultat de la guerre. "Et quand Dominique se tut, les religieux s'empressèrent de lui demander à nouveau, sachant que Dieu lui avait révélé beaucoup de choses. Dominique lui dit finalement : "Oui, ces maux prendront fin ; beaucoup de sang sera encore versé, et un roi perdra sa vie au combat". Ceux qui entendirent cette prédiction crurent qu'il parlait du fils aîné de Philippe Auguste, qui avait juré de se révolter contre les Albigeois ; mais Dominique les rassura en disant : "Ne craignez rien pour le roi de France ; c'est un autre roi, et très bientôt celui-là, qui mourra aux vicissitudes de la guerre". (B. Humbert : "Vie de saint Dominique", N. 48.) Peu après, le roi d'Aragon trouva la mort à Muret.

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Message  Monique le Ven 15 Fév 2019, 12:28 pm

La guerre, par sa durée et ses alternatives, semblait être un obstacle presque invincible contre le désir constant de Dominique, qui fut le fondement d'un ordre religieux consacré au ministère de la prédication. C'est pourquoi il n'a jamais cessé de demander à Dieu de rétablir la paix et, pour l'obtenir et accélérer le triomphe de la foi, il a institué, non sans une certaine inspiration intérieure, cette manière de prier qui s'est répandue dans l'Église universelle sous le nom de "Rosaire". Quand l'archange Gabriel fut envoyé de Dieu à la Bienheureuse Vierge Marie pour lui annoncer le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu dans son sein chaste, il la salua par ces mots : "Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.'' (Saint Luc, chapitre I, n. 28) Ces paroles, les plus heureuses qu'une créature ait jamais entendues, ont été répétées à maintes reprises sur les lèvres des chrétiens qui, du fond de cette vallée de larmes, ne cessent de dire à la Mère de leur Sauveur: "Je vous salue Marie." Les hiérarchies du Ciel ont fait un de leurs principaux adjoints pour s'adresser à l'humble fille de David et se présenter avec cette salutation glorieuse ; et maintenant qu'elle est assise au-dessus des anges et de tous les chœurs célestes, le genre humain qui la comptait parmi leurs filles et sœurs, lui envoie de ce monde la salutation angélique : "Je vous salue, Marie. Quand elle l'entendit pour la première fois dans la bouche de Gabriel, elle conçut immédiatement la Parole de Dieu dans son ventre très pur ; et maintenant, chaque fois que les lèvres humaines répètent ces paroles, qui étaient le signe de sa maternité, son ventre est ému à la mémoire d'un moment sans pareil au Ciel ou sur terre, et toute éternité se trouve comblé par une joie qui se ressent encore.

Or, bien que les chrétiens aient coutume d'orienter ainsi leur cœur vers Marie, l'usage immémorial de cette salutation n'avait ni règle ni solennité. Les fidèles ne se sont pas rassemblés pour la diriger vers leur bien-aimé protecteur ; chacun a suivi pour elle l'élan particulier de son amour. Dominique, qui n'ignorait pas le pouvoir de l'association dans la prière, trouva utile de l'appliquer à la salutation angélique, et que ce cri commun à tout un peuple réuni monterait au Ciel avec un grand empire. La même brièveté des paroles de l'ange demandait à être répétée un certain nombre de fois, de la même manière que ces acclamations uniformes que la reconnaissance des nations lance au pas de leurs souverains. Mais la répétition peut engendrer une distraction de l'esprit. Dominique y réfléchit et distribua les salutations orales en plusieurs séries, auxquelles il unit la pensée de l'un des mystères de notre rédemption, qui étaient, l'un après l'autre, pour la Sainte Vierge motif de joie, de douleur et de triomphe. C'est ainsi que la méditation intime s'est unie à la prière publique ; et le peuple, en saluant sa Mère et sa Reine, l'a suivie du fond du cœur dans chacun des principaux événements de sa vie. Dominique forma une confrérie pour mieux assurer la durée et la solennité de cette forme de supplication.  

Sa pensée pieuse a été bénie par le plus grand des succès : le succès populaire. Le peuple chrétien lui a transmis son affection siècle après siècle avec une fidélité incroyable. Les confréries du Rosaire se sont multipliées à l'infini ; il n'est pas un chrétien au monde qui ne possède, avec le nom même qui lui a été donné, une des fractions ; qui parmi nous a cessé d'entendre l'après-midi, dans les églises de campagne, la voix grave des paysans récitant, formant deux chœurs, la salutation angélique ? Qui n'a pas trouvé les processions des pèlerins passant entre leurs doigts les perles du chapelet, agrémentant le trajet avec la répétition alterné du nom de Marie ? Chaque fois qu'une chose atteint la perpétuité et l'universalité, elle contient nécessairement une mystérieuse harmonie avec les besoins et les destinées de l'homme. Le rationaliste sourit quand il voit de longues rangées de personnes répéter le même mot ; celui qui voit les choses illustrées par une meilleure lumière comprend que l'amour n'a qu'un mot et que, le disant sans cesse, il ne cesse de le répéter.

