LE SAINT ABANDON (Dom Vital Lehodey)

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Message  Monique le Dim 23 Fév 2020, 7:30 am

De manière ordinaire, la grâce reste secrète, même
pour celui qui la reçoit.
Laissez-nous l'initiative, le
choix dans les choses libres, la délibération, la
détermination, l'exécution. En réalité, il ne fait
aucun doute que tout procède de l'Esprit-Saint, rien
de surnaturel n'étant possible sans qu'Il nous
suggère la pensée et nous aide à la vouloir et à
l'exécuter.
Mais il se cache et
s'adapte à notre procédures naturelles, donc tout
semble venir de nos efforts. C'est la foi qui nous
enseigne que notre volonté devait être aidée par
une grâce secrète et soutenue à certains moments
par les dons du Saint-Esprit.



Au contraire, tant dans l'action mystique que dans
la prière mystique, que l'action de Dieu soit
ressentie et devienne, pour ainsi dire, manifeste.
Ici, elle ne se limite plus à suivre nos procédures
humaines ; que l'âme soit soudainement éclairée
et mise en mouvement, comme par un instinct divin,
une inspiration particulière, une motion spéciale.
Aussi soudaine, douce et impérieuse que soit l'action
divine, elle ne supprime pas l'exercice du libre
arbitre, elle est consentie de toute l'âme, et
toutes les énergies sont volontiers rassemblées pour
lui correspondre.
C'est pourquoi Bossuet a pu dire :
"Plus on est poussé, plus on est ému, plus on est
animé par l'Esprit-Saint ; cet acte par lequel nous
nous donnons à l'action qu'Il accomplit en nous,
nous met, pour nous exprimer, complètement en
action pour Dieu.''


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Message  Monique le Dim 01 Mar 2020, 11:05 am

Mais d'un autre point de vue, nous sommes moins
actifs lorsque notre État est plus passif, et on sent
sans doute qu'une puissance supérieure a pris
l'initiative, a fait le choix de l'acte, remplaçant la
délibération par un instinct divin et contraint
immédiatement à l'exécution. Lorsqu'une âme est
souvent favorisée par ces influences mystiques, on
dit souvent qu'elle est sous la direction du Saint-Esprit.


Peut-elle être toujours et en toutes choses ? Saint
Jean de la Croix le juge ainsi par rapport à la Vierge,
et presque exclusivement par rapport à elle : "Elevée,
dit-il, depuis le commencement jusqu'à cet état très
élevé, dans lequel c'est Dieu lui-même qui dirige les
pouvoirs vers des actes conformes à la volonté divine,
la glorieuse Mère de Dieu n'a jamais eu dans son
esprit la mémoire d'une créature capable de la
distraire de Dieu et de la diriger dans sa manière d'agir.
Tous ses mouvements ont toujours été produits par le
Saint-Esprit... Aussi difficile soit-il de trouver une âme
entièrement conduite par le Seigneur et enrichie par
une union perpétuelle, pendant laquelle les pouvoirs
sont divinement occupés, il y en a pourtant bien
souvent qui sont mus par Lui dans leurs actions et ne
bougent pas d'eux-mêmes. Bossuet est du même avis
lorsqu'il dit : "Ces états imaginaires de nos faux
mystiques, dans lesquels les âmes sont toujours
divinement émues par les impressions extraordinaires
dont nous parlons, ne sont pas connus même du Père
Jean de la Croix, ou de Mère Sainte Thérèse. Pour ma
part, j'ajoute que ni les Anges, ni les Catherine de
Sienne et de Gênes, les Avilas, les Alcantaras,
autres âmes de la plus pure et de la plus haute
contemplation, ne se sont jamais crus toujours passifs,
sauf par intervalles ; et souvent livrés à eux-mêmes,
ils ont agi de la manière ordinaire. Il en était de même
pour Mère Chantal, l'une des personnes les plus
expérimentées en la matière. Y a-t-il, ou y avait-il, un
petit nombre d'âmes choisies et mues par Dieu de cette
façon à chaque instant ? Bossuet "laisse la résolution au
jugement de Dieu, et, sans reconnaître l'existence d'états
similaires, dit seulement que, dans la pratique, il n'y a
rien de si dangereux ou de si sujet à l'illusion que de
guider les âmes comme si elles étaient venues à elles, et
qu'en tout cas la perfection du christianisme ne consiste
pas dans ces préventions.''


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Message  Monique le Dim 08 Mar 2020, 11:07 am

A propos de ces états passifs, Bossuet signale
deux extrêmes opposés : celui des Quiétistes,
qui rendent cette perpétuelle passivité, très
courante et nécessaire au moins pour la
perfection, et celui qui consiste à prendre
comme illusions suspectes tous "ces états dans
lesquels des âmes choisies reçoivent
passivement des impressions divines si élevées
et si inconnues, qu'on peut à peine remarquer
leur admirable simplicité.''



Par conséquent, tant que nous ressentons l'action
de Dieu en nous, nous devons la suivre avec une
docilité pleine de confiance ; quand elle cesse,
nous devons revenir aux moyens ordinaires de fuir
le péché, de pratiquer la vertu, d'accomplir les
devoirs quotidiens. Et, puisque la voie nous est
déjà clairement indiquée et que la grâce ne manque
jamais dans la prière et la fidélité, il n'y a aucune
raison d'attendre que Dieu nous déclare à nouveau
sa volonté ou nous pousse à agir par une motion
spéciale.
Ou mieux encore, "il n'est pas permis
qu'un chrétien, dit Bossuet, sous prétexte de prière
passive ou autre extraordinaire, attende dans le sens
de la vie, aussi bien dans celui qui regarde le
spirituel que dans le temporel, qui nous détermine à
chaque action par une voie et une inspiration
particulières ; au contraire, il nous incite à tenter
Dieu, à l'illusion et à la négligence".



Mais, dans des affaires aussi délicates, il faut craindre
les illusions. Notre vie mystique doit être soumise à
un examen sérieux, selon les règles de discernement
des esprits. S'ils conduisent à une plus parfaite
observance de nos vœux et de nos règles, à
l'obéissance à nos supérieurs, à la vie en paix avec nos
frères, à la lutte contre les tentations, à la
sanctification des épreuves, on ne peut soupçonner ni
leur origine ni l'usage qui en est fait. Même dans ce cas,
il est nécessaire d'imiter Sainte Thérèse : "Ce
qu'elle a toujours voulu le plus était d'acquérir les
vertus ; et c'est ce qu'elle a laissé le plus entre les
mains de ses sœurs, les habituant à dire que l'âme la
plus humble et la plus mortifiée serait aussi la plus
spirituelle.''


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Message  Monique le Dim 15 Mar 2020, 10:45 am

Comme il est si difficile d'être un bon juge dans
son propre cas, il sera nécessaire de recourir à
un directeur expérimenté. D'autre part, la
Providence a établi que les hommes sont dirigés
par d'autres hommes. Notre-Seigneur est apparu
à Saül et lui a envoyé Ananias. Sainte Thérèse,
Sainte Jeanne de Chantal, Sainte Marguerite Marie
avaient un esprit très éclairé et un jugement très
sûr, et pourtant elles ne manquaient pas de
recourir à leur directeur, ou, selon le cas, à leurs
supérieurs. En parlant d'elle-même, Sainte Thérèse
dit " qu'elle n'a jamais réglementé sa conduite, elle
s'est donc inspiré la prière, et lorsque ses
confesseurs lui ont dit de travailler sur autrement,
elle leur a obéi sans la moindre répugnance et elle
réaliserait tout ce qui lui arrive...
Que Notre-Seigneur
lui dise alors qu'elle a eu raison d'obéir, et qu'Il
manifestera la vérité. Pourtant, elle était irritée contre
ceux qui l'empêchaient de prier. De même, Notre-Seigneur
a dit à sainte Marguerite-Marie : "Désormais, j'adapterai
mes grâces à l'esprit de la Règle, à la volonté de votre
Supérieur et à votre faiblesse, et vous devez vous méfier
de tout ce qui pourrait vous détourner de son exacte
réalisation.
Je souhaite que vous la préfériez à tout
le reste, même la volonté de vos supérieurs à la mienne.
Lorsqu'ils vous interdiront de faire ce que je vous aurais
ordonné de faire, laissez-les faire, car je saurai trouver tous
les moyens pour faire triompher mes desseins par des voies
opposées et contraires "Il a désormais montré les coups
terribles qu'il sait porter pour détruire les oppositions. Parce
qu'il veut "tester les esprits pour voir s'ils sont de Dieu" ;

mais, une fois qu'il a eu assez de tests, il n'admet pas qu'il
entre en lutte avec Lui.


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Message  Monique le Dim 22 Mar 2020, 9:01 am

15. DEUX EXEMPLES MÉMORABLES

Avant de clore cette étude sur l'abandon dans les
punitions intérieures, nous citerons deux
exemples mémorables, particulièrement adaptés
à l'instruction et à l'encouragement. A travers eux,
nous verrons comment Dieu traite les grandes
âmes et comment elles sanctifient leurs épreuves.