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Message  Monique le Sam 16 Fév 2019, 11:24 am

La dévotion au Rosaire, interrompue par la peste qui dévasta l'Europe au XIVe siècle, fut renouvelée au siècle suivant par le B. Alano de Rupe, un dominicain breton. En 1573, le souverain Pontife Grégoire XIII, en mémoire de la célèbre bataille de Lépante, gagna contre les Turcs au temps d'un Pape dominicain, le jour même où les Confréries du Rosaire célébraient les processions publiques à Rome et dans le monde chrétien, instituant la fête que l'Église entière célèbre chaque année le premier dimanche d'octobre au nom du Rosaire. (Thèse de Mamachi dans les "Annales de l'Ordre des Prêcheurs", I.P. 316 ss. Les Bolandistes se demandaient si Dominique était vraiment l'auteur du Rosaire ; Mamachi expose des documents qui, en plus de la tradition constante, maintiennent le saint patriarche en possession d'un tel honneur.)

Telles étaient les armes auxquelles Dominique recourait contre l'hérésie et contre les maux de la guerre ; la prédication parmi les insultes, la controverse, la patience, la pauvreté volontaire, une vie dure pour lui-même, le don des miracles, et, enfin, la promotion du culte de la Sainte Vierge par l'institution du Rosaire. Dix ans se sont écoulés depuis l'entretien qu'il a eu à Montpellier jusqu'au Concile du Latran, avec une telle uniformité que les historiens contemporains n'ont remarqué qu'un petit nombre d'actes dans cette persévérance humble et héroïque dans la même vertu. La peur de la monotonie a stoppé leurs plumes ; mais enregistrer quelques jours de la vie de Dominique, c'est comme enregistrer quelques années.  Cette absence d'événements dans la vie d'un grand homme à une époque si mouvementée est le trait qui dessine la figure de Dominique, à côté de celle de Montfort. Unie par une amitié sincère et un but commun, son caractère était aussi différent que l'armure d'un chevalier par rapport au frottis d'un religieux. Le soleil de l'Histoire brille sur l'armure de Montfort et y illumine de beaux actes mêlés d'ombres : sur le manteau de Dominique, il laisse à peine tomber un de ses rayons ; mais ce rayon est si pur et si saint, que sa petite splendeur sert de splendide témoignage. La lumière manque parce que le serviteur de Dieu s'est retiré du bruit et du sang, parce que, fidèle à sa mission, il a seulement détaché ses lèvres pour bénir, son cœur pour prier, sa main pour servir son amour, et parce que la vertu, seule, n'a d'autre soleil que Dieu.

Il avait quarante-six ans lorsqu'il commença à récolter le fruit de ses grands mérites. Les Croisés triomphèrent et lui ouvrirent les portes de Toulouse en 1215, et la Providence, qui réunit en même temps les éléments les plus divers, lui envoya deux hommes, qui étaient les hommes dont il avait besoin, pour poser les premières fondations de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Tous deux étaient citoyens toulousains, distingués par leur berceau et d'une grande valeur personnelle. L'un d'eux, appelé Pedro Cellani, ornait sa grande fortune de son immense vertu ; l'autre, que nous ne connaissons que sous le nom de Thomas, était éloquent et de coutumes singulièrement douces. Inspirés par la même inspiration du Saint-Esprit, ils se sont donnés ensemble à Dominique, et Pedro Cellani lui a donné sa propre maison, qui était belle et située près du château de Narbonne. Dominique rassembla dans cette maison ceux qui l'avaient rejoint ; il y en avait six : Pierre Cellani, Thomas et quatre autres. C'était un groupe plutôt petit, et pourtant il avait coûté dix ans d'apostolat et quarante-cinq ans de vie immolés à Dieu ; combien peu ceux qui se sentent pressés sur leur chemin connaissent les conditions des choses durables de la vie, combien peu ceux qui sont rejetés par un siècle de tempêtes les connaissent ! Dès le jour où Dominique, passant pour la première fois par Toulouse, passa une nuit entière à convertir un hérétique, il aperçut la pensée de son Ordre ; mais le temps s'était montré inexorable envers lui. La mort prématurée de son ami et maître Azevedo l'a laissé orphelin en terre étrangère ; une guerre sanglante l'a entouré partout ; la haine des hérétiques, contenue auparavant par la certitude même de leur domination, a été exaltée ; l'attention et l'abnégation des catholiques, en suivant un cours différent de l'apostolat, ont réduit Dominique à une solitude désespérante. Néanmoins, Dieu souffle sur les nuages et les dissipe ; le comte de Toulouse, qui devait mourir dans sa maison calme et victorieuse, est vaincu pendant quelque temps par une bataille décisive et imprévue ; Dieu donne quelques mois de paix à son serviteur, et l'Ordre des Prêcheurs est établi entre deux tempêtes dans la capitale de l'hérésie.

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Message  Monique le Dim 17 Fév 2019, 12:42 pm

 Dominique revêtit ses compagnons de l'habit qu'il portait lui-même, c'est-à-dire une tunique de laine blanche, un haut en lin, une cape et une capuche de laine noire. C'était l'habitude des chanoines réguliers, dont il avait gardé l'usage depuis son entrée à la mairie d'Osma. Lui et ses compagnons l'ont habillé jusqu'à un événement mémorable dont nous parlerons à sa place et qui a provoqué un changement dans ses vêtements. Ils ont aussi commencé à mener une vie uniforme, suivant certaines règles. Cet établissement a été fondé avec la coopération et l'autorité de l'évêque de Tolosa, qui a continué à être Foulques, ce moine cistercien généreux qui, dès le début, nous a témoigné son affection pour les projets de Azevedo et Domingo. Il ne s'est pas contenté de favoriser spirituellement leur réalisation ; de sa libéralité envers l'Ordre nous avons un document remarquable, que la gratitude de l'Ordre des Prêcheurs doit éterniser de toute son âme : Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous faisons connaître à tous les présents et à venir que Nous, Foulques, par la grâce de Dieu l'humble ministre du Siège de Toulouse, désireux d'extirper l'hérésie, de bannir les vices, d'enseigner aux hommes la règle de la foi et de les former aux bonnes mœurs, instituons par des prédicateurs dans notre diocèse frère Dominique et ses compagnons, qui ont entrepris de partir en pauvreté évangélique, au pied et comme religieux, proclamer la parole divine. Et comme le travail est digne de leur nourriture, et qu'il ne faut pas fermer la bouche au bœuf qui marche sur le grain, mais, au contraire, celui qui prêche l'Évangile doit vivre de l'Évangile, nous voulons que frère Dominique et ses compagnons, en semant la vérité dans notre diocèse, y rassemblent aussi ce qui est nécessaire pour préserver leur vie. C'est pourquoi, avec le consentement de notre chapitre de saint Étienne et de tout le clergé de notre diocèse, nous leur assignons à perpétuité, ainsi qu'à tous ceux dont le zèle du Seigneur et le salut des âmes affectent de la même manière l'office de prédication, un sixième des dîmes dont jouissent les usines de nos églises paroissiales, afin que celles-ci soient en mesure d'assurer leurs besoins et qu'ils reposent de temps à autre de leur travail. S'il reste quelque chose à la fin de l'année, nous voulons et ordonnons qu'il soit utilisé pour décorer nos églises paroissiales ou pour aider les pauvres, comme cela semble plus convenable à l'évêque. Car, puisqu'il est réglementé par le droit qu'une certaine partie de la dîme soit consacrée aux pauvres, nous sommes sans doute obligés d'admettre dans la participation tous ceux qui embrassent la pauvreté par Jésus-Christ pour enrichir le monde par son exemple et le don céleste de sa doctrine ; de telle sorte que ceux de qui nous recevons les choses temporelles reçoivent des choses spirituelles directement ou indirectement de nos mains. Donné en l'an 1215 du Verbe incarné, le roi Philippe régnant en France et le comte de Montfort occupant la principauté de Toulouse". (Echard : "Écrivains de l'Ordre des Prêcheurs", t. I, page 12, note.)

Cet acte de munificence n'est pas le seul qui vint en aide aux frères prêcheurs. "A cette époque, disent les historiens, M. Simon, comte de Montfort, illustre prince, qui lutta contre les hérétiques avec "l'épée matérielle", et Saint Dominique, qui les combattit avec "l'épée de la parole de Dieu", fit une grande familiarité et amitié. (Le B. Humbert : "Chronique", n.3 ; Théodoric d'Apollon : "Vie de Saint Dominique", chapitre III, n.45 ; Nicolas de Treveth : "Chronique"). Montfort a donné à son ami le château et la terre de Cassanel dans le diocèse d'Agen. Il avait auparavant confirmé de nombreux dons en faveur du monastère de Prouille, dont les possessions avaient augmenté par lui-même. Son estime et son affection pour Dominique ne s'étaient pas limitées à ce genre de témoignage ; il le supplia de baptiser sa fille, promise depuis quelque temps à l'héritier du royaume d'Aragon, et de bénir les fiançailles de son fils aîné, le comte Amalric, avec Béatrice, fille du duc de Vienne.

Nous verrons comment un jour Dominique, doyen et proche du retour à Dieu, se repentit d'avoir accepté des biens temporaires : il s'en libéra comme d'un fardeau avant d'entrer dans le tombeau, laissant à ses enfants comme son patrimoine cette Providence quotidienne qui soutient toutes les créatures laborieuses, et dont les mots écrits disent : "Laisse au Seigneur le soin de ta vie : Il te nourrira". (Psaume LVI, 23)

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Message  Monique le Dim 17 Fév 2019, 2:48 pm

CHAPITRE VII - Deuxième voyage de Saint Dominique à Rome. - Approbation provisoire de l'Ordre des Prêcheurs par Innocent III. - Rencontre de Saint Dominique avec Saint François.