"Vers la fin de 1604, Sainte Jeanne de Chantal fut
assiégée par d'horribles tentations contre la foi,
par des doutes sur les mystères les plus adorables,
et en particulier sur la divinité de l'Église. Si, pour
un instant, ces tentations diminuaient, c'était pour
donner naissance à l'obscurité, à l'impuissance, à
une grande sécheresse, à une absence absolue de
goût et de sentiment dans la pratique de la vertu.
En vain, elle s'est donnée à la prière ; son esprit,
si vivant en toutes choses, est resté dans l'obscurité.
elle s'est appliquée à aimer Dieu, et il lui semblait
que son cœur était fait de marbre. Seul le nom de
Dieu la rendait tiède et indifférente ; de tout cela
naquirent des désolations impossibles à décrire.
"Elle a été dans un état si douloureux pendant plus
de quarante ans, mais au cours des neuf dernières
années, il a doublé d'intensité et s'est transformé en
une "terrible agonie qui n'a cessé qu'un mois avant
sa mort. Puis son âme a été abandonnée à tant de
douleurs intérieures si cruelles qu'elle ne se
connaissait pas elle-même. Elle n'a pas osé baisser
les yeux sur elle-même, ni les élever vers Dieu.
Son âme lui était présentée comme souillée par le
péché, remplie d'ingratitude noire, défigurée et
horrible à regarder. Plus elle faisait de grandes
choses pour Dieu, plus sa perfection brillait aux yeux
du monde, plus elle était dépouillé de toute vertu et
dépouillé de tout mérite. Hormis les pensées
d'impureté, qu'elle n'a jamais été agressée, il n'y avait
pas d'idée perverse que son esprit n'était pas envahi,
ni d'actions détestables qui ne se présentaient pas à
son esprit. Les doutes sur les mystères les plus
adorables, les blasphèmes contre les attributs les plus
miséricordieux de Dieu, et les jugements les plus
abominables sur son prochain disputaient son
imagination ; si bien que lorsqu'elle parlait de ses
chagrins, de grosses larmes coulaient sur ses joues.
Pendant la nuit, on pouvait l'entendre soupirer comme
un malade à l'agonie, et pendant la journée, elle a oublié
de prendre la nourriture nécessaire. Et le plus horrible
était que, au milieu de ces tentations, il lui semblait que
Dieu l'avait abandonnée, qu'il ne la regardait pas, qu'il
ne s'occupait pas d'elle. Elle tendit les bras, mais comme
une amie disparut à jamais dans le noir. Ou plutôt, Dieu
était plus qu'absent pour elle, il était son ennemi, il la
rejetait. En vain pour calmer sa peur, il essaya de se
représenter sous les images de pasteur, de mari ou d'ami;
Le voir immédiatement apparaître comme un juge irrité,
comme un homme méprisé qui demande à se venger.
Petit à petit, tous les exercices concernant Dieu sont
devenus un fardeau. Elle tremblait quand il fallait aller à la
prière, surtout à la communion, où l'idée de ses crimes et
celle de la sainteté de Dieu transperçaient son âme comme
deux épées tranchantes ».  C'était une très haute
contemplation, terriblement purifiante. "Jusque-là, il avait
gardé toutes ses lumières, même pour la direction des
autres. Mais ce ne fut pas le cas à l'avenir, car ce ministère
devint pour elle une source de tentations effrayantes. Elle
ne pouvait pas entendre parler d'un chagrin sans souffrance,
ni entendre parler d'un péché sans imaginer qu'elle le
commettait.


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Message  Monique le Dim 29 Mar 2020, 11:40 am

"Un spectacle digne d'une méditation éternelle !" poursuit
son historien. -Voyez cette femme forte, cette intelligence
robuste et puissante, regardez-la, stupéfaite, découragée,
incapable de s'adresser, obligée de tâtonner sur ce chemin
de vie spirituelle si familier aux autres, dans lequel elle ne
voyait pas clair pour elle-même ! C'est ainsi que Dieu la
réduit à une grande humilité, c'est ainsi qu'il conserve en
elle ces grands saints que nous admirons dans l'histoire,
qui ressuscitent les morts, qui annoncent l'avenir, et dont
nous nous demandons parfois, en tremblant, ce qu'ils font
pour être humbles. Alors qu'ils sont emportés en triomphe
et que leurs pieds sont embrassés, Dieu les humilie dans le
secret de leur âme ; il leur inflige des affronts, et fait
souffrir au fond de leur cœur une agonie qui les rend
insensibles à tous les honneurs du monde.



Sainte Jeanne de Chantal a été réduite à un tel point que
rien au monde ne pouvait lui apporter un quelconque
soulagement, si ce n'est la pensée de la mort.
Cela fait 41
ans que je suis écrasée par les tentations", disait-elle un
jour. Dois-je donc perdre courage ? Non, je veux attendre
Dieu, même s'il me tue et m'anéantit à jamais".
Et elle ajouta
ces mots humbles et magnifiques : "Mon âme était un fer si
moisi par le péché, qu'il fallait ce feu de la justice divine pour
la faire ressortir un peu plus brillante".


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Message  Monique le Dim 05 Avr 2020, 8:32 am

"Dans cet état d'impuissance, dit saint Alphonse,
sa seule règle de conduite était de se tourner
vers son Dieu et de le laisser travailler. Il gardait
toujours un visage serein, apparaissait doux dans
sa conversation, et gardait son regard
constamment fixé sur Dieu, reposant au sein de
son adorable volonté. Saint François de Sales, son
directeur, qui savait combien cette âme était
agréable aux yeux de Dieu, la compara à un
musicien sourd qui, chantant magnifiquement, ne
pouvait en tirer aucun plaisir, et s'écrivit à lui-même
comme suit : "Il est nécessaire de manifester une
fidélité invincible au Seigneur, en le servant purement
pour l'amour de sa volonté, non seulement sans goût,
mais au milieu de la tristesse et de la peur".
Plus tard,
Mère Chantal lui donna ce conseil très prudent et viril :
"Ne parle jamais de tes peines, ni à Dieu ni à
toi-même. Ne les examinez pas ; regardez Dieu, et si
vous pouvez lui parler, parlez de lui. D'autres âmes
auront besoin de parler de ces chagrins à Dieu dans la
prière, à son ministre en charge de la direction ; mais
comme il est beau "de désapprouver les âmes
d'elles-mêmes, de leur apprendre à ne pas tant se
regarder et à voir Dieu davantage ; de se soucier
beaucoup de Lui, et très peu d'elles-mêmes ; de noyer
leurs chagrins intérieurs, comme on noie un feu en
coupant leur nourriture".



Et saint Alphonse d'ajouter : "C'est ainsi que l'on atteint
la sainteté.
Dans l'édifice spirituel, les saints sont les
pierres choisies, qui, sculptées au ciseau, c'est-à-dire à
travers les tentations, les peurs, les ténèbres et autres
douleurs intérieures et extérieures, deviennent aptes à
couronner les murs de la Jérusalem céleste, ou à occuper
les plus hauts trônes du royaume du paradis.''


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Message  Monique le Dim 12 Avr 2020, 8:55 am

Saint Alphonse s'est exprimé ainsi par expérience.
"Il avait tout quitté pour Dieu, il avait crucifié sa
chair, il avait fait face à la fatigue d'un apostolat
difficile, il avait patiemment subi de cruelles
persécutions, au point d'être jeté hors de sa
Congrégation. Mille fois, il avait déchiré son cœur ;
pourtant, il lui avait pris le trésor que personne ne
pouvait lui voler ; il lui avait pris son Dieu, l'ami qui
avait consolé ses douleurs et qui l'avait souvent
attiré à lui par de douces extases. Avec Jésus, il
n'était plus isolé, et sa cellule devenait un paradis.



"Mais soudain, ce paradis a disparu, et Dieu, le soleil
de son âme, a cessé de l'éclairer. Une nuit plus
terrible que celle de la tombe enveloppa le pauvre
solitaire. Il s'est vu abandonné de tous, abandonné
de Dieu et au bord de l'enfer ; et s'il a tourné ses yeux
vers sa vie passée, il n'a trouvé que le péché. Toutes
ses œuvres, toutes ses bonnes actions n'étaient que
des fruits mauvais qui inspiraient l'horreur en Dieu. Sa
conscience, tourmentée du matin au soir par des
scrupules, était le jouet de toutes les illusions, comme
si elle transformait ses actions les plus simples et
même les plus saintes en péchés graves. Lui, le grand
moraliste qui avait donné son avis et avec un
discernement si parfait sur tous les cas de conscience,
qui avait conduit des milliers de chrétiens sur les
chemins de la perfection, qui avait réconforté les
pécheurs en leur parlant des infinies miséricordes de
Dieu, et qui avait si souvent réconforté les âmes en proie
à l'agitation, marchait maintenant à tâtons, et comme un
aveugle tremblant au bord de l'abîme, incapable de faire
un pas sans l'aide du bras d'un autre.



"Dans cet état d'agitation et de désolation, il n'a pas osé
communier. Son amour pour Jésus-Christ l'a traîné
jusqu'à l'autel, et la peur l'a empêché d'ouvrir la bouche
pour recevoir l'hostie sacrée", jusqu'à ce que la parole de
son directeur ou de son supérieur l'ait rassuré. "Au milieu
de ces angoisses, il avait recours à la consolation de la
prière, mais il lui semblait qu'un mur insurmontable
s'élevait entre lui et Dieu. L'obscurité grandit alors
continuellement, et il sentit que le Cœur de Dieu lui était
fermé, et que le Paradis était perdu pour lui. Dans ces
moments d'angoisse indicible, il a regardé le Crucifix en
larmes, s'est tourné vers la Sainte Vierge et a demandé
grâce : "Non, mon Jésus, ne m'envoyez pas en enfer,
parce qu'en enfer on ne peut plus vous aimer.
Châtiez-moi comme je le mérite, mais ne me
rejetez pas devant votre face ".


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Message  Monique le Mer 22 Avr 2020, 9:25 am

« Aux scrupules qui lui rendaient la vie insupportable vinrent
bientôt se joindre, pour l'accabler, les tentations les plus
effroyables contre toutes les vertus. Des doutes s'élevaient
dans son esprit contre toutes les vérités du Credo, et,
comme sa conscience obscurcie ne distinguait plus le
sentiment du consentement, il lui semblait que la foi se
mourait dans son âme. Alors il se cramponnait pour ainsi
dire à la vérité, il multipliait les actes de foi, il criait avec feu :
« Je crois, Seigneur, oui je crois, je veux vivre et mourir
enfant de l'Eglise ».


Le démon avait reçu pouvoir de l'obséder, même visiblement.
Il en usait pour susciter des tempêtes de tentations et de
désolations, pour livrer des assauts furieux; pour inventer
des artifices perfides. Il mit tout en œuvre pour inspirer au
Saint un sentiment d'orgueil à propos de ses écrits.
« Impuissant à exciter l'orgueil, il entreprit d'éveiller dans sa
victime la concupiscence charnelle, et de perdre par
l'impureté cet ange d'innocence qui depuis l'enfance jusqu'à
l'extrême vieillesse avait conservé sans tache la robe de son
baptême. Alphonse connut pendant plus d'une année les
terribles effets du pouvoir, de Satan sur l'imagination et les
sens. « J'ai quatre-vingt-huit ans, dit-il un jour, et je sens en
moi tout le feu de la jeunesse ».
Les assauts devenaient
parfois si violents qu'il éclatait en gémissements, et frappait
du pied la terre en s'écriant : « Mon Jésus, faites que je meure
plutôt que de vous offenser ! 0 Marie, si vous ne venez pas à
mon aide, je deviendrai plus criminel que Judas ».
Il appelait
alors à son secours son directeur et son supérieur.

Car, dans ce terrible ouragan qui dura dix-huit mois, « son
unique réconfort était l'obéissance. Incapable de juger par
lui-même, il acceptait aveuglément les décisions de son
directeur ou de tout autre prêtre, malgré le sentiment qu’il
éprouvait, et les raisonnements contraires que le démon lui
suggérait. «
Ma tête, disait-il, ne veut « pas obéir ». Souvent
on l'entendait s'écrier : « Seigneur, faites que je sache me
vaincre et, me soumettre; non, je ne veux pas contredire,
non, je ne veux pas m'en rapporter à moi-même ».
Et
l’obéissance triomphait de toutes les tentations.

« Si l'on se demande pourquoi le Seigneur permet que ses
meilleurs amis soient astreints à des épreuves aussi
crucifiantes, la croix nous explique ce mystère. Il faut que
les Saints, membres vivants de Jésus-Christ, achèvent en
eux sa douloureuse passion. Alors que les humiliations et
les souffrances les ont épurés et transfigurés, Dieu les tire
du purgatoire où il les tenait renfermés, les ténèbres font
place à la lumière, la joie surabonde là où abondait
l'affliction, et l'on admire bientôt un extatique et un
thaumaturge dans l'homme qui paraissait abandonné de
Dieu. C'est du moins ce qui arriva à saint Alphonse après
cette cruelle épreuve, et même au milieu de ses plus
amères tribulations. Ses extases et ses ravissements
devinrent plus fréquents que jamais » .
Dieu ne conduit pas
toutes les âmes par ces mêmes voies; au moins, ces peines
intérieures, généreusement supportées, amèneront toujours
un immense surcroît de vie spirituelle.


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Message  Monique le Jeu 23 Avr 2020, 8:28 am

QUATRIEME PARTIE
Excellence et fruits du Saint Abandon


CHAPITRE PREMIER
EXCELLENCE DU SAINT ABANDON


Ce qui fait l'excellence du saint abandon, c'est l'incomparable
efficacité qu'il possède, pour ôter les obstacles à la grâce,
pour faire pratiquer dans la perfection les plus hautes vertus,
et pour établir le règne absolu de Dieu sur nos volontés.
Évidemment, la conformité qui vient de l'espérance, et surtout
la résignation qui naît de la crainte, ne s'élèvent pas aux
mêmes hauteurs; elles ont cependant leur prix. Mais nous
parlons ici de la conformité parfaite, confiante et filiale, que
produit le saint amour. Et d’abord, elle est nécessaire et
incomparable pour ôter les obstacles.

Un jour, après Matines, le bienheureux Suso fut ravi hors de
ses sens. Il lui sembla voir un magnifique jeune homme,
descendre du ciel et lui dire : « Tu as fréquenté pendant
assez longtemps les petites écoles, tu t'y es assez exercé,
maintenant tu es mûr. Viens avec moi, je veux te conduire à
la plus haute école qui existe dans le monde. Et quelle est
donc cette école si désirable ? C'est celle où l'on enseigne la
science d'un parfait abandon de soi-même; c'est-à-dire où
l'on apprend à l'homme à se renoncer tellement que, dans
toutes les circonstances où le bon plaisir divin se manifeste,
l'homme ne s'applique qu'à demeurer toujours calme et égal,
en se renonçant dans la mesure possible à l'infirmité
humaine. Il doit arriver à ne voir que la gloire et l'honneur de
Dieu, à être vis-à-vis de Dieu comme l'aimable Jésus a été
vis-à-vis de son Père céleste »


Il Y avait de nombreuses années que le bienheureux s'exerçait
à la vertu comme un valeureux ascète; il infligeait à son corps
un martyre dont le seul récit nous effraie; il était déjà parvenu
à l'âge des extases. Cependant Dieu l'appelle à une plus haute
école; en avait-il vraiment besoin ? Revenu à lui-même après
sa vision, il restait silencieux et pensait à ce qu'on venait de lui
dire : ''Examine-toi intérieurement, conclut-il, et tu verras que tu
as encore beaucoup d'esprit propre; tu remarqueras qu'avec
toutes les mortifications que tu as faites, tu n'arrives pas encore
à supporter toute contrariété étrangère. Tu ressembles au lièvre
caché dans un buisson, qui s'effraie au bruit d'une feuille. Toi
aussi, tu t'effraies tous les jours des peines qui t'arrivent; tu pâlis
à la vue de tes contradicteurs; lorsque tu crains de succomber, tu
t'enfuis; lorsque tu devrais te présenter, tu te caches; lorsqu'on
te loue, tu es heureux; lorsqu'on te blâme, tu t'attristes. II est
bien vrai que tu as besoin d'aller à une haute école » .
Voilà donc
une âme qui marchait résolument dans les voies de la sainteté;
cependant il restait bien de l'homme en elle, plus même qu'elle
ne pensait. Combien d'autres, qui ne la valent pas, auraient
besoin, comme elle, qu'un ange vînt leur montrer le mal et leur
apprendre à bien appliquer le remède !


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Message  Monique le Ven 24 Avr 2020, 8:37 am

Nous savons, en principe, que le mal consiste dans la recherche
désordonnée de nous-mêmes, et, par conséquent, dans
l'orgueil et la sensualité qui en résument les formes si variées.

Mais, en fait, nous sommes loin de nous connaître; et bien
souvent ce monde de passions, de faiblesses, d'attaches, de
mauvaises tendances, qui grouille en nous, resterait enveloppé
d'un voile épais, et n'attirerait pas notre attention, si la
Providence ne venait nous ouvrir les yeux, en temps opportun,
par une bonne humiliation, ou par d'autres épreuves sagement
appropriées. Alors le voile se déchire, et nous commençons de
voir ce qui nous était resté caché jusqu'à ce jour, et que les
autres, hélas ! avaient peut-être eu trop souvent l'occasion de
constater. Mais le mal une fois connu, il nous arrive aussi de ne
pas savoir y porter remède.


Nous sommes portés à nous épargner; la Providence n'aura pas
cette cruelle indulgence. « Jusqu'ici, dit l'ange au bienheureux
Suso, c'est toi qui te frappais de tes propres mains, tu cessais
quand tu voulais, et tu avais compassion de toi-même. Je veux
maintenant t'arracher à toi-même, et te jeter, sans défense,
aux mains d'étrangers qui te frapperont. (Ils ne le feront que
dans la mesure où je le permettrai, mais ils te paraîtront sans
pitié.) Tu assisteras à un effondrement de ta réputation, tu seras
en butte au mépris de quelques hommes aveuglés, et tu
souffriras plus de cela que des blessures faites jadis par tes
instruments de pénitence »


Nous trouvions autrefois des compensations; la Providence va
nous les enlever. Il y avait des consolations humaines.
« Lorsque tu te livrais à tes exercices de mortification, dit l'ange
au bienheureux Suso, tu étais grand, tu étais admiré,
maintenant tu seras abaissé, tu seras annihilé ».
Il y avait
surtout les consolations divines. « Jusqu'ici tu n'as été qu'un
enfant gâté; tu as nagé dans la douceur ,. céleste, comme un
poisson dans .la mer. Je veux désormais te retirer tout cela; je
veux que tu en sois privé et que tu souffres de cette privation,
que tu sois abandonné de Dieu et des hommes »


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Message  Monique le Sam 25 Avr 2020, 7:39 am

Nous ne portions pas toujours les coups au bon endroit; la
Providence voit plus juste, et s'attaque au siège du mal.
Le bienheureux Suso avait un caractère très affectueux, et
ne semblait pas s'en être préoccupé : « Bien que tu te sois
infligé mainte cruelle torture, lui dit l'ange, il t'est resté,
avec la permission de Dieu, une nature tendre et aimante;
il t'arrivera que, là où tu aurais pensé trouver un amour
particulier et de la fidélité, tu ne trouveras que de l’infidélité,
de grandes souffrances et de grandes peines. Tes épreuves
seront si nombreuses, que les hommes qui ont pour toi
quelque amour souffriront avec toi par compassion » .
Notre
mal est surtout l'orgueil. Or, « pour s'en punir, dit le P. Piny,
cherche-t-on ordinairement les occasions d'humiliation et de
mépris ? Ne croit-on pas faire assez de se condamner à
quelque aumône, ou de pratiquer des austérités qui mortifient
bien plus le corps que l'orgueil de l'esprit ? Dieu, qui ne
cherche pas seulement à punir, mais encore plus à guérir, agit
bien plus sagement. Il nous fait expier ce péché par ce qu’il y
a de plus, contraire à notre présomption et à notre vanité, par
les mépris, les humiliations, les rebuts, les confusions, et dès
lors par la pénitence la plus pénible à notre nature superbe et
la plus opposée à nos inclinations » .


Combien sont-ils ceux qui savent remonter jusqu'à ce principe
de tout désordre ? Trop souvent même, n'est-ce pas le
jugement propre qui a la prétention d'assigner le remède, et la
volonté propre celle d'en surveiller l'application, tandis, au
contraire, que c'est le jugement propre et la volonté propre que
nous devrions sacrifier sans miséricorde et par dessus tout ?
La Providence viendra corriger ces erreurs ou cette faiblesse.
« Ah! Seigneur, montrez-moi mes peines à l'avance, afin que je
les connaisse »
, disait le bienheureux Suso. Et Dieu de lui
répondre : « Non, il est préférable que tu ne saches rien » . En
effet, il veut nous tenir dans la disposition constante d'incliner
notre jugement, d'immoler notre volonté. Il va donc nous cacher
soigneusement ses intentions; très souvent même, il ira contre
nos prévisions et nos idées, il heurtera de front nos goûts et nos
répugnances. Si nous voulons y regarder de près, il ne fait rien
au hasard; comme un vrai Sauveur, comme un médecin aussi
ferme que sage et discret, il porte le fer et le feu, tantôt ici, tantôt
là, partout où son œil exercé voit des fautes à expier, des défauts
à corriger, un point faible à fortifier.