Jusqu'au moment où la pensée de Dominique en était arrivée à sa réalisation, on lui permit d'attendre l'approbation du Siège Apostolique pour son œuvre ; c'est pourquoi, profitant de l'occasion de la prochaine célébration du Concile de Latran, il part pour Rome avec l'évêque de Toulouse en automne de 1215. Mais avant de dire au revoir à ses disciples, il a accompli un acte remarquable, qui a tracé à jamais pour son Ordre une des grandes voies qu'il devait suivre. Toulouse possédait alors un célèbre médecin qui occupait avec brio la chaire de théologie. Il s'appelait Alexandre ; un jour, il travaillait très tôt dans sa cellule quand, à cause du sommeil, il s'est un peu distrait de son étude et s'est profondément endormi. Pendant ce repos, il vit apparaître devant ses yeux sept étoiles, petites au début, mais grandissantes en grandeur et en clarté, elles finirent par illuminer la France et le monde. Se réveillant au milieu de ce songe à l'aube, il appela ses serviteurs, qui avaient l'habitude de lui apporter ses livres, et alla à son école. Dès qu'il entra, Dominique lui proposa de l'accompagner avec ses disciples, tous vêtus de la robe blanche et du manteau noir des chanoines réguliers. Ils lui ont dit qu'ils étaient des religieux qui prêchaient l'Évangile, aux fidèles comme aux infidèles, dans le pays de Toulouse, et qu'ils désiraient ardemment écouter ses leçons. Alexandre comprit qu'ils étaient les sept étoiles qu'il venait de voir dans ses rêves, et étant plus tard dans la cour du roi d'Angleterre, quand l'Ordre des Prêcheurs en était venu à acquérir une immense renommée, il raconta comment il avait comme élèves les premiers enfants de cette nouvelle religion.

 Dominique, après avoir confié ses disciples à la garde de la prière et de l'étude, partit pour Rome. Onze ans s'étaient écoulés depuis Diego et il lui avait rendu visite ensemble pour la première fois, tous deux étant pèlerins et ne sachant pas encore pourquoi Dieu les avait conduits de si loin aux pieds de son Vicaire. Or Dominique apporta au Père commun du christianisme le fruit de sa bénédiction, et malgré la mort, qui lui avait enlevé le compagnon de son ancien pèlerinage, il ne vint pas seul. Son destin était de trouver à cette fin d'illustres amitiés. Alors que l'Espagne, son pays natal, gardait dans le sépulcre l'ami et protecteur de sa jeunesse, la France, sa patrie d'adoption lui avait donné un autre ami en la personne de Foulques. Il a aussi eu la chance de rencontrer Innocent III à nouveau sous la présidence de Saint Pierre. Cependant, ce grand Pontife n'était pas d'abord favorable à ses désirs. Il consent sans travail à prendre sous la tutelle de l’Église romaine le monastère de Prouille et ordonne la rédaction de lettres datées du 8 octobre 1215 ; mais il ne peut décider d'approuver un nouvel Ordre, consacré à construire l’Église par la prédication.

Les historiens donnent deux raisons à leur répugnance. En premier lieu, la prédication était une fonction transmise par les Apôtres aux évêques, et il semblait contraire à la tradition d'accorder sa fonction à un Ordre qui n'était pas épiscopal. Il est vrai que les évêques se sont longtemps abstenus volontairement de l'honneur de proclamer la parole de Dieu et que le quatrième Concile de Latran, tenu récemment, leur avait ordonné de placer dans la chaire chrétienne, des prêtres capables de les représenter. Mais c'était une chose pour chaque évêque de pourvoir à la prédication dans son diocèse, en élisant des vicaires révocables, et une autre de confier à un Ordre qui a fait de l'enseignement de l'Évangile sa fonction perpétuelle et universelle, n'est-ce pas l'équivalent de fonder dans l'Église un Ordre apostolique ? Pourrait-il y avoir un autre Ordre apostolique dans l'Église qui ne soit pas l'épiscopat ? Telle était la question qui a suscité le zèle de Dominique, une question capable de mettre en suspens le talent d'Innocent III. Et en plus des raisons considérées du point de vue traditionnel, il y en avait d'autres tirées de l'expérience et de la nécessité. Il était certain que l'apostolat disparaissait de l'Église et que la progression croissante de l'erreur était due à l'absence d'un enseignement habile et dévoué. Les conciles réunis en Languedoc pendant la guerre d'Albigeois étaient parvenus à l'unanimité à rappeler aux évêques cette partie de leurs devoirs. Mais ce que font les apôtres, c'est la grâce de Dieu et non les ordonnances des conciles. Une fois que les évêques retournèrent dans leurs palais à la fin de ces assemblées, ils argumentèrent par excuse à leur inertie évangélique le fardeau de l'administration diocésaine, les affaires de l'État, auxquelles ils participèrent, et le pouvoir des choses établies, que les personnages les plus forts ont du mal à surmonter. Il ne leur a pas non plus été facile de créer des lieutenants selon leur parole. On ne peut pas soudain dire à un prêtre : "Sois apôtre !''  Les coutumes apostoliques sont le fruit d'un mode de vie particulier. Dans l'Église primitive, ils étaient communs parce que, devant conquérir le monde, tous les esprits étaient dirigés vers le seul type d'action qui pouvait atteindre cette fin. Mais lorsque l'Église est devenue propriétaire des nations, le ministère pastoral l'a emporté sur l'apostolat ; elle cherchait plutôt à préserver qu'à étendre le royaume de Jésus-Christ. Maintenant, par une loi qui soumet toutes les choses créées, au moment précis où l'avance cesse, la mort commence à être introduite. Le régime de conservation, qui suffit au plus grand nombre d'intelligences, est incapable de retenir quelques âmes ardentes : elles sont dominées par une fidélité qui les pousse à avancer, de la même manière que les soldats se lassent d'être dans un champ barricadé, de ne jamais se sortir pour les conduire devant l'ennemi. Ces âmes, isolées au début, s'unissent dans l'ombre ; elles se procurent au hasard le mouvement qui leur manque, jusqu'à ce qu'un jour, se croyant assez fortes contre l'Église, elles lui fassent savoir par une irruption soudaine que la vérité ne gouverne pas les esprits en ce monde mais à condition de les conquérir sans relâche. L'état de l'Europe a révélé trop clairement à Innocent III cette loi de l'humanité : doit-il refuser l'aide qui est venue si délibérément, doit-il résister à l'inspiration de Dieu parce que, élevant dans son Église plus d'un digne évêque, il lui a donné comme collaborateurs un corps de religieux ?

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Message  Monique le Lun 18 Fév 2019, 7:43 am

Cependant, un décret du Concile de Latran a constitué un obstacle à la liberté de pensée en la matière. En effet, le Concile a décidé que, pour éviter toute confusion et tous les inconvénients liés à la multiplication des Ordres monastiques, la création de nouveaux Ordres monastiques ne devait pas être autorisée, et qu'il était possible de violer une résolution solennelle si tôt ?

Dieu, qui prête à l'Église romaine une aide dont la pérennité est l'une des merveilles visibles de sa sagesse, et qui n'avait voulu éprouver son serviteur Dominique qu'au travers d'une dernière tribulation, a mis fin aux angoisses d'Innocent III. Une nuit où ce Pontife dormait dans le palais de Saint Jean de Latran, il vit dans ses rêves la basilique sur le point de s'effondrer et que Dominique était celui qui tenait les murs vacillants de ses épaules. Prévenu de la volonté de Dieu par cette inspiration, il envoya chercher l'homme apostolique et lui ordonna de retourner en Languedoc pour y choisir, en accord avec ses compagnons, celle des anciennes règles qu'il jugeait les plus appropriées pour former la nouvelle milice dont il voulait enrichir l'Église. C'était un moyen de sauver le décret du Concile de Latran et de donner à un nouvel Institut le sceau et la protection de l'antiquité.

Dominique a éprouvé un autre plaisir très vif à Rome. Il n'était pas le seul que la Providence avait choisi en ces temps critiques pour arrêter le déclin de l'Église. Tandis qu'il ressuscitait dans les fontaines saintes et profondes de son cœur le fleuve de la parole apostolique, un autre homme avait aussi reçu la vocation d'éveiller, au milieu d'une opulence corrompue d'âmes, l'estime et la pratique de la pauvreté. Cet amant sublime de Jésus-Christ est né sur les pentes des montagnes de l'Ombrie, dans la ville d'Assise ; il était le fils d'un marchand avide. La langue française, qu'il avait apprise dans l'intérêt de l'entreprise de son père, lui a donné le nom de François, qui n'était ni celui auquel il avait droit en raison de son berceau ni celui qu'il avait acquis par le baptême. A l'âge de vingt-quatre ans, à son retour d'un voyage à Rome, l'esprit de Dieu, qui l'avait souvent sollicité en d'autres occasions, l'envahit complètement. Conduit par son père devant l'évêque d'Assise pour renoncer à tous ses droits familiaux, le jeune homme héroïque enleva les vêtements qu'il portait et les plaça aux pieds de l'évêque en disant : "Maintenant je peux dire avec plus de vérité que jamais : "Notre Père, qui est aux cieux". (Saint Bonaventure, "Vie de Saint François", chap. II.) Quelque temps plus tard, assistant au sacrifice de la messe, il entendit l'Évangile dans lequel Jésus-Christ recommandait à ses apôtres de ne pas posséder d'or ni d'argent, de ne pas avoir d'argent à leur ceinture, ni même une selle, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton. Quand il entendit ces paroles, il éprouva une joie indicible ; il ôta ses chaussures, laissa sa canne, jeta avec horreur le peu d'argent qu'il possédait, et pour le reste de sa vie il n'eut que quelques sous-vêtements, une tunique, une corde pour couvrir et ceindre son corps de nudité. Il avait encore peur de ces richesses ; et avant de mourir, ses frères l'avaient mis nu sur le sol, comme au début de sa parfaite conversion à Dieu, il s'était déshabillé devant l'évêque d'Assise. Tout cela a eu lieu pendant que Dominique évangélisait le Languedoc en danger de mort et écrasait l'hérésie par le spectacle de son apostolat. Sans le savoir, une merveilleuse correspondance s'était établie entre ces deux hommes, et la fraternité de sa carrière subsistait même dans les événements qui ont suivi sa mort. Dominique avait douze ans de plus ; mais sagement préparé à sa mission, il fut rejoint à temps par son jeune frère, qui n'avait pas besoin d'aller à l'université pour apprendre en eux la science de la pauvreté et de l'amour. Presque en même temps que Dominique posait les fondations de son Ordre à Notre-Dame de Prouille, au pied des Pyrénées, François posait les bases de son Ordre à Notre-Dame des Anges, au pied des Apennins. Un ancien sanctuaire de la Sainte Vierge, Mère de Dieu, avait été pour eux deux la pierre angulaire humble et douce de leur édifice. Notre-Dame de Prouille était le lieu aimé de Dominique : Notre-Dame des Anges était le coin de terre auquel François avait réservé un lieu d'affection dans l'immensité de son cœur, séparé de tout ce qui était visible. Tous deux ont commencé leur vie publique par un pèlerinage à Rome ; tous deux y sont retournés pour demander au Souverain Pontife l'approbation de leurs Ordres. Innocent III les a d'abord rejetés ; mais la même vision l'a forcé à donner son approbation verbale et provisoire. Dominique, comme François, a enfermé dans l'austère souplesse de son gouvernement les hommes, les femmes et les peuples du monde, faisant des trois Ordres une seule puissance, qui a combattu pour Jésus-Christ avec toutes les armes de la nature et de la grâce. Dominique a commencé avec les femmes et François avec les hommes. Le même Pontife, Honorius III, confirma leurs instituts par des bulles apostoliques ; Grégoire IX les canonisa. Enfin, les deux plus grands médecins de tous les siècles ont prospéré sur leurs sépulcres : Saint Thomas sur Dominique ; Saint Bonaventure sur François.