Malgré les plaintes de la nature, il continuera de le faire, avec une
miséricordieuse rigueur, aussi longtemps qu'il le trouvera bon pour
achever de nous guérir et pour nous combler de ses biens. « La
propre volonté, dit le P. Piny, ce qu'il y a dans l'homme de plus
tendre et de plus cher, est ainsi à la torture et dans l'état le plus
violent, puisqu'elle est réduite à endurer ce qu'elle ne voudrait pas,
et le contraire de ce qu'elle voudrait »,
Dieu veut la vaincre et la
discipliner. Voilà pourquoi certaines âmes se trouvent « réduites à
être presque continuellement ce qu'elles n'auraient pas voulu être,
tantôt dans de profondes ténèbres au moment de l'oraison, au lieu
des lumières qui étaient de leur goût, mais qui allaient servir à
entretenir leur propre volonté; tantôt dans des tristesses et ennuis
fatigants, en punition des joies immodérées qu'elles avaient goûtées
autrefois, ou de l'attache qu'elles avaient aux états de satisfactions ;
tantôt dans les incertitudes, les craintes et les scrupules, à cause du
trop grand empressement qu'elles ont eu pour leur perfection, afin
qu'elles meurent à elles-mêmes, en acceptant la divine volonté sur
elles, malgré leurs craintes et leurs incertitudes » .


C'est donc le saint abandon qui achèvera de purifier notre âme et de la
détacher. Le fidèle accomplissement des devoirs journaliers, pour nous
religieux l'exacte observance de nos vœux et de nos règles, avec nos
pratiques libres de vertu, avaient infligé au vieil homme défaites sur
défaites, blessures sur blessures. Il vivrait encore, si le saint abandon
ne venait, pour ainsi dire, lui donner le coup de grâce et le mettre au
tombeau. Assurément, l'obéissance ne cesse pas d'être nécessaire au
premier chef; à mesure qu'elle se ralentirait, la nature reprendrait le
dessus, elle aurait vite fait de bannir le saint abandon. Mais celui-ci vient
joindre son action puissante à celle de l'obéissance; il répond d'ailleurs à
nos besoins plus personnels. Il amène ainsi notre pénitence à sa
dernière perfection. Il en fait de même pour la foi confiante et l'amour
divin.


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Message  Monique le Dim 26 Avr 2020, 8:44 am

C'est lui qui donne à notre foi en la Providence, à notre
confiance en Dieu, d’être pleinement pratiques et
universelles, les faisant passer de la conviction de l'esprit
jusque dans l'affection du cœur, et les appliquant tour à
tour aux situations les plus diverses. Sans lui, elles
risqueraient de rester toujours incomplètes ; car il y a des
choses qu'on n'apprend guère sans avoir passé maintes et
maintes fois par l'épreuve. Par exemple, Jésus-Christ a dit :
« Heureux les pauvres ! Heureux ceux qui ont des peines!
Heureux ceux qui se mortifient ! Heureux ceux qui sont
persécutés, calomniés et maudits des hommes »! Ont-elles
cette foi totale et pratique, les personnes qui ne peuvent
supporter la pauvreté, la souffrance, et la persécution ?
«Il faut avouer qu'elles ne croient pas à l'Évangile, ou
qu'elles n'y croient qu'en partie. Au contraire, celui-là croit
tout ce que renferme l'Évangile, qui regarde comme un
avantage, comme une faveur divine en ce monde, d'être
pauvre, d'être malade, d'être méprisé, humilié et persécuté
par les hommes » .
C'est la réflexion de saint Alphonse.

Cette foi confiante, pratique et totale, se trouve élevée à son
plus haut point, dit le P. Piny, « par l'abandon de tout ce que
nous sommes et de tous nos intérêts au bon plaisir divin.
N'est-ce pas avoir une foi bien grande en la justice, en la
sainteté de Dieu, qu'il nous suffise, en tout ce qui nous arrive,
d'un simple souvenir que telle est sa volonté, pour qu'au
même moment nous disions Amen sur tous ses décrets ? On
ne saurait avoir, en la bonté et l'amour de Dieu, une foi plus
grande que de prendre également de sa main les croix et les
joies, le mal et le bien; et, dans la ferme croyance que c'est
un Dieu qui fait bien tout ce qu'il fait, de bénir son nom,
comme un autre Job, sur le fumier aussi bien que sur le trône,
quand il nous couvre de plaies et d'humiliations comme
lorsqu'il nous comble d'honneurs et de consolations. Pas de
plus grande et de plus vive foi que de croire que Dieu fait
toujours admirablement nos affaires, lorsqu'il semble nous
détruire et nous anéantir, lorsqu'il renverse nos meilleurs
desseins, qu'il nous expose à la calomnie, qu'il obscurcit
toutes nos lumières dans l'oraison, qu'il dessèche nos
sensibilités et nos ferveurs par les aridités et les
sécheresses, qu'il détruit notre santé par les infirmités et
les langueurs, qu'il nous met dans l'impuissance d'agir.

Conserver dans tous ces états la plus ferme confiance,
accepter le tout à l'aveugle, n'est-ce pas exercer la plus
vive foi en la puissance souveraine et l'infinie bonté de
Dieu » ?
Merveilleuse fut la foi d'Abraham, dans la terrible
épreuve que chacun sait. « Non moins admirable est la foi
de l'âme qui marche dans la voie d'abandon. Car Dieu en
agit presque toujours ainsi à l'égard des âmes qui
s'abandonnent à lui, pour anéantir leur propre volonté ».

Il détruit l'attache à nos joies par les tristesses, à l'estime
par les humiliations et les mépris, aux goûts et aux
sensibilités par les aridités et les sécheresses, aux lumières
dans l'oraison par les obscurités et les ténèbres; il travaille
à ruiner le trop grand empressement pour la perfection par
des insuccès crucifiants, la trop grande activité par les
impuissances où il nous réduit parfois, la propre volonté
jusque dans l'affaire du salut par les incertitudes où il nous
met sur ce sujet. S'il y a une voie où l'on exerce une foi vive,
une confiance à toute épreuve, « c'est donc bien celle de
l'abandon à la divine volonté, puisqu'on y croit ce qui paraît
le moins croyable, à savoir que Dieu fera nos affaires en les
détruisant, qu'il nous formera en nous anéantissant, qu'il
nous éclairera en nous aveuglant, qu'il nous unira à lui plus
intimement en nous laissant dans l'angoisse; en un mot,
qu'il nous perfectionnera en détruisant nos inclinations et
nos volontés » .


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Message  Monique le Lun 27 Avr 2020, 7:49 am

Ainsi donc, la pratique du saint abandon suppose, une foi vive,
une confiance déjà ferme; elle les développe admirablement,
elle les porte à leur plus haut degré. Il en est de même de
l'amour divin. Le saint abandon lui donne de merveilleux
accroissements, d'abord par un détachement parfait. « Quand
un cœur est plein de terre, dit saint Alphonse, l'amour de Dieu
n'y trouve point de place; et plus il y reste de terre, moins y
règne l'amour divin. Puis Jésus-Christ veut posséder tout notre
cœur et n'y souffre pas de rival. Enfin l'amour envers Dieu est
un aimable voleur, qui nous dépouille de toutes les choses
terrestres ».
Il faut donc donner tout pour obtenir tout.
Da totum pro tata, disait Thomas à Kempis . Ce complet
dégagement si nécessaire et si laborieux, l'humilité, l'obéissance
et le renoncement l'ont déjà commencé, il l'ont même bien
avancé; d'ailleurs, ils ne cesseront jamais de le poursuivre. Et
cependant, comme nous l'avons dit, ils ont besoin que le saint
abandon vienne surajouter son action à la leur, pour que le
détachement parvienne à sa perfection. C'est donc le saint
abandon qui achève de faire le vide en notre âme. L'amour divin
s'y précipite à mesure; et, ne trouvant plus d'obstacle, il la
remplit, il la gouverne, il la transforme, il y règne en maître.


Non seulement, le saint abandon prépare les voies à l'amour
divin; « il est lui-même l'acte d'amour le plus parfait qu'une
âme puisse produire envers Dieu, il vaut plus que mille jeûnes
et disciplines. Car celui qui donne son bien par l'aumône, son
sang par la flagellation, sa nourriture par le jeûne, donne une
partie de ce qu'il a; celui qui donne à Dieu sa volonté se donne
lui-même et donne tout, en sorte qu'il peut dire : Seigneur, je
suis pauvre, mais je vous donne tout ce que je puis; vous ayant
donné ma volonté, je n'ai plus rien à vous offrir » .
Ainsi parle
saint Alphonse. C'est aussi l'amour le plus pur et le plus
désintéressé. Elles sont nombreuses les âmes qui restent
volontiers avec Jésus à la fraction du pain; bien rares, celles
qui le suivent jusqu'aux immolations du Calvaire.


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Message  Monique le Mar 28 Avr 2020, 7:49 am

Il est facile d'aimer Dieu, quand il se donne parmi les suavités,
les ardeurs et les transports. Il est plus noble et plus grand de
s'oublier soi-même, et de se donner tout à Dieu, au point de
mettre son contentement dans celui de Dieu, de faire de la
divine volonté la sienne propre, alors même qu'elle entend
nous mener, sans aucun doute, à la suite de Jésus crucifié.
« Voilà, dit le P. Piny, la manière d'aimer la plus noble, la plus
parfaite et la plus pure. Si l'on peut mesurer l'amour que nous
avons pour Dieu par la grandeur des sacrifices que nous
sommes disposés à faire pour lui, quel amour peut être plus
pur et plus grand que celui des âmes qui abandonnent au bon
plaisir de Dieu non seulement leurs biens temporels, leur
réputation, leur santé et leur vie, mais encore l'intérieur de leur
âme et leur éternité, pour ne vouloir en tout cela que l'ordre et
la volonté de Dieu ? Ne peut-on pas dire que leur amour est
entièrement dégagé de tout propre intérêt, puisqu'elles se
mettent en état de victimes, consentant que Dieu les détruise à
tout moment, et qu'il fasse un sacrifice continuel de leur volonté
à la sienne »  ?