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Message  Monique le Lun 18 Fév 2019, 1:45 pm

 Cependant, ces deux hommes, dont les destins offraient de si admirables harmonies au Ciel et à la terre, ne se connaissaient pas. Ils habitaient tous les deux à Rome à l'époque du Concile de Latran, et il ne semble pas que le nom de l'un ait jamais atteint l'oreille de l'autre. Un soir, Dominique, qui priait comme d'habitude, vit Jésus-Christ irrité contre le monde, et sa Mère lui présentant deux hommes pour l'apaiser. Il se reconnaissait dans l'un d'eux ; mais il ne savait pas qui était l'autre, et en le regardant attentivement, son image ne fut jamais effacée de son esprit. Le lendemain, dans une église, on ne sait pas ce que c'était, il vit sous l'habit d'un mendiant, la figure qui lui avait été montrée la nuit précédente, et courant vers ce pauvre homme, il le serra dans ses bras avec un saint épanchement, entrecoupé de ces paroles : "Tu es mon compagnon ; tu marcheras avec moi ; soutiens nous, et rien ne pourra nous vaincre ". (Gérard de Frachet : "La vie des Frères", lib. I, chap. I.) Puis il lui raconta la vision qu'il avait eue, et leurs cœurs se fondirent l'un dans l'autre au milieu de ces embrassades et discours.

L'étreinte de Dominique et de François s'est transmise de génération en génération dans les personnes de sa postérité. Une amitié ouverte qui unit encore aujourd'hui l'Ordre des Prêcheurs et celui des Mineurs. Ils se sont retrouvés dans les mêmes offices dans tous les points du globe ; ils ont construit leurs couvents aux mêmes endroits ; ils sont allés mendier aux mêmes portes ; leur sang, versé pour Jésus-Christ, a été mêlé mille fois dans le même sacrifice et la même gloire ; ils ont couvert de leur livrée les épaules des princes et des princesses, ils ont peuplé le Ciel de leurs saints ; leurs vertus, leur puissance, leur renommée, leurs besoins, se sont approchés sans cesse partout, et jamais une ombre de jalousie n'a terni le cristal impeccable de leur amitié, six fois séculier. Ils se sont répandus ensemble dans le monde entier, tout comme les branches joyeuses de deux troncs semblables en âge et en force s'étendent et s'entrelacent ; ils ont acquis et partagé l'affection des peuples, comme des frères jumeaux reposent sur le sein de leur seule mère ; ils se sont tournés vers Dieu par les mêmes voies, comme deux parfums précieux montent librement jusqu'au point du ciel. Chaque année, quand la fête de Saint Dominique arrive à Rome, les chars quittent le couvent de Santa Maria de la Minerva, où réside le Général des Dominicains, et ils vont chercher le Général des Franciscains au couvent de "Ara-Coeli". Il arrive accompagné d'un grand nombre de ses frères.  Les dominicains et les franciscains, réunis en deux rangées, se rendent à l'autel principal de Minerve, et après s'être salués, les premiers se rendent au chœur ; les derniers restent sur l'autel pour célébrer l'office d'ami de leur père. Puis, assis à la même table, ils rompent ensemble le pain qui n'a jamais manqué depuis des siècles ; et une fois le repas terminé, les chants des franciscains et des dominicains chantent, au milieu du réfectoire, cet antienne : ''Le séraphique François et Dominique apostolique nous enseignèrent ta loi, Seigneur !'' Le changement de ces cérémonies a lieu dans le couvent de "Ara-Coeli" à l'arrivée de la fête de Saint François ; et il en est de même dans le monde entier, où il existe un couvent de Dominicains et un couvent de Franciscains proches et qui permettent à ses habitants de faire de la piété un signe visible et héréditaire de l'amour qui les unit.

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Message  Monique le Mar 19 Fév 2019, 8:22 am

CHAPITRE VIII - Rencontre de Saint Dominique et de ses disciples à Notre-Dame de Prouille - Règle et Constitutions de l'Ordre - Fondation du couvent de Saint Romain de Toulouse