Nous pourrions ajouter qu'une âme, en s'exerçant au saint
abandon, se forme en même temps et de la meilleure manière à
toutes les vertus, parce qu'elle rencontre à chaque pas l'occasion
de pratiquer tantôt l'humilité, tantôt l'obéissance, tantôt la
patience ou la pauvreté, etc., et que le saint abandon élève les
unes et les autres à leur plus haute perfection. Le P. Piny le prouve
abondamment; pour abréger, nous renvoyons à son précieux
opuscule. Qu'il nous suffise de dire avec saint François de Sales :
« L'abandonnement est la vertu des vertus; c'est la crème de la
charité, l'odeur de l'humilité, le mérite, ce semble, de la patience, et
le fruit de la persévérance : grande est cette vertu, et seule digne
d'être pratiquée des plus chers enfants de Dieu » .


Mais si l'abandon perfectionne les vertus, il perfectionne aussi l'union
de l'âme avec Dieu. Cette union ici-bas, c'est bien l'union de l'esprit
par la foi, l'union du cœur par l'amour; c'est surtout l'union de la
volonté par la conformité à la volonté divine. Il faut que l'obéissance
la commence et qu'elle ne cesse jamais de la poursuivre; mais c'est
le saint abandon qui l'achève. En effet, dit le P. Piny, peut-on être uni
à Dieu d'une façon plus complète « qu'en le laissant faire, acceptant
tout ce qu'il fait, et consentant amoureusement à toutes les
destructions qu'il lui plaira faire en nous et de nous ? C'est vouloir tout
ce que Dieu veut, ne vouloir que ce qu'il veut »
et comme il veut;
« c'est donc avoir uniformité avec la volonté de Dieu, c'est être
transformé en la divine volonté, c'est être uni à tout ce qu'il y a en Dieu
de plus intime, je veux dire à son cœur, à son bon plaisir, à ses décrets
impénétrables, à ses jugements qui, quoique cachés, sont toujours
équitables et justes ».


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Message  Monique le Mer 29 Avr 2020, 8:32 am

Quelle union à Dieu sera jamais plus ferme et plus
inséparable?
« Dans cette voie, en effet, qu'est-ce
qui pourrait séparer l'âme de Dieu ? Ce n'est ni la
disette, ni les persécutions, ni la vie, ni la mort, ni
les événements, quels qu'ils puissent être, puisque,
ne voulant rien hors la volonté de Dieu et l'acceptant
en toute chose sans examen, elle trouve toujours
tout ce qu'elle veut dans tout' ce qui lui arrive, y
voyant l'accomplissement du bon plaisir de Dieu » .


Or, voilà ce qui recommande par dessus tout le
saint abandon : rien n'unit, comme lui, notre
volonté à celle de Dieu; mais cette divine volonté
est la règle et la mesure de toute perfection, en
sorte que nos volontés n'ont de perfection et de
sainteté que par leur conformité à celle de Dieu.
On deviendra donc d'autant plus vertueux et plus
saint, que l'on se conformera mieux à cette adorable
volonté. Ou plutôt celui-là est déjà saint et parfait
qui est arrivé à voir en toutes choses la main et le
bon plaisir de Dieu, et qui n'a jamais d'autre règle
que cette volonté. Et quand on est parvenu là, que
reste-t-on à faire, pour devenir encore plus saint et
plus parfait ? Conformer toujours mieux notre
volonté à celle de Dieu, et, selon l'énergique
expression de saint Alphonse, « l'uniformer » à celle
de Dieu, au point que « des deux volontés nous
n'en fassions (pour ainsi dire) qu'une, que nous ne
voulions que ce que Dieu veut, que sa volonté reste
seule et non la nôtre.


C'est là le sommet de la perfection, nous devons y
aspirer sans cesse. La Très Sainte Vierge n'a été la
plus parfaite entre tous les Saints que parce qu'elle
a été toujours plus parfaitement unie à la volonté
de Dieu » .
Si donc nous voulons gravir les sommets
de la vie intérieure, la meilleure route est celle du
saint abandon; nulle autre ne saurait nous conduire
aussi vite ni aussi loin. A Dieu ne plaise que nous
consentions à rabaisser l'humilité, l'obéissance et le
renoncement ! Ces vertus fondamentales sont, avec
l'oraison, le chemin toujours nécessaire et sûr, hors
duquel on cherche en vain la vertu solide et
l'abandon de soi. Suivons-le fidèlement jusqu'à
notre dernier jour. Mais quand nous serons parvenus
par cette voie à la conformité parfaite, amoureuse et
filiale, nous aurons trouvé le chemin de la sainteté.


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Message  Monique le Jeu 30 Avr 2020, 8:52 am

CHAPITRE II
LES FRUITS DU SAINT ABANDON



ARTICLE PREMIER. - Intimité avec Dieu.

Le premier fruit de l'abandon, fruit aussi nourrissant que
savoureux, c'est une délicieuse intimité avec Dieu, dans
une confiance pleine d'humilité. Faut-il en être surpris ?
Dieu n'est-il pas notre Père des Cieux et la bonté même ?
Personne ne lui est comparable ici-bas pour le dévouement
ni pour la tendresse; il est la source où réside infiniment
l'amour et d'où celui-ci dérive en nous par participation, Il
faut bien que Dieu le Père aime étonnamment les hommes,
puisqu'il n'a pas hésité, pour les sauver, à livrer son Fils
bien-aimé, l'éternel objet de, ses infinies complaisances, Le
Verbe incarné a daigné nous aimer plus que sa vie; n'est-il
pas le Sauveur, l'ami, l'époux de nos âmes ? Y eut-il jamais
un cœur comparable au sien, un cœur également dévoué,
doux, miséricordieux, patient, lent à punir et prompt à
pardonner ? Il est merveilleusement humble, notre grand
Frère aîné, et il ne tient pas à distance ses pauvres petits
frères de la terre. Enfin, l'Esprit sanctificateur n'est-il pas
occupé des âmes jour et nuit, venant à leur aide des milliers
de fois par jour, avec plus d'amour et de sollicitude qu'une
mère penchée sur le berceau de son fils ? Oui, vraiment,
« Dieu est Amour » , Quand il est avec ses enfants, il oublie
volontiers sa grandeur et notre petitesse, il n'y a plus que le
père, et il se fait tout petit avec les plus petits, parce qu'il
les aime.


Notre Père saint Bernard est intarissable, quand il décrit la
suave intimité de certaines âmes avec Dieu. « Le Bien-Aimé,
dit-il, est présent, le maître s'écarte, le roi disparaît, la
majesté s'efface, la craillée cède à la force de l'amour. De
même qu'autrefois Moïse parlait à Dieu comme un ami à son
ami, et Dieu lui répondait; ainsi maintenant se forme-t-il entre
le Verbe et l'âme un entretien familier, comme celui de deux
personnes qui vivent sous le même toit. Quoi d'étonnant ?
Leur amour n'ayant qu'une même source, il est réciproque et
les caresses sont mutuelles. Des paroles plus douces que le
miel s'échappent des deux cœurs; l'un et l'autre se jettent des
regards d'une douceur infinie, signes de leur commune
tendresse ».
Cette condescendance divine est bien merveilleuse;
mais « Dieu aime, lui aussi; son amour ne lui vient pas d'ailleurs
, il en est lui-même la source; il aime avec d'autant plus de force
qu'il n'a pas seulement de l'amour, il est l'amour même. Et ceux
qu'il aime, il les traite en amis, non pas en serviteurs. Voyez
comme la majesté même cède à l'amour. Car c'est le propre de
l'amour de ne voir personne au dessus de soi, personne au
dessous; grands et petits, il les met tous sur le même pied et n'en
fait qu'une même chose ».


Et d'où vient à l'âme cette hardiesse étonnante ? « Elle sent qu'elle
aime Dieu et qu'elle l'aime avec ardeur; dès lors, elle ne doute pas
qu'elle n'en soit aussi fortement aimée. Son unique application
n'est-elle pas de chercher sans cesse et de tout son cœur les
moyens de plaire à Dieu ? D'après son zèle et ses efforts, elle juge,
à n'en pas douter, que Dieu lui rend la pareille, elle n'oublie pas la
promesse du Seigneur : La mesure dont vous userez, c'est celle-là
même qui vous sera appliquée. Ou plutôt, elle sait que son
Bien-Aimé la devance. A ce qu'elle éprouve en elle-même, elle
reconnaît ce qui se passe en Dieu; elle ne doute pas qu'elle ne soit
aimée, puisqu'elle aime, Il en est ainsi. C'est l'amour de Dieu pour
l'âme qui produit l'amour de l'âme pour Dieu ». « Voyez, conclut le
saint Docteur, voyez comme il vous assure et de son amour si vous
l'aimez, et de sa sollicitude s'il vous voit tout occupé de lui. Vous
serez téméraires, si vous vous attribuez quelque chose en ce genre
avant lui et plus que lui; il vous aime davantage et le premier. L'âme
sachant cela, est-il étonnant qu'elle se glorifie de voir le Dieu de
majesté attentif à elle seule, comme s'il oubliait le reste des créatures,
quand elle-même, oubliant tout autre intérêt, se garde uniquement
et inviolablement pour lui seul »  ?


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Message  Monique le Ven 01 Mai 2020, 7:38 am

Mais pour qui cette délicieuse intimité ? Pour l'âme aimante et soumise.
« J'aime ceux qui m'aiment » , nous dit la divine Sagesse. Aimons Dieu,
et nous sommes sûrs d'être aimés; aimons beaucoup, et nous avons la
promesse d'être aimés sans mesure. Or le véritable amour n'est-il pas
celui qui se donne, celui surtout qui se manifeste par une parfaite
obéissance et un filial abandon ? Notre-Seigneur, nous l'assure :
« Si quelqu'un m'aime, il garderai ma parole, et mon Père l'aimera, et
nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure » .

« Quiconque fera la volonté de mon Père qui est aux Cieux, celui-là est
mon frère, et ma sœur et ma mère » .
L'obéissance et l'abandon nous
donnent, en effet, un air de famille avec Celui qui s'est fait obéissant
jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Sa très sainte Mère lui
ressemble et lui est chère au premier chef, non seulement parce que
ses entrailles l'ont porté, mais bien plus encore parce que, mieux que
personne, elle a écouté la divine parole et l'a mise en pratique.
Chacun de nous peut acquérir cette parenté spirituelle, cet air de famille
avec notre divin Frère; et la ressemblance ira s'accentuant, à mesure
qu'on avancera dans l'amour, l'obéissance et l'abandon. Vienne enfin le
jour où l'âme, au prix de quels sacrifices n'aura plus qu'un même
vouloir et non-vouloir avec Dieu.


Sous le poids de la croix comme dans les joies du Thabor, elle ne voit
plus que Dieu et son adorable volonté; toujours, elle révère ce vouloir
divin, elle l'approuve, elle l'accepte amoureusement; toujours, elle est
contente de Dieu, elle lui baise la main, alors même qu'il la crucifie; et,
si elle agonise, elle lui sourit encore à travers ses larmes. Oh! vraiment,
Jésus, notre amour et notre modèle, repose sur elle ses yeux et son
cœur, un peu comme il les reposait sur sa tendre Mère, parce qu'il
apercevait en elle des dispositions parfaitement conformes aux siennes.
Dieu le Père éprouve une vraie joie en regardant la vivante image de son
Fils; le Saint-Esprit, qui en est le premier auteur, contemple son œuvre
avec une douce satisfaction. Toute la sainte Trinité s'incline vers elle en
redisant : ''Celui-ci est mon enfant bien, aimé, l'objet de mes complaisances.''

De là viennent les privautés divines qui remplissent les vies de Saints et
les pieuses biographies. S'il faut ajouter foi aux écrits de telle religieuse,
à chaque page, on verra les plus touchantes marques de la bonté divine.
Dieu le Père ne l'appelle que « sa petite fille de la terre », et il lui parle
aussi tendrement qu'une mère à son enfant. Notre-Seigneur la nomme
« sa petite sœur, sa fille, son épouse ». « Mon Dieu, je vous aime de tout
mon cœur »,
lui disait l'humble religieuse; et le divin Maître de lui
répondre avec bonté, même avec tendresse : « Et moi aussi, je t'aime ».

Qui ne serait ému, en lisant les délicieuses visites que le Très Saint
Enfant-Jésus lui aurait faites, avec un ravissant abandon ?


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Message  Monique le Sam 02 Mai 2020, 7:27 am

A cette paternelle affection de la part de Dieu, répond de la part
de l'âme une confiance pleine d'humilité. « Mon Dieu, disait
cette religieuse, je crois à votre amour, je crois à votre tendresse,
je crois à votre cœur ».
Ces âmes, en effet, connaissent Dieu par
une foi vive et pénétrante; elles le connaissent aussi par une
douce expérience. Accoutumées à se voir aimées si profondément,
conduites avec tant de sollicitude, elles s'enhardissent jusqu'à se
livrer aux effusions de leur tendresse, et à dire au Dieu trois fois
saint, dans un intime cœur à cœur, des choses si affectueuses et si
pleines d'abandon, qu'on n'oserait jamais en dire autant à sa
propre mère.

Assurément, Dieu ne s'en offense pas, il y prend même plaisir,
puisque sa grâce nous excite et nous aide à continuer. Mais voilà
que, pour préserver l'âme de l'orgueil et pour la tenir dans un plein
détachement, il la sèvre de ses caresses, il semble l'oublier et
n'avoir plus pour elle que de l'indifférence. Alors elle ne perd rien de
sa confiance, mais elle se dit avec cette religieuse : « Le Père veut
que je sois sa toute petite fille. Dans la souffrance, dans les peines
intérieures, je dois me conduire comme un enfant que sa mère
blesse pour le guérir. Il crie quand sa mère lui fait trop mal, mais
cela ne l'empêche pas de se pencher sur le sein de sa mère, et bien
volontiers il reçoit les caresses de celle qui tout à l'heure le faisait
pleurer. Puis, dans un baiser bien tendre et bien affectueux de part
et d'autre, les larmes sont séchées. Ainsi dois-je être avec le Père
qui est dans les Cieux. »


Mais que devient l'humilité dans ce cœur à cœur si confiant ? Tantôt
l'âme donne libre cours à sa tendresse; puis, confuse de sa
hardiesse, elle adore profondément le Dieu de son cœur, elle lui fait
mille protestations d'humble et amoureuse soumission; elle
s'enfonce dans le sentiment de sa misère et de son néant. Le bon
Maître l'y invite par sa grâce; au besoin, il l'y ramènerait par
l'humiliation; toujours, même en l'élevant, il veille à l'humilité.
« Seigneur, qu'est-ce qui vous attire ainsi vers moi » ? disait cette
même âme. « C'est ta grande misère », lui aurait répondu Jésus,
« et mon amour pour toi est tel que tes infidélités ne peuvent
m'empêcher de te combler de mes grâces ».
Dieu sait élever et
rabaisser tour à tour, de manière que la confiance et l'humilité
grandissent ensemble, et se prêtent un mutuel appui. C'est ainsi que,
pour Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, l'humilité fut l'une des sources,
et non la moindre, de la confiance en Dieu
. Nous l'avons déjà fait
remarquer.

Elle cherchait sa voie pour parvenir à la sainteté; elle la trouva dans
ces paroles de la divine Sagesse : « Si quelqu'un est tout petit, qu'il
vienne à moi » .
Ce fut un trait de lumière : elle se fera toute petite,
dans le sentiment de sa faiblesse et de son néant; elle demeurera
toute petite; son ambition sera de passer inaperçue, d'être oubliée.
Et petite comme un enfant, elle aimera comme un enfant, elle obéira
comme un enfant, elle jettera des fleurs comme un enfant,
c'est-à-dire elle fera tous les petits sacrifices que peut faire un enfant.
Mais, en retour, elle sera aimée comme un enfant, et les bras de Jésus
seront l'ascenseur qui l'emportera vers la perfection. Elle fera des
fautes, hélas ! les enfants tombent quelquefois; mais ils viennent en
pleurant se jeter dans les bras de leur mère, et ils sont pardonnés et
consolés. Elle fera de même. Elle a été pure parmi les Saints les plus
purs; mais eût-elle commis tous les péchés du monde, elle imiterait
Marie-Madeleine repentante, et ne perdrait rien de sa confiance. « Elle
sait à quoi s'en tenir sur l'amour et la miséricorde »
de son bon Maître;
et, d'ailleurs, avec une humilité d'enfant, on ne se damne pas; elle
trouvera toujours bon accueil, auprès de Celui qui fut « doux et humble
de cœur »,
et qui disait : « Laissez venir à moi les petits enfants, le
royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent ».




A SUIVRE... ARTICLE II. - Simplicité et liberté.


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Message  Monique le Dim 03 Mai 2020, 7:02 am

ARTICLE II. - Simplicité et liberté.

Jésus, faisant son entrée dans le monde, parle ainsi à son Père
: « Me voici, je viens pour faire votre volonté » . « Quoi pourtant !
remarque Mgr Gay, ne vient-il pas prêcher, travailler, souffrir,
mourir, vaincre l'enfer, fonder l'Eglise, et sauver le monde par sa
croix ? Il est vrai, c'est bien là sa tâche. -Mais, s'il veut tout cela,
c'est que telle est l'éternelle volonté de son Père. C'est cette
volonté seule qui le touche et le décide. Voyant tout le reste, c'est
elle seule pourtant qu'il regarde; c'est d'elle seule qu'il parle et
d'elle seule qu'il prétend dépendre. Et faisant plus tard tant de
choses, des choses si relevées, si inouïes, si surhumaines, il ne fera
jamais que cette chose très simple, il fera la volonté du Père céleste » .

Il en est ainsi de l'âme qui pratique le saint abandon. Elle a des
devoirs multiples à remplir : mais qu'elle soit au chœur, au travail, à
ses pieuses lectures, qu'elle s'occupe pour elle-même ou pour les
autres, qu'elle ait des loisirs ou qu'elle soit pressée, elle n'a jamais
qu'une seule chose à faire : son devoir, la sainte volonté de Dieu.

Elle passera par la santé et la maladie, la sécheresse et les
consolations, le calme et la tentation; parmi la diversité des
évènements, elle ne voit qu'une seule chose : le Dieu de son cœur
qui les dirige et lui manifeste par là ses vouloirs. Autour d'elle, les
hommes vont, viennent et s'agitent; qu'ils l'approuvent, la critiquent
ou l'oublient, qu'ils lui donnent à jouir ou à souffrir, elle élève plus
haut ses regards, et voit Dieu qui les mène, Dieu qui se sert d'eux
pour lui déclarer ce qu'il attend d'elle. En toutes choses donc elle ne
voit que Dieu seul et son adorable volonté. Voilà ce qui donne à sa
vie une merveilleuse simplicité, une très simple unité. Est-il besoin
d'ajouter que cette vue constante de Dieu seul produit, comme
naturellement, un autre fruit d'un prix inestimable, une très haute
pureté d'intention ?


Elle procure aussi la liberté des enfants de Dieu. « Si quelque chose,
dit Bossuet, est capable de rendre un cœur libre et de le mettre au
large, c'est le parfait abandon à Dieu et à sa sainte volonté » .
Et lui
seul en est capable. Sont-ils libres, en effet, les pécheurs qui vivent
au gré de leurs désirs ? Ce sont de malheureux esclaves; le monde et
leurs passions les tyrannisent. Sont-ils libres, les chrétiens faibles
encore dans la pratique de leur devoir ? Les occasions les entraînent,
le respect humain les subjugue; ils veulent le bien, et mille obstacles
les en détournent; ils détestent le mal et n'ont pas la force de s'en
éloigner. Sont-ils libres au moins, ces hommes déjà plus avancés,
mais qui se font une dévotion à leur manière, et cherchent les
consolations sensibles ?

Au fond, l'amour-propre les domine; ils n'en sont pas moins esclaves
que les mondains ne le sont de leurs passions ; de là vient qu'ils sont
pleins d'inconstance et de caprices, et que l'épreuve les déconcerte.
Une âme est libre et dégagée, dans la mesure où les passions sont
amorties, l'amour-propre dompté, l'orgueil mis sous les pieds.
La
mortification intérieure commence et poursuit cette libération; mais,
nous l'avons vu, seul le saint abandon l'achève; parce que seul il nous
établit pleinement dans l'indifférence, seul il nous apprend à ne voir les
biens et les maux que dans la volonté de Dieu, seul il nous attache à
cette sainte volonté de tout l'amour, de toute la confiance dont nous
sommes capables.