Dieu, pendant l'absence de Dominique, bénit et multiplie son troupeau. Au lieu des six disciples qu'il avait laissés à Toulouse chez Pedro Cellani, il en trouva quinze ou seize à son retour. Après la cordialité de la première entrevue, il les convoque à Notre-Dame de Prouille pour délibérer, selon les ordres du Pape, sur le choix d'une règle. Jusqu'alors, c'est-à-dire jusqu'au printemps 1216, sa communauté n'avait eu qu'une forme provisoire et indéterminée, et Dominique s'était davantage préoccupé d'agir que d'écrire, imitant Jésus-Christ, qui préparait ses apôtres pour leur mission par la parole et l'exemple, mais pas par des règlements écrits. Mais le temps était venu de créer la législation de la famille dominicaine, car il est nécessaire que les lois soutiennent les coutumes, afin de perpétuer la tradition. Dominique, qui était déjà père, allait devenir législateur. Après avoir sorti de son sein une génération d'hommes semblables à lui, il allait prendre soin de leur fécondité et les armer contre l'avenir avec la force mystérieuse que proclame la durée. Si la perpétuation d'une race par la chair et le sang est un chef-d'œuvre de vertus et d'habileté ; si le fondement des empires est le premier degré du génie humain, qu'est-ce que ce n'est pas d'établir une société purement spirituelle, qui ne doit pas sa vie aux affections de la nature ni de confier sa défense à l'épée et aux armes ? Les anciens législateurs, possédés par leurs devoirs, ont installé les nations, avec une tromperie qui n'avait qu'apparence, sur le piédestal de la Divinité. Né au temps de Jésus-Christ, quand la plénitude de la réalité avait pris la place des ruines et des fictions, Dominique n'avait pas besoin de tromper pour être vrai. Plutôt que d'oser tracer une loi de ses mains mortelles, il était allé se mettre aux pieds du représentant de Dieu pour implorer de la plus haute paternité visible la bénédiction, qui est le germe des longues postérités. Se retirant plus tard dans sa solitude, sous la protection de celle qui fut sa Mère sans cesser d'être Vierge, il pria ardemment Dieu de lui communiquer une partie de cet esprit qu'il a procuré à l'Église Catholique des fondations inébranlables.

Deux hommes nés à un siècle d'intervalle, Saint Augustin et Saint Benoît, étaient en Occident les patriarches de la vie religieuse ; mais ni l'un ni l'autre ne proposaient la même fin que Dominique. Saint Augustin, récemment converti, s'est enfermé dans une maison à Tagaste, sa ville natale, pour se consacrer avec quelques amis à l'étude et à la contemplation des choses divines. Plus tard élevé au sacerdoce, un autre monastère fut recherché à Hippone, qui, comme le premier, n'était qu'une réminiscence de ces célèbres instituts cénobitiques de l'Orient, dont les architectes furent Saint Antoine et Saint Basile. Lorsqu'il succéda au vieux Valerio dans la chaire épiscopale d'Hippone, il changea de point de vue, sans changer l'amour ardent qui l'amena à relier sa vie à des liens fraternels. Il ouvrit sa maison au clergé d'Hippone et forma avec ses coopérateurs une seule communauté, à l'exemple de Saint Athanase et de Saint Eusèbe de Verielli, imitateurs, à leur tour, des Apôtres. Ce monastère épiscopal a servi de modèle et de point de départ aux chanoines réguliers, tout comme le monastère de Tagaste a servi les religieux connus sous le nom des ermites de Saint Augustin. Quant à Saint Benoît, son œuvre était encore plus manifestement étrange jusqu'à la fin proposée par Dominique, car il ne faisait que ressusciter la pure vie cloîtrée, partagée entre le chant du chœur et le travail manuel.

Contraint de choisir par son ancêtre l'un de ces deux grands hommes, Dominique préféra Saint Augustin. Les raisons en sont faciles à comprendre. Bien que l'illustre évêque n'ait pas eu l'idée d'instituer un ordre apostolique, il avait été apôtre et docteur et passait ses journées à annoncer la parole de Dieu et à défendre son intégrité contre tous les hérétiques de son temps ; sous quel patron plus naturel l'Ordre des frères prédicateurs naissant pourrait-on placer ? Pour Dominique, ce n'était pas un nouveau patronage ; pendant de nombreuses années, il avait fait partie du Cabildo régulier d'Osma, et les traditions de sa carrière passée se sont concertées pour faire ce choix avec les convenances de sa vocation actuelle. La règle de Saint Augustin, il faut le garder à l'esprit, a recueilli sur les autres l'avantage précieux d'être la simple exposition des devoirs fondamentaux de la vie religieuse. Aucune forme de gouvernement n'a été établie, aucune observance n'a été prescrite, si ce n'est la communauté des biens, la prière, la frugalité, la vigilance des religieux quant à leurs sens, la correction mutuelle de leurs défauts, l'obéissance au supérieur du monastère et, surtout, la charité, dont le nom et l'onction occupent ces pages trop petites et admirables. Dominique, en se soumettant à ses prescriptions, n'accepta donc pas proprement parler, mais le joug des conseils évangéliques : sa pensée était bien dans ce cadre hospitalier, dessiné par une main qui semblait vouloir créer une ville et non un cloître. Dans cette ville commune, il restait à construire, sous la protection de ses anciennes murailles, l'édifice de l'Ordre des Prêcheurs.