A SUIVRE...

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Message  Monique le Lun 04 Mai 2020, 6:15 am

Il nous rend libres du côté des biens et des maux temporels,
de l'adversité ou de la prospérité. Nul objet d'avarice,
d'ambition, de volupté, ne nous captive plus; les humiliations,
les souffrances et les privations, les croix de toute espèce, ont
cessé de nous effrayer; c'est à Dieu seul que nous avons donné
notre cœur, et nous sommes prêts à tout pour accomplir son
adorable volonté.


Il nous rend libres du côté des hommes. Notre seul désir étant
de plaire à Dieu par une amoureuse et filiale soumission, « nul
respect humain, dit le P. Grou, ne nous arrête; les jugements des
hommes, leurs critiques, leurs railleries, leurs mépris, ne sont
plus rien pour nous; du moins, ils n'ont pas la force de nous
détourner de la voie droite. En un mot, on est élevé au-dessus du
monde et de ses erreurs, de ses attraits et de ses terreurs.
Qu'est-ce donc qu'être libre, si ce n'est pas là l'être » ?


Il nous rend libres à l'égard de Dieu même. « Je veux dire, ajoute
le même auteur, que, quelque conduite que Dieu tienne envers
ces âmes, soit qu'il les éprouve ou qu'il les console, qu'il s'en
approche ou qu'il paraisse s'en éloigner »,
il peut tout se permettre,
rien ne les trouble, rien ne les décourage. « Leur liberté à l'égard
de Dieu consiste en ce que, voulant tout ce que Dieu veut, sans
pencher (volontairement) ni d'un côté ni de l'autre, sans aucun
retour sur leurs propres intérêts, elles ont consenti d'avance à tout
ce qui leur arrive, elles ont confondu leur choix avec celui de Dieu,
elles ont librement accepté tout ce qui leur vient de sa part » .


Il nous rend libres à l'égard de nous-mêmes, jusque dans les choses
de la piété. En effet, le saint abandon nous établit dans une pleine
indifférence pour tout ce qui n'est pas le bon plaisir divin. Dès lors,
dit saint François de Sales, « pourvu que la volonté de Dieu soit
faite, l'esprit ne se soucie plus d'autre chose »,
le cœur est devenu
libre. « Il n'est pas attaché aux consolations, mais il reçoit les
afflictions avec toute la douceur que la chair peut le permettre. Je ne
dis pas qu'il n'aime et qu'il ne désire les consolations, mais je dis
qu'il n'engage pas son cœur en icelles. Il n'engage nullement son
affection aux exercices spirituels, de façon que, si, par maladie ou
autre accident, il en est empêché, il n'en conçoit nul regret. Je ne dis
pas aussi qu'il ne les aime, mais je dis qu'il ne s'y attache pas »


Jamais il ne les omet, à moins qu’il ne voie la volonté de Dieu en ce
sens; mais il les quitte avec une entière liberté, dès que le vouloir
divin se manifeste par la nécessité, la charité ou l'obédience. De
même, il ne se fâche point contre l'importun qui l'incommode, par
exemple en l'interrompant dans sa méditation. Car il ne veut que
servir Dieu; et « ce lui est tout un de le faire en méditant ou en
supportant le prochain; mais le support du prochain est ce que Dieu
veut de lui au moment présent »
Les choses qui arrivent contre
ses inclinations ne l'impatientent pas davantage; il n'est pas engagé
dans ses inclinations, il ne veut que le seul bon Plaisir de Dieu.
L'habitude du saint abandon lui a donc procuré l'heureuse « liberté
des enfants bien-aimés, c'est-à-dire un total désengagement de son
cœur pour suivre la volonté de Dieu reconnue ».


A SUIVRE... ARTICLE III. -Constance et égalité d'esprit.

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Message  Monique le Mar 05 Mai 2020, 7:56 am

ARTICLE III. -Constance et égalité d'esprit.

L'inégalité d'esprit et l'inconstance de volonté remplissent le monde,
pour sa honte et sa désolation. Saint François de Sales fait remonter
le mal à cette unique source : c'est que la plupart des hommes se
laissent conduire par leurs passions. Ils ne voudraient rencontrer
nulle difficulté, nulle contradiction, nulle peine; au contraire, c'est
l'inconstance et l'instabilité qui caractérisent les accidents de cette vie
mortelle. De là vient que maintenant je suis joyeux, parce que tout
me réussit selon ma volonté; tantôt je serai triste, parce qu'il me sera
arrivé une petite contradiction que je n'attendais pas. Aujourd'hui que
vous avez de la consolation en l'oraison, vous êtes encouragés et bien
résolus de servir Dieu; mais demain que vous serez dans la sécheresse,
vous serez alangouris et abattus.


Vous voulez une chose à présent; plus tard vous en voudrez une autre.
Telle personne aujourd'hui vous plaît, demain vous aurez peine à la
supporter. Je suis tout feu pour une œuvre de zèle, qui me charme par
sa nouveauté ou qui me réussit; mais viennent les contradictions, les
insuccès, l'uniformité, je perdrai courage. N'est-ce pas tout naturel,
quand on se laisse conduire par ses inclinations, passions et affections ?
Si la raison et la foi ne les règlent et ne les maîtrisent, que peut-il en
advenir, « sinon une continuelle vicissitude, inconstance, variété,
changement, bizarrerie, qui tantôt nous fera fervents, peu après lâches
et paresseux ? Nous serons tranquilles une heure, et puis inquiets deux
jours ».
Mais, ajoute l'aimable Docteur, « ne faisons point comme ceux
qui pleurent quand la consolation leur manque, et ne font que chanter
quand elle est revenue; en quoi ils ressemblent aux magots, qui sont
toujours mornes par un, temps sombre, et ne cessent de gambader
quand il fait beau » .


Saint Alphonse les compare à la girouette, parce qu'ils « changent sans
cesse avec le vent des choses de ce monde; ils sont doux et gais dans
la prospérité, impatients et tristes dans l'adversité ; ils n'arrivent jamais
à la perfection; et ils mènent une vie malheureuse ».
Mais à mesure
qu'on avance dans la sainte indifférence et l'abandon, on se détache de
tout les choses, et c'est Dieu seul qu'on cherchera désormais.
On a mis
sa pleine et entière confiance en ce Père qui est aux Cieux, on s'est
habitué à lui rendre une soumission prompte et fidèle. On ne veut plus
voir les personnes et les événements qu'en Dieu et dans sa volonté si
sage et si sanctifiante. Et par le fait même, on cesse d'être à la merci, de
nos passions si changeantes, et d'être emporté comme une paille au
moindre souffle de la tempête.


On devient ferme dans ses idées, stable dans ses résolutions,
persévérant dans ses entreprises, toujours le même dans le calme et la
sérénité, Un tel, homme, dit saint Alphonse, « ne s'enfle point de ses
succès, il n'est point abattu par ses disgrâces; il sait que tout part
également de la main de Dieu. La volonté de Dieu étant la seule règle de
ses désirs, il ne fait que ce que Dieu veut, il ne veut que ce que Dieu fait...
Il accepte avec une parfaite conformité de volonté toutes les dispositions
de la Providence, sans considérer si elles satisfont ou contrarient ses
penchants. Les amis de saint Vincent de Paul disaient de lui pendant sa vie :
Monsieur Vincent est toujours Vincent. Ils entendaient par là qu'en toutes
circonstances, favorables ou contraires, le Saint paraissait toujours
également calme, toujours semblable à lui-même; car, s'étant entièrement
abandonné entre les mains de Dieu, il vivait sans aucune crainte, et ne
désirait autre chose que le bon plaisir du Seigneur » .


A SUIVRE...

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Message  Monique le Mer 06 Mai 2020, 7:26 am

« C'est cette très sainte égalité d'esprit que je vous souhaite, disait
saint François de Sales à ses Filles. Je ne dis pas l'égalité d'humeur
ni d'inclination, je dis l'égalité d'esprit. Car je ne fais, et je désire
que vous ne fassiez nul état des tracasseries que fait la partie
inférieure de notre âme. Mais il se faut tenir toujours fermes et
résolus en la supérieure partie de notre esprit, en une continuelle
égalité, en choses adverses comme en prospères, en la désolation
comme en la consolation, parmi les sécheresses comme parmi les
tendretés. Les colombes pleurent comme elles se réjouissent : elles
ne chantent toujours qu'un même air. »


« Voyez-les perchées sur la branche où elles pleurent la perte de leurs
petits; voyez-les aussi quand elles sont toutes consolées : elles ne
changent point d'air, mais elles font le même grommellement pour
manifester leur joie et leur douleur. Job nous fournit un exemple sur
ce sujet : car il chanta sur un même air tous les cantiques qu'il a
composés. Lorsque Dieu faisait multiplier ses biens, et lui envoyait à
souhait selon qu'il l'eût pu désirer en cette vie, que disait-il, sinon le
nom de Dieu soit béni ? C'était son cantique d'amour en toute
occasion. Réduit à l'extrémité de l'affliction, que va-t-il faire ? Il
chante son cantique de lamentation sur le même air que son cantique
de réjouissance : Le Seigneur, dit-il, m'avait donné des enfants et
des biens; le Seigneur me les a ôtés, son saint nom soit béni !
Toujours le nom de Dieu soit béni ! Ainsi puissions-nous, en toutes
occasions, prendre les biens, les maux, les consolations et les
afflictions, de la main du Seigneur, ne chantant toujours que le même
cantique très aimable : le nom de Dieu soit béni, toujours sur l'air
d'une continuelle égalité ».


Cette égalité si suave et si désirable, saint François de Sales la
possédait pleinement; et sainte Jeanne de Chantal va nous apprendre
où il l'avait trouvé : « Sa méthode, dit-elle, était de se tenir très
humble, très petit, très abaissé devant Dieu, avec une singulière
révérence et confiance, comme un enfant d'amour. Je crois qu'en ses
dernières aimées, il ne voulait, il n'aimait, il ne voyait plus que Dieu en
toutes choses; aussi le voyait-on absorbé en Dieu, et il disait qu'il n'y
avait plus rien au monde qui pût lui donner du contentement que Dieu.