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Message  Monique le Mar 19 Fév 2019, 1:03 pm


CHAPITRE VIII - Rencontre de Saint Dominique et de ses disciples à Notre-Dame de Prouille - Règle et Constitutions de l'Ordre - Fondation du couvent de Saint Romain de Toulouse

Dieu, pendant l'absence de Dominique, bénit et multiplie son troupeau. Au lieu des six disciples qu'il avait laissés à Toulouse chez Pedro Cellani, il en trouva quinze ou seize à son retour. Après la cordialité de la première entrevue, il les convoque à Notre-Dame de Prouille pour délibérer, selon les ordres du Pape, sur le choix d'une règle. Jusqu'alors, c'est-à-dire jusqu'au printemps 1216, sa communauté n'avait eu qu'une forme provisoire et indéterminée, et Dominique s'était davantage préoccupé d'agir que d'écrire, imitant Jésus-Christ, qui préparait ses apôtres pour leur mission par la parole et l'exemple, mais pas par des règlements écrits. Mais le temps était venu de créer la législation de la famille dominicaine, car il est nécessaire que les lois soutiennent les coutumes, afin de perpétuer la tradition. Dominique, qui était déjà père, allait devenir législateur. Après avoir sorti de son sein une génération d'hommes semblables à lui, il allait prendre soin de leur fécondité et les armer contre l'avenir avec la force mystérieuse que proclame la durée. Si la perpétuation d'une race par la chair et le sang est un chef-d'œuvre de vertus et d'habileté ; si le fondement des empires est le premier degré du génie humain, qu'est-ce que ce n'est pas d'établir une société purement spirituelle, qui ne doit pas sa vie aux affections de la nature ni de confier sa défense à l'épée et aux armes ? Les anciens législateurs, possédés par leurs devoirs, ont installé les nations, avec une tromperie qui n'avait qu'apparence, sur le piédestal de la Divinité. Né au temps de Jésus-Christ, quand la plénitude de la réalité avait pris la place des ruines et des fictions, Dominique n'avait pas besoin de tromper pour être vrai. Plutôt que d'oser tracer une loi de ses mains mortelles, il était allé se mettre aux pieds du représentant de Dieu pour implorer de la plus haute paternité visible la bénédiction, qui est le germe des longues postérités. Se retirant plus tard dans sa solitude, sous la protection de celle qui fut sa Mère sans cesser d'être Vierge, il pria ardemment Dieu de lui communiquer une partie de cet esprit qu'il a procuré à l'Église Catholique des fondations inébranlables.

Deux hommes nés à un siècle d'intervalle, Saint Augustin et Saint Benoît, étaient en Occident les patriarches de la vie religieuse ; mais ni l'un ni l'autre ne proposaient la même fin que Dominique. Saint Augustin, récemment converti, s'est enfermé dans une maison à Tagaste, sa ville natale, pour se consacrer avec quelques amis à l'étude et à la contemplation des choses divines. Plus tard élevé au sacerdoce, un autre monastère fut recherché à Hippone, qui, comme le premier, n'était qu'une réminiscence de ces célèbres instituts cénobitiques de l'Orient, dont les architectes furent Saint Antoine et Saint Basile. Lorsqu'il succéda au vieux Valerio dans la chaire épiscopale d'Hippone, il changea de point de vue, sans changer l'amour ardent qui l'amena à relier sa vie à des liens fraternels. Il ouvrit sa maison au clergé d'Hippone et forma avec ses coopérateurs une seule communauté, à l'exemple de Saint Athanase et de Saint Eusèbe de Verielli, imitateurs, à leur tour, des Apôtres. Ce monastère épiscopal a servi de modèle et de point de départ aux chanoines réguliers, tout comme le monastère de Tagaste a servi les religieux connus sous le nom des ermites de Saint Augustin. Quant à Saint Benoît, son œuvre était encore plus manifestement étrange jusqu'à la fin proposée par Dominique, car il ne faisait que ressusciter la pure vie cloîtrée, partagée entre le chant du chœur et le travail manuel.

Contraint de choisir par son ancêtre l'un de ces deux grands hommes, Dominique préféra Saint Augustin. Les raisons en sont faciles à comprendre. Bien que l'illustre évêque n'ait pas eu l'idée d'instituer un ordre apostolique, il avait été apôtre et docteur et passait ses journées à annoncer la parole de Dieu et à défendre son intégrité contre tous les hérétiques de son temps ; sous quel patron plus naturel l'Ordre des frères prédicateurs naissant pourrait-on placer ? Pour Dominique, ce n'était pas un nouveau patronage ; pendant de nombreuses années, il avait fait partie du Cabildo régulier d'Osma, et les traditions de sa carrière passée se sont concertées pour faire ce choix avec les convenances de sa vocation actuelle. La règle de Saint Augustin, il faut le garder à l'esprit, a recueilli sur les autres l'avantage précieux d'être la simple exposition des devoirs fondamentaux de la vie religieuse. Aucune forme de gouvernement n'a été établie, aucune observance n'a été prescrite, si ce n'est la communauté des biens, la prière, la frugalité, la vigilance des religieux quant à leurs sens, la correction mutuelle de leurs défauts, l'obéissance au supérieur du monastère et, surtout, la charité, dont le nom et l'onction occupent ces pages trop petites et admirables. Dominique, en se soumettant à ses prescriptions, n'accepta donc pas proprement parler, mais le joug des conseils évangéliques : sa pensée était bien dans ce cadre hospitalier, dessiné par une main qui semblait vouloir créer une ville et non un cloître. Dans cette ville commune, il restait à construire, sous la protection de ses anciennes murailles, l'édifice de l'Ordre des Prêcheurs.

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