De cette union si parfaite procédait cette générale et universelle
indifférence que l'on voyait ordinairement en lui.

Et certes, je ne lis point ces chapitres qui en traitent, au IXe livre de
l'Amour divin, que je ne voie clairement qu'il pratiquait ce qu'il
enseignait, selon les occasions. Ce document si peu connu, et toutefois
si excellent : ne demandez rien, ne désirez rien, et ne refusez rien,
lequel il a pratiqué si fidèlement jusqu'à l'extrémité de sa vie, ne pouvait
partir que d'une âme entièrement indifférente et morte à soi-même.
Son égalité d'esprit était incomparable; car qui l'a jamais vu changer de
posture en nulle sorte d'action ?
Je l'ai cependant vu recevoir de rudes
attaques. Ce n'était pas qu'il n'eût de vifs ressentiments, surtout quand
Dieu était offensé, et le prochain opprimé. On le voyait, en ces occasions,
se taire et se retirer en lui-même avec Dieu; et il demeurait là en silence,
ne laissant toutefois de travailler, et promptement, pour remédier au mal
avenu; car il était le refuge, le secours et l'appui de tous ».
Heureuses
les âmes qui possèdent cette constante égalité ! Et qu'il fait bon vivre avec
elles !


A SUIVRE... ARTICLE IV. - Paix et joie.

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Message  Monique le Jeu 07 Mai 2020, 7:56 am

ARTICLE IV. - Paix et joie.

Le saint abandon ne procure pas seulement la précieuse liberté
des enfants de Dieu, et une suave égalité d'âme, parmi
l'instabilité des choses humaines et les divers accidents de la
vie. Il apporte encore une paix profonde, et la joie intérieure, qui
sont le vrai bonheur ici-bas. « C'est par la parfaite conformité
de notre volonté à celle de Dieu, dit le P. Saint-Jure, que l'on
acquiert le plus parfait repos qu'il soit possible de goûter dans le
temps; c'est le moyen de faire de la terre un paradis. On demanda
à Alphonse le Grand, roi d'Aragon et de Naples, prince très sage et
très instruit, quelle était la personne qu'il croyait la plus heureuse
dans ce monde. Celle, répondit ce prince, qui s'abandonne
entièrement à la conduite de Dieu, et qui reçoit tous les événements,
heureux ou malheureux, comme venant de sa main » .
Mgr Gay
ajoute : « Acquiesce à Dieu, dit Éliphaz à Job, et tu auras « la paix »,
mais une paix que l'Écriture déclare ailleurs intarissable, une paix
qui est comme un fleuve et qui coule à pleins bords.

Les pacifiques, c'est-à-dire ceux qui ont un tel trésor de paix qu'ils la
répandent tout autour d'eux, ce sont les enfants de Dieu; et les
enfants de Dieu par excellence, ce sont les âmes abandonnées. Ce
peuple de mes fidèles, ce peuple des petits, des enfants, des
abandonnés, « il s'assoira dans la beauté de la paix, sous les tentes
de la confiance, et dans un magnifique repos où il aura tout à
souhait ».
David demeurait sous ces tentes et jouissait de ce repos,
quand il chantait ce doux psaume qu'on pourrait bien nommer
l'hymne de l'abandon : « Le Seigneur me conduit, rien ne me
manquera; il m'a établi au lieu des plus gras pâturages, au bord
d'un ruisseau où coule une eau qui vivifie. Il a tourné vers lui toute
mon âme. A cause de son nom, qui est son Fils unique Jésus, il a
conduit mes pas dans les sentiers de la justice ».
Et maintenant, ô
mon Maître, ô mon guide, ô Providence ma mère, « quand bien même
je devrais traverser les ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal,
parce que tu es avec moi. Ta houlette (qui me montre la voie), ton
bâton même (qui me frappe pour me ramener quand je m'égare), tout
m'est bon, tout m'est consolant »...
Oui, l'abandon produit la paix, une
paix profonde, parfaite, et (pour ainsi dire) imperturbable » .


« Certainement, dit le P. Saint-Jure, les âmes qui suivent cette voie
(du saint abandon) jouissent d'un calme inaltérable et passent leur vie
dans une paix qu'elles seules peuvent comprendre, et qu'on ne saurait
trouver ailleurs sur la terre. Sainte Catherine de Sienne rapporte que
Notre-Seigneur lui enseigna à bâtir une retraite dans son cœur avec la
pierre très dure de la Providence divine, et à s'y tenir constamment
enfermée, parce que par ce moyen elle était assurée d'être
bienheureuse, de trouver le parfait repos de l'âme, et d'être à l'abri de
toutes les tribulations et de tous les orages. Et, en effet, peut-on se
figurer un état plus heureux que celui où l'âme est portée, se repose et
s'endort comme un enfant dans les bras amoureux et tout-puissants de
la Providence divine » ?
Voulez-vous une autre image bien claire du
bonheur de cette âme ? Considérez Noé pendant le déluge : « Il était
en paix dans l'arche avec les lions, les tigres et les ours, parce que Dieu
le conduisait, tandis que tous les autres, parmi la plus étrange confusion
de corps et d'esprit, étaient engloutis impitoyablement dans les flots. »


Ainsi l'âme qui s'abandonne à la Providence, qui lui laisse le gouvernail de
sa barque, jouit d'une paix parfaite au milieu de tous les troubles, elle
vogue avec tranquillité sur l'océan de cette vie; tandis que les « âmes
indisciplinées »,esclaves fugitifs et rebelles à la Providence, sont dans
des agitations continuelles, et n'ayant pour pilote que leur volonté
inconstante et aveugle, après avoir été longtemps le jouet des vents et de
la tempête, elles finissent par un triste naufrage ».
En effet, dit Mgr Gay,
« qu'est-ce qui vous trouble ? Je ne parle pas du trouble qui agite les
surfaces : il suffit d'être sensible pour n'en pouvoir pas être exempt; mais
je parle du trouble qui atteint le fond de l'âme et y ébranle les vertus.
Qu'est-ce qui le cause ? Sont-ce jamais les ordres qu'on vous donne ou les
accidents qui surviennent ? Non; car cette croix qui vous ôte la paix, la
laisse entière à votre sœur. D'où vient cela ? C'est que la volonté de votre
sœur est abandonnée, la vôtre se garde et fait résistance. Le trouble vient
donc uniquement de la volonté propre et de l'opposition qu'elle fait à Dieu.
C'est elle qui cause tant d'agitations et d'inquiétudes; l'abandon les rend
impossibles » .


A SUIVRE...

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Message  Monique le Ven 08 Mai 2020, 7:40 am

En effet, les âmes abandonnées ont réussi à fondre leur volonté en
celle de Dieu; et, par suite, rien ne leur survient contre leurs désirs,
rien ne choque leurs sentiments, parce qu'il ne leur arrive rien
qu'elles ne veuillent ainsi. « Pour moi, dit Salvien, personne au
monde n'est plus heureux que ces âmes. Elles sont humiliées,
méprisées; mais elles veulent bien l'être. Elles sont pauvres; mais
elles se plaisent dans leur pauvreté. C'est pourquoi elles sont toujours
contentes . « Quoi qu'il arrive au juste, dit le Sage, rien ne le
contristera »
, rien n'altérera la paix et la sérénité de son esprit, parce
qu'il a mis sa confiance en Dieu, et qu'il a d'avance accepté tout ce
que voudra le bon Maître. Évidemment, ce n'est pas la paix du ciel,
mais celle d'ici-bas. Dieu ne veut sur la terre ni bonheur parfait, ni
félicité durable; nous ne pouvons fuir la tribulation, la croix nous
poursuivra; partout. Mais le saint abandon nous apprend la grande
science de la vie et l'art d'être heureux en ce monde, qui consiste à
savoir souffrir : savoir souffrir ! c'est-à-dire souffrir comme il faut,
souffrir tout ce que Dieu veut, tant qu'il le veut, et comme il veut, par
esprit de foi, avec amour et confiance.
Il nous apprend à nous reposer
entre les bras de la croix, par conséquent dans les bras de Jésus, et
sur le cœur de Jésus. On y trouve plus que la paix, on y goûte la joie.

« Il n'est pas absolument rare, dit Mgr Gay, que cette joie soit sensible.
D'autres fois, et le plus souvent, elle demeure exclusivement spirituelle ».

En tout cas, le saint abandon produit la joie de l'âme. « Ce serait bien
assez pour cela qu'il assurât la liberté et qu'il donnât la paix; car de quoi
se réjouira-t-on, sinon d'être libre et paisible, libre dans la vérité; libre
dans l'amour, et paisible en sa liberté ?
Et au contraire, sans la liberté et
la paix, quelle joie peut-on goûter ou même concevoir » ?
Voulez-vous
un secret pour être constamment joyeux ? Je dis un secret; car tout le
monde veut la joie, et combien peu la trouvent ! Eh bien ! le meilleur
secret pour y parvenir et s’y maintenir, un secret vraiment infaillible,
c'est le saint abandon. Comment cela ? Les autres âmes ont encore trop
peu de foi, de confiance et d'amour, pour goûter la joie dans la
tribulation. Mais celles qui sont parvenues à la conformité parfaite ont
une foi vive, une espérance ferme, une charité généreuse.


Elles ont appris à voir dans les moindres événements leur Père des
Cieux, le Sauveur, l’Ami, l'époux, le bien-aimé, tout occupé de les
sanctifier. Elles lui ont donné sans réserve leur confiance et leur amour.
N'est-il pas le souverain Maître des événements ? En les combinant,
pourrait-il oublier son rôle de Père et de Sauveur ? Tout sera donc pour
le mieux de leur âme, pourvu qu'elles restent filialement soumises.
Comment ne seraient-elles pas dans la joie ? Aux six jours de la création,
Dieu contemple les œuvres de ses mains; il les voit toutes bonnes, et
même excellentes; c'est pourquoi il les regarde avec une joyeuse
satisfaction. « Il se fait de même, en l'âme abandonnée; je ne sais quelle
effusion de cette joie divine; car le fond de son abandon, c'est justement
l'approbation aimante qu'elle donne à tout ce que Dieu fait et veut, et la
complaisance qu'elle prend en tous ses bons plaisirs » .


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LE SAINT ABANDON (Dom Vital Lehodey)  - Page 11 Abraz257
Monique
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